Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

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Etrigan
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar Etrigan » sam. 15 nov. 2014, 13:48

Je viens de terminer "Qui-suis je ?" Ungern d'Erik Sablé, l'histoire d'un "personnage exceptionnel qui libéra la Mongolie occupée par les troupes chinoises en 1921. Ataman cosaque, le baron Ungern vécut une vie d'aventures. Il fut un héros de la Première Guerre mondiale. Il habitera en Transbaïkalie, puis en Mongolie. Il parcourra la Mandchourie, la Chine, et se mariera avec une princesse chinoise. Sa Division Asiatique de Cavalerie sera la dernière armée à se battre contre les troupes communistes. Passionné par le bouddhisme, il s'entourait de lamas. Il rêvait de créer une Asie unifiée qui serait en mesure de lutter contre une Europe qu'il jugeait décadente. Après la prise d'Ourga, il s'empressa de remettre sur le trône le Koutouktou, l'équivalent mongol du Dalaï-Lama."

Et aussi un roman japonais, Le Ruban de Ito Ogawa chez Philippe Picquier. À la fois roman et recueil de nouvelles, Le Ruban met en scène 8 récits tournant autour d’un petit oiseau anthropomorphe, Ruban. L’histoire commence lorsque Sumiré, la grand-mère d’Hibari, décide de couvert dans son chignon ( !) un œuf tombé d’un nid. Son nom sera ruban parce que cet oiseau « est le ruban qui nous relie pour l’éternité » explique Sumiré à Hibari. Mais un jour, Ruban s’échappe de sa cage. Son périple, de personne en personne, sera l’occasion de raconter des histoires de chagrin et de bonheur.

À partir d’un pitch ô combien étrange, Ito Ogawa (auteur à succès avec Le Restaurant de l’amour retrouvé) raconte une suite d’histoire tantôt gaies, tantôt tristes dont le charme s’avère indéniable. C’est parfois surréaliste et poétique (l’histoire de Sumiré et Hibari), parfois profondément triste (le récit de cette maman qui a perdu son bébé), mais toujours doux et caressant. Ito Ogawa n’a pas son pareil, en effet, pour mettre en scène avec un mélange de tendresse et de gravité des personnages un peu hors norme, bizarre pour tout dire, mais touchants. Assurément un roman qu’on ne regrettera pas d’avoir ouvert.
« Le Verbe s’est incarné pour la Rédemption du Péché. Faudra-t-il que le Saint-Esprit s’incarne pour la rédemption de la sottise ? » Léon Bloy

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Buonavventura
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Message non lupar Buonavventura » sam. 15 nov. 2014, 21:05

Après Richelieu d'Erlanger, Louis XIV puis l'Affaire des poisons de Jean-Christian Petitfils j'ai commencé le Condé le héros foudroyé de Simone Bertière en parallèle j'ai commencé le traité de la dévotion mariale de Louis Marie Grignon de Montfort.

Je m'intéresse au XVIIeme siècle en ce moment.

Mon intérêt est né avec la lecture d'une anthologie de Laurence Plazenet Port Royal au travers de laquelle j'ai mesuré l'importance de ce siècle sur la plan politique, culturel, religieux ; au passage je n'ai pas fini l'ouvrage qui reproduisait notamment des extraits de vie admirables, édifiantes, saintes et vénérables de personnes qui passaient leur temps à se reprocher tant et tant de péché, jusqu'à considérer que s'accuser de trop de péchés pouvait également être un péché ... d'orgueil etc.... bref tout est péché !

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Message non lupar Cinci » mar. 10 févr. 2015, 7:53

Neal Lozano, Délié. Guide pratique de la délivrance, 2003 («Unbound. A Practical Guide to Deliverance»)
  • «Neil Lozano, diplômé en éducation religieuse, a plus de trente-cinq ans d'expérience pastorale dans laquelle il aide les personnes à trouver leur liberté dans le Christ. Fondateur avec son épouse Janet, du Ministère «Coeur du Père», il donne dans différents pays du monde des séminaires et des formations sur le thème de la libération et de la délivrance. Catholique romain, Neal est également coordinateur aîné de la «Maison de la lumière de Dieu», communauté chrétienne interconfessionnelle, qu'il a conduite pendant plus de trente-cinq ans. [...]»

