Actualité et prestidigitation

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Christophe67
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Actualité et prestidigitation

Message non lu par Christophe67 » lun. 30 nov. 2015, 11:37

Bonjour,


J'ai hésité à ouvrir ce fil mais comme je ne souhaitais pas en faire dériver d'autres, je me lance.

Il y a peu, je parlais de nos politiciens qui, comme des prestidigitateurs, attiraient notre attention sur la main dans notre champ de vision pour permettre à celle en périphérie (et donc pas forcément cachée) d'agir.

Force est de constater que nous sommes focalisés sur la main active (au travers des attentats) ce qui relâche notre attention sur l'autre. Je vais passer le chapitre sur les régionales, la restriction consentie de nos libertés etc... pour parler de la religion.

Le Christianisme en France est en phase finale d'acédie (voir d'apostasie), les médias focalisent sur l'Islam.

Et si tout cela, au final, n'avait que pour but de convaincre le laïcisé (et non laïque) de passer d'une neutralité de l'État face aux religions, à une nécessité de se passer des religions ?

Une fois le laïcisé émotif convaincu sur la barbarie, la brutalité, l'obscurantisme, l'intolérance etc... qu'apporteraient les religions (la rancœur est tenace puisqu'on remonte aux croisades), les conditions d'une chasse aux sorcières pourraient être mises en place et institutionnellement validées.

Ce serait la voie royale pour la république maçonnique de placer leur dieu (ou l'absence de Dieu) sur l'autel de la République, avec la collaboration tacite d'un peuple prêt à adorer un nouveau veau d'or.

Alors on pourra me taxer de parano, mais j'aime à anticiper différemment quand tout tend à nous manipuler faire converger vers un même point.



Cordialement.
Dernière modification par Christophe67 le lun. 30 nov. 2015, 12:14, modifié 1 fois.

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Teano
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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par Teano » lun. 30 nov. 2015, 11:59

Bonjour Christophe,

Figurez-vous que je me faisais un peu le même genre de réflexions : nous avons peut-être le même dealer <:

En fait, sous couvert de laïcité et d'égalité républicaine et de lutte contre un phénomène bien précis - le djihadisme-, l'Etat va s'obliger à (mal)traiter toutes les religions de la même manière. C'est-à-dire à toutes les faire passer pour des facteurs de violence. A terme, c'est bien la liberté de culte et de conscience de chacun qui est menacée. Et je crains que les chrétiens soient en première ligne car nous sommes une cible facile pour une République en mal d'autorité.

Je me disais aussi qu'on nous serine avec "l'Islam de France" : ne vaudrait-il pas mieux parler d'"Islam d'Etat" ? Quel projet désigne-t-on par là ? Couper la doctrine, la pratique et le financement de l'islam en France du reste du monde arabo-musulman. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose eu égard aux fruits empoisonnés que cet arbre vermoulu produit. Mais, il me semble que l'idée serait bien de couper les racines de l'arbre "islam" pour en faire un inoffensif bonsaï.

Viens, Seigneur Jésus !

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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par Cinci » mar. 01 déc. 2015, 6:05

Christophe67,
Le Christianisme en France est en phase finale d'acédie (voir d'apostasie)
J'ai pourtant vu une jeune catholique française, l'été dernier, qui me disait exactement le contraire. «Le catholicisme se porterait mieux, maintenant, en France, qu'il y a quelques années.»

:?:

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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par coeurderoy » mar. 01 déc. 2015, 8:44

Bonjour,

je partage vos analyses mais c'est justement actuellement que le Christianisme a paradoxalement la chance d'affirmer les vérités essentielles qui permettent la vie ensemble, l'espérance et la véritable fraternité ; n'oublions que, comme le dit la petite Thérèse, l'Eglise a un coeur, l'Amour et qu'aucun homme, aucune femme ne peut être finalement insensible à cette vie de l'Esprit qui continuera toujours à passer au travers des vies les plus complexes et les sociétés les plus clavées idéologiquement. Gardons confiance, de vieilles structures mentales s'effondrent et c'est une chance pour le message du Christ !
Dernière modification par coeurderoy le mar. 01 déc. 2015, 9:14, modifié 1 fois.
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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par PaxetBonum » mar. 01 déc. 2015, 9:13

