Que faut-il entendre par oecuménisme ?

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Que faut-il entendre par oecuménisme ?

Message non lupar Amica » ven. 01 oct. 2004, 21:55

J’aimerais connaître votre avis sur la question d’œcuménisme. Le mien se fonde principalement sur la doctrine pré-conciliaire que je présente ci-dessous.

Voici ce qui a été promulgué par Pie XI dans l’encyclique Mortalium animos, un document repris ensuite dans l’instruction sur le mouvement œcuménique de 1949.

- « L’Eglise catholique possède la plénitude du Christ » et n’a pas à la perfectionner par rapport à l’apport des autres confessions.

- Il ne faut pas poursuivre l’union par la méthode d’une assimilation progressive des divers professions de foi ni au moyen d’une adaptation du dogme catholique à quelque autre.

- L’unique vraie union des Eglises ne peut se faire que par le retour des frères séparés à la vraie Eglise de Dieu.

- Les séparés qui se réunissent à l’Eglise catholique ne perdent rien de substantiel de ce qui appartient à leur profession particulière, mais le retrouvent au contraire identique dans une dimension complète et parfaite.

Selon ce document qui met par écrit la doctrine traditionnelle de l’œcuménisme, l’Eglise de Rome est le fondement et le centre de l’unité chrétienne. Elle met en valeur le fait que la vie historique de l’Eglise, qui est la personne collective du Christ, ne peut pas se faire autour de plusieurs centres (les différentes confessions chrétiennes) qui auraient un centre plus profond situé en dehors d’elle et que les séparés doivent se diriger vers le centre immobile qui est l’Eglise du service de Pierre.

Ces éléments visent bien sûr l’attitude de l’Eglise par rapport aux autres religions non catholique. A cela s’ajoute l’attitude du catholique par rapport aux personnes qui pratiquent des autres religions qui devrait être tout simplement celle du catholique, c'est-à-dire la charité.

Après avoir lu les décrets conciliaires sur l’œcuménisme, je n’ai pas trouvé les nouvelles dispositions totalement en concordance avec la doctrine traditionnelle et même certains points me semblent en contradiction. Je me permets de présenter déjà ce premier point et d’attendre vos réactions avant de présenter ce en quoi je pense qu’elles s’en éloignent

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Message non lupar VexillumRegis » sam. 02 oct. 2004, 17:43

Bonjour Amica,
J’aimerais connaître votre avis sur la question d’œcuménisme. Le mien se fonde principalement sur la doctrine pré-conciliaire que je présente ci-dessous.
Il n'y a pas de doctrine pré-conciliaire ou de doctrine post-conciliaire, comme il n'y a pas d'Eglise pré-conciliaire ou d'Eglise post-conciliaire ; l'Eglise d'aujourd'hui est la même que celle d'hier, c'est l'Eglise catholique, apostolique et romaine, l'unique Eglise fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ en la personne de Pierre, qui s'est perpétuée sans discontinuité en la personne des papes, jusqu'à l'actuel souverain pontife Jean-Paul II.

Jésus-Christ a promis une assistance divine perpétuelle envers son Eglise : pourquoi lui ferait-il défaut aujourd'hui ?
Voici ce qui a été promulgué par Pie XI dans l’encyclique Mortalium animos, un document repris ensuite dans l’instruction sur le mouvement œcuménique de 1949.
Et un document qui, bien sûr, reste totalement valide ; l'une des bases de la réflexion actuelle de l'Eglise autour de la notion si controversée d'oecuménisme.
- « L’Eglise catholique possède la plénitude du Christ » et n’a pas à la perfectionner par rapport à l’apport des autres confessions
Et l'Eglise maintient pleinement cette affirmation, base de la foi catholique ; ainsi dans la déclaration Dominus Iesus de la congrégation pour la doctrine de la foi, publiée en août 2002 :
Les fidèles sont tenus de professer qu'il existe une continuité historique — fondée sur la succession apostolique (53) — entre l'Église instituée par le Christ et l'Église catholique: « C'est là l'unique Église du Christ [...] que notre sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu'il en soit le pasteur (cf. Jn 21,17), qu'il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt 28,18ss.), et dont il a fait pour toujours la “colonne et le fondement de la vérité” (1 Tm 3,15). Cette Église comme société constituée et organisée en ce monde, c'est dans l'Église catholique qu'elle se trouve [subsistit in], gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques qui sont en communion avec lui ». (54) Par l'expression subsistit in, le Concile Vatican II a voulu proclamer deux affirmations doctrinales: d'une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l'Église du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Église catholique; d'autre part, « que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures », (55) c'est-à-dire dans les Églises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'Église catholique. (56) Mais il faut affirmer de ces dernières que leur « force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Église catholique ».(57)

(53) Cf. Conc. OEcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 20; cf. aussi S. Irénée, Adversus haereses, III, 3, 1--3: SC 211, 20-44; S. Cyprien, Epist. 33, 1: CCL 3 B, 164-165; S. Augustin, Contra adversarium legis et prophetarum, 1, 20, 39: CCL 49, 70.

(54) Conc. OEcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 8.

(55) Ibid., cf. Jean-Paul II, Encycl. Ut unum sint, n. 13. Cf. aussi Conc. OEcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 15 et Décr. Unitatis redintegratio, n. 3.

(56) Contraire à la signification authentique du texte conciliaire est donc l'interprétation qui tire de la formule subsistit in la thèse que l'unique Église du Christ pourrait aussi subsister dans des Églises et Communautés ecclésiales non catholiques. « Le Concile avait, à l'inverse, choisit le mot subsistit précisément pour mettre en lumière qu'il existe une seule “subsistance” de la véritable Église, alors qu'en dehors de son ensemble visible, existent seulement des elementa Ecclesiae qui — étant des éléments de la même Église — tendent et conduisent vers l'Église catholique » (À propos du livre « Église: charisme et pouvoir » du P. Leonardo Boff. Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi: AAS 77 [1985] 756-762).

(57) Conc. OEcum. Vat. II, Décr. Unitatis redintegratio, n. 3
La doctrine de l'Eglise à ce sujet n'a donc nullement variée. Le dialogue oecuménique n'a par conséquent pas pour but de se perfectionner par rapport à l’apport des autres confessions (puisque seule l'Eglise catholique possède la plénitude du Christ) ; il s'agit là simplement d'un aspect de la mission évangélisatrice de l'Eglise, une méthode d'apostolat qui préexistait à un concile qui n'a fait que la développer (cf. par exemple le dialogue Bossuet/Leibniz ou, à la même époque, les efforts iréniques de Spinola).
- Il ne faut pas poursuivre l’union par la méthode d’une assimilation progressive des divers professions de foi ni au moyen d’une adaptation du dogme catholique à quelque autre.

- L’unique vraie union des Eglises ne peut se faire que par le retour des frères séparés à la vraie Eglise de Dieu.

- Les séparés qui se réunissent à l’Eglise catholique ne perdent rien de substantiel de ce qui appartient à leur profession particulière, mais le retrouvent au contraire identique dans une dimension complète et parfaite.
Là encore je ne vois rien qui soit en contradiction avec l'enseignement actuel de l'Eglise. Celle-ci reconnaît qu'il existe des éléments sanctifiants dans les communautés séparées ; mais ces éléments, il faut affirmer qu'elles ne les tiennent que de l'Eglise catholique, qui seule les possèdent dans leur plénitude : ce sont en quelque sorte des "restes" de vertu qu'elles ont gardés de l'Eglise catholique au moment du schisme :
Certes, les différentes traditions religieuses contiennent et proposent des éléments de religiosité qui procèdent de Dieu, (85) et font partie de « ce que l'Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions ». (86) De fait, certaines prières et certains rites des autres religions peuvent assumer un rôle de préparation évangélique, en tant qu'occasions ou enseignements encourageant le cœur des hommes à s'ouvrir à l'action divine. (87) On ne peut cependant leur attribuer l'origine divine et l'efficacité salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chrétiens. (88) Par ailleurs, on ne peut ignorer que d'autres rites naissent de superstitions ou d'erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plutôt un obstacle au salut. (89)

22. Avec l'avènement de Jésus-Christ sauveur, Dieu a voulu que l'Église par lui fondée fût l'instrument du salut de toute l'humanité (cf. Ac 17,30-31). (90) Cette vérité de foi n'enlève rien à la considération respectueuse et sincère de l'Église pour les religions du monde, mais en même temps, elle exclut radicalement la mentalité indifférentiste « imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que “toutes les religions se valent” ». (91) S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la grâce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l'Église, ont la plénitude des moyens de salut. (92)

(85) Ce sont les semences du Verbe divin (semina Verbi), que l'Église reconnaît avec joie et respect (cf. Conc. OEcum. Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 11; Décl. Nostra aetate , n. 2).

(86) Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 29.

(87) Cf. ibid.; Catéchisme de l'Église Catholique, n. 843.

(88) Cf. Concile OEcum. de Trente, Décr. De sacramentis, can. 8, de sacramentis in genere: DH 1608.

(89) Cf. Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 55.

(90) Cf. Conc. OEcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 17; Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 11.

(91) Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 36.

