L’enfance de Jésus par Benoît XVI

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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Xavi
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L’enfance de Jésus par Benoît XVI

Message non lu par Xavi » dim. 25 nov. 2012, 17:24

J’imaginais un troisième livre sur Jésus de Nazareth aussi grand que les deux premiers livres de notre pape bien aimé, et voici un livre plus petit, plus court.

Je pensais y trouver de multiples développements sur des questions fondamentales difficiles et les développement les plus longs y sont réservés … à la réalité historique du récit des mages et de leur étoile.

J’attendais Saint Pierre et c’est Saint Joseph, un vent fort et c’est une brise légère.

Pour les questions les plus délicates, c’est l’humilité devant le mystère qui domine. Tantôt, il écrit : « je n’ai pas trouvé jusqu’à maintenant une explication pleinement convaincante » (p. 152), et ailleurs : « Pour le dire aussi simplement, c’est aussi ma conviction » (p. 167).

Souvent, il renvoie au mystère.

Mais, au cœur de son livre, il laisse poindre, comme dans les tomes précédents, une humble souffrance devant l’incrédulité historique qui se développe, y compris chez beaucoup de théologiens ;

Ce qu’il écrit discrètement, dans sa défense de l’historicité très secondaire du récit des mages, semble exprimer une observation inquiète plus générale. Il constate « qu’au cours des cinquante dernières années, dans l’évaluation de l’historicité, un changement d’opinion s’est vérifié, qui ne se fonde pas sur de nouvelles connaissances historiques, mais sur une attitude différente face à l’Ecriture sacrée et au message chrétien dans son ensemble » (p. 167-168).

« On concède à Dieu d’opérer sur les idées et les pensées, dans la sphère spirituelle – mais non dans la sphère matérielle. Cela dérange. Là n’est pas sa place. Mais, il s’agit justement de cela : c’est à dire que Dieu est Dieu, et qu’il n’évolue pas seulement dans le monde des idées… La question en jeu est : la matière lui appartient-elle ? » (p. 83-84).

Mais, sa réponse est forte. Elle fonde la solidité des fondements historiques de notre foi, soutenue constamment dans ses trois tomes sur Jésus de Nazareth : « Si Dieu n’a pas aussi pouvoir sur la matière, alors il n’est pas Dieu. Mais, il possède ce pouvoir » (p. 84)

Confirmant le théologien Karl Barth, il rappelle que « dans l’histoire de Jésus il y a deux moments dans lesquels l’action de Dieu intervient directement dans le monde matériel : la naissance par la Vierge et la résurrection du tombeau ». Même si « Ces deux faits représentent un scandale pour l’esprit moderne », ce sont « des pierres de touche pour la foi » (p. 83-84).

Il nous encourage à poursuivre nos efforts d’interprétation de l’Ecriture Sainte en nous rappelant quelques orientations fondamentales à suivre.

« D’abord, il faut se demander ce qu’ont voulu dire, à leur époque les auteurs de ces textes – c’est la composante historique de l’exégèse. Mais il ne faut pas laisser le texte dans le passé… La seconde question doit être « Ce qui est dit est-il vrai ? Cela me regarde-t-il ? Et si cela me regarde, de quelle façon ? ». Devant un texte biblique, dont l’ultime et le plus profond auteur, selon notre foi, est Dieu lui-même… le sérieux de la recherche historique n’est en rien diminué, mais augmenté » (p. 7-8).

Il ne faut pas oublier que « toute interprétation reste en deçà de la grandeur du texte biblique » (p. 8) et que, lorsque l’Ecriture nous relate une histoire réelle qui a eu lieu, il s’agit d’une histoire « interprétée et comprise selon la Parole de Dieu. Cela signifie qu’il n’y avait pas une intention de raconter de façon complète, mais de noter ce qui, à la lumière de la Parole et pour la communauté naissante de la foi, apparaissait important (p. 32). Bref, « une histoire interprétée… écrite et condensée » (id).

La foi chrétienne ne méprise pas l’histoire et la science. Beaucoup affirment souvent que la Parole de Dieu nous dit le « pourquoi » en laissant à la science la question du « comment ».

Le pape observe que Marie n’a pas posé à l’ange de l’annonciation la question du « quoi », mais celle du « comment ». « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? » (p. 55).

« l’universel et le concret se touche mutuellement… Le Logos éternel s’est fait homme, et le contexte de lieu et de temps en fait partie. La foi est liée à cette réalité concrète, même si ensuite, en vertu de la résurrection, l’espace temporel et géographique est dépassé » (p. 94).

« Le Fils de Dieu vient dans l’humilité. Les deux choses vont ensemble : la profonde continuité dans l’histoire de l’action de Dieu et la nouveauté de la graine de moutarde cachée » (p. 39). C’est un « nouveau commencement qui, paradoxalement, avec la continuité de l’action historique de Dieu, caractérise l’origine de Jésus » (p. 20).

« Il est le nouvel Adam qui encore une fois vient « de Dieu » – d’une façon plus radicale que le premier, il n’existe pas seulement grâce à un souffle de Dieu, mais il est vraiment son « Fils » … en Jésus l’humanité commence de nouveau » (p. 21).

