Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

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Cinci
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Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Cinci » lun. 02 nov. 2015, 0:59

Prodigal,
Il y a aussi Frère François de Julien Green, biographie de François d'Assise par un grand écrivain (ce qui peut valoir mieux qu'un historien!) mais que je n'ai pas lue.
Je suis content de tomber sur cette référence. Le bouquin doit être intéressant en effet.

Cinci
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Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Cinci » mer. 09 déc. 2015, 1:07

C'est un court passage lu récemment et qui m'aura agréablement surpris :
  • «... mais si on veut aller au fond des choses, il faut commencer par se référer aux principes et indiquer par exemple comment la conception chrétienne du corps contredit la philosophie platonicienne et néo-platonicienne qui considère le corps comme une prison de l'âme.

    Je me souviens d'une conversation avec Michel Foucault, qui travaillait alors à son Histoire de la sexualité et qui était convaincu qu'aucune doctrine ou religion ne s'était autant intéressée au corps que le christianisme. Il me citait des textes patristiques que je ne connaissais pas. Sans doute saint Paul oppose-t-il la chair à l'esprit, mais en ce cas il ne s'agit du corps à proprement parler, mais du siège des passions et du péché, donc une réalité qui concerne autant l'âme que le corps. Et ce dernier est appelé à être vivifié par l'Esprit.

    Il en va de même chez Augustin, auquel on attribue généralement l'origine du pessimisme chrétien sur la sexualité. Or, comme l'a établi Peter Brown*, ce pessimisme réel n'était pas lié à la sexualité elle-même, qu'Augustin trouve bonne et légitime (contrairement aux Pères grecs, il pense qu'elle existait dans l'état d'innocence, avant le péché), mais à la situation troublée et disloquée qui suit le péché. Et, de ce point de vue, le grand évêque africain se montre d'une étonnante modernité, préfigurant la théorie psychanalytique avec la mise en rapport de la sexualité et de la mort, ainsi que la limitation du contrôle de la conscience sur les profondeurs du moi. [...] Et, contrairement à ce qu'on raconte un peu partout, la virginité consacrée, exaltée depuis saint Paul est une glorification du corps et non une marque de mépris.»

    Peter Brown, Le Renoncement à la chair, Paris, Gallimard, 1995, tout le chapitre sur Augustin, cité dans Gérard Leclerc, Pourquoi veut-on tuer l'Église?, Fayard, 1996, p.125

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Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar Milla » sam. 12 déc. 2015, 13:37

Quelques mystiques, Sempé. C'est tendre et gentiment moqueur.

Image
Il y a deux semaines, Seigneur, j'ai commis, comme vous le savez, le péché de colère puisque, à la suite d'un "Ite missa est" un peu long, je ne trouvai plus à la pâtisserie les éclairs au café dont mes petits-enfants raffolent. Vous Vous rappelez que j'achetai à la place des religieuses qui permirent à mon mari des plaisanteries qui provoquèrent cette colère dont je me rendis coupable.

Afin d'éviter ce genre d'incident, je passai dimanche dernier à la pâtisserie avant la messe afin de réserver ma commande. La jeune employée oublia, et je commis deux fois le péché de colère. Une fois envers elle et une fois envers mon mari. C'était pour éviter cela que j'effectuai mes achats à la pâtisserie avant, et que vous m'avez vu pénétrer dans Votre saint lieu avec un paquet de gâteaux à la crème.

Je comprends que cela Vous ait irrité et, puisque, pour me punir Vous avez voulu que tout à l'heure, après le "Deo gratias", je m'assoie sur le paquet... je vous rends grâce, Seigneur.

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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar Cinci » sam. 19 déc. 2015, 3:45

C'est amusant. Et puis j'aime le dessin.

:>

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Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar tomeken » ven. 01 janv. 2016, 17:23

Très bonne année de la part de La nuit du Golgotha .

