Poésie, vos poèmes chrétiens préférés

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VexillumRegis
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Poésie, vos poèmes chrétiens préférés

Message non lupar VexillumRegis » ven. 14 janv. 2005, 9:47

Bonjour à tous,

Je vous propose de poster dans ce fil de discussion toutes les oeuvres poétiques chrétiennes que vous appréciez et que vous souhaitez faire partager aux autres intervenants. J'ai choisi pour inauguré le sujet un des quatres Cantiques spirituels de Jean Racine (1639-1699) :

PLAINTE D'UN CHRETIEN
sur les contreriétés qu'il éprouve au dedans de lui-même



Mon Dieu, quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi:
L'un veut que plein d'amour pour toi
Mon coeur te soit toujours fidèle.
L'autre à tes volontés rebelle
Me révolte contre ta loi.

L'un tout esprit, et tout céleste,
Veut qu'au ciel sans cesse attaché,
Et des biens éternels touché,
Je compte pour rien tout le reste ;
Et l'autre par son poids funeste
Me tient vers la terre penché.

Hélas ! en guerre avec moi-même,
Où pourrai-je trouver la paix ?
Je veux, et n'accomplis jamais.
Je veux, mais, ô misère extrême !
Je ne fais pas le bien que j'aime,
Et je fais le mal que je hais.

O grâce, ô rayon salutaire,
Viens me mettre avec moi d'accord ;
Et domptant par un doux effort
Cet homme qui t'est si contraire,
Fais ton esclave volontaire
De cet esclave de la mort.
Pour la petite histoire : en entendant ce poème, Louis XIV aurait confié à Mme de Maintenon : "Madame, voilà deux hommes que je connais bien."

Cordialement,

- VR -

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aramis
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Prière pour la Branche Rouge de John Montague

Message non lupar aramis » dim. 17 avr. 2005, 0:01

PRIERE POUR LA BRANCHE ROUGE
John Montague


Que monte notre chant pour les souffrantes
Ville de l'antique Tyronne:
Omagh, Dungannon, Stabane,
Murs et fenêtres déchiquetés,
Qui lentement s'effondrent.

Que monte notre chant pour ces demeures
Ou leur maître, aujourd'hui debout
Et qui demain ne sont plus:
La rue des Irlandais à Dungannon,
Mon ami Jim Devlin.

Que monte notre chant pour ces gens
Si acharnés à tenir,
Protestants et Catholiques, montrés du doigt
À l'heure du thé, flingués sous leur propre toit:
Cercle de fer des représailles.

Que monte notre chant pour la branche qui les portait
Et qui craque,
Branche creuse de bout en bout,
Branche malade de l'Ulster
Et qui sous le vent, lentement ploie.

Chantons pour que meurs le sectarisme,
Celui des Fenians, celui des Libres-Presbytériens,
Cette façon de châtier peu à peu devenue
Plus monstrueuse que le crime,
Tache énorme de sang qui tout imprègne.

Eh bien, chantons nos soldats sacrifiés,
Oui chantons le Grande Croix de Verdun
Et la tour de Belfast sur la Somme,
Signaux dressés en terre ensanglantée pour nous dire
Que deux peuples en folie doivent à la fin s'entendre.
Dépassionner l'homme pour les choses terrestres, j'appelle cela une spiritualité de massacre. (François Varillon. 1980)

FMD
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Pour toute la beauté de saint Jean de la Croix

Message non lupar FMD » mar. 26 avr. 2005, 0:00

POUR TOUTE LA BEAUTÉ
Saint Jean de la Croix


Pour toute la beauté
Jamais ne me perdrai
Mais pour un je ne sais quoi qui s'atteint d'aventure.

La saveur d'un bien qui est fini,
Le plus qu'elle puisse atteindre,
C'est fatiguer l'appétit
Et ravager le palais ;
Aussi, pour toute douceur
Jamais ne me perdrai
Mais pour un je ne sais quoi qui s'atteint d'aventure.

Le coeur généreux
N'a jamais cure de s'arrêter
Là où l'on peut passer,
Sinon au plus difficile ;
Rien ne lui causera satiété
Et tellement sa foi s'élève
Qu'il goûte d'un je ne sais quoi
Qui se trouve d'aventure.

