La tradition orale catholique

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Tian
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La tradition orale catholique

Message non lu par Tian » ven. 20 mars 2015, 17:25

Bonjour,

J'entends souvent parler de la tradition orale de la religion catholique et je me demandais d'où elle est tirée ?

Par exemple, Marie aurait été au temple dès son plus jeune âge, d'où est-ce que cela vient ? Les noms de ses parents aussi ?...

Vient-elle d'écrits particuliers ? Mis à part les apocryphes, je n'en ai jamais entendu parler, donc est-ce que certaines parties des apocryphes sont exactes ?

Par ailleurs, que dit la "tradition orale" exactement, et où la trouver ?

J'ai regardé dans le CEC mais il n'y a rien à : "Apocryphe", rien à : "Anne et Joachim"... et à : "Tradition" on me dit ce que je sais déjà, sans que je comprenne exactement ce que cette fameuse "tradition" nous apprend de plus.

Merci pour vos réponses.

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Re: Connaitre la tradition orale Catholique ?

Message non lu par Libremax » lun. 23 mars 2015, 17:18

Bonjour Tian,

la Tradition, orale ou écrite, est considérée par l'Eglise catholique comme la deuxième source de la Révélation chrétienne.
Elle est donc prise très au sérieux.

Elle s'est transmise jusqu'à nos jours de bien des manières.

La première tradition orale est celle qui a donné jour aux Evangiles et à tout le Nouveau Testament, qui étaient des textes appris et récités par coeur avant d'être écrits.

Par la suite, de nombreux textes des Pères de l'Eglise se font les témoins d'enseignements et de connaissances sur la vie des premiers chrétiens qui se sont transmis de générations en générations avant d'être fixés par écrit par des historiens ou des chroniqueurs.

Ces écrits ne sont d'ailleurs pas tous univoques : on constate que, dès les débuts de l'Eglise, certains points de foi ont fait débat, mais ces débats eux-mêmes montrent que les questions soulevées ont toujours animé des discussions dans l'Eglise (on pensera notamment à l'Assomption de la Vierge Marie).
La tradition orale, c'est aussi (dans une certaine mesure), la pratique populaire, dans la mesure où elle peut être corroborée avec des témoignages dignes de foi.

Il est vrai que certains textes apocryphes sont le reflet d'une certaine "tradition orale", mais souvent dévoyée. Cependant, pour certains d'entre eux, il est tout à fait possible qu'ils puissent contenir certains détails qu'on peut tenir pour fiables. Malgré tout, l'Eglise n'engage pas sa doctrine sur ce genre d'éléments : elle laisse le chrétien libre d'adhérer ou non à leur contenu, tant qu'ils ne contredisent pas l'énoncé de la foi chrétienne (ce qui est souvent le cas).

Il faut aussi savoir qu'il existe une tradition orale particulièrement ancienne et qui nous est pratiquement inconnue et, hélas, inaccessible en Occident : ce sont les transmissions des pères orientaux, qui ont une pratique de l'oralité beaucoup plus poussée que la nôtre, et dont les témoignages sur la vie des apôtres, par exemple, sont particulièrement intéressants.

Aujourd'hui encore, la "tradition orale" se poursuit, avec les nombreux récits de miracles, d'apparitions et de visions, surtout lorsque l'Eglise les reconnaît comme dignes de foi.

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Re: Connaitre la tradition orale Catholique ?

Message non lu par Tian » lun. 23 mars 2015, 18:18

Merci beaucoup Libremax,

En ce qui concerne le prénom des parents de la Vierge Marie et la coutume qui dit qu'elle est allée au temple dès ses 3 ans, d'où vient-elle ?

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Re: Connaitre la tradition orale Catholique ?

