Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

« Assurément, il est grand le mystère de notre religion : c'est le Christ ! » (1Tm 3.16)
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Cinci
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Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » ven. 23 févr. 2018, 4:07

Bonjour,

Il s'agit d'un petit ouvrage de 1992 et qui fut écrit par le journaliste Georges Huber. L'auteur est intéressant. Je veux permettre à certains de le réaliser.

Qu'on en juge :


Cette conspiration du silence

"Comment a-t-on pu en arriver là ?" C'est la question que se posait le pape Paul VI, quelques années après la clôture du concile Vatican II, en présence des bouleversements qui secouaient l'Église. "On croyait qu'après le Concile, le soleil brillerait sur l'histoire de l'Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, l'incertitude".

Oui, comment a-t-on pu en arriver là? La réponse de Paul VI est claire et nette : Une puissance hostile est intervenue, une puissance qu'on nomme le diable, cet être mystérieux dont saint Pierre parle dans sa première Épitre. Combien de fois, dans l'Évangile, le Christ ne nous parle-t-il pas de cet ennemi des hommes ? Et le pape de préciser : Nous croyons qu'un être préternaturel est venu dans le monde précisément pour troubler la paix, pour étouffer les fruits du Concile oecuménique, et pour empêcher l'Église de chanter sa joie d'avoir repris pleinement conscience d'elle-même". Bref, "la fumée de Satan semble s'être infiltrée dans le peuple de Dieu". C'est ainsi que le 29 juin 1972, neuvième anniversaire de son couronnement, Paul VI s'exprimait sur la crise de l'Église. Certains journaux se montrèrent surpris devant les propos du pape sur la présence de Satan dans l'Église. D'autres journaux crièrent au scandale. Paul VI n'exhumait-il pas des croyances médiévales qu'on croyait à jamais abandonnées ?

Un des grands besoins de l'Église contemporaine

Sans se laisser arrêter par ces critiques, cinq mois plus tard Paul VI revint sur ce thème brûlant. Loin de se contenter de réaffirmer la vérité sur Satan et sur son action, le pape consacra toute une catéchèse à la présence agissante de Satan dans l'Église (cf audience générale du 15 novembre 1972).

Dès son entrée en matière, Paul VI souligna la dimension universelle du sujet : "Quels sont aujourd'hui - dit-il- les besoins les plus importants de l'Église ? La réponse du pape est claire : "L'un des plus grands besoins de l'Église est de se défendre contre ce mal que nous appelons le démon". Et Paul VI de rappeler l'enseignement de l'Église sur la présence dans le monde d'un être vivant, spirituel, perverti et pervertisseur, terrible, mystérieuse et redoutable réalité".

Puis, faisant allusion à des publications récentes (dont l'une, d'un professeur d'exégèse, invite les chrétiens à "liquider le diable"), Paul VI affirma qu'ils s'écartent de l'enseignement de la Bible et de l'Église ceux qui refusent de reconnaître l'existence du diable ou qui en font un principe autonome, n'ayant pas, lui aussi, comme toutes les créatures, son origine en Dieu; ou encore, ceux qui l'expliquent comme une pseudo-réalité, une invention de l'esprit pour personnifier les causes inconnues de nos maux".

"Nous savons, poursuit Paul VI, que cet être obscur et troublant existe vraiment et qu'il est toujours à l'oeuvre avec une ruse traîtresse. Il est l'ennemi occulte qui sème l'erreur et le malheur dans l'histoire de l'humanité".

"Il est le séducteur perfide et rusé qui sait s'insinuer en nous par les sens, l'imagination, la concupiscence, la logique utopique, les relations sociales désordonnées, pour introduire dans nos actes des déviations aussi nocives qu'apparemment conformes à nos structures physiques ou psychiques, ou à nos aspirations profondes".

Le pape évoqua aussi le rôle de Satan dans la vie du Christ. Par trois fois au cours de son ministère, Jésus qualifia le diable de "prince de ce monde", tant Satan a de puissance sur les hommes.

[...]


En d'autres termes, le Chef de l'Église pense que la démonologie est un chapitre très important de la théologie catholique et qu'on la néglige trop aujourd'hui. Une lacune apparaît dans l'enseignement de la théologie, dans la cathéchèse et la prédication. Et cette lacune demande à être comblée. Il y va d'un des besoins les plus grands de l'Église à l'heure actuelle.

Qui l'eût prévu ? La catéchèse de Paul VI sur l'existence et l'influence des démons connut un retentissement inattendu dans la presse. Une fois de plus, on accusa le Chef de l'Église de revenir à des croyances désormais dépassées par la science. Le diable est mort et enterré !

Rarement les journaux s'étaient levés avec une véhémence si acide contre le Souverain Pontife.

Comment expliquer la violence de ces réactions ? Que des journaux hostiles à la foi chrétienne ironisent sur un enseignement du pape, rien d'étonnant à cela. C'est dans la logique de leur position. Mais qu'en même temps, ils s'abandonnent à la colère, voilà qui surprend ... Comment ne pas flairer, sous ces réactions, la colère du Malin ? En effet, Satan a besoin de l'anonymat pour agir efficacement. Dès lors, quelle ne doit pas être son irritation lorsqu'il voit le pape dénoncer urbi et orbi ses agissements dans l'Église ? C'est la colère de l'ennemi qui se sent démasqué et qui exhale son dépit par le moyen de ses suppôts inconscients. (p. 17)

TREBLA
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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar TREBLA » ven. 23 févr. 2018, 4:27

Cher Cinci,

Je vous remercie d'avoir proposé ce fil.
Cinci : jeu. 22 févr. 2018

"Nous savons, poursuit Paul VI, que cet être obscur et troublant existe vraiment et qu'il est toujours à l'oeuvre avec une ruse traîtresse. Il est l'ennemi occulte qui sème l'erreur et le malheur dans l'histoire de l'humanité".
St Paul affirme l'avertissement du Pape à propos du Malin : Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l'air (Ephésiens 6, 11-12).