(92) Cf. Pie XII, Encycl. Mystici corporis: DH 3821.
Il est donc très clair que les communautés séparées ne pourront jouir de la plénitude des moyens de salut qu'en réintégrant pleinement le sein de l'Eglise catholique : c'est le but ultime du dialogue oecuménique.
« Cette unique et vraie religion, nous croyons qu'elle subsiste dans l'Église catholique et apostolique à qui le Seigneur Jésus a confié le mandat de la faire connaître à tous les hommes, lorsqu'il dit aux apôtres: “Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit” (Mt 28,19-20). Tous les hommes, d'autre part, sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église; et quand ils l'ont connue, de l'embrasser et de lui être fidèles »
:arrow: Conc. Oecum. Vat. II, Déclaration Dignitatis humanae, n° 1
Après avoir lu les décrets conciliaires sur l’œcuménisme, je n’ai pas trouvé les nouvelles dispositions totalement en concordance avec la doctrine traditionnelle et même certains points me semblent en contradiction. Je me permets de présenter déjà ce premier point et d’attendre vos réactions avant de présenter ce en quoi je pense qu’elles s’en éloignent
J'espère avoir été clair. Pour connaître avec exactitude la position de l'Eglise catholique au sujet de ses rapports avec les autres religions, il faut que vous lisiez, si ce n'est pas déjà fait, la déclaration Dominus Iesus, dont je me suis largement servi ; vous la trouverez dans son intégralité à l'adresse suivante : http://jesusmarie.com/doctrine_catholiq ... iesus.html

Bien à vous,

- VR -

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Message non lupar Amica » sam. 02 oct. 2004, 22:51

Bonsoir Vexillum Regis,

Merci pour votre avis,

J'avais déjà pris connaissance du texte que vous citez. Certains passages pourtant me gênent un peu...
Ces Eglises et ces communautés séparées, bien que nous les croyons souffrir de déficience, ne sont nulleemnt dépourvues de signification et de valeur dans l mystère du salut. L'Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d'elles comme des moyens de salut, dont la orce dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Eglise catholique
tiré de unitatis Redintegratio

Selon l'Evangile, seule l'Eglise catholique est le véritable et unique moyen de salut. Le salut des non-catholique innocents et de coeur pur étant un secours surnaturel extraordinaire, prodigué par le secret de la miséricorde de Dieu. Donc leur salut se ferait dans et malgré leur religion non-catholique et non par cette religion, cette religion ne peut devenir moyen de salut, puisque l'Eglise en possède l'exclusivité. Dieu ne peut se servir de l'erreur pour mener au salut, il peut surpasser l'erreur, oui, mais en faire un moyen de salut, ce serait en contradiction avec le fait qu'Il est la Vérité même. D'autre part le texte latin du Concile utilise le même terme pour dire que des éléments de salut de trouvent dans les autres religions et pour dire que l'Eglise de Dieu se trouve dans l'Eglise catholique, c'est "substitit" qui signifie davantage subsister que se trouver. Or l'Eglise de Dieu malgré les faiblesses de ces membres est déjà intégralement accomplie dans l'Eglise catholique, puisqu'elle est d'essence divine.

Je me permets de citer Mystici Corporis, une encyclique de Pie XII, pour corroborer mon propos a sujet du salut des non-catholiques obtenus non pas par leur religion mais par une grâce spéciale de Dieu
Pour ceux-là même qui n'appartiennent pas à l'organime visible de l'Eglise... Nous les avons confiés à la protection et à la conduite du Seigneur... les invitant tous et chacun à s'efforcer de sortir d'un état d'où nul ne peut être assuré de son salut éternel
Je suis consciente que je m'arrête là sur des détails du texte. Le problème, je crois ne se situe pas essentiellement à la formulation de ces phrases, mais surtout à l'interprétation qui en a été faite ensuite et à mon avis, des faits actuels trouvent leur source dans des ambiguités et des erreurs du texte.

les différentes traditions religieuses contiennent et proposent des éléments de religiosité qui procèdent de Dieu, (85) et font partie de « ce que l'Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions »
J'ai l'impression qu'il y a mélange entre religion et religiosité. A mon avis, la religiosité est le mouvement naturel de l'homme vers une transcendance, la religiosité reste à un niveau stricteemnt naturel puisqu'elle est inhérente à la nature humaine. Pour moi, la religiosité ne procède pas directement de l'action de l'Esprit Saint, elle vient de l'homme et s'est souvent exprimée à travers sa culture, son mode de vie, différemmment selon les peuples. La religion par contre procède directement de Dieu, elle est en sorte le pendant divin à la religiosité. Dieu donne à l'homme le moyen de parvenir jusqu'à Lui, le moyen de satisfaire son désir de transcendance et ce moyen, l'Eglise catholique étant divin permet à l'homme de surpasser sa nature pour atteindre le surnaturel, Dieu. Dans ce dernier cas, il s'agit réelleemnt de la religion au sens étymologie puisqu'elle relie l'homme à Dieu d'une manière réelle.
Or si il y a amalgamme entre les deux, on aura l'impression qu'il faut, soit reconnaître les différentes formes de religiosités en les présentant comme des moyens auxiliaires d'aller à Dieu, des chemins détournés en quelque sorte, soit en affirmant la religion catholique comme unique, nier cette diversité dans l'expression de la religiosité. Il me semble que c'est plutôt le premier choix qui a été adopté.
Cependnat affirmer l'unicité de l'Eglise catholique comme moyen de salut n'empêche pas de reconnaître la diversité des civilisations, des coutumes, des caractères des peuples, si l'on fait la différence entre religiosité humaine et religion divine.

Je crois pas avoir vraiment répondu à l'ensemble de votre poste. Je me permets cependant d'envoyer déjà cette partie.

Bonne soirée ;-)

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Re: Que faut-il entendre par oecuménisme ?

Message non lupar Christophe » dim. 03 oct. 2004, 1:04

Salut Amica
Selon ce document qui met par écrit la doctrine traditionnelle de l’œcuménisme, l’Eglise de Rome est le fondement et le centre de l’unité chrétienne.
[align=justify]Il n'y a pas de doctrine traditionnelle dans le catholicisme : il y a une doctrine permanente de l'Eglise (car la vérité est immuable) qui se fonde sur la Révélation et il y a des positions (personnelles ou collectives) contingentes vis-à-vis des dogmes catholiques.
Pourquoi une position contingente - sous prétexte qu'elle aura été exprimée avant le concile de Vatican II - se targuerait-elle du statut de "doctrine traditionnelle de l'Eglise", alors que la tradition écclésiale n'aurait jamais fait référence à cette position ?

Il me semble que la mouvance qui se réclame de "la Tradition" présente une tendance à idôlatrer l'institution écclésiale et à se fourvoyer dans un "attachement sans discernement à l'histoire de l'Eglise" (dixit Charles)... La vérité des textes n'est plus examinée à la lumière de l'Evangile, mais à celle de l'Histoire... Le traditionalisme est une hérésie (condamnée par le concile Vatican I) qui n'a rien de nouveau : à toutes les époques, mais surtout après les conciles de l'Eglise, des hommes ont proclamé leur attachement et leur fidélité aux traditions plus anciennes et manifesté leur scepticisme devant toutes les innovations.

Rappellons que le dogme de l'infaillibilité pontificale a un domaine d'application très limité.

La Sainte Eglise catholique, romaine et apostolique n'est pas à l'abri du pêché : d'institution divine, elle est composée - et même dirigée - par des personnes humaines faillibles et pêcheresses. La sainteté ne signifie pas l'absence de péchés : Dieu seul est parfait. C'est là une autre erreur véhiculée par le traditionnalisme : l'Eglise est sainte, donc parfaite. Tout ce qu'elle a fait et dit est au-dessus de la critique. Les papes, les pères et tous les saints de l'Eglise sont infaillibles ou saints, donc parfaits et exempte de toute critique.

Ce n'est pourtant pas manquer de foi ni pêcher contre l'Esprit que de garder à l'égard du passé le même regard critique que l'on exerce - parfois fort à propos - à l'égard du présent...[/align]

Je continues à répondre à la suite de vos propos dans un autre message.


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Message non lupar Amica » dim. 03 oct. 2004, 16:48