Le week-end dernier, j'ai participé à une autre bonne séance de type soirée de prière, charismatique, avec un solide bonhomme dont j'ai déjà parlé. «Que ça fait du bien!» Je le mentionne ici parce qu'il m'aura suggéré à la fin de la soirée un ouvrage dont je donne la référence.

Un extrait :
«... c'est en 1970 que Dieu m'a révélé son amour : ma vie en a été transformée pour toujours. Très vite cependant je me suis rendu compte que le malin s'opposait à moi quand je voulais servir le Seigneur. Que je tombe malade la veille d'une retraite ou que mon dos me lâche juste avant une intervention, j'ai pris conscience de la façon dont Satan se servait de ma peur pour engendrer des symptômes physiques destinés à me dissuader. J'ai commencé à comprendre que la tentation n'était pas un simple combat contre mes faiblesses personnelles, mais véritablement une campagne stratégique et démoniaque pour me faire dérailler et anéantir ma foi.

Au fur et à mesure que je lisais les Écritures, je trouvais beaucoup de références à l'oeuvre des démons et à la délivrance que Jésus apporte à tous ceux qui sont assaillis par des esprits mauvais. Je me suis mis à lire tout ce que je pus trouver sur la délivrance. J'écoutais attentivement les histoires des gens qui avaient été libérés au nom de Jésus de chaînes spirituelles. [...]

Le seul secours que je connaissais et la seule aide que je pouvais apporter à d'autres chrétiens en difficulté c'était des versets connus de l'Écriture que je croyais comprendre : «Soumettez-vous donc à Dieu. mais résistez au diable et il fuira loin de vous.» (Jacques 4,7) «Vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres»(Jean 8,32) Il me manquait quand même quelque chose. Je ne savais pas comment vivre en pratique la vérité de ces versets.

Environ quinze ans plus tard, le Seigneur m'a appris comment résister au malin et de quelle façon la vérité nous rend libres. Un homme de Dieu m'a délivré, par la puissance de l'Esprit Saint, de l'influence d'un esprit mauvais, un esprit qui m'avait comme gardé en esclavage à cause d'un lien spirituel ayant pour origine une profonde blessure du passé [...]» p.10
Mon animateur de la soirée qui connaît Neal Lozano, contait l'anecdote de cette délivrance au cours de laquelle l'auteur aura pu voir littéralement l'esprit nuisible se détacher de lui et finalement partir (sortir vers le haut) à la suite du commandement d'autorité au nom de Jésus. Il nous contait que cet esprit avait empoisonné sa vie jusque là, depuis tout jeune, s'agissant d'un esprit qui provoquait de la timidité, la crainte, le repliement sur soi. La personne ne se sera jamais douté de rien, croyant qu'il devait s'agir finalement d'un trait de caractère personnel. Apparemment que le changement aurait été notable à partir du moment où l'intrus aura pu être chassé lors de la prière. La blessure du passé aurait été provoquée par un professeur, à la petite école, qui se serait moqué de lui devant toute la classe.

Il en aura profité pour nous entretenir ensuite de Marie de Magdala qui aurait été délivrée par Jésus de sept esprits impurs. Marie de Magdala qui aurait été parmi les rares à suivre Jésus jusqu'au pied de la croix, celle qui aurait été ensuite la première à qui Jésus ressuscité se serait laissé voir.

L'enseignement avec des passages bibliques fut riche.

Quant à l'origine de l'expression «La Bonne Nouvelle» - parce qu'il en fut question aussi durant la soirée - je ne pensais plus moi-même à regarder du côté d'Isaïe :
Spoiler!
«... qu'ils sont beaux sur les montagnes
les pieds de celui qui apporte la bonne nouvelle,
qui proclame la paix
annonce le bonheur,
proclame le salut,
qui dit à Sion :
«Ton Dieu règne!»
Écoute! tes guetteurs élèvent la voix,
ensemble ils crient de joie;
car ils voient les yeux dans les yeux
Yavhé revenir à Sion.
Éclatez toutes en crie de joie,
ruines de Jérusalem!
car Yavhé console son peuple,
il rachète Jérusalem.
Yavhé met à nu son saint bras
aux yeux de toutes les nations,
et tous les confins de la terre verront
le salut de notre Dieu.
- Isaïe 52, 7

