Sentimentalité et liturgie

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Carhaix
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Sentimentalité et liturgie

Message non lupar Carhaix » dim. 14 oct. 2018, 21:22

Aujourd'hui, à la messe, il y avait un baptême.

En aparté, je ne comprends pas pourquoi on nous inflige les baptêmes pendant la messe, qui concernent des particuliers, et pas la foule toute entière, mais passons. On ne célèbre pas obligatoirement tous les mariages de la semaine pendant la messe dominicale, que je sache. Ou toutes les funérailles. On n'oblige pas les gens à se confesser en public pendant la messe. Mais passons, passons, ce n'est pas le sujet.

On en arrive donc au baptême. Et comme d'habitude, les choses ne se déroulent jamais comme les autres fois (car chaque fois que j'assiste à un baptême durant la messe, cela suit un programme systématiquement différent. A croire que c'est toujours improvisé). Mais passons, ce n'est pas le sujet.

Le baptême commence. Et là, le célébrant prononce des paroles, avec une voix spéciale qui se radoucit, telles que : "fermons les yeux", (puis il se tait pendant une minutes : alors on est là, pendant une minute de silence, à attendre, les yeux devant être fermés, je ne sais pourquoi, personnellement je les ai gardés ouverts, car quand je ne comprends pas, moi, j'attends de voir la suite), puis : "ouvre tes mains", en s'adressant à un enfant ou un ado qui allait recevoir le baptême : pourquoi ouvrir les mains ? Je ne comprends pas. Enfin, si, je comprends : on était dans un grand moment de sensiblerie infantile imposée à toute une assemblée de tous âges (dont principalement des adultes).

Alors, effectivement, dans ce genre de moment, on ressent de l'émotion. Je ne saurais pas dire pourquoi, mais à l'école, lorsque la maîtresse nous disait : on va se reposer et faire le calme un moment, fermez les yeux, puis quelques moments plus tard, vous pouvez poser la tête sur la table : hé bien, on ressent de l'émotion. Dans le jeu du loup garou aussi, on ressent une forme d'émotion (vous savez, ce jeu où les villageois doivent fermer les yeux, pendant que les loups doivent désigner une victime).

En fait, que signifie "fermer les yeux" ? Ce n'est pas du tout innocent, comme consigne. Les psychologues (j'ai lu un ouvrage d'un clinicien qui aborde à un moment le sujet, François Duyckaerts, excellent auteur) l'expliquent ainsi : fermer les yeux, c'est se désarmer. Ouvrir les yeux, dans la nature animale, c'est rester en éveil, soit pour voir le danger venir, soit pour chercher une proie. Fermer les yeux, c'est baisser la garde, c'est se livrer, c'est le geste de la mise en confiance. Voilà pourquoi les amoureux qui s'embrassent ferment les yeux. C'est donc un geste extrêmement fort, et il est potentiellement pervers de l'exiger de quelqu'un. Le serpent dans Le livre de la jungle hypnotise sa proie en disant : aie confiance. Celui qui demande la confiance n'est pas forcément bien intentionné. Donc la réaction, lorsqu'on entend : aie confiance, ferme les yeux, c'est naturellement de redoubler de méfiance, en se disant : qu'est-ce qu'il me veut, lui ? Et donc, naturellement, on est troublé.

Qu'est-ce qui nécessite de fermer les yeux pendant la messe ? Vous me direz : pour prier, c'est bien. Mise en confiance envers Dieu. Oui, d'accord. Mais je fais ce que je veux, non ? Si je veux garder les yeux ouverts, ça n'empêche pas le bon déroulement de la messe, oui ? On peut prier les yeux ouverts, à ce que je sache. C'est pas marqué dans le Missel que les fidèles doivent fermer les yeux ? Et encore moins lorsqu'ils reçoivent un sacrement ? Alors, qu'est-ce que c'est que cette injonction qui ne respecte pas la liberté du fidèle, et qui en plus, le mobilise sur le plan de l'émotion, et entraîne chez lui un trouble ? Car, c'est troublant d'être face à quelqu'un qui dit : ferme les yeux, livre toi, et qui se sert en plus d'un contexte, la messe, où l'on est justement disposé à obéir, pour mieux faire passer cette injonction.

Bon, passons. Après cela, on a eu droit à un cantique chanté par un choeur d'enfants. Et je peux vous dire que je me croyais à l'Ecole des Fans de Jacques Martin. ça virait au spectacle de kermesse.

Hé bien, j'ai ressenti de l'agacement, voilà ! C'était d'un gnangan pas possible. Mièvre, sentimental, tout tourné vers la sensiblerie la plus guimauve possible, sans compter le discours du célébrant qui était de ce style aussi.

Alors, j'en viens à ma question : où est-il écrit que la messe doit être pleurnicharde ? Où est-il dit qu'elle doit nous solliciter dans nos émotions les plus niaiseuses et en même temps nous troubler, nous déstabiliser intérieurement ?

C'est insupportable. Dans ces moments-là, j'ai envie de devenir musulman, et retrouver un peu de spiritualité vigoureuse. Quand je lis l'Evangile, je trouve que le Christ n'est pas tellement du style à nous mettre sur cette voie de la sensiblerie. Au contraire, il est énergique, et plutôt exigeant, il secoue les fidèles qui le suivent, il ne les endort pas au son de la harpe et avec des paroles mielleuses, il prêche dans une vigueur des plus énergiques.

Alors quelqu'un peut-il m'expliquer ce qui justifie de tels procédés liturgiques ?

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Voyageur
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Re: Sentimentalité et liturgie

Message non lupar Voyageur » dim. 14 oct. 2018, 21:53

Absolument délicieux à lire.

Cette tendance m’interpelle également et j'y vois un grand danger de désacralisation des sacrements, qui se transforment en prestations.
Tu m'as montré les chemins de la vie,
Tu me rempliras de joie par ta présence.

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Re: Sentimentalité et liturgie

Message non lupar Pathos » lun. 15 oct. 2018, 14:06

Les préparations au baptème auxquelles j'ai assistées en tant qu'animateur novice (=prié de se taire) étaient tout aussi débiles.
Je suis passé pour un gros réac aux yeux du couple d'animateurs lorsque j'ai parlé du péché originel et d'un certain St Jean Baptiste..


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