Message non lu par Libremax » lun. 23 mars 2015, 18:53

Tian a écrit :Merci beaucoup Libremax,

En ce qui concerne le prénom des parents de la Vierge Marie et la coutume qui dit qu'elle est allée au temple dès ses 3 ans, d'où vient-elle ?
Si on en croit la tradition, les prénoms des parents de Marie venaient d'eux-mêmes (quoi que les prénoms n'avaient pas nécessairement la même fixité qu'à notre époque : les gens s'appelaient finalement souvent avec des surnoms).

Cela dit, il est certain que le protévangile de Jacques est une source apocryphe notable dans la transmission écrite de ces données. Il y a aussi la ferveur populaire : on ne connaît pas, et il n'a jamais été question, d'autres prénoms pour les parents de Marie, qui ont pourtant connu très tôt le respect des croyants.

En ce qui concerne la consécration de Marie au Temple, je suis moins renseigné.

Je sais seulement une chose : c'est Origène, je crois, qui a expliqué l'étrangeté du dialogue entre Marie et l'ange Gabriel lors de l'Annonciation, par le fait qu'elle serait effectivement une vierge consacrée :

Marie est fiancée à un homme, Joseph (ce que n'aurait pas empêché sa virginité consacrée : il faut un homme pour subvenir à ses besoins).

L'ange lui dit : "tu vas avoir un fils".

Or, que lui répond Marie ? "Mais comment cela va-t-il se passer? Je ne connais pas d'homme". Marie n'était pas sotte, elle savait qu'elle allait épouser Joseph, et a priori, elle se doutait bien qu'elle aurait des enfants de lui.

Sa question tend donc à démontrer que, malgré ses fiançailles avec Joseph, il n'était pas question pour elle d'avoir des relations avec lui.

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Re: Connaître la tradition orale catholique

Message non lu par Tian » mar. 24 mars 2015, 11:41

Libremax a écrit :
Si on en croit la tradition, les prénoms des parents de Marie venaient d'eux-mêmes (quoi que les prénoms n'avaient pas nécessairement la même fixité qu'à notre époque : les gens s'appelaient finalement souvent avec des surnoms).
Je ne comprends pas... "venaient d'eux-mêmes..." ?

En ce qui concerne la consécration de Marie au Temple, je suis moins renseigné.
J'en entends très souvent parlé pourtant dans les sermons. Après recherche, c'est surtout dans les apocryphes. Donc, un prêtre peut utiliser les apocryphes dans un sermon ?
Je sais seulement une chose : c'est Origène, je crois, qui a expliqué l'étrangeté du dialogue entre Marie et l'ange Gabriel lors de l'Annonciation, par le fait qu'elle serait effectivement une vierge consacrée :

Marie est fiancée à un homme, Joseph (ce que n'aurait pas empêché sa virginité consacrée : il faut un homme pour subvenir à ses besoins).

L'ange lui dit : "tu vas avoir un fils".

Or, que lui répond Marie ? "Mais comment cela va-t-il se passer? Je ne connais pas d'homme". Marie n'était pas sotte, elle savait qu'elle allait épouser Joseph, et a priori, elle se doutait bien qu'elle aurait des enfants de lui.

Sa question tend donc à démontrer que, malgré ses fiançailles avec Joseph, il n'était pas question pour elle d'avoir des relations avec lui.
Oui... enfin ce que vous oubliez c'est qu'en tant que "fiancée" elle n'avait pas de rapports avec son futur mari et qu'elle a répondu au présent "je ne connais point d'homme" et non " je ne connaîtrais point d'homme".

Et puis, après avoir dit :

"Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme? "

L'ange lui répond: "Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. "

C'est sans ambiguïté, n'importe qui comprendrait que cette procréation va être surnaturelle.

Par ailleurs, dans Mathieu :

1.24 Joseph s'étant réveillé fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui.

1.25 Mais il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

Apparemment là, il est sous-entendu qu'il l'aurait "connue" après la naissance de Jésus.

Enfin je ne veux pas polémiquer...

