La Famille et le Totalitarisme par Michael O'Brien

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Philippe B.
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La Famille et le Totalitarisme par Michael O'Brien

Message non lupar Philippe B. » lun. 07 mai 2018, 14:33

La Famille et le Totalitarisme par Michael O'Brien

La canonisation du Pape Saint Jean-Paul II a généré une conscience renouvelée du don phénoménal qu'il fut pour notre temps et pour les générations à venir. On a beaucoup écrit sur son implication dans le passage de l'Église postconciliaire vers une intégration appropriée des documents du Concile, de son rôle dans la chute de l'empire soviétique, et de ses nombreuses initiatives pour lancer l'ère de la Nouvelle Évangélisation. En outre, son enseignement sur la « théologie du corps » est devenu une pierre angulaire dans notre compréhension de la sexualité humaine dans le dessein de Dieu pour l'humanité. Peu connu aujourd'hui est, cependant, le contexte plus large de ses enseignements sur le mariage et la famille, malgré le fait qu'aucun autre pontificat avant ou depuis le sien nous ait donné un enseignement aussi riche et continu sur ces sujets.

Source : www.studiobrien.com, titre original : « The Family and Totalitarianism »

Traduction Pierre et les Loups.

Dans son encyclique de 1981 sur le rôle de la famille chrétienne dans le monde moderne, Familiaris Consortio, Jean-Paul II a souligné qu'à ce moment de l'histoire, la famille est l'objet de nombreuses forces qui cherchent à la détruire ou à déformer son identité. Dans ce document et de nombreux autres, il a enseigné avec insistance que l'avenir même de la civilisation dépend de notre défense des droits de la famille. Il avertit que chaque fois que ceux-ci sont violés, y compris lors de tentatives de réhabilitation d'une société en crise, l'hostilité envers la famille peut évoluer vers des actes d'agression manifeste ; la société « l'attaque violemment dans ses valeurs et dans ses exigences fondamentales ... C'est pourquoi l'Eglise prend ouvertement et avec vigueur la défense des droits de la famille contre les usurpations intolérables de la société et de l'Etat. » (FC n° 46)

Dans son Exhortation Apostolique de 1988 sur les laïcs, Christifideles Laici, il écrit :

« Berceau de la vie et de l'amour, dans lequel l'homme "naît" et "grandit", la famille est la cellule fondamentale de la société. A cette communauté, il faut réserver une sollicitude privilégiée, chaque fois surtout que l'égoïsme humain, les campagnes contre la natalité, et aussi les conditions de pauvreté et de misère physique, culturelle et morale, et encore la mentalité de recherche du plaisir et de course à la consommation, tarissent les sources de la vie, pendant que les idéologies et différents systèmes ... s'attaquent à la fonction éducative propre à la famille... La famille pourra et devra exiger de tous, et d'abord des autorités publiques, le respect de ses droits qui, en sauvant la famille, sauvent la société elle-même. »

- PAPE JEAN-PAUL II, Christifideles Laici, n° 40

Dans son encyclique publiée en 1993, La Splendeur de la Vérité, il a averti une fois encore sur le fait que malgré « la chute des idéologies qui liaient la politique à une conception totalitaire du monde — la première d'entre elles étant le marxisme —, un risque non moins grave apparaît aujourd'hui à cause de la négation des droits fondamentaux de la personne humaine et à cause de l'absorption dans le cadre politique de l'aspiration religieuse qui réside dans le coeur de tout être humain »

« C'est le risque de l'alliance entre la démocratie et le relativisme éthique qui retire à la convivialité civile toute référence morale sûre et la prive, plus radicalement, de l'acceptation de la vérité. En effet, "s'il n'existe aucune vérité dernière qui guide et oriente l'action politique, les idées et les convictions peuvent être facilement exploitées au profit du pouvoir. Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l'histoire." »

- PAPE JEAN-PAUL II, Centesimus Annus, 1991, n° 46 ; cité dans Veritatis Splendor, n° 101).