Spoiler!
«L'esprit du Seigneur Yavhé est sur moi,
parce que Yavhé m'a oint;
il m'a envoyé apporter aux humbles la bonne nouvelle,
panser les coeurs brisés,
proclamer aux déportés la libération
et aux captifs l'élargissement,
proclamer une année favorable de Yavhé,
un jour de vengeance de notre Dieu,
consoler tous les endeuillés,
leu donner un turban au lieu de cendre,
une huile d'allégresse au lieu d'habit de deuil,
la louange au lieu d'un esprit abattu.
On les appellera térébinthe de justice,
plantation de Yavhé pour se glorifier

[...]

Parce qu'ils ont eu le double en fait de honte
et comme part la confusion et le crachat,
ils recevront le double sur leur terre,
ils auront une joie perpétuelle.
Parce que moi, Yavhé, j'aime le droit
et que je hais ce qui est injustement dérobé,
je leur donnerai loyalement leur rétribution
et je conclurai avec eux une alliance perpétuelle.
Leur descendance sera connue parmi les nations,
et leurs rejetons au milieu des peuples :
tous ceux qui les verront reconnaitront en eux
une race bénie de Yavhé.

Je suis transporté d'allégresse en Yavhé,
mon âme jubile en mon Dieu,
car il m'a revêtu des habits du salut,
du manteau de la victoire il m'a enveloppé,
comme le jeune époux ajuste le turban,
et comme l'épousée se pare de bijoux.

Car de même que la terre fait éclore ses germes,
de même qu'un jardin fait germer ses semences,
ainsi le Seigneur Yavhé fera germer la victoire
et la louange devant toutes les nations.
- Isaïe 61, 1

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Message non lupar Fée Violine » mer. 11 févr. 2015, 17:32

*Journal d'un bourgeois de Paris sous Louis XV (Barbier, bourgeois de Paris, a tenu son journal de 1718 à 1763. C'est très intéressant, j'ai appris beaucoup de choses).

*Je relis les souvenirs de soeur Emmanuelle. C'est génial !

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Message non lupar axou » mar. 31 mars 2015, 21:49

Je viens de me régaler avec l'immense biographie de Noureev d'Ariane Dolfus, complétée par "Rudik" de Philippe Grimberg, toujours sur le danseur. Je suis pleine d'admiration pour ce personnage qui s'est voué à la danse comme on entre en religion et qui a tout donné pour apporter de la beauté au monde.
Je viens aussi de terminer "soumission" de M. Houellebeck, nettement moins réjouissant (à ne pas lire seul un dimanche soir par temps de pluie froide...) mais intéressant et drôle par les temps qui courent.

Bien à vous,

Axou

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Message non lupar Kerniou » mer. 01 avr. 2015, 18:49

S'agit-il de Philippe "Grimberg" ou "Grimbert", le psychanalyste et auteur du livre autobiographique "Un secret" ?
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.

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Message non lupar axou » mer. 01 avr. 2015, 21:39

Il s'agit bien de l'auteur d'"un secret" chère Kerniou . Il a connu Noureev et imagine une psychanalyse avec le danseur, qu'il a un peu connu.
Bien à vous,

Axou

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Message non lupar Fée Violine » mer. 01 avr. 2015, 21:59

Je viens de lire deux romans de Didier Decoin : Abraham de Brooklyn, et Docile.
Les romans de cet auteur sont tous différents, à chaque fois on entre dans un univers nouveau, et c'est toujours prenant.
Le premier se passe vers 1880, lors de la construction du pont entre Brooklyn et New York, les personnages sont un jeune couple et une jeune fille en cavale.
Le second se passe dans le nord de la France en 1939-40, les héros sont une libraire et un jeune adolescent.

J'ai lu aussi Le fleuve de feu, de Mauriac.
Chez Mauriac par contre on a l'impression de lire toujours la même histoire ! C'est morbide, malsain, tordu, déprimant, mais quelle belle langue !

