L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

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Christophe67
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Christophe67 » mar. 29 nov. 2016, 15:28

...
[effacé par l'auteur pour cause de doublon dans la publication.]
Dernière édition par Christophe67 le mar. 29 nov. 2016, 16:04, édité 1 fois.
"C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. 2Co 12:10

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Christophe67
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Christophe67 » mar. 29 nov. 2016, 15:44

Dieu a-t-il créé lui-même l'enfer ou celui-ci résulte-t-il du péché des hommes ?
Bonjour Didyme,

Oui Dieu a créé l'enfer en tant que lieu.

Matthieu 25:41 : "Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche: Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges."

Et c'est tout à fait logique au regard de la justice, car si Dieu a prévu un lieu pour y placer les justes, il en est de même pour les autres.

Par contre comme le précise le CEC, l'enfer est avant tout un état pour le damné. Une souffrance occasionnée par la peine la plus dure : l'absence de Dieu (nommée peine du damn). Puis de la présence de Satan et de ses démons et de ce qui en découle, mais également par le fait que le damné sait que cet état ne changera jamais.
Et cela n'a rien à voir avec Dieu, la damné souffrira éternellement car il a fait ce choix et sait qu'il ne pourra pas en changer.
Ceci est relativement bien expliqué dans les visions de Ste Faustine ainsi que dans "Lettre de l'Au delà ... manuscrit de l'Enfer". (j'avais posté les références il y a quelques temps dans un de mes messages, cette lettre a recue le Nihil Hobstat et l'Imprimatur).

Cordialement.

PS : Je vous fais le copié-collé de la lettre en spoiler n'ayant pas retrouvé le site source
Spoiler!
la lettre de l'au-delà…

J'avais une amie, ou plutôt, nous étions en contact pour raison de travail à [……]. Nous étions ensemble, l'une à côté de l'autre, dans une maison de commerce.
Puis Annette se maria et je ne la vis plus.
Dans le fond, il régnait entre nous deux, depuis le début, plutôt de la courtoisie que de l'amitié. Je n'en ressentis, à cause de cela, que bien peu de privation quand elle alla, après son mariage, habiter un quartier de la ville de [……] très éloigné de ma demeure.

Pendant l'automne de 1937, je passai mes vacances au bord du lac de Garde ; ma mère m'écrivit vers la fin de la seconde semaine de septembre : « Pense donc ! Annette est morte dans un accident d'automobile. Elle a été enterrée hier au « cimetière du Bois ».

Une telle nouvelle m'épouvanta. Je savais qu'elle n'avait jamais été très religieuse. Etait-elle prête quand Dieu l'appela ainsi à l'improviste ?
Le matin suivant, j'entendis la Sainte Messe pour elle dans la chapelle des sœurs où j'avais pris pension. Je priai avec ferveur pour la paix de son âme et offrai aussi ma communion à cette intention. Mais pendant la journée, j'éprouvai un certain malaise qui augmenta vers le soir, encore plus.
Je m'endormis inquiète. Finalement, je fus réveillée comme par un coup violent. J'allumai la lumière… la pendule marquait minuit dix. Je ne vis personne ; aucun bruit ne s'entendait dans la maison. Seules les eaux du lac de Garde se brisaient d'une façon monotone sur la rive du jardin de la pension. On n'entendait pas même une brise de vent…
Pourtant, au moment de mon réveil subit, en plus du coup, j'avais cru percevoir un bruit comme celui du vent, semblable à celui qui se produisait quand mon chef de bureau, agacé, me passait une lettre de mauvaise manière.
Je me retournai de l'autre côté, récitai quelques Pater pour les âmes du Purgatoire et me rendormis…

[…]
Je m'étais levée le matin vers 6 heures pour aller à la chapelle de la maison, quand, en ouvrant la porte de ma chambre, j'aperçus une liasse de papier à lettre.
La ramasser, reconnaître l'Ecriture d'Annette et jeter un cri ne fut qu'une même chose. Les feuilles en main, j'étais tremblante. Je compris qu'avec un tel état d'esprit, je ne pourrais pas même dire un Pater, d'autant que je fus également assaillie comme par une sensation asphyxiante.
Je ne trouvai pas de meilleure solution que de sortir dehors à l'air. J'ordonnai un peu mes cheveux, je cachai la lettre dans mon sac et laissai la maison.
Une fois dehors, je grimpai par le sentier qui, de là, à partir de la route s'élève vers la montagne parmi les oliviers, les jardins des villas et les buissons de lauriers.
Le matin se levait lumineux. Les autres fois, tous les cent pas, je m'extasiais sur la vue magnifique qui, de là, s'ouvrait sur le lac et l'île de Garde, belle comme une fable. La merveilleuse couleur bleue de l'eau transparente me délassait toujours. Et je regardais étonnée, la blanche montagne Baldo qui, de l'autre côté, s'élevait lentement de 64 mètres au-dessus du niveau de la mer jusqu'à plus de 2 200 mètres.
Maintenant, au contraire, je n'avais aucun regard pour tout cela. Après un quart d'heure de route, je me laissai tomber mécaniquement sur un banc qui s'appuie sur deux cyprès où encore, deux jours auparavant, j'avais lu avec tant de plaisir la « Junger Thérèse » de Federer (« Thérèse, la jeune fille d'âge mûr » de H. Federer - 1923) Alors, pour la première fois, je ressentis que les cyprès étaient les arbres des morts ; ce qu'auparavant, dans les pays du Sud où ils se voient souvent, je n'avais jamais soupçonné.

Je pris la lettre. La signature manquait, mais c'était très certainement l'écriture d'Annette. Il ne manquait pas même l'ample boucle ornementale des "S" et des "T" dont elle avait pris l'habitude au bureau pour contrarier monsieur Gr. Le style n'était pas le sien, ou tout du moins, elle ne parlait pas comme à son habitude, parce qu'elle savait converser d'une façon extraordinairement aimable et rire de ses yeux célestes. C'était seulement quand nous discutions de questions religieuses qu'elle pouvait devenir venimeuse et prendre le ton dur de cette lettre. Voici qu'en la jugeant ainsi, je subis moi-même l'amertume de son style impitoyable.



Cet écrit du monde de l'Au-delà, je le rapporte ici, littéralement comme je l'ai lu alors. Il se présentait ainsi :

« Claire, ne prie plus pour moi ! Je suis damnée. Si je te le communique et t'en réfère plutôt longuement, ne crois pas que cela soit à titre d'amitié. Nous, ici, nous n'aimons plus personne. Je le fais comme contrainte à bien faire car « je suis du côté de cette puissance qui toujours veut le Mal et fait le Bien » (Parole de Méphistophéles dans « Faust » de Gœthe.)
En vérité, je te voudrais voir aussi aboutir à cet état où moi, désormais, j'ai jeté l'ancre pour toujours.
Ne t'étonne pas de cette intention, ici, nous pensons tous ainsi ; notre volonté est fixée dans le mal -tout du moins, en ce que, vous, vous appelez le mal- aussi, quand nous faisons quelque chose de « bien », comme moi maintenant, en t'ouvrant tout grands les yeux sur l'enfer, cela ne procède pas d'une bonne intention.
Te souviens-tu qu'il y a quatre ans, nous nous sommes connues à [……] ? Tu avais alors 23 ans et tu te trouvais là depuis six mois quand j'arrivais.
Tu me tirais de quelque embarras ; en tant que débutante, tu me donnais de bonnes adresses. Mais que veut dire « bon » ? Je louais alors ton… « amour du prochain ». Ridicule !
Ton secours dérivait d'une pure courtoisie comme du reste, déjà, je le soupçonnais. Ici, nous ne connaissons rien de bon, en personne.
Tu connais le temps de ma jeunesse. Je comblerai quelques lacunes. Selon le plan de mes parents, à dire vrai, je n'aurais jamais dû exister. Ce fut pour eux, proprement, une « disgrâce ». Quand j'arrivai au monde, mes deux sœurs avaient 14 et 15 ans.
Puissé-je n'être jamais née ! Puissé-je maintenant être anéantie et fuir ces tourments ! Aucune volonté n'égalerait celle avec laquelle je laisserais mon existence comme un vêtement de cendre, se répandant dans le néant.
Mais, je dois exister. JE dois exister ainsi, comme je me suis faite, avec une existence manquée.
Quand papa et maman, encore jeunes, quittèrent la campagne pour la ville, tous deux avaient perdu le contact avec l'Eglise, et ils sympathisèrent avec des gens éloignés de la foi ; ce fut mieux ainsi.
Ils s'étaient connus dans un lieu dansant et six mois après, ils "durent" se marier. De la cérémonie nuptiale, il ne leur resta que juste assez d'eau bénite pour que maman allât à la messe du dimanche, environ deux fois par an. Elle ne m'a jamais enseigné à prier vraiment, tout se terminait avec les soucis de la vie quotidienne, bien que notre condition fût aisée.
Des mots comme « prier », « messe », « eau bénite », « église », je les écris avec une répugnance intérieure sans pareille. J'abhorre tout cela, comme j'abhorre ceux qui fréquentent l'Eglise, et en général tous les hommes et toutes les choses. De tout, en effet, nous vient le tourment. Chaque connaissance, chaque souvenir de choses vues et sues est pour nous la cause d'une flamme cruelle. Dans chacun d'eux, en particulier, nous voyons le côté qui était Grâce, Grâce que nous avons méprisée.
Quel tourment est cela !
Nous ne mangeons pas ; nous ne dormons pas ; nous ne marchons pas avec les pieds. Spirituellement enchaînés, nous regardons, hébétés, avec hurlement et grincement de dents, notre vie manquée, haïssants et tourmentés !
M'entends-tu ? Nous buvons la haine comme l'eau ; la haine, même entre nous.
Surtout, nous haïssons Dieu. Je veux te l'expliquer. Les bienheureux, au Ciel, ne peuvent pas ne pas l'aimer parce qu'ils le voient sans voile, dans sa beauté éblouissante. Cela les rend tellement heureux qu'il est impossible de le décrire. Nous le savons, et cette connaissance nous rend furieux.
Les hommes sur la terre, qui connaissent Dieu par la création et par la révélation, peuvent l'aimer, mais ils n'y sont pas contraints.
Le croyant, je le dis en grinçant des dents, qui, en méditant, contemple le Christ en croix, bras tendus, finira par l'aimer.
Mais celui vers lequel Dieu s'avance seul comme un ouragan, comme punisseur, comme juste vengeur parce qu'un jour, il a été répudié par Lui, ainsi qu'il est advenu de nous, celui-là ne peut que le haïr, avec toute l'impétuosité de sa volonté mauvaise, éternellement. Le haïr avec la vigueur d'une libre résolution d'être séparé de Lui, résolution avec laquelle, en mourant, nous avons exhalé notre âme, et que, pas même maintenant, nous ne retirerions et que jamais nous n'aurons la volonté de retirer.

Comprends-tu maintenant pourquoi l'enfer dure éternellement ? C'est parce que notre obstination ne cessera jamais.

Contrainte, j'ajoute que Dieu est miséricordieux même pour nous. Je dis « contrainte » parce que, tout en écrivant cette lettre de propos délibéré, il ne m'est, cependant, pas permis de mentir comme je le voudrais volontiers. Je mets beaucoup de choses sur le papier contre ma volonté. Ainsi, l'emportement d'injures que je voudrais vomir, je dois l'étrangler.

Dieu est miséricordieux envers nous en ne nous laissant pas continuer à répandre sur la terre notre volonté mauvaise comme nous aurions été prêts à le faire. Cela aurait augmenté nos fautes et par suite, nos souffrances. Il nous fait mourir prématurément comme il l'a fait pour moi, ou bien il fait intervenir d'autres circonstances atténuantes.
Il se montre encore miséricordieux envers nous en ne nous contraignant pas à nous approcher de Lui plus que nous le sommes en ce lieu retiré de l'enfer, cela diminue le tourment.
Chaque pas qui m'approcherait davantage de Dieu m'occasionnerait une peine plus grande que celle qui t'arriverait pour un pas plus près d'un brasier ardent.

Tu avais été épouvantée, quand une fois, pendant une promenade, je te racontais que mon père, peu de jours avant ma première communion, m'avait dit : « Cherche à obtenir un beau vêtement, ma petite Annette, le reste n'est que comédie. »
A cause de ton épouvante, j'en ai eu presque honte. Maintenant, je m'en moque. L'unique raison de cela était que l'on admettait à la Communion qu'à dix ans seulement. A ce moment, j'étais, en ce qui me concerne, passablement prise par la manie des amusements du monde, de sorte que, sans scrupule, je me moquais des choses religieuses et je ne donnais pas grande importance à la « Première Communion ».
Que beaucoup d'enfants aillent maintenant recevoir l'Hostie dès l'âge de 7 ans nous met en fureur. Et nous faisons tout pour donner à entendre aux gens que les enfants de cet âge n'ont pas la raison suffisante. Ceux-ci doivent d'abord commettre quelque péché mortel. Alors, la blanche particule ne fait plus en eux, grand dommage comme lorsque leur cœur vit encore de la foi, de l'espérance et de la charité -pouah ! quelle pensée- reçues au baptême. Te souviens-tu que déjà, sur terre, je soutenais cette opinion ?

