L’adam formé de la poussière de l’argile rouge

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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Xavi
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L’adam formé de la poussière de l’argile rouge

Message non lupar Xavi » dim. 29 oct. 2017, 15:49

L’origine géographique et ethnique du peuple hébreu, c’est la ville de Ur, dans le pays de Sumer, des sumériens, le foyer de l’invention de l’écriture. C’est de là que provient Abraham. Le pays de Sumer, cela n’a rien de mythique : c’est une région bien précise au sud est de Bagdad où coulent le Tigre et l’Euphrate.

Le premier livre de la Bible, le livre de la Genèse, est d’abord l’histoire, depuis leurs origines, d’une famille de Sumériens exilés en Egypte, descendants d’Abraham, Isaac et Jacob.

Les Sumériens étaient d’abord et surtout les inventeurs de l’écriture sur l’argile rouge.

Au temps de Noé et d’Abraham, les Sumériens pratiquaient depuis plus de mille ans une écriture dont ils ont développé les potentialités à un point tel que cette écriture sumérienne était connue dans tous les pays avoisinants jusqu’en Egypte. A Ur, comme dans la plupart des villes que l’abondance de la production de briques d’argile cuites a permis d’édifier, d’immenses bibliothèques accumulaient des tablettes d’argile rouge, gravées de textes divers puis cuites pour leur conservation. Des dizaines de milliers de tablettes de cette époque ont été retrouvées.

Le rayonnement du sumérien et le développement de l’écriture cunéiforme des sumériens a été attesté jusqu’à Ebla, cette cité antique située à près de mille kms de Sumer (dans le nord ouest actuel de la Syrie) où on a retrouvé plus de 17.000 tablettes, d’argile datant d’environ 2300 avant Jésus-Christ, soit plusieurs siècles avant Abraham, rangées dans une salle d’archives, selon leur objet (administratif, commercial, ou autres), comme dans une bibliothèque moderne, dont la plupart étaient en sumérien mais d’autres dans la langue locale différente (l’éblaïte) avec, notamment, parmi ces tablettes, un dictionnaire de traduction de l’éblaïte et du sumérien.

Au temps d’Abraham, même s’il y avait de nombreuses langues différentes dans les pays voisins, tous utilisaient le sumérien comme référence pour l’écriture. Une même langue et les mêmes mots qui ont soudainement disparu comme le relate le récit biblique de la tour de Babel (future Babylone), autre ville de Sumer près de l’Euphrate.

Dans ce contexte historique, n’y a-t-il pas là un surplus de sens à méditer lorsque la Genèse nous dit que « Dieu forma l’homme de la poussière de la glaise et lui insuffla un souffle de vie, de sorte que l’homme devint une âme vivante » (Gn 2,7).

Quelle est cette action de Dieu dans la réalité terrestre qui se trouve liée, pour la création de l’humain, à un souffle de vie qui fait exister dans la chair une âme capable de partager éternellement la vie de Dieu, une âme immortelle ?

Adam et Eve ont été créés à un endroit et à un moment de l’histoire, lors duquel « Dieu a façonné l’humain [en hébreu : adam] de la poussière du sol [ en hébreu : adamah ]».

L’humain, ce n’est pas n’importe quel homo sapiens, mais un « adam », ce qui signifie, en hébreu, un « rouge », et ce mot qui le caractérise vient d’une matière : le sol. Et ce sol, c’est en hébreu : l’ « adamah », la « terre rouge ». Ce n’est pas n’importe quelle terre ou n’importe quel sol. C’est avec de l’argile rouge que Dieu modèle pour faire advenir une réalité terrestre de l’humain dans lequel Dieu va insuffler un souffle spirituel de vie pour qu’il soit créé à son image.

Le texte biblique ne dit pas que l’humain est tiré de la poussière de la « terre » (en hébreu : l’ « erets ») sans autre précision.

La référence est faite expressément à de la poussière de l’argile rouge.

Comment comprendre cette étape ultime du développement terrestre de l’humain au moment de la création lorsque Dieu « forma l’homme avec la poussière du sol ». (Gn 2,7).

Le mot hébreu « yatsar », traduit par « façonna », est le même que le mot utilisé ailleurs pour décrire l’action d’un potier qui travaille l’argile (2 Sa 17,28 ; Ps 2,9 ; Is 29, 16 ; Is 41, 25 …etc.).

Mais, qu’a-t-il modelé, façonné comme un potier, au moment où il insuffle à l’humain sa propre vie, son souffle spirituel ?