J'avais eu le malheur dans un autre message de dire que si un ange m'apparaissait pour me dire que j'allais mettre au monde le fils de Dieu je serais ravie, et j'avais apparemment outré beaucoup de monde car Marie est sensée avoir fait un acte d'un courage et d'une foi extrêmes en donnant son "accord" (d'ailleurs à ce propos je vous mets au défi de me trouver une seule question de l'ange Gabriel à Marie lui demandant ledit accord).

C'est l'annonce faite à Marie et non la demande faite à Marie.

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Re: Connaître la tradition orale catholique

Message non lu par Libremax » mar. 24 mars 2015, 12:55

Tian a écrit :
Libremax a écrit :
Si on en croit la tradition, les prénoms des parents de Marie venaient d'eux-mêmes (quoi que les prénoms n'avaient pas nécessairement la même fixité qu'à notre époque : les gens s'appelaient finalement souvent avec des surnoms).
Je ne comprends pas... "venaient d'eux-mêmes..." ?
Bonjour Tian,
c'est simple : une tradition, si elle est authentique, vient de faits réels. Si donc la tradition qui transmet les prénoms des parents de Marie est authentique, alors, elle remonte aux parents de Marie eux-mêmes : ils s'appelaient effectivement Anne et Joachim.

En ce qui concerne la consécration de Marie au Temple, je suis moins renseigné.
J'en entends très souvent parlé pourtant dans les sermons. Après recherche, c'est surtout dans les apocryphes. Donc, un prêtre peut utiliser les apocryphes dans un sermon ?
La question de la consécration de Marie au Temple est tout de même plus complexe que sa simple présence dans un texte apocryphe. Il faut d'abord parler de ce texte : le problème avec le protévangile de Jacques est qu'il restitue des détails qui sont tout à fait en accord avec les évangiles canoniques, et d'autres éléments qui pourraient être véridiques. C'est visiblement un texte très ancien, auquel on a rajouté postérieurement des éléments imaginaires. Certains spécialistes des structures araméennes des textes du Nouveau Testament sont d'ailleurs formels sur la question : le protévangile de Jacques serait, à l'origine, un ensemble de récits émanant de la famille du Christ qui n'auraient pas été utilisés pour la liturgie des premières communautés chrétiennes, et qui aurait finalement été détourné pour devenir un récit folklorique, moyennant des rajouts facilement repérables.

Ensuite, il faut absolument prendre en compte que de nombreux Pères de l'Eglise ont repris et développé cet élément de la vie de Marie dans leurs écrits. On pourrait toujours se dire que le Protévangile est probablement plus ancien que tous les textes des Pères qui évoquent la consécration de Marie. Mais le fait est que les Pères sont loin d'avoir conservé dans leurs homélies, leurs démonstrations et autres apologies tout ce que raconte le Protévangile de Jacques. Le fait qu'ils l'aient donc défendu (sans que cela ait provoqué d'ailleurs un quelconque débat dans la chrétienté) montre qu'il y a de bonnes chances qu'il s'agissait donc là d'un fait connu, et qui avait tout à fait sa place dans la Tradition orale.

Le prêtre qui a parlé de la consécration de Marie dans son homélie ne s'est donc pas appuyé sur un texte apocryphe, mais sur des écrits de Grégoire de Nysse, Jean Damascène, Maxime le confesseur, saint Jérôme, Saint Alphonse de Liguori, Sainte Brigitte de Suède...

Je ne sais pas si vous accordez quelque intérêt aux visions de Maria Valtorta ?

Oui... enfin ce que vous oubliez c'est qu'en tant que "fiancée" elle n'avait pas de rapports avec son futur mari et qu'elle a répondu au présent "je ne connais point d'homme" et non " je ne connaîtrais point d'homme".