Que le Seigneur vous bénisse.

Cinci
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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » ven. 23 févr. 2018, 4:58

Jean Paul II a traité ce sujet au cours de six audiences générales successives. Ajoutez à cet enseignement un pèlerinage au sanctuaire de Saint-Michel -Archange sur le mont Gargan,le 24 mai 1987, et un discours sur le démon prononcé le 4 septembre 1988, lors de son voyage à Turin.

La tactique que Satan a appliquée, et qu'il applique encore, consiste à ne pas se révéler, afin que le mal répandu par lui se développe par l'action des hommes, par les systèmes et les relations entre les hommes, entre les classes et entre les nations, pour que le mal devienne toujours plus le péché structurel et qu'on puisse d'autant moins l'identifier comme le péché personnel. Satan agit, mais il agir surtout dans l'ombre, pour passer inaperçu. Satan agit à travers les hommes et aussi à travers les institutions.

Soupçonne-t-on le rôle de Satan dans la préparation, lointaine et proche, des lois autorisant l'avortement et l'euthanasie ?

Dans une étude sur Satan de nos jours, Dom Alois Mager o.s.b, jadis doyen de la faculté de théologie de Salzburg, affirme que deux traits caractérisent le monde satanique : le mensonge et le meurtre. "Le mensonge anéantit la vie spirituelle; le meurtre, la vie corporelle ... Toujours anéantir, c'est la tactique des forces sataniques" (Satan, Études carmélitaines, Paris, 1948) Or Dieu est Celui qui est, et qui donne sans cesse la vie, le mouvement et l'existence.

L'insistance croissante des deux papes contemporains sur Satan et ses menées n'est-elle pas hautement significatives ?

[...]

Cette révision fut mon souci. Journaliste établi depuis plusieurs décennies à Rome, j'avais écrit en 1970 un livre sur les Anges gardiens : Mon Ange marchera devant toi, paru en onze langues. Un chapitre met en lumière les "embûches et les embuscades" dont les mauvais anges accompagnent la marche des hommes vers leur destinée éternelle. Un saint prêtre, qui m'avait félicité de cette étude sur les bons anges, me suggéra la publication d'un essai analogue sur les mauvais anges. Cette proposition me surprit. [...] La catéchèse de Paul VI du 15 novembre 1972 et son invitation à reprendre la doctrine de l'Église sur les mauvais anges m'impressionnèrent profondément. Elles firent choc sur ma conscience. Il s'agissait donc d'un thème important pour la vie chrétienne.

Un terrain miné

Je sais fort bien qu'en écrivant ces pages, je m'aventure dans un domaine miné [...] Peu de chrétiens paraissent croire vraiment à l'existence personnelle des démons. Beaucoup semblent même repousser cette vérité, non point parce qu'elle serait incertaine, mais parce que - nous dit-on - "aujourd'hui les gens ne l'admettent plus". Comme si l'homme de l'ère atomique devait censurer les données de la Révélation ! D.autres, tout aussi irrespectueux de la Révélation, partageraient volontiers les vues de ce vieux monsieur qui, à la fin d'une table ronde mouvementée sur l'existence du diable, suggérait que la question fût tranchée ... par un référendum : "La majorité décidera si les démons existent ou non". Comme si la vérité dépendait du nombre des opinions et non de leur consistance ! Le sentiment de cent badauds pèserait-il plus que la pensée réfléchie d'un sage ou d'un saint ?

Une dizaine d'années plus tard, une vigoureuse profession de foi de l'évèque de Strasbourg, Mgr Léon Arthur Elchinger, fera écho [...] et le prélat d'exposer ses raisons d'ordre surnaturel d'abord, puis d'ordre naturel :

"Oui, je crois à Lucifer et ce n'est pas une preuve d'étroitesse d'esprit ou de pessimisme. J'Y crois parce que les livres inspirés de l'Ancien et du Nouveau Testament nous parient du combat qu'il mène contre ceux à qui Dieu a promis l'héritage de son royaume. J'y crois parce que, avec un peu d'impartialité et un regard qui ne se ferme pas à la lumière d'En-Haut, on devine, on constate comment ce combat continue sous nos yeux. Bien sûr, il ne s'agit pas de matérialiser Lucifer, de nous arrêter aux représentations d'une piété populaire. Lucifer, le Principe du mal, agit dans l'esprit et le coeur des hommes. Finalement, je crois à Lucifer parce que je crois en Jésus-Christ qui nous met en garde contre lui et nous demande de le combattre de toutes nos forces si nous ne voulons pas être trompés sur le sens de la vie et de l'amour." (Le retour de Ponce Pilate, 1975)

A qui s'adresse cet ouvrage ? Avant tout au commun des chrétiens, et plus particulièrement aux chrétiens fidèles à l'Église et dociles à son enseignement. Mon désir est de les aider à approfondir leur connaissance touchant la présence et les embûches des anges rebelles.

Mes sources ?

Ce sont l'Écriture Sainte et la Tradition, reçues filialement des mains de l'Église, et le Magistère des papes. [...] "La malice des démons est profondément inconnue des hommes, affirmait Ernest Hello, éminent penseur catholique du siècle dernier; c'est un bienfait de la leur apprendre; c'est un bienfait de les armer". (p.30)

Cinci
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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » ven. 23 févr. 2018, 5:48

Comme Henri-Irénée Marrou le souligne, Satan est un ange déchu, mais un ange pourtant, c'est à dire une splendide créature sortie des mains de Dieu. La distance est énorme entre un ours, un loup, un bouc, un serpent - sous les apparences desquels on représente parfois le démon - et un ange, c'est à dire la plus parfaite des oeuvres sorties des mains du Créateur. Saint Thomas d'Aquin, si mesuré dans ses expressions, remarque que, même après sa chute, Satan conserve intégralement les dons naturels vraiment splendides reçus du Créateur (De Malo, q. XVI, a. 6c.)

