Malika Sorel, ses ouvrages

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Malika Sorel, ses ouvrages

Message non lupar MB » jeu. 19 juil. 2007, 20:24

Le Puzzle de l'intégration, Malika Sorel

Je me permets de reprendre ici une partie de la fiche de lecture que j'avais prévue pour le livre de Malika Sorel, Le Puzzle de l'intégration, sorti il y a 2-3 mois. Cet ouvrage très court est le fait d'une Française d'origine nord-africaine, qui a fait le choix résolu de notre pays. Entre autres choses, il combat d'une manière magistrale les arguments favorables à la discrimination positive, montrant en quoi ils portent en germe la division de la société française en blocs antagonistes. Je passe sur ce sujet, quoiqu'il soit important, et vous renvoie tout simplement à ce livre, qui dit l'essentiel là-dessus.

Mais plus précisément, je voudrais revenir sur une thématique qui y est creusée : les problèmes culturels qui s'opposent à l'intégration des jeunes issus des dernières générations d'immigrants.

L’un des réflexes les plus urgents à faire consiste à évacuer la question permanente des moyens, de l’argent, bref d’arrêter de justifier les problèmes sociaux (violence notamment) par des problèmes matériels ; les jeunes des grandes villes maghrébines vivent dans un cadre comparable à celui de nos banlieues (barres, etc.), sont tout autant au chômage et désoeuvrés (l’auteur elle-même ayant connu, petite, des moments de grande détresse matérielle). Mais eux ne versent pas dans la violence ; donc l’argent n’a rien à voir. La preuve, c’est que lorsque des familles à problèmes, en France, sont déplacées hors de zones défavorisées, le nouvel environnement ne change rien : elles y continuent le même comportement, elles exportent même la violence !

Il faut donc tenir compte de facteurs culturels qui ne sont pas forcément ceux qu’on croit ; les contrastes, les souffrances qu’ils engendrent sont bien réels – mais là aussi, ils ne se trouvent pas là où l’on s’y attendrait. Les peuples venus au cours des vagues les plus récentes d’immigration ont certaines particularités dont il faut se rendre compte. Il s’agit de sociétés très fermées, où le groupe joue un rôle fondamental pour étouffer toute velléité individuelle. Cela crée des décalages énormes par rapport au monde français. Quelques points à ce sujet :

- les rapports entre enfants et parents sont très autoritaires. L’enfant est là pour obéir, pas pour faire preuve d’initiative ; cette manière de voir imprègne tous les comportements familiaux. Tout le monde se surveille, s’épie, et cela façonne les mentalités, cela développe aussi de graves carences affectives. Rester dans la communauté est absolument vital pour ses membres ; sans elle, ils ne peuvent s’en sortir. Mais surtout : habitués qu’ils sont à la parole unique et autoritaire, ils n’ont aucune expérience du dialogue et de la confrontation de positions différentes. De plus, les rapports entre individus ont tendance à se muer en rapports de force (car, même dans la communauté la plus soudée, il faut parfois briser la résistance des individus, cela ne se fait pas tout seul). Par conséquent, dès que les enfants sortent de la famille, ils sont incapables d’avoir assez d’estime de soi, fortifiés qu’ils auraient été par la confiance placée en eux par leurs parents, pour se débrouiller tout seuls. De là le sentiment permanent d’humiliation et de manque de reconnaissance dont ils souffrent. Ils deviennent logiquement violents car le monde clément de la République apparaît comme une soupape de sûreté ; d’autant plus violents que le rapport de force leur paraît naturel, et que, n’étant pas habitués à la confrontation pacifique des points de vue, il ne leur semble pas gênant d’accorder, par tous les moyens, la prééminence exclusive à leur point de vue propre – sans parler de leur posture souvent hyper-orgueilleuse.
Je ne peux pas résister à l’envie de citer un élément du texte :
« Le modèle éducatif dans lequel évoluent les enfants des Français est un système ouvert. Il intègre l’interrogation, la remise en cause et l’existence d’une liberté du jugement individuel. La psychologisation a profondément imprimé sa marque dans les relations parents-enfants au sein de la plupart des foyers français. C’est très loin d’être le cas pour des foyers qui appliquent d’autres modèles éducatifs. Comparés au modèle français, ceux-là sont fermés et fonctionnent sur le mode de l’auto-entretien. Les enfants y sont éduqués dans l’absolue certitude d’un unique système de pensée, et rares sont les distances admises par rapport à la norme. Le jeune enfant baigne dès sa naissance dans un univers du réel dont il est très difficile de s’éclipser. Ils y sont privés de la dimension du monde du fantastique et de l’imaginaire. Ils se retrouvent amputés de la capacité de se projeter sans restriction, et sont très tôt confrontés à l’apprentissage de la dureté d’un conformisme assez exigeant. Cette aliénation contrarie de manière non négligeable la capacité des enfants à développer la culture de l’ouverture d’esprit, le sens de la création et de l’inventivité, la curiosité intellectuelle et le goût de l’initiative. Ils sont comme des oiseaux à qui on aurait rogné les ailes. Ils auront par voie de conséquence beaucoup de mal à s’envoler, ou a repousser les frontières du possible. Cela aura des répercussions sur leur aisance dans leur parcours scolaire ».

