Souffrance, espérance et rédemption

« Assurément, il est grand le mystère de notre religion : c'est le Christ ! » (1Tm 3.16)
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Re: Souffrance, espérance et rédemption

Message non lupar ancolie » mer. 03 oct. 2018, 15:24

Ancolie a écrit :Il n'est pas si rare de voir que des gens qui aux yeux de tous ont 'tout pour être heureux' finissent par vivre de profondes dépressions et en viennent même au suicide. C'est dans ce sens que leur confort est aussi leur chemin de croix. Il leur appartient de résister à cette tentation et d'écouter leur voix intérieure qui cherche à les diriger vers Dieu.
O.K. Dans un cas pareil, je ne dirais pas que "c'est le confort en lui-même qui serait le chemin de croix". Non, mais le riche malheureux l'est, c'est à dire malheureux ou perturbé, parce que quelque chose d'autre va le tourmenter à l'intérieur. Et ce quelque chose d'autre peut être n'importe quoi comme une peur, des appréhensions, un sentiment de culpabilité, une vieille blessure d'enfance et des souvenirs, etc.
Bonjour Cinci,

Je suis d'accord avec ce que vous écrivez mais j'aimerais ajouter une précision.

Quand j'écrivais ceci : '' Il n'est pas si rare de voir que des gens qui aux yeux de tous ont 'tout pour être heureux' finissent par vivre de profondes dépressions et en viennent même au suicide.'', je pensais particulièrement à ce qui arrive souvent lorsqu'on cherche le bonheur dans les biens matériels , qu'on soit riche ou moins riche.

Nous vivons dans un monde matérialiste où des gens de toutes les classes sociales cherchent leur bonheur dans l'acquisition de biens.
Ils ont tourné le dos à leur petite flamme intérieure ou, à cause du contexte social et de leur éducation en ignorent même l'existence.
Quel que soit leur passé, enfance heureuse ou malheureuse, ils vivent un jour ou l'autre une expérience terrible : la perte de leurs illusions et la pleine conscience d'un vide intérieur. Il n'y a rien de plus affolant que la sensation de vide et la perte de tous ses repères.
Cela conduit souvent au désespoir.

Oui les richesses peuvent être des pièges.

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Re: La souffrance

Message non lupar Trinité » mer. 03 oct. 2018, 16:35


Oui, la souffrance de Jésus est nécessaire pour le pardon de nos péchés, cher Trinité.

Le Christ a obtenu le salut de tous les hommes par sa “ Croix glorieuse “, c’est-à-dire par sa souffrance.

Ce n’est pas NOTRE souffrance qui nous sauve, mais c’est plutôt le Christ qui “ a souffert une fois la mort pour nos péchés “.

C’est donc uniquement “ sa Croix glorieuse “ qui est nécessaire pour notre rédemption.
Mon cher carolus (alias Trebla et peut-être bien invité ...si je ne m'abuse... ;) )

Relisez moi bien!
Même si difficilement compréhensible pour nous pauvres hommes, j'ai la grâce de pouvoir maintenant comprendre qu'elle était nécessaire!
Mais ce n'est pas ce que je vous disais...relisez...
Merci
Bonne soirée!
Ma phrase n'était pas complète:
Même si difficilement compréhensible pour nous pauvres hommes, j'ai la grâce de pouvoir maintenant comprendre" que la souffrance du Christ " était nécessaire!

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Re: La souffrance

Message non lupar Carolus » mer. 03 oct. 2018, 18:15

Trinité :

Ma phrase n'était pas complète:
Même si difficilement compréhensible pour nous pauvres hommes, j'ai la grâce de pouvoir maintenant comprendre" que la souffrance du Christ " était nécessaire!
On est complètement d'accord, cher Trinité.
CEC 612 En acceptant dans sa volonté humaine que la volonté du Père soit faite (cf. Mt 26, 42), il accepte sa mort en tant que rédemptrice pour " porter lui-même nos fautes dans son corps sur le bois " (1 P 2, 24).
Le Christ a souffert pour nous.
1 P 2, 24 Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice.
Par sa souffrance rédemptrice, le Christ a payé pour nos péchés. :oui:

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Re: Souffrance, espérance et rédemption

Message non lupar Cinci » jeu. 04 oct. 2018, 2:22

Deux beaux textes, en lien avec le sujet ...


