L’Histoire Sainte d’Abraham à Salomon

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diviacus
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Re: Généalogie de Jésus

Message non lupar diviacus » lun. 11 janv. 2016, 21:04

« on peut imaginer que… » : n’est-on pas loin d’une constatation objective ?

« une majorité des historiens conclut » : connaissez-vous un seul historien qui ait conclu comme vous l’indiquez « après » avoir étudié la question et répondu aux arguments en cause ?

« suffisamment d’anachronismes ou d’affirmations contredites » : où sont-ils ?

« Abraham… un condensé de plusieurs personnages » : où est le fondement objectif d’une telle hypothèse qui semble gratuite ? On peut tout imaginer sans référence précise, mais on est très loin de la rigueur d’une démarche scientifique d’un historien.

Il me semble que j’ai fait l’effort de présenter des éléments précis par rapport à ce que les historiens peuvent constater objectivement et à ce que la foi peut admettre au-delà de ce que la science peut actuellement démontrer.
J'ai écrit :"Il faudrait étudier en détail les raisons qui permettent de dire que la majorité des historiens conclut à la non-historicité d'Abraham, mais on peut imaginer que ...".
Ce que vous relevez ne sont donc que des propositions et non des constations objectives, et je pense avoir clairement dit que je n'étais pas un spécialiste de l'histoire biblique, et que je n'avais pas le temps de faire des recherches sur le sujet.
Ces propositions ne sont que des analogies avec des raisons évoquées par les historiens dans quasiment tous les récits analogues.
Mais souvent, hélas, le dialogue s’éteint vite lorsqu’il s’agit de l’histoire concrète de Dieu parmi les hommes.
Je pense que nous avons dit, l'un et l'autre ce que nous pensions. Mais nous ne sommes pas exactement sur le même plan, et je pense que nous n'arriverons pas à rapprocher nos opinions. C'est pour cela que je pense qu'il vaut mieux ne pas continuer cette discussion (sans amertume).

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Héraclius
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Re: Généalogie de Jésus

Message non lupar Héraclius » mar. 12 janv. 2016, 3:56

Je me contentais simplement de dire que l'existence d'Abraham est difficile à prouver ou réfuter. Je n'ai pas nié l'existence ou la valeur du consensus.

Je me limiterais à faire la supposition que les historiens ont établis que (a) les exilés juifs n'avaient aucun moyens de connaître l'histoire d'Abraham et son existence, étant donné qu'ils parlaient des siècles après les faits, sans sources autres que des traditions orales, que l'on peut considérer de façon générale comme non-fiables, et (b) ces exilés avaient des raisons d'inventer un personnage semblable. Basé sur ces deux sources (en réalité il y a en a d'autres, comme le fait que les coutumes mésopotamiennes décrites dans la Genèse ressemblent d'avantage aux coutumes mésopotamiennes de l'époque de l'exil qu'à celles de l'époque supposée des patriarches) il semble parfaitement logique de conclure que le personnage d'Abraham est vraisemblablement non-historique.

C'est une conclusion rationnelle et il ne s'agit pas de nier sa valeur. Je dis simplement que ce n'est pas, pour autant, une preuve de la non-existence d'Abraham, indépendament des textes sacrés qui prétendent saisir sa vie.

Du reste, je suis personnelement de ceux qui ne croient pas vraiment à l'existence du premier patriarche (ou plus exactemment, qui ne s'en préoccupent pas vraiment). Mon propos était simplement de souligner une légère nuance quant à la nature du consensus que vous citez.
J'en profite pour formuler une remarque qui me trotte dans la tête à chaque discussion sur l'Histoire relative à une religion (quelle qu'elle soit). Autant le fait de dire qu'une majorité d'historiens se met relativement facilement d'accord sur certains faits n'impliquant pas la religion (c'est un fait objectif) soulève relativement peu de contestations, autant ce même fait objectif est quasiment systématiquement contesté quand la religion est impliquée. Cela amène à se poser des questions...
C'est assez logique, puisque c'est une problématique qui touche directemment les gens aujourd'hui. D'ailleurs, ce n'est pas un phénomène limité à la religion. Pour avoir étudié un peu l'histoire médiévale, c'est fascinant de voir le nombre d'historiens marxistes qui cherchaient à replaquer leurs grilles de vision de l'histoire au dépend des faits dans les années 60-70). D'ailleurs quand vous dites "une discussion de l'Histoire relative à une religion", vous ne faites, volontairement ou non, mention des croyants comme sources exclusives de la contestation. Parce qu'il est évident que certains athées, souvent prêt à rivaliser de dogmatisme avec les plus fanatiques des croyants, sont nombreux à critiquer l'histoire religieuse quand elle ne colle pas à leurs voeux. La profusion des thèses "mythistes" étant un des exemples les plus "saillants".

