Épiscopat, clergé : disparitions

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Cinci
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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar Cinci » mer. 25 janv. 2017, 20:54

Bonjour
Christian K :
Il a fait énormément de mal sans s'en rendre compte. Car il a affaibli par sa dissidence partielle ("antidogmatique" a -t-on dit) les moyens qui auraient pu atténuer la décadence postconciliaire. La quasi mort du diocese de Gatineau lui doit beaucoup, par l'intermédiaire de son 1er évêque, disciple de Grandmaison à St Jerome.
Je vous avoue que je ne connais pas du tout la situation du diocèse de Gatineau. Je ne connais pas non plus l'évêque dont vous parlez. Il me serait bien difficile de juger à distance que Jacques Grand.Maison aurait dû être responsable de quelque chose de très négatif via des décisions que l'éveque aurait dû prendre. Vouloir faire porter sur les épaules d'un seul homme (ou presque) la responsabilité d'une chute de la pratique religieuse dans un pays, dans un diocèse ou dans une province : c'est une opération qui me semble toujours assez hasardeuse.

:?:

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar Cinci » mer. 21 juin 2017, 17:22

Il [Jacques Grand'maison] était infiniment trop horizontal, le prêtre à la page des 60s... ChristianK
Je suis tombé sur ce petit texte de Jacques Grand'maison, ci-dessous et daté de 1977, et puis, ma foi, il me semble encore plus actuel qu'il pouvait l'être à l'époque. Incroyable. Je le donne pour illustrer l'aspect soi-disant "trop horizontal" du prêtre.

La barrière

"Entre nous et vous a été fixé un grand abîme, pour que ceux qui voudraient passer d'ici chez vous ne le puissent, et qu'on ne traverse pas non plus de là-bas chez vous" - Luc 16,26

Je ne m'étais jamais arrêté sur ce passage de la parabole de Lazare. Abraham dit au mauvais riche qu'entre lui et Lazare il y a désormais un fossé infranchissable. Dans l'au-delà, la barrière érigée sur la terre devient insurmontable. Pas même Abraham ne peut la franchir. Serait-ce le fameux péché irrémissible? Laissons l'Esprit en décider lui-même puisqu'il n'a pas précisé la faute exacte. Mais je ne puis résister à suggérer ici ce rapprochement dramatique. Il ne s'agit même plus du trou de l'aiguille : l'emmurement est total.

Certaines espérances faciles des derniers temps sont peut-être aussi suspectes que les consolations symboliques des vieilles rhétoriques chrétiennes sur la pauvreté. Le drame pascal de Jésus nous invite à plus de profondeur et de vérité. S'il est allé aussi loin, c'est que l'enjeu pointé est d'une gravité exceptionnelle. Cette parabole nous en convainc. Mais on peut la tenir à distance d'une vague inquiétude qui n'engage à rien.

Ce fossé dans l'au-delà n'est pas une pure métaphore, simple figure de style. Ce que les esprits religieux ont de facilité pour s'en tenir au pur symbolisme! Surtout, quand il y va de la communauté, de la solidarité. Le "nous" promut par les Évangiles se situe d'abord dans la cité réelle. Un peu comme s'il était le "nous" premier et dernier devant Dieu. Sans lui, le "nous" sacramentel entre chrétiens devient contradiction et péché. La parabole est pourtant très explicite : les barrières qui séparent les hommes dans la cité deviennent des abîmes qu'Abraham ne peut même pas franchir. Sauf, sans doute, le Dieu des miséricordes. Les spirituels comme les évangélistes nous avertissent de ne pas abuser Dieu en ce domaine. Un coeur fermé sera enclin à ne pas croire à la pitié de Dieu . Et nous voilà encore au tragique fossé de la parabole et aux barrières terrestres qui le préparent.

Plus que le refus de partager le pain, la barrière érigée entre le riche et Lazare, signifie le drame central. On peut donner du pain, sans partager vraiment, sans établir une relation humaine, sans changer les rapports sociaux injustes, sans remettre en cause la dialectique dépendance-domination, sans établir une authentique fraternité. L'égalité foncière des hommes devant Dieu en Jésus-Christ est ici radicalement contredite.