L'Ancien Testament nous dit déjà que la douleur est une épreuve et non un châtiment ("Yavhé reprend celui qu'il chérit comme un père son fils bien-aimé") (Prov. 3,12). Rappelons aussi l'histoire de Job. Et Tobie : "Parce que tu étais agréable à Dieu, il a fallu que la souffrance t'éprouvât" (Tobie 12,13).

Le Nouveau Testament nous le crie à chaque page. Un bon travail à faire serait de rechercher tous les passages qui parlent de la souffrance.

Qu'en dit Jésus ?

L'histoire de l'aveugle-né (Jean 9) soulève le problème.

Les apôtres, curieux et cruels, avec la mentalité concierge que nous avons tous, voyant ce malheureux au bord du chemin, demandent à Jésus :"Rabbi, comment en est-il arrivé là ?! C'est sa faute ? ou c'est la faute de ses parents ?"

"Ni lui ni ses parents n'ont péché, répond Jésus. Mais c'est pour qu'en lui se manifestent les oeuvres de Dieu". Là est la grande réponse. Tel est le sens le plus riche et le plus beau de toutes nos adversités.

"Cette maladie ne va pas à la mort, dit Jésus; elle est pour la gloire de Dieu" (Jean XI, 4)

Nos souffrances sont le support, la matière d'un signe de Dieu. Elles sont toutes "significatives" - mais il nous faut parfois attendre, dans une longue patience, que la signification nous en soit donnée. Longtemps. Quel âge avait l'aveugle-né ? Combien d'années de cécité absurde, de nuit incompréhensible, pour que puisse éclater la joie de la Fontaine de Siloé ?

Nous devons, dans la foi, voir dans nos souffrances des promesses et non des mutilations. Dieu tisse un chef d'oeuvre que nous ne découvrirons qu'au dernier jour.

La parabole de la vigne nous rappelle aussi que si les sarments stériles sont coupés et éliminés, "tout sarment qui porte du fruit, le Père l'émonde pour qu'il en porte encore davantage" (Jean 15,2) Et il faut avoir travaillé à la vigne pour savoir ce qui reste après émondage ! Quand nous sentons la brisure, le craquement douloureux du sécateur ... est-ce pour notre retranchement , ou pour notre émondage ? Qui peut distinguer ? Au moment même, ça fait le même mal. Mais si notre coeur demeure en Lui, Il nous a promis qu'il demeurerait en nous et que nous porterions beaucoup de fruit".

Il nous faut croire ce mystère de cet émondage et de cette douloureuse croissance.

Jésus n'est pas venu supprimer d'un coup la souffrance, ni l'expliquer, ni la justifier. Il est venu l'assumer et la transformer. La portant avec infiniment d'amour, il nous a appris à soulager celle des autres, et à supporter patiemment, avec Lui et en Lui, celle qui reste inévitable. Fidèle, confiant, remis au Père jusque dans la mort, il nous a appris qu'il y a moyen d'être heureux malheureux. Jésus parlant au seuil de sa Passion de la plénitude de sa joie nous a révélé que l'une n'excluait pas l'autre. "Afin que le monde sache que j'aime mon Père et que j'obéis à sa volonté, levons-nous. Allons nous en d'ici" (Jean 14,31) : le chemin de croix, pour Jésus, a été aussi un chemin de joie. D'enthousiasme.

Du fond de sa joie de Fils, il a épousé la souffrance humaine afin de les unir à jamais. Les épousailles de saint François avec Dame Pauvreté ne sont qu'une des traditions séculaires des épousailles éternelles du Christ avec la Souffrance.

Accueillir l'amour du Christ c'est donc épouser sa souffrance. Et sa joie. Sa "bienheureuse Passion".