Cela dit, je suis parfaitement d'accord avec votre constat, et je le déplore assez largement.


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''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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Re: Généalogie de Jésus

Message non lupar diviacus » mar. 12 janv. 2016, 7:34

C'est une conclusion rationnelle et il ne s'agit pas de nier sa valeur. Je dis simplement que ce n'est pas, pour autant, une preuve de la non-existence d'Abraham, indépendament des textes sacrés qui prétendent saisir sa vie.
Oui, je suis évidemment d'accord. En histoire ancienne, on ne peut jamais prouver la non-existence. Et on n'arrive jamais à un consensus à 100%.
Et on ne devrait jamais dire "jamais" :oui:
J'en profite pour formuler une remarque qui me trotte dans la tête à chaque discussion sur l'Histoire relative à une religion (quelle qu'elle soit). Autant le fait de dire qu'une majorité d'historiens se met relativement facilement d'accord sur certains faits n'impliquant pas la religion (c'est un fait objectif) soulève relativement peu de contestations, autant ce même fait objectif est quasiment systématiquement contesté quand la religion est impliquée. Cela amène à se poser des questions...
C'est assez logique, puisque c'est une problématique qui touche directemment les gens aujourd'hui. D'ailleurs, ce n'est pas un phénomène limité à la religion. Pour avoir étudié un peu l'histoire médiévale, c'est fascinant de voir le nombre d'historiens marxistes qui cherchaient à replaquer leurs grilles de vision de l'histoire au dépend des faits dans les années 60-70). D'ailleurs quand vous dites "une discussion de l'Histoire relative à une religion", vous ne faites, volontairement ou non, mention des croyants comme sources exclusives de la contestation. Parce qu'il est évident que certains athées, souvent prêt à rivaliser de dogmatisme avec les plus fanatiques des croyants, sont nombreux à critiquer l'histoire religieuse quand elle ne colle pas à leurs voeux. La profusion des thèses "mythistes" étant un des exemples les plus "saillants".

Cela dit, je suis parfaitement d'accord avec votre constat, et je le déplore assez largement.
Je suis d'accord avec vous. J'avais pensé à ajouter "la politique" à "la religion" et je l'ai oublié.

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L’Histoire Sainte d’Abraham à Salomon

Message non lupar Xavi » jeu. 09 nov. 2017, 17:40

La Bible s’exprime dans un langage culturel spécifique avec beaucoup de symboles et de mystères dans les durées bibliques, mais cela n’empêche pas d’y observer une image de la réalité historique.

Les informations historiques et bibliques actuellement disponibles sur internet permettent à notre génération d’approfondir notre compréhension des récits bibliques dans l’histoire comme jamais auparavant.

En entrant dans la cohérence interne des durées bibliques, on peut, même si nous ne les comprenons pas, y trouver une surprenante exactitude par rapport à la période historique qui s’étend de la chute de la troisième dynastie de Ur, que les historiens situent en 2004 avant Jésus-Christ, à la construction du temple de Salomon, qu’ils situent vers 967 avant Jésus-Christ. Plus de mille ans d’histoire…

Certes, qui sait si ces dates des historiens ne seront pas demain revues par de nouvelles découvertes ? Chacun des détails peut être discuté et qui sait si d’autres n’auront pas des arguments exégétiques différents ? Mais, aujourd’hui, nous pouvons apercevoir et goûter un tableau poétique et symbolique de la réalité historique. Certains pourront penser que ce ne sont que coïncidences basées sur des interprétations particulières orientées. D’autres pourront peut-être partager la beauté d’une peinture qui nous dessine le réel de l’histoire.

Ce n’est ici qu’une méditation personnelle de l’Ecriture Sainte, une promenade dans une période de l’histoire biblique pour les amateurs.

Cette période commence dans le pays de Sumer où se trouvaient deux grandes villes : Ur, la capitale, et Babel, une ville voisine.

Abraham quitte Ur, en Chaldée, dans le pays de Sumer qui se situe actuellement en Irak, au sud est de Bagdad et qui était jadis la Basse Mésopotamie.

Selon les historiens, la chute de la troisième dynastie de Ur, en 2004 avant Jésus-Christ, a été suivie d’une disparition soudaine actuellement inexpliquée de la pratique de la langue sumérienne, qui était jusqu’à cette époque utilisée par toutes les nations environnantes du fait de l’extraordinaire invention de l’écriture cunéiforme par les Sumériens (Gn 11,1).