Et puis, après avoir dit :

"Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme? "

L'ange lui répond: "Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. "

C'est sans ambiguïté, n'importe qui comprendrait que cette procréation va être surnaturelle.
Je n'oublie rien, chère tian. A l'époque du Christ, il était très fréquent qu'une fiancée tombe enceinte avant la célébration des noces : c'était quelque chose de parfaitement admis, tant qu'il s'agissait de l'enfant du fiancé, bien sûr. Or l'ange ne lui dit pas "Marie, tu es enceinte", ou "Marie, tu es en train de concevoir un enfant en ton sein", non : il lui dit " tu vas concevoir un enfant". Or, quoi de plus naturel, et (si j'ose dire) quoi de plus banal pour une fiancée qui va bientôt se marier avec un homme que de concevoir un enfant, et donc de s'entendre dire "tu vas avoir un enfant"?

Or ces paroles l'étonnent : elle n'est donc pas prête à connaître Joseph comme toute fiancée connaît tôt ou tard son mari, même à cette époque bénie.
Il est évident que Marie comprend que cette naissance sera surnaturelle. Ce dont nous pouvons nous apercevoir, c'est qu'elle commence en fait à le comprendre dès que l'ange lui parle d'avoir un enfant. Marie est donc une vierge consacrée, qui a fait voeu de chasteté. (C'est d'ailleurs un des éléments qui va rentrer en compte dans le dogme de "virginité perpétuelle" à son propos).
J'avais eu le malheur dans un autre message de dire que si un ange m'apparaissait pour me dire que j'allais mettre au monde le fils de Dieu je serais ravie, et j'avais apparemment outré beaucoup de monde car Marie est sensée avoir fait un acte d'un courage et d'une foi extrêmes en donnant son "accord" (d'ailleurs à ce propos je vous mets au défit de me trouver une seule question de l'ange Gabriel à Marie lui demandant ledit accord).
Vous avez raison, l'ange ne lui pose aucune question.
Mais on comprend, au fil de ce dialogue, que Marie n'émet aucune opposition de quelque nature ni aucune hésitation. Son "oui", c'est la réponse finale : "Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ce que tu m'as dit".

Dieu n'a rien demandé non plus à Abraham, quand il lui a ordonné de sacrifier Isaac. Le pauvre Abraham a juste obtempéré. Peut-on dire pour autant qu'il n'avait aucun courage?

Pourrait-on se permettre de dire "bon ben d'accord, c'est ok!" à une demande de Dieu?

Tian
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Re: Connaître la tradition orale catholique

Message non lu par Tian » mar. 24 mars 2015, 16:11

Libremax a écrit : [
Bonjour Tian,
c'est simple : une tradition, si elle est authentique, vient de faits réels. Si donc la tradition qui transmet les prénoms des parents de Marie est authentique, alors, elle remonte aux parents de Marie eux-mêmes : ils s'appelaient effectivement Anne et Joachim.
D'accord, je comprends.


La question de la consécration de Marie au Temple est tout de même plus complexe que sa simple présence dans un texte apocryphe. Il faut d'abord parler de ce texte : le problème avec le protévangile de Jacques est qu'il restitue des détails qui sont tout à fait en accord avec les évangiles canoniques, et d'autres éléments qui pourraient être véridiques. C'est visiblement un texte très ancien, auquel on a rajouté postérieurement des éléments imaginaires. Certains spécialistes des structures araméennes des textes du Nouveau Testament sont d'ailleurs formels sur la question : le protévangile de Jacques serait, à l'origine, un ensemble de récits émanant de la famille du Christ qui n'auraient pas été utilisés pour la liturgie des premières communautés chrétiennes, et qui aurait finalement été détourné pour devenir un récit folklorique, moyennant des rajouts facilement repérables.
Je comprends.
Le prêtre qui a parlé de la consécration de Marie dans son homélie ne s'est donc pas appuyé sur un texte apocryphe, mais sur des écrits de Grégoire de Nysse, Jean Damascène, Maxime le confesseur, saint Jérôme, Saint Alphonse de Liguori, Sainte Brigitte de Suède...
Très bien.
Je ne sais pas si vous accordez quelque intérêt aux visions de Maria Valtorta ?
Oh là là !!! Que dites-vous là ! Maria Valtorta !!! :exclamation: J'ai fait ces jours derniers un message à son sujet. Non, ce n'est pas du tout ma tasse de thé :non:


Je n'oublie rien, chère tian. A l'époque du Christ, il était très fréquent qu'une fiancée tombe enceinte avant la célébration des noces : c'était quelque chose de parfaitement admis, tant qu'il s'agissait de l'enfant du fiancé, bien sûr.