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Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar coeurderoy » sam. 02 janv. 2016, 14:45

Devance tous les adieux, d'Ivy Edelstein, préfacé par Christian Bobin : l'auteur (48 ans) a attendu trente ans pour pouvoir "accoucher" de ce livre à la mémoire de son père, suicidé, qui vit toujours merveilleusement en lui : un hymne à l'acquiescement, la ressurection et la Joie enfin conquise...
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

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La Mort d'Ivan Illitch

Message non lupar helios » jeu. 28 janv. 2016, 19:53

Bonjour
J'ai lu, lors d'un long séjour en Espagne dans les années 80, La Mort d'Ivan Ilitch dans une édition espagnole. Dans un passage où le protagoniste doit faire antichambre avant d'être reçu par Ivan Ilitch mourant, on lui propose une infusion agrémentée de quelques pâtisseries... Et la première bouchée d'un biscuit trempé dans le breuvage fait resurgir en lui tout un pan de son enfance... Bigre!!!

La Recherche du Temps perdu est publié entre 1913 et 1927. L'ouvrage de Tolstoï (fervent chrétien) en 1886!
Proust aurait-il trempé sa madeleine dans le plagiat?

Pour en avoir le coeur net, dès mon retour de ce côté des Pyrénées, je me procure une édition française du roman de Tolstoï.
Et bien, mon personnage avait perdu la mémoire!

Encore une vérité que les montagnes bornent?

Cordialement

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Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar gerardh » jeu. 28 janv. 2016, 21:49

__________

Bonjour,

Que pensez-vous de Quo Vadis de Sienkévitch ?


_________

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Iota unum

Message non lupar Claude1937 » mar. 09 févr. 2016, 12:05

Bonjour ,

Je suis en train de lire Iota unum de Romano Amerio ( j'en suis à la page 296 ) . C'est une étude sur la crise de l'Église : le sous-titre du livre est études des variations de l'Église catholique au XX° siècle .

Je le trouve remarquable.

Qu'en pensez vous ?

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Re: Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar joaoXXIV » lun. 15 févr. 2016, 0:51

Frères et sœurs,
Je vous conseille ce manga qui m'a été conseillé par une employée de la librairie La Procure, à coté de l’église Saint-Sulpice à Paris . Il explique vraiment bien l’évangile et ça coûte 11 €. Il m'a beaucoup aidé à comprendre l'histoire de notre Seigneur, moi qui la foi depuis peu et futur baptisé a la Vigile pascale 2016.
Qui Dieu vous bénisse et vous protège.
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SANTIAGO ila da minha infincia eu tenho muito saudade de minha cidade TARRAFAL eu vo voltar se DEUS qui quiser e la qui minha rais.Sempre fe na Santo Amaro

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Un roman de Morris West sur l'Apocalypse

Message non lupar etienne lorant » lun. 07 mars 2016, 15:57

J'ai commencé de le lire. Encore fallait-il le retrouver : chez un bouquiniste par exemple ....

LES BOUFFONS DE DIEU, par Morris West

Le pape français Grégoire XVII a reçu une terrible révélation : la fin du monde est proche, et l'heure du Second Avènement est arrivée. Il voudrait l'annoncer dans une encyclique. Grégoire XVII est-il un mystique, un fou ou un fanatique avide de puissance ? La Curie, devant les dangers d'une telle proclamation, le contraint à abdiquer et l'expédie dans un monastère. La crise internationale se précise et le pape, sorti de son exil, cherche désespérément à prévenir l'holocauste. Trop tard, d'autres forces sont à l'œuvre... Ce roman, dont le thème audacieux est développé avec une rare maîtrise, tire sa force dramatique de l'actualité de l'apocalypse et aussi de l'habileté avec laquelle Morris West déroule l'intrigue policière, campe toute une série de personnages extraordinairement vrais - hauts fonctionnaires et truands, trafiquants et fanatiques - et fait vivre cette histoire d'amour, de foi et d'espoir.

http://www.decitre.fr/livres/les-bouffo ... 30706.html
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Aldous » jeu. 10 mars 2016, 17:52