Seules des circonstances graves, telles une persécution ou une famine catastrophique, semblent pouvoir expliquer une disparition historique aussi soudaine du sumérien. C’est une explication possible permettant de comprendre et de dater le départ de Terach, Abraham et Sarah qui quittent Ur en Chaldée, dans le pays de Sumer (Gn 11,31). On peut donc essayer de suivre l’histoire biblique sur cette base car rien d’autre n’explique ce départ de la famille d’Abraham à un moment où elle n’avait pas encore reçu l’appel et la promesse qui l’enverront, plus tard, dans un nouveau pays.

Leur départ paraît signifier la fin des jours de Noé. En effet, selon le récit biblique, Abraham naît 292 ans après le déluge (Gn 11,10-26 : 2 + 35 + 30 + 34 + 30 + 32 + 30 + 29 + 70 = 292) et les jours de Noé cessent 350 ans après le déluge (Gn 9,28-29), soit lorsque Abraham est donc âgé de 58 ans (350 – 292). Les jours de Noé cessent lorsque sa descendance quitte Ur, le lieu où il a vécu.

Terach, âgé de 70 ans à la naissance d’Abraham (Gn 11,26) est alors âgé de 128 ans (70 + 58). Avec Abraham et Sarah, il part, en remontant la vallée de l’Euphrate, à mille kilomètres au nord ouest de Ur, où il s’établit à Charan (actuellement Haran, au sud-est de la Turquie, près d’Alep en Syrie). C’est là que Terach meurt à l’âge de 205 ans (Gn 11,32), exactement 77 ans plus tard (205 – 128), soit en 1927 avant Jésus-Christ (2004 – 77).

Lorsque Terach disparaît 77 ans après avoir quitté la terre de Noé, Abraham et Sarah paraissent replongés dans l’histoire d’Adam et Eve. En effet, comme Adam et Eve, Abraham et Sarah sont fils et fille d’un même père (Gn 20,12). Comme nos premier parents séparés de leur père, éloignés de l’Eden, et dans l’attente d’une descendance qui sauvera l’humanité (Gn 3,15), Abraham et Sara se retrouvent séparés de leur père et loin de leur pays d'origine, dans l’attente d’une descendance par laquelle l’humanité sera recréée. Abraham a 135 ans (58 + 77).

Une ère nouvelle commence.

Pour Abraham et Sarah, fils et fille d’un même père comme Adam et Eve, il y a 77 ans entre le départ de Ur, le pays du péché originel, et c’est le début d’une ère nouvelle en vue d’une descendance qui va recréer l’humanité (Ga 3,16), comme les 77 générations d’Adam à Jésus de Nazareth présentées par l’Evangile de St Luc (Lc 3,23-38).

Pour Abraham, l’attente avant de partir pour le pays de Canaan où naîtra cette descendance nouvelle, c’est 210 ans (58 + 77 + 75), trois durées d’une vie (Ps 90,10) comme en écho à la Trinité des trois personnes divines autant qu’à la durée de l’esclavage en Egypte.

La promesse d’une descendance et de la bénédiction de toutes les nations est adressée à Abraham après la mort de Terach (Gn 12,1-3). Selon les explications de Saint Paul dans l’épître aux Galates, cette promesse a été donnée 430 ans avant la loi sur la circoncision des païens (Ga 3,17), ce que la suite du récit (lire plus loin) permettra de situer 70 ans après la mort de Terach, soit en 1857 avant Jésus-Christ (1427 – 430).

Abraham a 75 ans depuis la mort de Terach lorsqu’il quitte Charan (Gn 12,4), soit en 1852 avant Jésus-Christ (1927 – 75), même s’il y a 210 ans (58 + 77 + 75) qu’il a été engendré par Terach.

Abraham engendre Isaac à 100 ans (Gn 21,5), dans l’ère nouvelle depuis la mort de Terach, soit en 1827 avant Jésus-Christ (1927 – 100).

Isaac engendre Jacob à l’âge de 60 ans (Gn 25,26), soit en 1767 avant Jésus-Christ (1827 – 60).

Jacob part en Egypte 17 ans avant sa mort à l’âge de 147 ans (Gn 47,28). Il a donc 130 ans à son arrivée en Egypte, soit en 1637 avant Jésus-Christ (1767 – 130).

Le séjour en Egypte s’achève 400 ans après le début de l’asservissement de la descendance promise à Abraham (Gn 15,13 et Ac 7,6), soit en 1427 avant Jésus-Christ (1827 – 400).