Bonjour Christophe,

Il me semble que la Révélation est constitué de deux volets, le premier l’Ecriture Sainte, le deuxième la Tradition, constitué de tous les éléments de l’enseignement du Christ qui n’ont pas pu être entièrement relatés dans les Evangiles et que les apôtres ont transmis aux premiers chrétiens. Je pourrais rechercher le passage exact, je crois que c’est dans St Jean, où l’apôtre fait mention que le monde n’aurait pu contenir tous les livres qui auraient relaté l’enseignement complet de Jésus-Christ, sa vie et ses faits. Dans ce sens la Tradition est permanente et constitue une partie de la doctrine immuable de l’Eglise. L’Ecriture sainte et la Tradition ont été explicitées par les papes, les théologiens et les Pères de l’Eglise au fur et à mesure des siècles, sans rien changer pourtant à la base qui est tout entière dans la Révélation, mais seulement en clarifiant des points déjà sous-jacents, en mettant en valeur des éléments importants… Cela ne veut pas dire que tout ce qui a été écrit par n’importe quel théologien catholique doit être pris pour monnaie comptante, l’homme est sujet aux faiblesses par nature et l’erreur a pu s’infiltrer dans des textes.
Sur ce point, je vous rejoins tout à fait, pour dire que les membres de l’Eglise ne sont pas à l’abri du péché. Cependant je ne suis pas vraiment d’accord avec la première partie du même paragraphe. La faiblesse des membres n’enlève en rien à la sainteté de l’Eglise catholique, qui est parfaite, cela veut dire qu’elle possède tous les moyens de mener les hommes au salut et qu’elle est l’œuvre directe de Dieu. Cela ne relève pas à mon avis, d’une erreur de traditionalisme au sens hérétique, mais simplement du Credo, où nous professons croire en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Critiquer des passages dits par les papes ou éclaircir des points qui ont été mal traités, cela est tout à fait possible et un devoir même s’il y a déviation par rapport à la Révélation et nécessité de reformuler d’une manière plus proche de la foi des éléments de doctrine. Mais cela est une critique par rapport à des hommes et aux discours de certains hommes et non pas une critique par rapport à l’Eglise en tant qu’institution fondée par Jésus-Christ. Je ne crois donc pas qu’il s’agit d’un attachement sans discernement au passé de l’Eglise, mais plutôt d’une attache à la Révélation, éclairée par les explications données dans l’histoire qui ont été fondées sur cette Révélation et non pas sur celles qui s’en écartaient.
Je sais que le dogme de l’infaillibilité pontificale a un domaine d’application très limité, qui d’ailleurs ne se trouvait pas dans les décrets de Concile Vatican, mais ceci est une autre question, qu’il me faudra revoir après avoir étudié les questions de doctrine soulevée par ce Concile. Par contre, je ne comprends pas pourquoi vous avez ajouté « assez discutable ». Là, il me semble qu’il s’agit d’un dogme et donc le pape a parlé sous l’opération du Saint Esprit, en affirmant que cette vérité venait de Dieu et était de foi, et par conséquent en tant que catholiques, nous n’avons pas vraiment le droit d’y jeter un regard critique ou de le mettre en doute. Un dogme se trouve, à mon avis, à l’abri des faiblesses humaines et des erreurs, il ne dépend pas du pape qui le prononce, mais du St Esprit qui parle à travers sa bouche.

Cordiales salutations

Amica

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Du salut des non-catholiques

Message non lupar Christophe » dim. 03 oct. 2004, 17:15

Bon dimanche, Amica !
Selon l'Evangile, seule l'Eglise catholique est le véritable et unique moyen de salut.
Puis-je vous demander dans quel évangile ?
Le salut des non-catholique innocents et de coeur pur étant un secours surnaturel extraordinaire, prodigué par le secret de la miséricorde de Dieu. Donc leur salut se ferait dans et malgré leur religion non-catholique et non par cette religion, cette religion ne peut devenir moyen de salut, puisque l'Eglise en possède l'exclusivité.
[align=justify]De même que l'adhésion formelle à la confession catholique de la religion chrétienne n'est pas une garantie de salut, l'Eglise enseigne que l'adhésion formelle à une confession non-catholique ou à une religion non-chrétienne n'est pas une garantie de damnation. Catholique ou non, nul ne se sauve lui-même mais, comme vous le dîtes, ce n'est que par l'effet de la grâce de Dieu et de la Rédemption obtenue par le versement du sang du Christ que l'humanité - et chaque homme en particulier - est sauvée.

Ce salut que Dieu nous offre par Sa crucifixion, c'est à chacun de l'accepter : seuls ceux qui l'accepteront seront sauvés. Ne retombons pas dans le judaïsme ancien et sa corruption ritualiste (le levain des pharisiens) : le Messie est venue restaurer une religion de l'esprit contre une religion "humanisée" : celle de la lettre.
C'est par le baptême au feu de l'Esprit Saint que les chrétiens universels doivent passer. Si le receuillement est une prédisposition de l'âme à accepter la grâce, de même l'adhésion à la confession catholique - qui enseigne la vérité dans l'ordre théologique - dispose le pécheur à accepter la grâce et le salut et à recevoir le don de l'Esprit Saint.[/align]
Donc leur salut se ferait dans et malgré leur religion non-catholique et non par cette religion, cette religion ne peut devenir moyen de salut, puisque l'Eglise en possède l'exclusivité. Dieu ne peut se servir de l'erreur pour mener au salut, il peut surpasser l'erreur, oui, mais en faire un moyen de salut, ce serait en contradiction avec le fait qu'Il est la Vérité même.
[align=justify]Je crois qu'il est juste de discerner entre les "religions non-catholiques". On ne peut pas mettre toutes les erreurs sur un pied d'égalité, les protestantismes chrétiens et - par exemple - l'hindouiste...

Le concile Vatican II ne dit pas que l'Eglise catholique possède l'exclusivité des moyens de salut. Il dit qu'elle en possède la pleinitude. Les autres confessions et religions sont fausses en cela qu'elles contiennent des erreurs - ce qui n'est pas le cas de l'Eglise catholique qui possède la pleinitude de la Vérité - et non pas en ce qu'elles ne contiennent aucune part de vérité. Le monothéisme est enseigné par le judaïsme, la divinité et l'humanité du Christ par les protestantismes...

Ces "éléments sanctifiants" présents dans les religions non-catholiques sont utilisés par la Providence de Dieu comme autant de "moyens de salut". Dieu n'utilise donc pas l'erreur mais les fragments de vérité qui se trouvent dans les fausses religions et confessions. Enfin, comme vous l'avez sûrement compris, les élèments de vérité présents dans les fausses religions, l'Eglise catholique les contient dans leur pleinitude.[/align]


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Message non lupar VexillumRegis » dim. 03 oct. 2004, 17:52

Bonjour Amica,
Ces Eglises et ces communautés séparées, bien que nous les croyons souffrir de déficience, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L'Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d'elles comme des moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Eglise catholique
Selon l'Evangile, seule l'Eglise catholique est le véritable et unique moyen de salut. Le salut des non-catholique innocents et de coeur pur étant un secours surnaturel extraordinaire, prodigué par le secret de la miséricorde de Dieu. Donc leur salut se ferait dans et malgré leur religion non-catholique et non par cette religion, cette religion ne peut devenir moyen de salut, puisque l'Eglise en possède l'exclusivité. Dieu ne peut se servir de l'erreur pour mener au salut, il peut surpasser l'erreur, oui, mais en faire un moyen de salut, ce serait en contradiction avec le fait qu'Il est la Vérité même. D'autre part le texte latin du Concile utilise le même terme pour dire que des éléments de salut de trouvent dans les autres religions et pour dire que l'Eglise de Dieu se trouve dans l'Eglise catholique, c'est "substitit" qui signifie davantage subsister que se trouver. Or l'Eglise de Dieu malgré les faiblesses de ces membres est déjà intégralement accomplie dans l'Eglise catholique, puisqu'elle est d'essence divine.
Hors de l'Eglise point de salut - Voilà une expression très célèbre et fréquemment utilisée par les Pères de l'Eglise ; elle reste bien évidemment pleinement valable, et on en conclut très logiquement que seule l'Eglise catholique est le véritable et unique moyen de salut. Nous sommes d'accord, et tous les catholiques avec nous.
Tout le monde constate cependant qu'il y a des gens bons et vertueux en dehors de l'Eglise catholique, et qui n'ont parfois même aucune connaissance du doux nom de Jésus-Christ et des lumières de son Evangile. Une question délicate se pose donc, de grande importance, à laquelle la théologie actuelle tente de trouver des réponses : Dieu, qui est d'une infinie miséricorde, peut-il autoriser la damnation éternelle de ces personnes qui ont parfois toute l'apparence d'une sainteté véritable, et sont pourtant sans connaissance aucune de la vraie religion ?

L'enseignement de l'Eglise admet que ces personnes non-catholiques bonnes et vertueuses peuvent, par une grâce spéciale du Seigneur, accéder au salut :
En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Evangile du Christ et son Eglise, mais cherchent pourtant Dieu d'un coeur sincère et s'efforcent, sous l'influence de sa grâce, d'agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel
Mais il faut bien comprendre que ces personnes sauvées par une grâce exceptionnelle sont liées d'une certaine façon à l'Eglise, sacrement universel de salut (Lumen gentium, §48), dont elles tiennent leur vertu d'une manière mystérieuse et connue du Seigneur seul ; et c'est donc cette communion mystérieuse et incomplète (car non visible) qui permet à la grâce salvifique de sauver des personnes qui, sans elle, seraient condamnées.

Il faut cependant souligner que cette grâce mystérieuse est exceptionnelle, car il est bien évident que très peu de personnes ont une perfection suffisante pour être ainsi sauvées en dehors d'une communion visible avec la Sainte Eglise, de telle sorte que l'évangélisation des gentils reste et restera toujours une nécessité et une urgence jusqu'à son complet achèvement:
Bien que Dieu puisse par des voies connues de Lui seul amener à la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l'Evangile, l'Eglise a le devoir en même temps que le droit sacré d'évangéliser [tous les hommes]
Quant au terme subsistit in, je crois qu'il est très bien expliqué (mieux que je ne saurais le faire) dans la déclaration Dominus Iesus, § 16, et dans le note 56 du même document. De ces passages découlent très clairement l'affirmation selon laquelle l'Eglise du Christ subsiste dans la seule Eglise catholique - et non dans les églises séparées de Rome. De sorte que ce que l'Eglise reconnaît être bon dans les communautés séparées, celles-ci ne les tiennent que de la seule Eglise catholique ; ce sont en quelque sorte des "restes" de vertu qu'elles gardent de leur ancienne communion avec le Saint Siège, des elementa Ecclesiae comme il est dit dans la note 56 de Dominus Iesus. Ces elementa Ecclesiae ne sauraient suffire à procurer une plénitude des moyens de salut, qui ne se trouve que dans le seule Eglise catholique, apostolique et romaine.