Qui d'amour est dolent,
Par le divin être touché,
A le goût si retourné
Qu'aucun goût ne sait goûter ;
Comme celui qui, enfiévré,
A dégoût du met qu'il voit
Mais d'appétit d'un je ne sais quoi
Qui se trouve d'aventure.

Charles
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George Herbert

Message non lupar Charles » jeu. 12 mai 2005, 1:58

L’AMOUR

Amour me souhaita la bienvenue et mon âme se déroba,
Coupable de poussière et péché.
Mais Amour délaissé, voyant, dès mon entrée,
Grandir ma peine,
Vint auprès de moi, demandant doucement
S’il me manquait quelque chose.

Un invité, répondis-je, digne d’être ici reçu :
Amour dit : Tu le seras, lui.
Moi ! Le méchant, l’ingrat ? Ah mon cher,
Je ne puis même te regarder !
Amour prit ma main et répondit en souriant :
Qui fit le regard sinon moi ?

C’est vrai, Seigneur, mais je l’ai souillé : que ma honte
Trouve à se cacher.
Et ne sais-tu pas, dit Amour, qui porte la faute ?
Mon cher ! Ainsi je servirai...
Tu dois t’asseoir, dit l’Amour, et goûter ma chair,
Je m’assis alors et mangeai
.


L’AGONIE

Les philosophes ont arpenté les montagnes,
Sondé les abysses, les nations et les rois,
Franchi, avec un bâton, jusques aux cieux et inventé des fontaines.
Mais il y a deux choses, grandes et profondes,
qui demandent bien plus à qui veut en prendre la mesure,
Et peu les ont vraiment connues : le Péché et l’Amour.

Qui voudrait connaître le péché, qu’il vienne
Au Mont des Oliviers ; il verra là
Un homme si pétri de douleurs, que ses cheveux
Sa peau, son vêtement en sont tout sanglants.
Le Péché est ce mal et cette oppression, avec une douleur souveraine
A traquer son cruel aliment par toutes les veines.

Qui ne connaît pas l’Amour, qu’il découvre
Et goûte ce jus, qu’une lance a sur la croix
mis encore en perce ; et qu’il dise
S’il en a jamais goûté de pareil.
L’Amour est cette liqueur, douce et très divine,
dont la saveur est, à moi, celle du vin, mais à mon Dieu, celle du sang.


Georges Herbert (1593-1633)
traduit de l’anglais par ma pomme
Dernière édition par Charles le jeu. 12 mai 2005, 10:06, édité 7 fois.

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Marie Noël

Message non lupar Charles » jeu. 12 mai 2005, 2:47

APPEL AU BERGER

Berger qui me suis dans la plaine
Un rêve au-delà du jour,
Berger je suis une reine
Qui vient te prier d'amour.

Berger, je pleure à la ronde,
J'ai besoin d'un grand baiser.
Je suis la Douleur du Monde,
Berger, veux-tu m'épouser ?

J'ai dans le vent, j'ai dans l'ombre
Trop de brebis à garder,
Seule, par un temps si sombre,
Sans personne pour m'aider.

Le troupeau las que je mène
Le long d'un pays sans fin,
A traversé tant de peine
Qu'il ne sait plus le chemin.

Qu'il ne sait plus sa fontaine
Pour boire... Un vent étranger
Dans le noir du domaine
Le pousse entre les dangers.

Le vent sans ciel s'en empare.
Un faux pâtre m'a volé
Mes brebis et les égare
Dans un champ inconsolé...

Veux-tu de moi pour chérie,
Berger ? Mon royaume errant,
Mes moutons sans bergerie
Que je conduis en pleurant,

Veux-tu dans leur mal sans route
Les empêcher de périr
Et me donner goutte à goutte
Ton âme pour me guérir ?...

Viens ! - Si c'est ton avantage
Que tu cherches, ne viens pas -
Tu n'auras pour héritage
Avec moi, mon pauvre gas,

Que la maison de misère,
La huche sans miel ni vin
Où, maigre, chaque jour serre
Le reste obscur de sa faim.