Cinci a écrit : J'ai pourtant vu une jeune catholique française, l'été dernier, qui me disait exactement le contraire. «Le catholicisme se porterait mieux, maintenant, en France, qu'il y a quelques années.»
En qualité certainement.
Nous commençons à quitter le discours post-68 dans les églises.
Mais c'est trop tard, le divorce est consommé avec les mœurs de notre époque.
Donc en quantité de pratiquants le catholicisme est infiniment minoritaire.
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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par coeurderoy » mar. 01 déc. 2015, 9:22

Eh bien en fait, je pense justement que "les moeurs de notre époque" ne sont nullement un obstacle, bien au contraire : :qu'affrontaient donc les chrétiens du Bas Empire, ceux de l'époque mérovingienne, et ceux de l'hypocrite et affreux XIXème s ?

Je connais des prêtres qui ont vu des merveilles de grâce au chevet des malades du sida vers 1990, d'autres qui m'ont parlé de la belle spiritualité de SDF, des visiteurs de prisons émus aux larmes par les miracles de conversion qu'ils rencontraient...
Prions pour que les "moeurs" ténébreuses des acteurs du grand consumérisme et des oracles politicards (BHL et autres va-t-en-guerre et maîtres à penser malfaisants) changent effectivement car il semble qu'il sera bien difficile à ces riches-là d'entrer dans le Royaume annoncé aux petits !
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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par PaxetBonum » mar. 01 déc. 2015, 9:49

Vous avez raison, et l'exprimez parfaitement.
Il est vrai que la Lumière n'est jamais aussi rayonnante que dans les ténèbres.
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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par Christophe67 » mar. 01 déc. 2015, 10:51

Cinci a écrit :J'ai pourtant vu une jeune catholique française, l'été dernier, qui me disait exactement le contraire. «Le catholicisme se porterait mieux, maintenant, en France, qu'il y a quelques années.»
Bonjour cinci,

Je pourrai faire un copié collé de la réponse de PaxetBonum à ce sujet.

J'y ajouterai juste "mais quel catholicisme ?". Celui qui prône le modernisme au détriment de l'Enseignement ou celui qui tente de rester fidèle dans ce tsunami réformateur ? (je rappelle juste que je ne suis pas opposé à la progression de l'Église, mais au souhait générale d'une mise au diapason aux dépends de sa mission).


Cordialement.

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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par Cinci » mar. 01 déc. 2015, 17:37

Bonjour à tous,

De ce que je pouvais comprendre, Christophe, il s'agissait bien du catholicisme officiel, normal, régulier, le vrai.

La jeune personne dont je parle venait de la région de Toulouse, avait vécu tout un parcours de conversion depuis plusieurs années. En visite au Québec, elle y venait témoigner de tout son cheminement dans le cadre (entre autres) de soirées de prières et via le Renouveau charismatique. Croyez-moi, son discours ne relevait pas d'un catholicisme libéralo-machin rose bonbon, disons ni l'école de Mgr Gaillot à Parthenia mais ni non plus celui du traditionalisme en rupture de ban avec les évêques et le pape.

J'étais un peu surpris moi-même. Avec tout ce qu'on entendrait dire à propos de cette vilaine disposition des masses à l'égard de l'Église en France (je ne veux pas sous-entendre que ce serait mieux au Québec). Non, non ... elle m'aura répété deux fois que l'attitude du grand public envers l'Église évoluerait vers un certain mieux, comme s'il devait s'y exprimer moins d'hostilité venimeuse à l'égard du message de l'Église aujourd'hui, en France, comparativement à une situation antérieure d'il y a quelques années. Comme si un petit «quelque chose» de différent (et en mieux) devait se manifester dans le fond de l'air et puis au-delà d'un certain tapage de surface, de l'écume et de la vague. C'est ce que j'aurai cru comprendre.

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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par Cinci » jeu. 10 déc. 2015, 4:01

Une causerie de Mgr Albert Rouet (ex-évêque de Poitiers) qui a eu lieu les 16 et 17 septembre 2011 à Montréal (Canada), à l'Institut pastoral des Dominicains. J'avais eu l'occasion de l'entendre aussi à la radio lors de cette visite. J'avais été charmé par le discours.

J'ai obtenu le texte la semaine dernière.