Le démon reste une merveille d'intelligence et de volonté, même s'il use très mal de ses dons naturels incomparablement supérieurs à ceux de l'homme. Un athlète géant reste physiquement un athlète géant, même s'il fait usage de sa force et de sa souplesse pour commettre des crimes.

La providence utilise la malice des démons

La grandeur naturelle des anges déchus apparaît aussi dans le rôle que Dieu leur assigne dans l'histoire du salut. C'est un rôle non pas de comparse, comme on pourrait le penser, mais un rôle de protagonistes. Saint Thomas explique : Du fait de leur nature, les anges se tiennent entre Dieu et les hommes. Or le plan de la Providence consiste à procurer le bien des créatures inférieures par le moyen des êtres supérieurs. Pour ce qui est du bien de l'homme, il est procuré d'une double manière par la Providence : soit directement, quand l'homme est porté au bien et détourné du mal, et il convient que cela se fasse par le ministère des bons anges, soit indirectement, quand l'homme est éprouvé, combattu par les assauts de l'adversaire. Et cette manière de lui procurer son bien humain, il convient qu'elle soit confiée aux mauvais anges, afin qu'après leur péché ils ne perdent pas leur utilité dans l'ordre de la nature" (Somme théologique, I, 64, a 4)

Ainsi, ajoute saint Thomas, un double lieu de châtiment est attribué aux démons : l'un en raison de leur faute, c'est l'enfer; l'autre, en raison des épreuves qu'ils font subir aux hommes, c'est l'air ténébreux, c'est à dire l'atmosphère terrestre dont parle l'Écriture sainte.

Langage quelque peu mystérieux pour l'homme moderne ! Le cardinal Journet tente d'expliquer ainsi les "lieux" habités par les démons : "Les deux séjours du démon sont signifiés l'un par l'enfer, l'autre par l'air, la stratosphère, les lieux célestes. Le premier séjour est celui de son infortune; le second, celui de ses menaces".

"Parler de la présence du démon dans l'air, c'est se servir d'une image, pour dire qu'outre sa présence dans l'enfer où il est enchaîné, le démon est encore présent dans le lieu même de notre habitation pour nous tenter".

Après leur péché, Dieu aurait pu précipiter tous les anges rebelles dans les profondeurs de l'enfer. Mais il appartient au sage de savoir utiliser les maux à des fins supérieures, observe saint Thomas.

Dieu se servirait de leur malice, parfaitement contrôlée, pour éprouver les hommes et pour leur donner ainsi l'occasion de se purifier et de s'élever spirituellement. Ainsi les anges rebelles deviennent-ils malgré eux les serviteurs du Seigneur, ou plutôt ses esclaves. Comme les forçats dans l'Ancien Régime étaient condamnés à ramer sur les galères de l'État, ainsi les démons se trouvent-ils condamner à oeuvrer malgré eux pour le salut des âmes et pour la gloire de Dieu. (p.36)

Cinci
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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » ven. 23 févr. 2018, 6:27

Et une clarification intéressante :

Prince de ce monde

Saint Thomas explique ainsi l'expression "prince de ce monde" : le diable est appelé "prince de ce monde" non pas en raison d'une domination naturelle légitime, mais par suite d'une usurpation de pouvoir,en ce sens que les hommes charnels ont méprisé Dieu pour se soumettre au diable. Comme l'écrit saint Paul aux Corinthiens : Le Dieu de ce siècle a aveuglé l'entendement des incrédules (2 Co 4,4) . Il est donc prince de ce monde en tant qu'il est le maître des hommes charnels, lesquel, selon saint Augustin, sont répandus dans le monde entier (saint Thomas, Commentaire de l'Évangile de saint Jean).

Le mot "prince" est donc à prendre, non pas au sens propre, comme s'il s'agissait d'une autorité mondiale, mais au sens figuré.

Dans un article de la Somme théologique, saint Thomas explique aussi pourquoi le diable en raison de son influence peut être considéré comme la tête de tous les méchants. Non seulement la tête d'un corps exerce-t-elle une influence intérieure sur les membres, mais encore elle les gouverne extérieurement en dirigeant leur activité vers une fin. On peut donc donner à quelqu'un le nom de chef, par rapport à une multitude, ou bien dans les deux sens d'influx intérieur et de gouvernement extérieur [...] C'est également de cette manière que le diable est tête de tous les méchants, car, ainsi qu'il est dit dans Job (41,25) : "Il est roi sur tous les orgueilleux".

Ils tombent sous le régime de Satan

Ces précisions données, saint Thomas continue : "Il appartient au chef de conduire à sa propre fin ceux qu'il gouverne. Or la fin visée par ;e diable, c'est que les hommes se détournent de Dieu. C'est pourquoi, dès le commencement, le diable chercha à détourner Adam et Ève de l'obéissance aux préceptes de Dieu.

Lorsque les hommes, en commettant le péché, sont conduits à cette fin, c'est à dire l'aversion contre Dieu, ils tombent sous le régime et le gouvernement du diable, et celui-ci peut être appelé leur tête".

Dans le même ordre d'idée, saint Augustin expliquait aux fidèles d'Hippone : "Si tu imites le diable qui, par son orgueil et son impiété, s'est élevé contre Dieu,tu seras fils du diable. Tu le deviendras, non parce qu'il t'aurais crée ou engendré, mais parce que tu l'imite dans son aversion contre Dieu".

