Accueil réfugiés

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Héraclius
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Re: Accueil réfugiés

Message non lupar Héraclius » lun. 21 nov. 2016, 11:42

Ce que vous dites est pour moi symptomatique du libéralisme de gauche...Depuis que les peuples existent, il y a des frontières.
Ce n'est pas du libéralisme de gauche que de remarquer que votre petite phrase ne veut pas dire grand chose à partir du moment ou ses deux termes ("peuple" et "frontière") n'ont jamais eu de définition fixe et assez rarement, au fond, de corrélations directes (en ce sens que l'histoire nous présente beaucoup de frontières liées à des entitié politiques multi-ethniques et de peuples nomades sans attachements à un espace particulier ; deux exemples parmis d'autres).

Sans nier donc toute substance à votre expression "depuis que les peuples existent, il y a des frontières", je nie certainement qu'il faille la tenir pour universelle avec nos définitions actuelles de "peuple" et de "frontière".

Au moyen-âge par exemple, à l'âge d'or de la double monarchie impériale et pontificale sur l'Europe, si il y a bien des peuples et si il y a bien des sortes de frontières entre états, ces frontières sont constituées en couches successives de possessions de territoires par des individus au travers d'un complexe réseau de loyautés inter-personnelles. Quand aux peuples, ils sont de mêmes composés en des multitudes d'ethnies et de sous-ethnies imbriquées les unes dans les autres, sans qu'aucun postulat semi-essentialiste puisse leur être appliqué.

Au fond, la frontière et le peuple moderne sont des concepts nés de la lente émergence de l'état-nation qui ne s'est complètement constituée qu'à la fin du 19ème. Avant cela, l'attachement d'une personne allait avant tout à son pays au sens "paysan" du terme ; la terre locale ou il allait vivre et mourir.

L'état-nation dans sa conception actuelle ne répond absolument pas à un mouvement de "prise de conscience" de l'unité fondamentale de la nation comme le pensaient les grands théoriciens du nationalisme, mais à l'imposition du haut vers le bas d'une identité absraite basée sur un certain nombre de facteurs d'unité. "Une culture" ; "un mode de vie" ; "une langue" ; "un espace" ; bien souvent "une religion".

Mais le nationalisme, ainsi théorisée, préexiste à cette unité dont il rève, et qu'il a imposé de haut en bas à force de renforcement d'un pouvoir central cherchant légitimité et unité sous son authorité.


Et je ne crois pas que le concept de nation ait été très bénéfique pour la Sainte Religion ; pour moi, c'est un fruit de la modernité.



Je ne dis pas pour autant qu'il faut en finir avec les frontières et les cultures, ou que l'économie est fondation du politique, ou que "l'immigration est une chance pour la France", ou que le multiculturalisme c'est bien.


Je fais juste remarquer que l'argument "on ne peut pas acceuillir toute la misère du monde" me semble bien faible si on considère que l'état nation est un concept relatif et que la charité est tenue pour la valeur suprème. J'en ait un peu marre de voir un seul point de vue défendu ici sur ces questions alors que la Doctrine sociale a toujours posé un regard de compassion aux migrants politiques et économiques. Je ne dit pas forcément qu'il ne faut pas en finir par limiter l'immigration, mais si une telle décision doit être prise, cela doit être avec le goût amer du mal nécessaire, d'une triste perspective, d'un regret profond. Pas avec un triomphalisme nationaliste qui se glorifie d'avoir foulé au pied les gauchistes internationalistes.

De plus, en tant que chrétiens, nous n'avons vraiment rien à gagner à accueillir des musulmans en masse. Cela ne rend pas l'islam plus tolérant dans les pays islamiques tout en participant à la déchristianisation des pays européens.
Ce qui est terrible c'est que si le catholicisme se portait mieux, j'aurais applaudi la venue des musulmans avec la perspective de pouvoir amener à la conversions des gens qui sont sous l'emprise d'une religion dont le contenu intellectuel et spirituel est aussi faible, et qui je le crois ne résiste que faute de contact avec une alternative sérieuse.

Dans l'état actuel des choses, vous avez certainement au moins en partie raison.


