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Je crois à la vérité du récit de la Genèse, mais je crois aussi que sa compréhension, son interprétation, doivent tenir compte de l’état actuel de nos connaissances pour ne pas s’accrocher à tort à des images erronées d’une manière telle qu’un grand nombre rejette ce récit en dehors de toute réalité historique.
Savoir si l’homme a été créé d’un coup avec de la poussière du sol ou si la création de son corps a pris du temps n’a, en soi, aucun intérêt pour la foi. De même que la plupart des croyants ont pu croire sans dommage pendant des siècles que la terre était plate alors qu’elle est ronde, ils ont pu croire en une création en six jours de 24 heures.
Mais, à notre époque, s’accrocher à une interprétation contraire à la science que le texte n’impose pas ou sortir le texte de la réalité historique, peut être grave pour la foi, parce que s’il fallait considérer que la révélation ne dit rien de l’origine historique de l’homme, elle abandonnerait à la science, aux connaissances terrestres, l’apparition de l’homme, sa réalité, sa vocation concrète. Cela ouvre aussi une attitude souvent semblable à l’égard du Christ, car il est encore bien plus extraordinaire historiquement d’admettre qu’une femme a engendré Dieu par l’Esprit Saint sans intervention d’un homme que d’accepter que ce même Esprit Saint a créé un homme dans l’histoire.
Face aux contestations sévères de l’historicité des Evangiles et particulièrement de la conception virginale du Christ dans le sein de Marie, il me semble important de ne pas renoncer à évoquer la création concrète de l’homme et de chercher à pouvoir en parler de manière concrète aux hommes de notre temps.
Bien sûr que j’essaie de concilier la foi, la raison et les connaissances modernes, que j’essaie de comprendre ce que le (ou les) auteur(s) du début de la Genèse ont voulu nous communiquer avec leurs connaissances et leurs expressions de l’époque, la vocation de l’homme qu’elle nous enseigne.
Le Christ lui-même s’est référé à ce texte. Les questions concrètes sont nombreuses. Ni la catéchèse, ni l’intelligence de la foi, ne peuvent les ignorer sans risquer de repousser la foi dans l’abstraction.
Non, les hommes n’étaient pas des animaux jusqu'à ce que Dieu en prenne un et lui insuffle une âme. Avant la création d’Adam et Eve, leurs ancêtres biologiques n’étaient pas des hommes dans le sens chréteien de ce mot, c'est-à-dire des personnes à l'image de Dieu ayant une âme immortelle que nous retrouverons à la résurrection.
Rien ne permet de déduire du court texte hébreu qui nous dit que Dieu façonne Adam avec de la poussière du sol que cet ouvrage s’est produit en un instant. A ma connaissance, une telle lecture littérale n’a jamais été imposée par le Magistère de l’Eglise puisque déjà Saint Augustin la rejetait en affirmant, comme la science actuelle, que le corps biologique de l’homme provient d’une chaîne causale.
Mais, l'Eglise n’a cessé d’affirmer que le début de la Genèse nous parle bien du début de l’histoire de l’humanité.
Il est tentant de penser que la révélation n’a pour objet que le spirituel et que tous les détails de l’histoire concrète n’ont pas d’intérêt. Beaucoup le pensent aussi pour les Evangiles.
Il me semble que c’est un piège grave très fondamentalement contraire à la foi chrétienne fondée sur l’incarnation historique de Dieu dans la réalité terrestre concrète.
De la Genèse au Christ, la vérité n’éloigne pas la réalité terrestre de la réalité spirituelle. Elle ne sépare pas le corps et l’esprit, ni dans le temps présent, ni dans la vie éternelle.
La foi et la Parole de Dieu ne se limitent pas à notre vie spirituelle. Elles s’inscrivent toujours parfaitement tant dans la réalité spirituelle que dans la réalité terrestre bien concrète.
La création du monde concret est une œuvre magnifique adaptée et liée à la vie spirituelle.
Le spirituel et le matériel sont unis dans la création de Dieu. C’est précisément en s’emparant d'un fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, en séparant ce fruit spirituel que l’humanité s’est retrouvée dans le monde matériel sans la vie spirituelle divine par laquelle l’homme aurait pu et dû développer et diriger ce monde bien concret. Séparer le terrestre du spirituel, c’est exactement ce qu’il ne fallait pas faire, le péché originel.
Prétendre aujourd’hui que la foi ne concerne que le spirituel, c’est continuer implicitement à écarter le spirituel du terrestre alors que les deux sont liés depuis l’origine.
Les désolations que nous ressentons actuellement dans la réalité terrestre (dont la Genèse nous donne la cause et dont le Christ nous ouvre un chemin de délivrance) ne suppriment pas la bonté de la création, y compris dans sa dimension terrestre, ni son lien parfait avec la vie spirituelle.
Tous les miracles du Christ dans la réalité terrestre et sa résurrection elle-même nous montrent ce lien indissoluble.
Penser que la religion ne nous parle que du spirituel et que c’est uniquement à la science de nous parler du terrestre est un piège qui enferme l’homme dans le péché originel parce qu’il détache le terrestre du spirituel.
C’est une fausse survalorisation du spirituel. Cela paraît si juste de penser que seul le spirituel a de l’importance, mais, si tel avait été la pensée de Dieu, il n’aurait pas créé ce monde matériel.
La réalité, c’est que, tant dans la création et la réalité de tout homme que dans le monde entier, les deux sont liés.
La religion et la révélation de la Parole de Dieu ne se préoccupent guère des détails, mais elle gardent les deux pieds sur terre.
Je maintiens donc la question : Adam a-t-il une mère biologique, une mère non humaine ?
La réaction du premier intervenant anonyme fuit la question. Elle semble considérer que la question est vaine ou qu’elle n’intéresse que la science.
Si cet intervenant pense que la création de l’homme n’a pas d’intérêt et que son apparition sur la terre est neutre pour la foi, ne renvoie-t-il pas trop vite Dieu au ciel et la religion dans l’abstraction d’une manière qui isole l’homme de Dieu sur la terre ?
Beaucoup voudraient favoriser une telle religion faite de considérations spirituelles élevées susceptibles certes d’inspirer positivement l’homme dans sa réalité terrestre, mais laissant la gestion concrète de cette réalité et sa connaissance séparées de Dieu.
La religion d’un côté, le monde de l’autre. Le Christ a brisé cette perspective erronée.
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