Combien réalisent qu'en tournant délibérément le dos à Dieu et à sa loi, ils deviennent moralement des fils des ténèbres, alors qu'ils avaient vocation d'être des enfants de la lumière ? Ils suivent le prince de ce monde. (p.50)

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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Théodore » ven. 23 févr. 2018, 14:46

Cinci,
Merci pour ces textes bien intéressants ! Avez-vous tout recopié à la main ? :wow:
Unam peti a Domino, hanc requiram,
Ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitae meae.
Ut videam voluptatem Domini, et visitem templum eius.


Psaume XXVI, verset 7-8.

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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » sam. 24 févr. 2018, 5:00

Trebla a écrit :
Je vous remercie d'avoir proposé ce fil.
Bienvenue !

Cinci
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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » sam. 24 févr. 2018, 5:06

Théodore,

je suis content que le propos de l'auteur puisse vous intéresser un peu. Je recopie comme les anciens moines en effet. .

:)

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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » sam. 24 févr. 2018, 6:08

Une question peut surgir ici touchant les relations des mauvais anges entre eux, Y a-t-il une hiérarchie parmi les démons ? Les anges moins richement doués obéissent-ils aux anges supérieurs ? Rebelles à l'égard de Dieu, les anges pécheurs se montreraient-ils respectueux envers des chefs ? Bref, admettraient-ils une autorité ? Comment expliquer une certaine concorde qui semble régner dans le monde satanique ?

La réponse de saint Thomas met en lumière le trait essentiel du monde satanique : la haine. La concorde qui porte certains démons à obéir à d'autres ne vient pas de leur amitié mutuelle, mais d'une commune méchanceté qui leur fait haïr les hommes et résister à la justice de Dieu. C'est un trait caractéristique des hommes impies, en effet, de s'unir entre eux et, pour accomplir leurs mauvais desseins, de se soumettre à ceux qu'ils voient plus puissants et plus forts (Somme théologique, I, 109, 2, ad 2 um). On dira que les mauvais anges sont des opportunistes. Chez eux aussi "l'union fait la force". (p. 51)


Un instrument aux mains de Dieu

Que de fois - vient de me dire Jésus - tu m'aurais abandonné. mon enfant, si je ne t'avais pas crucifié". C'est un géant de la sainteté contemporaine , le Padre Pio de Pietrelcina, capucin stigmatisé, qui faisait cette confidence à son directeur spirituel (cf lettre du 13 février 1913 au père Agostino).

Paroles impressionnantes en vérité ! Elles montrent le rôle décisif de l'épreuve dans une vie chrétienne. Sans elle, l'homme risque de glisser dans la médiocrité et de s'y enliser. Il risque même de s'habituer à vivre en état de péché. Avec sa concision et sa sérénité habituelle, saint Thomas exprime [...] "Aux hommes justes, Dieu distribue biens et maux temporels, autant qu'il leur est expédient pour parvenir à la vie éternelle"

Un Dieu bon distributeur de maux : quel paradoxe, du moins en apparence ! C'est pourtant là une vérité chrétienne fondamentale. La croix accompagne nécessairement la vie du chrétien.

Une marche plus rapide

Saint Thomas va encore plus loin, lorsqu'il commente ce verset de l'épitre aux Hébreux : "Le Seigneur corrige celui qu'il aime, il châtie tout fils qu'il accueille". Dieu corrige parce qu'il aime, explique le saint docteur. L'épreuve est donc un fruit de l'amour. "Aussi bien ne peuvent-ils pas être rangés parmi les fils du Père ceux qui ne sont pas éprouvés, châtiés. L'absence d'épreuves est quasiment un signe de réprobation éternelle" (Commentaire des Épitres de saint Paul, ad Hebr. 12,6)

Si l'on pense qu'une partie considérable des épreuves ont Satan pour cause, on mesure mieux le rôle du monde diabolique dans l'histoire du salut.

Elle est d'ailleurs significative, l'attention portée par les saints et par les maîtres spirituels à la présence de Satan dans la vie quotidienne, comme aussi l'importance qu'ils attachent au rôle des épreuves et des tentations. "C'est pour faire plus grands nos mérites, plus pures et plus hautes nos vertus, plus rapide notre marche vers Lui, que Dieu permet au diable de nous tenter et de nous éprouver" (Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, o.c.d., Je veux voir Dieu, p.115)

Avec quelle lucidité le saint curé d'Ars, qui les connaissait bien, ne met-il pas en lumière le rôle des démons dans la vie chrétienne ! "Que nous sommes à plaindre si nous ne sommes pas fortement combattus par le démon !" Le curé d'Ars cite à ce propos l'avis de saint Grégoire le Grand : Si vous n'avez point de tentations, c'est que les démons sont vos amis, vos conducteurs et vos pasteurs. En vous laissant passer tranquillement votre pauvre vie, à la fin de vos jours les démons vous traîneront dans les abîmes".

Et le curé d'Ars d'ajouter cette réflexion qui rejoint la pensée de saint Thomas : "Nous pouvons dire que, quoi qu'il soit bien humiliant d'être tenté, c'est la marque la plus sûre que nous sommes dans le chemin du ciel". Lisons bien : une marque, et la marque la plus sûre !