Contrairement au potier, Dieu ne façonne pas une masse d’argile pour lui donner une forme comme un potier qui transforme un morceau d’argile en vase ou en sculpture.

Ce que Dieu façonne, c’est de la « poussière » de la glaise, de l’argile rouge.

Le mot hébreu « aphar » traduit par « poussière » est un mot qui peut aussi se traduire par poudre, mortier, rebuts, débris.

Le mot latin de la nouvelle vulgate traduit ce mot « aphar » par « pulverem », ce qui évoque une matière « pulvérisée », réduite en poudre. Ainsi, cela n’exprime pas seulement une poussière présente passivement, mais une poussière produite par une action dans l’argile, un résidu provenant d’une masse d’argile.

Dieu ne forme pas l’humain en modelant une masse d’argile, mais par de la matière qui en est retirée.

Comment, pour des Sumériens qui dominent le monde par leur maîtrise de l’écriture sur des tablettes d’argile rouge, ne pas y percevoir, au-delà d’un premier sens qui renvoie à la formation générale du corps humain dans son ensemble, une possible référence à la poussière extraite d’une tablette d’argile rouge par l’écriture ?

Car, pour un sumérien, écrire c’est retirer une fine couche de poudre d’argile en creusant un trou dans une tablette d’argile rouge afin de lui donner un sens.

Voilà qui peut renverser le sens d’un texte et faire apparaître un sens « autre ».

L’humain, créé par un souffle spirituel de Dieu, n’est-il pas aussi créé, dans la chair terrestre, par le don d’un accès au langage symbolique que l’humain découvre par l’écriture qui lui donne accès à un « autre », par des signes écrits dans l’argile matérialisant la parole ? L’humain est créé par la parole. Celle qui se parle, s’écrit et se lit.

Est-ce par la poussière de l’argile qui s’effrite par l’écriture, que Dieu a formé l’adam de manière singulière ? Par ce grattage d’un argile rouge, Dieu a-t-il fait surgir la singularité qui caractérise l’adam, qui va lui donner son nom ? Il devient l’adam. Pas n’importe quelle créature : celle qui est façonnée par la poussière de l’argile rouge qui s’effrite, par un accès à l’écriture et la lecture.

Le vide, le trou, creusé dans l’argile par le retrait d’un peu de poussière lors d’une écriture, ne contribue-t-il pas à former l’intelligence de l’homme dans laquelle Dieu a insufflé un souffle spirituel qui en a fait une âme immortelle d’une double nature terrestre et spirituelle ?

Dans l’argile, la parole orale se fait matière. Elle se fait chair.

La poussière d’argile que le calame retire dans l’argile fait surgir un trou qui fait sens et qui devient symbole pour lui et pour tout autre qui peut en partager le sens.

Cette ouverture au symbole permet à l’homme de se construire, s’édifier, et se développer avec un autre que lui-même.

Pensons à ce qu’est, concrètement, l’écriture.

Avec des gestes et un langage oral sans écriture, l’adam peut dialoguer avec ses semblables, mais uniquement en la présence de l’autre. La parole orale n’est entendue que par celui qui est présent au moment et à l’endroit de celui qui parle. Seule la parole fixée sur un support matériel extérieur à lui-même permet à l’humain de la transmettre et de l’accumuler au-delà du présent, dans le temps et dans l’espace. La parole écrite étend la parole à d’autres que les yeux ne peuvent voir au moment et à l’endroit de l’écriture.

En creusant des signes dans l’argile, l’humain dispose aussi d’un moyen de penser lui-même ses propres écrits, mais aussi de partager ses pensées avec un autre que lui-même.

Dès le moment où un humain a acquis un moyen de représenter matériellement sa pensée, en dehors de lui, son psychisme transcende la limitation dans le temps et l’espace de la parole orale et entre dans une perspective qui peut le tourner vers l’infini de Dieu qui est présent sans limite dans le temps ou l’espace. L’écrit, au contraire de l’oral, peut être transmis et partagé avec d’autres qui ne sont ni au même endroit, ni au même moment.

Dans son dernier livre « Où en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine », Emmanuel Todd observe que : « Nous aurions tort de ne voir, dans l’apprentissage de la lecture que l’acquisition d’une technique. On commence aujourd’hui à mesurer l’élargissement du fonctionnement cérébral induit par un usage intensif et précoce de la lecture… On peut évoquer un cerveau modifié par l’alphabétisation…
La lecture crée un homme nouveau. Elle change le rapport au monde. Elle permet une vie intérieure plus complexe et réalise une transformation de la personnalité, pour le meilleur et pour le pire… la transformation psychique qui accompagne la pratique régulière de la lecture … la transformation d’une personnalité… en une personnalité nouvelle dirigée par un gyroscope intérieur.
» (p. 159).