Héraclius -
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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Re: Accueil réfugiés

Message non lupar marie hellfest » lun. 21 nov. 2016, 17:20

Bonjour,

Je ne peux m'empêcher de réagir à la phrase de la France qui ne peut accueillir toute la misère du monde, qui revient fréquemment sur le sujet de l'immigration. J'avais vu passer des chiffres étonnants sur les réfugiés, je vous les fais partager à titre d'information. L'article date d'il y a un peu plus d'un an mais je ne pense pas qu'ils aient évolué dans des proportions considérables.

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/ ... e-numbers/

Je vous mets quelques chiffres parmi les plus parlants :


Pays où l’on recense le nombre de réfugiés le plus élevé pour 1 000 habitants :

Liban, 232
Jordanie, 87
Nauru, 39
Tchad, 34
Djibouti, 23
Soudan du Sud, 21
Turquie, 21
Mauritanie, 19
Suède, 15
Malte, 14

86 % des réfugiés dans le monde se trouvent dans des pays en développement.



On peut donc facilement voir que la France est très loin d'accueillir toute la misère du monde, et que ce n'est pas non plus ce qu'on lui demande. Il conviendrait sans doute de relativiser l'effort national qui nous est demandé par rapport à ce que vivent de nombreux autres pays bien moins riches que nous, pour avoir une réflexion plus dépassionnée sur le sujet.

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Re: Accueil réfugiés

Message non lupar Relief » lun. 21 nov. 2016, 21:59

Pas simple.
Dernière édition par Relief le mer. 09 août 2017, 3:14, édité 2 fois.

Cinci
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Re: Accueil réfugiés

Message non lupar Cinci » mar. 22 nov. 2016, 2:56

Bonjour,
Héraclius vs Suliko :
Ce n'est pas du libéralisme de gauche que de remarquer que votre petite phrase [Suliko] ne veut pas dire grand chose à partir du moment ou ses deux termes ("peuple" et "frontière") n'ont jamais eu de définition fixe et assez rarement, au fond, de corrélations directes (en ce sens que l'histoire nous présente beaucoup de frontières liées à des entitié politiques multi-ethniques et de peuples nomades sans attachements à un espace particulier ; deux exemples parmis d'autres).
Il me semble que vous chipoterez un peu autour du concept. Il y a les tribus, les royaumes, les empires. En général, les peuplades ont le souci de leurs frontières, surveillent un peu les passages-clés, filtrent ceux qui sont admis ou pas, à quelles conditions pour d'autres. Puis Rome a son mur d'Hadrien, l'empereur chinois sa muraille, la sainte famille sait où commence le royaume d'Hérode, etc.

Les nomades respectent aussi les frontières en ce qu'ils se déplacent toujours dans les mêmes couloirs traditionnels, sinon ça devient un problème. Personne n'a jamais suggéré que la frontière doit se borner à enfermer une ethnie morpho-génétiquement pure pour la séparer impérativement d'autres groupes distincts. Le royaume de France aurait beau être formé de 20 peuples et 35 ethnies : il n'en reste pas moins que l'entité politique "royaume de France" possède une frontière.



Je penserais que la remarque de Suliko touchant le libéralisme de gauche cible ceci :
Un frontière me semble parfois être une ligne abstraite que l'on trace pour rester entre riches, les pauvres à la porte. Au nom de quoi avons nous le droit de nous conforter dans notre privilège de naissance d'avoir vu le jour dans un pays riche et relativement libre là ou d'autres naissent dans des dictatures où règne la souffrance ? Et lorsque ces derniers, fuyant guerre et pauvreté, se tiennent aux portes de nos démocraties décadentes à la prospérité indécente, nous n'aurions qu'à leur lancer "Oh, on ne peut pas acceuillir toute la misère du monde, hein !" ???
Ce genre de pensum réflexif à la fois culpabilisant et honteux me semble bien daté de l'ère mitterandienne.

