Créationnisme ou évolutionnisme ?

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Créationnisme ou évolutionnisme ?

Message non lupar FMD » mar. 28 déc. 2004, 17:08

[align=justify]Le contenu de cette page est une traduction libre du site: http://www.pbs.org/wgbh/evolution/relig ... index.html. Cette page a pour but de vous présenter l'approche de Francisco Ayala, catholique et professeur de sciences biologiques et de philosophie à l'Université de Californie, au sujet de la théorie de l'Évolution et du péché originel.

Les catholiques bien informés ne voient pas de conflit entre leurs croyances religieuses et la théorie darwinienne de l'évolution biologique. En 1996, le Pape Jean-Paul II déclara que les conclusions apportées par les disciplines scientifiques n'entraient pas en contradiction avec la Révélation divine, et il accepta donc la conclusion scientifique établissant l'Évolution comme une théorie bien établie. Le Pape souligna également que la science traite de la réalité matérielle, alors que les questions « de conscience morale, de liberté, de beauté et d'expérience religieuse, rentrent dans les compétences de l'analyse philosophique et de la réflexion, de même que la théologie révèle [leur] signification ultime selon les plans du Créateur ».

Depuis plus d'une décennie, j'enseigne la théorie de l'évolution à de jeunes étudiants. Au début du cours, des étudiants viennent vers moi, années après années, pour me faire part de leurs réserves venant d'une contradiction qu'ils semblent percevoir entre les croyances chrétiennes et la théorie de l'évolution. Je traite ces étudiants avec le grand respect qui soit, tout leur répondant avec deux considérations très similaires à celles de Jean-Paul II. La première est que la théorie de l'évolution est admise avec la même certitude que l'héliocentrisme copernicien ou encore la composition corpusculaire de la matière. La seconde considération est que la science est un excellent moyen d'accéder à la connaissance, mais ce n'est pas l'unique moyen. Nous pouvons accéder à la connaissance par de nombreuses autres manières, comme la littérature, les arts, la philosophie, et la religion. Une vision scientifique du monde est désespérément incomplète. La science cherche des explications matérielles à des processus matériels, mais n'a rien à dire en définitif sur les faits qui dépassent sa portée. Une fois que la science a eu son mot à dire, il reste les questions de la valeur et du sens qui sont éternellement hors de portée du domaine scientifique, mais qui appartiennent au royaume de la philosophie et de la religion.

Question: Pouvez-vous nous dire comment vous appréhendez la question du péché originel. Si Dieu a choisi de créer des organismes, notamment humains, à travers des millions d'années d'évolution, que reste-t-il des fondements théologiques du dogme du péché originel et de la rédemption sans véritables Adam et Eve?

Je trouve que le dogme du péché originel et de la rédemption est sans aucun doute le dogme le plus rempli d'espérance de toute la théologie chrétienne. Tout d'abord, regardons l'aspect scientifique, je veux parler de ce que j'ai dit précédemment au sujet de l'interprétation littérale de la Bible. Il me semble que l'histoire d'Adam et Eve, d'après nos connaissances actuelles, ne peut être comprise littéralement dans le sens qu'elle implique deux êtres humains particuliers dont nous descendrions tous. Nous savons que nos ancêtres ne furent pas à un seul instant deux uniques individus. L'analyse génétique moderne nous permet de conclure qu'à travers les millions d'années de notre histoire, il n'y a jamais eu moins de plusieurs milliers d'être humains vivants. Nous ne descendons donc pas d'un couple unique.

La signification de cette filiation à Adam et Eve est que nous sommes tous les membres d'une même espèce, d'une même humanité, et que nous sommes donc tous égaux. À mes yeux, c'est un déclaration très forte sur l'égalité en général et plus particulièrement contre toutes les formes de racisme et de ségrégation basées sur des préférences ethniques. La Genèse dit que tous les membres de groupes ethniques différents sont frères et que nous descendons des mêmes ancêtres. Nous devrions alors nous considérer comme étant égaux dans tous les domaines concernés.