Je viens de parler de mon père. Souvent, il était en dispute avec ma mère. Je t'y faisais allusion, mais très rarement, parce que j'en avais honte. Chose ridicule d'avoir honte du mal ! Pour nous, ici, tout est pareil…
Mes parents ne dormaient même plus dans la même chambre ; j'étais avec ma mère et mon père restait dans la chambre voisine où il pouvait rentrer librement à n'importe quelle heure. Il buvait beaucoup et de telle façon qu'il dissipait tout notre avoir. Mes sœurs travaillaient toutes les deux, mais tout l'argent qu'elles gagnaient leur était nécessaire, disaient-elles. Aussi, ma mère commença-t-elle à travailler de son côté pour gagner quelque chose.
Dans sa dernière année de vie, mon père battait souvent ma mère quand celle-ci ne voulait rien lui donner. A mon égard, au contraire, il était toujours affable. Un jour, je te l'avais raconté, et tu t'es choquée de mon caprice, (au reste, de quoi ne t'es-tu pas choquée à mon sujet ?) un jour donc, il dut rapporter au moins deux fois les souliers qu'il m'avait achetés parce que la forme et les talons n'étaient pas assez modernes [n.d.l.r. - les détails précédents au sujet du père d'Annette et l'épisode suivant des faits ont été confirmés.]
La nuit pendant laquelle mon père fut frappé d'une apoplexie mortelle, il m'advint quelque chose que, par crainte d'une mauvaise interprétation de ta part, je n'ai jamais osé te confier. Mais maintenant, tu dois le savoir. C'est important parce qu'alors, pour la première fois, je fus assaillie de mon esprit tourmenté actuel.
Je dormais dans la chambre avec ma mère. Ses respirations régulières indiquaient son profond sommeil quand voici que je m'entendis appeler par mon nom. Une voix inconnue me disait : « Qu'arrivera-t-il si ton père meurt ? »
Je n'aimais plus mon père depuis qu'il traitait si vilainement ma mère, comme du reste, je n'aimais dès lors, absolument plus personne ; j'étais seulement affectionnée à certaines qui étaient bonnes pour moi. L'amour sans espoir de retour terrestre existe seulement dans les âmes en état de Grâce, et moi, je ne l'étais pas ;
Je répondis à la mystérieuse demande sans savoir d'où elle venait : « Mais il ne meurt pas ! » Après une brève pause, la même demande se fit clairement entendre ? La même réponse : « Mais il ne meurt pas ! » m'échappa encore brusquement de la bouche.
Pour la troisième fois, il me fut demandé : « Qu'arrivera-t-il si ton père meurt ? » Il me vint à l'esprit comment mon père venait souvent à la maison en état d'ivresse, tempêtant et maltraitant ma mère, et comment il nous avait mises dans une condition humiliante vis-à-vis de notre entourage. Indisposée, je criais : « Je m'en moque ! »

Alors, tout se tut.

Dans la matinée, quand ma mère voulut mettre en ordre la chambre de mon père, elle trouva la porte fermée à clef. Vers midi, on la força. Le cadavre de mon père, à demi-vêtu, gisait sur le lit. En allant à la cave, il avait dû lui arriver quelque accident. Depuis longtemps, il était en mauvais état de santé.
(Dieu avait-il donc lié la conversation de cet homme, bon d'une certaine façon pour sa fille, à la volonté de celle-ci ?)
- Parenthèse du manuscrit.

Marthe et toi, vous m'aviez persuadée d'entrer dans l'association des jeunes. Je n'ai jamais caché que je trouvais bien accordé à la mode paroissiale les instructions des deux directrices. Les jeux étaient amusants. Comme tu sais, j'y eus tout de suite un rôle de direction. Cela suivait mon inclination naturelle. Les promenades aussi me plaisaient. Je me laissais aller quelquefois à la confession et à la communion.
A dire vrai, je n'avais rien à confesser. Pensées et discours, pour moi, n'avaient pas d'importance et pour les actions plus grossières, je n'étais pas encore assez corrompue.

Une fois, tu m'avertissais : « Anne, si tu ne pries plus assez, tu vas à la perdition. » Je priais vraiment peu et seulement d'une façon nonchalante. Maintenant, je sais que tu avais vraiment raison. Tous ceux qui brûlent en enfer n'ont pas prié, ou prié insuffisamment.
La prière est le premier pas vers Dieu, et il demeure le pas décisif. Spécialement la prière à Celle qui fut la Mère du Christ et dont nous ne prononçons jamais le nom. Sa dévotion arrache au démon d'innombrables âmes que le péché devrait infailliblement jeter entre ses mains.
Je poursuis en me consumant de colère et seulement parce que je le dois. Prier est la chose la plus facile que l'homme puisse faire sur la terre. Et c'est justement à cette chose très facile que Dieu a lié le salut de chacun…
A qui prie avec persévérance, peu à peu, Il donne tant de lumière et le fortifie de manière telle, qu'à la fin, même le pécheur le plus endurci peut définitivement se relever, fût-il enfoncé dans la boue jusqu'au cou.
Dans les dernières années de ma vie, je n'ai plus prié comme je le devais, et ainsi, je me suis privée de la grâce sans laquelle personne ne peut se sauver.
Ici, nous ne recevons plus aucune grâce, au reste, même si nous en recevions, nous les refuserions cyniquement.
Toutes les fluctuations de l'existence terrestre ont cessé en cette vie. Pour vous, sur la terre, vous pouvez monter d'un état de péché à l'état de grâce, de l'état de grâce, tomber dans le péché, souvent par faiblesse, quelquefois par malice.
Avec la mort, ces changements sont finis, parce qu'ils ont pour cause l'instabilité de l'homme terrestre. Désormais, nous avons rejoint l'état final. Déjà, avec la croissance des ans, les changements deviennent plus rares. Il est vrai que jusqu'à la mort, on peut toujours se retourner vers Dieu ou s'en détacher. Cependant, entraîné par l'habitude, l'homme, avant de mourir, avec ses derniers faibles restes de volonté, se comporte comme il en avait l'habitude pendant sa vie. L'habitude devenue une seconde nature, il se laisse entraîner par elle. C'est ainsi qu'il advint pour moi. Depuis des années, je vivais loin de Dieu. A cause de cela, au moment du dernier appel de la Grâce, je me tournai contre Dieu.
Ce n'est pas le fait que je péchais souvent qui fut pour moi, fatal, mais plutôt que je ne voulusse plus me relever.
Plusieurs fois, tu m'as averti d'écouter les prédications, de lire des livres de piété. « Je n'ai pas le temps » était ma réponse ordinaire… rien d'autre n'augmentait davantage mon incertitude intérieure.
Du reste, je dois constater que lorsque je quittai l'association des jeunes, l'orientation était déjà tellement avancée qu'il m'aurait été extrêmement pénible de me mettre sur une autre voie. Je me sentais dans l'insécurité et non heureuse, mais devant la conversion surgissait une muraille. Tu ne soupçonnais pas cela, tu considérais le retour à Dieu comme une chose très simple : un jour, en effet, tu me disais : « Mais fais donc une bonne confession, Annette, et tout ira bien après. » Je sentais qu'il en serait ainsi, mais le monde, le démon, la chair me tenaient déjà fortement dans leurs griffes. Je n'aurais jamais cru à l'influence du démon. Et maintenant, j'atteste qu'il influe considérablement sur les personnes qui se trouvent dans les conditions où je me trouvais alors.
Seulement beaucoup de prières, faites par les autres et moi-même, jointes à des sacrifices et souffrances, auraient pu m'en arracher… et même cela, peu à peu seulement. Si l'on voit peu de possédés extérieurement, il y en a de très nombreux qui le sont intérieurement. Le démon ne peut ravir le libre-arbitre à ceux qui se donnent à son influence, mais en punition de leur apostasie, pour ainsi dire, méthodique de Dieu ; Dieu permet que le "Malin" se mette en eux.
Je hais même le démon, et pourtant il me plaît parce qu'il cherche à vous entraîner, à vous ruiner, vous autres, lui et ses satellites -les esprits tombés avec lui au commencement du temps- ils sont innombrables et rôdent sur la terre ; ils dansent comme un essaim de mouches et vous ne vous en apercevez même pas…

Ce n'est pas à nous, réprouvés, de vous tenter ; cela est réservé aux esprits tombés. A la vérité, cela accroît encore davantage leur tourment chaque fois qu'ils entraînent ici une âme. Mais, que ne fait pas la haine !…

Je marchais dans des sentiers éloignés de Dieu, et pourtant, Dieu me poursuivait. J'aplanissais la voie à la grâce en raison d'actes de charité naturelle que j'accomplissais assez souvent par simple inclination. Quelquefois, Dieu m'attirait vers une église, alors je sentais comme une nostalgie. Quand je soignais ma mère malade, malgré mon travail de bureau durant la journée, d'une certaine façon, je me sacrifiais vraiment, alors les attraits de Dieu agissaient puissamment.
Une fois, dans l'église de l'hôpital dans laquelle tu m'avais conduite pendant l'arrêt de travail de midi, il m'arriva une chose qu'alors il n'aurait fallu qu'un pas pour que j'en vienne à me convertir : j'ai pleuré… Mais la joie du monde passait de nouveau comme un torrent par-dessus la grâce, le bon grain suffoquait vraiment parmi les épines. Sous le prétexte que la religion était affaire de sentiment, comme on disait souvent au bureau, je rejetais encore cette notion de grâce comme toutes les autres…
Une fois, tu m'as attrapée parce que, à la place d'une génuflexion jusqu'à terre, je fis à peine une informe courbette en pliant le genou. Tu pensais que c'était un acte de paresse et ne semblais pas même suspecter qu'alors je ne croyais déjà plus à la présence du Christ dans le Saint Sacrement. Maintenant, j'y crois, mais seulement d'une façon naturelle, comme on croit à un orage dont on entend les effets.
En attendant, je m'étais accommodée d'une religion à ma façon. Je soutenais l'opinion qui parmi nous, au bureau, était commune, que l'âme, après la mort, allait dans un autre être de façon qu'elle continuait ainsi à pérégriner sans fin. Avec cela, l'angoissante question de l'Au-delà était résolue et rendue inoffensive.
Pourquoi ne me rappelais-tu pas la parabole du riche opulent et du pauvre Lazare, dans laquelle le Christ envoie immédiatement après la mort, l'un en enfer, l'autre au paradis ?… Il est vrai que tu n'aurais rien obtenu, rien de plus qu'avec tes autres discours de bigote…

Peu à peu, je me créais à moi-même un dieu suffisamment étoffé pour être appelé Dieu ; assez éloigné de moi pour ne devoir maintenir aucune relation avec lui, assez vague pour le laisser, selon le besoin, ressembler à un dieu panthéiste ou bien pour se laisser poétiser comme un Dieu solitaire. Ce dieu n'avait aucun paradis pour me récompenser, ni aucun enfer à m'infliger. Je le laissais en paix. En cela consistait mon adoration pour lui.
On croit volontiers à ce qui plaît, aussi au cours des ans, je me tins suffisamment convaincue de ma religion pour n'en avoir pas de souci.
Une chose seulement, aurait pu briser mon obstination : une longue et profonde douleur. Et cette douleur n'est pas venue ! Comprends-tu maintenant ce que veut dire : « Dieu châtie ceux qui l'aiment » ?
Un dimanche de juillet, l'association des jeunes organisait une excursion. Elle m'aurait bien plu, mais ses fades discours, ce comportement de bigotes, m'en ont détournée. D'ailleurs, une autre image bien différente de celle de la Madone demeurait depuis quelque temps sur l'autel de mon cœur : l'attrayant Max du magasin voisin ; déjà nous avions plaisanté ensemble plusieurs fois.
Or précisément pour ce dimanche, il m'avait invitée à une promenade. Celle avec laquelle il allait d'habitude était malade à l'hôpital. Il avait bien compris que j'avais mis les yeux sur lui.
Je ne pensais pas encore l'épouser toutefois. Il était certainement riche, mais se comportait trop gentiment avec toutes les filles. Et moi, jusqu'à ce moment, je voulais un homme qui m'appartint uniquement. Non seulement être sa femme, mais sa femme unique. J'ai toujours eu, en effet, un certain goût naturel pour la bienséance. (Il est vrai, Annette, malgré toute son indifférence religieuse, avait quelque chose de noble dans son comportement. Je m'épouvante à la pensée que même des personnes bien éduquées peuvent aller en enfer, quand, par ailleurs, elles le sont, en fait, si mal qu'elles fuient Dieu.)