J'aime de plus en plus les livres de Fabrice Hadjadj (j'ai déjà lu de lui: Le Paradis à la porte : Essai sur une joie qui dérange et La Profondeur des sexes : Pour une mystique de la chair)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fabrice_Hadjadj

Je viens de terminer celui-ci :)

La foi des démons ou l’athéisme dépassé
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Longtemps, on l’a cru réservé aux grands mystiques. Mais le « combat spirituel », à savoir la résistance face aux forces du mal, connaît aujourd’hui une forte réhabilitation. En témoigne le succès du livre de Fabrice Hadjadj, la Foi des démons ou l’athéisme dépassé, qui vient d’être couronné par le prix de littérature religieuse. L’auteur y démontre que le diable œuvre surtout sous l’apparence du bien. Le défi consiste donc à repérer ses ruses... Suivons Fabrice Hadjadj à partir de sept affirmations chocs résumant les différentes thèses sur Satan que le philosophe théologien expose dans son ouvrage.

1 Il connaît Dieu !
Fabrice Hadjadj relève que, dans les Évangiles, les démons disent la vérité sur Dieu. Face à Jésus, tel esprit impur l’invective ainsi : « Je sais qui tu es : le saint de Dieu. » Le diable adhère au Credo avec son esprit mais pas avec son cœur. Fabrice Hadj­adj a recours à une image : dans l’orchestre, Satan connaît par cœur la partition, mais refuse de la jouer. En ce qui nous concerne, avoir la foi ne protège pas du Malin. Hadjadj voit le diable à l’œuvre moins chez ceux qui font profession d’athéisme qu’au sein des « chrétiens » sûrs de détenir la vérité. Le nec plus ultra de la possession diabolique est l’hypermilitance traditionaliste ou progressiste, « qui consiste à se sentir meilleur tout en pouvant se poser en minorité persécutée ».
Le remède. Demander à Dieu de nous inciter à nous méfier de nous-mêmes, dès que l’on pense détenir la vérité, surtout en matière religieuse.

2 Il veut la sainteté à la force du poignet
Le défi du diable est aussi, selon Hadjadj, de nous faire « croire que l’on peut sauver l’homme sans la grâce », de nous persuader que nous devons être des saints par nous-mêmes, selon la seule idée que nous nous faisons de notre sainteté, et sans que nous ayons à consentir au fait que nous sommes irrémédiablement pécheurs.
Le remède. Redire à Dieu, tous les matins et tous les soirs, que nous avons besoin de sa miséricorde. Ceci n’a rien à avoir avec une complaisance morbide. « Être humble n’est pas se rabaisser, c’est se laisser relever par Dieu. »

3 Il est à l’aise dans le spirituel
Selon l’idée reçue, Dieu est spirituel, alors que le diable est matérialiste et nous tente par la chère et la chair. Hadjadj renverse tout : « Le vrai problème est le suivant : Satan est très spirituel. Sa nature même est d’un esprit pur. La spiritualité, c’est son truc. » Hadjadj subvertit la traditionnelle opposition entre la chair et ­l’esprit : Satan ne peut pas accepter l’option radicale de Dieu en faveur du charnel. Il ne peut pardonner au Tout-Puissant d’avoir quitté le Ciel pour partager l’humble condition humaine jusqu’à la mort sur la Croix. Du coup, il « se frotte les ailes » lorsque les chrétiens, résistant au péché matérialiste, tombent dans l’orgueil spirituel à travers la fuite dans un spiritualisme exacerbé.
Le remède. Davantage s’inquiéter de son orgueil caché que se focaliser sur son matérialisme incorrigible.

