Le secret de la confession (et ses limites ?)

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Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Sofia » jeu. 15 oct. 2009, 21:50

Bonsoir,
Il me semble qu'un prêtre qui trahit le secret de la confession est automatiquement excommunié, que c'est un péché très grave. Cependant, y a-t-il des exceptions à la règle ?
Je donne quatre exemples (je sais que ce ne sont pas forcément des choses qui se rencontrent tous les jours, bien sûr) :
:arrow: Un père de famille avoue, en confession, qu'il force sa fille de huit ans à avoir des rapports incestueux et qu'il n'a pas l'intention d'arrêter. Si le prêtre ne rapporte pas ce qu'il a entendu, c'est de la non-assistance à personne en danger, non ?
:arrow: Madame X a été assassinée. Monsieur X a été condamné pour ce meurtre mais clame son innocence. Monsieur T vient se confesser et avoue au curé que c'est lui le coupable mais qu'il ne veut pas se dénoncer parce que ses enfants se retrouveraient "sans parents". Le prêtre doit-il se taire, sachant qu'un innocent va aller en prison ?
:arrow: Un prêtre reçoit un futur couple. La future mariée lui confie qu'elle n'aime pas son fiancé, qu'elle ne veut se marier avec lui que pour l'argent. Le prêtre a-t-il le droit de mettre le fiancé en garde ?
:arrow: Un séminariste dit à son confesseur qu'il n'en a absolument rien à faire de Dieu et de l'Église et qu'il compte bien faire ce qui lui chante une fois prêtre. Le curé a-t-il le droit d'avertir "les autorités compétentes" (je ne sais pas qui il pourrait avertir, d'où une expression un peu malheureuse) ?

Et dans tous ces cas, si vraiment le prêtre ne peut rien dire, que doit-il moralement faire ?

Cordialement,

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Luis » ven. 16 oct. 2009, 10:51

Je pense que ceci éclaire la plupart de ces problèmes, si ça ne les résout pas : on ne se confesse que pour des actes passés. On ne peut pas se confesser pour des actes à venir, c'est absurde. Donc, lorsque ces gens parlent de ce qu'ils ont l'intention de faire dans l'avenir, cela ne fait pas partie de la confession. Ni donc de son secret.

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Sofia » ven. 16 oct. 2009, 14:31

Au temps pour moi. Je croyais que tout ce que le prêtre entendait en confession, même s'il s'agit d'actes futurs, était soumis au secret.

Cordialement,

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Raistlin » ven. 16 oct. 2009, 15:00

Au temps pour moi. Je croyais que tout ce que le prêtre entendait en confession, même s'il s'agit d'actes futurs, était soumis au secret.
L'absolution ne peut être donnée que pour des fautes passées, c'est certain. Mais je ne suis pas sûr que le secret de la confession soit levé pour des actes futurs.

Peut-être existe-t-il des exceptions ? (Intention de commettre un meurtre, etc.) J'avoue que je ne sais pas...
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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Luis » ven. 16 oct. 2009, 17:32

En fait, je n'en suis pas sûr non plus. J'ai juste raisonné par rapport à ce qu'est, dans mon esprit, la confession. Si un fidèle émet l'idée de réaliser ultérieurement un acte mauvais, il n'est plus en situation de confession - autre chose est de confesser un état d'esprit récurrent -, et le prêtre doit chercher à le dissuader de réaliser cet acte.

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Arzur » sam. 17 oct. 2009, 0:44

Le prêtre ne doit en aucun cas lever le secret de la confession... en aucun cas, même si l'avenir de l'humanité était en jeu !

Par contre, le prêtre doit refuser l'absolution(*) si le pécheur ne regrette pas ses péchés... De plus la validité de l'absolution dépend de l'application de la peine...
Par exemple, pour le premier cas, le prêtre peut demander comme pénitence de se dénoncer à la police. Si le pénitent ne le fait pas, il ne recevra pas le pardon de Dieu...


(*) : L'absolution, c'est quand le prêtre se fait l'instrument du Christ en donnant le pardon de Dieu au pécheur repenti. Si le péché n'est pas regretté, le pardon ne peut pas être donné, même si le prêtre dit les bonnes paroles. Ce n'est pas le prêtre qui pardonne, mais bien Dieu qui pardonne Lui même par le biais du prêtre...


