Rite romain et byzantin : leur développement organique comparé.

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chris-ostome
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Rite romain et byzantin : leur développement organique comparé.

Message non lupar chris-ostome » mar. 14 mars 2017, 20:48

Bonsoir,

Je ne suis pas un liturgiste, mais je crois faire un constat au fil de mes lectures sur internet, avec le peu de connaissances que j'ai. C'est pour cette raison que j'en appelle à votre aide pour y voir plus clair.
Tout d'abord excluons la question du Novus Ordo Misae de Paul VI, qui a sans aucun doute été une rupture plus ou moins importante dans l'histoire de la liturgie, selon la sensibilité liturgique de chacun.

J'ai constaté qu'il y avait eu de nombreuses réformes liturgiques depuis le début du XXe siècle jusqu'en 1962. Moi qui m'attendais à des voir des changements mineurs, je constate que si on rassemble toutes ces réformes, c'est pas si mineur.
Entre le missel de Pie V et le début XXe siècle, il y a eu un certain nombre de réformes, qui certes furent moins importantes et moins nombreuses.
Finalement, notre missel a bien changé depuis Trente. Ce serait trop long de vous demander de développer toutes ces réformes et les raisons de ces réformes (je ne vous demande pas de le faire).
On pourrait aussi parler des évolutions liturgiques depuis saint grégoire le Grand jusqu'au missel romano-franc, puis jusqu'à Trente, qui ne sont sans doute pas minimes.


En revanche
, je constate une évolution sensiblement différente chez nos amis byzantins (je parle ici des orthodoxes exclusivement, puisque les églises catholiques byzantines sont en train de faire à la liturgie de saint jean chrysostome ce que les latins ont fait à la liturgie romaine).
Pourquoi la liturgie arménienne (celle de Saint Grégoire l'Illuminateur), qui est attestée au Ve siècle, n'a presque pas changé ?
De même pour la Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome ?


Finalement, ça nous amène à nous poser plusieurs autres questions :
A partir de quand l'évolution de la liturgie cesse d'être "organique" ? Ne peut on pas prétendre que la rupture, à un degré moins élevé, précède le missel de Paul VI ?
Pourquoi il y a t'il beaucoup moins d'évolutions chez les byzantins et chez les orientaux (ça dépend desquels) ?
Qu'est-ce qui légitimise les réformes liturgiques et jusqu'à quel point a t'on le droit de réformer ?

:)

Pierre Carhaix
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Re: Rite romain et byzantin : leur développement organique comparé.

Message non lupar Pierre Carhaix » mer. 15 mars 2017, 0:45

Je crois qu'on dit liturge.

C'est lié, à mon avis, à l'évolution de la civilisation occidentale. Tout évolue en Occident, depuis au moins l'an mille : l'art, la musique, le costume, la littérature, les sciences et techniques, la politique, la philosophie, et les mentalités. Et donc aussi la liturgie.

Et on remarque de grandes cassures ou révolutions, qui se produisent en même temps dans tous ces domaines.

1ère coupure : la Renaissance, l'humanisme, protestantisme, ère des grandes nations, imprimerie, sciences modernes,...

2. La Révolution (américaine, française, anglaise), suivie du siècle romantique, l'ère du progrès). Sur le plan religieux, les prêtres constitutionnels, et l'Etre suprême. Ou encore, les loges maçonniques.

3. L'après 1945, qui mène à mai 68, Vatican II, rupture spectaculaire, bouleversement des mentalités, l'art contemporain, l'ère numérique...

C'est plutôt cet aspect qu'il faut interroger.

chris-ostome
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Re: Rite romain et byzantin : leur développement organique comparé.

Message non lupar chris-ostome » mer. 15 mars 2017, 20:47

L'histoire a sûrement une influence.

Néanmoins, il n'y a pas qu'en Occident que les choses bougent et malgré tout ce qu'a pu connaître l'Orient, la liturgie byzantine est en somme plus "stable" et moins propice aux évolutions que la liturgie tridentine.

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Re: Rite romain et byzantin : leur développement organique comparé.