Tu n'auras guère de flamme
Entre tes chenets étroits...
Tu n'auras ni fils, ni femme,
A ton ombre. Il fera froid...

Viens ! mon berger lamentable,
Viens et goûte mon festin !
Je mettrai Dieu sur la table
Pour ton repas du matin.

Je mettrai près de ta bouche
Dieu, comme un morceau de pain.
Et tes brebis, touche à touche,
L'iront manger dans ta main.

Aux agneaux tu feras boire
Dieu, comme du vin à toi
Et des gouttes de sa gloire
Te jailliront sur les doigts...

Il a fait un grand voyage
D'amour. Pauvre, les pieds nus,
Pour me prendre en mariage,
Moi perdue, Il est venu

Jusqu'à la porte barrée
Du bercail. Il a conduit
La solitude égarée
De mon troupeau dans la nuit.

Il a trouvé la pâture
Close au bout d'un val étroit,
Il a rompu la clôture
D'un seul coup avec sa croix.

Il a brisé la barrière,
Les mains et les pieds en sang,
Et tous les moutons derrière,
Par l'ouverture passant,

Sont entrés dans l'Espérance,
L'herbage au sommet du jour
Où leurs talons en souffrance
Se calment aux fleurs d'amour...

Berger ! la porte divine
Va se perdre. Le Mauvais
La bouche avec des épines.
Et je vais pleurant, je vais

Réclamant à l'aventure
Ce lieu que je ne sais plus,
Cette eau, cette nourriture,
Ce pain, ce vin, ce Jésus.

Cherchant pour être guérie
Le passage... Berger, viens !
Viens dans les ronces, marie
Tes pieds déchirés aux miens.

Donne-moi tes mains couvertes
De blessures. Viens et tiens
La porte du ciel ouverte
Pour que mes petits - les tiens -

Qu'une grand'sueur inonde
Entrent là se reposer...
Je suis la Douleur du Monde,
Berger, veux-tu mépouser ?


Marie Noël, Les Chants de la Merci.
Dernière édition par Charles le lun. 23 janv. 2006, 13:46, édité 1 fois.

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Bartalin le fou
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Message non lupar Bartalin le fou » mer. 26 oct. 2005, 22:01

Ma Mère seulement,

Par Paul Verlaine


Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
Tous les autres amours sont de commandement
Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement
Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie.

C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis,
C’est par Elle que j’ai voué ce sacrifice,
Et la douceur de cœur et le zèle au service,
Comme je la priais, Elle les a permis.

Et comme j’étais faible et bien méchant encore,
Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins,
Elle baissa mes yeux et me joignit les mains,
Et m’enseigna les mots par lesquels on adore.

C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins,
C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les Cinq Plaies,
Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,
Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins.

Je ne veux plus penser qu’à ma mère Marie,
Siège de la Sagesse, et source des pardons,
Mère de France aussi, de qui nous attendons
Inébranlablement l’honneur de la Patrie.

Marie Immaculée, amour essentiel,
Logique de la foi cordiale et vivace,
En vous aimant qu’est-il de bon que je fasse,
En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?
"Il est vieux comme le diable, le monde qu'ils disent nouveau et qu'ils veulent fonder dans l'absence de Dieu... "

http://filsdechretiente.blogspot.com/

http://blogpourlavie.blogspot.com/

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Message non lupar Christian » lun. 23 janv. 2006, 11:49

Jorge de Lima

Christmas Poem


O, my Jesus, as soon as you grow
A little bit older,
Come take a walk with me,
For I too am fond of children.

We shall go to see the tame beasts
In the zoological garden.
And on any holiday
We shall go, for example,
To see the Christ King of Corcovado.

And those who pass
Upon seeing the boy
Will certainly say: There goes the son
Of Our Lady of the Immaculate Conception!

— That little boy who goes there
(Several men will add)
Knows more things than all of us

— Good morning, Jesus, a voice will say.

And other voices will whisper:
— It is the handsome boy who is in the book
Of my First Communion.

— How strong he looks! — Nothing changed!
— How healthy he looks! What fine colouring!
(Other gentlemen will say a little later on).