Voilà. J'espère avoir été clair. Je ne pourrais sans doute pas continuer à vous répondre avant mardi.

Bien à vous,

- VR -
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Message non lupar Amica » dim. 03 oct. 2004, 17:58

Merci pour votre message Christophe,

Je n’arrive pas à comprendre comment la foi peut être mélangée d’erreurs et de vérités. Il me semble que la doctrine du Christ est un ensemble que nous ne pouvons dissocier, ni y prendre ce qui plaît. Je suis d’accord qu’un protestant sera davantage prêt à recevoir le message du Christ et qu’un retour à la foi catholique sera plus « facile » pour lui que pour un hindou qui est moins sensible à la doctrine chrétienne et pétri par l’enseignement du Christ, mais je ne pense pas que l’on puisse dire que le protestantisme est plus moyen de salut que l’hindouisme, dans le sens que tous les deux, à une échelle différente, bien sûr ne sont pas dans la ligne directe de la Révélation et se sont coupés à quelque part de la Vérité de Dieu qui ne peut pas être, à mon avis, un lot de plus ou moins de vérités. Je préfère préciser que je parle ici strictement des doctrines et non pas des personnes. Une seule erreur donne à un calcul une réponse fausse même si de nombreuses opérations étaient justes. Je ne prétends pas en faire une comparaison avec la foi, car ce serait un peu beaucoup boiteux. Mais je voudrais dire que la foi est un ensemble de vérités que l’on ne peut dissocier.
Je pense que Dieu n’utilise pas ces parcelles de vérités, qui au milieu d’erreurs ne mènent plus à la Vérité, mais plutôt qu’il utilise le cœur purs de ceux qui veulent aller à lui. Je crois fermement qu’à tous ceux-là, Il donne les lumières pour trouver le chemin qui mène à Lui, qu’Il les mène à Son Eglise ou alors que par un mystère de sa miséricorde, Il les sauve de par leur intention droite et leur désir de Dieu. Il me semble qu’il y a une différence fondamental entre penser que Dieu donne la possibilité du salut à tous les hommes indifféremment de leurs naissances, de leurs époques, de leurs lieux géographiques, de leurs familles… et penser que Dieu dispose des religions étrangères à celle qu’Il a instituée pour en faire des moyens de salut. Je corrobore fermement à la première proposition, pensant que c’est le premier des droits de l’homme, le droit au salut car c’est aussi le droit au bonheur et c’est un droit que personne ne pourra jamais ôter à l’homme. La deuxième ne me semble pas juste par rapport à la Révélation où le Christ a toujours fait état d’une Eglise, de la nécessité du baptême, qui n’est pas avec moi est contre moi, du méfaits des faux prophètes… Et surtout dangereuse car il me semble que c’est la porte ouverte sur un certain relativisme religieux, je ne veux pas généraliser, mais cette proposition n’insiste plus sur la nécessité de retourner à l’Eglise catholique et il me semble que cela a mené à certains abus en manière d’œcuménisme…
Devant m’absenter quelques heures, je poste ce message où je n’ai pas répondu encore complètement à votre dernier poste. Je reviendrai plus tard.

Bonne soirée
Amica

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De la sainteté de l'Eglise

Message non lupar Christophe » dim. 03 oct. 2004, 18:31

Ca devient dur de suivre avec toutes ces réponses... ;-)
Il me semble que la Révélation est constitué de deux volets, le premier l’Ecriture Sainte, le deuxième la Tradition, constitué de tous les éléments de l’enseignement du Christ qui n’ont pas pu être entièrement relatés dans les Evangiles et que les apôtres ont transmis aux premiers chrétiens.
Nous sommes parfaitement d'accord sur ce point, et je me permets de citer la constitution dogmatique sur la révélation divine, Dei verbum, du Concile Vatican II :
[align=justify]La Sainte Tradition et la Sainte Ecriture sont reliées et communiquent étroitement entre elles : toutes deux, jaillissant d'une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu'un tout et tendent à une même fin.
En effet, la Sainte Ecriture est la Parole de Dieu en tant que, sous l'inspiration de l'Esprit divin, elle est consignée par écrit.
Quant à la Sainte Tradition, elle porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l'Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l'Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l'exposent et la répandent avec fidélité : il en résulte que l'Eglise ne tire pas de la seule Ecriture sa certitude sur tous les points de la Révélation. C'est pourquoi l'une et l'autre doivent être reçues et vénérées avec un égal sentiment d'amour et de respect [...]
Cette Tradition qui vient des apôtres fait, sous l'assistance du Saint Esprit, des progrès dans l'Eglise : en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent en leur coeur (cf. St Luc, 2, 19 et 51), soit par l'intelligence intérieure qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité.
Ainsi, l'Eglise, tandis que les siècles s'écoulent, tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu'à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu.[/align]
L'erreur qu'il me semble entrevoir dans le "traditionnalisme" et que j'ai voulu dénoncer est la tendance à englober dans la Tradition toute l'histoire de l'Eglise sans aucun discernement, le bon grain comme l'ivraie.
La faiblesse des membres n’enlève en rien à la sainteté de l’Eglise catholique, qui est parfaite, cela veut dire qu’elle possède tous les moyens de mener les hommes au salut et qu’elle est l’œuvre directe de Dieu. Cela ne relève pas à mon avis, d’une erreur de traditionalisme au sens hérétique, mais simplement du Credo, où nous professons croire en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.
Admettre dans le même temps que les membres de l'Eglise, y compris le Saint-Père qui la dirige, sont sujets à l'erreur et que l'Eglise est infaillible relève du grand écart (sur ce point, je ne parle qu'en mon nom propre).
(Au passage, si l'Eglise est parfaite et infaillible, il faut admettre qu'il existe une contradiction interne dans les positions de la FSSPX...)

Je vous l'ai écrit, il me semble que le noeud gordien du problème vient d'une conception erronée de la sainteté. La sainteté ne signifie ni la perfection, ni l'absence de pêché, ni l'infaillibilité. Dieu seul est parfait ; le bienheureux Pierre a commis par trois fois l'apostasie ; des Docteurs de l'Eglise se sont trompés...

Sur la signification de la sainteté de l'Eglise, je renvoie au catéchisme de l'Eglise catholique :
[align=justify]823 " L’Église (...) est aux yeux de la foi indéfectiblement sainte. En effet le Christ, Fils de Dieu, qui, avec le Père et l’Esprit, est proclamé ‘seul Saint’, a aimé l’Église comme son épouse, il s’est livré pour elle afin de la sanctifier, il se l’est unie comme son Corps et l’a comblée du don de l’Esprit Saint pour la gloire de Dieu " (LG 39). L’Église est donc " le Peuple saint de Dieu " (LG 12), et ses membres sont appelés " saints " (cf. Ac 9, 13 ; 1 Co 6, 1 ; 16, 1).

824 L’Église, unie au Christ, est sanctifiée par Lui ; par Lui et en Lui elle devient aussi sanctifiante. " Toutes les œuvres de l’Église tendent comme à leur fin, à la sanctification des hommes dans le Christ et à la glorification de Dieu " (SC 10). C’est dans l’Église qu’est déposée " la plénitude des moyens de salut " (UR 3). C’est en elle que " nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu " (LG 48).

825 " Sur terre, l’Église est parée d’une sainteté véritable, bien qu’imparfaite " (LG 48). En ses membres, la sainteté parfaite est encore à acquérir : " Pourvue de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père " (LG 11).

826 La charité est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés : " Elle dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin " (LG 42) :

Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Église, que si l’Amour venait à s’éteindre, les apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang (...). Je compris que l’Amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux (...) en un mot, qu’il est éternel ! (Ste. Thérèse de l’Enfant-Jésus, ms. autob. B 3v).

827 " Tandis que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui renferme des pécheurs dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement " (LG 8 ; cf. UR 3 ; 6). Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification :

L’Église est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce : c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient ; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint (SPF 19).[/align]
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P23.HTM

Le dogme de l'infaillibilité pontificale est proclamé par Pie IX en 1870 : "Le pontife suprême, en vertu de sa charge, jouit de l'infaillibilité dans le magistère lorsque, comme Pasteur et Docteur suprême de tous les fidèles auquel il appartient de confirmer ses frères dans la foi, il proclame par un acte décisif une doctrine à tenir sur la foi ou sur les moeurs." ( Droit canon , livre 3 n° 749)[/align]


Très cordialement
Christophe
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Message non lupar Christophe » dim. 03 oct. 2004, 22:45

Bonsoir Amica
Je n’arrive pas à comprendre comment la foi peut être mélangée d’erreurs et de vérités. Il me semble que la doctrine du Christ est un ensemble que nous ne pouvons dissocier, ni y prendre ce qui plaît.
[align=justify]Une doctrine religieuse s'appuie sur plusieurs dogmes (ceux du catholicisme sont résumés dans le Credo). Parmi les dogmes sur lesquels se fonde une fausse religion, certains peuvent être vrais, les autres étant faux. C'est la seule chose que j'ai voulu dire.