Au cours de la promenade susdite, Max se prodigua en gentillesses. Et l'on ne s'en tint nullement à des conversations de prêtres comme vous. Le jour suivant, au bureau, tu me faisais des reproches parce que je n'étais pas venue avec vous. Je te racontai mon divertissement de ce dimanche. Ta première demande fut : « As-tu été à la messe ? » Sottise ! Comment pouvais-je étant donné que le départ avait été fixé pour six heures ? Tu sais encore comment, excitée, j'ajoutai : « Le bon Dieu ne fait pas attention ainsi à ces bagatelles comme vos prêtres. Maintenant, je dois confesser : « Dieu, malgré sa bonté infinie pèse les choses avec une plus grande précision qu'eux tous. »

Après cette première promenade avec Max, je vins encore une seule fois à l'association, à Noël, pour la célébration de la fête ; c'était quelque chose qui me plaisait suffisamment pour revenir encore, mais intérieurement, j'étais déjà étrangère à vous autres. Cinéma, bals, promenades se succédaient constamment. Avec Max, nous nous disputions quelquefois, mais je sus toujours l'enchaîner à moi de nouveau.
J'eus beaucoup de mal avec l'autre amie qui, au retour de l'hôpital, se comportait auprès de lui comme une obsédée. Ce fut un avantage pour moi car mon noble calme, par opposition, fit une profonde impression sur Max qui finit par décider que je serais la préférée.
J'avais su la lui rendre odieuse, en parlant froidement ; positive à l'extérieur et vomissant le venin à l'intérieur. De tels sentiments, une telle conduite préparent excellemment à l'enfer. Ils sont diaboliques, dans le sens le plus étroit du mot.

Pourquoi je te raconte cela ? C'est pour te dire comment je me détachai définitivement de Dieu…

Entre moi et Max, nous n'étions pas arrivés souvent à la très grande familiarité. Je comprenais que je me serais abaissée à ses yeux si je m'étais laissée aller complètement avant le temps, c'est pourquoi, je sus me maintenir. J'étais prête à tout, je devais le conquérir. A cette fin, rien ne m'était trop cher. En outre, peu à peu, nous nous aimions, possédant l'un et l'autre de précieuses qualités qui faisaient nous apprécier réciproquement. J'étais habile et capable, d'une agréable compagnie, aussi je tins solidement attaché et réussis, au moins dans les derniers mois avant notre mariage, à être l'unique à le posséder.
En cela consistait mon apostasie de Dieu, d'avoir fait d'une créature, mon idole… Jamais une chose pareille ne peut arriver entièrement que dans l'amour d'une personne pour l'autre sexe lorsque cet amour reste enfermé dans les satisfactions purement terrestres ; c'est aussi ce total abandon qui forme son attrait, son stimulant et son venin.
pour moi, en la personne de Max, cette adoration de moi-même me devint une religion vécue.
Pendant ce temps, au bureau, je me lançai avec âcreté contre tout ce qui était d'Eglise, les prêtres, les indulgences, le marmonnement du chapelet et semblables sottises. Tu cherchais, avec plus ou moins d'esprit, à prendre la défense de ces choses, sans soupçonner, semblait-il, que dans l'intime, je n'argumentais pas à la vérité contre elles, mais je cherchais plutôt un soutien contre ma conscience - j'avais alors besoin d'un tel soutien pour justifier mon apostasie par la raison.
Tout au fond, je me révoltais contre Dieu. Tu ne le comprenais pas ; je me tenais encore pour catholique et désirais être appelée ainsi ; j'allais même jusqu'à payer les taxes ecclésiastiques. Une certaine contre-assurance ne pouvait me nuire, pensais-je.
Il arrivait parfois, que tes réponses me frappaient mais elles n'avaient pas de prise sur moi parce que tu ne « devais » pas avoir raison.
En raison de ces fausses relations, nous avons eu, l'une et l'autre, peu de regret lorsque nous nous sommes séparées à l'occasion de mon mariage.
Avant cette cérémonie, je me confessai et communiai encore une fois, comme c'était prescrit. Moi et mon mari, nous pensions la même chose sur ce point. Pourquoi ne pas accomplir ces formalités ? Nous nous y soumîmes comme à toutes les autres. Vous appelez indigne une telle communion. Et bien, après l'avoir faite, j'eus plus de calme dans la conscience. Ce fut du reste la dernière.

Notre vie conjugale se passait, la plupart du temps en grande harmonie. Sur toutes ces questions, nous étions du même avis. En particulier, sur ce point que nous ne voulions pas endosser la charge d'élever des enfants. A la vérité, mon mari en aurait volontiers eu un, bien sûr, mais pas plus. A la fin, je sus le dissuader encore de ce désir. Vêtements, meubles de luxe, promenades, voyages en auto et semblables distractions m'importaient davantage.

Ce fut une année de plaisir sur la terre que ce temps entre mon mariage et ma mort soudaine.
Chaque dimanche, nous allions en voiture ou bien nous rendions des visites aux parents de mon mari. (j'avais honte désormais de ma mère.) Ceux-ci glissaient à la surface de l'existence, ni plus ni moins que nous. Intérieurement, je ne me sentais jamais heureuse ; cependant, extérieurement, je riais. C'était toujours au-dedans de moi que quelque chose me rongeait. J'aurais voulu qu'après la mort, laquelle naturellement, devait être encore bien lointaine, tout fût fini.

Etant enfant, j'entendis un jour au cours d'un sermon, que Dieu récompense toute bonne œuvre que chacun accomplit et quand il ne pourra la récompenser dans l'autre vie, il le fait sur la terre, cela est très exact.
Inopinément, j'eus un héritage de la tante « Lotte » et mon mari réussit à obtenir des émoluments très honorables. Je pus alors arranger ma nouvelle habitation d'une façon attrayante. La religion ne m'envoyait plus que de loin sa lumière, pâle, faible et incertaine.
Les cafés des villes, les hôtels dans lesquels nous allions durant les voyages, ne nous portaient certainement pas à Dieu. Tous ceux qui fréquentaient ces lieux, vivaient comme nous, de l'extérieur à l'intérieur, mais non de l'intérieur à l'extérieur, l'extérieur envahissant l'intérieur, au lieu que ce soit l'inverse.
Si, dans nos voyages, au moment des vacances, nous visitions quelques cathédrales, nous n'avions d'intérêt que pour son contenu artistique. L'atmosphère religieuse que nous respirions, spécialement dans ces monuments du Moyen-Age, je savais les neutraliser avec quelques critiques de circonstance ; un frère faisant office de guide qui avait un maintien gauche ou n'était vêtu que peu proprement ; le scandale que des moines qui se faisaient passer pour pieux, vendissent des liqueurs ; l'éternelle sonnerie des cérémonies sacrées pendant que l'on ne s'occupe que de faire de l'argent… De la sorte, je chassais de moi à chaque fois, la grâce dès qu'elle passait. Je laissai libre cours à ma mauvaise humeur, en particulier à propos de certains tableaux médiévaux de l'enfer, dans les cimetières ou ailleurs, dans lesquels le démon grille les âmes sur des charbons incandescents tandis que ses compagnons aux longues queues entraînent d'autres victimes avec de longues cordes ! Claire ! On peut se tromper pour peindre l'enfer, mais on n'exagère jamais !
Le feu de l'enfer, je l'ai toujours eu en vue d'une façon spéciale. Tu, sais comment, durant une altercation à ce propos, je te tins une allumette sous le nez et te dis avec sarcasme : « A-t-elle l'odeur de l'enfer ? » Tu as éteint en hâte la flamme. Ici, personne ne l'éteint !
Le feu, je te le dis moi-même, ne signifie pas le tourment de la conscience. Le feu, c'est le feu. Cette parole de l'Evangile est à entendre littéralement : « éloignez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel ! » « Littéralement » !

Comment un esprit peut-il être touché par le feu matériel ? Demanderas-tu. Comment peut souffrir ton âme sur la terre quand tu mets le doigt sur une flamme ? De fait, l'âme ne brûle pas ; et pourtant, quel tourment en éprouve tout l'individu !
De façon analogue, nous ici, nous sommes spirituellement liés au feu, selon notre nature et selon nos facultés. L'âme est privée de sa liberté naturelle ; nous ne pensons pas ce que nous voulons, ni comme nous le voulons. Ne regarde pas ces lignes, hébétée ; cet état, qui à vous autres, ne dit rien, me brûle sans me consumer.

Notre plus grand tourment consiste, dans la certitude que nous avons que nous ne verrons Dieu, jamais.

Comment cela peut-il nous tourmenter autant, alors que sur la terre on y demeure aussi insensible ? Tant que le couteau reste étendu sur la table, on reste indifférent. On voit s'il est affilé, on ne l'éprouve pas. Que le couteau te transperce, et tu te mettras à crier de douleur. Maintenant, nous souffrons la perte de Dieu ; avant, nous y pensions seulement.
Toutes les âmes ne souffrent pas d'une égale façon. D'autant plus pernicieusement et d'autant plus systématiquement quelqu'un a péché, d'autant plus gravement pèse sur lui la perte de Dieu et d'autant plus la suffoque la créature dont elle a abusé.
Les catholiques damnés souffrent plus que ceux des autres religions parce que, le plus souvent, ils ont reçu et méprisé plus de grâces et de lumières. Celui qui savait plus, souffre plus durement que celui qui savait moins. Ceux qui tombent par malice pâtissent plus cruellement que ceux qui tombent par faiblesse. Mais personne ne souffre plus que ce qu'il a mérité. Oh ! si du moins cela n'était pas vrai ! j'aurais ainsi une raison de haïr !
Tu me disais un jour, que personne ne va en enfer sans le savoir… Cela aurait été révélé à une sainte. Moi, j'en riais, mais ensuite, je me retranchai derrière cette déclaration : « De toute façon, en cas de nécessité, j'aurais toujours la possibilité de faire volte-face. » me disais-je secrètement. Cette pensée est juste. Vraiment, avant ma fin subite, je ne connus pas l'enfer comme il est. Aucun mortel ne le connaît. Mais j'en avais la pleine conscience. « Si tu meurs, tu vas dans le monde de l'Au-delà, tout droit, comme une flèche contre Dieu. Tu en porteras les conséquences. »
Je n'en changeai pas pour autant parce qu'enracinée par la force de l'habitude, comme je te l'ai dit déjà, j'étais poussée, entraînée par elle. Plus les hommes vieillissent, plus ils aiment leurs habitudes… Ma mort vint ainsi !

Il y a une semaine, je parle selon que vous comptez ; en regard à la douleur, je pourrais dire très bien que je brûle en enfer déjà depuis dix ans. Il y a une semaine donc, mon mari et moi, nous faisions pendant ce dimanche, une promenade… la dernière.
Le jour pointait, radieux. Je me sentais bien autant que jamais. Un sinistre sentiment de bonheur m'envahit qui serpentait en moi durant toute la journée… Quand voici qu'à l'improviste, pendant le retour, mon mari fut ébloui par une auto qui venait à toute allure. Il perdit le contrôle… « Jésus » me sortit des lèvres comme un frisson, non comme une prière, mais comme un cri. Une douleur déchirante m'opprimait toute. Et en regard de celle d'à présent, c'était une bagatelle. Puis, je perdis les sens.
Il est étrange que pendant cette matinée, il m'était venu encore à l'esprit, d'une façon inexplicable, cette pensée : « Tu pourrais encore une fois aller à la messe ». Elle retentissait en moi comme une imploration. Nettement et résolument, mon « non » trancha le fil de mes pensées. « Avec toutes ces choses, il faut en finir. Que j'en endosse toutes les conséquences ! Maintenant, je les porte. »

Ce qui advint après ma mort, tu le sais déjà. Le sort de mon mari, celui de ma mère, ce qui arriva de mon cadavre et le déroulement de mes funérailles, je les ai connus dans leur détail par le moyen des connaissances naturelles que nous avons ici. Ce qui arrive sur la Terre, nous le savons seulement d'une façon assez vague. Mais ce qui nous touche de plus près, en quelque façon, nous le connaissons. Ainsi, je vois maintenant où tu séjournes.
Moi-même, au moment de ma mort, je me réveillai soudainement du brouillard. Je me vis comme inondée d'une lumière éblouissante. J'étais au lieu même où gisait mon cadavre. Il arriva comme il arrive au théâtre lorsque, d'un coup, s'éteignent les lumières pour ne plus voir que la scène. Le rideau se divise avec grand bruit et s'ouvre sur une scène inattendue, horriblement lumineuse : la scène de ma vie…
Comme dans un miroir, mon âme se montra à elle-même : les grâces méprisées depuis ma jeunesse, jusqu'au dernier « non » en face de Dieu. Je me sentis comme un assassin auquel, durant le procès judiciaire, on vient apporter sa victime inanimée…
Me repentir ? Jamais !…
En avoir Honte ? Jamais !…
Pourtant, je ne pouvais non plus résister sous les yeux de Dieu que j'avais rejeté. Il ne me restait qu'une chose : la fuite. Comme Caïn s'enfuit du cadavre de son frère Abel, ainsi, mon âme fut poussée dehors, loin de cette vue d'horreur. Ce fut le jugement particulier : l'invisible Juge disait : « Eloigne-toi de moi ! »

…Alors mon âme, comme une ombre enduite de soufre, se précipita dans l'éternel tourment !…

Ainsi se terminait la lettre de l'enfer. Les dernières "paroles" étaient presque illisibles, tant elles étaient déformées. La lettre même, quant à elle, se réduisit en cendres entre mes mains…




Edité par la Librairie du Carmel, place du Carmel à Lisieux & par la Communauté de Fatima - b.p. 35 - 40230 Saint-Vincent-de-Tyrosse [diffusion gratuite]

Nihil obstat : P. Picard
Bayeux, 23 juin 1964

Imprimatur : P. Leroy
Bayeux, le 26 juin 1964
"C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. 2Co 12:10

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Christophe67
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Christophe67 » mar. 29 nov. 2016, 15:57

Face à ces sujets sur l'enfer, j'ai parfois la désagréable sensation que la liberté et la justice semblent se dresser dans la foi telle deux idoles auxquelles Dieu devrait se soumettre contre sa volonté pourtant souveraine.