Habituellement, le mot totalitarisme suscite des images mentales de goulags, de polices secrètes et de salles de torture. La littérature du 20ème siècle nous a donné quelques ouvrages de fiction anticipative qui suggèrent une variété de futurs totalitaires envisageables. Le roman 1984 d'Orwell et Brave New World de Huxley nous viennent immédiatement à l'esprit. L'absolutisation du pouvoir de l'État ou des systèmes contrôlés par l'État est commune à ces dystopies.

Le totalitarisme dans toutes ses formes s'efforce invariablement de supprimer les absolus authentiques et d'établir à leur place de faux absolus — généralement sociopolitiques et théoriques, tels que le matérialisme dialectique (le marxisme) et la forme de matérialisme aujourd'hui omniprésent que le Pape Benoît XVI a appelé « la dictature du relativisme moral. » Par contraste, les authentiques absolus sont des vérités fondamentales, ultimes et inconditionnelles, indépendantes du flux et du reflux des cultures, des modes, des mythes et des préjugés. L'exemple le plus évident d'absolus authentiques est le Décalogue. Les Dix Commandements se dressent tel un rempart et un veilleur contre le mal — contre tout ce qui pourrait nous déshumaniser. Ils servent également de repères au milieu des sables mouvants et des motivations subjectives.

Un tyran, au début, ressemble rarement à un monstre. Comme Lénine, Mao ou Hitler, il se présente comme le sauveur de son peuple, mais une fois qu'il a atteint le pouvoir, il finit par dévoiler son jeu, et tôt ou tard son peuple le rejette. Plus difficile à cerner et à rejeter est le tyran idéaliste « plein d'humanité » qui étend son pouvoir pour promouvoir ce qu'il considère être, selon la théorie qui l'anime, le bien de ses sujets. Nous l'avons vu dans le totalitarisme non-violent ou « soft » qui a balayé les nations autrefois chrétiennes du monde occidental, avec son démantèlement des lois pro-vie et pro-famille dans de nombreux pays et l'imposition de nouvelles lois qui portent profondément atteinte à l'autonomie morale des églises et des individus. Considérez les efforts anti-population de la carotte et du bâton de l'ONU, parallèlement aux tentatives du Parlement européen d'imposer des lois immorales aux États membres, les attaques de l'administration Obama contre la liberté religieuse, et le couplage généralisé de l'avortement permissif, de l'euthanasie et des lois sur le "mariage" homosexuel à de nouvelles lois contre les « crimes haineux » qui punissent toute opposition publique envers l'agenda révolutionnaire. Considérez le fait surprenant que des évêques dans des Etats démocratiques tels que le Canada, l'Espagne ou la France ont été traduits devant des « tribunaux des droits de la personne » et des cours pénales pour avoir simplement enseigné la vérité sur ces questions.

Les nouveaux totalitarismes sont parvenus à aller aussi loin parce que leurs efforts pour remodeler les valeurs morales ont été déployés sans avoir à manifester les persécutions les plus grossières et violentes. Au lieu de cela, ils poursuivent leurs objectifs par une révolution sociale implacable, soi-disant fondée sur des principes, qui repose sur une propagande et une manipulation incessantes, présentant l'illusion de la liberté, de l'unité et de la diversité, alors même qu'ils érodent les trois. Le plus odieux étant que la déconstruction des fondements moraux de la civilisation est promulguée au nom d'une croisade morale.

