Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Littérature - Fiches de lecture - Biographies - Critiques - Essais - Philologie
Avatar de l’utilisateur
Milla
Censor
Censor
Messages : 66
Inscription : sam. 19 août 2017, 8:34
Conviction : incroyante

Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Milla » sam. 18 nov. 2017, 15:02

J'ai relu La trilogie cosmique de C.S. Lewis, une trilogie de science-fiction. Elle se compose de Au-delà de la planète silencieuse, Perelandra et Cette hideuse puissance.

Dans Au-delà de la planète silencieuse, Ransom, un philologue, est kidnappé par deux compatriotes : Devine, un ancien camarade d'école dont il ne garde pas de bons souvenirs, et Weston, un physicien. Durant leur voyage vers Malacandra, il comprend que les deux hommes ont l'intention de le livrer aux sorns, qui sont avec les hrossa et les pfifltriggs un des trois peuples de cette planète. Il réussit à s'enfuir, fait la connaissance d'un hross, et découvre peu à peu ce monde inconnu et ses habitants.
Dans Orthodoxie, Chesterton écrit que "c'est le ciel que M. Wells et son école ont rendu maléfique : nous devrions lever les yeux vers les étoiles d'où viendra notre ruine [...] Ces gens-là semblaient trouver particulièrement enthousiasmant de répéter que cette prison était très vaste". Et dans le roman de Lewis, Ransom découvre que "pendant des années, tout au fond de sa pensée, s'était cachée l'image lugubre du vide noir et glacé". Ce n'est sans doute pas un hasard de retrouver cette idée chez ces deux auteurs chrétiens, mais les raisons m'échappent.
J'ai aimé le fait qu'ici les extraterrestres ne sont ni des monstres hostiles, ni des naïfs à instruire.
Ce n'est pas mon volume préféré, mais le chapitre où Ransom "traduit" de l'anglais au malacandrien ce que dit Weston est savoureux. Par exemple "la vie est au-dessus de tous les systèmes de morale, ses droits sont absolus" devient "il dit [...] que les créatures vivantes sont plus fortes que la question de savoir si un acte est pervers ou bon - non, ça n'est pas ça - il dit qu'il vaut mieux être vivant et pervers plutôt que mort - non - il dit, il dit... je ne peux pas dire dans votre langue ce qu'il dit".

Perelandra
est, en gros, un remake de l'histoire d'Adam et Eve, centré sur Eve. Ransom voyage de nouveau, volontairement cette fois, vers Vénus. Il y fait la connaissance de la Dame verte. Séparée accidentellement du Roi son époux, la dame vit dans une profonde communion avec Maleldil (Dieu). Élément perturbateur : Weston s'invite dans la partie pour jouer le rôle du serpent. En effet, tous les commandements de Maleldil sont objectivement bons et universels, sauf un : l'interdiction de résider sur une terre fixe (Perelandra est un monde essentiellement mouvant, avec vagues et îles flottantes). Weston tente alors de lui démontrer que sa désobéissance serait une bonne chose.
Il y a beaucoup, beaucoup de dialogues dans ce roman, et relativement peu d'action. Comme d'habitude, quelques pépites, comme ce passage : "L'ennemi, avec une ardeur inhabituelle, avait cherché à faire admettre à la Dale la noblesse du sacrifice de soi et du dévouement [...] [Ransom] essaya de lui dire qu'il avait déjà vu en action ce genre de "désintéressement", de lui parler de femmes se rendant malades de faim plutôt que de commencer à cuisiner avant que leur mari ne soit rentré à la maison alors qu'elles savaient pertinemment que rien ne lui déplaisait plus, de lui parler de mères s'épuisant à monter des affaires embrouillées pour marier une fille à un homme que celle-ci détestait, de lui présenter Agrippine ou Lady Macbeth." "L'enfer est pavé de bonnes intentions" illustré.
Du bon et du moins bon.

Cette hideuse puissance est d'un style très différent : l'action se passe sur terre et les personnes principaux (même si Ransom et Devine sont toujours présents, et bien présents) sont Jane Studdock et son mari Mark. Jane fait des rêves étranges et effrayants qui s'avèrent être en rapport avec les activités de l'I.N.C.E., l'institut national de coordination expérimentale. Mark, sociologue au Collège de Bracton, s'y voit proposer un poste.
Un roman dense et des réflexions sur le couple, la religion, le fonctionnement d'une organisation totalitaire, l'effet de groupe, les mythes... C'est, des trois, mon préféré.
Mais il n'avait rien éprouvé, rien du tout ; c'était comme déambuler dans un nouveau magasin, où son argent n'avait pas cours, où son coeur était resté froid, même quand il avait touché le bois, le plâtre et l'argile.

Cinci
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 7416
Inscription : lun. 06 juil. 2009, 21:35

Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Cinci » dim. 19 nov. 2017, 14:52

Merci pour la critique des livres!

:)

Avatar de l’utilisateur
Milla
Censor
Censor
Messages : 66
Inscription : sam. 19 août 2017, 8:34
Conviction : incroyante

Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Milla » sam. 02 déc. 2017, 21:16

Merci Cinci !