D’un côté, cette liberté humaine esclave du péché. De l’autre, la justice désunie de l’amour.

Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, c’est biblique, c’est SA volonté. Mais il doit se soumettre à la liberté esclave et à la justice froide.
En gros, Dieu veut ... donc s’il ne fait pas c’est qu’il ne peut pas ?! Il doit se soumettre à la « liberté » et à la « justice » souveraines…
On pourrait dire que la liberté et la justice font parties de Dieu. Certes, LA liberté et LA justice font parties de Dieu mais ici, on se retrouve avec une "liberté" et une "justice" qui provoque une cassure en Dieu, entre sa volonté et elles ?!
Vous oubliez néanmoins un point important dans votre équation : la Miséricorde.

N'oublions pas que la Justice de Dieu n'est pas celle des hommes, elle est de rendre à chacun ce qui lui est dû et ce de façon parfaite. Chaque péché devrait être une occasion de s'en inquiéter car si le juste pèche sept fois par jour (Proverbes 24), qu'en est il pour nous ?
Aussi ce que vous nommez "vengeance", un peu plus haut, ressemble pour moi à de la Justice; et non à un esprit de revanche comme chez l'homme.

Si Dieu est parfait en Justice et Liberté, Il l'est aussi dans la Miséricorde, notamment dans les sacrements dont celui de réconciliation mais aussi dans ce dogme de notre Église : le purgatoire. On y parle de souffrances (comme celles du dam) et pourtant c'est encore un plus dans la Miséricorde.
A la Justice qui Lui est due, à la Liberté qu'Il a toujours voulu pour nous, Dieu répond plus fort, va plus loin en nous offrant Sa Miséricorde !
N'est ce pas merveilleux ?

Cette année jubilaire de la Miséricorde en a été l'exemple dans les grâces offertes à cette occasion et ce pour tout le monde.

- validité des absolutions données par les clercs schismatiques lors du sacrement de réconciliation
- pardon offert aux repenti(e)s concernant les avortements
- conditions incroyablement accessibles à l'indulgence plénière ( tellement qu'il était hors de question de laisser passer l'occasion).
- etc...

Et si cela avait été la dernière grande occasion pour certain(e)s ? Cette question me traverse régulièrement l'esprit.


Cordialement.
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Jeremy43 » mar. 29 nov. 2016, 16:39

Bonjour,

Vous faîtes bien d'insister sur la Miséricorde de Dieu Christophe mais celle-ci ne peut être que comprise qu'en prenant compte de la gravité du péché aux yeux de Dieu et donc de la peine éternelle que celui-ci mérite.

Tout dans le Dogme Catholique est logique :
- la nature de Dieu est Sainte et Parfaite et d'une Bonté infinie, Dieu n'a pas idée du mal
- ainsi, aucun péché ne peut vivre face à Lui, c'est impossible puisque Dieu est un être qui se donne par nature, le péché représente donc un obstacle à ce don, obstacle qui va même jusqu'à priver le pécheur de Dieu, c'est le péché mortel
- l'âme humaine, qui prend conscience de ses péchés dans la Lumière de Dieu, en est effrayée car elle en mesure la gravité, elle mesure son horreur à l'aune de la Bonté Divine, Dieu alors propose sa Miséricorde mais celle-ci n'est pas si facile à accepter car pour être reçue nous devons être dans la Vérité face à Dieu
- Nos pensées suffisent à nous accuser car la relation à Dieu est spirituelle et le combat est également à ce niveau, notre monde regorge de péchés à un point que nous ne pouvons pas comprendre, ainsi vivre en état de grâce, dans la communion à Dieu, est d'une difficulté extrême dans un monde comme le nôtre.
- Les images, les paroles etc... mauvaises que nous pouvons voir ne sont pas neutres, elles sont issues de démons qui créent leur monde sur cette terre au mépris de Dieu. Voyez d'ailleurs comme la Tradition Catholique, qui était riche de Dieu dans le crée (images, chants, cérémonies etc..., des choses lumineuses qui révèlent un peu du Christ), est désormais d'une pauvreté affligeante au profit du monde qui lui n'a jamais proposé autant de mauvaise images

Pour résumer c'est parceque nous sommes déjà en enfer que nous ne sommes plus aptes à croire à celui-ci. Pour l'instant les peines corporelles sont absentes car nous vivons dans l'abondance des biens qui saturent l'homme et l'empêchent de voir la Vérité, mais les peines spirituelles elles sont bien là et elles sont d'autant plus criantes quand on a goûté à la Lumière.

Notre monde aujourd'hui grouille de vie mais il est, en réalité, mort car la vie ne se trouve que dans la communion à l'Être Divin qui partage sa Personne avec ses créatures dans un don réciproque.

Tout est logique.

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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Cinci » mer. 30 nov. 2016, 21:57

Salut Didyme,
J'avoue avoir été surpris de découvrir dernièrement ton changement de position et ta fermeture sur le sujet que je n'avais pas deviné.
Un changement? Une fermeture? A propos de l'enfer? Il ne me semble pas avoir changé de position. Je suis un peu surpris par ta remarque.

Si je résume :

L'objet de la foi c'est Dieu. Quant à une damnation toujours possible : c'est une réalité que nous ne pouvons écarter à cause de l'enseignement de l'Église touchant les anges déchus et le Nouveau Testament. Après? Le rôle des chrétiens ne consiste pas à espérer que l'enfer puisse y loger des foules nombreuses. Non. Mais l'espérance chrétienne équivaut à espérer (oui, à la limite) que l'enfer soit vide. Il y a là un inconnu. Faut le reconnaître. Mais, pour soi-même, la position chrétienne correcte : c'est celle qui consiste à craindre. Faut se méfier de soi-même. Et non pas prendre pour acquis que le risque est nul. Il y a une tension à maintenir. Et ce n'est pas une coquetterie. C'est pour signifier que Dieu n'est jamais obligé de sauver qui que ce soit. C'est ce caractère de non-obligation qui donne sa réelle valeur à la prière.

;)
Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime.
Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas,
qui n'espèrent pas et ne vous aiment pas.

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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Jeremy43 » ven. 02 déc. 2016, 18:41

Bonsoir,

Croire que l'enfer est vide ou qu'il n'existe pas, c'est croire que le monde est bon et gouverné par le bien, ce qui est rigoureusement faux.

C'est ceux qui font le mal, sous toutes ces formes, qui dominent le monde, pas ceux qui défendent la justice.

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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Didyme » dim. 11 déc. 2016, 15:18

Salut Didyme,
J'avoue avoir été surpris de découvrir dernièrement ton changement de position et ta fermeture sur le sujet que je n'avais pas deviné.
Un changement? Une fermeture? A propos de l'enfer? Il ne me semble pas avoir changé de position. Je suis un peu surpris par ta remarque.
C'est surtout en lisant ta participation à ce fil que j'ai eu ce sentiment.
Si je résume :

L'objet de la foi c'est Dieu. Quant à une damnation toujours possible : c'est une réalité que nous ne pouvons écarter à cause de l'enseignement de l'Église touchant les anges déchus et le Nouveau Testament. Après? Le rôle des chrétiens ne consiste pas à espérer que l'enfer puisse y loger des foules nombreuses. Non. Mais l'espérance chrétienne équivaut à espérer (oui, à la limite) que l'enfer soit vide. Il y a là un inconnu. Faut le reconnaître. Mais, pour soi-même, la position chrétienne correcte : c'est celle qui consiste à craindre. Faut se méfier de soi-même. Et non pas prendre pour acquis que le risque est nul. Il y a une tension à maintenir. Et ce n'est pas une coquetterie. C'est pour signifier que Dieu n'est jamais obligé de sauver qui que ce soit. C'est ce caractère de non-obligation qui donne sa réelle valeur à la prière.

;)
Là je retrouve plus la position que je connaissais.
Mais tu as le droit de changer d'avis hein, c'est juste qu'on ne le sait pas toujours. ;)
L'autre est un semblable.

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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Cinci » lun. 12 déc. 2016, 4:24

Didyme,

O.K. Je ne vois pas très bien comment je devrais me contredire dans le fil indiqué. C'est possible. Pour l'Instant, c'est juste que je ne le verrai pas. Mais je comprend ce que tu veux dire.

Je crois qu'en fonction du sujet abordé, de l'angle traité : il peut arriver que l'explication elle-même ait été maladroite et puisse suggérer autre chose que ce qui est cru , sans compter le fait que le mystère lui-même peut présenter des aspects contradictoires en soi. Je pense qu'Il entre un peu de cela dans notre problème - une certaine contradiction à la base - dans le simple fait que l'on doive évoquer la réalité de l'enfer.

Quelqu'un disait que les grandes hérésies chrétiennes dans l'Église étaient toutes nées pour une seule et même raison, du besoin que la raison peut éprouver d'éliminer le mystère; par le besoin de réduire l'inconfort mental provoqué par le fait de devoir jongler avec deux termes apparemment inconciliables. Alors, c'est la tentation de choisir. Pour couper. Pour éliminer, supprimer la difficulté.

:)
Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime.
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Didyme » lun. 12 déc. 2016, 16:19

Quelqu'un disait que les grandes hérésies chrétiennes dans l'Église étaient toutes nées pour une seule et même raison, du besoin que la raison peut éprouver d'éliminer le mystère; par le besoin de réduire l'inconfort mental provoqué par le fait de devoir jongler avec deux termes apparemment inconciliables. Alors, c'est la tentation de choisir. Pour couper. Pour éliminer, supprimer la difficulté.

:)
Oui tu as raison, je crois qu'il est bon de laisser sa place au mystère et aux possibilités, surtout en ce qui concerne l'enfer.
Mais c'est peut-être ça qui m'irrite le plus, c'est lorsque tu touche à l'enfer, tu dois le savoir, il y a toujours de nombreuses réactions de ceux qui savent (pour reprendre le cardinal Hans Urs von Balthasar), qui choisissent justement et qui veulent absolument te recadrer.

Ce que je vois, et je ne vois pas comment on peut prétendre le contraire, c'est que dans la Bible on trouve de nombreux passages de menaces, de crainte, mais qu'on trouve aussi de nombreux passages d'espérances universaliste. Je vois que de nombreux pères de l'église étaient à tendance universaliste, de nombreux théologiens et mystiques d'aujourd'hui aussi, et pourtant, ils sont facilement montrés du doigt.
Alors qu'il me semble que si la Bible ouvre sur les deux types d'affirmations, c'est peut-être justement parce que chacune ont leur place, chacune ont un rôle et leur vertu.

Par exemple, en ce qui concerne l'enfer il est indéniables qu’on y trouve de grosses qualités pédagogiques, à savoir que cela reste un outil non seulement de conversion mais également de garde-fou, d'humilité et de reconnaissance. Moi-même c’est par la crainte de la perdition que je me suis davantage intéressé à ma foi. Il n’y a pas mieux que la peur, ou devrais-je dire la prise de conscience de sa condition pour convertir et c’est louable dans ce que c’est une façon d’amener à Dieu et de s’interroger. D'ailleurs, c'est certainement le premier pas du chemin vers Dieu.
De même, la crainte est une façon de tenir la faiblesse humaine, surtout lorsque l’on débute dans la foi. C’est une façon de voir la gravité du péché, ses conséquences, son offense à la bonté et à l’amour, notre condition/notre perdition, la grandeur de la croix et la reconnaissance à Dieu, son immense amour. Et c’est un fait, qui que nous soyons, sans Dieu nous sommes perdus.