4 Il désire notre bonheur par notre autonomie
« Manager de la suffisance et père de l’utopie », d’après la formule de Fabrice Hadjadj, Satan n’a pas d’autre but que de nous persuader que nous sommes capables d’être heureux uniquement par nous-mêmes. « L’essence du péché démoniaque est de faire le bien par ses propres forces, de planifier un bonheur sans surprise. » Le diable pervertit même ce qu’il peut y avoir de plus généreux, le don de soi, si l’on va « jusqu’à vouloir donner sans avoir reçu, jusqu’à parler sans avoir écouté, à partir de ce qui ne viendrait que de soi seul ».
Le remède. S’abandonner dans la confiance à Dieu pour recevoir tout de lui, renoncer à tout assumer par ses propres forces. Ce qui implique aussi d’accepter de demander de l’aide, de renoncer à tout contrôler.

5 Il souhaite que nous comprenions Dieu
Hadjadj rappelle que le but du démon est de nous maintenir dans « une foi sans nuit, car à la mesure de nos propres clartés ». Or, Dieu, lui, au contraire, « ne veut pas imposer un savoir si éclatant qu’il nous capti­verait comme des papillons sur l’ampoule ». Il faut donc accepter que Dieu se cache, et consentir à une certaine obscurité de son action en nous (lire pages 99 et suivantes, les plus belles du livre).
Le remède. « Éviter l’introspection vaine et s’en remettre à l’inscrutable miséricorde. » Se refuser à comprendre comment et pourquoi Dieu agit nous invite aussi à ne pas nous inquiéter si nous nous sentons abandonnés par lui. Accepter que des collègues ou des proches aient reçu, de façon apparemment arbitraire, « plus » de grâces ou de talents que soi.

6 Il est partisan de la sincérité
Par tradition, le diable est dit le « père du mensonge ». Hadjadj souligne que le principe du mensonge diabolique est de se faire passer pour une vérité. Hadjadj dénonce « une sincérité absolue qui réfère ultimement la vérité à soi ». Or, la vérité se reçoit de Dieu. « C’est la vérité qui vient par bonté nous prendre, et non pas nous qui la prendrions par la force. Parce que cette vérité est celle de la rencontre et de la communion, non pas celle de la prouesse et de l’indépendance. »
Le remède. Dans la prière, demander à Dieu de nous faire échapper à l’image que nous avons construite de nous-mêmes et que nous prenons pour l’absolu. La même chose vaut en ce qui concerne les autres ou « l’institution » Église.

7 Il adore les principes et les valeurs
Hadjadj constate que nous nous sentons souvent plus prompts à vouloir venir en aide à des gens à l’autre bout de la planète qu’à supporter les défauts de notre conjoint ou de nos collègues. « Monsieur le spirituel (Satan) est favorable à la foi dès qu’elle est désincarnée et se fait le promoteur de la charité, tant qu’elle n’est que discours ou distance. » Selon Hadjadj, la vraie charité se concrétise dans le simple fait d’honorer nos devoirs auprès de nos familiers.
Le remède. Aimer son prochain de façon non virtuelle, mais à travers des gestes ou des actes concrets et quotidiens, qui impliquent le corps. Aimer les gens pour eux-mêmes et non pour ce qu’on voudrait qu’ils soient implique de vraiment prier le « Que TA volonté soit faite » du Notre Père. C’est-à-dire non pas la mienne.

Le prix 2010 de littérature religieuse

http://www.lavie.fr/hebdo/2010/3365/dej ... 17_107.php
"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." Blaise Pascal

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Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar axou » dim. 20 mars 2016, 11:40

(...) Que pensez-vous de Quo Vadis de Sienkévitch ?
Gérard,

Quo Vadis est un fondement de ma foi en Dieu.
Je l'ai lu à 12 ans, en ai été bouleversée et ai su à ce moment que ma vie serait pour moi aussi bâtie sur le Christ. Je ne faisais pas partie d'une famille pratiquante, je me suis dit qu'un jour, ma foi trouverait son lieu et sa forme. J'ai relu ce livre tous les ans pendant 10 ans et à 22 ans, j'ai commencé à aller à la messe.

Cela reste mon roman préféré.

Bien à vous,

Axou

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Dites, quel livre lisez-vous en ce moment ?

