Nudité, pureté et péché

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Re: Nudité, pureté et péché

Message non lupar Harfang » ven. 25 sept. 2009, 19:11

Disons que les camps naturistes n'est pas le meilleur endroit si on veut fuir les occasions de péché. :-D
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AngeGabriel
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Re: Nudité, pureté et péché

Message non lupar AngeGabriel » sam. 26 sept. 2009, 10:41

Je dirais même qu'il est contraire à la pudeur à laquelle on est tous invités pour en effet éviter de pécher et d'inciter les autres à pécher.

DavidB
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Re: Nudité, pureté et péché

Message non lupar DavidB » dim. 27 sept. 2009, 21:40




Je pense la première raison d'être des vêtements est la pudicité. Outre le texte de la Genèse ( :p ) vous constaterez que même dans les sociétés les plus primitives vivant sous des climats tropicaux (donc où le "maintien de la température corporelle" n'est pas nécessaire), les gens vivent "presque nus" mais cachent leurs organes génitaux sous de pudiques vêtements.
Salut Christophe,


Tiens, après plusieurs mois, voilà que me vient une autre questions... et si ces habits étaient surtout là parce que les partis génitales sont les plus innervées du corps et que les vêtement assurait de ne pas les "accrocher" partout, ce qui risquerait de devenir souffrant à la longue... Imaginez-vous vous coincer le moineau dans une branche d'arbre en forme de "Y"... outch!

Je continue de réfléchir sans m'en rendre compte on dirait... Je vais me faire poser un bouton "off"... :s
Comme un petit enfant, moi aussi, je veux me laisser prendre dans les bras de Dieu, mon Père en Jésus-Christ, me laisser asseoir sur ses épaules, et voir enfin, devant moi, au loin, s'élargir mes horizons.

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Anne
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Re: Nudité, pureté et péché

Message non lupar Anne » dim. 27 sept. 2009, 21:44

Le pratico-pratique, on n'en sort pas...
;)
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
2 Co 4, 8-10

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Nudité et religion dans la société contemporaine

Message non lupar Medicine » sam. 28 avr. 2012, 0:32

Bonsoir à tous,

Je ne suis pas un utilisateur régulier de votre forum, mais j'ai trouvés vos réponses plus que constructives !
Je crois que le sujet résume bien mes interrogations. Dans une société qui nous montre de plus en plus de nudité, comment réussir à concilier sa foi avec celle-ci ?
La nudité de notre société occidentale repose sur des passages bibliques : avec, entre autre, l'interdit visuel des organes génitaux (Adam et Ève). Est-ce que la religion "s'est aligné" avec notre époque actuelle ?

Merci d'avance !

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Re: Nudité, pureté et péché

Message non lupar FILOO » jeu. 17 juil. 2014, 3:05

A lire beaucoup de commentaires , je pense que la mentalité des VRAIS naturistes est très méconnue .
Je peux certifier à ceux qui ne connaissent pas , que les camps naturistes observent des règles très strictes .
Déjà , la nudité y est obligatoire , justement pour éviter un déséquilibre avec des gens habillés , qui pourrait mener a du voyeurisme , par exemple.
Dans tous les camps que j'ai connus , un individu seul n'est pas accepté .
Les agressions sexuelles y sont rarissimes , ( en 20 ans , je n' en ai jamais connu une seule ) et en tout état de causes , seraient sanctionnées ( en plus de la Loi ) , par une exclusion immédiate et définitive et signalées a la Fédération .
Le naturisme dans son esprit ( en TRES bref ) , consiste à oublier et à se libérer du carcan quotidien des vêtements , des chaussures ( Allez un jour , nager nus dans un coin reculé , et analysez ce que vous avez ressenti ) ... à s' exposer au soleil de façon bénéfique ( il nous est indispensable ) et calculée . ( A ce sujet , Tous les parents naturistes sont bien plus précautionneux que bien des parents non-naturistes vis a vis de leurs enfants ).

Il n'a nulle vocation d'exhibitionnisme ou de provocation quelconque envers qui ou quoi que ce soit .
Dans une très grande majorité , les naturistes sont écologistes , respectueux des autres , mangent sainement , ne fument pas, et boivent peu ou pas d'alcool .