Mais à côté de ça, ça a ses à-côté que pourrait compenser, corriger une ouverture à une « possibilité » universaliste. Ceux-ci sont entre autres le fait qu’en fractionnant l’humanité en « sauvés » et en « damnés », comment ne pas voir chez l’autre un autre justement plutôt qu’un semblable, une chose j’oserais dire qui n’a rien de commun avec soi, qui ferait parti d’une autre humanité, d’une espèce mauvaise qui n’a rien de commun avec les « sauvés » ? Combien de foi j'ai entendu dire "s'il est perdu c'est de son propre choix, de son propre fond", mais qu'est-ce que cela signifie sinon que cette personne est mauvaise dans son être même ? Comment s’étonner dans ces conditions des croisades, des inquisitions, de l’intolérance, de l’incompréhension, etc. ? Du terrorisme ? Comment aimer son prochain, son ennemi ? Car il n’y a pas que les « damnés » par leur rejet de Dieu qui fragmentent l’humanité mais aussi ceux qui se pensent détenteur du salut, de la vérité.

Quand on pense universalisme, on voit que nous faisons TOUS partie de la même humanité, nous sommes avant tout tous perdus, tous dans le même bateau, tous besoin d’être sauvés mais simplement pas tous au même stade du chemin. Car la perdition peut amener cette pensée déviante, certes erronées, que le salut est son dû, que « moi » bon chrétien sauvé ai quelque chose à prétendre face à ce damné méprisable. Comme si le salut était un dû, comme s’il s’agissait d’un motif de prétention quant aux « damnés ». C’est le début de la chute que de se croire détenteur du salut, qu’on aurait quelque chose de plus que le perdu, qu’on l’aurait par quelques valeurs, mérites qui nous appartiendraient. Je mérite mon salut, il mérite sa damnation. Je suis en quelques sortes un surhomme, l’élu, un « élu » parmi d’autres et lui quelque chose à jeter à la poubelle. Combien de fois je me suis entendu dire « si tout le monde est sauvé quel est l’intérêt de croire alors ? Pourquoi s’abstenir du péché ? ». Sans commentaire...

L’universalisme me paraît favoriser la solidarité, l’humilité car si on est tous racheté alors je n’ai rien à prétendre. D’ailleurs, si j’aime je n’ai qu’à me soucier du salut de l’autre. Si tout le monde est racheté c’est que TOUT le monde a une valeur inestimable, chacun la sienne, c’est aussi qu’il y a du bon, donc de Dieu en chacun.
Vouloir ne plus pécher par crainte c’est bien mais vouloir ne plus pécher par amour, amour de Dieu, amour du bien, des vertus, il me semble que c’est mieux.

Car si la crainte est un bon pédagogue pour se garder du péché, elle a cet à-côté de focaliser l’individu sur lui. J’ai peur de me perdre donc je fais en sorte de ne plus pécher. Par conséquent, je ne pèche plus par intérêt, et j’ai les yeux fixés sur moi. Or, l’idéal n’est-il pas d’aimer, n’est-il pas de se tourner vers l’autre ? Quelqu’un qui aime vrai progressera il me semble vers la sainteté, sans même avoir à y penser, et donc à se regarder. « L’amour est patient, est plein de bonté ; l’amour n’est point envieux, l’amour ne se vante point, il ne s’enfle point d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne soupçonne point le mal, il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. » (1 Corinthiens 13)
Non seulement il se gardera du péché mais en plus en aimant il servira l’autre et Dieu plutôt que de se servir soi en ne péchant plus par crainte de la damnation. Et ne plus pécher n’engage pas forcément à aimer et peut enfermer sur soi. C’est un chemin certes, mais certainement pas le plus parfait.

Là où la « possibilité » universaliste pourrait compenser c’est qu’elle peut décharger de soi en quelques sortes. Et le chemin est davantage ouvert sur les autres. Mais il est évident que cette possibilité a cet à-côté du risque du laxisme, d'assoupir le croyant, de relativiser le péché et le salut de Dieu, de se dire "m'en fous, de toute façon je serais sauvé", le truc c'est qu'on est sauvé seulement si on se converti intégralement, sans cela pas de salut, et certainement davantage de souffrances à venir.

Enfin bref, je trouve effectivement dommage ce choix qu'on peut être tenté de faire (moi également) alors que je ne suis pas sûr qu'il nous appartient de le faire.
L'autre est un semblable.

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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Didyme » lun. 12 déc. 2016, 16:25

Dieu a-t-il créé lui-même l'enfer ou celui-ci résulte-t-il du péché des hommes ?
Bonjour Didyme,

Oui Dieu a créé l'enfer en tant que lieu.

Matthieu 25:41 : "Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche: Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges."

Et c'est tout à fait logique au regard de la justice, car si Dieu a prévu un lieu pour y placer les justes, il en est de même pour les autres.

Par contre comme le précise le CEC, l'enfer est avant tout un état pour le damné. Une souffrance occasionnée par la peine la plus dure : l'absence de Dieu (nommée peine du damn). Puis de la présence de Satan et de ses démons et de ce qui en découle, mais également par le fait que le damné sait que cet état ne changera jamais.
Je ne sais pas si cela répond vraiment à la question car il y a une différence entre un feu éternel préparé, feu éternel qui vient de Dieu et l'enfer en soi qui est un état pour le damné et qui est il me semble le produit du péché du damné, qui vient donc du damné.

Et cela n'a rien à voir avec Dieu, la damné souffrira éternellement car il a fait ce choix et sait qu'il ne pourra pas en changer.
Ceci est relativement bien expliqué dans les visions de Ste Faustine ainsi que dans "Lettre de l'Au delà ... manuscrit de l'Enfer". (j'avais posté les références il y a quelques temps dans un de mes messages, cette lettre a recue le Nihil Hobstat et l'Imprimatur).

Cordialement.

PS : Je vous fais le copié-collé de la lettre en spoiler n'ayant pas retrouvé le site source
Spoiler!
la lettre de l'au-delà…

J'avais une amie, ou plutôt, nous étions en contact pour raison de travail à [……]. Nous étions ensemble, l'une à côté de l'autre, dans une maison de commerce.
Puis Annette se maria et je ne la vis plus.
Dans le fond, il régnait entre nous deux, depuis le début, plutôt de la courtoisie que de l'amitié. Je n'en ressentis, à cause de cela, que bien peu de privation quand elle alla, après son mariage, habiter un quartier de la ville de [……] très éloigné de ma demeure.

Pendant l'automne de 1937, je passai mes vacances au bord du lac de Garde ; ma mère m'écrivit vers la fin de la seconde semaine de septembre : « Pense donc ! Annette est morte dans un accident d'automobile. Elle a été enterrée hier au « cimetière du Bois ».

Une telle nouvelle m'épouvanta. Je savais qu'elle n'avait jamais été très religieuse. Etait-elle prête quand Dieu l'appela ainsi à l'improviste ?
Le matin suivant, j'entendis la Sainte Messe pour elle dans la chapelle des sœurs où j'avais pris pension. Je priai avec ferveur pour la paix de son âme et offrai aussi ma communion à cette intention. Mais pendant la journée, j'éprouvai un certain malaise qui augmenta vers le soir, encore plus.
Je m'endormis inquiète. Finalement, je fus réveillée comme par un coup violent. J'allumai la lumière… la pendule marquait minuit dix. Je ne vis personne ; aucun bruit ne s'entendait dans la maison. Seules les eaux du lac de Garde se brisaient d'une façon monotone sur la rive du jardin de la pension. On n'entendait pas même une brise de vent…
Pourtant, au moment de mon réveil subit, en plus du coup, j'avais cru percevoir un bruit comme celui du vent, semblable à celui qui se produisait quand mon chef de bureau, agacé, me passait une lettre de mauvaise manière.
Je me retournai de l'autre côté, récitai quelques Pater pour les âmes du Purgatoire et me rendormis…

[…]
Je m'étais levée le matin vers 6 heures pour aller à la chapelle de la maison, quand, en ouvrant la porte de ma chambre, j'aperçus une liasse de papier à lettre.
La ramasser, reconnaître l'Ecriture d'Annette et jeter un cri ne fut qu'une même chose. Les feuilles en main, j'étais tremblante. Je compris qu'avec un tel état d'esprit, je ne pourrais pas même dire un Pater, d'autant que je fus également assaillie comme par une sensation asphyxiante.
Je ne trouvai pas de meilleure solution que de sortir dehors à l'air. J'ordonnai un peu mes cheveux, je cachai la lettre dans mon sac et laissai la maison.
Une fois dehors, je grimpai par le sentier qui, de là, à partir de la route s'élève vers la montagne parmi les oliviers, les jardins des villas et les buissons de lauriers.
Le matin se levait lumineux. Les autres fois, tous les cent pas, je m'extasiais sur la vue magnifique qui, de là, s'ouvrait sur le lac et l'île de Garde, belle comme une fable. La merveilleuse couleur bleue de l'eau transparente me délassait toujours. Et je regardais étonnée, la blanche montagne Baldo qui, de l'autre côté, s'élevait lentement de 64 mètres au-dessus du niveau de la mer jusqu'à plus de 2 200 mètres.
Maintenant, au contraire, je n'avais aucun regard pour tout cela. Après un quart d'heure de route, je me laissai tomber mécaniquement sur un banc qui s'appuie sur deux cyprès où encore, deux jours auparavant, j'avais lu avec tant de plaisir la « Junger Thérèse » de Federer (« Thérèse, la jeune fille d'âge mûr » de H. Federer - 1923) Alors, pour la première fois, je ressentis que les cyprès étaient les arbres des morts ; ce qu'auparavant, dans les pays du Sud où ils se voient souvent, je n'avais jamais soupçonné.

Je pris la lettre. La signature manquait, mais c'était très certainement l'écriture d'Annette. Il ne manquait pas même l'ample boucle ornementale des "S" et des "T" dont elle avait pris l'habitude au bureau pour contrarier monsieur Gr. Le style n'était pas le sien, ou tout du moins, elle ne parlait pas comme à son habitude, parce qu'elle savait converser d'une façon extraordinairement aimable et rire de ses yeux célestes. C'était seulement quand nous discutions de questions religieuses qu'elle pouvait devenir venimeuse et prendre le ton dur de cette lettre. Voici qu'en la jugeant ainsi, je subis moi-même l'amertume de son style impitoyable.



Cet écrit du monde de l'Au-delà, je le rapporte ici, littéralement comme je l'ai lu alors. Il se présentait ainsi :

« Claire, ne prie plus pour moi ! Je suis damnée. Si je te le communique et t'en réfère plutôt longuement, ne crois pas que cela soit à titre d'amitié. Nous, ici, nous n'aimons plus personne. Je le fais comme contrainte à bien faire car « je suis du côté de cette puissance qui toujours veut le Mal et fait le Bien » (Parole de Méphistophéles dans « Faust » de Gœthe.)
En vérité, je te voudrais voir aussi aboutir à cet état où moi, désormais, j'ai jeté l'ancre pour toujours.
Ne t'étonne pas de cette intention, ici, nous pensons tous ainsi ; notre volonté est fixée dans le mal -tout du moins, en ce que, vous, vous appelez le mal- aussi, quand nous faisons quelque chose de « bien », comme moi maintenant, en t'ouvrant tout grands les yeux sur l'enfer, cela ne procède pas d'une bonne intention.
Te souviens-tu qu'il y a quatre ans, nous nous sommes connues à [……] ? Tu avais alors 23 ans et tu te trouvais là depuis six mois quand j'arrivais.
Tu me tirais de quelque embarras ; en tant que débutante, tu me donnais de bonnes adresses. Mais que veut dire « bon » ? Je louais alors ton… « amour du prochain ». Ridicule !
Ton secours dérivait d'une pure courtoisie comme du reste, déjà, je le soupçonnais. Ici, nous ne connaissons rien de bon, en personne.
Tu connais le temps de ma jeunesse. Je comblerai quelques lacunes. Selon le plan de mes parents, à dire vrai, je n'aurais jamais dû exister. Ce fut pour eux, proprement, une « disgrâce ». Quand j'arrivai au monde, mes deux sœurs avaient 14 et 15 ans.
Puissé-je n'être jamais née ! Puissé-je maintenant être anéantie et fuir ces tourments ! Aucune volonté n'égalerait celle avec laquelle je laisserais mon existence comme un vêtement de cendre, se répandant dans le néant.
Mais, je dois exister. JE dois exister ainsi, comme je me suis faite, avec une existence manquée.
Quand papa et maman, encore jeunes, quittèrent la campagne pour la ville, tous deux avaient perdu le contact avec l'Eglise, et ils sympathisèrent avec des gens éloignés de la foi ; ce fut mieux ainsi.
Ils s'étaient connus dans un lieu dansant et six mois après, ils "durent" se marier. De la cérémonie nuptiale, il ne leur resta que juste assez d'eau bénite pour que maman allât à la messe du dimanche, environ deux fois par an. Elle ne m'a jamais enseigné à prier vraiment, tout se terminait avec les soucis de la vie quotidienne, bien que notre condition fût aisée.
Des mots comme « prier », « messe », « eau bénite », « église », je les écris avec une répugnance intérieure sans pareille. J'abhorre tout cela, comme j'abhorre ceux qui fréquentent l'Eglise, et en général tous les hommes et toutes les choses. De tout, en effet, nous vient le tourment. Chaque connaissance, chaque souvenir de choses vues et sues est pour nous la cause d'une flamme cruelle. Dans chacun d'eux, en particulier, nous voyons le côté qui était Grâce, Grâce que nous avons méprisée.
Quel tourment est cela !
Nous ne mangeons pas ; nous ne dormons pas ; nous ne marchons pas avec les pieds. Spirituellement enchaînés, nous regardons, hébétés, avec hurlement et grincement de dents, notre vie manquée, haïssants et tourmentés !
M'entends-tu ? Nous buvons la haine comme l'eau ; la haine, même entre nous.
Surtout, nous haïssons Dieu. Je veux te l'expliquer. Les bienheureux, au Ciel, ne peuvent pas ne pas l'aimer parce qu'ils le voient sans voile, dans sa beauté éblouissante. Cela les rend tellement heureux qu'il est impossible de le décrire. Nous le savons, et cette connaissance nous rend furieux.
Les hommes sur la terre, qui connaissent Dieu par la création et par la révélation, peuvent l'aimer, mais ils n'y sont pas contraints.
Le croyant, je le dis en grinçant des dents, qui, en méditant, contemple le Christ en croix, bras tendus, finira par l'aimer.
Mais celui vers lequel Dieu s'avance seul comme un ouragan, comme punisseur, comme juste vengeur parce qu'un jour, il a été répudié par Lui, ainsi qu'il est advenu de nous, celui-là ne peut que le haïr, avec toute l'impétuosité de sa volonté mauvaise, éternellement. Le haïr avec la vigueur d'une libre résolution d'être séparé de Lui, résolution avec laquelle, en mourant, nous avons exhalé notre âme, et que, pas même maintenant, nous ne retirerions et que jamais nous n'aurons la volonté de retirer.