Le mauvais riche s'arrange pour ne pas voir Lazare. La pauvreté anonyme quoi! Comme nous, ce riche typifié n'a peut-être pas nié la nécessité d'aider les pauvres. Il a pu envoyer des sommes importantes au Temple afin que l'institution s'occupe des canards boiteux. Mais, comme nous, il a trouvé indécente et gênante, la présence physique et sociale de la pauvreté dans son environnement quotidien. Une version anticipée de nos attitudes modernes : "Que le gouvernement s'en occupe!"

Nous nous scandalisons des raffinements cruels de l'apartheid en Afrique du Sud. Les Blancs de là-bas n'ont même pas le droit de pénétrer dans les banlieues pauvres "réservées" aux Noirs. Ce gouvernement raciste a établi la barrière à pareille hauteur! Avec la complicité tacite des Blancs. Nous faisons la gorge froide devant cette attitude politique criminelle. Voyons nos propres comportements du même type.

Une des grandes stratégies de l'urbanisme actuel est de confier aux regroupements de citoyens le contrôle de leur habitat. Il semble qu'aucune loi gouvernementale, qu'aucune force policière n'aient autant de force dissuasive que certains "nous" égoïstes et auto-protecteurs. Les zones résidentiels établis par les citoyens nantis sont de plus en plus sélectifs, exclusifs, pour ne pas dire brutaux. Zonages on ne peut plus efficaces. Des agents d'assurance, des permanents syndicaux, des professeurs politisés, des féministes radicaux participent à l'établissement de ces règles du jeu. On ne veut pas de constructions subventionnées (futurs taudis) qui dévalorisent les propriétés grandes ou petites. Que de fois, j'ai assisté à de tels refus face à nos efforts de relocalisation plus décente des pauvres évincés du centre-ville.

J'y ai découvert que les deux vraies classes sociales sont les "intégrés" et les "exclus". Ce qui ne correspond pas aux scénarios idéologiques des gauches et des droits de luxe. Combats d'élite. Affrontements de petites et grandes bourgeoisies. Débats politiques entre "forts" qui ne veulent pas vraiment changer les règles du jeu, en dépit d'orientations idéologiques apparemment opposées. C'est peut-être la plus grande imposture du jeu politique dans les pays riches.

Eh oui, la parabole rejoint notre quotidien tout autant que la grande politique internationale. Mais nos propre barrières de tous les jours sont mieux camouflées. Nous avons même trouvé des solutions de luxe pour parquer les exclus hors de nos regards. Des institutions pour les enfants handicapés ou abandonnés, pour les vieux inutiles. Des théories pour être bien dans sa peau peu importe le prix payé par les autres. Des rationalisations qui permettent d'abandonner un conjoint accidenté, un grabataire encombrant. Tout pour protéger son bonheur moyen d'homme moyen défini par le centre d'achat. Au comptoir de l'offre et de la demande, comme des objets, vous troquerez le foetus vivant, l'agonisant euthanasié, le suicidaire. Bientôt des mouroirs isolés et feutrés pour ce dernier. Au moins, le village d'autrefois assumait ses canards boiteux. Nous sommes devenus des barbares.

Et dire que des hommes d'Église, des chrétiens qui se prétendent de l'Évangile, voient ici une politisation hérétique du Message.

Comment concilier le plaidoyer d'une interprétation spiritualiste de la pauvreté en esprit avec ces barrières bien concrètes qu'évoque la parabole? Il faudrait alors évacuer tout le courant prophétique d'Amos à Jésus.

Et ce chapitre 25 de Matthieu qu'on nous reproche de citer abusivement. Il s'agit bien pourtant du jugement dernier, d'un moment décisif. Tout centré sur les responsabilités matérielles et fraternelles dans la cité profane.

Le texte évangélique ne vise pas d'abord le pratiquant, ni même le croyant, mais le non-homme à libérer dans sa chair, pour une égalité à hauteur d'homme! Une égalité à faire, un peu comme la vérité biblique de Dieu. Jésus se révèle dans cette dramatique de l'homme qui n'a que sa condition humaine à mettre dans la balance, du non-homme vidé de son humanité. A ce niveau, le Dieu nu et l'homme qu'est Jésus-Christ sur la croix se nouent dans un sens historique que nous n'osons avouer.

Eh oui, la kénose n'est pas que mystérielle; elle est au coeur du drame historique jusque dans ses dimensions politiques. A chaque fois que l'humain et le divin sont anéantis chez le Pauvre et les siens.

