L'Assomption de la Vierge Marie

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L'Assomption. Marie a-t-elle connu la mort?

Message non lupar Théophane » dim. 15 août 2010, 16:54

Assumpta est Maria in cœlum : gaudent angeli ! — Dieu a transporté Marie au Ciel — corps et âme : et les anges se réjouissent !

Ainsi chante l’Église. — Et c’est ainsi, avec cette même explosion de joie, que nous commençons notre contemplation de cette dizaine du Saint Rosaire.

La Mère de Dieu s’est endormie. — Les douze apôtres se tiennent autour de son lit. — Matthias à la place de Judas.

Et nous, par une grâce que tous respectent, nous sommes aussi à ses côtés.

Mais Jésus désire avoir sa Mère corps et âme, dans la gloire. — Et la Cour céleste déploie toute sa splendeur pour accueillir Notre Dame. — Toi et moi — qui ne sommes, après tout, que des enfants — nous prenons la traîne du magnifique manteau bleu de Marie et ainsi nous pouvons contempler cette scène merveilleuse.

La Très Sainte Trinité reçoit et comble d’honneurs la Fille, la Mère et l’Épouse de Dieu... — Et la majesté de Notre Dame est si grande que les anges s’interrogent : Qui est-ce donc ?

Saint Josémaría Escrivá, Saint Rosaire
« Être contemplatifs au milieu du monde, en quoi cela consiste-t-il, pour nous ? La réponse tient en quelques mots : c’est voir Dieu en toute chose, avec la lumière de la foi, sous l’élan de l’amour, et avec la ferme espérance de le contempler face à face au Ciel. »
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar coeurderoy » dim. 15 août 2010, 20:41

Dommage qu'un imbécile ait gâté la fête des pèlerins de Lourdes, mais Marie leur saura gré de leur patience : le site a finalement été réouvert après 4 h de fermeture tout-de-même...Prier Marie deviendrait-il un délit au pays des cathédrales ???
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Olivier C » lun. 16 août 2010, 20:52

La Mère de Dieu s’est endormie. — Les douze apôtres se tiennent autour de son lit. — Matthias à la place de Judas.

À ce propos, voici ce que je me suis sentit obligé d'écrire en commentaire d'un article de la conférence des évêques de France :
http://www.eglise.catholique.fr/foi-et- ... rance.html
Bonjour,

Dans ce qui va suivre, n'y voyez pas une attaque personnelle, il s'agit avant tout d'une question de vérité dogmatique...

Un article de votre site, écrit par Benoît Grière provincial des assomptionnistes en France, donne ainsi une définition de la fête de l’assomption :

"La fête de l’Assomption célèbre tout à la fois la mort, la résurrection glorieuse, l’entrée au ciel et le couronnement de la bienheureuse Vierge Marie."

Or la constitution Munificientissimus de Pie XII ne s'est jamais prononcée sur la mort de Marie :

"Au terme de sa vie terrestre, l'Immaculée, Mère de Dieu, Marie toujours Vierge a été prise corps et âme dans la gloire céleste", Constitution Munificentissimus, 1er novembre, 1950.

Et pour cause ! Le postulat sur la mort de Marie était très controversé... et le reste aujourd'hui. Bien qu'abondamment commenté par la tradition (mais s’agit-il de la Tradition avec un grand T, c’est toute la question !), il repose uniquement sur un principe de convenance rapportant Marie au Christ (exemple : Christ médiateur, Marie médiatrice, etc). Or Marie s'identifie plus à l'Eglise qu'au Christ (René Laurentin).

Dans le doute je pense qu'il est bon de s'abstenir de tenir de tel propos comme de foi. Surtout sur un site institutionnel tel que le vôtre avec les conséquences que l'on imagine : le site officiel de mon diocèse (St Etienne) a ni plus ni moins recopié l'erreur dénoncée plus haut.

Il n'est pas le lieu ici d'opérer un développement sur ce sujet avec ses conséquences (de mon côté je préparerais un article que je publierais sur le net, car la question me semble d'envergure). Sur ce sujet je vous conseille de lire un spécialiste en théologie mariale, comme le Père René Laurentin :

Bibliographie : René LAURENTIN, Cours traité sur la vierge Marie, 6ème édition, 2009, pp.149ss, et surtout pp. 182ss : "Pourquoi Pie XII n'a pas défini la mort de Marie ?"