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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Invité » dim. 18 oct. 2009, 17:46

Les faits fournis ne relèvent pas de la confession privée, mais de la confession publique et donc il n'y a pas de secret à garder et ce n'est pas au niveau du prêtre que cela se passe mais de l'évêque. Le prêtre en réfèrera à l'évêque qui prendra les décisions qu'il juge bon pour son Eglise.

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Sofia » dim. 18 oct. 2009, 22:52

les faits qui sont fournis ne relèvent pas de la confessions privées mais de la confession publique et donc il n'y a pas de secet à garder et ce n'est pas au niveau du prêtre que cela se passe mais de l'evêque
Bonsoir Touriste,
Dans mes exemples (car ce ne sont que des exemples), je ne parle pas de confession publique mais bien de confession privée (donc devant un prêtre, et seulement devant lui).

J'en profite pour remercier les autres intervenants de leurs réponses, en particulier le bon Seb et Arzur.

Cordialement,

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Ignotus » lun. 19 oct. 2009, 10:34

je ne suis pas sûr que le secret de la confession soit levé pour des actes futurs..
Déjà, pour qu'il y ait secret de la confession, il faut qu'il y ait confession...
On peut se demander si une personne qui vient voir un prêtre pour lui dire qu'il a l'intention de commettre une mauvaise action vient pour se confesser ? En tous cas, sûrement pas pour demander l'absolution !

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Raistlin » lun. 19 oct. 2009, 15:34

je ne suis pas sûr que le secret de la confession soit levé pour des actes futurs..
Déjà, pour qu'il y ait secret de la confession, il faut qu'il y ait confession...
On peut se demander si une personne qui vient voir un prêtre pour lui dire qu'il a l'intention de commettre une mauvaise action vient pour se confesser ? En tous cas, sûrement pas pour demander l'absolution !
Oui, mais ça ne change rien au fait que le prêtre reçoit ces propos dans le cadre d'une confession. Le secret de la confession n'est pas lié à l'absolution.

Cordialement,
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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Ignotus » lun. 19 oct. 2009, 16:19

Il y a de nombreuses années, j'ai entendu parler d'un désespéré qui, ayant avalé du cyanure qui tardait à produire son effet, s'était présenté dans un confessionnal. Le prêtre ayant fait des études de médecine, dès qu'il eut entendu ce pénitent, il était sorti du confessionnal et l'avait emmené à l'hôpital pour un lavage d'estomac...
Cette histoire m'a toujours tracassé, parce qu'il me semble que le prêtre n'a pas respecté le secret de la confession. Je ne suis pas sûr qu'elle soit authentique. C'est un cas-limite, mais, pour le principe, ce prêtre a-t-il bien fait ?
Autre cas dont j'ai été témoin: J'étais tout gamin; c'était lors de la confession des enfants. Le prêtre a ouvert brusquement la porte du confessionnal, a fait sortir son jeune pénitent qui commençait sa confession, et lui a reproché devant tous les autres de ne pas avoir bien fait un signe de croix...

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar le bon Seb » lun. 19 oct. 2009, 20:47

Bonsoir Ignotus,
Il y a de nombreuses années, j'ai entendu parler d'un désespéré qui, ayant avalé du cyanure qui tardait à produire son effet, s'était présenté dans un confessionnal. Le prêtre ayant fait des études de médecine, dès qu'il eut entendu ce pénitent, il était sorti du confessionnal et l'avait emmené à l'hôpital pour un lavage d'estomac...
Cette histoire m'a toujours tracassé, parce qu'il me semble que le prêtre n'a pas respecté le secret de la confession. Je ne suis pas sûr qu'elle soit authentique. C'est un cas-limite, mais, pour le principe, ce prêtre a-t-il bien fait ?
Peut-être faut-il voir dans ce lavage d'estomac une pénitence anticipée ?

Quant à l'autre cas nous n'avons que trop peu d'éléments. Le signe de croix mal fait n'était-il pas le révélateur d'autre chose que seuls le confesseur et le pénitent savaient ?

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar archi » lun. 19 oct. 2009, 21:10

Quant à l'autre cas nous n'avons que trop peu d'éléments. Le signe de croix mal fait n'était-il pas le révélateur d'autre chose que seuls le confesseur et le pénitent savaient ?
Je ne vois strictement aucune raison d'étaler devant tout le monde ce que le pénitent fait en confession, quels que soient les reproches qu'il ait à lui faire.