Message non lupar Cinci » dim. 31 juil. 2016, 2:41

Vu dans un petit livre de souvenirs écrit par Claude Morin, l'ancien ministre des affaires intergouvernementales dans le gouvernement de René Lévesque au Québec :

... j'avais à peu près fini de rédiger cette section du livre quand, il y a quelques mois, j'entrepris la lecture de Dieu existe (Éditions du Cerf), un ouvrage récent du philosophe Frédéric Guillaume. Sur plusieurs points, cet ouvrage, où il n'est pas question de religion, est supérieur à celui de Claude Tresmontant et encore plus convaincant, quoique plus ardu. D'une rigueur implacable, faisant appel aux enseignements de la science, il se présente comme une démonstration sans faille et relève, pour y répondre d'une façon définitive selon moi, quantité d'objections et d'interprétations erronées. Je n'ai jamais rien lu d'aussi impressionnant en la matière.

Frédéric Guillaume? Je ne connais pas. L'information est tout de même bonne à prendre ...

De Tresmontant, il disait auparavant :

... j'en étais là de mes réflexions lorsque survint un moment charnière qui détermina le suite de mon cheminement.

Dans une librairie, je tombai sur un livre au titre prometteur : Comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu (Le Seuil, 1971, réédité en 2002) C'est le mot aujourd'hui qui retint d'abord mon attention. Je ne connaissais rien de son auteur, Claude Tresmontant, que je découvris être un théologien , spécialiste des écrits bibliques et parfaitement au courant des progrès les plus récents en astronomie, en physique, en astrophysique et en biologie. Un érudit polyvalent qui a signé une quarantaine d'ouvrages. Son livre contenait exactement le genre d'argument d'une logique implacable, rigoureuse et compréhensible que je cherchais depuis des années. Il relevait le fait que des philosophes renommés, dont Sartre et Heidegger, avaient négligé les découvertes des sciences de la nature et qu'ils s'étaient livrés à des spéculations construites sur des prémisses souvent réfutées par elles.

Plus intéressant de mon point de vue, Tresmontant s'appuyait sur les sciences pour démontrer que, loin de contribuer au doute sur l'existence de Dieu, leurs enseignements tendaient à la confirmer. Ses exposés m'ont fourni une accumulation fascinante d'éléments probants que je n'avais jamais vu ailleurs, ainsi groupés. Ce livre, je l'ai relu plusieurs fois, l'annotant. De Tresmontant, j'appris et je déduisis beaucoup de notions qui m'étaient jusque là inconnues. Ce livre m'incita à me procurer d'autres ouvrages du même auteur [...] et de bien d'autres, par exemple, L'homme à la découverte de Dieu (Fides, 1983) , de Paul-Eugène Charbonneau, missionnaire québécois au Brésil peu connu, mais dont je m'en voudrais de ne pas mentionner la profondeur de pensée.


Dans une partie plus intime et relative à sa jeunesse :

... on aurait tort de douter de la sincérité et de la bonne foi de ceux et de celles qui étaient chargés de notre éducation. Ils étaient de leur temps. Comme nous-mêmes actuellement, ils raisonnaient et agissaient à la lumière relative des normes en vigueur et se référaient aux certitudes du moment. On commettrait un grossier anachronisme en les condamnant en bloc sans tenir compte du décalage et de l'évolution des mentalités depuis.

J'en profite pour dire que je n'ai pas eu à me plaindre, en rétrospective, du comportement de mes enseignants tant à l'école primaire de Montmorency qu'au Séminaire de Québec, pratiquement tous des religieux. J'en ai connu des dizaines. Comme dans tout groupe donné, certains étaient plus sympathiques, plus cultivés, meilleurs pédagogues que leurs confrères, Ce n'est pas cette banalité que je veux exprimer ici, mais plutôt offrir un témoignage personnel. Pendant toutes ces années-là, je n'ai jamais, à aucun moment, été l'objet de sollicitations inacceptables, d'ordre sexuel, directes ou indirectes, de la part de l'un ou l'autre de ces enseignants.