C’est, à ce moment, que Moïse donne une loi nouvelle qui impose la circoncision à tout étranger qui veut partager la Pâque (Ex 12,48), ce qui permet, selon l'épître aux Galates (Ga 3,17), de dater la promesse en 1857 avant Jésus-Christ (1427 – 430). Abraham a donc reçu la promesse d’une descendance (Gn 12,1-3) 30 ans avant la naissance d’Isaac en 1827. Ainsi, le séjour en Egypte qui s’achève 400 ans après la naissance d’Isaac (Gn 15,13 et Ac 7,6) s’achève aussi 430 ans après la promesse (Ex 12,40 et Ga 3,17).

A cet égard, si le livre de l’Exode, dans les traductions modernes, indique que « Le séjour des enfants d’Israël en Egypte fut de quatre cent trente ans » (Ex 12,40), il peut être observé qu'en réalité, le texte hébreu ne dit pas exactement que c’est le séjour en Egypte qui dura 430 ans mais seulement que ce séjour est dans une période de 430 ans (littéralement : « Et le « mowshab » des enfants d’Israël, pendant lequel ils « yashab » en Egypte, quatre cent trente ans »).

Le temple de Jérusalem est construit par Salomon 480 ans après la sortie d’Egypte (1 R 6,1), soit en 947 avant Jésus-Christ (1427 – 480).

La construction de ce temple a duré 20 ans (1 R 6,37-38, 1 R 7,1 et 1 R 9,10) et a donc commencé en 967 avant Jésus-Christ (947 + 20), la quatrième année du règne de Salomon (1 R 6,1) qui commence donc en 971 avant Jésus-Christ.

C’est bien à cette date que les historiens situent généralement le début de son règne.

Tout ce tableau montre que le mystère et les symboles de la révélation ne doivent pas faire oublier leur ancrage dans la réalité historique.

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Xavi
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Re: L’Histoire Sainte d’Abraham à Salomon

Message non lupar Xavi » mer. 20 déc. 2017, 18:22

Comment comprendre les âges des patriarches (les 205 ans de Terach, les 175 ans d’Abraham, …etc) dans la durée historique réelle entre 2004 (la chute de la troisième dynastie d’Ur) et 947 avant Jésus-Christ (l’achèvement de la construction du temple par le roi Salomon) ?

Comment les cent ans d’Abraham à la naissance d’Isaac, les 400 ans de servitude et les 480 ans séparant l’exode de la construction du temple, qui ne présentent que des nombres arrondis et symboliques, peuvent-ils se retrouver néanmoins dans la réalité historique ?

De nombreuses théories explicatives existent par rapport aux durées bibliques et celle que je retiens ici n’est pas plus certaine que les autres. Elle n’est qu’une occasion de réflexion et une contribution à la recherche commune de tous ceux qui aiment se plonger dans les détails des récits bibliques de la Parole de Dieu avec la conviction qu’Abraham, Moïse et Salomon ont réellement existé, même s’il n'en reste que quelques traces dans les seuls récits bibliques.

Comme le rappelle le catéchisme de l’Eglise, « Les patriarches et les prophètes et d’autres personnages de l’Ancien Testament ont été et seront toujours vénérés comme saints » (CEC n° 61). Ce ne sont pas des légendes.

Deux hypothèses sont proposées ici.

D’une part, les âges des descendants de Terach me semblent présentés de manière doublée jusqu’à la réalisation de la promesse faite à Abraham, de sorte qu’il faut les diviser par deux pour connaître les durées historiques réelles considérées approximativement par le récit biblique.

D’autre part, il me semble vraisemblable que, pour la période plus ancienne, les 950 ans de la vie de Noé et les 205 ans de la vie de Terach (qui engendre Abraham à 70 ans) ne représentent pas uniquement les âges de deux individus, mais concernent aussi leur descendance qui a prolongé leur nom pendant un temps.

Des années doubles pour un peuple nouveau sur une terre nouvelle ?

Dans une étude de 1999 intitulée « La chronologie biblique d’Adam à la mort de Moïse », le professeur Bernard Barc, spécialiste de l’herméneutique juive ancienne qui a enseigné dans les universités de Nancy II, Lyon et Laval et s’est intéressé à mettre en lumière les règles anciennes d'interprétation de la Bible, a observé que « des années doubles (existent) après le Déluge, comme si la sortie du Déluge avait pour conséquence la mise en place d'un double modèle du temps… ».