- Autre problème qui pénalise l’avenir des jeunes en question : les parents, lorsqu’ils mettent de l’argent de côté, ne le font pas pour payer à leurs enfants de bonnes études. Cet objectif est loin d’être unanimement partagé. L’instruction, pour beaucoup d’entre eux, doit se borner à leur apprendre les choses les plus basiques, et, dans un sens, les ressources nécessaires pour bien obéir aux parents. Il est logique aussi que ceux-ci conçoivent quelques craintes à l’idée que leurs enfants se développent trop loin, ne quittent la communauté. Le surplus financier est donc exclusivement destiné à la famille d’origine, au bled, à l’achat d’une maison au Maghreb (ce qui y a provoqué la flambée des prix de l’immobilier…), bref, pas à l’avenir des jeunes.

- Dans un tel contexte, où tout est fait pour noyer l’être dans la communauté, il devient difficile de penser l’idée même qu’un phénomène, quel qu’il soit, se trouve directement lié à une action individuelle ; tout ce qui nous arrive est forcément lié à une sorte de fatalité. Aussi est-ce une aubaine, pour des gens vivant dans un tel univers mental, lorsqu’un militant de gauche vient les assurer que tous leurs malheurs sont de la faute du « système », du racisme, etc. Leur esprit est prédisposé à tout renvoyer sur une influence extérieure et jamais sur leur action propre. On devine, de ce fait, les dégâts énormes causés par le « respect des cultures » et le multiculturalisme : d’un côté, tout les pousse à rester dans la communauté, quitte à se condamner à l’humiliation et à l’échec ; mais de l’autre, le discours français ambiant leur explique qu’il est bien de préserver sa culture ! Comment, alors, ne pas se sentir exclu et écartelé ?

Dans ces conditions, la seule chose qui puisse aider les enfants à s’insérer dans l’univers français est l’instruction, l’édification personnelle autour des bases classiques de la civilisation française – langue, littérature, culture en général (et l’auteur rappelle, de façon très convaincante, à quel point cette façon d’éduquer est vraiment efficace). Malheureusement, l’Éducation nationale aujourd’hui rend l’assimilation de ces bases de plus en plus difficile…

A la suite de ces raisonnements, l’auteur s’engage dans une réflexion qui, à mon avis, est tout à fait fraîche, pour aborder les problèmes d’intégration.
L’intégration, ça ne va pas de soi ; pour s’intégrer à la France, il faut se sentir français, d’un sentiment qui vient du fond du cœur ; il faut aussi avoir réfléchi à la question, avoir mûrement pesé ses éléments, pour enfin prendre sa décision. Cela ne se fait pas à 18 ans, il faut parfois attendre 30, 40 ans, voire plus encore pour que cela se fasse.
C’est pourquoi l’auteur insiste pour que l’on mette l’accent non sur l’intégration, qui est une affaire personnelle et non politique, mais sur l’insertion. On ne peut pas forcer les immigrés à s’intégrer, cela doit rester leur démarche à eux ; en revanche, on peut faire en sorte qu’ils soient insérés dans la société, c’est-à-dire que, dans la vie de tous les jours, ils s’y comportent de manière normale. On peut être inséré sans être intégré ; on peut respecter la France sans se sentir Français. Les premières générations d’immigrants d’Afrique du Nord, les « vieux Arabes », étaient parfaitement insérées (par nécessité, puisqu’on ne voulait surtout pas revenir dans un pays de grande misère, ce qui faisait de l’insertion en France un enjeu vital) ; cela pu laisser croire, à tort, qu’elle se sentaient françaises. Fondamentalement, ces personnes se considéraient – et c’est encore le cas – non comme des Français, mais comme des exilés.