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Message non lupar Cinci » jeu. 04 juin 2015, 14:40

De Bernanos, j'ai surtout été saisi par Les grands cimetières sous la lune, un ouvrage dans lequel notre bonhomme livrait à chaud toute son indignation au sujet de la guerre civile espagnole et en particulier le comportement du clergé catholique traditionel de l'époque, du clergé genre «Mgr Baudrillart à Vichy» Si ce n'est pas massacre à la tronçonneuse, dans certaines pages l'on s'en rapprocherait.

De Léon Bloy, j'ai tenté Le sang du pauvre récemment ... un échec ... J'ai cessé de lire à raison du style de l'auteur que j'aurai trouvé hermétique, bien trop elliptique. Incompréhensible pour moi, hélas.



Sinon, j'écume les pages de différents bloc-notes de François Mauriac, les recueils d'articles de lui qui auront été édités dans différents journaux pendant les années 1950 et 1960. Très intéressant. Il commentait au jour le jour les événements de l'actualité (Tunisie, Maroc, guerre d'Algérie, etc; les faits divers de la scène culturelle, la parution des nouveaux romans, l'évolution de la politique en France et tout). J'ai été surpris de découvrir des affirmations de Mauriac datant des années 1950 et que l'on pourrait presque retrouvées in-extenso dans des documents de Vatican II (!)

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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar Cinci » ven. 05 juin 2015, 14:45

Mauriac, dans ses notes :
Spoiler!
«Charles de Foucauld, à un moment de sa vie, rencontra un prêtre. Tout a commencé pour lui ce matin d'octobre 1886, dans un
confessionnal de l'église Saint-Augustin, à Paris. Rien de si commun que cette rencontre d'un confesseur et d'un pénitent ? Rien
de si étrange, au contraire. Écoutons ce dialogue entre le vicomte de Foucauld, qui était demeuré debout, et l'ombre entrevue
derrière la grille :«Monsieur l'abbé, je n'ai pas la foi. Je viens vous demander de m'instruire. - Mettez-vous à genoux,
confessez-vous à Dieu et vous croirez. - Mais je ne suis pas venu pour cela ! - Confessez-vous.»

Qui était donc ce prêtre pour violenter ainsi cet incrédule ? Selon la raison, mais même selon la grâce, il n'eût été approuvé de
personne si le pécheur s'était rebiffé et s'il avait pris le large. Mais l'homme s'agenouilla et se déchargea d'un seul coup de
tout ce qu'il avait accompli au long de sa triste jeunesse. Et alors il crut.

Le prêtre, un simple vicaire qui s'appelait l'abbé Huvelin, alla de l'avant, par cet ordre encore plus inattendu :«Vous êtes à
jeun ? Allez communier.» Hé quoi ! sans autre préparation ? Charles de Foucauld se leva, et cette communion fut la première du
saint qu'il était devenu. Si nous considérons la destinée qui se nouait en ce lieu et à cette heure, il nous admettre que le
vicaire de Saint-Augustin avait vu par-delà les apparences quelle âme lui était adressée : ce don de voyance existe et il est
dévolu à quelques uns. Ou peut-être, sans rien voir, l'abbé Huvelin obéissait-il à une inspiration qui lui était donnée.

Qui était ce prêtre ? (...) Un prêtre, l'abbé Huvelin (chez Lethielleux) nous laisse sur notre soif parce que ce saint est de ceux dont l'humilité redoute, semble-t-il, les glorifications futures. Ils brouillent leurs traces; ils se donnent, souffrent et
meurent. Tout ce qu'ils ont fait, dit ou écrit, des âmes en ont vécu, mais il n'en reste rien, pas même de quoi nourrir une
biographie.

L'abbé Huvelin appartenait à cette espèce obscure, et son souvenir se fût perdu si le père de Foucauld ne l'eût entraîné dans son
sillage. Il demeurera à jamais lié à son pénitent d'octobre 1886 qui lui-même, onze ans plus tard, dans une méditation datée de
Nazareth, s'écriait :«Mon Dieu, vous m'avez mis sous les ailes de ce saint et j'y suis resté. Vous m'avez porté par ses mains.»