Le professeur Barr estime que « Le lien étroit de cette architecture numérique avec les événements de l'histoire me semble exclure l'hypothèse d'une chronologie plaquée a posteriori et de façon artificielle par un ultime rédacteur. Les nombres font corps avec le récit. Le sens symbolique ressort de la mise en correspondance des nombres et des faits rapportés, ce qui suggère une écriture du texte en fonction d'un projet chronologique global ».

A ma connaissance, il n’en a pas déduit une réflexion sur la durée de vie des patriarches après le déluge.

Mais, j’en retiens cependant l’hypothèse que les années des patriarches d’Abraham à Moïse ont pu être doublées. Cette hypothèse permet de se représenter ce qu’a pu être la réalité historique considérée par l’auteur des récits bibliques, même s’il ne disposait à cet égard que de renseignements relativement incertains ou imprécis qu’il a pu préférer exprimer dans une forme symbolique ou, du moins, arrondie.

L’auteur de la Genèse a préféré une peinture impressionniste qu’une peinture plus réaliste de la réalité historique, ce qui respecte mieux les limites de la vérité historique qu’il pouvait connaître. Il ne serait pas justifié d’en déduire que ce n’est pas une réalité historique mais seulement des légendes qu’il aurait voulu nous présenter. Au contraire, sa prudence est l’indice d’un auteur considérant l’histoire réelle de manière sérieuse et authentique, avec un souci d’objectivité et de vérité qui n’est pas moindre que celui de scientifiques, mais toujours de manière à parler à l’homme de ce qui lui est important pour sa vie en communion avec Dieu.

La base de l’hypothèse retenue ici, c’est qu’il y a un lien de continuité et de salut entre, d’une part, l’extermination par le déluge du peuple de Noé, fils de Lamech, qui occupait le pays de l’adamah, et, d’autre part, la promesse d’un nouveau peuple pour une nouvelle terre, faite à Abraham, fils de Terach, de sorte que, durant le temps de la restauration après le déluge jusqu’à l’entrée d’un nouveau peuple dans une terre nouvelle restaurant l’humanité et la terre détruites par le déluge, les années des patriarches de la descendance de Terach ont été comptées par moitié (comme pour indiquer une autre moitié, un autre peuple, une autre terre… ?).

Lamech, le père de Noé le juste (Gn 6,9), vit 777 ans (Gn 6,31). A la fin des jours de Noé en 2004 (cf. le message précédent), Terach, le père d’Abraham le juste (Rm 4,2-3), est âgé de 128 ans et il va encore vivre jusqu’à 205 ans (Gn 11,32), soit pendant 77 ans.
Terach prolonge et renouvelle ainsi, après le déluge, les 777 ans de la vie de Lamech en y ajoutant 77 ans après la mort de son fils Noé.
Plus tard, Saint Luc nous présentera la généalogie du Christ en 77 générations (Lc 3,23-38).

De même que Noé, le fils de Lamech, a été l’homme de Dieu pour sauver l’humanité et assurer sa descendance après le déluge, de même Abraham, le fils de Terach, va être l’homme de Dieu pour sauver l’humanité par une autre descendance.

Dans le texte de la Genèse, il peut être observé que jusqu’au déluge, la vie de chaque patriarche était décrite en deux parties (avant et après l’engendrement d’une descendance) réunies ensuite par un total d’années (Gn 5,3-31). Après le déluge, ces deux parties de la vie de chaque patriarche ne sont plus réunies en un total, mais forment seulement deux parties jointes (Gn 11,10-25).

Avant le déluge, Noé a été engendré par Lamech après 182 ans (Gn 5,28), soit la durée de la moitié d'une année solaire. Abraham et les patriarches qui font lui succéder vont doubler l’œuvre brisée par le déluge, jusqu’à l’installation d’un peuple nouveau sur une terre nouvelle qui remplaceront le peuple et la terre de l’adamah.

L’enfantement de Noé à la moitié d’une année solaire évoque une autre moitié, mais aussi une division en deux moitiés.

Désormais, des années divisées par moitié ont pu devenir signe de la naissance d’un nouveau peuple (le peuple hébreu issu d’Abraham, Isaac et Jacob) sur une nouvelle terre (Canaan), en remplacement du peuple issu d’Adam et de l’adamah, détruits par le déluge.

Mais, plus encore, ne faut-il pas penser que, pour les patriarches, ce temps n’a été compté par moitiés incomplètes que parce qu’il devait lui-même été doublé jusqu’à l’avènement d’un autre temple et d’un autre peuple destiné à une autre terre nouvelle ?