Vous documenterez-vous sur cette problématique afin d'opérer une éventuelle rectification ? Si vous ne voulez pas modifier ou supprimer l’article, il me semblerait juste que l’on ne l’assimile pas à une explicitation du dogme promulgué par Pie XII mais plutôt à une opinion personnelle tenue par une personnalité.

Je n'ai rien à exiger de vous (et je suis encore moins en mesure de le faire), il s’agit avant tout d’une question de vérité.

Bien à vous

(Suivent mes coordonnées)
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar steph » lun. 16 août 2010, 21:14

Il me semble qu'il n'y a qu'au cours de religion de primaires (douteux!) que l'on m'ait appris que la Mère de Dieu n'était pas morte...

Pourtant, toute la liturgie byzantine postule comme un préalable à l'Assomption la Mort de la Bienheureuse et toujours-Vierge. De même, il me semble que la Légende Dorée (piété/spiritualité occidentale) atteste pareillement le bienheureux trépas de la Mère du Sauveur...
Si ce n'est pas défini par le magistère, on voit qu'une tradition nombreuse atteste la mort de la Vierge.
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Théophane » lun. 16 août 2010, 21:21

Je ne suis pas théologien, mais voici mon avis.

D'un point de vue scientifique, la mort est l'arrêt des fonctions vitales de l'individu. Plus concrètement, la personne ne respire plus, son cerveau n'émet plus de stimuli et son coeur ne bat plus.

Dans la théologie catholique, la mort est la séparation de l'âme et du corps.

Or, il semble avéré que l'âme ne quitte le corps que plusieurs heures après la mort scientifique. Il y a quelques mois, un prêtre m'a raconté qu'il avait pu donner l'absolution à un jeune homme qui était mort d'un point de vue médical mais qui avait répondu à la sollicitation du prêtre, lequel s'était adressé à lui dans sa langue maternelle, en italien, en lui disant qui il était et en l'invitant à se manifester pour exprimer son désir de recevoir l'absolution.

On pourrait donc penser que d'un point de vue médical, la bienheureuse Vierge Marie a connu la mort, mais que son âme est toujours restée unie à Son corps.

Qu'en pensez-vous ?
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Olivier C » lun. 16 août 2010, 21:52

Pourtant, toute la liturgie byzantine postule comme un préalable à l'Assomption la Mort de la Bienheureuse et toujours-Vierge. De même, il me semble que la Légende Dorée (piété/spiritualité occidentale) atteste pareillement le bienheureux trépas de la Mère du Sauveur...
Si ce n'est pas défini par le magistère, on voit qu'une tradition nombreuse atteste la mort de la Vierge.
Ainsi que des textes apocryphes... Mais bien d'autres opininons théologiques tenues - presques - comme des vérités de foi, et très appuyées au cours du temps, sont tombées aujourd'hui en désétuitude : pensez à la théorie des limbes, ou encore à la distinction entre pouvoir d'ordre et pouvoir de juridiction...

PS : vous comprendrez je pense qu'un texte comme La Légende dorée ne peut faire autorité en la matière !

J'avoue ne pas connaître la tradition byzantine sur ce sujet, à l'occasion je me documenterais... mais certainement pas sur Wikipedia où les articles sont criblés d'erreurs et où j'ai déjà du opérer des justificatifs sur tel ou tel points.

Mais ne nous trompons pas de débat : il s'agit pour moi de demander une juste définition du dogme de l'Assomption tel qu'il a été pronnoncé, et non d'envisager un débat sur un théologoumène. Rien n'empêche de donner son avis sur la question mais un site officiel se doit de faire la part des choses en le précisant.

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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Olivier C » lun. 16 août 2010, 22:13

@ Théophane,

Pour le témoignage, il reflète surtout le ressentit de ce prêtre... Quelle est dans cette situation la part active laissée à la liberté du patient dans l'administration de ce sacrement ? Mais je le comprends pourtant car je pense moi aussi que la grâce suppléée...
On pourrait donc penser que d'un point de vue médical, la bienheureuse Vierge Marie a connu la mort, mais que son âme est toujours restée unie à Son corps.
Je ne pensais pas à une mort médicale, mais à un "enlèvement", tel qu'il peut être décrit pour Hénok et Elie, et comme le suggère le terme même d' "Assomption".

