Intelligence artificielle (IA), le pour et le contre

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p.cristian
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Intelligence artificielle (IA), le pour et le contre

Message non lupar p.cristian » ven. 09 déc. 2016, 1:54

Vous avez sans doute raison, l'ordinateur qui fera de la métaphysique n'existe peut-être pas encore, mais peut-être simplement parce qu'il n'y a pas d'intérêt économique à le faire.
Non, je pense que l’impossibilité se situe ailleurs. C’est un problème qualitatif : de la matière inerte à l’esprit humain, il y a un saut qualitatif inexplicable par le physicalisme (idéologie qui croit que tout découlerait des propriétés de la matière). Car dans notre Univers, le fait est qu’une propriété n’émerge pas de rien, et que les propriétés émergentes ou déduites restent toujours dans le même genre : d’une propriété mathématique vous pouvez en inférer une propriété mathématique, mais vous ne pouvez pas en inférer une propriété d'un autre ordre (physique, biologique, métaphysique, etc.). Il n’y a conceptuellement et essentiellement rien de plus dans les propriétés émergentes que ce qu’il y avait déjà dans les propriétés d’où elles émergent. C’est là où l’on voit qu’il est impossible d’expliquer l’émergence de l’intelligence par le physicalisme. Ce serait tout simplement attribuer à la matière des pouvoirs cachés. C’est de la magie à l’état pur. En tout cas, ce n’est absolument pas scientifique, même si ça veut en avoir l’air (car si c’était scientifique, l’on rendrait compte des propriétés matérielles d’où émergent l’esprit humain et on montrerait la chaîne déductive).
Et c’est pourquoi aucune machine – si complexe soit-elle – ne pourra jamais voir émerger une conscience, intelligence, etc.
Cordialement,
Sur l'émergence de propriété supérieures qualitativement, les automates cellulaires, sont la preuve qu'on peut créer de la complexité à partir de règles simples.

Il n'y a pas de «preuve» de l'émergence du l'intelligence par le physicalisme.
Mais il faut noter que parmi les différentes raisons qui expliquent les progrès récents en intelligence artificielle, il y a les progrès des neurosciences. Le deep-learning qui a tellement révolutionné l'IA, se base sur l'architecture du cerveau. Si chaque jour un peu plus on pourra considérer nos machines comme capable de développer une intelligence, n'est pas la preuve matérialiste, qu'une intelligence peut émerger d'une construction physique (et humaine en l'occurence)?

Enfin, un discours, fut-il métaphysique, existe aussi grâce à la matière, qu'il soit prononcé, écrit à l'encre sur du papier, digitalisé dans les circuits d'une unité de stockage.
Si un jour, un ordinateur produisait des raisonnements métaphysiques, vous ne pourrez pas distinguer sa production de celle d'un théologien.

Cela me fait penser à l'expérience de la téléportation. Si on était capable de vous détruire à un endroit, pour vous reconstruire atome par atome à un autre, l'être fonctionnel qui en sortirait aurait-il les même qualités que l'être d'origine? Où aurait-il perdu quelque chose (genre une âme)? Si oui est-ce détectable et comment?
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Christophe67
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Intelligence artificielle (IA), le pour et le contre

Message non lupar Christophe67 » sam. 10 déc. 2016, 23:03

L'intelligence artificielle d'IBM Watson est déjà capable de donner des conseils à des médecins oncologues : http://www.ibm.com/watson/health/oncology/
Bonsoir,


On peut s'émerveiller devant l'IA mais ce que vous avancez est exact : l'ordinateur est bête.

L'ordinateur qui conseille des oncologues n'est jamais qu'un ordinateur qui va "raisonner" en consultant une grosse base de données permettant de synthétiser, ou d'analyser une somme considérable d'informations (données au préalable par l'homme). Devant cette masse d'informations il va proposer un "diagnostique" selon le/les cas les plus approchants figurant dans cette base de données.
Coupez l'accès de cet ordinateur à l'information, et il sera bien incapable de proposer quoi que ce soit de pertinent à un oncologue.