Comprends-tu maintenant pourquoi l'enfer dure éternellement ? C'est parce que notre obstination ne cessera jamais.

Contrainte, j'ajoute que Dieu est miséricordieux même pour nous. Je dis « contrainte » parce que, tout en écrivant cette lettre de propos délibéré, il ne m'est, cependant, pas permis de mentir comme je le voudrais volontiers. Je mets beaucoup de choses sur le papier contre ma volonté. Ainsi, l'emportement d'injures que je voudrais vomir, je dois l'étrangler.

Dieu est miséricordieux envers nous en ne nous laissant pas continuer à répandre sur la terre notre volonté mauvaise comme nous aurions été prêts à le faire. Cela aurait augmenté nos fautes et par suite, nos souffrances. Il nous fait mourir prématurément comme il l'a fait pour moi, ou bien il fait intervenir d'autres circonstances atténuantes.
Il se montre encore miséricordieux envers nous en ne nous contraignant pas à nous approcher de Lui plus que nous le sommes en ce lieu retiré de l'enfer, cela diminue le tourment.
Chaque pas qui m'approcherait davantage de Dieu m'occasionnerait une peine plus grande que celle qui t'arriverait pour un pas plus près d'un brasier ardent.

Tu avais été épouvantée, quand une fois, pendant une promenade, je te racontais que mon père, peu de jours avant ma première communion, m'avait dit : « Cherche à obtenir un beau vêtement, ma petite Annette, le reste n'est que comédie. »
A cause de ton épouvante, j'en ai eu presque honte. Maintenant, je m'en moque. L'unique raison de cela était que l'on admettait à la Communion qu'à dix ans seulement. A ce moment, j'étais, en ce qui me concerne, passablement prise par la manie des amusements du monde, de sorte que, sans scrupule, je me moquais des choses religieuses et je ne donnais pas grande importance à la « Première Communion ».
Que beaucoup d'enfants aillent maintenant recevoir l'Hostie dès l'âge de 7 ans nous met en fureur. Et nous faisons tout pour donner à entendre aux gens que les enfants de cet âge n'ont pas la raison suffisante. Ceux-ci doivent d'abord commettre quelque péché mortel. Alors, la blanche particule ne fait plus en eux, grand dommage comme lorsque leur cœur vit encore de la foi, de l'espérance et de la charité -pouah ! quelle pensée- reçues au baptême. Te souviens-tu que déjà, sur terre, je soutenais cette opinion ?

Je viens de parler de mon père. Souvent, il était en dispute avec ma mère. Je t'y faisais allusion, mais très rarement, parce que j'en avais honte. Chose ridicule d'avoir honte du mal ! Pour nous, ici, tout est pareil…
Mes parents ne dormaient même plus dans la même chambre ; j'étais avec ma mère et mon père restait dans la chambre voisine où il pouvait rentrer librement à n'importe quelle heure. Il buvait beaucoup et de telle façon qu'il dissipait tout notre avoir. Mes sœurs travaillaient toutes les deux, mais tout l'argent qu'elles gagnaient leur était nécessaire, disaient-elles. Aussi, ma mère commença-t-elle à travailler de son côté pour gagner quelque chose.
Dans sa dernière année de vie, mon père battait souvent ma mère quand celle-ci ne voulait rien lui donner. A mon égard, au contraire, il était toujours affable. Un jour, je te l'avais raconté, et tu t'es choquée de mon caprice, (au reste, de quoi ne t'es-tu pas choquée à mon sujet ?) un jour donc, il dut rapporter au moins deux fois les souliers qu'il m'avait achetés parce que la forme et les talons n'étaient pas assez modernes [n.d.l.r. - les détails précédents au sujet du père d'Annette et l'épisode suivant des faits ont été confirmés.]
La nuit pendant laquelle mon père fut frappé d'une apoplexie mortelle, il m'advint quelque chose que, par crainte d'une mauvaise interprétation de ta part, je n'ai jamais osé te confier. Mais maintenant, tu dois le savoir. C'est important parce qu'alors, pour la première fois, je fus assaillie de mon esprit tourmenté actuel.
Je dormais dans la chambre avec ma mère. Ses respirations régulières indiquaient son profond sommeil quand voici que je m'entendis appeler par mon nom. Une voix inconnue me disait : « Qu'arrivera-t-il si ton père meurt ? »
Je n'aimais plus mon père depuis qu'il traitait si vilainement ma mère, comme du reste, je n'aimais dès lors, absolument plus personne ; j'étais seulement affectionnée à certaines qui étaient bonnes pour moi. L'amour sans espoir de retour terrestre existe seulement dans les âmes en état de Grâce, et moi, je ne l'étais pas ;
Je répondis à la mystérieuse demande sans savoir d'où elle venait : « Mais il ne meurt pas ! » Après une brève pause, la même demande se fit clairement entendre ? La même réponse : « Mais il ne meurt pas ! » m'échappa encore brusquement de la bouche.
Pour la troisième fois, il me fut demandé : « Qu'arrivera-t-il si ton père meurt ? » Il me vint à l'esprit comment mon père venait souvent à la maison en état d'ivresse, tempêtant et maltraitant ma mère, et comment il nous avait mises dans une condition humiliante vis-à-vis de notre entourage. Indisposée, je criais : « Je m'en moque ! »

Alors, tout se tut.

Dans la matinée, quand ma mère voulut mettre en ordre la chambre de mon père, elle trouva la porte fermée à clef. Vers midi, on la força. Le cadavre de mon père, à demi-vêtu, gisait sur le lit. En allant à la cave, il avait dû lui arriver quelque accident. Depuis longtemps, il était en mauvais état de santé.
(Dieu avait-il donc lié la conversation de cet homme, bon d'une certaine façon pour sa fille, à la volonté de celle-ci ?)
- Parenthèse du manuscrit.

Marthe et toi, vous m'aviez persuadée d'entrer dans l'association des jeunes. Je n'ai jamais caché que je trouvais bien accordé à la mode paroissiale les instructions des deux directrices. Les jeux étaient amusants. Comme tu sais, j'y eus tout de suite un rôle de direction. Cela suivait mon inclination naturelle. Les promenades aussi me plaisaient. Je me laissais aller quelquefois à la confession et à la communion.
A dire vrai, je n'avais rien à confesser. Pensées et discours, pour moi, n'avaient pas d'importance et pour les actions plus grossières, je n'étais pas encore assez corrompue.

Une fois, tu m'avertissais : « Anne, si tu ne pries plus assez, tu vas à la perdition. » Je priais vraiment peu et seulement d'une façon nonchalante. Maintenant, je sais que tu avais vraiment raison. Tous ceux qui brûlent en enfer n'ont pas prié, ou prié insuffisamment.
La prière est le premier pas vers Dieu, et il demeure le pas décisif. Spécialement la prière à Celle qui fut la Mère du Christ et dont nous ne prononçons jamais le nom. Sa dévotion arrache au démon d'innombrables âmes que le péché devrait infailliblement jeter entre ses mains.
Je poursuis en me consumant de colère et seulement parce que je le dois. Prier est la chose la plus facile que l'homme puisse faire sur la terre. Et c'est justement à cette chose très facile que Dieu a lié le salut de chacun…
A qui prie avec persévérance, peu à peu, Il donne tant de lumière et le fortifie de manière telle, qu'à la fin, même le pécheur le plus endurci peut définitivement se relever, fût-il enfoncé dans la boue jusqu'au cou.
Dans les dernières années de ma vie, je n'ai plus prié comme je le devais, et ainsi, je me suis privée de la grâce sans laquelle personne ne peut se sauver.
Ici, nous ne recevons plus aucune grâce, au reste, même si nous en recevions, nous les refuserions cyniquement.
Toutes les fluctuations de l'existence terrestre ont cessé en cette vie. Pour vous, sur la terre, vous pouvez monter d'un état de péché à l'état de grâce, de l'état de grâce, tomber dans le péché, souvent par faiblesse, quelquefois par malice.
Avec la mort, ces changements sont finis, parce qu'ils ont pour cause l'instabilité de l'homme terrestre. Désormais, nous avons rejoint l'état final. Déjà, avec la croissance des ans, les changements deviennent plus rares. Il est vrai que jusqu'à la mort, on peut toujours se retourner vers Dieu ou s'en détacher. Cependant, entraîné par l'habitude, l'homme, avant de mourir, avec ses derniers faibles restes de volonté, se comporte comme il en avait l'habitude pendant sa vie. L'habitude devenue une seconde nature, il se laisse entraîner par elle. C'est ainsi qu'il advint pour moi. Depuis des années, je vivais loin de Dieu. A cause de cela, au moment du dernier appel de la Grâce, je me tournai contre Dieu.
Ce n'est pas le fait que je péchais souvent qui fut pour moi, fatal, mais plutôt que je ne voulusse plus me relever.
Plusieurs fois, tu m'as averti d'écouter les prédications, de lire des livres de piété. « Je n'ai pas le temps » était ma réponse ordinaire… rien d'autre n'augmentait davantage mon incertitude intérieure.
Du reste, je dois constater que lorsque je quittai l'association des jeunes, l'orientation était déjà tellement avancée qu'il m'aurait été extrêmement pénible de me mettre sur une autre voie. Je me sentais dans l'insécurité et non heureuse, mais devant la conversion surgissait une muraille. Tu ne soupçonnais pas cela, tu considérais le retour à Dieu comme une chose très simple : un jour, en effet, tu me disais : « Mais fais donc une bonne confession, Annette, et tout ira bien après. » Je sentais qu'il en serait ainsi, mais le monde, le démon, la chair me tenaient déjà fortement dans leurs griffes. Je n'aurais jamais cru à l'influence du démon. Et maintenant, j'atteste qu'il influe considérablement sur les personnes qui se trouvent dans les conditions où je me trouvais alors.
Seulement beaucoup de prières, faites par les autres et moi-même, jointes à des sacrifices et souffrances, auraient pu m'en arracher… et même cela, peu à peu seulement. Si l'on voit peu de possédés extérieurement, il y en a de très nombreux qui le sont intérieurement. Le démon ne peut ravir le libre-arbitre à ceux qui se donnent à son influence, mais en punition de leur apostasie, pour ainsi dire, méthodique de Dieu ; Dieu permet que le "Malin" se mette en eux.
Je hais même le démon, et pourtant il me plaît parce qu'il cherche à vous entraîner, à vous ruiner, vous autres, lui et ses satellites -les esprits tombés avec lui au commencement du temps- ils sont innombrables et rôdent sur la terre ; ils dansent comme un essaim de mouches et vous ne vous en apercevez même pas…