Le dogme du péché originel implique, à mon sens, que du fait de l'existence de notre libre arbitre, nous sommes enclins à nous comporter d'une manière bien souvent peu vertueuse, et qui entraîne tout aussi souvent le péché. Je pense que même les plus grands saints et prophètes ont péché ne serait-ce qu'une seule fois. De plus, le dogme du péché originel et de la rédemption nous dit que nous pouvons accepter le péché, le fait que nous péchons. Maintenant nous pouvons penser à nos actes individuellement. Cela ne signifie pas que nous devrions êtres condamnés ou vivre avec les conséquences morales du péché éternellement. Il y a l'espérance. Il y a la possibilité de la rédemption, et cette rédemption passe bien entendu dans le christianisme à travers la personne de Jésus-Christ. Plus généralement, dans le cadre de la Bible, elle vient du Messie. Ainsi le Messie établit une alliance avec Dieu qui permet à chaque homme d'être racheté et donc sauvé de ses propres folies et péchés.[/align]
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Créationnisme vs Evolutionnisme

Message non lupar Francoise » ven. 11 mars 2005, 16:17

Bonjour à tous,

Je voudrais vous parler d'un sujet qui me tient à coeur, puisque étant catholique, je crois que le sujet ne peut laisser indifférent. Il s'agit du Créationnisme.
Cette vision de la création du monde et en opposition avec l'évolutionnisme. Elle propose, pour simplifier les choses, de prendre la Bible comme un livre d'Histoire.
Il existe une association (CESHE : Cercle Historique et Scientifique) qui défend ce point de vu. J'ai lu aussi un livre intitulé : "La Bible au risque de la science", qui partage le point de vu de M. Crombette.
Ce livre m'a paru très intéressant car il fait une biographie de Galilée (qui semble être à l'origine des théories évolutionnistes). On peut y lire que ce catholique, qui avait deux filles dans les ordres, était également ami du Pape. Il fut demandé à plusieurs reprises à Galilée de ne pas IMPOSER son point de vu (qui était du domaine de la théorie). D'après l'auteur de ce livre : D. TASSOT, Galilée (pour résumer) était paranoïac. Galilée finissant par semer le trouble parmi les catholiques, c'est pour calmer les esprits qu'on lui demanda de ne plus importuner les gens avec ses théories. L'Eglise était divisée face à sa tentative de conciliation entre la thèse copernicienne et la Bible. Enfin, une fois de plus, j'ai été surprise de voir qu'on pouvait lire l'histoire d'une toute autre façon que celle proposée par nos sacro-saint manuels scolaires d'histoire (en général hostiles à notre Eglise).

Il serait mauvais de vouloir défendre notre Eglise en faisant des recherches historiques malhonnêtes. Dominique Tassot étant catholique, je me plait à penser que c'est un historien honnête. Cependant, il a parmi les catholiques convaincus de sérieux opposants, alors... qui a tord, qui a raison?

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Message non lupar guelfo » ven. 11 mars 2005, 17:44

Galilée a été condamné (et récemment réhabilité) pour sa défense de l'héliocentrisme. La théorie de l'évolution est postérieure de plusieurs siècles, et son originateur est Darwin.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Galileo_Galilei

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Darwin

Je crains donc que votre auteur ne se soit très très très sérieusement emmêlé les pinceaux...
Dernière édition par guelfo le lun. 14 mars 2005, 11:39, édité 1 fois.
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Message non lupar FMD » ven. 11 mars 2005, 20:06

[align=justify]Bonjour et bienvenue Françoise ! :)

Au sujet du créationnisme, je vous invite à consulter ce fil détaillant le point de vue - que je partage - d'un scientifique catholique: viewtopic.php?t=538.

Pour ce qui est de Galilée, je vous rappelle qu'il n'a fait que reprendre la théorie formulée un siècle plutôt par le cardinal de Cuse puis par Copernic ! Toutefois il a bel et bien révolutionné la science en observant que les astres étaient également des corps qui naissaient et se corrompaient, rompant ainsi avec les conceptions grecques pluriséculaires sur l'idéalisme mathématique et créant par la même occasion une nouvelle science, la physique.