En effet, s’il y a 980 ans de la naissance d’Abraham à la réalisation du temple de Salomon en 947 avant Jésus-Christ, cette durée est doublée ensuite pour un autre temple que le Christ a promis de relever en trois jours (Jn 2,19) environ 33 ans après les 947 années avant Jésus-Christ qui ont suivi l’achèvement du temple de Salomon.

Dans ce contexte, comment ne pas retenir l’hypothèse qu’en ce qui concerne les âges des patriarches en cause, le récit a pu retenir des années doubles (lors desquelles chaque année réelle compte pour deux ans) qui font d’Abraham, Isaac, Jacob, et Moïse, des figures d’un nouveau peuple et d’une terre nouvelle, pour leur temps incomplet et en vue d'un temps futur qui l'achèvera ?

Dans ces conditions, jusqu’à l’installation parfaite du peuple issu de la descendance d’Abraham dans la terre nouvelle avec un temple achevé, les années des patriarches ne sont plus des temps complets mais des moitiés de 182 jours, de sorte que leurs années prises en compte par moitiés ont été doublées par rapport à la réalité historique dans laquelle deux années réduites de moitié ne correspondent qu’à une seule année du calendrier ordinaire.

Une durée collective de la vie des patriarches ?

En ce qui concerne l’âge de Terach, qui meurt à 205 ans, il peut être observé que, dans les généalogies bibliques, celui qui engendre n’est pas nécessairement le père biologique direct de celui qui est engendré. Il peut en être le grand-père, voire un ascendant plus éloigné. C’est ainsi, par exemple, que la Genèse rapporte, dans la généalogie d’Abraham, qu’Arphaxad, engendre Sala (Gn 11,12) alors que, selon l’évangile de Saint Luc, il y a une génération intercalée car Arphaxad engendre Kaïnam qui lui-même engendre Sala (Lc 3,36).

On peut penser que, lorsqu’elles s’étendent sur des centaines d’années, la vie et la mort d’un patriarche ne visent pas nécessairement un seul individu.

Ainsi, l’individu engendré par Lamech après 182 ans n’est pas nécessairement l’individu Noé qui a vécu le déluge 600 ans plus tard, mais peut être un aïeul dont Noé est issu après plusieurs générations. De même, la mort de Noé ne vise pas nécessairement la mort physique de l’individu Noé qui a vécu le déluge, mais peut être datée par le moment lors duquel sa maison, son lieu ou sa communauté de vie, sont délaissés par sa descendance.

Un nom peut être porté par des générations successives, ce qui encore le cas aujourd’hui.

Aussi, l’individu nommé Terach qui quitte Ur en 2004, pourrait être, en réalité, le fils ou le petit-fils du Terach engendré 128 ans plus tôt par Nachor (Gn 11,25).

A priori, c’est plutôt son fils Terach II, voire plus probablement (après 58 ans) son petit-fils Terach III qui quitte Ur avec toute sa famille. A Charan, c’est peut-être un Terach IV, voire un Terach V, qui prolongent le nom de Terach pendant 77 ans après le départ d’Ur jusqu’à la mort de « Terach » en 1927.

De même, l’individu nommé Abram qui naît lorsque Terach a 70 ans peut, en réalité, être un aïeul de l’Abraham de la promesse, et l’individu Abram, qui quitte Ur avec son père Terach, n’est pas nécessairement le même Abram qui recevra la promesse. Celui-ci pourrait être le fils, voire un petit-fils ou un descendant ultérieur prolongeant le nom du patriarche initial ayant quitté Ur.

Le fait que, dans la chronologie biblique, le patriarche Abraham reçoit la promesse et quitte Charan à l’âge de 75 ans, après la mort de Terach à l’âge de 205 ans, soit 135 ans après que Terach ait engendré Abraham, ne permet guère de considérer que le patriarche Abraham qui a reçu la promesse, sa femme Sarah et leur neveu Lot, soient eux-mêmes sortis de Ur avec Terach.

Lorsque Terach « prend » Abram, Lot et Saraï et « sort » avec eux de Ur, cela paraît plutôt symbolique. Lorsque Terach part, c’est en réalité son clan et il engage sa descendance. Abram, Saraï et Lot ne sont-ils pas dans le sein de leur aïeul lorsqu’il quitte Ur ?

Jésus lui-même s’exprima à la manière hébraïque qui permet de considérer qu’un fils prolonge et représente la vie de son père : « Celui qui m’a vu a vu le père… Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?» (Jn, 14,9-10).

Dans les conditions qui précèdent, la cessation des jours de Terach après 205 ans ne correspond pas à la mort d’un individu mais plutôt à l’achèvement du cycle de Noé qui ouvre une ère nouvelle. Celle d’un autre juste (Abraham préfiguré par Noé), d’une autre descendance (Isaac préfiguré par les fils de Noé).