Ce me semble assez typique du passage des années 1980, l'ère du "touche pas à mon pote!" , de sos racisme, des sans papiers ou de la reconversion de la gauche marxisante plus classique vers la gauche d'affaire mondialiste et qui veut hériter d'un nouveau portefeuille, obtenant la gestion et la surveillance des droits des minorités en échange de ceux des mécanos, des machinistes, des soudeurs, des opérateurs de la ligne chez Renaud, etc,

On ne parlait pas du tout de démocraties "décadentes et à la prospérité indécente" à l'ère des Trente glorieuse. Tout le contraire! C'était une fierté. Le pays était immensément fier, fier mais fier, de s'être relevé du bourbier (guerre et immédiat après-guerre), fier de l'effort de modernisation entrepris, fier de l'amélioration des conditions de vie des travailleurs, de la réduction des inégalités dans le pays, des avancées réelles de la démocratie

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Re: Accueil réfugiés

Message non lupar Cinci » mar. 22 nov. 2016, 8:57

Héraclius :

J'en ai un peu marre de voir un seul point de vue défendu ici sur ces questions alors que la Doctrine sociale a toujours posé un regard de compassion aux migrants politiques et économiques.
Si vous connaissiez un peu mieux le contexte québécois par rapport à l'environnement politique canadian et l'instrumentalisation qui est fait des communautés ethniques en lien avec l'immigration : je crois que vous pourriez saisir également pourquoi je ne serai pas beaucoup impressionné par des appels à la Doctrine sociale de l'Église.


Prenez d'abord ceci :
Imaginez le Canada avec une population de 100 millions d'habitants - ce qui représente trois fois sa taille actuelle. Ce n'est pas une prédiction fantaisiste, c'est l'objectif réel de deux conseillers économiques importants du gouvernement de Justin Trudeau [...] L'une des premières recommandations, publiées la semaine dernière, est d'augmenter graduellement le seuil d'immigration à 450 000 personnes par année d'ici 2021 [...] Ce serait une hausse de 50% par rapport au seuil actuel d'envrion 300 000 immigrants. [...]

http://www.ledevoir.com/politique/canad ... d-ici-2100

Ajoutez :
Imaginez ... Cette semaine, Hazrat Mirza Masroor Ahmad, un calife important, était de passage au pays.

Pour «bien accueillir» ce successeur de Mahomet, non seulement a-t-on organisé une séance de prière musulmane au beau milieu du Parlement canadien («Une première historique!» s’est exclamée avec joie une organisation musulmane canadienne), mais des députées fédérales non musulmanes se sont mis un voile sur la tête.

Pas en Arabie Saoudite, mais ici! À Ottawa! Dans notre capitale! Au cœur même de notre gouvernement!

[...]

Comme l’a souligné la chroniqueuse Candice Malcolm dans le Toronto Sun le 14 septembre dernier, Justin Trudeau a déjà dit à un journaliste du New York Times que «le Canada n’avait pas d’identité propre».

http://www.journaldemontreal.com/2016/1 ... -didentite

La semonce du professeur Gérard Bouchard au premier ministre Couillard. Gérard Bouchard? un expert mandaté naguère par le gouvernement pour traiter de la question des "accommodements raisonnables" cf rapport Bouchard-Taylor :
Le premier ministre Couillard propose de relever à 60 000 et plus le nombre annuel d'immigrants au Québec et selon lui ce serait faire preuve d'Intolérance que de s'interroger sur les conséquences qui pourraient s'ensuivre pour l'avenir culturel du Québec [...]

Enfin, le diktat de monsieur Couillard est une forme d'intimidation qui procède d'un pur manichéisme. Il fait injure aux complexités de la vie interculturelle et du pluralisme appliqué. [...] Je fais partie de ceux et celles qui s'inquiètent fort de l'avenir culturel du Québec dans le contexte général crée par la mondialisation. Je note aussi qu'une semblable inquiétude affecte des sociétés plus anciennes, plus nombreuses et beaucoup mieux pourvues que la nôtre. Et comme tout historien et sociologue, je suis informé des difficultés qui menacent les sociétés dont les assises symboliques se défont. [...]

Je trouve particulièrement injurieux qu'on impute à des relents d'intolérance ce genre de préoccupations, pourtant des plus légitimes. Comme si l'idéal pluraliste imposait de faire table rase de tout le reste.