Cordialement,
Franck[/align]

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Message non lupar Christophe » ven. 11 mars 2005, 20:28

Bonsoir Françoise,

L'apport fondamental de Galilée à l'épistémologie est d'avoir redonner à l'expérience ses lettres de noblesse, contre un néo-platonicisme qui faisait de la physique un logos, un discours fermé sur lui-même : une science purement spéculative et non pas expérimentale.

Quand à moi, je n'accorde aucune valeur historico-scientifique au récit de la Genèse...


Bien à vous,
Christophe
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Message non lupar wanderer » ven. 11 mars 2005, 22:53

C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup personnellement et sur lequel j'ai du mal à me positionner. Il y a des tas d'intuitions qui ne peuvent être que divines dans le récit de la Génèse. ce que j'aimerais savoir, c'est si l'Eglise a pris position sur le sujet.

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Message non lupar guelfo » lun. 14 mars 2005, 11:41

Ce serait catastrophique que l'Eglise prenne position à ce sujet !
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Message non lupar Shaka » lun. 14 mars 2005, 13:32

La signification profonde de ce récit est que l'homme s'est laissé détourner de la présence divine par la femme et par la connaissance, une situation toujours d'actualité dans nos sociétés libérales.
Le moine, cet arhat qui a mis fin au flux impur, a vécu noblement, fait ce qu'il devait faire, déposé son fardeau, atteint le but et brisé les entraves du devenir et s'est libéré par la Connaissance exacte, ô moines, le voici celui qui reconnaît à fond le nirvana comme étant le nirvana. Il ne forge pas la notion : je suis le nirvana, je suis du nirvana, mien est le nirvana; et il ne se complaît pas dans le nirvana. Pourquoi cela? C'est que sa Connaissance est parfaite.

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Message non lupar Francoise » lun. 14 mars 2005, 15:55

Je vois que le sujet ne vous laisse pas non plus indifférent, et je m'en réjouis qu'à moitié étant donné que je ne suis nullement sientifique et que mon ignorence dans les autres domaines risque de me limiter dans mon argumentation. Cependant, je pense que je vais m'enrichir, alors je poursuis !

Pour Shaka, on n'a pas besion des autres pour commettre une faute. Le péché originel n'est pas celui de la femme et de la connaissance, mais plutôt le péché de nos premier parents : Adam et Eve.

Pour Guelfo, je ne crois pas me tromper en disant que Galilée n'a pas été condamné parcequ'il proposait des théories nouvelles, mais plutôt parcequ'il imposait ses théories aux gens de son époque. En fait, Galilée a été à l'origine de l'évolution par sa croyance en l'héliocentrisme. Evidemment, ce n'est pas nouveau, Néron était héliolâtre. Mais lui voulu que chacun tienne pour vrai (et de foi) ses théories.
Ensuite, je ne vois pas ce qu'il y a de catastrophique à ce que l'Eglise se prononce sur ce sujet, étant donné que l'Héliocentrisme nie la révélation biblique, comme par exemple : "Dieu créa le soleil et la lune pour éclairer la terre et pour marquer les jours et les mois".


Pour Wanderer récemment, Jean-Paul II a écrit :"Aux membres de l'Académie Pontificale des sciences.

[align=justify]C’est avec un grand plaisir que je vous adresse un cordial salut, à vous, Monsieur le Président, et à vous tous qui constituez l’Académie pontificale des Sciences, à l’occasion de votre Assemblée plénière.
J’adresse en particulier mes vœux aux nouveaux Académiciens, venus prendre part à vos travaux pour la première fois. Je tiens aussi à évoquer Académiciens décédés au cours de l’année écoulée, que je confie au Maître de la vie.

1. En célébrant le soixantième anniversaire de la refondation de l’Académie, il me plaît de rappeler les intentions de mon prédécesseur Pie XI, qui voulut s’entourer d’un groupe choisi de savants en attendant d’eux qu’ils informent le Saint-Siège en toute liberté sur les développements de la recherche scientifique et qu’ils l’aident ainsi dans ses réflexions. À ceux qu’il aimait appeler le Senatus scientificus de l’Église, il demanda de servir la vérité. C’est la même intention que je vous renouvelle aujourd’hui, avec la certitude que nous pourrons tous tirer profit de la " fécondité d’un dialogue confiant entre l’Eglise et la science " (Discours à l’Académie des Sciences, 28 octobre 1986).