Claude Morin dit la même chose que l'écrivain Jacques Ferron pourtant assez indépendant d'esprit relativement au clergé ou à l'Église, à savoir qu'il m'aura jamais eu à se plaindre de tous les religieux qui lui auront fait la classe.

Dans le Québec des années 1930 et 1940, les croyances et pratiques religieuses étaient aussi envahissantes et contraignantes que l'on dit et même déploré beaucoup de gens de ma génération. [...] Jugées à l'aune d'aujourd'hui, les formes que revêtait la pratique religieuse paraissent incroyables à certains, inadmissibles à d'autres et condamnables pour plusieurs. Objectivement, ces appréciations ne sont pas fausses. Elles deviennent biaisées lorsque refaisant l'histoire et négligeant le rôle capital joué par l'Église catholique dans notre survivance comme peuple, d'aucuns voient dans son influence historique une sorte de complot clérical d'inspiration théocratique visant le contrôle et l'exploitation d'une population en général ignare et crédule. Non, et le poids de la religion était alors, au Québec comme en bien des endroits dans le monde, en accord avec l'air du temps.

Le curé de notre paroisse, l'abbé Albert Roy, était un personnage cultivé, professeur de musique grégorienne à l'Université Laval. Tous ses frères et soeurs appartenaient à des ordres religieux, configuration exceptionnelle qui fit de cette famille nombreuse (dix enfants) l'objet de reportages admiratifs dans les journaux. Je me souviens de lui comme d'un homme entièrement dévoué à ses paroissiens, disponible à tout moment, mais d'une rigidité morale telle dans ses sermons du dimanche que ses conseils - je devrais dire ses instructions - pouvaient friser l'absurde. Du moins, c'était mon impression [...] le curé décidait quels films seraient projetés le samedi soir à la salle paroissiale. Il tempêtait contre les filles qui faisaient du vélo en pantalon, vêtement masculin, [...] à l'occasion, il s'élevait contre ceux des paroissiens qui, l'été, passaient une grande partie du dimanche, jour du Seigneur, à boire de la bière et à se baigner au pieds de la chute Montmorency. Une fois, informé que des jeunes y avaient nagé nus, il prédit que Dieu les punirait peut-être par la noyade. Il vitupérait la danse, ne tolérait pas qu'un garçon reste avec une fille sans chaperon. Il lui arriva même de laisser entendre que, si les paroissiens ne respectaient pas la morale, le village aux maisons serrées les unes contre les autres pourrait subir le courroux du Ciel sous la forme d'une conflagration nocturne poussée par un vent du nordet ... Cela m'avait inquiété. Les feux de cheminée étaient fréquents dans le temps. Le nordet aussi.

Ma mère m'avait rassuré : le curé ne pensait pas sérieusement que Dieu châtierait les paroissiens de façon aussi cruelle. Il avait seulement voulu leur faire un peu peur pour les inciter à mieux se conduire. Elle m'expliqua qu'en privé il était beaucoup moins sévère qu'il en avait l'air dans ses sermons. J'appris aussi de mon père qu'il appuya toujours discrètement les revendications du syndicat des ouvriers de la Dominion Textile, le plus gros employeur de l'endroit, et il ne s'était jamais servi de son autorité morale pour orienter les choix politiques de ses paroissiens.

Source : Claude Morin, Je le dis comme je le pense, souveraineté. vie politique, religion, Montréal, Boréal, 2014, 224 p.

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Message non lupar Baruch » mar. 02 août 2016, 0:16

Fabiola ou l'Église des catacombes de Mgr Wiseman.

C'est un roman qui renferme plus de vérités que beaucoup d'autres histoires. En associant les souvenirs du passé à quelques inspirations de l'imagination, l'auteur nous introduit dans une société encore majoritairement païenne et dans laquelle les chrétiens vivent clandestinement leur foi... Une touchante lecture propre à élever l'esprit.

Bien fraternellement.
Dominus illuminatio mea et salus mea ; quem timebo ?
Dominus protector vitæ meæ ; a quo trepidabo ?


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