Il devait être encore plus fréquent qu'elle soit vierge, ne pensez-vous pas ;)

Quoi qu'il en soit je serais intéressée de lire des ouvrages parlant de la vie quotidienne et des mœurs à l'époque du Christ. Pourriez-vous me conseiller des lectures ?
Pourrait-on se permettre de dire "bon ben d'accord, c'est ok!" à une demande de Dieu
Je crois (mais ça ne concerne que moi) que l'effet d'une apparition, d'une voix, d'une présence surnaturelle dans notre monde si cartésien doit complètement faire chavirer une personne, et que partant de là et de l'impact que cela aurait sur elle, il me semble qu'elle doit être prête à accepter presque tout.

Ceci dit la demande faite à Abraham était d'un autre gabarit car il s'agissait de tuer, et là, la confiance devait être absolue.
Dans le cas de Marie il s'agissait d'une "heureuse nouvelle". Si un ange m'apparaissait pour me dire que je suis bénie entre toutes les femmes et que je vais mettre au monde Dieu je dirais "Oui", mais si il me demandait de tuer mon chien ce serait "Niet !". Ca c'est sûr !

Merci beaucoup pour vos réponses :ciao:

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Re: Connaître la tradition orale catholique

Message non lu par Libremax » mar. 24 mars 2015, 17:17

Tian a écrit :
Je n'oublie rien, chère tian. A l'époque du Christ, il était très fréquent qu'une fiancée tombe enceinte avant la célébration des noces : c'était quelque chose de parfaitement admis, tant qu'il s'agissait de l'enfant du fiancé, bien sûr.


Il devait être encore plus fréquent qu'elle soit vierge, ne pensez-vous pas ;)
C'est très probable. Cela montre seulement que la virginité d'une fiancée ne la rendait pas totalement ignorante sur la sexualité, et que Marie savait pertinemment qu'elle allait avoir un enfant tôt ou tard, comme le lui annonce l'ange.
Quoi qu'il en soit je serais intéressée de lire des ouvrages parlant de la vie quotidienne et des mœurs à l'époque du Christ. Pourriez-vous me conseiller des lectures ?
Mon Dieu, il y en a tant. J'aimerais bien vous conseiller les ouvrages de Pierre Perrier, et "les colliers évangéliques", qui parle de l'oralité araméenne des Evangiles et des manières de vivre de l'époque. Mais il est loin d'être reconnu par les exégètes d'aujourd'hui. Essayez ceux de JP Meyer, dont "Jésus, un certain juif", qui a l'avantage (et l'inconvénient) d'être tout à fait consensuel, mais raconte beaucoup de choses passionnantes sur les moeurs de l'époque.
Ceci dit la demande faite à Abraham était d'un autre gabarit car il s'agissait de tuer, et là, la confiance devait être absolue.
Dans le cas de Marie il s'agissait d'une "heureuse nouvelle". Si un ange m'apparaissait pour me dire que je suis bénie entre toutes les femmes et que je vais mettre au monde Dieu je dirais "Oui", mais si il me demandait de tuer mon chien ce serait "Niet !". Ca c'est sûr !
Vous voyez que si Marie était une vierge consacrée au service du Temple, alors l'ange lui demandait un lourd sacrifice : celui de sa virginité, ce n'est pas rien. En outre, il est notable que les apparitions des anges, surtout dans le Nouveau Testament, font toujours peur. Il y a lieu de se demander pourquoi. L'ange annonce à Marie des choses qu'elle ne peut pas comprendre, en tout cas pas intellectuellement : vous, vous réagissez en chrétienne du XXe siècle, mais mettez-vous à la place d'une simple galiléenne, aussi sainte soit-elle : elle n'a jamais entendu parler d'Incarnation, elle ne sait pas que son fils est Dieu, elle a une idée du Messie très imprégnée par les représentations de son temps : elle, la petite nazaréenne, mettre au monde le successeur de David, et d'une manière qu'elle ne peut pas comprendre?
Il lui a fallu tout de même beaucoup de de foi et de soumission pour s'abandonner à la Volonté de Dieu.