2. Je me réjouis du premier thème que vous avez choisi, celui de l’origine de la vie et de l’évolution, un thème essentiel qui intéresse vivement l’Eglise, puisque la Révélation contient, de son côté, des enseignements concernant la nature et les origines de l’homme. Comment les conclusions auxquelles aboutissent les diverses disciplines scientifiques et celles qui sont contenues dans le message de la Révélation se rencontrent-elles ? Et si, à première vue, il peut sembler que l’on se heurte à des oppositions, dans quelle direction chercher leur solution ? Nous savons en effet que la vérité ne peut pas contredire la vérité (cf. Léon XIII, Encyclique Providentissimus Deus).D’ailleurs, pour mieux éclairer la vérité historique, vos recherches sur les rapports de l'Eglise avec la science entre le XVI e et le XVIII e siècles sont d’une grande importance.

Au cours de cette session plénière, vous menez une " réflexion sur la science à l’aube du troisième millénaire ", en commençant par déterminer les principaux problèmes engendrés par les sciences, qui ont une incidence sur avenir de l’humanité. Par votre démarche, vous jalonnez les voies de solutions qui seront bénéfiques pour toute la communauté humaine.
Dans le domaine de la nature inanimée et animée, l’évolution de la science et de ses applications fait naître des interrogations nouvelles. L’Eglise pourra en saisir la portée d’autant mieux qu’elle en connaîtra les aspects essentiels. Ainsi, selon sa mission spécifique, elle pourra offrir des critères pour discerner les comportements moraux auxquels tout homme est appelé en vue de son salut intégral.

3. Avant de vous proposer quelques réflexions plus spécialement sur le thème de l’origine de la vie et de l’évolution, je voudrais rappeler que le Magistère de l’Eglise a déjà été amené à se prononcer sur ces matières dans le cadre de sa propre compétence. Je citerai ici deux interventions. Dans son Encyclique Humani generis (1950), mon prédécesseur Pie XII avait déjà affirmé qu’il n’y avait pas d’opposition entre l’évolution et la doctrine de la foi sur l’homme et sur sa vocation, à condition de ne pas perdre de vue quelques points fermes (cf. AAS 42 [1950], p. 575-576).

Pour ma part, en recevant le 31 octobre 1992 les participants à l’Assemblée plénière de votre Académie, j’ai eu l’occasion, à propos de Galilée, d’attirer l’attention sur la nécessité, pour l’interprétation correcte de la Parole inspirée, d’une herméneutique rigoureuse. Il convient de bien délimiter le sens propre de l’Écriture, en écartant des interprétations indues qui lui font dire ce qu’il n’est pas dans son intention de dire. Pour bien marquer le champ de leur objet propre, l’exégète et le théologien doivent se tenir informés des résultats auxquels conduisent les sciences de la nature (cf. AAS 85 [1993], p. 764-772 ; Discours à la Commission biblique pontificale, annonçant le document sur l’Interprétation de la Bible dans l’Église : AAS 86 [1994], p. 232-243).

4. Compte tenu de l’état des recherches à l’époque et aussi des exigences propres de la théologie, l’Encyclique Humani generis considérait la doctrine de l’" évolutionnisme " comme une hypothèse sérieuse, digne d’une investigation et d’une réflexion approfondies à l’égal de l’hypothèse opposée. Pie XII ajoutait deux conditions d’ordre méthodologique : qu’on n’adopte pas cette opinion comme s’il s’agissait d’une doctrine certaine et démontrée, et comme si on pouvait faire totalement abstraction de la Révélation à propos des questions qu’elle soulève.