Bien à vous
Dernière édition par Olivier C le lun. 16 août 2010, 22:16, édité 1 fois.
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar steph » lun. 16 août 2010, 22:15

A titre personnel, je répondrais (à Théophane) que, considérant l'icône de la Dormition, je peux concevoir la séparation de l'âme du corps de la Vierge Marie... Je peux concevoir que la mort peut toucher la Vierge, mais pas la saisir (le second discours de St Jean Damascène sur la Dormition (que les FERM lisent en Ve lecture) dit: "quomodo illa mortem gustaret? (voirici..."); qu'à peine l'âme est séparée du corps qu'elle est prise par le Christ et qu'elle n'est nullement, pas une seconde, inquiétée par l'ombre de la mort, mais immédiatement associée à la victoire pascale de son Fils.

Maintenant, on pourrait défendre la cause de la "non-mort" de La Vierge Marie en argumentant sur le fait que devant elle "les lois de la nature sont renversées", si elle a pu concevoir sans connaître d'homme, si elle a pu enfanter sans douleur, en restant Vierge, elle pourrait bien entrer dans la demeure du Roi sans passer par la mort, par pur privilège, comme pour sa Conception Immaculée. Puisque la mort vient du péché originel me semble-t-il (Ge II, 17)...

PS: Evidemment, la Légende dorée n'a rien de comparable au magistère, mais elle est un témoignage de ce qui était cru à l'époque où elle a été écrite... Alors, certes il y a des croyances qui n'ont pas la vie longue, mais ici, il semble que ce soit la croyance de l'Eglise indivise...
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Olivier C » lun. 16 août 2010, 22:21

Puisque la mort vient du péché originel me semble-t-il (Ge II, 17)...
Et c'est bien là l'argument principal en faveur d'une "non-mort" de Marie.

Comme je le disais plus haut, la théorie de la mort de Marie, bien que très commentée, repose essentiellement sur un principe de convenance. Mais ce principe, qui a une grande valeur, a aussi déjà maintes fois montré ses limites...

PS : comme pour hier, je me lève très tôt demain... Bonsoir à vous.
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Olivier C » lun. 16 août 2010, 22:24

Evidemment, la Légende dorée n'a rien de comparable au magistère
Oh mais sans parler de cela : même les textes des Pères de l'Eglise ne font pas autorité dans tous les domaines, sur un point ou un autre de la foi...
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Théophane » lun. 16 août 2010, 23:31

A mon avis, tout dépend de la définition que l'on donne de la mort. Pour ce qui est de savoir si Notre-Dame est morte ou pas, je n'ai pas d'avis précis, d'abord parce que je n'ai pas assez réfléchi sur ce sujet, ensuite parce que le Magistère ne s'est pas prononcé clairement. Pour le moment, croire fermement que la très Sainte Vierge a été élevée dans la gloire du ciel me suffit. C'est même une pensée qui me comble de joie, lorsque je songe que Marie est à la fois ma Mère et la Reine de l'univers. Dieu seul est au-dessus d'Elle. Saint Alphonse de Liguori va jusqu'à affirmer que tout est soumis à l'empire de Marie, et que Dieu même lui obéit, ce qui signifie proprement dit que le Seigneur exauce ses prières comme s'il éxécutait ses ordres (Les gloires de Marie, chap. 6).

Pour revenir au sujet, l'iconographie chrétienne (même si elle n'a pas une valeur magistérielle), représente souvent la très Sainte Vierge sortant du tombeau et élevée dans le ciel. A Jérusalem, j'ai d'ailleurs visité une église orthodoxe censée abriter le tombeau vide de la Mère de Dieu. Cela excluerait l'idée que Notre-Dame ait été élevée de la même façon que le Christ lors de l'Ascension.
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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Laurent L. » lun. 16 août 2010, 23:54

Il est effectivement faux de prétendre que la mort de Marie est une vérité de foi contenue dans le dogme de l'Assomption. Pie XII a soigneusement évité la question.

Néanmoins, Jean-Paul II a rappelé lors d'une audience générale l'enseignement des Pères de l'Eglise concernant la mort de Marie et défend cette thèse (et les audiences générales appartiennent au magistère authentique, réclamant l'assentiment de l'esprit, si je ne m'abuse) :

A propos de la conclusion de la vie terrestre de Marie, le Concile reprend les termes de la Bulle qui définit le dogme de l'Assomption et il affirme : «La Vierge Immaculée, préservée intacte de toute souillure de la faute originelle, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée, avec son corps et son âme, à la gloire du ciel » (Lumen gentium, n. 59). Avec cette formule, la Constitution dogmatique Lumen Gentium, reprenant mon Vénéré prédécesseur Pie XII, ne se prononce pas sur la question de la mort de Marie.



