31e dimanche de l'année A

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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31e dimanche de l'année A

Message non lupar Cinci » dim. 05 nov. 2017, 18:48

PSAUME
(Ps 130 (131), 1, 2, 3)

R/ Garde mon âme dans la paix
près de toi, Seigneur.

Seigneur, je n’ai pas le cœur fier
ni le regard ambitieux ;
je ne poursuis ni grands desseins,
ni merveilles qui me dépassent.

Non, mais je tiens mon âme
égale et silencieuse ;
mon âme est en moi comme un enfant,
comme un petit enfant contre sa mère.

Attends le Seigneur, Israël,
maintenant et à jamais.


Chose curieuse : d'habitude, le psaume est complètement en harmonie avec la première lecture, et souvent on peut se dire "Il en est l'écho le plus fidèle". Aujourd'hui, c'est le contraire : la parole du prophète Malachie était violente, sévère ... Il fustigeait les prêtres aussi bien que le peuple qui trahissait l'idéal de l'Alliance; en réponse, le psaume est plein de douceur; ce contraste est certainement voulu et l'on peut parier qu'il comporte la plus grande leçon à retenir de la liturgie de ce trente et unième dimanche!

Nous pouvons entrer dans ce psaume par la dernière phrase; comme souvent, elle donne la clé de ce qui précède :"Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais." Attends, c'est à dire en langage biblique, espère, Chouraqui traduit "souhaite." Ce qui signifie non pas une attente passive, comme on attend patiemment le train qui viendra à son heure ... mais l'attente du croyant, l'attente active, impatiente, ardente de la réalisation des promesses de Dieu. Pour Israël, ce mot "attendre" vise toujours la venue du Messie au jour qu'on appelle le "Jour" de Dieu. C'est cette attente, cette espérance qui colore le présent : tout au long de l'histoire biblique, le peuple d'Israël vit debout, tourné vers l'avenir; "Mon âme attend le Seigneur, plus qu'un veilleur n'attend l'aurore", dit le psaume 129/130. C'est cette foi indéracinable dans les promesses de Dieu qui nourrit son espérance et lui permet d'affronter le présent, quel qu'il soit. Il ne s'agit pas de s'endormir aujourd'hui, en attendant demain : il s'agit de vivre de toutes ses forces l'aujourd'hui de Dieu qui inlassablement fait surgir son projet, étape par étape.

Mais ce n'est quand même pas toujours évident de garder confiance, le peuple d'Israël en sait quelque chose. Alors le poète prend une comparaison, pour le moins audacieuse; il avait sûrement sous les yeux une maman et son bébé : le petit enfant dans les bras de sa maman, joue contre joue, tout tranquille. Nous avons tous vu ce spectacle merveilleux d'un bébé qui pleure, et tout d'un coup, c'est magique : sa maman le prend dans ses bras et le voilà apaisé! C'est exactement cette image-là que le psaume 130 nous propose; ici, le petit enfant dont il s'agit, c'est le peuple d'Israël et la maman, c'est Dieu lui-même ... il faut oser quand même! Et si cet enfant-là s'apaise, c'est parce qu'il sait le projet de Dieu, son royaume de bonheur arrive. Il faut seulement savoir attendre.

Soyons clairs : le texte biblique ne dit pas une seule fois que Dieu est féminin : quand on lui donne un titre pris dans le vocabulaire de la famille, c'est toujours celui de Père, jamais celui de mère. Donc, ne faisons pas dire au texte ce qu'il ne dit pas! Son message, c'est "l'attitude d'Israël doit être empreinte de confiance paisible" et l'image que vous en connaissez et qui s'en rapproche le plus, c'est celle du nourrisson dans les bras maternels. Par exemple, on connaît cette phrase d'Isaïe :"La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l'enfant de sa chair? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t'oublierai pas " (Is 49, 15)

La différence, c'est que le nourrisson n'a pas d'effort à faire pour trouver la paix dans les bras de sa maman; pour Israël, au contraire, il y faut un effort constant, répété; en hébreu, l'expression "je tiens mon âme égale et silencieuse" traduit un effort résolu pour apaiser les mouvements d'angoisse.

Évidemment, si le psalmiste a eu besoin d'Inventer cette comparaison rassurante, c'est justement parce que cela n'allait pas de soi.

Pour en arriver à cet abandon humblement accepté, (le mot "abandon" le dit bien), il a fallu renoncer à tout rêve de grandeur :"Seigneur, je n'ai pas le coeur fier, ni le regard ambitieux; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent." Ce psaume assez récent (il date probablement d'après l'Exil) traduit une nouvelle étape spirituelle en Israël : tout rêve de grandeur évanoui, on s'émerveille seulement d'être le peuple aimé de Dieu.

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Re: 31e dimanche de l'année A

Message non lupar Cinci » dim. 05 nov. 2017, 19:06

(suite)

Pourtant, les rêves de grandeur, les "merveilles" de Dieu faisaient très normalement partie de la foi d'Israël : le mot "merveilles" évoque inévitablement les prodiges de l'Exode; les "grands desseins" , les heures de gloire, faisaient habituellement partie des promesses des prophètes. On se rappelle toutes les promesses concernant Jérusalem; par exemple "Debout Jérusalem! Resplendis! Car voici ta lumière; la gloire du Seigneur sur toi s'est levée ... Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton aurore. Porte tes regards aux alentours et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ..." (Is 60, 1-4) Comment entendre ces paroles sans rêver de jours glorieux plus beaux encore que le règne de Salomon dont la grandeur restait un modèle?

En renonçant à tout rêve de grandeur et de domination politique, Israël découvre son nouveau rôle de témoin de Dieu au milieu des nations : non plus un Dieu de puissance et de gloire, mais un Dieu de tendresse. Dieu a lentement, patiemment mené son peuple jusqu'à cette ultime étape spirituelle : il a fallu des siècles pour découvrir son vrai visage. Tant qu'on imaginait un Dieu marchant à la tête des armées, on ne pouvait envisager son salut qu'en termes de victoires politiques et de domination universelle; désormais, arrivés au bout de ce chemin spirituel, on attend bien le salut universel, mais, cette fois, c'est en terme de tendresse et de fraternité.

Et là on comprend mieux ce contraste que nous avons relevé plus haut entre la lecture de Malachie et ce psaume : le prophète se montre sévère et même violent envers les prédicateurs indignes de leur mission; le psaume apporte une conclusion, un peu comme si l'on disait à ces prédicateurs : voilà les sentiments qui devraient vous habiter, quittez vos idées de grandeur et de domination, puisque nous sommes tous les enfants d'un même Père.

A son tour, Jésus s'inscrit dans cette même ligne : "Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux."

Tiré de :
Marie-Noëlle Thabut, L'intelligence des Écritures. Comment comprendre la Parole de Dieu chaque dimanche en paroisse, tome 2, année A, 2011


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