Il énonçait également la condition à laquelle cette opinion était compatible avec la foi chrétienne, point sur lequel je reviendrai.
Aujourd’hui, près d’un demi-siècle après la parution de l’Encyclique, de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse. Il est en effet remarquable que cette théorie se soit progressivement imposée à l’esprit des chercheurs, à la suite d’une série de découvertes faites dans diverses disciplines du savoir. La convergence, nullement recherchée ou provoquée, des résultats de travaux menés indépendamment les uns des autres, constitue par elle-même un argument significatif en faveur de cette théorie.

Quelle est la portée d’une semblable théorie ?
Aborder cette question, c’est entrer dans le champ de l’épistémologie. Une théorie est une élaboration métascientifique, distincte des résultats de l’observation, mais qui leur est homogène. Grâce à elle, un ensemble de données et de faits indépendants entre eux peuvent être reliés et interprétés dans une explication unitive. La théorie prouve sa validité dans la mesure où elle est susceptible d’être vérifiée ; elle est constamment mesurée à l’étiage des faits ; là où elle cesse de pouvoir rendre compte de ceux-ci, elle manifeste ses limites et son inadaptation. Elle doit alors être repensée.

En outre, l’élaboration d’une théorie comme celle de l’évolution, tout en obéissant à l’exigence d’homogénéité avec les données de l’observation, emprunte certaines notions à la philosophie de la nature. Et, à vrai dire, plus que de la théorie de l’évolution, il convient de parler des théories de l’évolution. Cette pluralité tient, d’une part, à la diversité des explications qui ont été proposées du mécanisme de l’évolution et, d’autre part, aux diverses philosophies auxquelles on se réfère. Il existe ainsi des lectures matérialistes et réductionnistes, et des lectures spiritualistes. Le jugement ici est de la compétence propre de la philosophie et, au-delà, de la théologie.

5. Le Magistère de l’Église est directement intéressé par la question de l’évolution, car celle-ci touche la conception de l’homme, dont la Révélation nous apprend qu’il a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 28-29). La Constitution conciliaire Gaudium et spes a magnifiquement exposé cette doctrine, qui est un des axes de la pensée chrétienne.

Elle a rappelé que l’homme est " la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même "(n. 24).

En d’autres termes, l’individu humain ne saurait être subordonné comme un pur moyen ou un pur instrument ni à l’espèce ni à la société ; il a valeur pour lui-même. Il est une personne. Par son intelligence et sa volonté, il est capable d’entrer en relation de communion, de solidarité et de don de soi avec son semblable. Saint Thomas observe que la ressemblance de l’homme avec Dieu réside spécialement dans son intelligence spéculative, car sa relation avec l’objet de sa connaissance ressemble à la relation que Dieu entretient avec son œuvre (Somme théologique, I-II, q. 3, a. 5, ad 1m).

Mais, plus encore, l’homme est appelé à entrer dans une relation de connaissance et d’amour avec Dieu lui-même, relation qui trouvera son plein épanouissement au-delà du temps, dans l’éternité.

Dans le mystère du Christ ressuscité, nous sont révélées toute la profondeur et toute la grandeur de cette vocation (cf. Gaudium et spes, 22). C’est en vertu de son âme spirituelle que la personne tout entière jusque dans son corps possède une telle dignité. Pie XII avait souligné ce point essentiel : si le corps humain tient son origine de la matière vivante qui lui préexiste, l’âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (" Animas enim a Deo immediate creari catholica fides nos retinere jubet ")(Enc. Humani generis, AAS 42 [ 1950], p. 575).

En conséquence, les théories de l’évolution qui, en fonction des philosophies qui les inspirent, considèrent l’esprit comme émergeant des forces de la matière vivante ou comme un simple épiphénomène de cette matière, sont incompatibles avec la vérité de l’homme. Elles sont d’ailleurs incapables de fonder la dignité de la personne.

6. Avec l’homme, nous nous trouvons donc devant une différence d’ordre ontologique, devant un saut ontologique, pourrait-on dire. Mais poser une telle discontinuité ontologique, n’est-ce pas aller à l’encontre de cette continuité physique qui semble être comme le fil conducteur des recherches sur l’évolution, et cela dès le plan de la physique et de la chimie ?