Il ne faut cependant pas en arriver à dire que la souffrance vient de Dieu. Le Père ne punit pas les hommes : les hommes se punissent. Dieu n'envoie pas malheur et châtiments : la méchanceté de l'homme suffit à expliquer le mal. Loin de vouloir se venger sur nous, Dieu pleure sur nos crimes et sur les conséquences qu'ils entraînent pour nous et nos descendants (Luc 19, 44) .

Même à l'origine du monde, Dieu avait fait l'homme capable de bonheur par son travail intelligent et son amour. A chaque étape de sa création, Dieu proclame que ce qu'il fait est bon. Mais l'homme a manqué son entrée dans cette joie et, au lieu de punir cet échec, Dieu a voulu en partager et en réparer progressivement les conséquences.

"Si Dieu nous laisse souffrir, pécher, douter, c'est qu'il ne peut pas, maintenant et d'un seul coup, nous guérir et se montrer. Et s'Il ne le peut pas, c'est uniquement parce que nous sommes encore incapable, en vertu du stade où se trouve l'Univers, de plus d'organisation et de lumière ... Non, Dieu ne se cache pas, j'en suis sûr, pour que nous le cherchions, pas plus qu'il ne nous laisse souffrir pour augmenter nos mérites. Bien au contraire, penché sur la Création qui monte à Lui, il travaille de toutes ses forces à la béatifier et à l'illuminer. Comme une mère, il épie son nouveau-né. Mais nos yeux ne sauraient encore le percevoir. Ne faut-il pas justement toute la durée des siècles pour que notre regard s'ouvre à la lumière ?" (Teilhard de Chardin)

Louis Évely (L'abbé), Souffrance, p. 58

"Il y a en ce moment, dans le monde, au fond de quelque église perdue, ou même dans une maison quelconque, ou encore au tournant d'un chemin désert, tel pauvre homme qui joint les mains et du fond de sa misère, sans bien savoir ce qu'il dit, ou sans rien dire, remercie le Bon Dieu de l'avoir fait libre, de l'avoir fait capable d'aimer. Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où, une maman qui cache pour la dernière fois son visage au creux d'une petite poitrine qui ne battra plus, une mère près de son enfant mort qui offre à Dieu le gémissement d'une résignation exténuée, comme si la Voix qui a jeté les soleils dans l'étendue ainsi qu'une main jette le grain, la Voix qui fait trembler les mondes, venait de lui murmurer doucement à l'oreille : Pardonne-moi. Un jour, tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce. Mais maintenant, ce que j'attends de toi, c'est ton pardon, pardonne. Ceux-là, cette femme harassée, ce pauvre homme, se trouvent au coeur du mystère, au coeur de la création universelle et dans le secret même de Dieu. Que vous en dire ? Le langage est au service de l'intelligence bien qu'elle ne soit nullement en contradiction avec elle - ou plutôt par un mouvement profond et irrésistible de l'âme qui engageait toutes les facultés à la fois, qui engageait à fond toute leur nature ... Oui, à ce moment où cet homme, cette femme, acceptaient leur destin, s'acceptaient eux-mêmes, humblement, - le mystère de la Création s'accomplissait en eux, tandis qu'ils couraient ainsi sans le savoir tout le risque de leur conduite humaine, se réalisaient pleinement dans la charité du Christ, devenant eux-mêmes, selon la parole de saint Paul, d'autres Christs. Bref, ils étaient des saints."

Bernanos, La liberté, pourquoi faire ?, p. 280

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Re: Souffrance, espérance et rédemption

Message non lupar Carolus » jeu. 04 oct. 2018, 3:01

Trinité :
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Oui, la souffrance de Jésus est nécessaire pour le pardon de nos péchés, cher Trinité.
Même si difficilement compréhensible pour nous pauvres hommes, j'ai la grâce de pouvoir maintenant comprendre" que la souffrance du Christ " était nécessaire!
En effet, la souffrance du Christ était nécessaire pour notre salut.