Je lis Attente de Dieu de Simone Weil. Je trouve qu'elle dit des choses très intéressantes.
Ce qui me fait peur, c'est l'Église en tant que chose sociale. Non pas seulement à cause de ses souillures, mais du fait même qu'elle est entre autres caractères une chose sociale. Non pas que je sois d'un tempérament très individualiste. J'ai peur pour la raison contraire. J'ai en moi un fort penchant grégaire. Je suis par disposition naturelle extrêmement influençable, influençable à l'excès, et surtout aux choses collectives. Je sais que si j'avais devant moi en ce moment une vingtaine de jeunes Allemands chantant en chœur des chants nazis, une partie de mon âme deviendrait immédiatement nazie. C'est là une très grande faiblesse. Mais c'est ainsi que je suis. [...]

J'ai peur de ce patriotisme de l'Église qui existe dans les milieux catholiques. J'entends patriotisme au sens du sentiment qu'on accorde à une patrie terrestre. J'en ai peur parce que j'ai peur de le contracter par contagion. Non pas que l'Église me paraisse indigne d'inspirer un tel sentiment. Mais parce que je ne veux pour moi d'aucun sentiment de ce genre. Le mot vouloir est impropre. Je sais, je sens avec certitude que tout sentiment de ce genre, quel qu'en soit l'objet, est funeste pour moi.

Des saints ont approuvé les Croisades, l'Inquisition. Je ne peux pas ne pas penser qu'ils ont eu tort. Je ne peux pas récuser la lumière de la conscience. Si je pense que sur un point je vois plus clair qu'eux, moi qui suis tellement loin au-dessous d'eux, je dois admettre que sur ce point ils ont été aveuglés par quelque chose de très puissant. Ce quelque chose, c'est l'Église en tant que chose sociale. Si cette chose sociale leur a fait du mal, quel mal ne me ferait-elle pas à moi, qui suis particulièrement vulnérable aux influences sociales, et qui suis presque infiniment plus faible qu'eux ?
Mais il n'avait rien éprouvé, rien du tout ; c'était comme déambuler dans un nouveau magasin, où son argent n'avait pas cours, où son coeur était resté froid, même quand il avait touché le bois, le plâtre et l'argile.

Cinci
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 7416
Inscription : lun. 06 juil. 2009, 21:35

Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Cinci » mar. 05 déc. 2017, 7:29

Bonjour Milla,

je me sentirais étranger à ce passage choisie de l'oeuvre de Simone Weill. La difficulté des catholiques d'aujourd'hui n'est plus du tout le poids menaçant de l'Institution mais très exactement l'inverse,

Avatar de l’utilisateur
Milla
Censor
Censor
Messages : 66
Inscription : sam. 19 août 2017, 8:34
Conviction : incroyante

Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Milla » mar. 05 déc. 2017, 7:48

Bonjour Cinci,

Je rapproche ce passage de deux autres (de Fabrice Hadjadj et C.S. Lewis) cités ici. J'ai de bonnes aptitudes pour le pharisaïsme agressif et les ambiances en mode "vous contre nous".
De plus, si ce qu'elle écrit ne m'est pas étranger à moi, c'est aussi, sans doute, parce que l’Église me pose problème de multiples façons. En témoigne le fait que j'ai terminé ma lecture et que l'autre passage qui m'a beaucoup parlé c'est celui-ci :
Je vous dois la vérité, au risque de vous heurter, et bien qu'il me soit extrêmement pénible de vous heurter. J'aime Dieu, le Christ et la foi catholique autant qu'il appartient à un être aussi misérablement insuffisant de les aimer. J'aime les saints à travers leurs écrits et les récits concernant leur vie - à part quelques-uns qu'il m'est impossible d'aimer pleinement ni de regarder comme des saints. J'aime les six ou sept catholiques d'une spiritualité authentique que le hasard m'a fait rencontrer au cours de ma vie. J'aime la liturgie, les chants, l'architecture, les rites et les cérémonies catholiques. Mais je n'ai à aucun degré l'amour de l'Église à proprement parler, en dehors de son rapport à toutes ces choses que j'aime. Je suis capable de sympathiser avec ceux qui ont cet amour, mais moi je ne l'éprouve pas. Je sais bien que tous les saints l'ont éprouvé. Mais aussi étaient-ils presque tous nés et élevés dans l'Église. Quoi qu'il en soit, on ne se donne pas un amour par sa volonté propre. Tout ce que je peux dire, c'est que si cet amour constitue une condition du progrès spirituel, ce que j'ignore, ou s'il fait partie de ma vocation, je désire qu'il me soit un jour accordé.
Mais il n'avait rien éprouvé, rien du tout ; c'était comme déambuler dans un nouveau magasin, où son argent n'avait pas cours, où son coeur était resté froid, même quand il avait touché le bois, le plâtre et l'argile.

Cinci
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 7416
Inscription : lun. 06 juil. 2009, 21:35

Re: Les livres d'inspiration chrétienne qui vous ont plu

Message non lupar Cinci » mar. 05 déc. 2017, 15:14

Oui, l'aspect institutionnel concret de l'Église va poser des problèmes aux gens. C'est vrai en général, je pense.


Revenir vers « Lettres »



Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 7 invités