La considération de la méthode utilisée dans les divers ordres du savoir permet de mettre en accord deux points de vue qui sembleraient inconciliables. Les sciences de l’observation décrivent et mesurent avec toujours plus de précisions les multiples manifestations de la vie et les inscrivent sur la ligne du temps.

Le moment du passage au spirituel n’est pas objet d’une observation de ce type, qui peut néanmoins déceler, au niveau expérimental, une série de signes très précieux de la spécificité de l’être humain.

Mais l’expérience du savoir métaphysique, de la conscience de soi et de sa réflexivité, celle de la conscience morale, celle de la liberté, ou encore l’expérience esthétique et religieuse, sont du ressort de l’analyse et de la réflexion philosophiques, alors que la théologie en dégage le sens ultime selon les desseins du Créateur.

7. En terminant, je voudrais évoquer une vérité évangélique susceptible d’apporter une lumière supérieure à l’horizon de vos recherches sur les origines et le déploiement de la matière vivante.

La Bible, en effet, est porteuse d’un extraordinaire message de vie. Elle nous donne sur la vie, en tant qu’elle caractérise les formes les plus hautes de l’existence, une vision de sagesse.

Cette vision m’a guidé dans l’Encyclique que j’ai consacrée au respect de la vie humaine et que j’ai intitulée précisément Evangelium vitae. Il est significatif que, dans l’Évangile de saint Jean, la vie désigne la lumière divine que le Christ nous communique. Nous sommes appelés à entrer dans la vie éternelle, c’est-à-dire dans l’éternité de la béatitude divine.
Pour nous mettre en garde contre les tentations majeures qui nous guettent, notre Seigneur cite la grande parole du Deutéronome : " Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu " (8, 3 ; cf. Mt 4, 4).
Bien plus, la vie est un des plus beaux titres que la Bible ait reconnu à Dieu. Il est le Dieu vivant.

De grand cœur, j’invoque sur vous tous et sur tous ceux qui vous sont proches, l’abondance des Bénédictions divines.
Du Vatican, le 22 octobre 1996"

JEAN-PAUL II
[/align]
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Message non lupar guelfo » lun. 14 mars 2005, 16:01

]Pour Guelfo, je ne crois pas me tromper en disant que Galilée n'a pas été condamné parcequ'il proposait des théories nouvelles, mais plutôt parcequ'il imposait ses théories aux gens de son époque.
Je crois au contraire que tu te trompes. Galilée n'imposait rien du tout à qui que ce soit, et c'est à tort que l'Eglise l'a condamné (ironiquement, pour avoir démenti les théories d'Aristote...) comme l'a du reste reconnu Jean-Paul II.
En fait, Galilée a été à l'origine de l'évolution par sa croyance en l'héliocentrisme. Evidemment, ce n'est pas nouveau, Néron était héliolâtre. Mais lui voulu que chacun tienne pour vrai (et de foi) ses théories.
L'héliocentrisme est la théorie selon laquelle la terre tourne autour du soleil, et non le soleil autour de la terre. Ca n'a aucun rapport avec l'adoration du soleil, ni avec la théorie de l'évolution par la sélection naturelle, dont si je ne me trompe l'Eglise a admis la vraisemblance.
Ensuite, je ne vois pas ce qu'il y a de catastrophique à ce que l'Eglise se prononce sur ce sujet, étant donné que l'Héliocentrisme ni la révélation biblique, comme par exemple : "Dieu créa le soleil et la lune pour éclairer la terre et pour marquer les jours et les mois".
Parce qu'à peu près chaque fois que l'Eglise s'est exprimée sur ce genre de sujet elle s'est plantée, et parce que non contente de se planter, elle a persécuté certains de ceux qui eux ne se plantaient pas. Les églises seraient peut-être moins vides si on n'avait pas fait ce genre de conneries.
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Message non lupar wanderer » jeu. 07 avr. 2005, 19:47