Monsieur Vincent disait aussi aux Filles de la Charité : "... il ne faut pas prier Dieu de nous délivrer de la tentation, mais de nous en faire bien user et de nous empêcher de succomber. Un Apôtre a dit : Prenez de très bon coeur toutes les épreuves par lesquelles vous passez. Comme au contraire c'est un signe de réprobation d'avoir tout à souhait !" (Oeuvres complètes, Éd. Coste, T, XI, p. 149)

Comme avec les yeux de Dieu

Que les tentations du démon soient un instrument aux mains de Dieu pour le salut et pour le progrès spirituel des hommes, seule une foi profonde et lucide en conviendra. Il s'agit là d'une vérité surnaturelle. La raison de l'homme abandonné à ses forces naturelles ne saurait le saisir. Il convient de rappeler ici que le chrétien adulte est doté de trois paires d'yeux : les yeux de la chair perçoivent les réalités matérielles; les yeux de l'intelligence saisissent les réalités spirituelles; les yeux de la foi atteignent les réalités surnaturelles. A la suite de Denis l'aréopagite, saint Thomas use d'une expression audacieuse : il dit que, grâce à cette dernière paire d'yeux, le chrétien voir "comme avec les yeux de Dieu". (p. 58)

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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » sam. 24 févr. 2018, 14:34

Un antidote

Dieu, affirme le concile Vatican II, Dieu décida d'entrer dans l'histoire des hommes d'une façon nouvelle et définitive, en envoyant son Fils dans notre chair, afin d'arracher par Lui les hommes à l'empire des ténèbres et de Satan (cf Col 1,13; Ac 10, 28) , et de se réconcilier en Lui le monde (cf 2 Co 5,19).

Et cependant si nous considérons le monde, ne nous semble-t-il pas que le Christ ait échoué dans son dessein d'arracher les hommes à l'empire de Satan ? Le démon ne continue-t-il pas son oeuvre destructrice, aujourd'hui comme avant la venue du Christ ? Satan n'est-il pas toujours le "prince de ce monde" ?

Que répondre à ces objections de poids ?

Écoutons saint Thomas d'Aquin. "Dieu, dit-il, permet au démon de tenter certaines personnes, en certains temps et en certains lieux, selon le dessein caché de ses jugements. Toujours, cependant, grâce à la Passion du Christ, les hommes trouvent un remède préparé pour se protéger contre les embûches du démon. Mais si quelques uns négligent d'employer le remède, cela n'enlève rien à l'efficacité de la Passion du Christ" (Somme théologique, III, q. 49, a 2, ad 3).

Pour employer une comparaison, on pourrait imaginer qu'une équipe de savants découvre un médicament efficace contre toutes les formes de cancer. Ces savants pourraient-ils affirmer que leur découverte a libéré l'humanité, à tout jamais, de ce fléau qu'est le cancer ? Oui et non. Oui, en tant que la découverte offrirait à tous les cancéreux la possibilité de se libérer de leur mal. Non, en tant que, de fait, d'innombrables malades ne bénéficieront pas de cette découverte, soit qu'ils l'ignorent, soit qu'ils n'aient pas les moyens matériels de se procurer le médicament.

A la disposition de tous

Ainsi en va t-il de ce remède souverainement efficace qu'est la grâce, offerte aux hommes par la Passion du Christ : la grâce est là, à la disposition de tous les hommes mais, de fait, tous n'en bénéficient pas, soit qu'ils l'ignorent, soit qu'ils la négligent.

Des excursionnistes peuvent, dans une région montagneuse inconnue d'eux, mourir de soif à une centaine de mètres d'une source. Elle existe mais ils l'ignorent. Imputera-t-on leur tragique mésaventure à la source ? Ne convient-il pas plutôt de mettre en cause leur inexpérience ? La Parole de Dieu l'affirme : Le Christ offre à tous les hommes, sans contrepartie, par pure amour, les flots de sa grâce, puissant antidote contre Satan : Ô vous tous qui êtes assoiffés, venez vers les eaux, même si vous n'avez pas d'argent, venez !" (Isaïe 55, 1)

Mais combien ignorent la source ... et risque de perdre la vie ? Celui que le Christ appelle l'ennemi fait tout pour éloigner les hommes de cette source et le distraire de la grâce de Dieu. (p. 118)

Cinci
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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » sam. 24 févr. 2018, 15:35

Le mécanisme de la tentation


Un prélat que ses fonctions ont appelé à approfondir la doctrine catholique sur les mauvais anges, le cardinal Suenens, archevêque émérite de Malines-Bruxelles, brosse le tableau suivant de la foi des chrétiens contemporains en l'existence des démons :
"Il faut reconnaître qu'il existe aujourd'hui parmi les chrétiens un malaise au sujet de l'existence du ou des démons. Mythe ou réalité ? Satan est-il à reléguer au royaume des fantômes ? Est-il simplement la personnification symbolique du Mal, un mauvais souvenir d'un âge pré-scientifique révolu ?

Nombre de chrétiens optent pour le mythe : ceux qui acceptent la réalité se sentent inhibés et gênés pour parler du démon, par crainte de paraître se solidariser avec l'imagerie populaire qui l'entoure et de méconnaître les progrès de la science.

La catéchèse, la prédication, l'enseignement ou les séminaires évitent généralement le sujet. Et même là où l'on discute l'existence du démon, on aborde guère l'examen de son action et de son influence dans le monde. Le démon a réussi à se faire passer pour un anachronisme : c'est le comble du succès sournois.

Dans ces conditions, il faut du courage au chrétien d'aujourd'hui pour braver l'ironie facile et le sourire apitoyé de ses contemporains. D'autant plus que reconnaître l'existence du démon ne cadre guère avec ce que Léon Moulin appelle l'optimisme pélagien de notre époque.