But other people of different appearance
Will surely say on seeing You:
— It is the son of the carpenter!
And on seeing the custom of a working man
To take a walk on a Sunday,
They will invite us to go together
To visit our fellow workers.

And when we come back
Home, at night,
And the sinners return to their vices,
They will undoubtedly ask me.

And I will invent subtle excuses
For You to let me go alone.
Child Jesus, have mercy on us
Hold my hand very tight.

Malheureusement, je ne connais ce poème que dans sa traduction anglaise et je ne saurais localiser, encore moins rendre en français, l’original portugais. Jorge de Lima était un mulâtre brésilien, sans éducation formelle, qui écrivait dans la première moitié du siècle dernier. On trouve bien des clichés saint-sulpiciens dans ces strophes, avec une rhétorique Jésus-ami-des-pauvres devenue ringarde. Mais la sincérité de l’auteur, qui était effectivement fort pauvre et victime du racisme (cf. l’allusion à la couleur de la peau), et l’humilité des derniers vers, font de ce poème une œuvre émouvante.

jean_droit
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Villon – Ballade pour prier Notre-Dame

Message non lupar jean_droit » mer. 01 mars 2006, 12:55

Cette poésie a bercé mon adolescence !

..................................................


Villon – Ballade pour prier Notre-Dame

Dame du ciel, régente terrienne
Emperière des infernaux palus,
Recevez-moi, votre humble chrétienne,
Que comprise sois entre vos élus,
Ce nonobstant qu’oncques rien ne valus.
Les biens de vous, ma Dame et ma Maîtresse,
Sont trop plus grands que ne suis pécheresse,
Sans lesquels biens âme ne peut mérir
N’avoir les cieux. Je n’en suis jangleresse :
En cette foi je veux vivre et mourir.

À votre fils dites que je suis sienne ;
De lui soient mes péchés absolus ;
Pardonne-moi comme à l’Égyptienne,
Ou comme il fit au clerc Théophilus,
Lequel par vous fut quitte et absolus,
Combien qu’il eût au diable fait promesse.
Préservez-moi de faire jamais ce,
Vierge portant, sans rompure encourir,
Le sacrement qu’on célèbre à la messe :
En cette foi je veux vivre et mourir.

Femme je suis pauvrette et ancienne,
Qui rien ne sais ; oncques lettre ne lus.
Au moutier vois dont suis paroissienne
Paradis peint, où sont harpes et luths,
Et un enfer où damnés sont boullus
L’un me fait peur, l’autre joie et liesse.
La joie avoir me fais, haute Déesse,
À qui pécheurs doivent tous recourir,
Comblés de foi, sans feinte ni paresse :
En cette foi je veux vivre et mourir.

Vous portâtes, digne Vierge, princesse,
Jésus régnant qui n’a ni fin ni cesse.
Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse,
Laissa les cieux et nous vint secourir,
Offrit à mort sa très chère jeunesse ;
Notre Seigneur tel est, tel le confesse :
En cette foi je veux vivre et mourir.

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Peguy : Présentation de la Beauce à Notre Dame.

Message non lupar jean_droit » jeu. 02 mars 2006, 13:50

Voici encore un poème qui a bercé mon adolescence :

.......................................

Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres
Est-il un lieu qui soit plus uni à un écrivain et un écrivain à un lieu que Chartres et Péguy ? Bien connu des pèlerins, le poème intitulé “ La Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres ” témoigne d’un tel attachement.

Charles Peguy
03/09/2003

Présentation de la Beauce à Notre Dame de Chartres

Etoile de la Mer, voici la lourde nappe,
Et la profonde houle et l'océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape

Un sanglot rôde et court par-delà l'horizon.
A peine quelques toits font comme un archipel.
Du vieux clocher retombe une sorte d'appel.
L'épaisse église semble une basse maison.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite,
Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents.
Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
La route nationale est notre porte étroite.

Nous allons devant nous, les mains le long des poches,
Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,
D'un pas toujours égal, sans hâte ni recours,
Des champs les plus présents vers les champs les plus proches.