  • «... la fidélité, pour le dire trop rapidement, c'est un mystère de morts et de résurrections. C'est la constance qui ne bouge pas, qui n'évolue jamais. La fidélité, elle, meurt à sa première manière pour ressusciter sous une autre forme. Je peux bien vous le dire, je suis resté prêtre, mais pas pour les mêmes raisons qui m'ont fait entrer au séminaire. Parce que l'on change, parce que la vie change. Je crois que la fidélité se tient dans l'évolution qui nous permet de vouloir à nouveau ce que l'on a voulu. On s'aperçoit, de mort en mort, qu'énormément de fausses raisons ou des raisons insuffisantes tombent. La vie ne pardonne rien. Des gens sur qui l'on comptait s'effondrent, des instances ecclésiales prennent des directions incroyables, des compromissions se dressent sous vos pas. Alors vous vous rendez compte que la seule raison qui tient à travers toutes ces morts, à travers toutes ces déceptions, tous ces aléas, c'est le Christ seul. C'est pourquoi la plus belle expression de la fidélité est cette vieille phrase qui remonte peut-être à saint Jérôme : suivre nu le Christ nu. Bien comprendre cette seule phrase nécéssite des années de réflexion, encore davantage pour l'appliquer un tant soit peu.

    [...]

    Qu'est-ce qui attire les catéchumènes? [...] Premièrement, l'historicité du Christ touche les gens. Cela ne veut pas dire qu'ils vont devenir chrétiens, mais puisque l'existence du Christ est historiquement assurée, qu'elle ne repose pas sur rien, la foi peut paraître crédible. Il y a des préalables à la foi, dont celui-là. Deuxièmement, pour d'autres, il y a une expérience spirituelle très réelle qui attire vers la personne du Christ, et c'est le Christ qui les renvoie vers l'Église. Troisièmement, il y a cette attention à la vie sociale, qui pousse les gens à se demander pourquoi les chrétiens font tout cela, pourquoi ils s'engagent en faveur de cet animal au corps complexe et malade, comme le dit le prophète Jérémie, et qui s'appelle l'homme.

    Quant aux gestes et aux positions de l'Église qui nuiraient à sa crédibilité, je me permettrais une mise en garde : il faut faire attention avec le mot «Église», car en le globalisant constamment, on rend l'Église responsable de tout.

    Par exemple, la décision de l'archevêque de Récife d'excommunier l'entourage d'une fillette de neuf ans ayant avorté met en cause cet archevêque brésilien. Personnellement, et j'espère que vous me le pardonnerez, je ne me suis pas du tout senti concerné par sa prise de position. Et j'ai le droit comme évêque dans l'Église, de dire que je ne la partage pas. On ne peut pas faire fonctionner l'Église comme une réalité stalinienne où tout le monde devrait s'aligner sur la première prise de parole sous prétexte qu'autrement l'unité volerait en éclat. L'unité ce n'est pas cela. C'est la communion. Je n'ai pas à me sentir engagé par les décisions de certaines églises locales.

    Finalement, concernant l'Église de demain [...] Il faut confier des responsabilités à tous les baptisés et non pas les tenir pour des mineurs. Que si l'on veut être crédible il faut avoir des chrétiens adultes et non pas seulement des personnes qui aident. Que si demain l'on veut avoir une Église crédible, il faut des chrétiens formés qui ne sont pas butés sur des rites surannés mais qui aient un esprit ouvert et accessible au grand large. [...] Il faut cette espèce de radicalité évangélique qi est une radicalité de l'Incarnation et de la proximité. Il faut une Église du dialogue. Par exemple, tout le bruit fait autour des lefebvristes touche 3000 personnes en France. Je vous garantis que mes soucis premiers ne portent pas sur ces 3000 personnes, mais sur les millions de gens indifférents aux problèmes dont nous traitons ici.

    Encore que l'imaginaire des gens reste extrêmement prégnant : l'église, son clocher, et à l'ombre du clocher, le presbytère avec ses petites allées de buis taillés où déambule Monsieur le curé en soutane, disant son bréviaire, le chat à ses côtés, la queue dans les pans de la soutane ... Le premier travail c'est de faire admettre la réalité : nous ne sommes plus dans un monde rural tel que nous le rêvons. Cette image rurale ou urbaine du curé est dépassée; elle ne correspond plus à la réalité. Or les gens ont toujours ces représentations en tête. [...]