Or dans un tel contexte apparaît un renversement étrange : tout, autour des deuxièmes ou troisièmes générations, tout dans leur cadre communautaire, leur suggère qu’elles ne sont pas françaises ; les réflexes, la culture commune, la manière de penser, sont différents. Les parents, consciemment ou inconsciemment, rappellent aux jeunes qu’ils sont d’abord – par exemple - Musulmans, Arabes, Marocains ou Tunisiens. On ne peut pas leur en vouloir : l’exil n’est pas agréable, et suggère en permanence de resserrer les liens communautaires. La France apparaît comme un autre. Et c’est là-dessus que, droit du sol oblige, on leur explique que si, ils sont Français, ils doivent se dévouer à la France, pourquoi ? parce qu’ils y sont nés ! Dans leur esprit, ils ne sont Français que par « les papiers », mais ils ne sont – mettons – Maghrébins que d’une manière inconsciente et vague (la fausse nostalgie du bled perdu…). L’auteur conclut sa réflexion sur une chose étonnante, la critique fondamentale du droit du sol. Le droit du sol est une mauvaise chose car il oblige les jeunes à assumer une identité qu’ils n’ont pas les moyes de revêtir. Les enfants d’immigrants en sont donc les premières victimes.

**********************

Pour finir cette fiche un peu longue mais nécessaire : le livre me paraît absolument essentiel pour comprendre les problèmes liés à l’intégration, car il met en branle des qualités que l’on oublie souvent : finesse, clarté (il est très agréable à lire, au fait), vrai humanisme et sens de la personne. Il est écrit sans animosité, sans polémique (alors que ce serait tellement facile), sans refus de dire la vérité, à partir de témoignages concrets, de choses vécues dont on ne saurait contester l’authenticité. Je crois qu’il donne des clés tout à fait nouvelles pour mieux saisir les choses, et, vraiment, je vous en recommande à tous la lecture, après laquelle tout devient plus limpide. Je n'ai fait ici qu'en reprendre quelques éléments, qui sont loin de le résumer.
En l’achetant, vous feriez d’ailleurs un geste civique, car il semble que le système éditorial et journalistique français ait beaucoup fait pour en retarder au maximum la publication et la diffusion, ce qui est le comble pour un livre aussi réfléchi et serein… avis, donc, à ceux qui veulent commettre une bonne action !

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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar Christophe » jeu. 19 juil. 2007, 21:09

Salut MB

Merci pour cette fiche de lecture passionnante. On y sent et on y regrette - mais peut-être est-ce votre plume - l'idéalisation du modèle social français et, dans une certaine mesure, le dénigrement du modèle social maghrébin. J'imagine que c'est le parcours personnel de l'auteur qui l'impose... Que les deux modèles sociaux (occidental et maghrébin) soient très différents et rendent difficile l'intégration des jeunes beurs dans la société française me semble tout à fait juste. L'ouvrage de Mme Sorel semble toutefois approfondir la réflexion et expliquer concrètement quels sont les obstacles à l'intégration auxquels font face les jeunes issus de l'immigration et, parce qu'elle l'a vécue de l'intérieur, son témoignage devient particulièrement précieux.

Merci de rappeler que l'idéologie multiculturaliste peut être lui-même un obstacle à l'assimilation des immigrés, qui est avant tout un processus psychologique individuel. Mme Sorel voit dans le droit du sol une sorte de contrainte psychologique exercée sur la conscience identitaire. Ce en quoi elle n'a pas tord : l'acquisition de la nationalité française devrait, en toute justice, venir sanctionner l'assimilation réussie de l'étranger.