Tant que l'abbé Huvelin a vécu, le père de Foucauld est demeuré dans son ombre. C'est dans l'ombre du père de Foucauld glorifié
que désormais l'abbé Huvelin demeure. Qui était-il ? Ce matin d'octobre 1886 où il fait violence à une âme nous révèle le trait
essentiel de sa nature, ou plutôt le caractère singulier de sa vocation qui s'est exprimée un jour dans cette confidence :«Je ne
puis regarder personne sans désirer donner l'absolution.» C'est à mon sens le mot le plus beau qui ait jamais échappé à une âme
sacerdotale, et le plus vrai, celui qui identifie le plus étroitement à son Maître. Car la parole de la messe :«Ceci est mon corps
livré pour vous, faites ceci en mémoire de moi
...», n'a été dite qu'une fois dans une circonstance très singulière. Mais dans
combien de rencontres, devant une créature étendue sur son grabat, ou adorante et prosternée, la Seigneur a dû dire :«Tes péchés te sont remis !» Il était venu pour chercher et sauver ce qui était perdu. C'est pour cela aussi que chaque prêtre est venu.

L'abbé Huvelin, qui ne peut regarder personne sans désirer l'absoudre, arrête sur chaque visage le regard même du Christ.
Mais il faut comprendre le sens de ce désir surhumain. Il ne s'agit pas ici d'une facilité; il ne s'agit pas du geste qui donne
sans qu'il en coûte rien. Pour l'abbé Huvelin, ce récit de sa vie en témoigne, confesser une âme, c'est se charger d'elle, se
charger d'elle à la lettre, c'est assumer le destin d'un autre. Le prêtre qui ne peut voir un autre sans désirer l'absoudre le
paie de sa vie crucifiée.

A l'école normale de la rue d'Ulm, le jeune Huvelin s'est déjà donné. Il est pareil aux autres en apparence, aussi gai, aussi
vivant. Mais voici qu'il étonne les jeunes ogres qui l'entourent : il se prive de nourriture. Il s'en prive au point qu'il
inquiète ses camarades qui l'aiment s'inquiètent pour lui et vont faire un rapport au directeur de l'école. Nous avons compris :
ce jeune adolescent a déjà choisi de payer pour les autres. Il a commencé de prendre à son compte tout ce que des générations de pécheurs viendront déverser dans son confessionnal de Saint-Augustin (...)

Très tôt, la souffrance vint s'abattre sur ce corps déformé par la goutte. Jamais il ne s'est interrompu de prêcher et confesser.
L'adolescent de la rue d'Ulm, dont les jeûnes effrayaient ses camarades, devint ce prêtre malade qui, à cause de la servante,
défaisait son lit et froissait ses oreillers, mais qui passait la nuit étendu sur le plancher. (...) Qu disait-il ? Ceci, par
exemple :
  • «Peut-on réparer sans souffrir ? Les prédications du Seigneur, ses paroles sont-elles le prix des âmes ? Non. La conquête des âmes, c'est le prix de son sang. Attire-t-on ces âmes en les enlaçant par de petites industries ?
    Non. Il faut souffrir pour attirer les âmes et les rendre à Dieu.»
Il a prononcé un jour cette parole qui en dit long sur ce qu'il a osé braver :
  • «Le directeur doit éprouver, non sous forme de tentation, mais d'expérience, ce dont il doit protéger les autres.»
Nous comprendrons alors ce que veut dire une de ses pénitentes lorsqu'elle confie à l'auteur de ce livre :«J'en connais qu'il a sauvé par le sentiment qu'il leur a inspiré du mal que lui causait l'aveu de certaines fautes et de certaines rechutes.»

«Je ne puis regarder personne sans désirer donner l'absolution.»

Jusqu'où l'abbé Huvelin est-il allé dans la folie de ce désir ? Ce fut lui, non peut-être qui convertit Littré (qui donc a jamais
converti personne ?), mais ce fut lui qui durant les derniers mois de la vie du vieux positiviste ne le quitta guère et l'amena
jusqu'à ce baptême d'avant le dernier soupir qui a suscité tant de polémiques. (...) L'amour est téméraire. Nous voyons l'abbé
Huvelin poursuivre un défroqué fameux : Hyacinthe Loyson - ce même Hyacinthe Loyson qui fut à l'origine de la demi-disgrâce de l'abbé Mugnier. Peut-on assurer que, cette fois-là, l'abbé Huvelin ait échoué ? Le 14 juin 1908, Hyacinthe Loyson lui écrivait
:«Quand l'heure viendra, vous serez averti par mes proches. Alors agenouillez-vous en esprit auprès de ma couche dernière et dites du fond de votre coeur ami et croyant la belle prière de l'Église : Proficiscere, anima christiana ! [«Quitte ce monde, âme chrétienne !», prière dite au chevet des agonisants] Tels étaient les échecs de l'abbé Huvelin.