Nier l'homme et nier Dieu, c'est tout un pour nous croyants.

Depuis l'Incarnation, voilà un critère de jugement, d'action et de foi non négociable. Nous ne pouvons pas caricaturer l'homme que nous portons en Jésus-Christ, sans défigurer le vrai visage de Dieu. Or les Pères de l'Église nous ont appris que le pauvre opprimé, c'est la première brisure fondamentale de l'image de Dieu, et plus encore, le Dieu crucifié lui-même.

En savons-nous les conséquences?

L'ouverture du Royaume passe donc par la solidarité humaine la plus radicale. Celle que révèle la crucifixion de l'esclave en dehors des murs de la cité. Ce qu'il faut d'abord évaluer, c'est le péché multiforme de l'exclusion. Seule le Père pouvait vaincre ces dernières profondeurs du mal.

Pour croire à une issue qui n'est pas purement symbolique dans la résurrection, nous devons accepter le réalisme biblique et évangélique des murs érigés par les hommes eux-mêmes. Notons ici que jamais le péché des barrières n'est rattaché à Satan. Il y a un drôle de petit sens politique en dessous de cela ... à savoir la pleine responsabilité humaine. Voilà ce que bien des croyants tentent d'éluder de multiples façons. Je me demande si l'apolitisme de Jésus ne nous renvoie pas précisément à nos propres responsabilités dans la cité terrestre.


Source ; Jacques Grand'maison, "Préface" dans Cri de Dieu. Espoir des pauvres, p. 8

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar Cinci » jeu. 22 juin 2017, 2:05

Cette phrase de Jacques Grand'maison écrite en 1977 ...


J'y ai découvert que les deux vraies classes sociales sont les "intégrés" et les "exclus". Ce qui ne correspond pas aux scénarios idéologiques des gauches et des droits de luxe. Combats d'élite. Affrontements de petites et grandes bourgeoisies. Débats politiques entre "forts" qui ne veulent pas vraiment changer les règles du jeu, en dépit d'orientations idéologiques apparemment opposées. C'est peut-être la plus grande imposture du jeu politique dans les pays riches.


Quelle lucidité! On dirait vraiment un commentaire sorti d'une chronique de la semaine dernière, de la colonne d'un excellent éditorialiste travaillant dans un vrai journal de combat. 1977 ... On croirait qu'il commente la dernière campagne électorale française!


Au comptoir de l'offre et de la demande, comme des objets, vous troquerez le foetus vivant, l'agonisant euthanasié, le suicidaire. Bientôt des mouroirs isolés et feutrés pour ce dernier. Au moins, le village d'autrefois assumait ses canards boiteux. Nous sommes devenus des barbares.


Nous sommes beaucoup plus enfoncés aujourd'hui dans cette situation qu'il ne faisait qi'anticiper. Son texte est plus actuel en 2017 qu'en 1977.

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar ChristianK » mar. 27 juin 2017, 23:53

Quand ce type a-t-il parlé des fins dernières, du purgatoire, du jugement particulier, de Fatima, de lèxpiation, du danger des mondains, quand s`est-il abstenu de soutenir les défroqués de sa fac de théo de Mtl? On le voyait encore parler pour la liturgie `debout` (ie.contre la mise à genoux) en pleine messe. Non, le type des 60s, très clair, le type des séminaires vidés et des vocations tuées.
Il était un parfait représentant de cette fac, un des plus populaires en 68 , avec Audet, Martucci, et quelques autres.

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar Cinci » mer. 28 juin 2017, 3:51

Il avait de quoi s'inspirer :
"En dépit des nobles affirmations du christianisme, l'Église a souvent laissé s'affaiblir son souci de justice sociale et s'est trop souvent contentée de débiter de pieuses inepties et de dévotes insignifiances. Elle a souvent si absorbée dan un bon "là-haut" futur qu'elle en a oublié le mauvais "ici-bas" actuel. Pourtant l'Église est chargée d'appliquer l'Évangile de Jésus-Christ à la situation sociale. Nous devons arriver à voir que l'Évangile chrétien est comme une route à double-voie; d'un côté, il cherche à changer les âmes des hommes et par là les unir à Dieu; de l'autre, il cherche à changer les conditions de l'homme en sorte que l'âme soit en situation plus favorable après le changement. Une religion qui professe être concernée par les âmes des hommes mais ne l'être point par les conditions économiques et sociales qui les étranglent appartient à cette espèce que les marxistes décrivent comme l'"opium du peuple".