Plus que jamais donc, le chrétien est invité à faire confiance à l'Église, à se laisser conduire par elle ..." (Cardinal L. J. Suenens, Renouveau et puissance des ténèbres, 1982)

Satan dans notre vie quotidienne

Lorsque l'Église, le mardi soir à l'heure des complies, exhorte avec saint Pierre les hommes à la vigilance, à la sobriété et à la prière, face à leur adversaire qui rôde autour d'eux, rugissant comme un lion en quête d'une proie, n'a-t-elle pas en vue tous ses enfants ? ... cf 1 P 5,8. Lorsque, avec saint Paul, le concile Vatican II rappelle aux fidèles que, à côté de la chair et du sang, ils ont aussi à combattre les puissances des ténèbres, ne s'adresse-t-il pas à l'ensemble des fils de l'Église ? ... cf Lumen Gentium, no 53.

Ces attaques de Satan, comment donc se réalisent-elles dans le concret de la vie de chaque jour ? C'est là une question importante qui mérite d'être élucidée.

Que m'importe les recherches et les spéculations de la démonologie, si j'ignore les vérités révélées par Dieu lui-même sur les menées de ces êtres terribles qui rôdent continuellement autour de moi pour me détourner du droit chemin et pour m'éloigner de Dieu ? Il est certes utile de nous parler des diverses emprises de Satan, qui vont jusqu'à l'obsession et la possession, comme il convient d'éclairer les fidèles sur les différents modes d'exorcismes [...] Il est salutaire aussi de révéler aux fidèles, par l'hagiographie, les tours que les démons sont capables de jouer aux amis de Dieu, comme saint François d'Assise, saint Paul de la Croix, fondateur des passionistes, le saint curé d'Ars, Don Bosco, et plus près de nous, le Padre Pio. Ils en virent - on peut bien le dire - de toutes les couleurs ! Dieu peut permettre que ses serviteurs les plus fervents soient soumis à des tentations et à des sévices incroyables, pour leur purification et pour leur avancement spirituel.

Mais il nous est certes encore plus utile et plus salutaire de connaître aussi et avant tout l'attitude et les artifices de Satan envers le commun des fidèles.

Dieu seul peut brider Satan

Aucune muraille, aucune porte blindée, aucun garde du corps ne saurait empêcher l'emprise de Satan sur la mémoire ou sur la fantaisie d'un homme. Si rigoureuse que soit la clôture d'un carmel, elle ne saurait empêcher le démon d'en franchir les murs - un peu comme un son traverse une paroie - pour aller, par des images mondaines, jeter le désarroi dans l'âme d'une moniale incertaine de sa vocation et la pousser à sortir. Si consciencieuse que soit une mère de famille dans sa tâche d'éducatrice, elle ne saurait empêcher le diable de dérouler dans l'imagination de ses enfants des séquences d'images troublantes. Si haute que soit l'autorité d'un prêtre et si rayonnante que paraisse sa sainteté, il ne saurait se soustraire aux incursions sournoises de Satan dans sa mémoire et sa fantaisie.

Les démons peuvent "ce que ne peuvent pas les hommes", en raison de leur action immédiate sur nos sens intérieurs, notre imagination, notre sensibilité et les réactions organiques les plus profondes. Là sera le champ propre de leur activité tentatrice. Ils nous feront imaginer de faux liens, provoqueront en nous de vaines craintes, des mouvements désordonnés, etc.

Puissance et impuissance des démons ! Ils peuvent opérer dans notre psychisme des mouvements affectifs et des élans passionnels qu'aucun psychologue ne saurait provoquer. Et en même temps les démons sont tenus en bride par Dieu "qui ordonne toutes choses au vrai bien de ceux qui l'aiment".

L'emprise des démons sur nos facultés sensibles intérieures peut aller jusqu'à paralyser l'action de notre intelligence et de notre volonté. (p. 110)

Cinci
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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » mar. 27 févr. 2018, 0:14

De même le lecteur de l'Évangile demeure-t-il stupéfait lorsqu'il rapproche les passages qui ont trait aux contacts du Sauveur avec les forces démoniaques. "Lorsque Jésus paraît parmi les hommes, on entend à chacun de ses pas les esprits impurs crier dans les corps et les âmes des possédés, car les démons savent que le saint de Dieu, qui les écrasera, est entré en scène." Si l'on prend au sérieux Luc 4,6 et maintes paroles de Jésus lui-même, sans oublier saint Paul et saint Jean , on est amené à croire que l'emprise des démons sur le monde est beaucoup plus large et plus profonde qu'on ne le suppose communément.

Fait révélateur de cette emprise : Quel que soit l'être ou l'élément qu'elle veut bénir, l'Église commence par manifester qu'elle les considère comme le siège du démon jusque-là, et qu'elle croit devoir avant tout les lui reprendre et l'en chasser.

Qu'elle consacre un temple pour s'y établir, et elle en exorcisera toute l'espace. Qu'elle bénisse l'eau, l'huile ou tout autre matière brute prise au monde pour son usage, ou bien qu'elle veuille insérer en elle-même un homme de ce monde par le saint baptême, et la même cérémonie précédera tout acte positif de consécration.

Par là elle nous indique que son oeuvre ici-bas de continuatrice du Christ, d'accomplissement du Christ , est foncièrement une reprise, un transfert de propriété obtenu de haute lutte pour aboutir à une expulsion. Il s'agit pour elle de reconquérir, élément par élément, personne par personne, ce monde où le diable et les siens, par le péché de l'idolâtrie de l'homme, ont pu s'arroger une souveraineté quasi-divine, et de les éliminer. Elle s'avance comme une armée rangée en bataille.

Deux blocs invisibles

Telles sont à la lumière de la Révélation, la puissance des démons sur le monde et leur possibilité d'influence sur chaque homme en particulier. Puissance inouïe,dont nous ne saurions nous faire une idée adéquate, puisque nous ignorons ¸a peu près tout de la nature de ces êtres incorporels. Puissance dont les hommes n'auraient guère pu connaître l'ampleur avec certitude, si Dieu lui-même ne leur en avait révélé le mystère.