Concernant la distinction faite entre "intégration" et "insertion", j'avoue qu'elle me semble quelque peu artificielle : c'est la distinction que l'on trouve déjà actuellement dans les débats sur le sujet entre "assimilation" et "intégration". A l'heure de la "diversité", l'intégration signifie l'insertion sociale : insertion professionnelle, respect des lois et maîtrise de la langue française. L'assimilation implique quant à elle la re-construction d'une identité sociale : c'est l'expérience personnelle qu'à vécue Mme Sorel.

Si Mme Sorel est une de vos connaissance, n'hésitez pas à l'inviter sur ce forum pour échanger et débattre autour de son livre qui me semble tout à fait digne d'intérêt.

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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar Nanimo » lun. 23 juil. 2007, 18:45

MB (citant de Sorel)
L’intégration, ça ne va pas de soi ; pour s’intégrer à la France, il faut se sentir français, d’un sentiment qui vient du fond du cœur ; il faut aussi avoir réfléchi à la question, avoir mûrement pesé ses éléments, pour enfin prendre sa décision. Cela ne se fait pas à 18 ans, il faut parfois attendre 30, 40 ans, voire plus encore pour que cela se fasse.
Même les pays d’immigration n’ont pas introduit la distinction de Sorel qui parle d'insertion. S’intégrer reste effectivement la capacité de fonctionner dans le pays d’accueil, avec la population de souche, leurs institutions, dans leur langue. On ne demande pas aux immigrants de se « sentir » Australiens, Néo-Zélandais, etc., on sait par expérience que la question dépend de facteurs multiples (individuels, culturels, pays d’origine, etc.).

Le livre de Sorel va doute encore arriver à pied outre-Atlantique, mais je suis allée sur son blog et j’y ai lu ceci :
Depuis trente ans, on diffuse aux populations issues de l’immigration le disque du racisme des Français de souche; cela a largement contribué à développer, puis à entretenir, la haine que nourrissent à présent une partie des jeunes issus de l’immigration envers les Français de souche et leur société, avec les conséquences que l’on observe déjà. (Sorel, Blog)
Effectivement. Pourtant, si l’on compare, la France n'est pas si mal sur ce plan. (J’invite expressément à aller voir ailleurs en cas de doute. Tiens, aux États-Unis, par exemple.) :saint:
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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar Christian » dim. 29 juil. 2007, 17:00

Salve MB ;)

Le problème de la coexistence des populations « de souche » et maghrébines n’est pas tant spatial que temporel. Malika Sorel, à travers votre excellente fiche de lecture, me conforte dans cette opinion. Laissez-moi m’expliquer. Vous êtes historien. Ne pensez-vous pas que les citations suivantes s’appliqueraient à la société française d’avant le 18ème siècle, voire à celle du 19ème, tout aussi bien qu’aux Maghrébins du Puzzle de l'intégration ?
  • Il s’agit de sociétés très fermées, où le groupe joue un rôle fondamental pour étouffer toute velléité individuelle.
  • les rapports entre enfants et parents sont très autoritaires. L’enfant est là pour obéir, pas pour faire preuve d’initiative ; cette manière de voir imprègne tous les comportements familiaux.
  • [les enfants deviennent] d’autant plus violents que le rapport de force leur paraît naturel, et que, n’étant pas habitués à la confrontation pacifique des points de vue, il ne leur semble pas gênant d’accorder, par tous les moyens, la prééminence exclusive à leur point de vue propre
  • [les enfants] sont très tôt confrontés à l’apprentissage de la dureté d’un conformisme assez exigeant. Cette aliénation contrarie de manière non négligeable la capacité des enfants à développer la culture de l’ouverture d’esprit, le sens de la création et de l’inventivité, la curiosité intellectuelle et le goût de l’initiative.
  • les parents, lorsqu’ils mettent de l’argent de côté, ne le font pas pour payer à leurs enfants de bonnes études. Cet objectif est loin d’être unanimement partagé. L’instruction, pour beaucoup d’entre eux, doit se borner à leur apprendre les choses les plus basiques, et, dans un sens, les ressources nécessaires pour bien obéir aux parents.
  • Dans un tel contexte, où tout est fait pour noyer l’être dans la communauté, il devient difficile de penser l’idée même qu’un phénomène, quel qu’il soit, se trouve directement lié à une action individuelle ; tout ce qui nous arrive est forcément lié à une sorte de fatalité.
Ces quelques phrase, je crois, résument l’analyse de Malika Sorel, mais elles ne s’appliquent pas seulement aux immigrés maghrébins en France. Elles décrivent la condition des jeunes dans toutes les sociétés pré modernes.