Hyacinthe Loyson (1827-1912), entré chez les Carmes sous le nom de père Hyacinthe, prédicateur célèbre tenté par le modernisme, se rebella contre Rome, se maria avec une Américaine et fonda un culte catholique gallican, sans cesser de célébrer la messe.

[...]


Tandis que de trappe en trappe, de Nazareth à Béni-Abbès et à Tamaransset, le père de Foucauld atteint au martyre qu'il avait tant désiré, son directeur demeure obscurément à Paris dans cette église de Saint-Augustin (que je verrai désormais d'un autre oeil à cause de lui), traînant son corps douloureux de l'autel à la chaire et de la chaire au confessionnal, jusqu'à ce 10 juillet 1910 où il est terrassé en revenant de confesser un mourant. Son agonie fut silencieuse. Il murmura pourtant trois mots :«Amabo nunquam satis» (Je n'aimerai jamais assez).

Ce qui éclate dans le vicaire de Saint-Augustin, c'est la puissance du prêtre. Non «la puissance et la gloire*», mais la puisance
et l'opprobe. Si obscur qu'il soit, si pauvre, humilié dans sa chair très souvent, il est donné à cet homme de remettre les
péchés.

Pouvoir redoutable quand ce n'est plus la grâce qui le meut et que cette créature «téléguidée» échappe à son Maître, erre dans
les ténèbres du mal : alors sa puissance tourne à la destruction. C'est l'histoire du curé d'Uruffe [Guy Desnoyers, curé d'Uruffe,
près de Nancy, assassin de sa maîtresse, Régine Fays, âgée de 19 ans et de l'enfant qu'elle avait eu de lui.] Je n'ai cessé de
penser à lui, le plus malheureux de tous les vivants, tandis que je méditais la vie de l'abbé Huvelin, et je l'ai confié à ce
saint qu'il aurait pu être et qu'il a le temps encore de rejoindre, mais par quelle horrible route !»

* Allusion au roman de Graham Greene, dont Mauriac avait préfacé l'édition en 1948, chez Laffont.

Source : Jean Touzot, François Mauriac. D'un bloc-notes à l'autre. 1952-1969, Paris, Bartillat, 2000, cf. pp. 358-362

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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar Cinci » mer. 12 août 2015, 8:01

Un livre que je voulais consulter depuis longtemps :

Thierry Baudet, Indispensables frontières. Pourquoi le supranationalisme et le multiculturalisme détruisent la démocratie, Paris, Éditions du Toucan, 2015 (2012, parution original en Néerlandais), 582 p.

Je ne suis pas déçu. Le livre contient nombre de réflexions valables avec des références. L'auteur s'y révèle comme en adéquation avec ma propre façon de saisir le monde.

Dans la préface de Pascal Bruckner :
Spoiler!
«Tout ou partie du malheur de l'Europe vient non de l'excès mais de l'absence de frontières, surtout dans son espace central et oriental, quand les mêmes régions furent tour à tour allemandes, polonaises, russes, ukrainiennes, austro-hongroises, les administrations modifiées, les noms changés, les populations déplacées. [...] Une frontière n'est pas seulement une ligne qui délimite, c'est une blessure qui saigne et pour laquelle on s'est battus. [...] L'erreur de la construction européenne fut non de garantir les frontières mais de vouloir les annuler, sous un grand élan fédérateur, fondant les peuples les uns avec les autres dans un mélange indistinct. Telle est la thèse que développe ici Thierry Baudet, reprenant après d'autres, la question nationale. Il le fait avec prudence, une érudition élégante tournée vers la volonté de convaincre plus que de choquer.