Commentant la réponse du Docteur angélique à l'objection tirée de l'inégalité manifeste entre les forces du démon et celles de l'homme, un théologien contemporain relève l'importance que saint Thomas attribue à la garde des anges, en la comparant au rôle de la grâce divine dans l'économie du salut. La strophe finale de l'hymne Aeterne rector siderum récitée par l'Église en la fête des anges gardiens , fait un rapprochement semblable en associant la mission des anges à celle du Sauveur et à celle de l'Esprit Saint : "A Dieu le Père soit la gloire; qu'il garde par ses anges ceux que le Fils a rachetés et qu'a sanctifiés le Saint Esprit."

Non l'ange gardien n'est pas un simple figurant éthéré sur la scène où se joue la vie des hommes, et où se décide leur destinée éternelle. Il y tient un rôle important. N'a-t-il pas été député par Dieu à leur service, comme l'affirme l'Épitre aux Hébreux ?

On écrit l'histoire des peuples et de leurs personnalités marquantes. C'est l'exposé des faits visibles et l'analyse des relations contrôlables. Pour compléter le tableau, il y aurait à écrire aussi une histoire des faits invisibles et des relations , tissu des influences respectives des saints anges et des démons sur les chefs d'États, sur les hommes politiques, sur les penseurs, les éducateurs, les artistes , sur les maîtres de l'opinion publique, etc.

Le prince du mensonge

Soupçonne-t-on par exemple l'influence précise des forces diaboliques sur l'idéologie politique de Staline ou d'un Hitler ? Dans une étude sur Satan de nos jours, Don Aloïs Mager décèle l'influence des forces démoniaques sur Adolphe Hitler et sur le national-socialisme.

Le bénédictin allemand discerne deux traits dans le Führer et dans sa Weltanschaung. "S'Il est vrai que Pie XI ait nommé le national-socialisme le mendacium incarnatum, le mensonge incarné, il ne pouvait le désigner de façon plus exacte. Le mensonge anéantit la vie spirituelle; le meurtre, la vie corporelle. Toujours anéantir, c'est la tactique des forces diaboliques. Significatif est le fait qu'aucun mot ne revient aussi souvent et aussi régulièrement dans les discours de Hitler et des dirigeants nazis, et dans leur presse, que destruction, anéantissement.

Il n'y a pas de définition plus brève, plus précise, plus adaptée à la nature de Hitler que celle de "medium de Satan". Le général Jodl disait de lui , au procès de Nuremberg : "c'était un grand homme, mais un grand homme infernal." Mgr J.B. Neuhaüsler, ancien détenu des camps de concentration nazis, aujourd'hui évêque de Munich, résume en son ouvrage Croix et croix gammée l'essence du national-socialisme en cette formule : "Satan et le national-socialisme sont liée l'un à l'autre."

Un philosophe français arrive aux mêmes conclusions que le prélat allemand. "Quoi de comparable au phénomène hitlérien ? En l'espace de douze ans, un homme qui n'était ni un stratège, ni un politique exceptionnel, qui ne disposait que d'une puissance frénétique de médium, a pu faire par lui seul, hallucinant un grand peuple, ce qui aurait demandé dans les révolutions précédentes le concours de plusieurs génies exceptionnels. Hitler a fait ce qu'avaient fait à la fois Rousseau, Mirabeau, Robespierre, Bonaparte. Et il a failli réussir. Or, qui n'a l'impression que, dans ce cas unique,et dont nous sommes les témoins, il n'y a pas eu pour susciter pour produire ce phénomène si extraordinaire, quelque chose d'analogue à ce que les démonologues ont appelé envoûtement, possession, c'est à dire substitution à la personnalité humaine d'une personnalité seconde, infra et supra humaine."

L'emprise des anges déchus sur les activités culturelles et économiques, politiques, militaires des peuples, ne doit pourtant pas faire oublier l'influence tout aussi réelle des anges de lumière sur les cités temporelles.

L'épopée de Jeanne d'Arc n'est-elle pas une splendide illustration de l'intervention de saint Michel et des anges dans les affaires d'un royaume terrestre ? Ce qui paraît exceptionnel dans cette histoire, ce n'est pas l'intérêt des anges pour une cité temporelle, mais le mode visible et audible de leurs interventions, ordinairement secrètes. Dieu seul connaît pleinement l'étendue et la profondeur des influences angéliques et des emprises démoniaques sur le déroulement de l'histoire. Le monde les découvrira avec stupeur au jour du Jugement dernier.

p. 81

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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Cinci » mar. 27 févr. 2018, 1:41

(Pour faire suite à la page 110 ...)

La plupart des maux pénètrent par là

Moment décisif : une conscience éclairée reconnaît les suggestions du diable et en entrevoit la malice. La volonté se trouve alors affrontée à un dilemne : adhérer au mal ou s'en détourner. La volonté s'y opposera-t-elle ? C'est un échec pour le diable. Accepte-t-elle la suggestion mauvaise ? C'est alors une première victoire pour Satan. D'autres victoires suivront, car une fois acceptée, l'image pernicieuse, telle une pieuvre, étendra ses tentacules mortelles.

Plus peut-être qu'aucun autre maître spirituel, saint Jean de la Croix a mis en lumière la caractère dramatique de l'option que l'esprit de l'homme est appelé à prendre devant les objets présentés par l'imagination. Avoir la maîtrise de sa sensibilité, et tout spécialement posséder un contrôle parfait de sa mémoire imaginaire, "c'est garder la porte et l'entrée de l'âme" (cf. Montée du carmel, L. II, chap. VI) C'est tenir en échec le Malin.