« C’est l’obéissance de Marie qui ouvre la porte à Dieu. La parole de Dieu, son Esprit, crée en elle l’Enfant. Il le crée à travers la porte de son obéissance. Jésus est le nouvel Adam, un nouveau commencement ab integro… De cette façon a lieu une nouvelle création » (p. 83) … « un commencement tout nouveau, par lequel Dieu lui-même intervient, donnant une naissance qui ne provient plus d’un « engendrement » humain » (p. 166).

Ainsi, comme pour Adam et Eve, le pape nous indique qu’il s’agit d’une création. C’est une parole forte, cachée dans la discrétion de ce petit livre. L’incarnation est une création.

Sauf erreur de ma part, il s’agit là d’un usage nouveau du mot « création ». J’ai toujours pensé que le mot création signifiait faire exister à partir de rien et le Christ est « engendré, non pas créé », comme le dit le Credo. En ce sens, l’incarnation de Dieu qui vit de toute éternité n’est pas une création.

Mais, le pape porte un regard neuf : avant l’incarnation, Dieu n’était pas « dans » le monde. Le monde et ses êtres était créés sans confusion avec leur Créateur. Il n’était en « rien » dans le monde. Il était au milieu de nous, avec nous, mais Il nous a créés libres et autonomes.

Avec l’incarnation, Dieu a fait exister en ce monde du neuf : il y est entré Lui-même. Il a assumé notre nature humaine, créée auparavant, par une action tout à fait nouvelle à partir de rien. Rien dans la nature ne pouvait engendrer le Christ. En ce sens, le mot création devient adapté pour exprimer la nouveauté radicale, absolue, par rapport à toute réalité antérieure.

Cette création nouvelle qui fait surgir Dieu lui-même dans sa création, sans modification biologique mais en assumant une nature terrestre en tout semblable à la nôtre, peut apporter un éclairage sur la première création.

Ce qui me paraît fort intéressant, c’est de constater qu’en utilisant le mot création pour l’incarnation du Christ, le pape nous montre qu’une création dans le monde matériel n’implique pas nécessairement une nouveauté biologique, terrestre. Elle intervient « avec la continuité de l’action historique de Dieu » (p. 20).

Jésus, nouvel Adam, est vrai homme et vrai Dieu dans un « profond entrelacement entre l’une et l’autre dimension » (p. 181). Adam, avant Lui, a été vrai hominidé et vraie créature nouvelle à l’image de Dieu, dans un autre entrelacement profond entre une nature biologique et un souffle spirituel nouveau.

Le Christ, le nouvel Adam, a été créé dans le monde matériel sans aucune différence nouvelle de son être terrestre en tout semblable au nôtre. La création nouvelle lors de l’incarnation du Christ dans l’histoire bien réelle, a fait exister le vrai Dieu en vrai homme, en tout semblable aux hommes qui vivaient déjà sur terre à cette époque. La première création n’a-t-elle pas fait exister un vrai homme, un être nouveau capable de partager éternellement la vie de Dieu, en tout semblable aux hominidés qui vivaient déjà sur terre à cette autre époque ?

Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons considérer de ce point de vue que, par le souffle créateur de l’Esprit, le premier Adam a été créé, dans la nature préexistante, capable de vivre éternellement en communion avec Dieu, vrai hominidé, parmi d’autres hominidés, mais aussi vrai être nouveau, créé à l’image de Dieu, et que le nouvel Adam, le Christ, Fils éternel de Dieu, a été créé, dans la nature préexistante, vrai homme, parmi d’autres semblables, et y a été intégré pleinement par le souffle de l’Esprit qui, lors de cette nouvelle création, n’a plus seulement insufflé une vie éternelle créant un être nouveau à son image, mais est venu y faire habiter lui-même.

Le but de tout cela n’est pas de se plonger dans de vaines curiosités historiques ou théologiques, mais de faire redécouvrir à l’homme d’aujourd’hui sa vocation à vivre dans la communion de Dieu.

N’oublions pas l’essentiel : « L’homme est un être relationnel. Si la première, la relation fondamentale de l’homme – la relation avec Dieu - est perturbée, alors il n’y a plus rien qui puisse être vraiment en ordre. Dans le message et l’action de Jésus il s’agit de cette priorité : il veut tout d’abord solliciter l’attention au cœur de son mal et le lui montrer : si tu n’es pas guéri en cela, alors, malgré toutes les bonnes choses que tu pourras trouver, tu ne seras pas guéri » (p. 68-69).

« Dieu est amour. Mais, l’amour peut aussi être haï, quand il exige que l’on sorte de soi-même pour aller au delà de soi. L’amour n’est pas une sensation romantique de bien-être. La rédemption n’est pas wellness, un bain d’auto-complaisance, mais une libération de l’être compressé dans son propre moi » (p. 122).

Et, peut-être Saint Joseph nous ouvre-t-il particulièrement une juste compréhension de notre vocation à ce que nous sommes appelés à être : « une personne profondément attentive au divin, dotée d’une particulière sensibilité pour Dieu et pour ses voies » (p. 65).

Théophile
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Re: L’enfance de Jésus par Benoît XVI

Message non lu par Théophile » mar. 27 nov. 2012, 23:21


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