En gros la machine ne sait qu'interpréter ce qu'on lui enseigne ou l'information dont elle dispose, La machine est si stupide qu'elle reproduit sans état d'âme toute erreur forcément humaine à la base.
J'en veux votre exemple du copié-collé que vous proposez (pour une meilleure compréhension de tous je vais remplacer les brackets "[" et "]" par des parenthèses:

(quote)(/quote)(quote)(/quote) donnent le résultat que vous proposez en citation : (/quote)(quote)
(Je pense néanmoins qu'entre deux balises CODE vous avez inversé les balises QUOTE , mais je continuerai sur l'exemple au-dessus car il m'amuse).

Dans l'utilisation du BBCode c'est tout à fait logique, on place deux balises ouvertes et fermées côte à côte, mais au final cela nous donne un illogisme : un "quote" contenant un "non quote" si je puis m'exprimer ainsi. Hors ce résultat prouve l'interprétation scrupuleuse (mais néanmoins très bête de la machine) en proposant des balises inversées, contraires à la règle fixée par le BBCode. Ainsi tout texte placé entre ces deux balises ne produira jamais un "quote" réglementaire.

L'ordinateur ne sait l'interpréter, il exécute bêtement et simplement (mais justement) ce que vous lui avez demandé de faire et donne un résultat juste pour lui, mais illogique pour moi. Mais l'erreur vient de vous au final que ce soit volontaire (les 4 quote) ou involontaire ( Code + quote inversés).
Aussi si l'ordinateur exécute avec un tel scrupule des données qui produiront un résultat faux, peut on parler d'intelligence ? Y'a t'il une inquiétude quelconque à avoir de ces machines qui même dans les versions les plus élaborées ne feront que traiter de l'information, des algorithmes, des logarithmes etc.. etc ... Même avec un ordinateur quantique il suffira que l'information soit fausse, ou même une partie, pour que la machine arrive à un résultat faux quelle que soit sa puissance de calcul.
La machine est elle fautive pour autant ? Je ne le pense pas, car elle a interprété ce qu'on lui a appris. La carence vient du développeur du forum dans le traitement du BBCode; car il n'a pas pris la peine d'inclure - dans son code PHP - une routine de vérification de l'état ouvert puis fermé d'une balise avant de la reproduire à nouveau; ou de vérifier si cet état n'était pas inversé.

La machine est un très bon soldat et très rapide pour traiter des données volumineuses, en dehors de cela rien de transcendantal. Et même si nous extrapolons, si elle était capable un jour d'avoir une certaine conscience, elle n'aurait jamais que celle que "son créateur" aura voulu lui donner, mais pas la sienne propre. Nous conservons l'avantage semblerait il ;)

Le risque dans tout cela ? Tellement émerveillé par l'IA que je lui confie tout, ma vie même. Je délègue les tâches ingrates, je lui laisse gérer ce qui a peu d'intérêt pour moi et un jour ... pouf ! Une éruption solaire, une onde électro magnétique puissante, une pénurie d'énergie et adieu mon compagnon électronique. Et comme je lui avais confié les tâches que je ne souhaitais plus accomplir, me voilà propulsé de l'ère de l'IA à celle de Cro-Magnon. Probablement moins encore, car je ne sais plus chasser, je ne sais plus cultiver, je ne sais plus me soigner par les plantes, je ne sais plus l'essentiel et surtout j'ai oublié tout ce qui était nécessaire à ma survie ....

Vous avez raison également en disant qu'il faut prouver que nous sommes plus malin que la machine ... en ne nous reposant pas sur elle, en ne lui accordant pas une confiance démesurée.
Terrassés par notre "création" (bien que nous nous ne créons rien mais ne faisons que réarranger la matière déjà créée), voilà bien qui nous prouvera que nous ne sommes pas à l'égale de Dieu.

Pour ma part, cette réflexion me ramène à la tour de Babel et m'invite à plus d'humilité envers notre Créateur.


