Des temples à purifier

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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etienne lorant
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Des temples à purifier

Message non lu par etienne lorant » lun. 10 nov. 2008, 11:00

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (Jn 2, 13-22)
13 Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
14 Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
17 Ses disciples se rappelèrent cette parole de l'Écriture : L'amour de ta maison fera mon tourment.
18 Les Juifs l'interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »
19 Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »
20 Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
21 Mais le Temple dont il parlait, c'était son corps.
22 Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Durant l'après-midi, je me suis retrouvé chez des amis et le partage au sujet du corps, temple de l'Esprit, a été très intéressant et nous a conduit à nous interroger sur de curieuses formes (modernes ou de toujours ?) d'opacité de la conscience. Nous avons parlé de ces croyants, croyants pratiquants, qui commettent des fautes sans en avoir conscience. Je me suis exclamé que ce n'est pas possible ! Et cependant, j'ai dû reconnaître que mon auteur du moment, Julien Green, en effectuant son retour à l' Eglise catholique (sa famille était protestante), s'était aperçu qu'il avait commis des fautes sans avoir éprouvé le moindre remord. Il avait expliqué qu'ayant grandi dans ce milieu particulier, il avait possédé très naïvement la certitude du salut, de telle sorte qu'il péchait gravement, mais sans éprouver le moindre besoin de lutter contre ses penchants. La découverte de la confession lui avait été d'autant plus pénible. Pour tout dire, il avait jusqu'alors trempé dans la luxure sans jamais se douter qu'en suivant ses penchants, il se séparait de Dieu. Et en grande partie, son Journal est né de la nécessité d'une veille constante...

Nous avons discuté également du cas du jeune Abbé G., mis en cause dans une large enquête de photos pédophiles sur internet. Inculpé, il n'avait pas nié les faits: il avait bel et bien acheté des accès illicites et payé avec sa carte de crédit. Les journaux lui avaient prêté une déclaration qui disait en substance: aussi longtemps tout restait sur le plan virtuel, il n'avait pas eu conscience de faire le mal, ni même songé qu'en payant, il finançait un réseau criminel. (Il est vrai que notre culture télévisuelle nous a déshabitués de nous méfier du flot d'images qui coulent sur nos écrans...) Pour ma part, je dois reconnaître qu'au tout début de ma rencontre avec le web, je n'avais pas pu résister à la tentation de certains sites. Mais quoi, j'avais tout de suite éprouvé les remords caractéristiques du péché et éprouvé un regret amer. Bref, j'avais cru les prêtres et les religieux mieux protégés que les laïcs, à cause de leur formation théologique...

Que l'on puisse ne pas ressentir cette morsure de la conscience lorsque celle-ci est agressée et outrepassée, j'en demeure tout de même étonné Mais il paraît que si, c'est ainsi. Il y a donc des âmes qui font le mal en ne percevant pas qu'il soit tel, et qui ne se reprocheront rien aussi longtemps qu'elles n'auront pas été soumises au plus vif éclairage.
C'est une fameuse découverte ! Elle me renforce dans mes options de lutte, d'effort, de veille et de prière. Car si l'œil est la lampe du corps, la lumière est d'autant plus vive que l'on prie. Je ne peux toutefois pas demander comme fit le curé d'Ars, de pouvoir "se voir comme il était vu". Il avait obtenu du Seigneur ce qu'il avait demandé et son seul commentaire, après une vision qualifiée d'épouvantable, mérite d'être repris: "Ce fut une grâce d'avoir cette vision et une grâce plus grande encore d'en être arraché".

Seigneur, s'il est vrai que nous sommes-nous même des Temples du Christ, viens vite à notre aide, car de combien de trafics devons-nous encore débarrasser la maison du Père ?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Fée Violine
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Re: Des temples à purifier

Message non lu par Fée Violine » lun. 10 nov. 2008, 12:51

Sur ce sujet il y a une image (je ne sais plus de qui elle est) qui est très parlante : une vitre propre, dès qu'il y a une tache on la voit. Mais sur une vitre sale, une tache de plus ou de moins ne se remarque pas. C'est pourquoi plus une âme est sainte, mieux elle voit ses péchés.
Le Saint Esprit est une lumière qui parfois éclaire un point ou l'autre de notre vie, et ce qui est formidable c'est qu'à la fois il éclaire et il donne la guérison, du moins il nous montre comment faire.