Comment peut-on, dès lors, dater l’histoire d’Abraham à Salomon dans la réalité historique ?

Sur la base des hypothèses proposées, les évènements bibliques en cause pourraient se dater comme suit dans le calendrier historique :

2132 ACN Engendrement de Terach, 128 ans avant la fin des jours de Noé (selon le décompte de Gn 9,28 et 11,10-24)
2062 ACN Engendrement d’Abram, lorsque Terach a 70 ans (Gn 11,26) (2132 – 2062 ACN)
2004 ACN Fin des jours de Noé (cf. ci-avant), chute de la troisième dynastie de Ur et Terach quitte Ur avec sa descendance
(Gn 11,31)
1927 ACN Fin des jours de Terach à 205 ans (2132 ACN – 205 ans) (Gn 11,32), soit 77 ans après la fin des jours de Noé
(2004 – 1927 ACN)
1877 ACN Naissance du patriarche Abraham, 50 ans (la moitié de cent années doubles) (Gn 21,5), avant la naissance
d’Isaac qui naît en 1827 (cf. ci-après) (1827 ACN – 50 ans)
1857 ACN Promesse faite à Abraham, 430 ans avant la loi sur la circoncision des païens donnée à la sortie d’Egypte en 1427
(cf. ci-après) (Ex 12,37-48 et Ga 3,17) (1427 ACN + 430 ans)
1840 ACN Abrahma quitte Charan à l’âge de 37 ans (la moitié de 75 années doubles) (Gn 12,4) (1877 ACN – 37 ans)
1827 ACN Naissance d’Isaac, 400 ans avant la sortie d’Egypte (cf. ci-après) (1427 ACN + 400 ans)
1797 ACN Naissance de Jacob lorsque Isaac a 30 ans (la moitié de 60 années doubles) (Gn 25,26) (1827 ACN – 30 ans)
1732 ACN Arrivée de Jacob en Egypte à 65 ans (la moitié de 130 années doubles), huit ans (la moitié de 17 années doubles)
avant sa mort (cf ci-après) (Gn 47,28) (1724 + 8 ans)
1724 ACN Mort de Jacob en Egypte, à l’âge de 73 ans (la moitié de 147 années doubles) (Gn 47,28) (1797 ACN – 73 ans)
1467 ACN Naissance de Moïse 40 ans (la moitié de 80 années doubles) avant la sortie d’Egypte (cf. ci-après)
1427 ACN Le séjour en Egypte s’achève 400 ans après le début de l’asservissement de la descendance d’Abraham (Gn
15,13 et Ac 7,6) (1827 ACN – 400 ans) et 430 ans après la promesse à Abraham (cf. ci-dessus) (1857 ACN - 430 ans)
971 ACN Date historique du début du règne de Salomon
967 ACN Début de la construction du temple, la quatrième année du règne de Salomon (1 R 6,1) (971 ACN – 4 ans)
947 ACN Achèvement du temple de Jérusalem après 20 ans (1 R 6,37-38, 1 R 7,1 et 1 R 9,10) (967 ACN – 20 ans)

L’arrivée de Jacob en Egypte en 1732 ACN concorde avec le fait que des historiens relèvent que c’est vers 1730 avant Jésus-Christ que de nombreuses populations venant de Palestine, de Syrie et de l’ouest de l’Asie arrivent en Egypte. Ces populations sont connues sous le nom d’Hyksos.
La famille de Jacob n’était pas la seule à fuir la famine. Provenant de Canaan et du pays du Sumer, elle fait partie de la masse des Hyksos.
Les Hyksos ont été si nombreux qu’ils sont devenus majoritaires en Egypte au point que plusieurs d’entre eux en ont été les pharaons. Ils ont ultérieurement fait l’objet d’importantes persécutions qui confirment celles que relate la Bible et qui ont abouti, notamment, à l’exode de 1427 ACN. Cet exode ne concernait pas que des Israélites. Au contraire, la Bible relate elle-même qu’une foule immense de gens de toute espèce accompagnait les tribus d’Israël. Ce ne sont pas les seuls descendants de Jacob qui formaient cette foule de 600.000 hommes indiquée par le récit biblique (Ex 12,37-38).

La réalité historique, vers 1427 ACN, d’un exode important d’un grand nombre de travailleurs au service de pharaon racontée par la Bible concorde avec une campagne militaire du pharaon Amenhotep II qui, en l’an 9 de son règne (qui commence à une date que les égyptologues situent entre 1454 et 1413 ACN), a ramené en Egypte 89.000 personnes de Palestine parce qu’il était en manque de main d’œuvre.