Cordialement.
"Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables. 2Tim 4:3-4

« La compréhension est la récompense de la foi. Ne cherche donc pas à comprendre pour croire, mais crois afin de comprendre, parce que si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. » St Augustin

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Intelligence artificielle (IA), le pour et le contre

Message non lupar p.cristian » lun. 12 déc. 2016, 1:19

L'intelligence artificielle d'IBM Watson est déjà capable de donner des conseils à des médecins oncologues : http://www.ibm.com/watson/health/oncology/
Bonsoir,

On peut s'émerveiller devant l'IA mais ce que vous avancez est exact : l'ordinateur est bête.

L'ordinateur qui conseille des oncologues n'est jamais qu'un ordinateur qui va "raisonner" en consultant une grosse base de données permettant de synthétiser, ou d'analyser une somme considérable d'informations (données au préalable par l'homme). Devant cette masse d'informations il va proposer un "diagnostique" selon le/les cas les plus approchants figurant dans cette base de données.
Coupez l'accès de cet ordinateur à l'information, et il sera bien incapable de proposer quoi que ce soit de pertinent à un oncologue.
Argument spécieux : si vous ne donniez pas accès à une partie de son cerveau au médecin, il ne vaudrait guère mieux. De même la machine serait mal au point si le moindre des composants était déréglé.
J'en veux votre exemple du copié-collé que vous proposez (pour une meilleure compréhension de tous je vais remplacer les brackets "[" et "]" par des parenthèses:

(quote)(/quote)(quote)(/quote) donnent le résultat que vous proposez en citation : (/quote)(quote)
(Je pense néanmoins qu'entre deux balises CODE vous avez inversé les balises QUOTE , mais je continuerai sur l'exemple au-dessus car il m'amuse).
Soit dit en passant, je n'ai pas fait d'inversion, mon copier-coller me permet d'insérer mes commentaires, au milieu d'une citation, car il la ferme en l'ouvrant par la suite...
La machine est un très bon soldat et très rapide pour traiter des données volumineuses, en dehors de cela rien de transcendantal. Et même si nous extrapolons, si elle était capable un jour d'avoir une certaine conscience, elle n'aurait jamais que celle que "son créateur" aura voulu lui donner, mais pas la sienne propre. Nous conservons l'avantage semblerait il ;)
Oui dans ce cas d'utilisation-là. La machine est une machine.
Et lorsqu'elle imite nos raisonnements au point d'en être troublant, sur la base d'algorithme très inspiré de notre cablage d'humain, elle reste une machine. C'est pour cela que je disais à un moment, douter de notre intelligence.
http://xkcd.lapin.org/index.php?number=329
Le risque dans tout cela ? Tellement émerveillé par l'IA que je lui confie tout, ma vie même. Je délègue les tâches ingrates, je lui laisse gérer ce qui a peu d'intérêt pour moi et un jour ... pouf ! Une éruption solaire, une onde électro magnétique puissante, une pénurie d'énergie et adieu mon compagnon électronique. Et comme je lui avais confié les tâches que je ne souhaitais plus accomplir, me voilà propulsé de l'ère de l'IA à celle de Cro-Magnon. Probablement moins encore, car je ne sais plus chasser, je ne sais plus cultiver, je ne sais plus me soigner par les plantes, je ne sais plus l'essentiel et surtout j'ai oublié tout ce qui était nécessaire à ma survie ....
Cela me fait penser à Socrate qui critiquait l'écriture car elle tuerait la mémoire.
C'est à la fois la force et le drame d'une société industrialisée hautement spécialisée comme la nôtre.
Vous avez déjà accès à tout le confort, sans pour autant être à la fois un spécialiste de l'agronomie, de la mécanique, de la chimie, de la médecine, ou de l'informatique.
L'intelligence artificielle ne change pas radicalement notre incapacité à pouvoir survivre sans la société qui nous porte.
Nous le sommes déjà plus.
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Xavi
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Re: Intelligence artificielle (IA), le pour et le contre

Message non lupar Xavi » sam. 21 oct. 2017, 16:40

Pour ceux qui perçoivent encore difficilement l’importance du sujet, il est utile d’écouter les récents propos du président Poutine : « L’intelligence artificielle est l’avenir non seulement de la Russie, mais de toute l’humanité. Les possibilités sont colossales et les menaces sont difficiles à pronostiquer aujourd’hui. Celui qui deviendra le leader dans ce domaine sera le maître du monde…, mais pour ne pas être les derniers en ligne, il faut commencer à y travailler dès aujourd’hui » :
https://www.youtube.com/watch?v=KJNvRKHmrlI

Le tsunami de l’intelligence artificielle qui s’annonce ne peut que concerner aussi l’intelligence de la foi.