Passons maintenant aux choses sérieuses :

Bruno Ricca et sa conjointe, Virginie Berthonnet ont immigré au Canada le 13 juin 1992. Ils ont attendu les trois ans réglementaires avant de demander la citoyenneté canadienne. Le 14 juin 1995, ils déposent leur demande et s'attendent à obtenir la citoyenneté environs neuf mois plus tard, soit en février ou en mars 1996. Mais, surprise, par un miracle qu'ils ne comprennaient pas encore, ils sont convoqués pour une cérémonie de naturalisation au début de septembre 1995, moins de trois mois après en avoir fait la demande.

Bruno et sa conjointe se présentent au complexe Guy-Favreau. Voici la description qu'il fait de l'événement : file d'attente avant d'entrer dans la grande salle; 150 personnes à la cérémonie; toutes ensembles, elles jurent leur allégeance à la reine Élisabeth II en levant leur bras droit, un peu à l'image de ces mariages collectifs avant la Seconde Guerre mondiale; dans la salle, parmi les 150 personnes, dont 48 nationalités différentes, ils se rendent compte que plusieurs ne parlent ni l'anglais ni le français et ont de la difficulté à suivre la cérémonie; ils doivent répondre à un questionnaire à choix multiples, impossible de se tromper; après le serment, ils chantent Ô Canada en lip-sync; une fois le tout terminé, un monsieur se promène dans la salle en disant "Maintenant, vous êtes citoyens du Canada, vous savez pour qui voter"; on vide la salle rapidement pour faire place aux 150 personnes qui attendent patiemment à l'entrée, sont prêtes pour la prochaine cérémonie.

Bruno se dit chanceux d'avoir obtenu la citoyenneté en moins de trois mois, mais signale qu'une copine à eux l'a reçue en moins de trois semaines.

"La façon dont cela se passait nous a vraiment frappés, dit Bruno Ricca; on se doutait qu'il y avait quelque chose de spécial qui se faisait. On voyait bel et bien que c'était la rapidité qui l'emportait sur les vérifications. Il n'y avait pas le temps de faire toutes les vérifications nécessaires. Mais pour être le perturbateur, parce que je voyais qu'il voulait acheter mon vote au référendum en m'accordant rapidement la citoyenneté, j'ai voté OUI!"

[...]

Dès le mois de mai 1996, on commençait à saisir l'ampleur de l'opération mise sur pied par le gouvernement du Canada pour faire augmenter l'appui au NON par le truchement de l'octroi précipité de la citoyenneté canadienne; une opération que Benoit Corbeil(ancien directeur général du parti libéral du Canada ) a dénoncé en avril 2005 avant de témoigner devant la Commission Gomery, mais que les membres du gouvernement canadien avait tout fait pour dissimuler [...]

En effet, le recherchiste indépendant Ken Rubin, spécialiste de la loi sur l'accès à l'information, a obtenu des notes de service internes du gouvernement fédéral, dont le contenu a été rendu public par Chantal Hébert alors journaliste à La Presse (Chantal Hébert soulignait qu'il s'agissait d'un coup monté, Ottawa a caché l'envergure de l'opération citoyenneté à la veille du référendum du 30 octobre 1995).

En résumé, la direction de l'opération se faisait à partir d'Ottawa, plus spécifiquement du bureau d'un sous-ministre adjoint de Citoyenneté et Immigration Canada, qui recevait quotidiennement des rapports sur l'évolution de la situation. [...] les fonctionnaires faisaient des heures supplémentaires, travaillant notamment les samedi et dimanche dans le but de naturaliser un maximum de citoyens avant la date limite du 20 octobre et ainsi de leur permettre de s'inscrire sur la liste électorale.

[...]

Selon Jean-François Lisée, pendant le seul mois précédant le 20 octobre, le Canada a naturalisé 11 500 personnes au Québec, soit 580 personnes pour chacun des 20 jours ouvrables, ce qui donne tout son sens à la description de la cérémonie de naturalisation faite par Bruno Ricca : file d'attente, salles bondées, roulement qui ressemblait à une opération d'urgence réalisée en temps de guerre.