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Re: Connaître la tradition orale catholique

Message non lu par Tian » mar. 14 avr. 2015, 10:13

Libremax a écrit : A l'époque du Christ, il était très fréquent qu'une fiancée tombe enceinte avant la célébration des noces : c'était quelque chose de parfaitement admis, tant qu'il s'agissait de l'enfant du fiancé, bien sûr.
Bonjour Libremax,

Si vous voyez ce message, pourriez-vous me donner les sources sur lesquelles vous vous appuyez ?

Merci beaucoup.

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Re: Connaître la tradition orale catholique

Message non lu par Libremax » mar. 14 avr. 2015, 11:00

Tian a écrit : Bonjour Libremax,

Si vous voyez ce message, pourriez-vous me donner les sources sur lesquelles vous vous appuyez ?

Merci beaucoup.
Bonjour Tian,
je l'ai lu par exemple dans "Exégèse d'oralité", du père Frédéric Guigain.
Les fiançailles juives à l'époque de Jésus constituaient un engagement ferme, dont la seule manière de se défaire était le divorce pur et simple. Les noces sont avant tout une célébration, qui fête l'entrée solennelle de l'épouse dans la maison de l'époux.

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Re: Connaître la tradition orale catholique

Message non lu par Mac » mar. 14 avr. 2015, 14:29

Bonjour Tian, :)
Tian a écrit : 1.25 Mais il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

Apparemment là, il est sous-entendu qu'il l'aurait "connue" après la naissance de Jésus.

Enfin je ne veux pas polémiquer...
En fait la phrase ne sous-entend pas que Joseph aurait connu Marie après qu'elle eût enfanté, mais elle démontre que Joseph ne peut être le père biologique de Jésus. Si on prend un exemple : ce n'est pas parce qu'un joueur n'a pas marqué de but jusqu'en juillet, qu'il en a marqué après, car il a pu tout simplement prendre sa retraite.

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Re: Connaître la tradition orale catholique

Message non lu par Mac » mar. 14 avr. 2015, 15:06

Bonjour Libremax, :)
Libremax a écrit :Or l'ange ne lui dit pas "Marie, tu es enceinte", ou "Marie, tu es en train de concevoir un enfant en ton sein", non : il lui dit " tu vas concevoir un enfant". Or, quoi de plus naturel, et (si j'ose dire) quoi de plus banal pour une fiancée qui va bientôt se marier avec un homme que de concevoir un enfant, et donc de s'entendre dire "tu vas avoir un enfant"?

Or ces paroles l'étonnent : elle n'est donc pas prête à connaître Joseph comme toute fiancée connaît tôt ou tard son mari, même à cette époque bénie.
Oui, votre analyse me semble exacte.
Car Marie sait comment on conçoit un enfant puisqu'elle le dit elle même : "je ne connais pas d'homme". Et si elle ne connait pas présentement Joseph, elle est fiancée avec lui donc elle va le connaitre. Ainsi la question de Marie ("comment cela va-t-il se faire?") arrive comme un cheveu sur la soupe puisque cette réponse tend à démontrer qu'elle ne sait pas qu'elle est fiancée à Joseph et que son premier-né sera le premier enfant qu'elle aura avec Joseph. Donc il est tout à fait plausible de penser que Marie ne projetait pas de connaitre Joseph.