Comparez : la diaspora chinoise (celle des vietnamiens aussi) est entrée de plain pied dans le 21ème siècle. Elle ne pose de problème nulle part (ou si le problème existe, comme en Indonésie et en Malaisie, il est le fait du pays hôte resté scotché au passé). Les Chinois sont installés dans notre temporalité à la Porte d’Italie, à San Francisco, à Londres, à Vancouver, parce qu’ils le sont aussi à Taipei et à Shanghai. Notre gageure est de faire riper le monde arabo-musulman tout entier d'une mentalité archaïque vers une autre post-moderne. Exactement ce que Sorel appelle l’insertion. Encore une fois, il ne s’agit pas d’insérer les Maghrébins dans la société française, à la limite on s’en fiche, il s’agit de les « moderniser », et non seulement de les « moderniser » dans le 93, mais à Alger (et aussi leurs congénères à Bagdad, à Ryad, et au Caire).

C’est un des grands défis de notre époque, cette cohabitation de communautés à des stades divers de leur évolution historique. Toutes ont désormais accès à des technologies que seules certaines d’entre elles ont la maturité pour concevoir, développer et utiliser sans conflit de valeurs. Il ne s’agit pas de quotient intellectuel. Les Grecs et les Romains n’étaient pas stupides. Mais ils se seraient trouvés aussi désemparés et anxieux en présence de nos machines si étrangères à leur culture que le sont les Arabo-musulmans aujourd’hui.
Dans ces conditions, la seule chose qui puisse aider les enfants à s’insérer dans l’univers français est l’instruction, l’édification personnelle autour des bases classiques de la civilisation française – langue, littérature, culture en général (et l’auteur rappelle, de façon très convaincante, à quel point cette façon d’éduquer est vraiment efficace).
Non, ce n’est pas du tout la seule chose. C’est même une cause perdue d’avance. Pas seulement parce que le monopole de l’Education nationale est inefficace. Seuls des sujets exceptionnellement doués, comme Malika Sorel, peuvent espérer briller dans des études au sein d’une langue et d’une culture étrangères. Et les exemples que l’on cite spontanément d’immigrés qui sont devenus des intellectuels, des scientifiques, des artistes dans leur pays d’adoption concernent des jeunes dont la famille possédait une culture au départ, juive, russe, etc. ce n’est pas le cas général des Maghrébins. Ils viennent souvent de milieux eux-mêmes déculturés. Ces enfants souffrent donc d'un double handicap. La voie des études pour la plupart d’entre eux est celle d’un échec annoncé, frustrant, humiliant, face à des Français de souche.

Une meilleure solution consiste à encourager l’entreprise, le business, la boutique. Il faut détaxer, déréguler, et on verra si le fils d’instit’ qui est si fort à l’école s’élèvera aussi vite dans la reconnaissance sociale que Mohamed ou Abdel qui a ouvert son commerce.

Christophe, :) dans son commentaire de votre fiche de lecture, rejoint mon avis que ces notions d’assimilation et d’intégration ne font plus sens. A l’époque des « mobilisations générales » et des « levées en masse », il fallait de la chair à canon bien française, bien loyale. Heureusement, nous n’en sommes plus là. Nous n’attendons pas des gens qui vivent autour de nous qu’ils soient français, mais qu’ils soient pacifiques. Nous leur demandons seulement de ne pas nous agresser. Ils se rendront compte par eux-mêmes, éventuellement, de l’intérêt d’apprendre notre langue, d’acquérir des savoir-faire, d’améliorer leur position sociale. Et s'ils ne le font pas, où est le mal ?