En comparant le nombre annuel de naturalisations entre 1988 et 1998, qui étaient en moyenne de 21 733, au nombre de naturalisations pendant les deux années de pointe de 1994 et les dix premiers mois de 1995, soit l'année de l'élection du Parti Québécois et du référendum, Lisée montre que 42 375 personnes ont obtenu le droit de vote prématurément. [...] le NON a obtenu 30 617 votes qu'il n'aurait pas eu si l'État canadien avait maintenu le taux de naturalisation qui avait prévalu pendant toute la décennie. Ces chiffres ne sont pas à négliger.

[Le Non l'a emporté par 50 000 voix lors du référendum ... des poussières .. Dans les faits, les Québécois ont gagné leur référendum de 1995 car les francos ont voté à 60% pour le OUI. Sauf, comptabilisant les anglais et les immigrants naturalisés on obtient un score pratiquement égal de 50% pour le NON et 50% pour le OUI, mais avec un léger avantage de 50 000 votes pour le NON. Le vote immigrant sert ici à bloquer l'expression du vote des Québécois. ]

Les taux de naturalisation annuel élevés avant le premier référendum de 1980 sont également le résultat d'un changement important à la loi sur la citoyenneté qui a fait passer de cinq ans à trois ans le délai d'attente pour obtenir la citoyenneté canadienne. Cette modification à la loi a été adoptée par le Parlement canadien le 15 février 1977, soit trois mois après l'élection du Parti Québécois. C'est aussi à ce moment que le Canada a mis fin à l'obligation imposée aux nouveaux citoyens de renoncer à leur ancienne citoyenneté, leur permettant ainsi de détenir la double citoyenneté.

On ne doit jamais oublier non plus les paroles de Mitchell Sharp, le puissant ministre de Trudeau et mentor principal de Jean Chrétien , qui, en parlant de la période de la fin des années 1970, a dit :"Absolument tout ce que faisait le gouvernement canadien visait à contrer le séparatisme au Québec." (Procès-verbal de la réunion du Cabinet Commitee on Culture and Information, obtenu du Conseil privé à la suite d'un demande d'accès à l'information)

[...]

Les dirigeants de trois communautés, qui ont établi leur coalition dès l'été de 1995, ont notamment tenu une conférence de presse le mardi 24 octobre pour inciter les Grecs, les Italiens et les Juifs du Québec à voter NON. Lors de la conférence de presse, Me Athanasios Hadjis, vice-président du Congrès hellénique du Québec, Me Tony Manglavitti [...] et Me Reisa Teitlebaum, présidente de la section québécoise du Congrès juif canadien, ont vanté le fait que leurs communautés réunissaient quelque 400 000 personnes, soit 6% de la population québécoise, et que celles-ci voteraient à 90% pour le NON. Mais, dans le même souffle et avec un raisonnement qui défie la logique, ils ont mis les dirigeants souverainistes en garde de ne pas faire de distinction entre le vote des minorités et le vote de l'ensemble de la population québécoise. C'est l'histoire du beurre et de l,argent du beurre; d'un côté, on joue la carte ethnique sans broncher pour faire le plein de votes pour le NON, et de l'autre, on crie au racisme à l'idée qu'un souverainiste puisse oser décrire ce qui se passe.

L'ethnicisation de la politique est aussi vieille que le Canada lui-même. Comme l'a démontré avec brio Guy Bouthilier dans son livre L'Obsession ethnique publié en 1997 [...]

A titre d'exemple, Christos Sirros, ancien député et ministre libéral devenu délégué général du Québec à Bruxelles, a déclaré en septembre 1995 sur les ondes de CFMB, un poste privé "desservant les communautés ethniques de Montréal", que, "si le OUI ne passe pas cette fois-ci, il ne passera jamais, à cause de l'immigration et aussi du vieillissement de la population". Aussi, le lendemain du référendum, l'ancien premier ministre de l'Ontario, David Peterson, a repris cette idée à la télévision quand il a déclaré essentiellement que le Canada pourrait dorénavant battre le Québec à cause des changements démographiques résultant de l'immigration.