J'ai été adepte du naturisme , et je peux vous étonner , en vous disant que la simultanéité et la promiscuité de " beaux "corps , et de moins beaux
( parce que , par exemple , d'un age plus avancé, ou à cause d'un handicap ) m'a toujours ramené a ne jamais oublier la vanité de la "beauté " physique , et m'a constamment rappelé que nous étions mortels , que notre vie sur terre n'est qu' un passage , avec l'espérance d'une vie après la mort de notre enveloppe charnelle .

J' ai aussi été photographe , et ai beaucoup pratiqué la photo de nu .
J' ai toujours eu beaucoup de considération et de respect pour mes modèles , qui me l'ont toujours rendu et on apprécié mon travail .
Ce qui m'a intéressé dans cette discipline ( la plus difficile avec le portrait , pour n'être ni vulgaire , ni superficiel ) était justement d' essayer de révéler le caractère profond d'une personnalité , se présentant à l' objectif sans les artifices d'une mode quelconque , et n' ayant qu' elle même
à présenter dans une nudité modeste , comme étant une créature de Dieu .
je n'ai jamais eu l' impression de commettre un péché quelconque , ni dans la 1ere situation , ni dans la 2eme .

Je crois , qu' à l'instar de " ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts" , " si nous arrivons à faire d'une situation , une situation sans tentation de péché , elle nous enrichira " .

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Xavi
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Re: Nudité, pureté et péché

Message non lupar Xavi » lun. 18 mai 2015, 16:43

dans la Genèse il est dit que Adam et Eve se sont sentis gênés face à leur nudité suite au péché d'Adam.
Suite à cela, toujours selon la Bible, l'homme et la femme ne pouvaient plus se voir sans éprouver une quelconque forme d'attirance physique (si le corps nous plait) ou de jugement (si le corps nous déplait)
la chute a fait que le regard de l'Homme sur l'Autre ou sur lui-même a changé, et de ce fait, il est devenu quasi-impossible de rester en nu à nu sans pécher, de quelque manière que ce soit
En effet, si le corps humain est sorti nu des mains de Dieu, de sorte que de ce point de vue la nudité, de soi, est bonne, il s'est passé entre temps un épisode nommé "péché originel", en conséquence de quoi l'humanité entière, même revigorée par le bain du baptême, reste soumise - hélas - à la triple concupiscence héritée d'Adam, en conséquence de quoi la nudité devient, par accident, un puissant vecteur de concupiscence. Nous voyons d'ailleurs dans le midrash du texte biblique, au livre de la Génèse, que c'est suite au péché d'Adam, donc suite à la concupiscence corollaire de ce péché originel, qu'Adam se vêt, pour couvrir sa nudité désormais honteuse parce qu'alimentant le désordre des appétits, désordre (concupiscence) qui procède du péché et qui mène au péché.
Attention de ne pas glisser d’un rejet du naturisme à une perception dévalorisante du corps et de la sexualité qui peut s’écarter de la révélation de la Genèse.

Il me semble que rien dans le récit de l’Ecriture ne permet de considérer que l’attirance physique aurait été modifiée du fait du péché originel ou qu’il serait devenu impossible de voir un nu sans pécher ou que la nudité alimenterait désormais un désordre des appétits par elle-même.

Hélas, après la rupture de la communion avec Dieu, tout désormais dans la création (la nudité comme le vêtement) peut alimenter le péché, parce que le péché n’est pas dans telle ou telle créature mais dans l’homme lui-même.

Il n’est certes plus possible de rester nu à nu sans pécher, comme l’écrit El Padrecito, mais, hélas, les vêtements ne mettent pas davantage les humains à l’abri du péché.

Le sujet est délicat, car un sentiment de pudeur peut freiner d’emblée toute méditation sur la nudité et on frôle des valeurs essentielles.

La question de la nudité est d’ailleurs très présente dans le récit de la Genèse sur les origines de l’humanité. Adam et Eve sont d’abord nus et sans honte avant le péché originel. Ils se rendent compte ensuite qu’ils sont nus, à cause du péché. Lorsque Dieu s’approche, ils se cachent parce qu’ils sont nus.

Le pape Jean-Paul II a consacré de multiples audiences des mercredis de 1979 et 1980 à examiner la signification de la nudité physique et de la honte avant et après le péché originel.