Tour de David voici votre tour beauceronne.
C'est l'épi le plus dur qui soit jamais monté
Vers un ciel de clémence et de sérénité,
Et le plus beau fleuron dedans votre couronne.

C'est la gerbe et le blé qui ne périra point,
Qui ne fanera point au soleil de septembre,
Qui ne gèlera point aux rigueurs de décembre,
C'est votre serviteur et c'est votre témoin.

Nous arrivons vers vous de Paris capitale.
C'est là que nous avons notre gouvernement,
Et notre temps perdu dans le lanternement,
Et notre liberté décevante et totale!

Nous arrivons vers vous de l'autre Notre Dame,
De celle qui s'élève au cœur de la Cité
Dans sa royale robe et dans sa majesté,
Dans sa magnificence et sa justesse d'âme.

Ce Pays est plus ras que la plus rase table.
A peine un creux du sol, à peine un léger pli.
C'est la table du juge et le fait accompli,
Et l'arrêt sans appel et l'ordre inéluctable.

Mais vous apparaissez, reine mystérieuse,
Cette pointe là-bas dans le moutonnement
Des moissons et des bois et dans le flottement
De l'extrême horizon ce n'est point une yeuse,

D'ici vers vous, ô reine, il n'est plus que la route.
Celle-ci nous regarde, on en a bien fait d'autres.
Vous avez votre gloire et nous avons les nôtres.
Nous l'avons entamée, on la mangera toute.

Quand nous aurons quitté ce sac et cette corde,
Quand nous aurons tremblé nos derniers tremblements,
Quand nous aurons râlé nos derniers râlements,
Veuillez vous rappeler votre miséricorde.

Nous ne demandons rien, refuge du pécheur,
Que la dernière place en votre purgatoire,
Pour pleurer longuement notre tragique histoire,
Et contempler de loin votre jeune splendeur.

jean_droit
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L'Épitaphe de Villon ou "Ballade des pendus"

Message non lupar jean_droit » mar. 11 avr. 2006, 10:00

L'Épitaphe de Villon ou " Ballade des pendus "


Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

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Le petit poème de grand-mère Hélène

Message non lupar etienne lorant » ven. 19 déc. 2008, 12:39

Je retranscris ici un très vieux petit poème en prose que ma grand-mère Hélène avait écrit et que plus tard, ma mère avait relu avec bonheur. Elle le croyait égaré, je viens de le retrouver, je l'ai fait calligraphier sur un grand papier Vélin... et ce sera mon cadeau de Noël pour maman à la maison de repos:

PETITS BONHEURS


La vie journalière est une tapisserie qui nous paraît bien grise, bien monotone.
Enfoncés dans la routine, nous ne voyons pas les petits fils d'argent qui traversent discrètement sa trame. Pourquoi ne pas porter des lunettes roses, un peu grossissantes si nécessaires, afin de découvrir cette broderie subtile où s'entrecroisent les petits bonheurs ?

Un gai soleil nous accueille au lever. Songeons qu'il pourrait faire gris et accueillons ce petit bonheur. Le marronnier déplie méticuleusement les écailles feutrées de ses premiers bourgeons; les lanternes jaunes des crocus illuminent la pelouse... petits bonheurs.
Dans le tramway bondé, notre voisine nous sourit au lieu de grincher sur les inconvénients légendaires des transports en commun. Dans l'embouteillage classique du mercredi, un automobiliste nous cède le passage... Petits bonheurs.

Ce soir, le salon est tiède et accueillant. La radio diffuse - une fois n'est pas coutume - un beau programme, le cliquetis d'une paire d'aiguilles accompagne en soliste un concerto de Mozart... Petits bonheurs.

Le soufflé est réussi, la table jolie, les invités satisfaits... Petits bonheurs.