En 1467 ACN, la naissance de Moïse et son adoption comme prince royal peuvent s’expliquer par le fait qu’à cette époque, la fonction de pharaon était probablement (car il reste des discussions entre les égyptologues quant aux dates des règnes) exercée par une femme pharaon, Hatchepsout, veuve sans descendant mâle du précédent pharaon Thoutmosis II. Hatchepsout avait pris le pouvoir du fait du très jeune âge du seul héritier mâle Thoutmosis III, fils d’une autre femme de Thoutmosis II.

En l’absence de toute autre héritier mâle, pour assurer le trône, et, si possible dans sa propre branche familiale, Hatchepsout a pu trouver adéquat d’adopter un enfant mâle. Il est possible, dans ce contexte, que la maman de Moïse d’origine sumérienne, se souvenant peut-être de la légende de Sargon d’Akkad sauvé des eaux dans un panier, ait tenté avec succès de faire adopter l’enfant par la fille de Hatchepsout nommée Néfétouré en faisant dériver le bébé Moïse sur le fleuve où cette jeune fille se baignait (Ex 1,22 à 2,10).

Au décès de Hatchepsout, le jeune Moïse a perdu sa protection et a pu devenir un prince rival encombrant pour Amenhotep II (le fils unique du pharaon Thoutmosis III), de sorte qu’il a quitté la maison royale après un incident (Ex 2,11-21). Thoutmosis III a encore eu un règne de plus de trente ans après la mort d’Hatchepsout, ce qui correspond au fait que l’Exode indique qu’il est mort « longtemps après » (Ex 2,23). Selon les avis divergents des égyptologues, Thoutmosis III meurt à une date qui varie de 1452 à 1413 avant Jésus-Christ, mais la plupart des avis les plus récents la situent vers 1425.

Il est possible, dans ce contexte, que Moïse ait négocié le départ du peuple Hébreu avec le nouveau pharaon Amenhotep II et organisé l’exode vers 1427, même s’il subsiste une imprécision.

A cet égard, pour cette date de 1427, comme pour les autres dates proposées, il ne faut pas chercher une exactitude historique certaine dans l’hypothèse suggérée ici. Elles ne sont mentionnées que pour la clarté de la compréhension de la perspective historique du ou des auteur(s) des textes bibliques en cause qui est envisagée.

Au contraire, en mélangeant des années doubles et des années ordinaires, en y intégrant des durées arrondies (indiquant une approximation et une ignorance des durées précises réelles) ou des durées manifestement symboliques confirmant l’importance prépondérante du sens des évènements et leur réalité historique malgré l’absence de dates précisément connues avec certitude, les auteurs bibliques ont écrit avec autant de sagesse et de prudence que des historiens modernes, sans dépasser les limites de leurs connaissances concrètes.

Il n’y a pas eu de boulier compteur précis et fiable, mais la réalité historique générale est affirmée tant par la rigueur mathématique des durées présentées que par le respect des limites des faits connus.

Les dates proposées ici, sur la base d’hypothèses, doivent continuer à être confrontées aux progrès de la connaissance des faits historiques qui peut varier par rapport à celle des auteurs de la Bible sans affecter l’essentiel du caractère historique des faits en cause.

Il importe peu de connaître la date ou l’année précise de naissance ou de mort de tel ou tel individu. Ce qui compte, c’est une parole vraie sur sa présence et ses actions réelles dans l’histoire concrète.

Les égyptologues se disputent encore aujourd’hui sur les datations des règnes des divers pharaons d’Egypte. La date exacte de l’effondrement de la troisième dynastie de Ur, de la construction du temple de Salomon ou de la durée de vie de Moïse importe peu. Les historiens proposeront leurs appréciations.

Lorsqu’une concordance semble constatée entre des dates historiques et des indications bibliques, cela confirme le caractère concret historique des faits bibliques en cause, mais ceux-ci restent des témoignages très indirects qui ne relatent historiquement que les connaissances limitées des auteurs bibliques. Demain, des dates aussi précises que 2004, 1427 ou 947 avant notre ère seront peut-être davantage affinées ou rectifiées. Pour le récit biblique, cela ne change rien à l’essentiel que ce récit veut nous communiquer et qui résulte de manière suffisante des approximations possibles à l’époque où les textes bibliques ont été écrits.

Cela n’enlève rien à la valeur historique des récits que la Bible a pu raconter sur la base des connaissances de l’époque qui, à ce jour, concordent largement avec les opinions archéologiques et historiques majoritaires.


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