Quelle était la réalité corporelle concrète ? Elle nous échappe inévitablement dans une large mesure. Car, si nous voulons nous représenter de manière concrète les évènements du jardin d’Eden qui étaient corporels « et » spirituels, nous ne pouvons que réduire voire supprimer ce qui est spirituel que nous ne pouvons saisir avec des mots terrestres.

Dans le récit imagé des évènements du jardin d’Eden, les mots de la réalité terrestre qui sont utilisés ne peuvent être que des images, des symboles ou des signes lorsqu’ils nous parlent des réalités spirituelles de l’Eden.

Inévitablement, comme pour les apparitions du Christ ressuscité, même pour exprimer la réalité corporelle terrestre, les mots doivent être imagés pour y intégrer la réalité transcendante du monde de Dieu, des cieux. Certains détails physiques sont donnés mais ils ne peuvent nous dire tout. Ils seraient trompeurs et même faux s’ils nous présentaient une réalité uniquement corporelle et terrestre comme si la réalité transcendante des évènements pouvait être entièrement dissociée de la réalité concrète.

Comme pour les autres détails du récit de la Genèse, il y a beaucoup de significations pour la nudité dans le jardin d’Eden.

Le pape Jean-Paul II ne s’est cependant pas limité à se référer au sens symbolique ou mythique du récit biblique, ni aux réalités spirituelles dont ce récit nous parle, car il nous parle aussi et simultanément de la réalité historique et concrète.

C’est par rapport à toute une théologie du corps que le pape Jean-Paul II a exploré la nudité physique dans le récit d’Adam et Eve. Que nous dit-il ?

1. La nudité originelle exprime la personne dans toute sa vérité et sa liberté.

« Le corps humain … exprime … la personne concrète sur le plan ontologique et existentiel, laquelle est quelque chose de plus que l’ « individu » et exprime donc le « moi » humain personnel…
le corps, du fait qu’il est visible, manifeste l’homme
» (aud. 19.12.1979)

« La Révélation … consiste à présenter l’être humain, homme et femme, dans toute la réalité et dans toute la vérité de son corps et de son sexe (« ils étaient nus ») et en même temps dans la pleine liberté par rapport à toute contrainte du corps et du sexe. C’est ce dont semble témoigner la nudité de nos premiers parents, libres intérieurement de la honte. On peut dire que, créés par l’Amour, c’est-à-dire dotés dans leur être de masculinité et de féminité, l’un et l’autre sont « nus » parce qu’ils sont libres…
Libres intérieurement par rapport à la contrainte de leur corps et de leur sexe, libres de la liberté du don, l’homme et la femme pouvaient jouir de toute la vérité, de toute l’évidence humaine…
» (aud. 16.01.1980)

« L’homme … est en même temps libre de la « contrainte » de son corps et de son sexe.
Cette nudité originelle … exprime cette liberté intérieure de l’homme.
» (aud. 09.01.1980)

« On ne peut … pas déterminer ce que signifie la nudité originelle en prenant seulement en considération la participation de l’homme à la perception extérieure du monde. On ne peut le déterminer sans descendre au plus intime de l’homme…
Cette participation à la perception du monde — dans son aspect extérieur — est un fait direct et, en quelque sorte spontané, antérieur à toute complication « critique » de la connaissance et de l’expérience humaine…
» (aud 19.12.1979)

Cela « remonte jusqu’aux racines les plus profondes de la conscience et du subconscient, jusqu’aux couches dernières de l’existence subjective » (aud. 30.01.1980).

2. La nudité originelle exprime la valeur pure de l’être humain dans toute sa réalité.

« La « nudité » signifie le bien originel de la vision divine. Elle signifie toute la simplicité et la plénitude de la vision à travers laquelle se manifeste la valeur « pure » de l’être humain comme homme et femme, la valeur « pure » du corps et du sexe…
La révélation originelle du corps … ne connaît pas de rupture intérieure ni d’opposition entre ce qui est spirituel et ce qui est sensible, de même qu’elle ne connaît pas de rupture ni d’opposition entre ce qui constitue humainement la personne et ce qui, dans l’homme, est déterminé par le sexe : ce qui est masculin et ce qui est féminin.
En se voyant mutuellement…, l’homme et la femme se voient eux-mêmes encore plus pleinement et plus distinctement qu’à travers la vue, c’est-à-dire à travers les yeux du corps. En effet, ils se voient et ils se connaissent eux-mêmes avec toute la paix du regard intérieur…
» (Aud 02.01.1980)