Mais pourquoi l’assimilation ? J’habite à l’étranger depuis des lustres. Jamais je n’ai eu la moindre velléité d’assimilation. J’ai élevé mes enfants dans le culte de la langue et de la culture française, et je ne souhaite nullement les voir assimilés (comme des choux qu’on digère). Si ma fille (mais pas mon fils) a maintenant acquis une seconde nationalité, c’est pour « les papiers ». Elle a raison. La culture, c’est réel. La nationalité, c’est du papier.

Vale

Christian






— Tu veux dire que lorsqu’on plante un drapeau sur un territoire,
ça signifie que celui-ci appartient au pays qui a ce drapeau?
— Oui
— Alors si je plante un drapeau dans mon jardin comme le réclament certains politiciens,
ça veut dire que j’ai été conquis par l’Etat français ?

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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar Christophe » lun. 06 août 2007, 0:44

Bonsoir Christian
Christophe, :) dans son commentaire de votre fiche de lecture, rejoint mon avis que ces notions d’assimilation et d’intégration ne font plus sens.
Pour préciser ma pensée, ce n'est pas tant que ces notions ne "fassent plus sens" - car elles renvoient bien à des réalités sociales et psychologiques individuelles - mais l'assimilation me semble devenue une solution politique parfaitement irréaliste dans l'état actuel des choses...

PaX
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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar MB » mar. 07 août 2007, 0:18

Bonjour !

Avé Christophe : je vais voir ce que je peux faire avec Mme Sorel à ce sujet.

Pour répondre à Christian : d'accord avec vous sur plein de choses, comme souvent. Le caractère holiste des sociétés pré-libérales ne fait aucun doute ; quoique je ne puisse vous dire si, mettons, la France du 17ème siècle était plus ou moins holiste que la société marocaine ou malienne (faudrait que j'y connusse quelque chose). Même chose avec les Romains dont j'ai l'intuition - sans avoir vérifié - que par bien des côtés, ils étaient très proches des sociétés arabo-musulmanes traditionnelles ; en tout cas, ils en étaient sûrement plus proches que de nous.
Le fait est qu'à un moment, ce cadre holiste a éclaté, ce qui a créé un décalage entre telle société et telle autre, restée au stade précédent.

Cela dit, une chose importante sur le "caractère déculturé" des Maghrébins : c'est beaucoup plus le cas chez nous que dans le Maghreb. L'Education nationale, en Afrique du Nord, est beaucoup plus stricte que chez nous, beaucoup plus sélective, et permet l'ascension intellectuelle (à défaut d'être sociale) de pas mal de gens. L'enseignement, à ce qu'on m'a dit, y est fait encore à l'ancienne. Il ne faut surtout pas confondre les Français d'origine maghrébine et les Maghrébins eux-mêmes, ce n'est pas la même chose. Ils se détestent cordialement, d'ailleurs.

Au fait, en voyant des franchouillards issus du peuple, on peut parfois avoir l'impression de trouver en face de soi des gens totalement déculturés ; ce qui me permet de revenir sur la différence faite par Mme Sorel entre intégration et insertion : un jeune beauf bien de chez nous, à moitié analphabète, plus ou moins capable de faire des travaux simples, dont la seule aspiration qui le fasse rêver consiste à s'acheter enfin une 205 tunée, est intégré à la société française, mais il n'est pas inséré. A l'inverse, il y a des gens - mettons, paraît-il, les Chinois - qui sont bien insérés dans la société française, mais qui ne sont pas intégrés (vivant entre eux, et ne se sentant pas français).

A bientôt
MB

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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar Charles » mer. 15 août 2007, 18:38

des franchouillards issus du peuple (...) un jeune beauf bien de chez nous
Ce mépris pour les humbles relève plus du snobisme que de la foi chrétienne.