Toutefois Pie XII n'entendait pas nier le fait de la mort, mais seulement il ne jugea pas opportun d'affirmer solennellement, comme une vérité qui devait être admise par tous les croyants, la mort de la Mère de Dieu. En vérité, certains théologiens ont soutenu la thèse que la Vierge n'eut pas à mourir et qu'elle passa directement de la vie terrestre à la gloire céleste. Cette opinion est toutefois inconnue jusqu'au XVIIème siècle, alors qu'il existe en réalité une tradition commune qui voit dans la mort de Marie son introduction à la gloire céleste.




En réfléchissant sur le destin de Marie et sur sa relation avec le Fils divin, il semble légitime de répondre de façon affirmative : puisque le Christ est mort, il semble difficile de soutenir le contraire en ce qui concerne sa Mère. C'est dans cette direction qu'ont réfléchi les Pères de l'Église, qui n'ont pas eu de doutes à ce propos.




Il suffit de citer saint Jacques de Sarug (+ 521), selon qui, lorsque vint pour Marie « le temps de marcher sur la voie de toutes les générations », c'est-à-dire sur la voie de la mort, le « chœur des douze Apôtres » se recueillit pour ensevelir « le corps virginal de la Bienheureuse »

(Discours sur la sépulture de la Sainte Mère de Dieu, 87-99 in C.VONA, Lateranum 19 [1953], 188).



Saint Modeste de Jérusalem (+ 634), après avoir longuement parlé de la « bienheureuse dormition de la très glorieuse Mère de Dieu », conclut sa « louange » en exaltant l'intervention prodigieuse du Christ, qui la « ressuscita du sépulcre » pour l'élever avec lui dans la gloire

(Enc. in dormltionem Deiparae semperque Virginis Mariae, nn. 7 et 14: PG 86 bis, 3293, 3311).



Pour sa part, saint Jean Damascène (+ 704) se demande : « Comment se fait-il que celle qui pour enfanter franchit toutes les limites de la nature, se plie à présent à ses lois et que son corps immaculé soit soumis à la mort ?». Et il répond : « Il fallait certainement que la partie mortelle soit déposée pour se revêtir d'immortalité, car même le maître de la nature n'a pas refusé l'expérience de la mort. En effet, il meurt selon la chair et par la mort détruit la mort, il donne l'incorruptibilité à la corruptibilité et il transforme le fait de mourir en source de résurrection »

(Panégéryque sur la dormition de la Mère de Dieu, 10: SC 80, 107).



Il est vrai que dans la Révélation, la mort est présentée comme un châtiment du péché. Toutefois, le fait que l'Église proclame Marie comme étant libérée du péché originel par un privilège divin singulier, ne conduit pas à conclure qu'Elle a également reçu l'immortalité corporelle. La Mère n'est pas supérieure au Fils, qui a assumé la mort en lui conférant une nouvelle signification et en la transformant en instrument de salut.

Participant à l'œuvre de la Rédemption et associée à l'offre salvatrice du Christ, Marie a pu partager la souffrance et la mort en vue de la Rédemption de l'humanité.



Ce que Sévère d'Antioche affirme à propos du Christ est également valable pour Elle : "Sans une mort préliminaire, comment sa résurrection pourrait-elle avoir lieu ?" (Antijulianistica, Beyrouth 1931, 194s). Pour participer à la résurrection du Christ, Marie devait tout d'abord en partager la mort.



Le Nouveau Testament ne fournit aucune information sur les circonstances de la mort de Marie. Ce silence conduit à supposer qu'elle a eu lieu normalement, sans aucun détail digne d'être mentionné. S'il n'en était pas ainsi, comment la nouvelle aurait-elle pu rester cachée à ses contemporains, ne pas parvenir, d'une façon ou d'une autre, jusqu'à nous?

Quant aux causes de la mort de Marie, les opinions qui voudraient exclure les causes naturelles en ce qui la concerne semblent sans fondement.

La recherche de l'attitude spirituelle de la Vierge au moment de sa disparition de ce monde est plus importante.




A ce propos, saint François de Sales estime que la mort de Marie a eu lieu à la suite d'un élan d'amour. Il parle d'une mort « dans l'amour, à cause de l'amour, par amour », parvenant ainsi à affirmer que la Mère de Dieu mourut d'amour pour son fils Jésus (Traité de l'Amour de Dieu, Lib. 7, c. XIII-XIV). Quel que soit le fait organique et biologique qui causa, d'un point de vue physique, la fin de la vie du corps, l'on peut dire que le passage de cette vie à l'autre fut pour Marie une maturation de la grâce dans la gloire, si bien que jamais autant que dans ce cas, la mort ne put être considérée comme une « dormition ».