Comme Saint-Exupéry, habillons-nous le coeur et lançons nous-mêmes, sur la tapisserie des jours, les nombreux fils d'argent des petits bonheurs.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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La maison des Maritain à Meudon

Message non lupar etienne lorant » lun. 29 déc. 2008, 17:58

Dans un petit recueil intitulé "Convertis du vingtième siècle", paru en 1955 aux éditions Casterman, j'ai trouvé ce petit poème de Raïssa Maritain, qu'elle avait voulu écrire au sujet de la maison où Jacques et elle recevaient leurs amis et ceux qu'attiraient leur nom et leur oeuvre. Le texte est intitulé:

TERRASSE DE MEUDON

Par le réseau léger des arbres
De ce rebord de pierre où je suis accoudée
Je te vois scintiller dans le soleil d'un songe,
Paris - comme une ville du ciel descendue
Ce atin - et sur la terre à peine éveillée
A peine qui se pose.

Filigrane étoilé des désirs fugitifs,
Mémorial délicat
De longs desseins tenaces,
D'ici tu n'es que silence.
Le bruit fait corps avec ta substance,
Ville enchantée et dormante au bord de l'eau.
La Seine s'étale à droite et à gauche,
Elle est ton coeur lourd et glauque.

Du Sacré-Coeur les pendeloques
Et les deux tours sur l'échiquier
Où joue et gagne Notre-Dame
Immobilisent ta clarté,
Et l'insolite Tour Eiffel
Est une aile couleur du temps
Qui s'aventure dans ton ciel.

Bien qu'il n'y ait qu'une dizaine de pages à lire, je compte revenir sur l'une ou l'autre trouvaille.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: La maison des Maritain à Meudon

Message non lupar Fée Violine » lun. 29 déc. 2008, 18:01

Ici un portrait de Raïssa:
http://www.maritain.fr/

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Le message de l'ange à propos de l'Esprit

Message non lupar etienne lorant » mar. 19 mai 2009, 13:23

Dans la soirée d'hier, j'ai découvert ce très court poème que j'avais rédigé en quelques minutes, en 1981. A l'époque, j'avais vingt-cinq ans, je sortais de l'armée, j'attendais un emploi, je désespérais de rencontrer une femme et un matin, m'adressant au plafond de ma chambrette, je m'étais écrié: "Eh bien, Dieu, si c'est çà la vie, moi j'attends la mort !"...

J'étais encore loin de ma conversion, je n'avais plus pratiqué ma foi depuis l'âge de dix-sept ans, et je m'interrogeais sur tout et sur rien. Sur le moment, ne comprenant pas très bien ce que j'avais écrit, j'en étais pourtant très fier et je me suis cru un génie de la poésie: l'univers des mots m'avait été ouvert et j'allais l'explorer jusqu'au bout de la galaxie ! Encore une futilité... Mais le message que contenait ce texte ne mentait pas, tout adviendrait: après un passage à vide, ma vie allait changer - et comment ! Une fois converti, je me suis dit que ce message m'avait été dicté à l'oreille par un ange, afin que je ne succombe pas au découragement:
L'Esprit s'étend sur toute chose également.
Par-delà la grisaille et le détour des nuits,
Tel un soleil, Il est, apaisant nos tourments.
C'est un coeur, quelque part, et le meilleur du fruit !

Si ton pain est amer, s'il te semble aujourd'hui,
Que l'espoir est trahi et que demain te ment,
Songe, alors, que ce pain pour l'Amour te nourrit
Car ton sort Il bénit et le veille ardemment !
Spécialement pour Zélie

Etienne
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
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Le goût de vivre

Message non lupar etienne lorant » mar. 08 déc. 2009, 14:11

25 Qui donc est pour moi dans le ciel si je n'ai, même avec toi, aucune joie sur la terre ?
26 Ma chair et mon cœur sont usés : ma part, le roc de mon cœur, c'est Dieu pour toujours.(Du Ps 72)

Le goût de vivre, sans Dieu, est plus dangereux,
que de vivre, sans goût avec Dieu,
car ce qui donne le goût à la vie passe,
mais Dieu ne passe pas,
et même si tout m'est retiré
et que je reste seul avec Lui,
Il est la petite flamme pilote
qui me garde à la vie.

NB. Cette courte mais très belle méditation n'est pas de moi, mais d'une amie du Québec qui traverse de grandes difficultés. Elle m'avait dit, au sujet de ce texte: "Je ne sais plus rien écrire", mais j'ai trouvé ce "rien" extraordinaire !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )


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