À l'ombre des jeunes filles en fleurs (extraits)

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Fée Violine
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À l'ombre des jeunes filles en fleurs (extraits)

Message non lupar Fée Violine » mar. 01 mai 2018, 12:05

Quelques savoureux extraits de À l’ombre des jeunes filles en fleurs, de Proust, que je m'étais amusée à noter dans ma jeunesse, je viens de retrouver le papier et je le recopie :

*…ses idées semblaient le plus souvent confuses, chacun appelant idées claires celles qui sont au même degré de confusion que les siennes propres.

*Le temps dont nous disposons chaque jour est élastique ; les passions que nous ressentons le dilatent, celles que nous inspirons le rétrécissent, et l’habitude le remplit.

*… de ces cadeaux qui meublent une chambre et la conversation.

*[description d’une église] …la coupole moelleuse et gonflée sur le ciel était comme un fruit dont la même lumière qui baignait les cheminées des maisons mûrissait la peau rose, dorée et fondante.

*Je regardais ensuite sans me lasser son grand visage découpé comme un beau nuage ardent et calme…

*…tandis que nous déjeunions et que, de la gourde de cuir d’un citron, nous répandions quelques gouttes d’or sur deux soles qui bientôt laissèrent dans nos assiettes le panache de leurs arêtes, frisé comme une plume et sonore comme une cithare…

*…ces caractères acquis qui font qu’une vieille dame serbe dont l’appendice buccal est d’un grand poisson de mer, parce qu’elle vit dans les eaux douces du faubourg Saint-Germain, mange la salade comme une La Rochefoucauld.

*Même, dans son désir de ne pas avoir l’air de siéger dans une sphère supérieure à la nôtre, elle avait sans doute mal calculé la distance, car, par une erreur de réglage, ses regards s’imprégnèrent d’une telle bonté que je vis approcher le moment où elle nous flatterait de la main comme deux bêtes sympathiques qui eussent passé la tête vers elle, à travers un grillage, au Jardin d’Acclimatation.

*Il traversa rapidement l’hôtel dans toute sa largeur, semblant poursuivre son monocle qui voltigeait devant lui comme un papillon.

*On devrait, au moins par prudence, ne jamais parler de soi, parce que c’est un sujet où on peut être sûr que la vue des autres et la nôtre propre ne concordent jamais.

*Mais, me dit-il en réponse aux reproches que je lui faisais d’avoir traité un peu durement ce cocher, pourquoi affecterais-je de lui parler poliment ? N’est-il pas mon égal ? N’est-il pas aussi près de moi que mes oncles ou mes cousins ? Vous avez l’air de trouver que je devrais le traiter avec égards, comme un inférieur !

*[description de jeunes serveurs] Quelques-uns, trop jeunes, […] fixaient mélancoliquement leurs yeux sur un rêve lointain et n’étaient consolés que si quelque client de l’hôtel de Balbec où ils avaient jadis été employés, les reconnaissant, leur adressait la parole et leur disait personnellement d’emporter le champagne qui n’était pas buvable, ce qui les remplissait d’orgueil.

*…cet étranger, ce paria que j’avais été et à qui Mlle Swann avançait maintenant gracieusement, pour qu’il y prît place, un fauteuil délicieux, hostile et scandalisé.

*Comme beaucoup d’intellectuels, il ne pouvait pas dire simplement les choses simples.

*Je la trouvai ennuyeuse ; elle aurait pu être belle, si elle avait eu vingt ans, conduisant un bœuf dans la campagne romaine ; mais ses cheveux blanchissaient, et elle était commune sans être simple.

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Valentin
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Re: À l'ombre des jeunes filles en fleurs (extraits)

Message non lupar Valentin » mar. 01 mai 2018, 13:04

*…tandis que nous déjeunions et que, de la gourde de cuir d’un citron, nous répandions quelques gouttes d’or sur deux soles qui bientôt laissèrent dans nos assiettes le panache de leurs arêtes, frisé comme une plume et sonore comme une cithare…
Superbe :clap:

Très jolis extraits, ça donne envie de lire ce livre (dont la longueur m'effraie un peu il est vrai...)
Il dit à Thomas : «Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ;
approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais croyant.»
Thomas lui répondit : «Mon Seigneur et mon Dieu !»
Jésus lui dit : «Parce que tu m'as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru.»

Jn XX, 27-29


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