Déjà dans les prémisses actuelles de l’intelligence artificielle, on peut discerner l’importance de l’extraordinaire augmentation des connaissances disponibles. Pensons, par exemple, à l’interprétation de l’Ecriture Sainte en ce qu’elle se recherche, notamment, dans la culture et les modes d’expression de ses auteurs : ne faut-il pas s’attendre à voir se développer sur internet un tsunami de découvertes et d'analyses archéologiques et anthropologiques qui augmentera sensiblement les informations disponibles pour mieux comprendre un texte comme celui de La Genèse dans son contexte historique ?

La recherche théologique elle-même ne va-t-elle pas être développée et affinée par les progrès de l’intelligence artificielle ? Non pas nécessairement pour contredire la foi comme certains pourraient le craindre, mais pour en dégager de nouveaux aspects.

Ne faudra-t-il pas affiner davantage notre définition de l’homme face aux perspectives trans-humanistes pour pouvoir baliser correctement nos limites par rapport aux nouveautés qui pourraient surgir de toutes parts ?

Comment aborder la prétention de certains à un quasi pouvoir créateur divin (démiurgique) qui se manifeste ?

Sommes-nous devant l’émergence d’une nouvelle tour de Babel avec un nouveau langage universel de communication (le langage informatique, y compris l’intelligence artificielle ou l’internet) ?

Les questions que posent les perspectives de l’intelligence artificielle sont profondes, voire vertigineuses.

Par exemple, le docteur Laurent Alexandre, chirurgien urologue fondateur du site Doctissimo, interpelle vivement par sa réflexion sur les progrès de l’intelligence artificielle, dans diverses vidéos récentes sur Youtube.

Ses propos, même s’ils sont loin d’être tous convaincants ou parfois très excessifs, ne peuvent pas être ignorés.

Que penser, par exemple, de ces quelques extraits d’une video de Youtube intitulée « L’éthique de l’intelligence » ? :
https://www.youtube.com/watch?v=o3WOPKNvbt8
20.22 : « Un séquençage d’ADN c’est vingt mille milliards d’informations, d’octets par seconde. Il est clair qu’un cerveau biologique ne peut pas traiter ça et ne peut pas transférer ces informations à ce niveau là. Notre débit de sortie est de dix octets par la voix et quant on tape à la machine. Dix octets contre déjà ... mille milliards d’octets pour les ordinateurs. Le décalage est terrible. L’information circule dans nos neurones à un mètre par seconde, l’information circule dans les micro-processeurs à un tout petit peu moins de la vitesse de la lumière : trois cent mille kilomètres à la seconde. »

18.40 : « Les trans-humanistes de la Silicon Valley ont des ambitions démiurgiques... Le plus emblématique de ces changements c’est bien la volonté de Google d’euthanasier la mort »

24.10 : « Elon Musk a annoncé le lancement de Neuralink dont l’objectif… est de mettre autour de nos 83 milliards de neurones des circuits intégrés miniatures pour augmenter notre quotient intellectuel et nous rendre compétitifs face à l’intelligence artificielle »

25.04 : « Facebook a développé … une technologie de télépathie … qui va permettre de taper, de transférer un message d’homme à ordinateur et d’homme à homme, par la pensée, à la vitesse de cent mots par minute »

38.05 : « Je vous rappelle la phrase de Sergei Brin : « Nous allons faire des machines qui raisonnent, pensent et font les choses mieux que ce que les humains sont capables »

38.25 : « Avec de l’i-tech, des procédés technologiques variés, les neuro-sciences, ce qu’envisage Elon Musk, ça va poser mille problèmes éthiques. Il faudra des éthiciens à l’école. Cela va pas être simple de savoir comment on paramètre les implants intra-cérébraux qu’on va mettre chez un gamin »