Ce n'est pas à nous, réprouvés, de vous tenter ; cela est réservé aux esprits tombés. A la vérité, cela accroît encore davantage leur tourment chaque fois qu'ils entraînent ici une âme. Mais, que ne fait pas la haine !…

Je marchais dans des sentiers éloignés de Dieu, et pourtant, Dieu me poursuivait. J'aplanissais la voie à la grâce en raison d'actes de charité naturelle que j'accomplissais assez souvent par simple inclination. Quelquefois, Dieu m'attirait vers une église, alors je sentais comme une nostalgie. Quand je soignais ma mère malade, malgré mon travail de bureau durant la journée, d'une certaine façon, je me sacrifiais vraiment, alors les attraits de Dieu agissaient puissamment.
Une fois, dans l'église de l'hôpital dans laquelle tu m'avais conduite pendant l'arrêt de travail de midi, il m'arriva une chose qu'alors il n'aurait fallu qu'un pas pour que j'en vienne à me convertir : j'ai pleuré… Mais la joie du monde passait de nouveau comme un torrent par-dessus la grâce, le bon grain suffoquait vraiment parmi les épines. Sous le prétexte que la religion était affaire de sentiment, comme on disait souvent au bureau, je rejetais encore cette notion de grâce comme toutes les autres…
Une fois, tu m'as attrapée parce que, à la place d'une génuflexion jusqu'à terre, je fis à peine une informe courbette en pliant le genou. Tu pensais que c'était un acte de paresse et ne semblais pas même suspecter qu'alors je ne croyais déjà plus à la présence du Christ dans le Saint Sacrement. Maintenant, j'y crois, mais seulement d'une façon naturelle, comme on croit à un orage dont on entend les effets.
En attendant, je m'étais accommodée d'une religion à ma façon. Je soutenais l'opinion qui parmi nous, au bureau, était commune, que l'âme, après la mort, allait dans un autre être de façon qu'elle continuait ainsi à pérégriner sans fin. Avec cela, l'angoissante question de l'Au-delà était résolue et rendue inoffensive.
Pourquoi ne me rappelais-tu pas la parabole du riche opulent et du pauvre Lazare, dans laquelle le Christ envoie immédiatement après la mort, l'un en enfer, l'autre au paradis ?… Il est vrai que tu n'aurais rien obtenu, rien de plus qu'avec tes autres discours de bigote…

Peu à peu, je me créais à moi-même un dieu suffisamment étoffé pour être appelé Dieu ; assez éloigné de moi pour ne devoir maintenir aucune relation avec lui, assez vague pour le laisser, selon le besoin, ressembler à un dieu panthéiste ou bien pour se laisser poétiser comme un Dieu solitaire. Ce dieu n'avait aucun paradis pour me récompenser, ni aucun enfer à m'infliger. Je le laissais en paix. En cela consistait mon adoration pour lui.
On croit volontiers à ce qui plaît, aussi au cours des ans, je me tins suffisamment convaincue de ma religion pour n'en avoir pas de souci.
Une chose seulement, aurait pu briser mon obstination : une longue et profonde douleur. Et cette douleur n'est pas venue ! Comprends-tu maintenant ce que veut dire : « Dieu châtie ceux qui l'aiment » ?
Un dimanche de juillet, l'association des jeunes organisait une excursion. Elle m'aurait bien plu, mais ses fades discours, ce comportement de bigotes, m'en ont détournée. D'ailleurs, une autre image bien différente de celle de la Madone demeurait depuis quelque temps sur l'autel de mon cœur : l'attrayant Max du magasin voisin ; déjà nous avions plaisanté ensemble plusieurs fois.
Or précisément pour ce dimanche, il m'avait invitée à une promenade. Celle avec laquelle il allait d'habitude était malade à l'hôpital. Il avait bien compris que j'avais mis les yeux sur lui.
Je ne pensais pas encore l'épouser toutefois. Il était certainement riche, mais se comportait trop gentiment avec toutes les filles. Et moi, jusqu'à ce moment, je voulais un homme qui m'appartint uniquement. Non seulement être sa femme, mais sa femme unique. J'ai toujours eu, en effet, un certain goût naturel pour la bienséance. (Il est vrai, Annette, malgré toute son indifférence religieuse, avait quelque chose de noble dans son comportement. Je m'épouvante à la pensée que même des personnes bien éduquées peuvent aller en enfer, quand, par ailleurs, elles le sont, en fait, si mal qu'elles fuient Dieu.)

Au cours de la promenade susdite, Max se prodigua en gentillesses. Et l'on ne s'en tint nullement à des conversations de prêtres comme vous. Le jour suivant, au bureau, tu me faisais des reproches parce que je n'étais pas venue avec vous. Je te racontai mon divertissement de ce dimanche. Ta première demande fut : « As-tu été à la messe ? » Sottise ! Comment pouvais-je étant donné que le départ avait été fixé pour six heures ? Tu sais encore comment, excitée, j'ajoutai : « Le bon Dieu ne fait pas attention ainsi à ces bagatelles comme vos prêtres. Maintenant, je dois confesser : « Dieu, malgré sa bonté infinie pèse les choses avec une plus grande précision qu'eux tous. »

Après cette première promenade avec Max, je vins encore une seule fois à l'association, à Noël, pour la célébration de la fête ; c'était quelque chose qui me plaisait suffisamment pour revenir encore, mais intérieurement, j'étais déjà étrangère à vous autres. Cinéma, bals, promenades se succédaient constamment. Avec Max, nous nous disputions quelquefois, mais je sus toujours l'enchaîner à moi de nouveau.
J'eus beaucoup de mal avec l'autre amie qui, au retour de l'hôpital, se comportait auprès de lui comme une obsédée. Ce fut un avantage pour moi car mon noble calme, par opposition, fit une profonde impression sur Max qui finit par décider que je serais la préférée.
J'avais su la lui rendre odieuse, en parlant froidement ; positive à l'extérieur et vomissant le venin à l'intérieur. De tels sentiments, une telle conduite préparent excellemment à l'enfer. Ils sont diaboliques, dans le sens le plus étroit du mot.

Pourquoi je te raconte cela ? C'est pour te dire comment je me détachai définitivement de Dieu…

Entre moi et Max, nous n'étions pas arrivés souvent à la très grande familiarité. Je comprenais que je me serais abaissée à ses yeux si je m'étais laissée aller complètement avant le temps, c'est pourquoi, je sus me maintenir. J'étais prête à tout, je devais le conquérir. A cette fin, rien ne m'était trop cher. En outre, peu à peu, nous nous aimions, possédant l'un et l'autre de précieuses qualités qui faisaient nous apprécier réciproquement. J'étais habile et capable, d'une agréable compagnie, aussi je tins solidement attaché et réussis, au moins dans les derniers mois avant notre mariage, à être l'unique à le posséder.
En cela consistait mon apostasie de Dieu, d'avoir fait d'une créature, mon idole… Jamais une chose pareille ne peut arriver entièrement que dans l'amour d'une personne pour l'autre sexe lorsque cet amour reste enfermé dans les satisfactions purement terrestres ; c'est aussi ce total abandon qui forme son attrait, son stimulant et son venin.
pour moi, en la personne de Max, cette adoration de moi-même me devint une religion vécue.
Pendant ce temps, au bureau, je me lançai avec âcreté contre tout ce qui était d'Eglise, les prêtres, les indulgences, le marmonnement du chapelet et semblables sottises. Tu cherchais, avec plus ou moins d'esprit, à prendre la défense de ces choses, sans soupçonner, semblait-il, que dans l'intime, je n'argumentais pas à la vérité contre elles, mais je cherchais plutôt un soutien contre ma conscience - j'avais alors besoin d'un tel soutien pour justifier mon apostasie par la raison.
Tout au fond, je me révoltais contre Dieu. Tu ne le comprenais pas ; je me tenais encore pour catholique et désirais être appelée ainsi ; j'allais même jusqu'à payer les taxes ecclésiastiques. Une certaine contre-assurance ne pouvait me nuire, pensais-je.
Il arrivait parfois, que tes réponses me frappaient mais elles n'avaient pas de prise sur moi parce que tu ne « devais » pas avoir raison.
En raison de ces fausses relations, nous avons eu, l'une et l'autre, peu de regret lorsque nous nous sommes séparées à l'occasion de mon mariage.
Avant cette cérémonie, je me confessai et communiai encore une fois, comme c'était prescrit. Moi et mon mari, nous pensions la même chose sur ce point. Pourquoi ne pas accomplir ces formalités ? Nous nous y soumîmes comme à toutes les autres. Vous appelez indigne une telle communion. Et bien, après l'avoir faite, j'eus plus de calme dans la conscience. Ce fut du reste la dernière.

Notre vie conjugale se passait, la plupart du temps en grande harmonie. Sur toutes ces questions, nous étions du même avis. En particulier, sur ce point que nous ne voulions pas endosser la charge d'élever des enfants. A la vérité, mon mari en aurait volontiers eu un, bien sûr, mais pas plus. A la fin, je sus le dissuader encore de ce désir. Vêtements, meubles de luxe, promenades, voyages en auto et semblables distractions m'importaient davantage.

Ce fut une année de plaisir sur la terre que ce temps entre mon mariage et ma mort soudaine.
Chaque dimanche, nous allions en voiture ou bien nous rendions des visites aux parents de mon mari. (j'avais honte désormais de ma mère.) Ceux-ci glissaient à la surface de l'existence, ni plus ni moins que nous. Intérieurement, je ne me sentais jamais heureuse ; cependant, extérieurement, je riais. C'était toujours au-dedans de moi que quelque chose me rongeait. J'aurais voulu qu'après la mort, laquelle naturellement, devait être encore bien lointaine, tout fût fini.

Etant enfant, j'entendis un jour au cours d'un sermon, que Dieu récompense toute bonne œuvre que chacun accomplit et quand il ne pourra la récompenser dans l'autre vie, il le fait sur la terre, cela est très exact.
Inopinément, j'eus un héritage de la tante « Lotte » et mon mari réussit à obtenir des émoluments très honorables. Je pus alors arranger ma nouvelle habitation d'une façon attrayante. La religion ne m'envoyait plus que de loin sa lumière, pâle, faible et incertaine.
Les cafés des villes, les hôtels dans lesquels nous allions durant les voyages, ne nous portaient certainement pas à Dieu. Tous ceux qui fréquentaient ces lieux, vivaient comme nous, de l'extérieur à l'intérieur, mais non de l'intérieur à l'extérieur, l'extérieur envahissant l'intérieur, au lieu que ce soit l'inverse.
Si, dans nos voyages, au moment des vacances, nous visitions quelques cathédrales, nous n'avions d'intérêt que pour son contenu artistique. L'atmosphère religieuse que nous respirions, spécialement dans ces monuments du Moyen-Age, je savais les neutraliser avec quelques critiques de circonstance ; un frère faisant office de guide qui avait un maintien gauche ou n'était vêtu que peu proprement ; le scandale que des moines qui se faisaient passer pour pieux, vendissent des liqueurs ; l'éternelle sonnerie des cérémonies sacrées pendant que l'on ne s'occupe que de faire de l'argent… De la sorte, je chassais de moi à chaque fois, la grâce dès qu'elle passait. Je laissai libre cours à ma mauvaise humeur, en particulier à propos de certains tableaux médiévaux de l'enfer, dans les cimetières ou ailleurs, dans lesquels le démon grille les âmes sur des charbons incandescents tandis que ses compagnons aux longues queues entraînent d'autres victimes avec de longues cordes ! Claire ! On peut se tromper pour peindre l'enfer, mais on n'exagère jamais !
Le feu de l'enfer, je l'ai toujours eu en vue d'une façon spéciale. Tu, sais comment, durant une altercation à ce propos, je te tins une allumette sous le nez et te dis avec sarcasme : « A-t-elle l'odeur de l'enfer ? » Tu as éteint en hâte la flamme. Ici, personne ne l'éteint !
Le feu, je te le dis moi-même, ne signifie pas le tourment de la conscience. Le feu, c'est le feu. Cette parole de l'Evangile est à entendre littéralement : « éloignez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel ! » « Littéralement » !

Comment un esprit peut-il être touché par le feu matériel ? Demanderas-tu. Comment peut souffrir ton âme sur la terre quand tu mets le doigt sur une flamme ? De fait, l'âme ne brûle pas ; et pourtant, quel tourment en éprouve tout l'individu !
De façon analogue, nous ici, nous sommes spirituellement liés au feu, selon notre nature et selon nos facultés. L'âme est privée de sa liberté naturelle ; nous ne pensons pas ce que nous voulons, ni comme nous le voulons. Ne regarde pas ces lignes, hébétée ; cet état, qui à vous autres, ne dit rien, me brûle sans me consumer.

Notre plus grand tourment consiste, dans la certitude que nous avons que nous ne verrons Dieu, jamais.