Chez certains Pères de l'Église nous trouvons la description de Jésus qui vient lui-même chercher sa mère au moment de sa mort, pour l'introduire dans la gloire céleste. Ils présentent ainsi la mort de Marie comme un événement d'amour qui l'a conduite à rejoindre son Fils divin, pour en partager la vie immortelle.

A la fin de son existence terrestre, elle aura connu, comme Paul et plus que lui, le désir d'être libérée du corps pour être avec le Christ pour toujours (cf. Ph 1, 23).

L'expérience de la mort a enrichi la personne de la Vierge : ayant subi le sort commun des hommes, elle est en mesure d'exercer avec plus d'efficacité sa maternité spirituelle à l'égard de ceux qui arrivent à l'heure suprême de leur vie.

Jean-Paul II, audience générale du 25 juin 1997
:arrow: http://www.vatican.va/holy_father/john_ ... 97_it.html.

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Re: L'Assomption de la Sainte Vierge

Message non lupar Olivier C » mar. 17 août 2010, 17:09

Néanmoins, Jean-Paul II a rappelé lors d'une audience générale l'enseignement des Pères de l'Eglise concernant la mort de Marie et défend cette thèse.
Et bien ! Je suis complètement retourné. Je dois reconnaître mon ignorance : je ne savais pas que Jean Paul II s'était exprimé sur cette question. On trouve aussi le document en français ici :

Marie a connu la mort (Jean Paul II)

Et le document est d'autant plus clair que l'enseignement sur ce point est central. Il semble donc établit que cette question n'est plus de l'ordre d'un postulat théologique.

Du coup j'ai réécris un message sur le site de la conférence des évêques de France :
Bonjour,

Dans un mail envoyé hier, je vous disais :

"[...] Le postulat sur la mort de Marie était très controversé... et le reste aujourd'hui. [...] Dans le doute je pense qu'il est bon de s'abstenir de tenir de tel propos comme de foi. Surtout sur un site institutionnel tel que le vôtre [etc]"

Entre temps j'ai fait des recherches et j'en ai discuté avec d'autres personnes : j'ignorais que Jean Paul II s'est prononcé sur cette question lors d'une audience générale, le 25 juin 1997.

Cette question n'est donc plus d'ordre d'un théologoumène comme je le croyais jusqu'à aujourd'hui.

Veuillez excuser mon intervention inopportune.

Bien à vous,
Merci à Laurent L, bien à vous.
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Le dogme de l'Assomption de la Vierge Marie

Message non lupar vega42 » lun. 23 avr. 2012, 19:32

Bonsoir tous :) j'ai découvert recemment que l'assomption de Marie , Mère de Jesus était un dogme donc obligation d'y croire pour les catholiques.
Mais je n'ai rien trouvé dans les écritures pour confirmer cela, on ne trouve rien sur le devenir de Marie après l'ascension du Christ.
Quelqu'un peut-il m'éclairer à ce sujet ?

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Re: le dogme de l'Assomption de la Vierge Marie

Message non lupar Raistlin » mar. 24 avr. 2012, 9:44

Ce dogme découle de plusieurs choses :
:arrow: Le fait que selon la tradition la plus haute, la Vierge est bien monté au Ciel avec son corps.
:arrow: Ceci est corroboré par le fait qu'il n'y a pas de tombe de la Vierge Marie, et aucun auteur antique, à ma connaissance, ne rapporte une telle chose (alors que nous savions, par exemple, où étaient enterrés saint Pierre et saint Paul).
:arrow: L'Immaculée conception implique que la Vierge a été préservée du péché originel. Or selon la Bible, c'est justement en raison du péché originel que nous mourons de la sorte et que nos corps connaissent la corruption. La Vierge, préservée du péché originel, s'est donc "endormie" (ce qu'on appelle la dormition) et est montée au Ciel corps et âme.

Ce qui nous ramène fondamentalement au dogme de l'Immaculée conception. Ce dogme s'appuie indirectement sur quelques versets de l'Écriture mais surtout sur le fait que la Vierge ayant conçu en partie celui qui est le Saint par excellence, il est inconcevable qu'elle ait porté la tache originelle.

Bien à vous,
« Dieu fournit le vent. A l'homme de hisser la voile. » (Saint Augustin)


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