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Re: Des temples à purifier

Message non lu par etienne lorant » lun. 10 nov. 2008, 17:51

Oui, l'image de la vitre est en soi une très bonne image.

Comme je pensais encore à ces obscurcissements de la conscience, évoqués hier, j'ai songé aussi au rôle de l'écran de télévision (ou d'ordinateur) - de simples vitres, elles aussi. Mais elles permettent une sorte de fausse mise à distance. On est chez soi, dans son décor à soi, avec un petit démon qui suggère que de toute façon, une image n'est pas la réalité et donc, qu'on est n'est pas impliqué. La conscience, quant à elle, demeure comme l'œil ouvert dans le poème de Victor Hugo : il est jusque dans la tombe et regarde Caïn. La conscience ne connaît ni l'épaisseur des murs, ni la mise à distance par l'écran, car elle regarde l'homme du fond de l'homme qui regarde. Et lorsqu'elle est forcée, abusée, contrainte, détournée, elle ne manque jamais de pousser un cri de protestation, sa plainte, son rejet. Depuis que j'ai l'âge de raison, il en est ainsi. Quand bien même j'arriverais à me tromper moi-même, il resterait cette voix qui constate: tu es arrivé à te tromper toi-même.

Cette pensée me renvoie elle-même au chapitre 2 de la Genèse :
« Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s'en firent des pagnes. Ils entendirent le Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. L'homme et la femme allèrent se cacher aux regards du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin. Le Seigneur Dieu appela l'homme et lui dit : «Où es-tu donc ? »
L'homme répondit : « Je t'ai entendu dans le jardin, j'ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché.» Le Seigneur reprit : « Qui donc t'a dit que tu étais nu ? » Au départ, il n’y avait aucune gêne du corps, mais ce constat de nudité ressemble fort à un constat de faillibilité, de précarité profonde. Le jour de ma conversion, la petite phrase « Le Christ est mort pour mes péchés » (que je ne comprenais pas) est devenue subitement : « Moi, Jésus, je meurs pour toi parce que je t’aime et, dans mon amour, je ne supporte pas l’état de malheur dans lequel tu te trouves ». Depuis lors, ma conscience s’est « christianisée » : l’œil est toujours aussi perçant, mais l’Esprit me pousse à mettre en rapport d’un côté le péché, et de l’autre l’insondable mystère de la miséricorde divine. Le sentiment de la miséricorde adoucit bien des choses…
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: Des temples à purifier

Message non lu par etienne lorant » mer. 12 nov. 2008, 17:41

Sur le thème du corps, temple de Dieu, je suis tombé hier sur ce passage du Journal de Julien Green qu'un de mes clients m'a offert (comme tout semble concorder quand à certains moments !):

3 août 1972
"Je souhaite que tout mon être ne soit qu'à Dieu. Nous ne sommes pas des choses, nous ne sommes qu'à Lui et Dieu est dans l'âme du prochain comme dans la nôtre. A cause de cela, nous ne devons pas faire du prochain une idole".
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Re: Des temples à purifier

Message non lu par Eckhart » jeu. 13 nov. 2008, 12:17

etienne lorant a écrit :15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »


J'aime beaucoup ces deux versets car ils disent que Jésus chasse le bétail, mais pas les colombes: Il laisse les hommes se charger eux-mêmes de l'enlèvement des colombes. Nous avons à laisser le Christ faire le ménage en nous. Il fait le plus gros du boulot, puisqu'il s'occupe de bétail... Mais Il nous laisse notre (petite) part : c'est à nous de chasser les colombes... Le Christ compte sur notre collaboration dans l'édification de son Temple.

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Re: Des temples à purifier

Message non lu par etienne lorant » jeu. 13 nov. 2008, 16:04

Extraordinaire, cette distinction faite au sujet des colombes - merci !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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