Quant à savoir quelles sont les chances de salut respectives d'un protestant ou d'un hindouiste, je dois avouer mon ignorance. Je me méfie de l'arithmétique eschatologique...
Mais le dialogue oecuménique s'adresse exclusivement aux chrétiens qui reconnaissent l'autorité de la Parole de Dieu et sont donc susceptibles de réintégrer ou de se rapprocher de l'Eglise catholique en surmontant certaines erreurs.[/align]
Il me semble qu’il y a une différence fondamental entre penser que Dieu donne la possibilité du salut à tous les hommes indifféremment de leurs naissances, de leurs époques, de leurs lieux géographiques, de leurs familles… et penser que Dieu dispose des religions étrangères à celle qu’Il a instituée pour en faire des moyens de salut.
[align=justify]Je crois, Amica, que vous faîtes dire au concile Vatican II ce qu'il n'a jamais dit.
Je pensais que nos propos et les textes présentés étaient clairs : les fausses religions ne sont pas des moyens de salut mais - pour certaines d'elles - possèdent des éléments de sanctification et de vérité qui dérivent de l'Eglise catholique et peuvent assumer un rôle de préparation évangélique.[/align]
Et surtout dangereuse car il me semble que c’est la porte ouverte sur un certain relativisme religieux, je ne veux pas généraliser, mais cette proposition n’insiste plus sur la nécessité de retourner à l’Eglise catholique et il me semble que cela a mené à certains abus en manière d’œcuménisme…
Je ne nie pas certains abus en matière d'oecuménisme. Mais, consciente du risque que vous évoquez, l'Eglise catholique a toujours associée à ses considérations sur la question de l'oecuménisme des mises en garde contre la mentalité indifférentiste et insisté sur la vocation missionnaire de l'Eglise. Je vous renvoie, par exemple, au paragraphe 23 de la déclaration Dominus Iesus :
[align=justify]22. Avec l'avènement de Jésus-Christ sauveur, Dieu a voulu que l'Église par lui fondée fût l'instrument du salut de toute l'humanité (cf. Ac 17,30-31). (90) Cette vérité de foi n'enlève rien à la considération respectueuse et sincère de l'Église pour les religions du monde, mais en même temps, elle exclut radicalement la mentalité indifférentiste « imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que “toutes les religions se valent” ». (91) S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la grâce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l'Église, ont la plénitude des moyens de salut. (92) « Tous les fils de l'Église doivent [...] se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce spéciale du Christ; s'ils n'y correspondent pas par la pensée, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement ». (93) On comprend ainsi que, suivant le commandement du Seigneur (cf. Mt 28,19-20) et comme exigence d'amour pour tous les hommes, l'Église « annonce, et est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses ». (94)

La mission ad gentes, dans le dialogue interreligieux aussi, « garde dans leur intégrité, aujourd'hui comme toujours, sa force et sa nécessité ». (95) En effet, « “Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité” (1 Tm 2,4). Dieu veut le salut de tous par la connaissance de la vérité. Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l'Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut; mais l'Église, à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C'est parce qu'elle croit au dessein universel de salut qu'elle doit être missionnaire ». (96) Le dialogue donc, tout en faisant partie de la mission évangélisatrice, n'est qu'une des actions de l'Église dans sa mission ad gentes. (97) La parité, condition du dialogue, signifie égale dignité personnelle des parties, non pas égalité des doctrines et encore moins égalité entre Jésus-Christ — Dieu lui-même fait homme — et les fondateurs des autres religions. L'Église en effet, guidée par la charité et le respect de la liberté, (98 ) doit en premier lieu annoncer à tous la vérité définitivement révélée par le Seigneur, et proclamer la nécessité, pour participer pleinement à la communion avec Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, de la conversion à Jésus-Christ et de l'adhésion à l'Église par le baptême et les autres sacrements. D'autre part la certitude de la volonté salvifique universelle de Dieu n'atténue pas, mais augmente le devoir et l'urgence d'annoncer le salut et la conversion au Seigneur Jésus-Christ.[/align]
(90) Cf. Conc. OEcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 17; Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 11.
(91) Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 36.
(92) Cf. Pie XII, Encycl. Mystici corporis: DH 3821.
(93) Conc. OEcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 14.
(94) Conc. OEcum. Vat. II, Décl. Nostra aetate, n. 2.
(95) Conc. OEcum. Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 7.
(96) Catéchisme de l'Église Catholique, n. 851; cf. aussi nn. 849-856.
(97) Cf. Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 55; Exhort. ap. Ecclesia in Asia, n. 31.
(98) Cf. Conc. OEcum. Vat. II, Décl. Dignitatis humanae, n. 1.
Bien à vous
Christophe
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Message non lupar Amica » lun. 04 oct. 2004, 15:25

Distraite, j'ai réussi à fermer la fenêtre après avoir longuement rattrapé mon retard dans une dernière réponse... :-x ... Patience, je recommence. ;-)

Bonjour Christophe, Bonjour Vexillum Regis

Citation:
Selon l'Evangile, seule l'Eglise catholique est le véritable et unique moyen de salut.

Puis-je vous demander dans quel évangile ?
En dehors du si connu : " Hors de l'Eglise, pas de salut", je crois qu'il y a de nombreux passages, par exemple dans les Actes des Apôtres chapitre 4 "Il n'y a de salut par aucun autre; car sous le ciel il n'est point d'autre nom accordé aux hommes, en vertu duquel nous devions être sauvés" ou encore dans St Matthieu chapitre 18 "Si quelqu'un n'écoute aps l'Eglise qu'il vous soit comme un païen... Qui vous écoute m'écoute et qui vous méprise me méprise, et qui me méprise méprise celui qui m'a envoyé" ou encore dans St Paul, je ne suis plus certaine dans quellle épître cela se trouve, mais il est fait mention d'un seul Seigneur, d'une seule foi et d'un seul baptême.
Ces paroles de l'Evangile n'implique pas pour moi, comme je l'ai déjà dit que le salut est refusé à tout non-catholique, au contraire je pense que Dieu prend pitié des coeurs purs et des âmes droites ignorantes malgré elles de la Vérité et que ces âmes font partie par leur désir de Dieu et leurs efforts de sainteté de l'âme de l'Eglise même si elles ne font pas partie du corps de l'Eglise. Sur ce point là, je vous rejoins tout à fait, Vexillum Regis, dans ce passage-ci:
Mais il faut bien comprendre que ces personnes sauvées par une grâce exceptionnelle sont liées d'une certaine façon à l'Eglise, sacrement universel de salut (Lumen gentium, §48), dont elles tiennent leur vertu d'une manière mystérieuse et connue du Seigneur seul ; et c'est donc cette communion mystérieuse et incomplète (car non visible) qui permet à la grâce salvifique de sauver des personnes qui, sans elle, seraient condamnées.
Au vu de ceci, il me semble que l'Eglise possède non seulement la plénitude mais aussi l'exclusivité du salut, car elle n'est pas un chemin le plus sûr parmi d'autres chemins mais Le chemin du ciel, que sans le savoir les gens de coeur pur et ignorants empruntent vers Dieu. En effet, c'est par l'Eglise que chacun peut obtenir le salut, par la Passion du Christ qui a légué les mérites de son Sang à son Eglise. En effet, dans les premières paroles que Jésus prononce après la rédemption de tout le genre humain, c'est lorsqu'Il donne à ses apôtre le pouvoir de pardonner : "Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez". Parmi les premiers fruits de la Passion, on peut donc compter l'appui de l'Eglise qui à travers les apôtres a reçu le pouvoir de mener ses membres vers le ciel, de les guider dans leur aspiration vers Dieu et leur volonté de répondre à l'Amour divin. Aussi, il me semble que l'Eglise catholique n'est pas seulement une disposition pour le salut, mais une condition. Certes cette condition ne suffit pas et malheureusement combien de membres du corps de l'Eglise se sont retranchés de son âme en se détournant du Christ. A mon avis, il y a nécessité de proclamer plus clairement la nécessité de l'attache ou du retour à l'Eglise catholique. L'Eglise est le cep de vigne, ses membres sont les sarments et il faut être attachée à elle pour recevoir la sève, la grâce du Christ qui vivifie chacun des membres et le fructifie.
Pour revenir au texte de Vatican 2, le point qui me pose problème encore est l'affirmation de la possession de moyens de salut par les autres religions. Je parlerais plutôt d'une possibilité de salut pour tous les hommes de toutes les confessions, ce salut ayant lieu soit par un retour à l'Eglise catholique, soit en cas d'ignorance par une participation à l'âme de l'Eglise. La différence peut paraître infime, mais le premier cas néglige le fait que Dieu n'a pu créer son Eglise inutilement, qu'Il ne l'aurait pas fait et proclamé unique, s'il y avait ailleurs des moyens de salut. Cela est important pour donner aux hommes du monde entier une impulsion vers l'Eglise catholique, une impulsion qui est sûrement moins forte si l'on affirme que leur religion possède des moyens de salut. Je ne sais pas si je suis bien claire, mais je voudrais faire la différence entre le droit de tous les hommes au salut et le droit unique de l'Eglise catholique à les y conduire. Je précise en tenant toujours compte de la participation des coeurs purs à l'âme de l'Eglise.
Il ne me semble pas retourner à l'état d'esprit du judaïsme ancien en affirmant ces principes. Jésus est venu parfaire la loi, non l'abolir, la loi était une base qui a été sublimée mais non détruite. Certes toutes ces discussions sur la foi son vaines, si nous ne vivons pas de Charité, si nous essayons pas de vivre dans et par l'Amour du Christ. St Paul dans sa magnifique épître le dit lui même, même la foi sans la charité n'est rien. Cependant, l'Amour nécessite la connaissance. Plus on connaît, plus on est capable d'aimer. Aussi le désir naturel de l'homme vers une transcendance vers un Dieu peut devenir Amour de Dieu dans la mesure où l'homme cherche à connaître Dieu, dans la mesure où il cherche à s'en approcher. L'Eglise catholique, seule puisqu'elle possède la Vérité, est capable de donner à l'homme la connaissance de Dieu, une connaissance qui n'est jamais terminée, puisque Dieu est infini, et plus on connaît, plus on aime et plus on aime, plus on connaît...