En entrevue, dix ans plus tard, les deux anciens ministres canadiens Sheila Copps et Brian Tobin ainsi que John Honderich, qui a dirigé le Toronto Star en 1995, ont déclaré que le mouvement souverainiste ne serait plus capable d'obtenir un vote aussi fort qu'en 1995 pour des raisons démographiques. Leur message était clair : le Canada viendra à bout du mouvement souverainisme en isolant les Canadiens français des autres Québécois.

Source : Robin Philpot, Le Référendum volé, Les éditions les intouchables, 2005

Canadien anglais d'origine, Robin Philpot a adopté le Québec il y a plus d'un quart de siècle. Quand il a demandé à des acteurs importants de la victoire du NON de lui parler de leur rôle lors du référendum de 1995, ceux-ci ne se sont pas doutés de ses convictions souverainistes. Tel un MIchael Moore, il a obtenu les confidence étonnantes de Brian Tobin [...] de Sheila Copps qui souhaitait "écraser" les souverainistes [...] Ces fédéralistes n'ont pas hésité à bafouer la démocratie

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Re: Accueil réfugiés

Message non lupar Héraclius » mer. 23 nov. 2016, 17:38

Je penserais que la remarque de Suliko touchant le libéralisme de gauche cible ceci : [...] Ce genre de pensum réflexif à la fois culpabilisant et honteux me semble bien daté de l'ère mitterandienne.
...et pourtant vous le trouvez sous la plume (le clavier ?) d'un catholique conservateur à moitié tradi de 19 ans. :p


Mon propos n'était pas de faire de cet angle de vue, de cette perspective "gauchiste", le seul angle possible et d'anathémiser joyeusement ceux qui ne pensent pas ainsi, comme le ferait certainement le "libéral de gauche" moyen. Mon intervention tenait d'avantage d'une exclammation lassée face à l'omniprésence triomphante de la perspective inverse sur ce fil.

Je ne dit pas qu'il faut embrasser totalement cette perspective-là et courir à la frontière en ouvrant grand les bras, le pin's "touche pas à on pote" à la boutonnière. Je pense juste que malgré la crasse de fausse naïveté libérale, de "bienpensance" (si l'on veut), qui recouvre ce point de vue et la façon dont il est ordinairement présenté, on retrouve quelque chose de vraiment intéréssant au fond de cette perspective.

Nietzche pensait que le socialisme, au sens large, était un rejeton dégénéré du Christianisme. Je crois qu'il a raison, et que cela nous indique que si l'on creuse un peu, on peut trouver des réflexes évangéliques au fond de la réthorique que certains appellent "immigrationniste".


En une phrase : je crois qu'il y a un véritable argument au fond de cette perspective-là, une profonde objection à la vision de droite des "frontières fortes". Je ne dit pas que cette dernière est pour autant mauvaise ou indéfendable d'un point de vue catholique ; par contre, je pense et dit que si on désire l'articuler rationnelement et chrétiennement, on se doit de considérer cette objection avec un profond respect et la traiter avec un grand sérieux. On ne peut pas balayer tout cela d'un revers de main. On ne peut pas se contenter de crier plus fort. Il faut traiter cette objection, et si on la rejette, le faire avec regret, en connaissance de cause.


Héraclius -
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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Re: Accueil réfugiés

Message non lupar Cinci » jeu. 24 nov. 2016, 0:41

Héraclius :
Je ne dit pas qu'il faut embrasser totalement cette perspective-là et courir à la frontière en ouvrant grand les bras, le pin's "touche pas à on pote" à la boutonnière.
Ah ah ah!

Je trouve l'Image amusante. La subversion de l'an 14 ...
Nietzche pensait que le socialisme, au sens large, était un rejeton dégénéré du Christianisme. Je crois qu'il a raison, et que cela nous indique que si l'on creuse un peu, on peut trouver des réflexes évangéliques au fond de la réthorique que certains appellent "immigrationniste".
,,, et comme les idées chrétiennes devenues folles de Chesterton. Oui, il pourrait toujours y avoir des similitudes apparentes et parfois même réelles. Il est assez rare qu'en se trompant l'on puisse se tromper soi-même en se basant sur des motifs totalement mauvais. Les gens veulent bien faire en règle générale.
Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime.
Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas,
qui n'espèrent pas et ne vous aiment pas.


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