L'honnêteté nous force aussi à admettre que l'Église n'a pas été fidèle à sa mission sociale dans le problème de la justice raciale. Dans ce domaine, elle a misérablement abandonné le Christ. [...] L'un des principaux défenseurs du triste régime d'apartheid en Afrique du Sud est l'Église réformée hollandaise. En Amérique, l'esclavage n'aurait pas pu exister pendant presque deux cent cinquante ans si l'Église ne l'avait pas validé; la ségrégation et la discrimination ne pourraient plus exister si l'Église chrétienne n'était pas leur partenaire par son silence et souvent même par sa voix. Nous devons regarder en face ce fait honteux que, dans la société américaine, l'Église est parmi les grandes institutions celle où il y a le plus de ségrégation; comme le professeur Liston Pope l'a noté, l'heure de la semaine la plus marquée par la ségrégation est onze heures le dimanche matin.

Ce sera l'une des tragédies de l'histoire chrétienne si les historiens futurs rapportent qu'au faîte du XXe siècle l'Église fut l'un des remparts principaux de la suprématie blanche.

Nous devons examiner honnêtement la faiblesse du capitalisme traditionnel. En toute loyauté, nous devons admettre que le capitalisme a souvent laissé se creuser un abîme entre le superflu et la misère; qu'il a créer des conditions permettant de dépouiller le grand nombre du nécessaire pour donner le superflu à quelques uns; qu'il a encouragé ceux qui manquaient de coeur à devenir froids et sans conscience au point que, comme le riche devant Lazare, ils restent insensibles devant l'humanité atteinte par la souffrance et la pauvreté. Dieu veut que tous ses enfants aient le minimum indispensable à une vie saine et qui ait un sens. Sans doute possible, il n'est ni chrétien ni moral que les uns se prélassent dans le luxe alors que les autres s'enlisent dans la misère.

[...]

L'attrait du gain, s'il est la seule base d'un régime économique, encourage une compétition sans merci et une ambition égoïste qui poussent les hommes à se montrer plus concernés par les moyens d'existence que par la vie elle-même. Ils deviennent à ce point centrés sur le "moi" que le "toi" fini par s'effacer de leur perspective. Ne sommes-nous pas trop portés à mesurer le succès aux taux de nos salaires et au format de nos voitures, au lieu de la mesurer à la qualité de nos services et de notre relation à l'humanité? Le capitalisme peut conduire à un matérialisme pratique aussi pernicieux que le matérialisme théorique enseigné par le communisme.

- Martin Luther King, "Comment un chrétien voit le communisme" , 1963, p.182
https://www.youtube.com/watch?v=130J-FdZDtY

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar ChristianK » jeu. 29 juin 2017, 22:31

Dans un contexte postconciliaire local de 1975, pures niaiseries de la génération défroquées. Il y a eu exactement le contraire: fanatisme social, censure du surnaturel. Grandmaison était là-dedans...

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar gerardh » ven. 30 juin 2017, 10:25

________

Bonjour,

Avec de telles qualités, pourquoi n'a t-il pas été nommé évêque ?


__________

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar Cinci » ven. 30 juin 2017, 18:09

Salut gérardh,

Pour vous répondre, tout ce que je sais à ce sujet : Jacques Grand'maison a déjà été pressenti pour être nommé évêque. C'est lui-même qui aurait décliné l'offre, préférant demeurer en contact direct avec les gens de son diocèse, à oeuvrer sur le terrain si l'on peut dire.

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar Cinci » dim. 02 juil. 2017, 3:17

Christian K :
Quand ce type a-t-il parlé des fins dernières, du purgatoire, du jugement particulier, de Fatima, de l'expiation, du danger des mondains [...]
Je ne connais pas suffisamment l'homme et toute sa carrière dans l'Église pour vous confirmer si oui ou non il aurait dû délibérément vouloir occulter les grands thèmes théologiques de l'Église, comme si ces derniers auraient dû être des embarras ou des nuisances par surcroit! Je suppose que non.