Le drame européen est double : Bruxelles a érodé les souverainetés nationales mais sans leur substituer une souveraineté supranationale, ne cessant de proposer à de nouveaux pays de rejoindre notre union politique. L'Europe est devenue un ballon en expansion constante, qui gonfle chaque année un peu plus, et s'étend à la manière d'une enzyme gloutonne. Quant à la politique d'immigration, elle a juxtaposé côte à côte des populations de cultures diverses, vivant dans des temporalités différentes, partageant des croyances hétérogènes à qui l'on demande de s'entendre et de s'aimer au nom du respect de la diversité . Bref le multiculturalisme, surtout dans les pays anglo-saxons, a accentué la ségrégation au lieu de favoriser la naissance d'un sentiment national.

Au lieu de délimiter un «eux» et «nous», cette politique du fourre-tout s'est aidée de la caution d'un antiracisme rapide, opposant les méchants identitaires, rancis et chauvins, aux généreux autochtones, ravis de cohabiter avec des hommes de tous les pays. On a même transformé la critique d'une religion en action raciste sous le nom d'islamophobie. On a donc confondu les nations avec une boîte de petits pois dans lesquelles on surajoute sans fin de nouveaux éléments sans se demander s'ils vont s'accorder. Ce faisant, on a détruit le sens de la loyauté et transformé l'espace national en cohabitation de communautés hostiles ou indifférentes les unes aux autres. [...] Cette stratégie se réflète dans nos euros dont les billets ne reproduisent pas les grandes figures culturelles ou scientifiques de nos pays respectifs mais des arches, des ponts, des salles des pas perdus : comme si l'Europe n'était que le hall d'une gare oû l'humanité entière viendrait déambuler. Tragique méprise, sinistre vacuité et qui explique en partie notre désarroi actuel.

«Nous ne réunissons pas des États, nous réunissons des êtres humains», disait Jean Monnet avec un sens très français de l'abstraction. De là viennent une partie de nos malheurs. [...] «La seule frontière que trace l'Union européenne est celle de la démocratie et des droits de l'homme», affirme le Préambule de la Déclaration de Laeken en novembre 2001. A ce titre, devraient entrer dans l'Union européenne l'Inde, l'Afrique du Sud, le Sénégal, le Ghana, le Canada, l'Australe, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud, une bonne partie de l'Amérique latine ... Bref l'Europe rêve d'un ordre cosmopolite dont elle serait la matrice et qui gagnerait de proche en proche l'ensemble de la planète. [...] Or la frontière n'est pas seulement limite ou obstacle, elle est condition de l'exercice démocratique, elle instaure un lien durable entre ceux qu'elle abrite et donne le sentiment d'un monde commun. Elle sépare autant qu'elle réunit, elle est la porte qui ferme autant que la passerelle qui relie, elle reste ouverte sur ce dont elle nous écarte. [...]» (P.Bruckner, Paris, février 2015)
Avant-Propos
«L'objectif de ce livre est de réexaminer l'importance des frontières en développant la thèse que la démocratie représentative et l'état de droit ne peuvent exister que dans le cadre de l'État-nation. En outre, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, je suggère que les avantages économiques et sociaux nés de la mondialisation ne se matérialiseront vraiment qu'à travers des États-nations puissants et souverains, tournés vers l'extérieur, pratiquant une étroite coopération entre eux et demeurant ouverts aux nouveaux arrivants.

L'approche dominante au sein de la théorie politique et juridique moderne veut que le libre commerce, la coopération entre les États et l'internationalisme nécéssitent le supranationalisme, tandis que l'ouverture au monde implique le multiculturalisme. Je pense que c'est une inversion de la réalité. Car le supranationalisme réduit les options d'un État en matière de coopération libre et de relations internationales et détruit les fondements traditionnels de la loi internationale classique, tandis que le multiculturalisme entraîne la balkanisation des sensibilités et le rétrécissement - plutôt que l'élargissement - des esprits et des affinités, aboutissant à l'éclipse de la perception nationale. [...]

Puisque nous pouvons facilement traverser les frontières, ou en raison de problèmes qui transcendent les frontières, nous n'en aurions tout simplement plus besoin [?]