Par rapport au substit in, Vexilum Regis, mon questionnement principale était: pourquoi utiliser ce verbe substitit au lieu d'un simple est d'équivalence. Pour moi l'Eglise catholique est l'Eglise de Dieu et non pas seulement ce qu'il en subsiste ou ce qui en a été gardé. Je crois qu'il y a tout de même une petite différence d'intensité entre les deux, en tout cas par rapport à l'étymologie latine.

Je reviens peut-être sur la différence entre les religions non-chrétiennes et les non-catholiques. Dans un précédent poste, je voulais dire, et j'ai dû mal m'exprimer, qu'un protestant, mais je ne veux pas généraliser du tout, serait probablement plus sensible qu'un hindou au Christ dans le sens que l'horizon catholique est moins éloigné de lui. Il a déjà connaissance de l'Ecriture...Je ne voulais aucunement signifier par là que ses chances de salut sont supérieures à celles de l'hindou. Le salut est le mystère de Dieu et de la grâce et ce n'est pas nous qui pouvons juger le cas par cas des âmes.

J'espère avoir été plus claire sur mon opinion au sujet du texte lui-même de Vatican 2 au sujet de l'oeucuménisme. Le problème pour moi vient aussi et surtout des interprétations postérieures qui en ont été faites et qui, à mon avis, se distinguent plus radicalement de la foi catholique et qui ont conduit à des actes que je ne peux corroborer. Je développerai cela dans un prochain post.
La parité, condition du dialogue, signifie égale dignité personnelle des parties, non pas égalité des doctrines et encore moins égalité entre Jésus-Christ — Dieu lui-même fait homme — et les fondateurs des autres religions
Si je suis tout à fait d'accord avec la deuxième partie de ce passage, la première ne me satisfait pas complèteemnt. Il me semble évident que lors d'un dialogue avec d'autres religions le catholique doit être envers les autres personnes animé de la charité et de la douceur du Christ. Cependant, je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il y ait égale dignité personnelle des parties. A la base il me semble que la définition de la dignité est différente de celle que je tiens pour juste. A mon avis, la dignité humaine réside dans le fait que l'homme est capable de Dieu, capable de surpasser sa nature mortelle pour continuer à vivre après la mort dans la vie éternelle, dans le fait qu'il est capable de passer du naturel au surnaturel, de vivre d'esprit, de vivre d'amour, de vivre de Dieu. La dignité personnelle dépend, à mon sens, de la réponse que nous donnons à ce destin merveilleux qui est proposé à tous les hommes. Ainsi, en prenant un exemple extrême, je ne pourrais pas dire qu'un assassin est aussi digne de son humanité qu'un innocent. Je crois que la dignité s'accroit en fonction qu'on se rapproche de Dieu et qu'on répond à son appel et à sa volonté. Différence de dignité, je le précise, ne veut pas dire différence dans l'attitude de charité qu'il faut avoir envers tous les prochains " Seigneur, tu auras d'autant plus pitié de ceux en qui tu as déjà eu tant de fois l'occasion d'excercer ta miséricorde" St Augustin. Suite à cela, je ne peux pas mettre sur le pied d'égalité par rapport à la dignité personnelle un prêtre et un chef musulman par exemple. Le premier a été marqué par un sacrement du signe du Christ et il est destiné à agir comme un deuxième Christ à l'autel. Cela, à mon avis, marque tout de même une différence de dignité.
Admettre dans le même temps que les membres de l'Eglise, y compris le Saint-Père qui la dirige, sont sujets à l'erreur et que l'Eglise est infaillible relève du grand écart (sur ce point, je ne parle qu'en mon nom propre).

C'est pourtant le grand écart qui existe entre Dieu, sa grandeur, l'infini de son Amour et la faiblesse de l'homme, sa petitesse et son intelligence finie. Ce qui est magnifique c'est que ce grand écart est destiné à disparaître si l'homme répond à l'appel de Dieu, la créature est destinée à partager le bonheur du Créateur. Aussi fou que cela puisse paraître, c'est la folie de l'Amour de Dieu qui dépasse notre compréhension.
Les membres de l'Eglise sont des hommes encore et toujours auxquels Dieu laisse le plein excercice de leur libre arbitre, ils ne sont pas à l'abri de l'erreur et n'ont pas en eux-même la garantie de la vérité, cela voudrait dire que tout homme qui devient pape ou cardinal est en quelque sorte prédestiné, certain d'être sauvé sans qu'il y ait usage de sa liberté et de sa volonté. Le catholique est sujet aux péchés, il est appelé à la perfection de Dieu, mais cet appel n'enlève pas son statut de pécheurs. Par contre l'Eglise de Dieu, l'Eglise catholique, elle, est sainte car son fondateur Jésus est saint et que la grâce obtenu par sa Passion sanctifie, car sa doctrine et ses sacrements présentent tous les moyens pour faire de ses membres des saints... St Paul proclame cette sainteté de l'Eglise dans l'épître aux Ephésiens chapitre 5
"Jésus-Christ a aimé l'Eglise jusqu'à ce livrer pour elle afin de la sanctifier... pour se donner à Lui-même une Eglise pleine de gloire, qui n'ait ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais qui soit sainte et immaculée."
Je pense donc que la perfection de l'Eglise tient du fait qu'elle est corps mystique du Christ et non pas une institution purement humaine en proie au mauvais usage de la liberté et à l'infidélité à la grâce.
Certes, je ne prétends pas comprendre pleinement la sainteté de l'Eglise, je pense qu'il y a là un certain mystère dont la portée n'est pas totalement accessible à nos esprits humains.Cette sainteté peut sembler voiler parfois par l'infidélité des membres mais elle est toujours là, cachée parfois aux yeux du monde, comme les trois jours du Christ dans le tombeau, elle est toujours là, intimement lié à l'Eglise et à la promesse du CHrist : " Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle"

Que Dieu vous garde

Bien à vous

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Message non lupar VexillumRegis » mar. 05 oct. 2004, 19:24

Bonsoir,
Pour revenir au texte de Vatican 2, le point qui me pose problème encore est l'affirmation de la possession de moyens de salut par les autres religions. Je parlerais plutôt d'une possibilité de salut pour tous les hommes de toutes les confessions, ce salut ayant lieu soit par un retour à l'Eglise catholique, soit en cas d'ignorance par une participation à l'âme de l'Eglise. La différence peut paraître infime, mais le premier cas néglige le fait que Dieu n'a pu créer son Eglise inutilement, qu'Il ne l'aurait pas fait et proclamé unique, s'il y avait ailleurs des moyens de salut. Cela est important pour donner aux hommes du monde entier une impulsion vers l'Eglise catholique, une impulsion qui est sûrement moins forte si l'on affirme que leur religion possède des moyens de salut. Je ne sais pas si je suis bien claire, mais je voudrais faire la différence entre le droit de tous les hommes au salut et le droit unique de l'Eglise catholique à les y conduire. Je précise en tenant toujours compte de la participation des coeurs purs à l'âme de l'Eglise.
Il me semble (mais je peux me tromper) que si les textes de Vatican II affirment en effet qu'il existe des moyens de salut dans les autres religions, il prennent cependant bien soin de préciser que ces moyens de salut viennent uniquement de l'Eglise catholique, de sorte qu'il est nécessaire de tenir ensemble ces deux vérités, à savoir la possibilité réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la nécessité de l'Eglise pour le salut (Redemptoris missio, n°9) - et la déclaration Dominus Iesus de conclure : Il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l'Eglise comme un chemin de salut parmi d'autres (n°21).

Il est clair de toute façon que la pleine communion avec l'Eglise catholique reste l'objectif premier à atteindre. Car il est indéniable que même si certaines religions disposent de certains moyens de salut qu'ils tiennent mystérieusement de l'Eglise, ces moyens sont: 1°- imparfaits, puisque la plénitude des moyens de salut appartient à la seule Eglise catholique ; on ne peut en bénéficier qu'en étant en pleine communion avec elle ; 2°- invisibles, et par conséquent incertains.
Par rapport au substit in, Vexilum Regis, mon questionnement principale était: pourquoi utiliser ce verbe substitit au lieu d'un simple est d'équivalence. Pour moi l'Eglise catholique est l'Eglise de Dieu et non pas seulement ce qu'il en subsiste ou ce qui en a été gardé. Je crois qu'il y a tout de même une petite différence d'intensité entre les deux, en tout cas par rapport à l'étymologie latine.
Outre les précisions données dans Dominus Iesus, et particulièrement la note 56 de ce document, voici une interprétation toute personnelle. Le terme subsistit in (subsister dans) comprend dans sa définition l'idée d'une perfection perdue (car subsister, c'est la dégradation du terme exister) ; cette perfection perdue serait l'unité chrétienne rompue par le schisme protestant au XVIème siècle. Si bien qu'en utisant le terme subsistit in, les théologiens ont sans doute voulu faire référence à cette ancienne unité chrétienne, et signifier par là que l'Eglise du Christ est bel et bien l'Eglise catholique, malgré le schisme.