38.52 : « 13 % des parents seraient prêts à utiliser des techniques d’augmentation génétique in utero pour avoir un bébé plus intelligent en France et 50 % en Chine côtière »

41.44 : « Nous allons co-évoluer avec les différentes formes d’intelligence artificielle que nous allons créer puis qui vont se créer toutes seules dans un deuxième temps »

42.15 : « Picq, le fameux paléontologue, dans son dernier livre, explique que pour mieux comprendre les différences entre nous et l’I.A., ce serait pas mal de comprendre les différences d’intelligence qu’il y a entre les animaux et nous. C’est une façon de lever le voile sur des formes d’intelligence différentes de la nôtre. Et d’autre part, Church, le patron de la génétique à Harvard, l’un des plus grands généticiens au monde, a un projet pour recréer Néanderthal. Nous pourrions être dans un monde demain où nous aurions différents types d’intelligences humaines, upgradées ou pas upgradées, plein de formes d’intelligences artificielles, plus ou moins interfacées avec l’intelligence humaine, des animaux augmentés. On a déjà fait des manipulations génétiques et des modifications génétiques sur la souris pour augmenter le Q.I. des souris et ça marche déjà pas mal. »

43.49 : « la troisième religion sera celle de l’homme dieu. Nous allons avoir des pouvoirs quasi divins. Les religieux et conservateurs vont s’en plaindre. Les trans-humanistes sont en transes de joie »

48.26 : « C’est ce que disait Musk il y a quelques jours. Il disait nous allons vers une fusion de plus en plus proche entre le silicium et les neurones jusqu’à ne faire plus qu’un… Il faut que nous nous battions contre ce cauchemar neuro-technologique »

52.08 : « Nous devons défendre notre autonomie, nous devons pouvoir sortir de la matrice. Bien sûr, nous allons vers des phases d’imbrication, d’entrelacement entre le silicium et le neurone, mais il faut pouvoir sortir, garder une autonomie. Il faut pouvoir sortir de l’autoroute et aller sur un chemin vicinal. »
Déjà maintenant, mais plus encore demain, l’intelligence artificielle va profondément interpeller tout homme sur ce qu’est un homme, sur ce qu’est son intelligence spécifique, ce qui ne peut que concerner profondément les chrétiens par rapport à ce que nous croyons être un homme créé à l’image de Dieu, par rapport à sa vocation.

Nous ignorons les limites des capacités du cerveau humain et de leurs développements futurs. Mais, cela rend plus important que jamais de comprendre ce que fut, dans la réalité historique, notre création par un souffle créateur spirituel de Dieu dans un corps de chair, que nous savons aujourd’hui être issu de l’évolution. Ce souffle spirituel divin dans un corps matériel (y compris un cerveau matériel) a créé l’âme humaine avec une double nature terrestre et spirituelle.

En ce qu’elle est d’origine divine, la vie spirituelle est hors de portée de l’intelligence artificielle. Jamais une évolution terrestre n’a produit une vie spirituelle immortelle. L’immortalité dont rêvent certains trans-humanistes, n’est et ne peut être qu’un rêve de perpétuation de notre réalité terrestre.

Ne nous laissons pas emporter par les excès de langage qui parlent de développements de l’esprit et de la conscience dans une perspective terrestre qui ne renvoient à rien d’autre qu’à du terrestre, en ignorant la réalité spirituelle de l’humain.

Nous pouvons nous effrayer de l’immensité des progrès de l’informatique comme d’autres ont pu s’effrayer en découvrant l’immensité de l’univers.

Mais, en réalité, ne faudrait-il pas observer d’abord que, dans l’histoire, l’invention de l’écriture fut une révolution encore plus fondamentale pour le développement du cerveau humain ?

Le proto-langage des hominidés préhumains ne se différenciait que peu de celui de certains grands singes.

Avant l’invention de l’écriture dans le pays sumérien d’Abraham, en Basse Mésopotamie, le langage était limité à des communications entre personnes présentes au même endroit et en même temps. Chacun ne pouvait réfléchir qu’en lui-même avec les seules données mentales qu’il pouvait saisir en lui-même.