Ma thèse est fondamentalement opposée à cette vision : parce que des phénomènes transcendent les frontières, nous avons précisément besoin d'États-nations puissants. Eux seuls peuvent accueillir les nouveaux arrivants et les intégrer à un «nous» collectif nécéssaire à la représentation politique et à l'état de droit partagé. C'est également par le biais des États-nations que la coopération internationale peut réellement être mise en place. C'est en effet seulement lorsque les décisions prises par les représentants nationaux - qui peuvent en être tenus responsables - qu'une telle coopération peut être vécue comme légitime. » (Thierry Baudet, p.14)

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vobisangelicum
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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar vobisangelicum » jeu. 20 août 2015, 17:39

Un livre sur l'histoire d'un pays ayant souffert mais étant oublié:

Timor-Leste contemporain : L'émergence d'une nation

http://www.amazon.fr/gp/product/2846543 ... ge_o00_s00

Résumé:
Spoiler!
Situé aux confins de l'Asie-Pacifique, le Timor-Leste est connu pour avoir été le théâtre de l'un des plus grands drames humains du XXe siècle : le "génocide timorais" de 1999 précipita une indépendance acquise en 2002, après 24 années d'annexion indonésienne. Fréquemment qualifié de pays "le plus pauvre d'Asie", le Timor-Leste dispose d'un fonds pétrolier de 15 milliards de dollars, allant jusqu'à proposer en 2011 le rachat partiel de la dette portugaise. Analysant tour à tour l'histoire, les fondements socioculturels et les paramètres politiques, économiques et territoriaux de la construction de ce pays, douze spécialistes ont associé leurs connaissances pour démêler les apparentes contradictions auxquelles est confronté le Timor oriental. Au-delà des spécificités et dynamiques locales qui constituent le cadre original de cette étude, cet ouvrage nous aide à comprendre les enjeux géopolitiques et les perspectives d'intégration régionale à l'échelle asiatique et mondiale. Les influences coloniales (portugaises et indonésiennes) mais aussi traditionnelles (avec une vingtaine de groupes ethniques et linguistiques) sont dès lors autant de défis en cours et à venir dans un contexte de globalisation et d'internationalisation de la gouvernance. En filigrane, c'est la question du chemin parcouru d'un peuple depuis son indépendance qui est posée, ouvrant de riches comparaisons avec les indépendances du siècle dernier en prise subite avec la mondialisation et les questions identitaires.
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Message non lupar Fée Violine » jeu. 20 août 2015, 18:26

"Oublier Palerme", d'Edmonde Charles-Roux (publié en 1966), très beau roman sur l'exil, sur la Sicile et New York. Après recherche sur internet, je vois qu'un film a été tiré de ce livre, mais qui n'a pratiquement rien à voir avec le roman !

Lu aussi "la ville des prodiges" d'Eduardo Mendoza (publié en 1986), écrivain espagnol que je ne connaissais pas mais qui semble très connu en Espagne. C'est un roman picaresque, baroque, extravagant, captivant et déconcertant. La ville de Barcelone en est le personnage principal, ou du moins le cadre, entre l'Exposition universelle de 1888 et celle de 1929.
J'ai lu aussi deux autres romans du même auteur, des parodies de récits d'aventures ("Le labyrinthe des olives" et "Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus").

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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar Lys_Sul » ven. 21 août 2015, 0:15

Je ne vais pas résumer, car cela dépasse le cadre de sa personne, sur Simon Bolivar : le rêve américain de Pierre Vayssière pour ceux et celles qui sont intéressés par l'histoire de l'Amérique hispanique, cela est très intéressant.

En ce moment, je lis un gros pavé sur les guerres de religion Franco-Français, 1559-1598 D'Olivia Carpi.
L’esprit est à soi-même sa propre demeure ; il peut faire en soi un Ciel de l’Enfer, un Enfer du Ciel.

Livre I, Le Paradis perdu - John Milton

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Message non lupar Fée Violine » sam. 22 août 2015, 22:46

Je viens de lire :
"Messieurs les enfants" de Daniel Pennac (amusante réflexion sur l'enfance);

"Lorelei" de Maurice Genevoix (que je croyais un auteur ennuyeux, mais pas du tout, et quelle superbe langue !);

"L'attrape-coeur" de Salinger (un grand classique, paraît-il. Livre plein de sensibilité).


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