C'est du moins de cette façon que je l'entends. Maintenant j'admets que l'expression est ambiguë (mais la déclaration Dominus Iesus, qui est une mise au point, prend demande clairement que le terme subsistit in soit interprété de manière à ce qu'il y ait équivalence entre Eglise du Christ et Eglise catholique).
Je reviens peut-être sur la différence entre les religions non-chrétiennes et les non-catholiques. Dans un précédent poste, je voulais dire, et j'ai dû mal m'exprimer, qu'un protestant, mais je ne veux pas généraliser du tout, serait probablement plus sensible qu'un hindou au Christ dans le sens que l'horizon catholique est moins éloigné de lui. Il a déjà connaissance de l'Ecriture... Je ne voulais aucunement signifier par là que ses chances de salut sont supérieures à celles de l'hindou. Le salut est le mystère de Dieu et de la grâce et ce n'est pas nous qui pouvons juger le cas par cas des âmes.
Il faut cependant convenir que les protestants croient en la divinité de Jésus ; certains même admettent la présence réelle du Sauveur dans l'hostie (anglicans, luthériens). Il ne me semble donc pas faux de penser qu'objectivement ces confessions protestantes possèdent des elementa Ecclesiae (et donc des moyens de salut) plus nombreux ou plus agissants que dans les autres religions. Mais il est vrai qu'il est hasardeux et risqué de tenter une sorte de "gradation"...
J'espère avoir été plus claire sur mon opinion au sujet du texte lui-même de Vatican 2 au sujet de l'oeucuménisme. Le problème pour moi vient aussi et surtout des interprétations postérieures qui en ont été faites et qui, à mon avis, se distinguent plus radicalement de la foi catholique et qui ont conduit à des actes que je ne peux corroborer. Je développerai cela dans un prochain post.
Je désapprouve avec vous certaines interprétations et certains actes. La réunion inter-religieuse d'Assise de 1986 en est l'illustration parfaite. Elle était déplacée ; elle a sans doute contribué au développement de certaines confusions dans les esprits faibles et mal informés (en autorisant, à premiere vue, un certain relativisme). Je crois d'ailleurs que les leçons en ont été tiré, car depuis lors le pape n'a plus assisté ou organisé ce genre de réunions.

Bien à vous,

- VR -
Dernière édition par VexillumRegis le mer. 06 oct. 2004, 18:14, édité 4 fois.

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Christophe
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Message non lupar Christophe » mar. 05 oct. 2004, 20:56

Chère Amica, cher VexillumRegis


[align=justify]La maxime "Hors de l'Eglise, point de salut !" n'est pas contenue dans l'Evangile mais constitue l'un des enseignements constant de l'Eglise catholique, donc l'un des pilliers de la Tradition bien comprise. L'Ecriture ne contient rien d'analogue, mais deux idées qui s'y raccordent : le fait qu'hors du Christ il n'y a point de salut (cf. Jn 14.6) et le pouvoir des clefs confié à l'Eglise en général et aux successeurs de Pierre en particulier (cf. Mt 16.18).[/align]
[align=justify]552 Dans le collège des Douze Simon Pierre tient la première place (cf. Mc 3, 16 ; 9, 2 ; Lc 24, 34 ; 1 Co 15, 5). Jésus lui a confié une mission unique. Grâce à une révélation venant du Père, Pierre avait confessé : " Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ". Notre Seigneur lui avait alors déclaré : " Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle " (Mt 16, 18). Le Christ, " Pierre vivante " (1 P 2, 4), assure à son Église bâtie sur Pierre la victoire sur les puissances de mort. Pierre, en raison de la foi confessée par lui, demeurera le roc inébranlable de l’Église. Il aura mission de garder cette foi de toute défaillance et d’y affermir ses frères (cf. Lc 22, 32).

553 Jésus a confié à Pierre une autorité spécifique : " Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié " (Mt 16, 19). Le " pouvoir des clefs " désigne l’autorité pour gouverner la maison de Dieu, qui est l’Église. Jésus, " le Bon Pasteur " (Jn 10, 11) a confirmé cette charge après sa Résurrection : " Pais mes brebis " (Jn 21, 15-17). Le pouvoir de " lier et délier " signifie l’autorité pour absoudre les péchés, prononcer des jugements doctrinaux et prendre des décisions disciplinaires dans l’Église. Jésus a confié cette autorité à l’Église par le ministère des apôtres (cf. Mt 18, 18) et particulièrement de Pierre, le seul à qui il a confié explicitement les clefs du Royaume.[/align]
Catéchisme de l'Eglise Catholique
Aussi, il me semble que l'Eglise catholique n'est pas seulement une disposition pour le salut, mais une condition.
[align=justify]Je parlais simplement de l'adhésion au credo de l'Eglise catholique, car ce serait alors réduire le Christianisme à une idéologie ou à une gnose. Excusez-moi si j'ai manqué de clarté... C'est exactement l'idée contenue dans l'êpitre de saint Paul et que vous rappellez : la foi sans la charité n'est rien.
"Quiconque me dit : Seigneur, Seigneur ! n'entrera pas forcément dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux." (Mt 7.21)

Pour comprendre l'utilisation de l'expression subsistit in, je crois qu'il faut peut-être - comme nous y invite Amica - en revenir à l'étymologie latine pour comprendre la sémantique de ce mot. Subsitit, "qui subsiste", fait référence - à mon avis - au concept ontologique de substance et non à celui de subsistance (qui en français évoque l'idée de survivance). L'Eglise du Christ subsistit in l'Eglise catholique signifie que l'Eglise du Christ est la substance de l'Eglise catholique. Ce serait donc une rémanence de la théologie thomiste.

Cela rejoint la question de la perfection de l'Eglise. Amica parlait plus haut de la communion à l'âme de l'Eglise comme condition sine qua non de salut. Cette âme de l'Eglise, c'est la véritable Eglise du Christ et la substance de l'Eglise catholique. De même que dans l'anthropologie chrétienne, l'homme est une unité composée à la fois d'un corps et d'une âme, peut-être faut-il admettre que l'Eglise catholique est à la fois spirituelle et corporelle : son âme substantielle serait l'Esprit de Vie et sa corporalité serait la communauté des fidèles ?[/align]
Cependant, je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il y ait égale dignité personnelle des parties. A la base il me semble que la définition de la dignité est différente de celle que je tiens pour juste.
[align=justify]Le mot "dignité" signifie "respect dû", et dans le cadre des rencontres oeucuméniques ou interreligieuses qui nous intéresse "l'égale dignité des parties" signifie simplement que l'on doit marquer au for extérieur le même respect à toutes les parties durant la durée de la rencontre. C'est le principe de parité qui est une nécessité pratique si l'on admet le principe de ces rencontres.

Sans être expert, je crois comprendre que l'oecuménisme, c'est la démarche missionnaire de l'Eglise catholique à l'échelle de communautés chétiennes entières dont la proximité doctrinale autorise l'utilisation de méthodes originales.

Sur ce que dit Amica des différences de dignité entres les hommes, je partage son avis sur le principe mais je laisserai néanmoins à Dieu le soin de sonder les coeurs et de juger les hommes...[/align]
Je pense donc que la perfection de l'Eglise tient du fait qu'elle est corps mystique du Christ et non pas une institution purement humaine en proie au mauvais usage de la liberté et à l'infidélité à la grâce.
[align=justify]Je suis tout à fait d'accord avec tout ce que vous avez écrit. Je continuerais néanmoins à parler de la sainteté de l'Eglise et à conserver la perfection pour Dieu seul. La Création a été modelée de la main de Dieu, et si Dieu la juge "très bonne", elle n'est pas qualifiée de "parfaite". De même la sainte Eglise catholique a été sanctifiée, sans être instituée parfaite, conformément à Sa volonté.[/align]

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Message non lupar Amica » mer. 06 oct. 2004, 22:11

Bonsoir Christophe, Bonsoir Vexilum Regis, ;-)

Il me semble qu'il y a de nombreux points où nous nous rejoignons, je vais juste revenir sur deux ou trois détails, puis j'aimerais aller un peu plus loin dans cette discussion sur l'oecuménisme.