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Re: L’adam formé de la poussière de l’argile rouge

Message non lupar Trinité » lun. 30 oct. 2017, 0:45

Cher Xavi!
En substance ,vous voulez dire que l'image de l'argile évoquée dans la genèse, correspond avec la création de l'homme ,puisque relative à l'évolution ,en raison de l'écriture ,qui serait le déclencheur de cette évolution?

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Re: L’adam formé de la poussière de l’argile rouge

Message non lupar Xavi » lun. 30 oct. 2017, 11:01

Merci à Trinité pour sa réflexion.

Sa question est difficile à comprendre.

Le sujet de ce fil concerne le verset de la Genèse qui décrit la création de l’humain par Dieu, avec une allusion apparente à l’écriture.

Comment comprendre ce verset tant par rapport à l’évolution générale qui a abouti à notre corps actuel par de longs processus évolutifs que par rapport à l’évolution mentale spécifique qu’a déclenchée la pratique de l’écriture ?

Il y a une intervention de Dieu dans l’histoire. Sa création ne se fait pas en dehors de la réalité historique mais en elle. L’action créatrice de Dieu qui déclenche la création de l’humanité ne se fait pas en dehors de l’évolution de la nature qu’il a lui-même créée.

A-t-on assez perçu ce que l’écriture peut nous dire de la création de l’humanité ?

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Re: L’adam formé de la poussière de l’argile rouge

Message non lupar Trinité » mar. 31 oct. 2017, 0:31

Bonsoir Xavi!

Vous avez tout à fait raison, ma question n'est pas très claire! :)

En fait, je voulais dire: La création de l'homme ne se serait elle pas réalisée ,au moment de l'apparition de l'argile évoquée dans la Genèse puisque juste après cela, on constate une évolution par l'écriture ?

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Re: L’adam formé de la poussière de l’argile rouge

Message non lupar JCNDA » sam. 04 nov. 2017, 19:31

Bonsoir Trinité,
J'aboutis à la même conclusion.

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Re: L’adam formé de la poussière de l’argile rouge

Message non lupar Xavi » lun. 06 nov. 2017, 11:02

Merci à Trinité et à JCNDA pour leur réflexion.

En présence du péché (l’infidélité de tout homme à son Créateur), le Christ, par qui tout a été fait, n’a-t-il pas façonné la conscience de ceux qui se trouvaient en présence du mal en écrivant sur le sol ? N’était-ce pas une évocation de l’acte créateur de la conscience humaine ? Y a-t-il une responsabilité d'un choix conscient devant le bien ou le mal sans une possibilité de mise à distance en dehors du soi ?

Au cœur de la création de l’humain à son image, façonné en être libre d’aimer, de choisir ou non la vie en communion avec Dieu, en être responsable, Dieu n’a-t-il pas forgé sa conscience en rendant l’humain capable de distance et de réflexion hors de lui-même, comme l’écriture en est la manifestation concrète ?

Le Christ, Parole faite chair, n’en donne-t-il pas un écho ou une image lorsqu’il est confronté à un adultère, ce péché qui symbolise l’infidélité d’Israël autant que l’infidélité de tout homme ?

En effet, nous pouvons observer qu’outre une parole, par laquelle Jésus invite chaque auditeur à comprendre l’universalité du péché depuis le péché originel, ce choix libre fait par les humains (« Que celui qui parmi vous est sans péché lui jette la première pierre ! »), n’est-ce pas la formation de la conscience de chacun qui se trouve évoquée lorsque Jésus se baisse et écrit sur le sol, par des traits qui enlèvent un peu de poussière du sol ? (cf. Jn, 8,1-10) N'est-ce pas comme au jour de la création lorsque Dieu forme l’humain avec de la poussière retirée du sol ?

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Re: L’adam formé de la poussière de l’argile rouge

Message non lupar Trinité » mar. 07 nov. 2017, 0:07

Tout à fait mon cher Xavi!

En fait, dans votre démonstration vous associez conscience avec création de l'homme ,cela j'en suis persuadé! La conscience des actes pour moi, marche de paire avec la création de l'homme! Maintenant reste à savoir à quelle époque et cela n'est pas une sinécure!

Il semblerait que l'apparition de l'écriture soit pour moi cependant un critère, il y avait bien les desseins (comme nous en avons déjà parlé...) des grottes de Lascaut qui faisaient apparaître une certaine évolution...nous n'avons pas connaissance d'animal sachant dessiné...!


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