Bien sûr, le tyran idéaliste trouvera que la nature humaine fondamentale est plutôt difficile à remodeler, et avec le temps il aura besoin d'étendre continuellement son pouvoir jusqu'à ce que son contrôle approche le niveau de totalité. S'il s'y prend avec intelligence et remplit le monde d'une belle rhétorique, tout en prenant soin de ne pas empiéter grossièrement sur nos droits les plus agréables, et si, en même temps, il prend sur ses propres épaules nos droits et devoirs les moins plaisants, ceux qui demandent efforts et sacrifices, alors il peut réussir pour un temps. Ce n'est jamais autant réalisable que dans une période historique de stress extrême. Dans un tel climat, la suppression de nos responsabilités n'est pas ressentie comme une privation ; cela nous donne plutôt le sentiment d'être soulagés d'intolérables tensions. Lorsque cela se produit à une échelle massive, aucune pratique dictatoriale ni destruction de livres ou exécutions grotesques ne sont nécessaires. Dans certains cas, il peut même n'y avoir aucun dictateur visible, seulement un système ou une philosophie sociale qui imprègne et cherche à tout contrôler. En effet, le monde peut sembler plus ou moins normal. Le philosophe catholique Josef Pieper souligne que c'est, de toutes, la forme la plus dangereuse de totalitarisme, presque impossible à rejeter, parce qu'elle ne semble jamais être ce qu'elle est en réalité. (Josef Pieper: an Anthology, Ignatius Press, San Francisco, 1989, p.228)

Lire la suite : https://www.pierre-et-les-loups.net/la- ... html?show=

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Re: La Famille et le Totalitarisme - par Michael O'Brien

Message non lupar zelie » mer. 16 mai 2018, 13:27

C'est une critique voilée de Mr Macron?
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Re: La Famille et le Totalitarisme - par Michael O'Brien

Message non lupar JCNDA » mer. 16 mai 2018, 14:35

Oui, zelie.
C'est le problème des réseaux de communication. On doit continuer d'être des "moutons" dans un système.
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Re: La Famille et le Totalitarisme - par Michael O'Brien

Message non lupar zelie » mer. 16 mai 2018, 17:37

Je comprend que quelqu'un qui mène autant de réformes inquiète, et encore plus quand les réformes prennent aux précaires pour renflouer les puissants... et je ne fais pas partie des fans de notre président actuel, vous pouvez le vérifier sur les posts de 2017 liés à l'élection.
Mais faut-il à ce point s'inquiéter? Pourriez-vous donner des exemples, développer quand vous mettez sur ses actes de telles arrières-pensées? Vu la conjoncture d'il y a un an, au moment des élections, n'avons-nous pas évité encore pire en choisissant ce président plutôt qu'un autre, quand on voit la brochette de branquignoles qu'on nous avait servie? Je n'ai jamais vu une telle élection présidentielle, autant de gens mal formés, d'évidence incapables de diriger un pays. Au moins le président actuel fait ce qu'il estime devoir faire à sa façon, et même si je ne goûte ni ses idées ni sa façon de faire, au moins il se tient à sa feuille de route, dure et croit en ce qu'il fait. On ne peut pas lui enlever cela: c'est un bosseur, un convaincu, un homme plein d'énergie, en phase avec son temps et qui a une vision pour son temps et son pays; il aime la France, même si on ne l'aime pas de la même façon. Rien que ça, par les temps qui courent, suffit à le distinguer de la brochette des autres prétendants à la présidence. (Après je comprends qu'un homme tel que lui, de par son parcours et ses idées, est insécurisant, je fais partie des insécurisés).
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Re: La Famille et le Totalitarisme - par Michael O'Brien

Message non lupar JCNDA » mer. 16 mai 2018, 19:43

Après je comprends qu'un homme tel que lui, de par son parcours et ses idées, est insécurisant, je fais partie des insécurisés.
zelie,
Vous n'aimez pas le changement ?
La population française change et les technologies évoluent également. Oui, la France a besoin de réformes. Les jeunes travailleurs ont besoin de formation correspondant réellement aux besoins des entreprises. Je constate beaucoup de difficultés pour ces jeunes. Les problèmes sont causés par eux-mêmes. Un homme capable de répondre à toutes les demandes des français, à priori cela n'existe pas. Nous dépendons des pays étrangers.
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Re: La Famille et le Totalitarisme - par Michael O'Brien

Message non lupar zelie » mer. 16 mai 2018, 23:07

Disons que les changements que j'appelle de mes voeux ne sont pas ceux que la présidence actuelle appelle des siens. Et puis vous savez, le coup du changement, on nous le fait à chaque élection, et à chaque élection, les changements obtenus se sont pas si fidèles que ça aux promesses de campagne, et à l'idée de respect de la démocratie et de la solidarité qu'on se fait en écoutant le candidat d'autant plus mielleux avant qu'il sera incisif après...
Mais je reviens à ma question; qu'est-ce que vous trouvez de si insécurisant chez notre cher enfant-roi pour vous être fendu d'un si long post sur ses possibles dérives? C'est cela qui serait intéressant, de discuter sur des faits...

Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris :
Les problèmes sont causés par eux-mêmes.
Vous voulez dire que les problèmes sont causés par les jeunes? Pour ma part, je pense que les conséquences découlent d'abord et avant tout des orientations prises en haut lieu au nom de tous, ce qui engage des millions de personnes suite à la décision d'une poignée de personnes, parfois très déconnectées du monde réel: et de mon point de vue, Mr Macron ne fait largement pas exception à la règle. Ses prédécesseurs aussi ont été de vraies billes sur cette posture. Et c'est vrai aussi que si Mr Macron n'avait pas été élu, je pense que la personne qui aurait été élu.e aurait été tout aussi déconnecté.e. En ce sens, l'idée de recourir à des personnes de la vie civile aurait pu être une bonne idée, si elle avait été bien pensée: or, on retrouve aux postes de ministres des nantis de la vie civile, (ce que je comprends en partie du fait de leurs diplômes et parcours) : et les députés sont soit de dociles moutons, soit poussés à la démission: on ne critique pas ce parti, parce qu'il est jeune, parce qu'il a encore à faire ses preuves, dans la qualité et dans la durée. Oui, mais même une telle fin ne justifie pas, pour moi, les moyens de pression employés (à la réserve près que je prends pour vrai et sérieux les articles de journaux qui ont relatés cette première année de quinquennat).
C'est à mon sens un raccourci entièrement faux et dangereux de charger les jeunes.
Comme dans toute forêt, un arbre qui tombe fait plus de bruit que 100 qui poussent; je veux dire, ce n'est pas parce que les journaux, par leur effet loupe bien connu, parlent de jeunes déviants, qu'à partir de cela on peut généraliser. La grande majorité des jeunes ne souhaitent que s'intégrer et obtenir un travail, je peux vous en parler je suis en contact constant avec des jeunes; mais bien souvent ils sont surexploités, soumis à des cadences infernales, harcelés tout au long du jour pour être jetés comme des kleenex 3 semaines avant la fin de leur CDD de 6 mois pour que le patron n'ait aucun frais à payer (fin de CDD). Du coup ces mêmes jeunes ne peuvent toucher les Assédic lors de leur fin de contrat. Comment voulez-vous que quelqu'un, mangé à une telle sauce, quand ce n'est pas pire, ne soit pas complètement désabusé avant ses 25 ans? C'est très difficile, de nos jours, d'être un jeune qui n'a pas pu suivre de longues études et qui n'est pas protégé par une accumulation de diplômes.
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Re: La Famille et le Totalitarisme - par Michael O'Brien

Message non lupar JCNDA » jeu. 17 mai 2018, 6:50


Mais je reviens à ma question; qu'est-ce que vous trouvez de si insécurisant chez notre cher enfant-roi pour vous être fendu d'un si long post sur ses possibles dérives? C'est cela qui serait intéressant, de discuter sur des faits...

Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris :
Les problèmes sont causés par eux-mêmes.
Vous pouvez être plus précis sur ce que vous avez écrit (en gras). Je ne comprends pas lorsque vous écrivez le mot "dérive". J'ai besoin de votre définition.
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Re: La Famille et le Totalitarisme par Michael O'Brien

Message non lupar Gingko » lun. 28 mai 2018, 22:22

Je ne sais pas si on peut faire un rapprochement entre un texte sur les possibilités de dérives dans la démocratie et des situations représentatives dans nos sociétés, et plutôt j'ai tendance à y voir une instrumentalisation politique du discours philosophique-religieux.


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