    Je trouve quand même fâcheux que le seul argument devant lequel tout le monde s'incline soit que nous manquions de prêtres. Portons un peu notre attention sur cet argument. D'abord, il est répété partout. Dans le diocèse de Poitiers, quand je suis parti, il y avait 10 000 laïcs engagés au service du diocèse. Pourtant, jamais les médias n'ont posé de questions à ce sujet, préférant me demander combien j'avais de prêtres. [...] mais qu'il y ait 42 diacres dans le diocèse, 99 laïcs ayant lettre de mission, qu'il y ait 320 communautés locales, rien de tout cela n'apparaît comme construisant l'Église. Nous sommes devant une sorte de pulsion non réfléchie, non critiquée, qui nous fait croire au fond que l'Église c'est le curé ou l'évêque. Eh bien, non. Non. Un évêque seul, ce n'est pas l'Église. Vous voyez que nous avons un travail à faire sur les mentalités, sur les représentations.


    Les communautés locales

    C'est à partir de ces idées que nous avons travailler à bâtir un nouveau visage d'Église, idées renforcées par une étude de saint Paul, qui nous apprend que tout baptisé possède des dons qu'il doit mettre au service de tous. Il faut trouver des moyens qui permettent à tous les baptisés - et pas simplement quelques élus, quelques chrétiens de première classe qui donnent le ton - d'exprimer leurs capacités dont l'Église a besoin pour grandir. Le baptisé n'est pas un membre passif de cette Église, il est un acteur chargé de construire le Corps du Christ. C'est une théologie du baptême qui fonde l'expérience des communautés locales.

    La structure vous la connaissez. Elle vient d'Amérique latine et d'Afrique, où ces communautés prennent divers noms : communauté chrétienne de base, communauté chrétienne de quartier, etc. Peu importe le nom. Pour qu'il y ait Église, car c'est ce de cela qu'il faut partir, il faut que la foi soit annoncée, la prière assurée et la charité exercée.

    [...]

    En France, on ne cesse d'entendre que c'est perdu, que nous sommes les derniers des Mohicans et que s'il reste encore quelques survivants qui ont la foi, il vaudrait mieux les garder dans un musée pour que l'on puisse voir ce que c'était comme type de vivant. Les gens ont vraiment compris qu'une forme d'Église était passée, mais que l'Église était toujours vivante et qu'une nouvelle forme d'Église était en train de naître. Que la vie, précisément, c'est de faire autre chose. A mes yeux, la plus belle réussite des communautés locales, c'est d'avoir rendu l'espérance, et même, plus précisément, d'avoir rendu chaque chrétien acteur de l'espérance. [...] Comme me le disait une vieille dame qui avait été déléguée pastorale :«Hier, l'Église, elle était là-bas (pointant la sous-préfecture à 25 kilomètres). Et, maintenant, l'Église, elle est chez nous!»

    - Où est célébré l'Eucharistie ? par qui ?

    Pour l'Eucharistie, nous avons fait un choix [...] nous pouvions assurer, avec nos 250 prêtres, une messe par semaine dans chaque communauté, une messe hebdomadaire qui aurait eu lieu le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi ... en choisissant cette option, nous aurions inévitablement tué le dimanche. L'autre option : favoriser le dimanche, en sachant que nous ne pourrons assurer la messe tous les dimanches. Nous avons décidé de favoriser le dimanche. Nous ne sommes pas du tout partisans, vous le savez, que les gens aillent le dimanche à la messe pour le simple fait d'aller à la messe, car dès lors, ils iront à une messe ou à une autre, celle qui leur plaît, entraînant ainsi l'éclatement de la communauté locale. Par contre, il paraît très important que la communauté locale prie tous les dimanches. Nous donnons donc aux communautés des instruments pour ce faire. Quand cette rencontre est bien menée, quand c'est un vrai temps de prière, avec un petit café à la fin et la présentation des nouvelles de la communauté, la pratique augmente. Dans ce débat, nous avons pris une position digne de Salomon : on ne communie pas obligatoirement tous les dimanches lorsqu'il y a prière dominicale, pas plus que l'on ne communie jamais, l'idée étant d'amener la communauté à réfléchir sur les raisons de communier. Il s'agit de casser les automatismes et d'éviter, et on y tient beaucoup, que le problème soit résolu par un oukaze épiscopal tombant d'en haut.