Nous sommes d’accord, cher Trinité. :oui:

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Re: Souffrance, espérance et rédemption

Message non lupar Cinci » jeu. 04 oct. 2018, 16:40

Je ne parlerais pas de nécessité mais de moyen. Il n'est aucune "nécessité" qui vaille du côté de Dieu. Et Jésus le disait lui-même quand il évoquait l'Intervention des anges qui auraient pu avoir lieu si lui-même ... C'est librement que le Christ est entré dans sa Passion, non par nécessité. Dieu a mille fois la capacité de pardonner à tous et sans croix, sans sacrifice de boeufs, de moutons et tout ce qu'on veut ! Mais Dieu choisit librement de passer par ce moyen terrible - et du fait des hommes, le supplice de la croix; car ce sont eux, en ânes bâtés souvent, qui réclament la satisfaction de leur justice à eux, la satisfaction de leurs petites exigences. C'est comme Dieu qui se plie à la réclamation des "grands sages" ou à celle de la foule glapissante, n'opposant pas de résistance, en guise de moyen pour réveiller les hommes sur l'horreur dans laquelle débouche tous leurs petits calculs intelligents d'hommes à la vue courte. Dieu choisit de passer à travers une réalité semblable (sombre, à cause du péché) afin de nous toucher, pour nous communiquer sa vie ... Dieu choisit d'être solidaire de tous ceux et celles qui souffrent de toutes sortes de manières, et certainement d'injustices de toutes sortes.

C'est l'amour de Dieu qui est un mystère, son être, sa façon d'être, de faire, etc. C'est bien pourquoi, aussi, les Pharisiens de l'an 30 se seront-ils globalement retrouvés comme largués en face de ça. Et quoi, ça ? Tant le phénomène Jésus de Nazareth que le discours de ses disciples plus tard et l'avènement de la religion chrétienne.

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Re: Souffrance, espérance et rédemption

Message non lupar Carolus » jeu. 04 oct. 2018, 22:52

Cinci :

C'est librement que le Christ est entré dans sa Passion, non par nécessité.
Vous avez raison, cher Cinci.
" C'est librement que le Christ est entré dans sa Passion ". :oui:
Jn 10, 14-15 Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
Le Bon Pasteur a donné librement sa vie pour ses brebis.

Cette manifestation d'amour, n'était-elle pas nécessaire pour notre salut ? Ne fallait-il pas que le Christ souffrît pour notre rédemption ?
CEC 572 L’Église reste fidèle à " l’interprétation de toutes les Écritures " donnée par Jésus lui-même avant comme après sa Pâque : " Ne fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? " (Lc 24, 26-27. 44-45).
Après sa résurrection, faisant route vers un village appelé Emmaüs, Jésus a posé une question rhétorique très révélatrice à deux de ses disciples : Ne fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire (Lc 24, 26) ?

La réponse est évidente.
CEC 571 Le dessein sauveur de Dieu s’est accompli " une fois pour toutes " (He 9, 26) par la mort rédemptrice de son Fils Jésus-Christ.
Il fallait donc " que le Messie endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ".

La mort rédemptrice de Jésus-Christ était nécessaire pour accomplir le dessein sauveur de Dieu.

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Re: Souffrance, espérance et rédemption

Message non lupar Voyageur » dim. 14 oct. 2018, 13:43

Il arrive d'être acculé par une succession de difficultés. On peut en venir à penser que le sort s'acharne. Mais en réalité, tout cela n'est la conséquence que de blocages persistants qu'il est nécessaire de faire sauter avant de pouvoir régler les suivants.

Je suis passé vous faire part d'une réflexion : si le samaritain de la parabole est bien un étranger, il ne s'agit pas non plus d'un personnage extrêmement éloigné du juif. Il me semble que Jésus ai utilisé des personnages qui représentent une graduation de valeur dans la foi. Le prêtre est dévoué au service divin et considéré d'une pureté exemplaire, le lévite est subordonné au prêtre. Quant au samaritain, certes c'est un étranger, mais c'est surtout un personnage dont la foi est hétérodoxe. Il est méprisé pour ses croyances et jugé impure.

Jésus aurait pu choisir un personnage romain, dont la religion diffère totalement, dont l'ethnie est absolument étrangère aux peuples sémites.
Tu m'as montré les chemins de la vie,
Tu me rempliras de joie par ta présence.


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