Mais il est compréhensible qu'un aspect de revendication en faveur d'une plus grande justice sociale ait pu prendre davantage le devant de la scène à l'époque, et par opposition à un clergé conservateur d'une époque précédente qui aurait pu facilement se faire le chantre d'une religion opium du peuple,

Il ne s'agit pas de faire une idole avec le défunt chanoine. Personne n'est parfait. Et il peut bien y avoir eu des déséquilibres chez les professeurs de faculté, un peu d'excès dans les réactions. Sûrement que Grand'Maison aurait eu naturellement tendance à soutenir la critique de l'Église ou les jeunes loups adeptes de changements et d'expérimentations. On pourrait bien ne pas être d'accord avec toutes ses idées soit!

Il n'en reste pas moins qu'il était un vrai catholique, je pense, un homme de foi et un véritable apôtre de la continuité quoi que vous en disiez. Il me semble qu'il ce sera toujours opposé aux excès de la "Révolution tranquille"au Québec, à cette propension des Québécois à faire table rase de leur passé, à sacrifier la foi, la religion catholique de leurs ancêtres. Là-dessus, il était quand même à contre-courant de bien d'autres commentateurs. A ce sujet, il se serait plutôt bien entendu avec notre poète Gaston Miron (grand défenseur de la langue française et chantre du nationalisme québécois) et, bien oui - quel surpise! - attaché pour vrai à la foi catholique lui aussi. Pas une foi de carton-pâte, pas une religion de façade, mais une foi véritable.

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Re: Disparition du chanoine Jacques Grand'Maison

Message non lupar ChristianK » mer. 12 juil. 2017, 5:06

Exact, il n'était pas un défroqué à proprement parler. Mais il était incohérent, solidaire de la génération défroquée. Une sorte d'inconscient qui disait qu'il ne fallait pas faire table rase mais qui se disait dissident.
Les défauts du passé n'étaient pas une excuse pour la décadence spectaculaire des années 70 dont il fut partie prenante. Sans juger de sa responsabilité précise et subjective, bon débarras.
Ne parlons pas de l'horreur de la fac de l'UM, dont il fut l'une des inspirations principales même aux pires moments (défroquage le Lucier, sj, 74-77)

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Quand l'abbé Laurentin rejoint l'éternité

Message non lupar Cinci » mar. 12 sept. 2017, 18:14

Né en 1917 — l’année des apparitions de Marie à Fatima — l’abbé Laurentin a rejoint la maison du père ce dimanche 10 septembre, deux jours après la fête de la Nativité de la Vierge Marie. Avec lui, c’est une grande figure de l’histoire contemporaine de l’église de France qui s’est éteinte. Ordonné prêtre en 1946, sous Pie XII, il s’est retrouvé engagé dans certains des débats les plus complexes qui ont traversé le monde catholique au cours des dernières décennies.

https://fr.aleteia.org/2017/09/11/labbe ... -est-mort/

L'abbé René Laurentin 1917-2017
Dernière édition par Cinci le mer. 13 sept. 2017, 11:11, édité 1 fois.

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Re: Naissance au ciel de l'abbé Laurentin

Message non lupar Relief » mar. 12 sept. 2017, 21:37

Paix à son âme. C'était un homme de Dieu à n'en point douter.
C'était un expert des apparitions mariales. J'ai lu plusieurs de ses ouvrages traitant des apparitions à Medjugorje. Ces livres sur le sujet sont des références.

axou
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Re: Naissance au ciel de l'abbé Laurentin

Message non lupar axou » mar. 12 sept. 2017, 22:27

C'est juste et il a également écrit des biographie passionnantes de Soeur Yvonne-Aimée de Malestroit,

Axou

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Re: Naissance au ciel de l'abbé Laurentin

Message non lupar Cinci » mar. 12 sept. 2017, 23:40

L'ange qui nous emmène au ciel

Chez tous les peuples, on retrouve l'image de l'ange de la mort, celui qui nous fait passer en sécurité la porte de la mort. Certains chercheurs spécialisés en thanatologie, comme Raymond Moody ou Elisabeth Kübler-Ross, parlent d'entités lumineuses qui apparaissent aux mourants et se tiennent à côté d'eux avec amour. Il s'agit là des anges qui nous accompagnent pendant l'agonie et nous accueillent dans le monde de l'au-delà. Dans le récit évangélique de l'homme riche et du pauvre Lazare qui gît à sa porte, malade, couvert d'ulcères, apparaît l'image de l'ange de la mort : "Or il advint que le pauvre Lazare mourut et fut emporté par les anges dans le sein d'Abraham" (Luc 16,22)