Par l'intermédiaire des connaissances enregistrées par la mémoire et l'imagination, écrit le saint, le démon peut avoir une grande emprise sur l'âme. Le démon peut en effet ajouter des formes, des connaissances, des discours à ceux que produit naturellement la mémoire, et par ce moyen infecter l'âme d'orgueil, d'avarice, d'envie, de colère, etc. Il peut lui inspirer une haine injuste, un amour vain, enfin la tromper de mille manières. Outre cela, il représente les choses à la fantaisie de façon à lui faire paraître vraies celles qui sont fausses, et fausses celles qui sont vraies. Pour tout dire, la plupart des maux que le démon cause à l'âme, la plupart des erreurs où il l'engage, pénètrent en elle par les connaissances et les discours de la mémoire.

Lisons bien : la plupart des maux ... la plupart des erreurs ... C'est à dire que les forces démoniaques se déchaînent principalement non pas dans les rares êtres possédés par lui, objet virtuel d'un exorcisme, mais dans la tête et dans le coeur du commun des hommes. Et cela, au fil des heures et des jours, à l'insu de l'immense majorité des hommes et des femmes, jeunes ou moins jeunes, lettrés ou incultes. Le démon cherche sans cesse à pénétrer dans la mémoire et l'imagination des hommes, pour y faire son oeuvre de haine et de mensonge. Sur toute la surface de la terre, des légions de démons sont constamment à l'oeuvre, dans la mémoire et dans l'imagination des hommes, pour les détourner de Dieu. N'est-ce pas là une véritable guerre, une guerre aux dimensions du globe terrestre, invisible, certes, mais bien réelle ?

Le Père Sertillange développe des réflexions analogues : Le diable n'a qu'à entrer dans le courant de nos inclinations, dans le sourire des choses qui nous séduisent; il n'a qu'à appuyer sur ce qui cède; il n'a qu'à s'opposer à ce qui tend à monter.

On comprend dès lors l'importance que les saints attachent à l'ascèse : maîtriser l'imagination, contrôler la mémoire. Il y va de la conduite de l'homme et de sa destinée éternelle. Une allumette suffit parfois pour mettre le feu à une forêt. Une image pernicieuse peut infléchir toute une existence vers le mal. Satan le sait.

p. 114

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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Didyme » lun. 09 avr. 2018, 15:56

Le sujet est intéressant et il est vrai qu'il est souvent parlé dans la bible de l'influence des démons.
J'avais un peu occulté cet aspect-là dernièrement et j'avoue que ça me pose des interrogations.


Premièrement, n'est-ce pas focaliser sur l'extérieur ce qui nous concerne d'abord ? Est-ce à penser que sans la tentation du diable l' homme n'aurait jamais péché de lui-même ?

Quelque part, qu'est-ce que ça change au fond qu'il y ait cette influence, ça reste un combat intérieur contre le péché. Car en focalisant sur le démon, on risque de rejeter la faute sur l'extérieur, de décentrer le problème, de chercher un coupable.
Et ça me rappelle un peu les vidéos que je voyais de Michèle d'Astier sur un forum évangélique. Ça paraissait intéressant mais je trouve que ça donnait une énergie très négative, à savoir se focaliser sur le mal, voir du démon partout, diaboliser l'autre plutôt que de voir ses faiblesses et chercher la miséricorde divine. Enfin, c'est comme ça que je le ressentais.


On peut aussi se demander pourquoi, si nos chutes viennent de la tentation des démons, Dieu leur permet d'agir ?
Alors certes, il y a l'aspect d'éprouver la créature, de la faire grandir, aussi de la guérir par l'épreuve. Mais si cette tentation conduit certains à leur perte définitive, c'est quand même un "risque" surprenant de la part de Dieu. Alors oui, si on part dans l'idée que Dieu ignore nos choix, nos réactions. Mais si l'on part du Dieu créateur qui a posé notre fondement sur lequel nos choix, nos réactions vont émerger, il semble difficile d'admettre une telle ignorance. Ou il faudra penser qu'il ne l'ignorait pas et qu'il n'a pu faire aboutir sa création au salut. Mais cela signifie que la base était biaisé d'entrée et la créature irrécupérable dès sa création. Car Dieu connaît ce qu'il a créé et sait comment mener chaque chose à sa fin.
Ne le saurait-il pas ? Une liberté impliquerait que Dieu ignore la direction que va prendre la créature ? Mais cela veut dire qu'il y a une part de fondement de la créature qui ne tire par son origine en Dieu, la créature devient sa propre origine...
On peut se dire que le péché que produit la créature ne tire effectivement pas son origine en Dieu. Sauf que ce péché vient après et n'est pas à l'origine. Ou alors, il faudra penser que le péché est créateur et source. Or ce n'est pas le cas. Et si le péché émerge ensuite, c'est qu'il n'est pas attaché, confondu avec ce qu'est fondamentalement la créature. Par conséquent, difficile d'imaginer que Dieu soit moins puissant que le péché pour que ce dernier fasse que Dieu ne puisse mener la créature à la fin qu'il lui a assigné.


Oui, je n'ai pas pu m'empêcher de glisser mon sujet de prédilection dans ce sujet. Je suis un peu chiant. :-D :oops:
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Re: Arrière Satan ! le diable aujourd'hui

Message non lupar Didyme » lun. 09 avr. 2018, 15:59

Et puis, je me pose aussi la question de la place de la psychologie humaine au milieu de tout ça.

On parle souvent de péché, de spirituel et d'influence spirituelle mais y a-t-il une place là-dedans pour les constructions psychologiques, les expériences de la vie, les traumatismes et leurs traces ?
L'autre est un semblable.


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