P.S. : on peut comparer la réponse de Marie avec celle de Sarah ou encore de Sainte Elisabeth, pour comprendre que la réponse de Marie n'est pas ordinaire quand elle demande : "comment cela va-t-il se faire?". Ces deux femmes savaient comment cela allait se faire, contrairement à Marie.

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Re: La tradition orale catholique

Message non lu par Cinci » mer. 15 avr. 2015, 20:59

Tian,
J'entends souvent parler de la tradition orale de la religion catholique et je me demandais d'où elle est tirée ?
Vous avez 1) la Tradition avec un grand "T" et 2) la tradition avec un petit "t".

1) La Tradition orale ou écrite avec un grand "T" = le discours d'enseignement de l'Église qui est reçu, accepté, compris et qui reçois l'aval des apôtres ou des évêques à la grandeur de l'Église. Luc se réfère à la Tradition orale avec un grand "T" quand il écrit son évangile (il veut confirmer à Théophile que ce que d'autres lui auront dit verbalement est correct). Luc nous signale qu'il existe bien un enseignement oral qui est valable.

Autre exemple : «prier pour des défunts» correspond à une pratique qui relève de la Tradition de l'Église avec un grand "T" = Tradition orale = pratique acceptée par les anciens, épiscopes, responsables à la tête des églises en Afrique, à Jérusalem, à Rome ou ailleurs.

2) Une tradition avec un petit "t" peut être la forme architecturale des églises, le fait d'employer de l'encens dans une cérémonie, la coutume de faire une crèche à Noël, le nom des mages du récit de Matthieu, la geste de saint Martin de Tour (le manteau coupé en deux, etc.)



La provenance des traditions?

La Tradition avec un "T" est sainte et est apostolique (appuyée par tous les responsables de l'Église). D'où elle sort? Mais de l'Église! Elle émane du sommet de l'Église.


Le reste provient de l'Église aussi mais comme du «peuple des baptisés» sans trop de précision.

C'est comme le cas des apparitions mariales qui ne vont pas surgir dans l'Église par le fait des évêques eux-mêmes. L'apparition mariale relève de la tradition avec un petit "t"; ce qui explique aussi pourquoi les catholiques ne sont pas forcés non plus de donner un assentiment de foi à telle apparition ou une autre, pas plus que de croire que le mage s'appelait Balthasar. Le nom du mage ou des parents de la sainte Vierge ne fait pas partie du Credo, ce n'est pas indispensable à la foi catholique. Personne va se faire excommunier parce qu'il douterait de la réalité de certains miracles qu'une tradition attribuerait à saint Martin.

Remarquez comment un élément peut appartenir à la tradition avec un petit "t" et cela ne rime pas nécéssairement avec faux non plus, avec mauvais à éliminer, avec condamnation obligatoire. Ce qui est en extra fait tout simplement partie de la vie de l'Église. C'est comme peut l'être le cas des saints canonisés. Que le saint ait été un saint fantastique relèvera de la tradition avec un petit "t" et ça ne veut pas dire que c'est faux, qu'il est impossible que le saint ait pu vivre ce qu'il aura vécu. C'est juste que la vie du saint ne fait pas partie de la révélation chrétienne au sens stricte des choses.

Il y a un jeu de communication entre la Tradition avec "T" et la tradition avec petit "t". Le miraculeux des premiers saints de l'Église (Pierre, Paul et autres) rend crédible le miraculeux des saints de l'Église d'une époque ultérieure et inversement. Le témoin d'un miracle du Padre Pio fait croire que l'Évangile ne raconte pas des blagues.

Il serait éminemment absurde pour un chrétien que d'aller croire aux «miracles se produisant avec Paul», tout en se refusant furieusement à avaler le principe- je dis bien le principe - selon lequel le Christ pourrait agir via un saint de notre époque.

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