Je me permets de revenir encore au terme subsistit. Je ne suis pas absolument certaine de ce que je vais dire, n’étant pas experte en latin, mais avec mes connaissances et l’aide de mon Gafiot, il me semble que le verbe subsistit ne vient pas de substo qui lui signifie « être la substance, la base, tenir bon… », mais de susbsisto qui signifie « être arrêté, faire halte, subsister, séjourner… ». De fait ce n’est qu’un verbe, mais qui ne retient pas à mon avis les interprétations erronées, d’autant plus qu’on utilise le même terme concernant la possession de moyens de salut de l’Eglise catholique par d’autres religions. Vexilum Regis, je n’adhère pas vraiment à l’interprétation de perfection perdue. Je pense que l’Eglise catholique est toujours une et que cette unité est parfaite puisque divine. Cela n’enlève pas le fait regrettable du schisme protestant et la nécessité de nos prières et de nos efforts pour obtenir leur retour à l’Eglise catholique. Mais l’unité et la sainteté de Dieu, qui sont la substance de l’Eglise, ne peuvent être amoindries ou rendues imparfaites par des faiblesses humaines, aussi regrettables soit-elle.

Je pense effectivement qu’il faut distinguer dans l’Eglise catholique un corps, partie externe et une âme, partie interne. L’appartenance au corps de l’Eglise est marquée par une profession extérieure à la doctrine du Christ, une participation aux sacrements et l’obéissance aux pasteurs. L’appartenance à l’âme consiste dans la grâce sanctifiante accompagnée des dons du St Esprit et des vertus infuses. Le fidèle en état de grâce appartiendrait aux deux et c’est l’état à rechercher, en état de péché mortel, il n’appartient plus qu’au corps, tandis que les non catholiques de bonne volonté et de cœur pur appartiennent à l’âme sans appartenir au corps.

J’aimerais avancer un peu dans la discussion en posant la question de certaines interprétations des textes de Vatican 2 qui ne me semblent pas cohérentes avec la foi. Peut-être ces opinions ne sont-elles pas directement lisibles dans le texte, mais il me semble que certains éléments se trouvent déjà en filigrane dans le texte et ont par la suite abouti à des positions regrettables. Je ne prétends pas que ces opinions sont partagées par tous les prélats, une bonne partie d'entre ellles me semblent tout de même donner une oreintation à l'Eglise puisqu'elles sont partagées soit par le St Père soit par des offices qui dirigent les positions doctrinales ou les actions pastorales de l'Eglise.

1] Faut-il proclamer davantage les vérités communes que les dogmes qui posent problèmes?
Le dialogue peut peut-être commencer sur les points communs, pourtant il ne peut s'y limiter, on ne peut, à mon avis, se satisfaire d'un accord où chacun garde en fait son opinion sur les points divergents tout en admettant l'existence de l'opinion contraire à la frontière des lieux communs. Cela mène à mon avis à l'indifférentisme et va contre le fait que la foi n'est pas une sélection de vérités mais une adhésion globale à la Révélation divine.

2] Toutes les religions viendraient d'une façon plus ou moins complète de l'Esprit Saint.
Il me semble que ce postulat fait l'amalgame entre la communication universelle que Dieu fait de lui-même aux âmes par la lumière de la raison dans la nature et la communication spéciale que Dieu fait de sa propre réalité dans l'histoire. Il y a mélange entre l'ordre naturel de la religiosité et l'ordre surnaturel de la religion, entre une prédisposition aux valeurs naturelles qui est racine de civilisation et prédisposition aux valeurs surnaturelles qui est racine du christianisme. Les religions non-catholiques, même si elles ont trouvé leur impulsion dans le désir naturel d'une transcendance, mis par Dieu dans le coeur de tout homme, ne peuvent être oeuvre de Dieu, à cause de leur erreur, mais plutôt conséquence de la faibleesse humaine et du péché originel.

3] L'oecuménisme devrait tendre à une conversion de tous les hommes et de toutes les religions.
Le catholique doit, certes, tendre chaque jour à une conversion personelle, à devenir toujours plus digne de son statut de fils de Dieu et frère du Christ, mais cette conversion est individuelle et non pas une conversion de l'Eglise qui peut progresser dans ses membres mais pas dans son essence divine. Il me semble que, pour certains, le retour des non-catholiques à la foi et la nécessité de la conversion personnelle pour chacun s'est transformée en une avancée commune de toutes les religions vers une Eglise en marche, qui est encore à réaliser. "Il n'y a qu'une seule Eglise, axe de convergence, une seule Eglise en qui toutes les Eglises doivent se réunir"... Ceci tend parfois aussi à devenir une sorte d'oecuménisme humanitaire, une sorte d'oeuvre pour la bonne marche du monde et l'harmonie des civilisations. Ceci est bien d'un point de vue humain, mais cela ne peut suffir à l'Eglise catholique qui ne peut se limiter à l'ordre naturel, c'est tout d'abord au plan surnaturel qu'elle doit travailler, au salut des âmes par le retour au chemin du salut.

4] " Chaque religion représente la manière traditionelle dont un peuple répond aux dons et aux lumières reçues de Dieu"
Cela rejoint le problème de l'inspiration du St Esprit dans toutes les religions, mais c'est aussi en mélangeant religion et civilisation, nier l'universalité de la religion catholique, voulue par Dieu pour tous les hommes quelque soit leur culture, leur origine, leur époque. pour certains l'Eglise aurait besoin pour croître selon le dessein de Dieu des valeurs contenues dans les religions non-chrétiennes. Ceci me semble impossible. Si les civilisations sont tributaires entre elles et peuvent s'enrichir de leurs connaissances réciproques, il ne va pas de même avec la religion qui est d'ordre surnaturel et vient de Dieu qui est Un.

5] La participation active des catholiques à des cultes d'une autre religion ne peut être assimiler, à mon avis, à une démarche de charité et d'ouverture. Le problème posé, ici, n'est plus une question de fierté humaine mais de fidélité à Dieu et au premier commandement...

La hiérarchie de l'Eglise catholique ne devrait-elle pas s'assurer de la cohérence de l'orientation qu'elle veut donner aux catholiques avec la foi basée sur la Révélation? Et cette cohérence existe-t-elle vraiment, n'y a-t-il pas déviation?


Amicalement

Amica

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Quelques considérations sur l'oecuménisme

Message non lupar Christophe » ven. 08 oct. 2004, 23:24

Bonsoir Amica

Vous savez donc que je ne suis pas très "chaud" pour poursuivre ce débat. La Cité catholique n'a pas vocation à suppléer à la sainte Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Et, en toute franchise, il semble que nos compétences théologiques sont très largement insuffisantes pour que nos réflexions fassent autorité.

Mais, par politesse et puisque vous le demandez, je vais vous donner mon avis personnel qui - je le rappelles - n'a aucune espèce de valeur.
1] Faut-il proclamer davantage les vérités communes que les dogmes qui posent problèmes?
Ce n'est pas une position théologique mais pastorale et n'est donc en rien contraire à la foi catholique.
2] Toutes les religions viendraient d'une façon plus ou moins complète de l'Esprit Saint.
La position qui est enseigné est que les religions sont partiellement le fruit du travail que fait l'Esprit-Saint dans le coeur des hommes et dans l'histoire des peuples. Nous en avons déjà débattus plus haut, je ne développes pas.
3] L'oecuménisme devrait tendre à une conversion de tous les hommes et de toutes les religions.
Je ne comprends pas. De quelle conversion s'agit-il ? S'il s'agit d'une conversion au Christ de tous les hommes, c'est tout-à-fait orthodoxe. S'il s'agit d'une conversion au Christ de toutes les religions, cela n'a pas de sens : une religion qui se convertie est une religion qui se renie et qui n'est plus elle-même. Il s'agirait donc de la conversion collective de fidèles d'une religion non-catholique par le rapprochement progressif d'une communauté vers l'Eglise. C'est peut-être utopique, mais pas hétérodoxe.
3 bis] Ceci tend parfois aussi à devenir une sorte d'oecuménisme humanitaire, une sorte d'oeuvre pour la bonne marche du monde et l'harmonie des civilisations.
Cette position n'a - il me semble - pas de rapport de nécessité avec la précédente. Une nouvelle fois, le combat pour la paix du monde n'est pas un combat théologique mais pastoral et - au vue du nombre de crimes contre la dignité humaine et donc contre Dieu commis lors des conflits armés - ce combat ne me semble pas étranger au ministère de l'Eglise. C'est une sorte de "trêve de Dieu" qui nous est offerte.
4] "Chaque religion représente la manière traditionelle dont un peuple répond aux dons et aux lumières reçues de Dieu"
Quand on veut tuer son chien on l'accuse de la rage. Il me semble qu'il est dans la droite ligne de la Tradition de considérer que tous les dons et toutes les lumières de la vérité proviennent de Dieu, qui fait pleuvoir et briller Son soleil indistinctement sur les bons et sur les méchants, sur les chrétiens et sur les païens.
Le Saint-Père a exprimé sur la culture un propos analogue : "Au centre de toute culture se trouve l'attitude que l'homme prend devant le mystère le plus grand, le mystère de Dieu. Au fond, les cultures des diverses nations sont autant de manières d'aborder la question du sens de l'existence personnelle : quand on élimine cette question, la culture et la vie morale des nations se désagrègent." (Centesimus Annus, n° 24)

Il me semble donc que la religion traditionnelle est ici considérée comme un phénomène culturel, ni plus ni moins.
5] La participation active des catholiques à des cultes d'une autre religion ne peut être assimiler, à mon avis, à une démarche de charité et d'ouverture.
Je partage a priori votre avis sur ce point. Mais il faudrait voir ce que dit précisément le droit canon sur la participation des fidèles catholiques à des cultes étrangers.


Bien à vous
Christophe
« Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. » (Matthieu 25, 40)


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