Message non lupar Altior » jeu. 16 mars 2017, 0:44

chrisorne a écrit :
mar. 14 mars 2017, 20:48
En revanche[/u], je constate une évolution sensiblement différente chez nos amis byzantins (je parle ici des orthodoxes exclusivement, puisque les églises catholiques byzantines sont en train de faire à la liturgie de saint jean chrysostome ce que les latins ont fait à la liturgie romaine).
Je suis formellement catholique de rite byzantin, anciennement orthodoxe et je suis très curieux de savoir sur quoi repose votre remarque.
A partir de quand l'évolution de la liturgie cesse d'être "organique" ?
Entre un «développement organique» et une «rupture» la différence n'est pas tant dans l'amplitude du changement que dans la modalité et le sens du changement.
Ne peut on pas prétendre que la rupture, à un degré moins élevé, précède le missel de Paul VI ?
Non. Tout comme les faits que, dans la Messe en rite byzantin, on a introduit dans le VIII-ème siècle l'hymne héruvique et dans le IX-ème siècle l'iconostase (une sorte de jubé) ne sont pas des ruptures, mais des développements organiques. Saint Jean Chrysostome aurait probablement un peu de difficulté de reconnaître dans la Messe de nos jours la Messe dont il a été l'auteur visible. Néanmoins, il s'agit de la même Messe, enrichie par la tradition vivante de l'Église.
Pourquoi il y a t'il beaucoup moins d'évolutions chez les byzantins et chez les orientaux (ça dépend desquels) ?
Je pense que c'est culturel. Si vous voulez, il y a un préjugé négatif sur les changements en Est, tout comme un préjugé positif en Ouest. Autrement dit, quand le citoyen lambda de l'est de l'Europe entend le mot «changement» il part de la présomption qu'il s'agit d'une mauvaise chose qu'il faut, jusqu'à la preuve contraire (preuve préférablement faite par des autres), absolument éviter. Au contraire, pour le citoyen lambda de l'ouest de l'Europe (et particulièrement de France), si une chose PEUT être changée, alors elle DOIT être changée, et gare à celui qui ne change pas: ce ringard, ce passéiste, ce dinosaure placardisé dans le soi-même, ce retardé moyenâgeux perdu dans notre époque de progrès vers les nouveaux horizons, forcément les plus larges que l'humanité a jamais vu.
Qu'est-ce qui légitimise les réformes liturgiques et jusqu'à quel point a t'on le droit de réformer ?
La Sainte Église a la légitimité de reformer. Elle reçoit cette légitimité de Dieu. En lisant l'Ancien Testament on voit comment le vrai liturgiste en chef, qui est Dieu, reforme la liturgie et comment il travaille par les hommes qu'Il a choisi. On voit combien Dieu est attentif, rigoureux et minutieux jusqu'à la pédanterie en matière liturgique. On voit qu'il y a en même temps une continuité et une énorme différence entre la Tente de la Rencontre et le Temple de Solomon. Pourtant, les deux sont faites à commande divine qui va jusqu'aux moindres détails. Un autre aspect qu'on comprend mieux en lisant l'Ancien Testament et combien la liturgie influence la foi. Après la dissolution du Royaume Unifié, la différence entre les Judéens et les Samaritains est exclusivement liturgique. Le même peuple, la même foi, seulement la façon de rendre le culte au même Dieu différait. Eh bien, il finissent par être deux religions qui n'ont plus presque rien à voir. Forme du culte et fond de la foi, lex orandi et lex credendi s'influencent réciproquement et on voit bien que Dieu, y compris lorsqu'Il se fait homme dans le Nouveau Testament, donne la même importance aux traditions liturgiques qu'à la foi proprement dite et respecte avec une rigueur dont nous avons tant à apprendre toutes les prescriptions rituelles que Lui même a donné.

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Re: Rite romain et byzantin : leur développement organique comparé.

Message non lupar chris-ostome » jeu. 16 mars 2017, 14:24

Altior a écrit : Je suis formellement catholique de rite byzantin, anciennement orthodoxe et je suis très curieux de savoir sur quoi repose votre remarque.
D'après ce que j'ai lu, à l'Est, on a intégré des servants d'autel filles, parfois des célébrations versus populum... Il y aurait eu une influence latine plus ou moins importante au niveau des ornements... De même, par le passé (avant le concile), les papes auraient demandé des adaptations à la liturgie romaine, notamment au niveau du canon. Peut-être suis-je mal renseigné.
Altior a écrit : Saint Jean Chrysostome aurait probablement un peu de difficulté de reconnaître dans la Messe de nos jours la Messe dont il a été l'auteur visible
Certes, la liturgie byzantine a connu des enrichissements mais je pense que Saint Jean Chrysostome reconnaîtrait sans problème la structure de la divine liturgie actuelle : les antiennes, le trisagion...
Saint Grégoire le Grand ne reconnaîtrait pas la messe de Paul VI, ni même peut être la messe de Pie V.

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Re: Rite romain et byzantin : leur développement organique comparé.

Message non lupar Altior » jeu. 16 mars 2017, 21:13

chrisorne a écrit :
jeu. 16 mars 2017, 14:24
Peut-être suis-je mal renseigné.
Oui, c'est bien ça. J'ai pris part à des centaines de Messes catholiques en rite grec. Je n'ai jamais vu des servants d'autel filles. Les filles de toutes manière ne peuvent pas entrer dans le sanctuaire. D'ailleurs, je n'ai jamais vu des servants d'autel garçons. Serait-ce parce qu'il n'y a pas de servants d'autel chez les catholiques de l'est ?

Et puis, jamais je n'ai entendu un pape demander des adaptations à la liturgie romaine. Par contre, les papes sont les principaux piliers qui encouragent de garder la tradition spécifique de ce poumon de la Sainte Église. Vraiment, il faut que vous mettiez en question la sériosité de pareilles sources.


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