    - Accepteriez-vous que l'Eucharistie soit présidée par un homme ou une femme mariés?

    [...] Ce qui se cache derrière cette question, et les communautés locales l'ont très bien compris, c'est le problème du plein et du vide. C'est la logique du jeune homme riche : il a de l'argent, une bonne situation, une bonne morale, et en plus il veut la vie éternelle ! Il veut tout, quoi ! Dans les communautés, on se réunit, on prie et si en plus on pouvait se faire sa messe ? Le risque est alors de se couper du reste des croyants. je crois que le premier travail du prêtre, sa première signification, est justement d'empêcher les communautés de s'autosatisfaire. Le prêtre ne préside pas l'Eucharistie parce qu'il préside une communauté, mais parce qu'il préside la communion entre les communautés. Lorsque vous avez tout, vous n'avez besoin de personne. La fraternité est alors impossible. Le prêtre est l'articulation entre les communautés auxquelles il est lié. C'est ainsi qu'il est serviteur de la communion, et c'est la raison pourquoi il va servir l'Eucharistie. Les communautés locales ont donc flairé qu'elles n'étaient pas Églises si elles étaient toutes seules, et qu'elles étaient toutes seules si elles avaient tout. A mon sens, le prêtre devrait être vu non pas comme celui qui a tous les pouvoirs, mais comme celui qui empêche les communautés de se refermer sur elles-mêmes, comme celui qui empêche la fermeture. Au nom du Christ.

    Source : Verbatim de la conférence imprimé chez Fides pour le compte du Centre culturel chrétien de Montréal, «Hors de l'Évangile, point d'Église !», 2012, 92 p.

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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par Christophe67 » jeu. 10 déc. 2015, 9:42

Bonjour Cinci,


J'ai lu le texte, il y a des choses intéressantes et d'autre moins.
Je vais prendre un petit temps de réflexion pour y réfléchir afin ne pas focaliser sur certains points en en oubliant d'autres.


Cordialement.

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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par axou » jeu. 10 déc. 2015, 14:05

Cinci a écrit :
extraits du discours de Mgr Albert Rouet :
[...]
Finalement, concernant l'Église de demain [...] Il faut confier des responsabilités à tous les baptisés et non pas les tenir pour des mineurs. Que si l'on veut être crédible il faut avoir des chrétiens adultes et non pas seulement des personnes qui aident. Que si demain l'on veut avoir une Église crédible, il faut des chrétiens formés qui ne sont pas butés sur des rites surannés mais qui aient un esprit ouvert et accessible au grand large. [...] Il faut cette espèce de radicalité évangélique qui est une radicalité de l'Incarnation et de la proximité. Il faut une Église du dialogue.
(....)
Je trouve quand même fâcheux que le seul argument devant lequel tout le monde s'incline soit que nous manquions de prêtres. Portons un peu notre attention sur cet argument. D'abord, il est répété partout. Dans le diocèse de Poitiers, quand je suis parti, il y avait 10 000 laïcs engagés au service du diocèse. Pourtant, jamais les médias n'ont posé de questions à ce sujet, préférant me demander combien j'avais de prêtres. [...] mais qu'il y ait 42 diacres dans le diocèse, 99 laïcs ayant lettre de mission, qu'il y ait 320 communautés locales, rien de tout cela n'apparaît comme construisant l'Église. Nous sommes devant une sorte de pulsion non réfléchie, non critiquée, qui nous fait croire au fond que l'Église c'est le curé ou l'évêque. Eh bien, non. Non. Un évêque seul, ce n'est pas l'Église. Vous voyez que nous avons un travail à faire sur les mentalités, sur les représentations.