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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar MB » mer. 15 août 2007, 20:34

des franchouillards issus du peuple (...) un jeune beauf bien de chez nous
Ce mépris pour les humbles relève plus du snobisme que de la foi chrétienne.
C'est toi qui méprises les humbles en t'imaginant que ces catégories les désignent dans leur ensemble. Tous les humbles ne sont pas des franchouillards ou des beaufs, de même que tous les franchouillards ou les beaufs ne sont pas des humbles.
Les comportements ignobles ou simplement bêtes sont répartis dans toutes les classes sociales : bourgeois comme prolétaires. Je ne sais s'ils sont répartis également, le fait est qu'on les trouve partout, sous des formes différentes puisqu'ils adoptent la forme des habitudes sociales des classes en question. Et, de la même manière que l'on doit critiquer la morgue d'un fils à papa parisien, on est dans l'obligation morale de mépriser le comportement d'un jeune beauf - je persiste - qui trafique sa 205 pour rouler de nuit, avec 2g d'alcool, sur une route communale.C'est malheureux à dire, mais il y en a beaucoup plus qu'on ne le croit.

M'accuser de snobisme dans le cas présent, revient au même que d'accuser un catho de fascisme parce qu'il s'oppose à l'avortement : dans les deux cas, c'est du terrorisme intellectuel qui vise au relativisme moral. Je ne vois pas pourquoi on devrait dispenser les humbles de toute exigence morale : ce sont aussi des êtres humains, non ?

A bientôt
;)

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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar Abderrazaq » sam. 09 févr. 2008, 4:04

Que la paix soit avec vous .

Tout le monde parle d'assimilation . Je vis en Belgique mes cheres voisins :oui:
Et chez nous aussi on parle d'assimilation et j ai du mal encore a digerer ce terme etant donner que personnes ne le clarifies tres tres clairement .
Et je me demandais si je pouvais vous demander "ce qu est l'assimilation de facon concrete et appliquable pour un jeune issue de l'immigration" ? selon votre opinion propre et personnel .

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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar franc_lazur » sam. 09 févr. 2008, 10:34

Que la paix soit avec vous .

Tout le monde parle d'assimilation . Je vis en Belgique mes cheres voisins :oui:
Et chez nous aussi on parle d'assimilation et j ai du mal encore a digerer ce terme etant donner que personnes ne le clarifies tres tres clairement .
Et je me demandais si je pouvais vous demander "ce qu est l'assimilation de facon concrete et appliquable pour un jeune issue de l'immigration" ? selon votre opinion propre et personnel .
Bonjour, cher Yeuxouvert.

Selon Laetitia Van Eeckhout, dans son ouvrage "L’immigration" (collection Débat Public, 2006) :

« Ces trois termes ne sont pas neutres et reposent sur des philosophies politiques (très) différentes. L’assimilation se définit comme la pleine adhésion par les immigrés aux normes de la société d’accueil, l’expression de leur identité et leurs spécificités socioculturelles d’origine étant cantonnée à la seule sphère privée. Dans le processus d’assimilation, l’obtention de la nationalité, conçue comme un engagement "sans retour", revêt une importance capitale.

L’intégration exprime davantage une dynamique d’échange, dans laquelle chacun accepte de se constituer partie d’un tout où l’adhésion aux règles de fonctionnement et aux valeurs de la société d’accueil, et le respect de ce qui fait l’unité et l’intégrité de la communauté n’interdisent pas le maintien des différences.

Le processus d’insertion est le moins marqué. Tout en étant reconnu comme partie intégrante de la société d’accueil, l’étranger garde son identité d’origine, ses spécificités culturelles sont reconnues, celles-ci n’étant pas considérées comme un obstacle à son intégration dès lors qu’il respecte les règles et les valeurs de la société d’accueil. »

Et toi, frère Yeuxouvert, te sens -tu, dans cette Belgique que tu aimes, "inséré", "intégré" ou "assimilé"?

Abderrazaq
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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar Abderrazaq » sam. 09 févr. 2008, 13:48

Et toi, frère Yeuxouvert, te sens -tu, dans cette Belgique que tu aimes, "inséré", "intégré" ou "assimilé"?
Je dirais integré .
Parce que je suis ici avec ma culture a part entiere et pas simplement dans ma sphere priver . Ma culture est en parfaite accord avec mon pays la Belgique .

c est une richesse enorme, mais il faut faire la difference entre culture et regle fondamentale du pays d'origine . S'integrer c'est ne pas se mettre face aux regle du pays d'adoption mais en harmonie avec toute notre culture .