Voici ce qu'enseigne Pie XII sur le sujet.
C'est pourquoi le magistère de l'Eglise n'interdit pas que la doctrine de l' " évolution ", dans la mesure où elle recherche l'origine du corps humain à partir d'une matière déjà existante et vivante - car la foi catholique nous ordonne de maintenir la création immédiate des âmes par Dieu - soit l'objet, dans l'état actuel des sciences et de la théologie d'enquêtes et de débats entre les savants de l'un et de l'autre partis : il faut pourtant que les raisons de chaque opinion, celle des partisans comme celle des adversaires, soient pesées et jugées avec le sérieux, la modération et la retenue qui s'imposent; à cette condition que tous soient prêts à se soumettre au jugement de l'Eglise à qui le mandat a été confié par le Christ d'interpréter avec autorité les Saintes Ecritures et de protéger les dogmes de la foi (11). Cette liberté de discussion, certains cependant la violent trop témérairement : ne se comportent-ils pas comme si l'origine du corps humain à partir d'une matière déjà existante et vivante était à cette heure absolument certaine et pleinement démontrée par les indices jusqu'ici découverts et par ce que le raisonnement en a déduit; et comme si rien dans les sources de la révélation divine n'imposait sur ce point la plus grande prudence et la plus grande modération.


Mais quand il s'agit d'une autre vue conjecturale qu'on appelle le polygénisme, les fils de l'Eglise ne jouissent plus du tout de la même liberté. Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter une théorie dont les tenants affirment ou bien qu'après Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient pas de lui comme du premier père commun par génération naturelle, ou bien qu'Adam désigne tout l'ensemble des innombrables premiers pères. En effet on ne voit absolument pas comment pareille affirmation peut s'accorder avec ce que les sources de la vérité révélée et les Actes du magistère de l'Eglise enseignent sur le péché originel, lequel procède d'un péché réellement commis par une seule personne Adam et, transmis à tous par génération, se trouve en chacun comme sien (12).

Comme dans le domaine de la biologie et de l'anthropologie, il en est qui, dans le domaine de l'histoire, négligent audacieusement les limites et les précautions que l'Eglise établit. Et en particulier, il Nous faut déplorer une manière vraiment trop libre d'interpréter les livres historiques de l'Ancien Testament, dont les tenants invoquent à tort, pour se justifier, la lettre récente de la Commission Pontificale biblique à l'Archevêque de Paris (13), Cette lettre, en effet, avertit clairement que les onze premiers chapitres de la Genèse, quoiqu'ils ne répondent pas exactement aux règles de la composition historique, telles que les ont suivies les grands historiens grecs et latins et que les suivent les savants d'aujourd'hui, appartient néanmoins au genre historique en un sens vrai, que des exégètes devront étudier encore et déterminer: cette Lettre dit encore que les mêmes chapitres, dans le style simple et figuré, bien approprié à l'état des esprits d'un peuple peu cultivé, rapportent les vérités essentielles sur lesquelles repose la poursuite de notre salut éternel, ainsi qu'une description populaire de l'origine du genre humain et du peuple élu. Si par ailleurs, les anciens hagiographes ont puisé quelque chose dans les narrations populaires (ce qu'on peut assurément concéder), on ne doit jamais oublier qu'ils l'ont fait sous l'inspiration divine qui les a préservés de toute erreur dans le choix et l'appréciation de ces documents.

Mais tout ce qui a été emprunté aux narrations populaires et accueilli dans les Saintes Lettres ne peut absolument pas être équiparé aux mythologies ou aux fables du même genre, qui procèdent bien plutôt de l'imagination dénuée de tout frein que de ce remarquable souci de vérité et de simplicité qui éclate dans les Saintes Lettres, même de l'Ancien Testament, à ce point que nos hagiographes doivent être proclamés nettement supérieurs aux écrivains profanes de l'antiquité.

Nous savons, certes, que la plupart des maîtres catholiques dont les travaux profitent aux lycées, aux séminaires, aux collèges d'instituts religieux demeurent éloignés de ces erreurs aujourd'hui répandues ouvertement ou on secret, soit par passion de nouveauté, soit même par un propos mal réglé d'apostolat. Mais nous savons aussi que ces nouveaux systèmes peuvent gagner des imprudents ; c'est pourquoi Nous préférons Nous opposer à elles dès leur principe, plutôt que d'avoir à porter remède à un mal déjà invétéré.