« La phrase disant que les premiers êtres humains — l’homme et la femme — « étaient nus, sans en éprouver de honte » décrit indubitablement l’état de leur conscience, et même leur expérience réciproque du corps, c’est-à-dire l’expérience que fait l’homme de la féminité révélée dans la nudité du corps et, réciproquement, l’expérience analogue de la masculinité faite par la femme. » (aud 12.12.1979)

3. La nudité originelle exprime une plénitude de conscience.

« Les mots employés par Genèse 2, 25 : « ils n’en éprouvaient pas de honte » n’expriment pas une carence. Ils indiquent au contraire une plénitude particulière de conscience et d’expérience, surtout une plénitude de compréhension de ce que signifie le corps, en liaison avec le fait qu’ « ils étaient nus »…, avec une profondeur originale, de ce qui est inhérent à la personne, de ce qui est « visiblement » féminin et masculin et constitue l’ « intimité personnelle » de la communication réciproque dans toute sa pureté et sa simplicité radicale. À cette plénitude de perception « extérieure », exprimée par la nudité physique, correspond la plénitude « intérieure » de la vision de l’homme en Dieu, c’est-à-dire selon la mesure de « l’image de Dieu »… » (aud 19.12.1979)

« La nudité correspond à cette plénitude de conscience du corps et de ce qu’il signifie…
l’homme et la femme étaient originellement donnés l’un à l’autre dans cette vérité puisqu’ « ils étaient nus…
La honte, et en particulier la pudeur sexuelle que l’on y voit apparaître, sont en effet, liées à la perte de cette plénitude originelle
» (aud 19.12.1979)

« Si la « honte » porte avec elle une limitation spécifique de la vue par les yeux du corps, cela arrive surtout parce que l’intimité personnelle est comme troublée et presque « menacée » par cette vision. D’après Genèse 2, 25 l’homme et la femme « n’éprouvaient pas de honte » : en se voyant et en se connaissant eux-mêmes dans toute la paix et la tranquillité du regard intérieur, ils « communiquaient » dans la plénitude de l’humanité qui se manifeste en eux comme une complémentarité réciproque précisément parce qu’ils sont « homme » et « femme »…
Dans la réciprocité, ils arrivent ainsi à une compréhension particulière de la signification de leur propre corps. La signification originelle de la nudité correspond à cette simplicité et à cette plénitude de vision…
» (Aud. 02.01.1980)

4. La nudité originelle exprime une communion de personnes

« Lorsque Dieu Yahvé dit qu’il « n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gn 2, 18), il affirme que l’homme, par lui-même, ne réalise pas totalement cette essence. Il la réalise seulement en existant « avec quelqu’un » — et encore plus profondément et plus complètement en existant « pour quelqu’un »…
…la relation et la communion des personnes sont fondamentales et constitutives pour l’homme. Une communion des personnes signifie exister dans un « pour » réciproque, dans une relation de don réciproque…
» (aud 16.01.1980)

« Cette communion se construit de l’intérieur en comprenant aussi toute l’ « extériorité » de l’homme c’est-à-dire tout ce qui constitue la nudité pure et simple du corps dans sa masculinité et dans sa féminité. Alors — comme nous le lisons dans Genèse 2, 25 — l’homme et la femme n’en éprouvaient pas de honte. » (aud 16.01.1980)

« Le corps humain, orienté intérieurement par le « don sincère » de la personne, révèle non seulement sa masculinité ou sa féminité sur le plan physique, mais il révèle encore une valeur et une beauté telles qu’elles dépassent la dimension simplement physique de la « sexualité » »
(aud. 16.01.1980)

« Le corps qui exprime la féminité « pour » la masculinité et, vice versa, la masculinité « pour » la féminité, manifeste la réciprocité et la communion des personnes. Il l’exprime à travers le don comme caractéristique fondamentale de l’existence personnelle. Tel est le corps, témoin de la création comme d’un don fondamental et, par conséquent, témoin de l’Amour comme source d’où est né ce don lui-même. » (aud 16.01.1980)