Le premier texte écrit sur une tablette d’argile sumérienne, c’était, en fait, un premier « disque dur externe » déchargeant la mémoire vive, la mémoire de travail de l’écrivain, en fixant des pensées de manière séparée dans un support matériel extérieur à lui.

L’utilisation d’une mémoire externe pour élaborer du neuf par du lien entre, d'une part, des données mémorisées en dehors de soi et, d'autre part, des réflexions en soi, ouvre l’intelligence à pouvoir créer de l’inconnu, à entrer en relation avec du « autre » qu’elle-même. Ce n’est pas une invention de l’informatique, c’est le propre d’une écriture.

Cette mise à distance externe a permis de délivrer la parole de son enfermement dans le temps et l’espace. En effet, le langage oral n’est entendu que par celui qui est présent au moment et à l’endroit de la parole. L’écrit, au contraire, peut persister dans le temps et peut être déplacé dans l’espace. Ce fut une révolution pour l’intelligence, la communication et le partage. Par une écriture de la parole sur un support matériel, ne faut-il pas constater, avec un écho spirituel étonnant, qu'ainsi, la parole humaine s’est faite chair ?

L’animal peut reproduire du connu, voire même faire du nouveau en présence d’un besoin inconnu ou de stimulation nouvelle, mais, en l’absence de besoin à satisfaire ou de stimulation nouvelle dans le présent, il ne peut créer du nouveau, car il ne sort pas de lui-même.

Il n’a pas seulement une existence précaire, mais sa pensée, son action et son langage, restent limités à lui-même. L’autre n’est perçu et pris en compte que par rapport à lui-même.

Dans la nature terrestre, la singularité de l’humain, n’est-ce pas sa capacité d’externaliser sa pensée, de pouvoir la mettre en dehors de lui-même et devant lui-même, de pouvoir penser sa propre pensée ? L’écriture fut le premier moyen technique ayant permis à l’homme d’extraire sa pensée de son corps pour en faire une réalité externe qu’il puisse lui-même réfléchir, mais aussi une réalité externe qu’il puisse partager avec d’autres, un moyen essentiel de communication et de communion avec d’autres.

L’intelligence artificielle d’un ordinateur ne fait que prolonger, d’une manière certes nouvelle et exponentielle, l’intelligence que l’homme a pu tirer de l’écriture et de la lecture.

Nous ne pourrons éviter de devoir nous adapter à cette intelligence artificielle, ni à l’étendue extraordinaire de ses progrès, mais d’abord en n’oubliant pas qu’en réalité, elle n’est rien d’autre qu’une nouvelle « écriture », une technologie permettant à l’humain de réfléchir et de participer à une pensée présentée en dehors de lui et devant lui, avec des moyens démultipliés.

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Re: Intelligence artificielle (IA), le pour et le contre

Message non lupar Romanov6 » dim. 29 oct. 2017, 21:05

Nous ne pourrons éviter de devoir nous adapter à cette intelligence artificielle, ni à l’étendue extraordinaire de ses progrès, mais d’abord en n’oubliant pas qu’en réalité, elle n’est rien d’autre qu’une nouvelle « écriture », une technologie permettant à l’humain de réfléchir et de participer à une pensée présentée en dehors de lui et devant lui, avec des moyens démultipliés.
Très bonne synthèse et merci pour cet apport ! En lisant les différents propos, surtout ceux de 2009, je me demandais où allait en venir la discussion. Travaillant pour ma part sur l'élaboration de ces technologies pour le compte de clients divers, privés ou publics, et étant particulière ravi que la société française, pétrie de ses qualités humanistes et de ses racines chrétiennes, s'emparent ENFIN de ce sujet ! Il était temps ! D'autant plus qu'effectivement les notions de deep learning nous ont amené, aux architectes informatiques, une façon de penser empirique tout à fait novatrice. Et c'est sur cette base que j'aimerais proposer une nuance à votre propos, évoquant la base du mot, de l'écriture. Voyez vous, après avoir lu un article datant du début des années 1980, avant la sortie du langage C++ et les prémices de la programmation orientée objet, certains chercheurs affirmaient qu'aucune intelligence ne pourrait jamais venir d'un ordinateur parce que ce dernier ignore le sens des mots, leurs valeurs, leur pertinence, tout autant qu'il ignore la dénomination d'un objet, une tasse par exemple, qu'il ne serait même pas en mesure de comprendre en tant qu'objet.