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Message non lupar FMD » dim. 17 avr. 2005, 11:01

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Mais quand il s'agit d'une autre vue conjecturale qu'on appelle le polygénisme, les fils de l'Eglise ne jouissent plus du tout de la même liberté. Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter une théorie dont les tenants affirment ou bien qu'après Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient pas de lui comme du premier père commun par génération naturelle, ou bien qu'Adam désigne tout l'ensemble des innombrables premiers pères.
Peut-être que j'interprète mal ce passage mais il me semble que Pie XII s'est aventuré sur un terrain plus que dangereux en faisant de l'existence historique d'Adam la base du dogme du péché originel. En effet si on ne lit pas la Genèse d'une manière historique, il est malgré tout possible de tirer de ce texte un message très fort: tous les hommes sont crées libres et égaux, ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur comme l'énonce admirablement la Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique. Bien entendu en tant que chrétiens nous connaissons toute l'étendue de cette liberté puisque nous connaissons Celui qui est venu nous délivrer de l'usage aliénant que nous pouvons en faire chaque fois que nous péchons.[/align]

Charles
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Re: Du sens de la Genèse

Message non lupar Charles » dim. 17 avr. 2005, 11:23

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Mais quand il s'agit d'une autre vue conjecturale qu'on appelle le polygénisme, les fils de l'Eglise ne jouissent plus du tout de la même liberté. Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter une théorie dont les tenants affirment ou bien qu'après Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient pas de lui comme du premier père commun par génération naturelle, ou bien qu'Adam désigne tout l'ensemble des innombrables premiers pères.
Peut-être que j'interprète mal ce passage mais il me semble que Pie XII s'est aventuré sur un terrain plus que dangereux en faisant de l'existence historique d'Adam la base du dogme du péché originel. En effet si on ne lit pas la Genèse d'une manière historique, il est malgré tout possible de tirer de ce texte un message très fort: tous les hommes sont crées libres et égaux, ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur comme l'énonce admirablement la Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique. Bien entendu en tant que chrétiens nous connaissons toute l'étendue de cette liberté puisque nous connaissons Celui qui est venu nous délivrer de l'usage aliénant que nous pouvons en faire chaque fois que nous péchons.[/align]
Bonjour Franck,

peut être que Pie XII est plus cohérent qu'aventureux. Je me demande s'il ne faut pas aussi essayer de comprendre ce qu'est l'homme et comment il est engendré, spécialement pour ce qui est de la partie rationnelle de son âme... Voilà c'est une piste, connaissant ta vivacité intellectuelle, je ne doute pas que tu arrives très rapidement à une solution satisfaisante... ;-)

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Re: Du sens de la Genèse

Message non lupar FMD » mar. 19 avr. 2005, 18:09

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peut être que Pie XII est plus cohérent qu'aventureux.
Je précise que je n'entends nullement de remettre en question l'enseignement de Pie XII et de l'Église puisque je rejette également le polygénisme. Je confesse seulement ne pas comprendre ce qui a pu pousser Pie XII à se prononcer sur une question aussi pointue, même si je pressens tout de même qu'il y a une bonne raison à cela. Une bonne raison qu'une âme charitable serait bien aimable de m'expliquer car j'avoue que cela m'intrigue. :oops:[/align]

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guelfo
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Re: Du sens de la Genèse

Message non lupar guelfo » mar. 19 avr. 2005, 18:27

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peut être que Pie XII est plus cohérent qu'aventureux.
Je précise que je n'entends nullement de remettre en question l'enseignement de Pie XII et de l'Église puisque je rejette également le polygénisme. Je confesse seulement ne pas comprendre ce qui a pu pousser Pie XII à se prononcer sur une question aussi pointue, même si je pressens tout de même qu'il y a une bonne raison à cela. Une bonne raison qu'une âme charitable serait bien aimable de m'expliquer car j'avoue que cela m'intrigue. :oops:[/align]
A mon avis, les restes d'une conception littérale erronnée de ce qu'est la Vérité de la Bible.

Je sens que je vais me faire taper dessus ! :lol:
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