C'est à partir de ces idées que nous avons travailler à bâtir un nouveau visage d'Église, idées renforcées par une étude de saint Paul, qui nous apprend que tout baptisé possède des dons qu'il doit mettre au service de tous. Il faut trouver des moyens qui permettent à tous les baptisés - et pas simplement quelques élus, quelques chrétiens de première classe qui donnent le ton - d'exprimer leurs capacités dont l'Église a besoin pour grandir. Le baptisé n'est pas un membre passif de cette Église, il est un acteur chargé de construire le Corps du Christ. C'est une théologie du baptême qui fonde l'expérience des communautés locales.
[...]
En France, on ne cesse d'entendre que c'est perdu, que nous sommes les derniers des Mohicans et que s'il reste encore quelques survivants qui ont la foi, il vaudrait mieux les garder dans un musée pour que l'on puisse voir ce que c'était comme type de vivant. Les gens ont vraiment compris qu'une forme d'Église était passée, mais que l'Église était toujours vivante et qu'une nouvelle forme d'Église était en train de naître. Que la vie, précisément, c'est de faire autre chose
(...)
Dans ce débat,(sur l'Eucharistie) nous avons pris une position digne de Salomon : on ne communie pas obligatoirement tous les dimanches lorsqu'il y a prière dominicale, pas plus que l'on ne communie jamais, l'idée étant d'amener la communauté à réfléchir sur les raisons de communier. Il s'agit de casser les automatismes et d'éviter, et on y tient beaucoup, que le problème soit résolu par un oukaze épiscopal tombant d'en haut.

[...] Les communautés locales ont donc flairé qu'elles n'étaient pas Églises si elles étaient toutes seules, et qu'elles étaient toutes seules si elles avaient tout. A mon sens, le prêtre devrait être vu non pas comme celui qui a tous les pouvoirs, mais comme celui qui empêche les communautés de se refermer sur elles-mêmes, comme celui qui empêche la fermeture. Au nom du Christ.
Qu'il est top ce Mgr Rouet !

Mais oui, il faut arrêter de geindre sur le manque de prêtre et s'appuyer d'avantage sur les laiques et mettre en valeur les differents charismes des uns et des autres,

Axou

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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par Christophe67 » jeu. 10 déc. 2015, 15:18

axou a écrit :Mais oui, il faut arrêter de geindre sur le manque de prêtre et s'appuyer d'avantage sur les laiques et mettre en valeur les differents charismes des uns et des autres
Bonjour Axou,


Tout dépend ce que vous entendez par "s'appuyer sur les laïques", et si vous parlez de laïques missionnés ou de laïques tout court ?

Force est de constater que même parmi les laïques missionnés, ou en responsabilités dans une paroisse, les discours peuvent être très différents.

Je me désole de voir, dans ma paroisse, le groupe des catéchistes, dont une vierge consacrée, se crêper le chignon avec la coopératrice pastorale, leur supérieure du coup, parce que celle-ci "a été placée" à ce poste pour avoir un emploi.
Et oui, devant la chute des vocations, notre région concordataire, plutôt que de voir des postes de vicaires rendus à l'État a préféré les transformer en poste de coopération pastorale , lesquels ne sont pas forcément occupés par des personnes correspondantes à cet apostolat (ou n'ayant même pas la foi).

Du coup l'ACE, et le cheminement des catéchumènes, ressemble plus à une petite colo qu'à un groupe d'enfants en marche vers les sacrements.
Notamment quand des propos comme "moi aussi çà me fait braire de devoir aller à la messe le dimanche" sont tenus devant ces mêmes enfants par la laïque en responsabilité.
Du coup toutes celles qui étaient la colonne vertébrale de la paroisse, arrêtent tour à tour, et les places sont reprises par des laïques qui vident de toute substance, de toute spiritualité des choses aussi profondes que la cantillation par les enfants, ou toute autre animation liturgique à leur charge etc... etc...

Non vraiment, je ne mets pas en doute la bonne volonté de certains laïques, mais entre un prêtre et un laïque, il n'y pas photo.
D'ailleurs vous viendrait-il à l'esprit, s'il n'y avait pas assez de profs dans un collège, de dire qu'on arrête de pleurer sur le manque de profs et qu'on en appelle aux non enseignants de bonne volonté ?

je suis certain que non, alors pourquoi pour nos paroisses ?

Je ne sais pas chez vous, mais chez moi un/une catéchiste doit recevoir une formation de 2 ans à la faculté de théologie de Strasbourg et détenir au minimum le CAPER/DUFAPER-1 voir le 2.
Et que les catéchistes ne sont pas forcément choisis parce qu'ils veulent l'être.