J'espere avoir preciser mes pensee de facon claire frere, Franc_Azur .

Que la paix soit avec toi .

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Re: Problèmes d'intégration

Message non lupar franc_lazur » dim. 10 févr. 2008, 14:30

Et toi, frère Yeuxouvert, te sens -tu, dans cette Belgique que tu aimes, "inséré", "intégré" ou "assimilé"?
Je dirais integré .
Parce que je suis ici avec ma culture a part entiere et pas simplement dans ma sphere priver . Ma culture est en parfaite accord avec mon pays la Belgique .

c est une richesse enorme, mais il faut faire la difference entre culture et regle fondamentale du pays d'origine . S'integrer c'est ne pas se mettre face aux regle du pays d'adoption mais en harmonie avec toute notre culture .

J'espere avoir preciser mes pensee de facon claire frere, Franc_Azur .

Que la paix soit avec toi .
Et avec toi aussi...

Oui, tu as raison, et je pense sincèrement que "l'intégration" est la bonne "méthode".

MB
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Le nouveau livre de Malika Sorel

Message non lupar MB » dim. 08 mai 2011, 14:25

Bonjour à tous

Les vétérans de forum se souviennent peut-être du premier livre que Malika Sorel avait consacré aux questions d'immigration et d'intégration (Le Puzzle de l'Intégration - les pièces qui vous manquent), et dont j'avais fait la fiche ici :
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... ilit=sorel

Voici son nouveau,Le Langage de vérité qui approfondit la question en démontrant positivement, point par point, le décalage grandissant entre les élites politiques et la France, au point d'affirmer que nombre de Français, désormais, se sentent apatrides dans leur propre pays. Une présentation de ce livre est faite sur le site des Mille et une Nuits [Lien inactif].
Je recommande également son blog : http://www.malikasorel.fr/

Il est important de la soutenir : elle est une voix informée, modérée, humaniste, ferme et authentiquement patriote. Il est rare que, dans ce domaine, toutes ces qualités soient réunies. D'autant que, apparemment, nombre de media refusent déjà d'en entendre parler...

Amicalement
MB

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Re: Le nouveau livre de Malika Sorel

Message non lupar Gaudeamus » mer. 11 mai 2011, 10:21

Merci MB, j'ai acheté et commencé de lire cet ouvrage suite à votre post, c'est intéressant.

Puis-je me permettre de vous demander si vous avez lu le bouquin d'Hugues Lagrange, et si oui qu'en pensez-vous ?

MB
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Re: Le nouveau livre de Malika Sorel

Message non lupar MB » jeu. 12 mai 2011, 9:36

Merci MB, j'ai acheté et commencé de lire cet ouvrage suite à votre post, c'est intéressant.

Puis-je me permettre de vous demander si vous avez lu le bouquin d'Hugues Lagrange, et si oui qu'en pensez-vous ?
Cher Gaudeamus,

Je ne l'ai pas encore lu, mais il fait partie de ma liste et a l'air très intéressant. Il semble - d'après ce qu'on m'a dit - apporter un éclairage complémentaire.

Il faut que vous lisiez le premier livre de Mme Sorel, que j'ai mentionné plus haut : il donne des notions qui rendent plus rapide la compréhension du second (notamment la différence entre intégration et insertion). L'intérêt principal de ces livres et d'insister sur l'importance des phénomènes culturels et cognitifs à l'oeuvre dans l'intégration ; tout le monde aujourd'hui, à l'inverse, passe son temps à dire que ce n'est qu'une question d'argent et de moyens... L'homme est pourtant plus que son porte-monnaie, et à cet égard, les associations "de terrain" qui réclament toujours plus, les béni-oui-oui qui réduisent l'explication du manque d'insertion à la seule pauvreté, méprisent le fond de l'être humain.

Bien à vous
MB


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