La croyance en des anges qui nous emportent au ciel est très largement répandue. Quand chez nous, au couvent, le cercueil d'un frère mort est porté de l'église au cimetière. Nous chantons la vénérable antienne : In paradisum deducant te angeli (Que les anges te conduisent au paradis). Là, les martyrs doivent accueillir le défunt et l'emmener vers la Jérusalem céleste. l'antienne se termine ainsi : Chorus angelorum paupere aeternam habeas requiem (Que le choeur des anges t'accueille, et puisses-tu avoir le repos éternel, avec Lazare qui fut pauvre jadis), ici, l'antienne se réfère à l'histoire du pauvre Lazare. Puisent les anges nous emporter au ciel, comme ils y emportèrent Lazare! Ce nom signifie "Dieu aide".

Dans la mort, nous ne serons pas sans assistance; Dieu lui-même envoie ses anges afin qu'ils continuent à nous venir en aide quand, dans la mort, nous ne pouvons plus rien faire. Les anges nous emmeneront dans la Cité sainte, dans ce ciel où ils adorent le Très-Haut. Là, le choeur des anges se réjouira de notre venue et entonnera un chant de gratitude. Il est un beau tableau, peint vers l'an 1200 par un vieux maître, qui représente les deux archanges Raphaël et Gabriel emportant au ciel l'âme d'un défunt; cette image est un réconfort pour les malades et les mourants. Ils me tomberont pas dans les ténèbres de la mort, mais seront portés avec douceur, par des anges plein d'amour, jusqu'au sein maternel de Dieu.

Dans l'offertoire de la Messe des morts, c'est Michel qui est invoqué comme l'ange qui doit nous conduire à la lumière éternelle. Après la prière demandant à Dieu de préserver les croyants défunts des tourments de l'enfer, le texte dit : "Qu'au contraire saint Michel, le porteur de l'étendard, les guide vers la sainte lumière que tu promis jadis à Abraham et à sa descendance." La liturgie connaît donc elle aussi cette image des anges qui doivent nous conduire au ciel. L'image est réconfortante : un ange nous accompagne ici tout au long de notre vie; il nous protège sur nos chemins, il ne cesse de nous inciter à vivre vraiment, il guérit nos blessures, il nous tire de nos prisons, et même dans la mort il ne nous abandonnera pas; il nous conduira en toute sécurité jusqu'au-delà de cet abîme qui depuis toujours épouvante les hommes. Dans notre agonie non plus, l'ange ne nous quittera pas; sa présence ôtera à la mort ce qu'elle a d'effrayant.

La mort n'est pas sans analogie avec la naissance, avec un sein maternel. En elle, nous connaîtrons éternellement cette sécurité à laquelle. ici-bas, nous aspirons et dont il nous est certes donné de faire l'expérience, mais qui reste toujours assez éphémère et fragile. Dans la mort, nous reposerons à jamais dans le sein maternel de Dieu, à jamais nous connaîtrons la joie de l'amour divin.

A. Grün, Chacun cherche son ange, p. 174

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Re: Naissance au ciel de l'abbé Laurentin

Message non lupar Suliko » mer. 13 sept. 2017, 10:22

Cinci,

Votre titre n'est pas catholique. On ne sait rien de la destinée éternelle de l'abbé Laurentin. Le propulser directement au ciel, sans même envisager les autres solutions possibles (enfer - Dieu l'en préserve ! - ou purgatoire) n'a rien de juste. Comment voulez-vous faire comprendre aux catholiques mal catéchisés qu'il faut prier pour le salut de l'âme de nos défunts et que les funérailles ont ce but bien précis, si vous suggérez qu'untel va directement auprès du Père après sa mort ?
La nouvelle mode, c'est de parler d'"enciellement". J'ai lu ce terme récemment dans des avis mortuaires. Exit l'enseignement traditionnel de l'Eglise sur les fins dernières : tout le monde ou presque va illico au Paradis. Plus besoin d'avoir la foi (catholique), d'être en état de grâce, de faire pénitence pour ses péchés...
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."


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