« Il s’agit donc d’ « accueillir » l’autre et de l’ « accepter », précisément parce que, dans cette relation mutuelle dont parle Genèse 2, 23-25, l’homme et la femme deviennent don l’un pour l’autre par le moyen de toute la vérité et de toute l’évidence de leur propre corps, dans leur masculinité et dans leur féminité. Il s’agit de ce fait d’une « acceptation » ou d’un « accueil » tels qu’ils expriment et soutiennent dans la nudité réciproque la signification du don et que, pour cette raison, ils approfondissent la dignité réciproque de cette signification. » (aud. 06.02.1980)

Le péché qui a brisé la communion d’Adam et Eve avec Dieu a introduit de la honte et de la pudeur protectrice. Mais, notons le bien : le récit biblique ne nous parle ici que de deux époux l’un devant l’autre et par rapport à Dieu.

Rien n’indique que la nudité aurait désormais été empêchée par des regards impurs entre Adam et Eve ou par rapport à d’autres créatures. Ils ne redoutent évidemment pas un regard impur de Dieu.

Aucune impureté n’est alléguée dans le texte de la Genèse. Seule la peur les fait se cacher.

Pourtant, le récit semble directement sexuel. La nudité qu’ils paraissent cacher immédiatement ne concerne pas tout leur corps, mais leur sexe car c’est une ceinture qu’ils se fabriquent au moyen de feuilles de figuier.

Cependant, dans la suite du récit, même avec cette ceinture, Adam continue à constater qu’il est nu et se cache.

J’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché, déclare Adam à son Créateur qui confirme sa nudité. Alors, si la ceinture en feuilles de figuier n’a pas fait cesser sa nudité, de quoi s’agit-il ?

Dans le texte original, le mot hébreu « chagowr », traduit par le mot français ceinture, ne désigne pas principalement une ceinture de type vestimentaire destinée à resserrer un vêtement autour de la taille, mais une préparation à un combat.

Le mot « chagowr » se distingue des autres mots qui peuvent désigner en hébreu une simple ceinture vestimentaire (« abnet » ou « ezowr » ou « chesheb » ou « qishshur »). Il n’est utilisé que dix fois dans tout l’Ancien Testament.

Dans le livre d’Isaïe, le mot « chagowr » n’est pas considéré comme un vêtement mais au contraire associé à la nudité : mettez-vous à nu et « chagowr » vos reins (Is 32,11).

Dans le deuxième livre des Rois (2 R 3,21), il est indiqué qu’il faut normalement être en âge de « chagowr » pour participer à la guerre.

Dans 2 Sa 10,28, Joab est « chagowr » d’une épée par-dessus les habits dont il était revêtu.

Le mot peut être traduit par « armure ». Il s’agit plutôt de quelque chose qui dispose à porter une arme ou à être prêt au combat.

Le mot semble donc indiquer qu’Adam et Eve, en l’absence d’une relation trinitaire avec Dieu, étaient désormais dans un risque conflictuel l’un par rapport à l’autre, et par rapport à Dieu.

Désormais, en présence d’un « autre », « chacun » adopte une attitude défensive. Le chagowr dont chacun s’équipe n’est pas principalement un vêtement, mais une tenue protectrice préventive par rapport à un risque de combat.

Mais, quel combat pour quel conflit ?

Les yeux d’Adam et Eve s’ouvrent comme Satan le leur avait annoncé. Cette ouverture concerne la connaissance du bien et du mal. Désormais, il leur incombe de choisir eux-mêmes et ils se rendent compte qu’ils risquent de mal choisir et de subir le mal. Rien ne les protège du mal qu’ils peuvent désormais choisir. Et là, ils se rendent compte qu’ils sont nus et donc sans protection.

Même l’un par rapport à l’autre.

Puisqu’ils ont décidé librement de s’opposer à la volonté de Dieu lui-même, ils savent qu’ils décident aussi désormais avec la même liberté de leur propre volonté respective comme de tout le reste. Chacun est devenu un « autre » dont la volonté peut être contraire, qui peut trahir et faire du mal.

Adam va déclarer à Dieu que c’est la femme qu’il a mise près de lui qui a causé sa chute.

Voilà qu’il accuse celle qui l’éblouissait dans une effusion d’amour peu avant. Et voilà que celle qui lui a permis de vivre en communion, d’entrer dans l’amour, en faisant avec lui une seule chair, devient désormais aussi celle qui l’a fait entrer dans le péché et la mort. Source de vie, puis source de mort.