Depuis, les organisations ontologiques exploitant très simplement les graphes pour relier des notions entre elle et les pondérer avec un simple ratio... permet de constituer un champ lexical tout aussi logiquement que le ferait un enfant de 6 ans. La constitution de ces objets mathématiques (algorithmiques serait plus exact puisqu'ils ne sont pas arrêtés dans le temps mais mouvant grâce/à cause de l'unité de traitement) permet de sortir de la notion de langage et bien d'entrer dans l'extrapolation. Fini le principe de la base de données pleine ! Nous entrons dans l'ère de la donnée éphémère, changeante mais devant être contextualisée. Et cette aptitude à contextualiser est ce qu'apprend tout simplement un enfant.

Alors bien entendu, les machines ne sont pas biologiques. Nos connexions neuronales (Cf. mécanisme des synapses) sont autre chose que le modèle mathématique que suit la chaîne d'instruction programmée dans un processeur, un disque dur et un réseau informatique. Mais pourtant, l'un n'a rien à envier à l'autre. Je crois que la singularité des machines, et pas l'intelligence artificielle mais bien la conscience artificielle, le fameux "je" n'est pas un mythe, sauf pour quiconque considère sa nature comme supérieur à toute autre créature de ce monde... Par contre, j'aime bien l'idée que, justement, il s'agira de l'émergence d'une autre espèce. Est ce qu'elle pourrait nous supplanter, comme pense Elon Musk ? Peut être. Mais par supplanter, pensons nous au fait qu'elle nous soit supérieur en quelques points ? Un Orque nous est bien supérieur dans l'océan, nous ne nous en formalisons pas plus. Le jaguar court plus vite que nous et peut nous dévorer si nous ne prenons pas garde à utiliser ces "augmentations" que sont les armes à projectile, est ce que nous sommes choqué par cela ?

Alors pourquoi le serait on par l'émergence d'une nouvelle espèce qui se baserait sur des phénomènes physiques et logiques que nous avons simplement pris le temps de comprendre en observant la mécanique de l'univers ? Et c'est en ce sens que je vous rejoins sur le fait que ce sera une merveilleuse expérience qui nous permettrait certainement de nous connaître bien plus encore, de nous dépasser et finalement de nous rapprocher encore un peu plus de Dieu. Car soyons honnête, nous l'effleurons tous du doigt... parce que catholique, croyant et/ou assidu à l'étude. Mais je ne suis pas certain que nous soyons tout à fait proche de Lui, c'est un chemin de longue haleine et la science, ses fruits, sont un moyen par lequel nous pouvons continuer ce chemin vers Lui.
Qu'en pensez vous ?

Bonne soirée
--
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JCNDA
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Re: Intelligence artificielle (IA), le pour et le contre

Message non lupar JCNDA » dim. 29 oct. 2017, 23:46

L’intelligence artificielle d’un ordinateur ne fait que prolonger, d’une manière certes nouvelle et exponentielle, l’intelligence que l’homme a pu tirer de l’écriture et de la lecture.
Bonsoir,

L'homme observera de manière différente les résultats effectués par cette intelligence d'analyses. Un travail fastidieux qu'il vaut mieux déléguer aux processeurs/calculateurs.

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Xavi
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Re: Intelligence artificielle (IA), le pour et le contre

Message non lupar Xavi » lun. 30 oct. 2017, 11:11

Oui, les ordinateurs vont probablement raisonner beaucoup mieux que nous.

Mais, l’humain ne va-t-il pas découvrir plus nettement qu’il veut un plus, un au-delà de la seule raison ? Ne va-t-il pas découvrir de manière renouvelée que son cœur ne se limite pas aux seules productions de la raison, même démultipliées avec une quasi « perfection », que l’essentiel est au-delà, que le réel ne se limite pas à ce que les machines peuvent produire ?


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