Et si un laïque veut exercer un ministère au sein de sa paroisse, il peut toujours voir avec son évêque s'il peut se diriger vers le diaconat. Mais ce n'est pas aussi simple, par le discernement que cela suscite, les 4 années de formation, la nécessité d'exercer ce ministère en couple et par le couple... Cela réduit les vocations mais ce n'est pas pour autant qu'il faut brader.

Je sais que de nos jours on s'habitue à voir tout à la baisse, pour que tout soit accessible et que moins d'efforts soient fournis, mais il est nécessaire de savoir raison garder.


Cordialement.

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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par Lys_Sul » sam. 12 déc. 2015, 0:36

Christophe67 a écrit :Et si tout cela, au final, n'avait que pour but de convaincre le laïcisé (et non laïque) de passer d'une neutralité de l'État face aux religions, à une nécessité de se passer des religions ?
Du genre?
Christophe67 a écrit :Une fois le laïcisé émotif convaincu sur la barbarie, la brutalité, l'obscurantisme, l'intolérance etc... qu'apporteraient les religions (la rancœur est tenace puisqu'on remonte aux croisades), les conditions d'une chasse aux sorcières pourraient être mises en place et institutionnellement validées.
La seule religion qui actuellement s'est exprimée sur des dossiers concernant la société est principalement le catholicisme, enfin ce qui en reste. Sur le mariage pour tous, le projet sur la fin de vie, le sujet de l'avortement, etc.... Il reste une sorte de sève chrétienne dans les esprits et l'éducation des personnes, « mai 68 » comme marqueur historique de la déconstruction d'une morale collective au profit celle individuelle a bien diminué cela (valeurs chrétiennes).

Comme vous l'écrivez, quand l’Église défendra ses valeurs contre des projets allant contre, elle sera accusée d'être contre le progrès de l'humanité, rétrograde au point de faire subir le mal, et que l'obscurantisme n'a plus sa place dans la société, car ses conséquences furent toujours dramatiques dans notre pays.

Au final, le catholicisme deviendra l'épouvantail et sera totalement disqualifié de la place publique, l'inconscience dans l'opinion publique en retiendra « catholicisme = obscurantisme, le mal ».
Ce serait la voie royale pour la république maçonnique de placer leur dieu (ou l'absence de Dieu) sur l'autel de la République, avec la collaboration tacite d'un peuple prêt à adorer un nouveau veau d'or.
Nous vivons une crise sur les valeurs,il y a une sorte de vide spirituelle, ce que vous écrivez êtes déjà caduque, cela ne transcende aucunement la population, les personnes perdues dans notre société sont en recherche de base solide sur laquelle s'appuyer pour s'épanouir dans leur vie spirituelle et matérielle dans un monde troublé aussi bien économiquement que géopolitiquement.
L’esprit est à soi-même sa propre demeure ; il peut faire en soi un Ciel de l’Enfer, un Enfer du Ciel.

Livre I, Le Paradis perdu - John Milton

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prodigal
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Re: Actualité et prestidigitation

Message non lu par prodigal » sam. 12 déc. 2015, 11:41

Lys_Sul a écrit : Quand l’Église défendra ses valeurs contre des projets allant contre, elle sera accusée d'être contre le progrès de l'humanité, rétrograde au point de faire subir le mal, et que l'obscurantisme n'a plus sa place dans la société, car ses conséquences furent toujours dramatiques dans notre pays.

Au final, le catholicisme deviendra l'épouvantail et sera totalement disqualifié de la place publique, l'inconscience dans l'opinion publique en retiendra « catholicisme = obscurantisme, le mal ».
Pardonnez-moi mais je crois que la bonne question n'est pas là. Car si l'on a raison d'accuser le catholicisme il ne sert à rien de jouer les autruches et de nier ses torts, et si l'on a tort de l'accuser il ne faut pas se régler sur les imputations calomnieuses d'autrui.
La question n'est pas de savoir ce que l'on dira quand l'Eglise défendra sa doctrine morale, mais si oui ou non l'Eglise est capable, sans se renier en rien, de tenir un discours qui ne soit pas obscurantiste. Et évidemment la question subsidiaire serait de savoir à partir de quoi un discours mérite d'être rejeté comme obscurantiste.
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