Comment cela peut-il nous tourmenter autant, alors que sur la terre on y demeure aussi insensible ? Tant que le couteau reste étendu sur la table, on reste indifférent. On voit s'il est affilé, on ne l'éprouve pas. Que le couteau te transperce, et tu te mettras à crier de douleur. Maintenant, nous souffrons la perte de Dieu ; avant, nous y pensions seulement.
Toutes les âmes ne souffrent pas d'une égale façon. D'autant plus pernicieusement et d'autant plus systématiquement quelqu'un a péché, d'autant plus gravement pèse sur lui la perte de Dieu et d'autant plus la suffoque la créature dont elle a abusé.
Les catholiques damnés souffrent plus que ceux des autres religions parce que, le plus souvent, ils ont reçu et méprisé plus de grâces et de lumières. Celui qui savait plus, souffre plus durement que celui qui savait moins. Ceux qui tombent par malice pâtissent plus cruellement que ceux qui tombent par faiblesse. Mais personne ne souffre plus que ce qu'il a mérité. Oh ! si du moins cela n'était pas vrai ! j'aurais ainsi une raison de haïr !
Tu me disais un jour, que personne ne va en enfer sans le savoir… Cela aurait été révélé à une sainte. Moi, j'en riais, mais ensuite, je me retranchai derrière cette déclaration : « De toute façon, en cas de nécessité, j'aurais toujours la possibilité de faire volte-face. » me disais-je secrètement. Cette pensée est juste. Vraiment, avant ma fin subite, je ne connus pas l'enfer comme il est. Aucun mortel ne le connaît. Mais j'en avais la pleine conscience. « Si tu meurs, tu vas dans le monde de l'Au-delà, tout droit, comme une flèche contre Dieu. Tu en porteras les conséquences. »
Je n'en changeai pas pour autant parce qu'enracinée par la force de l'habitude, comme je te l'ai dit déjà, j'étais poussée, entraînée par elle. Plus les hommes vieillissent, plus ils aiment leurs habitudes… Ma mort vint ainsi !

Il y a une semaine, je parle selon que vous comptez ; en regard à la douleur, je pourrais dire très bien que je brûle en enfer déjà depuis dix ans. Il y a une semaine donc, mon mari et moi, nous faisions pendant ce dimanche, une promenade… la dernière.
Le jour pointait, radieux. Je me sentais bien autant que jamais. Un sinistre sentiment de bonheur m'envahit qui serpentait en moi durant toute la journée… Quand voici qu'à l'improviste, pendant le retour, mon mari fut ébloui par une auto qui venait à toute allure. Il perdit le contrôle… « Jésus » me sortit des lèvres comme un frisson, non comme une prière, mais comme un cri. Une douleur déchirante m'opprimait toute. Et en regard de celle d'à présent, c'était une bagatelle. Puis, je perdis les sens.
Il est étrange que pendant cette matinée, il m'était venu encore à l'esprit, d'une façon inexplicable, cette pensée : « Tu pourrais encore une fois aller à la messe ». Elle retentissait en moi comme une imploration. Nettement et résolument, mon « non » trancha le fil de mes pensées. « Avec toutes ces choses, il faut en finir. Que j'en endosse toutes les conséquences ! Maintenant, je les porte. »

Ce qui advint après ma mort, tu le sais déjà. Le sort de mon mari, celui de ma mère, ce qui arriva de mon cadavre et le déroulement de mes funérailles, je les ai connus dans leur détail par le moyen des connaissances naturelles que nous avons ici. Ce qui arrive sur la Terre, nous le savons seulement d'une façon assez vague. Mais ce qui nous touche de plus près, en quelque façon, nous le connaissons. Ainsi, je vois maintenant où tu séjournes.
Moi-même, au moment de ma mort, je me réveillai soudainement du brouillard. Je me vis comme inondée d'une lumière éblouissante. J'étais au lieu même où gisait mon cadavre. Il arriva comme il arrive au théâtre lorsque, d'un coup, s'éteignent les lumières pour ne plus voir que la scène. Le rideau se divise avec grand bruit et s'ouvre sur une scène inattendue, horriblement lumineuse : la scène de ma vie…
Comme dans un miroir, mon âme se montra à elle-même : les grâces méprisées depuis ma jeunesse, jusqu'au dernier « non » en face de Dieu. Je me sentis comme un assassin auquel, durant le procès judiciaire, on vient apporter sa victime inanimée…
Me repentir ? Jamais !…
En avoir Honte ? Jamais !…
Pourtant, je ne pouvais non plus résister sous les yeux de Dieu que j'avais rejeté. Il ne me restait qu'une chose : la fuite. Comme Caïn s'enfuit du cadavre de son frère Abel, ainsi, mon âme fut poussée dehors, loin de cette vue d'horreur. Ce fut le jugement particulier : l'invisible Juge disait : « Eloigne-toi de moi ! »

…Alors mon âme, comme une ombre enduite de soufre, se précipita dans l'éternel tourment !…

Ainsi se terminait la lettre de l'enfer. Les dernières "paroles" étaient presque illisibles, tant elles étaient déformées. La lettre même, quant à elle, se réduisit en cendres entre mes mains…




Edité par la Librairie du Carmel, place du Carmel à Lisieux & par la Communauté de Fatima - b.p. 35 - 40230 Saint-Vincent-de-Tyrosse [diffusion gratuite]

Nihil obstat : P. Picard
Bayeux, 23 juin 1964

Imprimatur : P. Leroy
Bayeux, le 26 juin 1964
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Didyme
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Didyme » lun. 12 déc. 2016, 16:32

Aussi ce que vous nommez "vengeance", un peu plus haut, ressemble pour moi à de la Justice; et non à un esprit de revanche comme chez l'homme.
Oui certainement, il s'agirait plus de l'application de la justice que d'un sentiment vengeur ressenti par Dieu.

Peut-on plutôt considérer cette colère divine, cette vengeance comme résultant plutôt du ressenti de la créature ?
En effet, selon certains témoignages de mystiques, il semblerait qu’elles ressentent l’abandon de Dieu, sa colère, alors qu’elles témoignent par la suite que Dieu était toujours là et que c’est par amour qu’il les a éprouvé. Il y a l’exemple d’Angèle de Foligno qui dit « Un jour j’étais dévorée par une peine d’esprit, pendant un mois, il me sembla que je ne sentais plus rien de Dieu. La chose devint tellement horrible, que je me crus abandonnée du Seigneur », puis plus loin « Il (Dieu) répondit : « Plus tu te crois abandonnée, plus tu es aimée de Dieu et serrée contre lui. » ».
Il ne serait pas de colère expressément ressentie par Dieu mais ce qu’on appelle colère ce serait plutôt l’état dans lequel on se trouve. On est sous la colère divine car on est coupé de la communion à Dieu, on est dans un état de péché qui ne nous permet pas d’être en présence de Dieu, dans son amour et cet éloignement de l’amour, livré au péché est ressentie comme une colère. Dieu n’est plus ressenti dans notre péché mais cette distance est ressentie comme de la colère. Qu’est-ce qui est plus éloigné de l’amour que la colère ? L’amour à distance = colère.
Bon c’est très grossier et certainement très réducteur comme réflexion mais c’est une petite tentative de compréhension de la colère divine.

En même temps, il semble que Dieu haïsse le péché et je pense qu’ici il est bien question de sa position donc Dieu pourrait éprouver la haine, l’amour pourrait éprouver la haine ?!
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Cinci » jeu. 22 déc. 2016, 1:30

Salut didyme,
Il ne serait pas de colère expressément ressentie par Dieu mais ce qu’on appelle colère ce serait plutôt l’état dans lequel on se trouve. On est sous la colère divine car on est coupé de la communion à Dieu, on est dans un état de péché qui ne nous permet pas d’être en présence de Dieu, dans son amour et cet éloignement de l’amour, livré au péché est ressentie comme une colère. Dieu n’est plus ressenti dans notre péché mais cette distance est ressentie comme de la colère. Qu’est-ce qui est plus éloigné de l’amour que la colère ? L’amour à distance = colère.
Oui, je serais plutôt d'accord avec ce genre d'intuition.

Des esprits impurs disent à Jésus "Que nous veux-tu? Es-tu là pour nous châtier avant le temps?" ; le possédé de Gérasa s'exprime de la même façon et l'apôtre Pierre également lors de sa première rencontre avec le Christ "Retires-toi car je suis un homme pécheur". Le sentiment d'une absence de communication avec Dieu donne une couleur négative à une sorte de contact que l'on appréhende. C'est comme si le sujet savait qu'Il mériterait d''être châtié, le divin prend comme une dimension menaçante pour lui-même, la paix à l'intérieur de soi n'est pas possible. Le pécheur qui ne se conçoit pas comme réconcilié se sent tourmenté.
Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime.
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar PaxetBonum » jeu. 22 déc. 2016, 19:00

Le sentiment d'une absence de communication avec Dieu donne une couleur négative à une sorte de contact que l'on appréhende. C'est comme si le sujet savait qu'Il mériterait d''être châtié, le divin prend comme une dimension menaçante pour lui-même, la paix à l'intérieur de soi n'est pas possible. Le pécheur qui ne se conçoit pas comme réconcilié se sent tourmenté.
Je pense que cela vient du fait que la lumière de la Vérité qu'en elle nous transperce, fait apparaître des taches sur ce que nous pensions être un vêtement de noce… Des tâches qui nous font honte car nous savons que c'est nous qui les avons faîtes.
La Lumière de la Vérité nous semble donc agressive en révélant ce qui était caché, mais elle n'ajoute rien à nos fautes, elle ne fait que les mettre à jour…
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Didyme » sam. 24 déc. 2016, 18:58

N’y a-t-il pas quelque chose comme du manichéisme dans la conception couramment admise de l’enfer éternel ?

En effet, un enfer qui suppose un mal qui demeure éternellement, des créatures qui s’obstinent de façon irrémédiable dans le péché suppose un mal coéternel à Dieu. Car il ne s’agit plus du mal en tant que non-être, d'absence de Dieu dans cette conception mais d’un mal en tant qu’être dans ce qu’il suppose un être qui refuse Dieu de façon irrémédiable et donc qui le ferait de son propre fond, de son for intérieur. Cet être devient donc le mal même, le mal incarné ?! On pourrait donc même par conséquent y voir une personnification du mal qui subsisterait et s'opposerait à Dieu éternellement quand celui-ci devrait au contraire être destiné à s’anéantir de par son principe même ?!

Et un mal personnifié qui se ferme de façon irrémédiable à l’amour divin fait de ce mal quelque chose d’égal à l’amour, il n’est pas vaincu par l’amour mais il le « défie » éternellement. Il semble qu'on se retrouve donc ici avec une doctrine manichéenne ?!

D'ailleurs, le problème n'est-il pas au fond ici d'identifier le mal à l'être même, de le personnaliser au lieu de distinguer le mal et la personne ? On a fait du mal une personne, un être quand le mal est justement l'absence d'être ?! On a incarné le mal comme s'il y avait des dieux mauvais face au Dieu bon ?!
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Re: L'homme, le péché, l'enfer et Dieu

Message non lupar Didyme » sam. 24 déc. 2016, 19:12

Il y a une autre chose qui me choque, c'est lorsque l'on justifie la perdition éternelle de par la justice.

La justice dont on dit que c’est par son fait qu’existe la perdition éternelle, cette justice devrait-elle donc être ce qui fait subsister le mal ? La justice est-elle finalement ce qui « alimente » l’enfer, son énergie vitale en quelques sortes, son éternité ? La source d’où le mal tire sa force, sa vie, sa survivance ?

Ou la justice a-t-elle finalement pour fin l’accomplissement du bien, de ce qui est bon, de la volonté même de Dieu ?

En effet, si c’est du fait de la justice que l’enfer doit exister et que certaines créatures doivent être damnés à jamais alors la justice devient ce qui fait que le mal ne disparaîtra jamais, que le péché n’est pas vaincu dans ce « non » éternel de la créature ?!

Par ailleurs, la justice ne doit-elle « servir », considérer que l’homme ou doit-elle aussi et surtout considérer Dieu ? La justice sert-elle le mal ou le bien ? L’enfer, la perdition éternelle sont-ils justes envers Dieu, ce Dieu qui s’est sacrifié pour tout homme, qui a porté le péché du monde, qui a œuvré pour racheter la création ? Et la justice ferait davantage de cas des mauvaises œuvres de l’homme que de l’ŒUVRE de Dieu ?!

J'ai l'impression qu'il y a un certains conflit interne de justice quelque part ici avec cette justice qui en faisant subsister un enfer éternel rend certes justice à l’homme mais ne rend pas pleinement justice à Dieu et à son œuvre salvatrice surabondante ?! Et elle maintient même éternellement cette offense à Dieu ?!
Il ne faut pas oublier que Dieu n’est pas mort pour des justes mais pour des pécheurs, pour celui qui est encore son ennemi….
L'autre est un semblable.


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