Par contre, je ne vois pas ce que l'autre prêtre qui a emmené le pénitent à l'hôpital aurait pu faire d'autre que ce qu'il a fait...
Nous qui dans ce mystère, représentons les chérubins,
Et chantons l'hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité.
Déposons maintenant tous les soucis de ce monde.

Pour recevoir le Roi de toutes choses, Invisiblement escorté des choeurs angéliques.
Alléluia, alléluia, alléluia.

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Gandulf » mar. 27 oct. 2009, 22:13

Le secret de la confession est absolu et ne souffre pas d'exception (voir les citations ci-dessous du CEC et du CDC). C'est une garantie pour le pénitent: qui irait se confesser d'une faute très grave si il risquait d'être dénoncé ? Personne évidemment.
Après, il me semble que c'est le devoir du prêtre dans les cas extrêmes que vous évoquer d'exiger comme pénitence d'aller se dénoncer (et pourquoi pas d'aller accompagner le pénitent même à l'hôpital :D).
Pour ce qui est de la validité du sacrement (pas le secret), je vous rappelle qu'elle exige le "ferme propos" qui consiste dans l’intention sincère et même la décision formelle, de faire sincèrement et sérieusement effort, à l’avenir, pour éviter le péché sous toutes ses formes.

Avez-vous vu le film d'Hitchcock "la loi du silence" ? Au Québec, un homme revêtu d'une soutane abat un avocat pour lui dérober son argent. Le soir du drame, il se confesse auprès du père Michael Logan, sur lequel se portent immédiatement les soupçons. Arrêté, mais lie par le secret de la confession, le père Logan se tait.

Catéchisme de l’Église catholique
1467 Étant donnée la délicatesse et la grandeur de ce ministère et le respect dû aux personnes, l’Église déclare que tout prêtre qui entend des confessions est obligé de garder un secret absolu au sujet des péchés que ses pénitents lui ont confessés, sous des peines très sévères (⇒ CIC, can. 1388, §1; CCEO, can. 1456). Il ne peut pas non plus faire état des connaissances que la confession lui donne sur la vie des pénitents. Ce secret, qui n’admet pas d’exceptions, s’appelle le " sceau sacramentel ", car ce que le pénitent a manifesté au prêtre reste " scellé " par le sacrement.

Code de droit canon
Can. 984 § 1. L'utilisation des connaissances acquises en confession qui porte préjudice au pénitent est absolument défendue au confesseur, même si tout risque d'indiscrétion est exclu.
§ 2. Celui qui est constitué en autorité ne peut en aucune manière utiliser pour le gouvernement extérieur la connaissance de péchés acquise par une confession, à quelque moment qu'il l'ait entendue.

Can. 1388 - § 1. Le confesseur qui viole directement le secret sacramentel encourt l'excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique; celui qui le viole d'une manière seulement indirecte sera puni selon la gravité du délit.

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Re: Le secret de la confession (et ses limites ?)

Message non lupar Sofia » mer. 28 oct. 2009, 2:35

Non, je n'ai pas vu ce film d'Hitchkock (et désormais c'est un peu tard pour le suspens ;-)). Il a l'air intéressant.

Can. 1388 - § 1. Le confesseur qui viole directement le secret sacramentel encourt l'excommunication latae sententiae réservée au Siège Apostolique; celui qui le viole d'une manière seulement indirecte sera puni selon la gravité du délit.
- Un prêtre boit quelques verres de trop et sous l'effet de l'alcool (donc involontairement) révèle à un inconnu ce qu'un des pénitents lui a confié : violation directe ou indirecte ?
- Monsieur X confesse avoir trompé son épouse. Plus tard, à la sortie de la messe, le prêtre entend Madame X dire à une amie que son mari est le plus fidèle des hommes et ne peut s'empêcher de rire nerveusement devant elle. Peut-on considérer qu'il a violé le secret de la confession ?
- Et si le prêtre est soumis à la torture et qu'il "lâche le morceau" ? C'est une violation directe, si je ne m'abuse, mais encourt-il l'excommunication étant donné la circonstance atténuante ?

(choisir de bons exemples, c'est pas encore ça chez moi...)

Cordialement,


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