A l’origine, la nudité d’Adam et Eve est totale. Aucun vêtement ne les protège, mais, après le péché originel, la ceinture de combat dont ils s’équipent paraît leur premier vêtement. Et les grandes feuilles de figuier (qui peuvent avoir une largeur de 25 cms) de leur ceinture paraissent couvrir le sexe de chacun d’eux. C’est d’abord là que la possibilité du mal a pu leur paraître la plus menaçante.

Ce qu’ils ont immédiatement caché, c’est la partie du corps par laquelle Dieu a fait d’eux une seule chair et a réalisé ainsi une communion entre eux, ce qui a achevé leur création à son image, à l’image de la communion éternelle d’amour de la Trinité, jusque dans leur chair corporelle.

C’est cette partie du corps, par laquelle la vie divine leur a été partagée, qui leur a paru la plus menacée. Dieu n’a-t-il pas annoncé la mort si le fruit de l’arbre de vie était mangé par Adam et Eve ?

Ils ont peur. Ils se protègent l’un de l’autre et par rapport à Dieu.

Par une ceinture, ils protègent ce qui les unit, ce qui fait d’eux une seule chair. Ils ont peur de perdre ce qui leur est le plus précieux. La connaissance du bien et du mal, la conscience individuelle séparée, dont chacun d’eux doit désormais faire usage pour juger de tout, leur fait découvrir qu’ils ne sont à l’abri de rien, ni protégés de leurs possibles volontés contraires.

Désormais, ils sont dans la confusion. C’est un des sens du mot hébreu « buwsh » généralement traduit par « honte ». Le mot honte est fort limité pour en rendre toutes les nuances.

Et Adam cache ce qui l’a uni à Eve physiquement. Il rétablit une distance avec la source de la vie qu’est le sexe parce que le bien et le mal sont désormais dans la même source.

Dans le récit d’Adam et Eve, il n’est pas encore question de règles d’impureté ou d’autres règles morales. Cela viendra plus tard.

Ce n’est pas par rapport à un regard d’impureté d’un autre que la peur ou la honte de la nudité est ressentie par Adam et Eve.

Ils sont mari et femme. Il n’y a encore aucune autre personne, sauf Dieu. En aucun cas, la ceinture qu’ils se mettent n’a pour objet de cacher un sexe d’un regard impur extérieur. Il s’agit de le protéger d’une menace ressentie d’une autre nature. Entre époux et par rapport à Dieu.

Cela ne concerne pas directement la pudeur en dehors du mariage entre humains, le naturisme ou d’autres exhibitions publiques de la nudité.

L’abandon de la nudité originelle est étrangère à une vision par des tiers. Elle concerne les premiers époux eux-mêmes, entre eux et par rapport à Dieu. L’amour dans la communion est désormais menacé par toutes les formes de désirs égoïstes individuels.

Les regards impurs qu’un manque de pudeur dans un lieu public peut susciter ou favoriser sont certes une suite du péché originel, mais cette réalité bien actuelle que chacun doit considérer est bien loin de la nudité originelle d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden.

La réserve de la pudeur vient cependant manifester qu’après le péché originel, la source de la vie peut devenir la source de la désunion, de la dysharmonie, de la rupture.

Elle nous montre notre situation sous l’effet du péché originel.

Nous sommes désormais dirigé intérieurement par une volonté individuelle en présence d’autres volontés individuelles. Et chacun cherche à protéger par priorité ce qui lui paraît essentiel.

La soudaine pudeur d’Adam et Eve après le péché originel montre une distance nouvelle entre eux.

Faut-il pour autant en déduire que toute la beauté de la communion d’Adam et Eve a disparu après le péché originel et n’est plus que malédiction, que désormais Adam devra vivre totalement séparé de sa femme coupable ?

Non, bien sûr. La parole du Christ nous invite clairement à considérer autrement les effets de la chute originelle. Ce que Dieu a uni avant le péché, que l’homme ne le sépare pas. Et le Christ nous parle bien ici d’Adam et Eve unis avant le péché, pour nous affirmer que cette union doit continuer à être respectée par tous les époux de leur descendance dans le monde des pécheurs que nous sommes.

Malgré le péché originel, les époux d’aujourd’hui sont encore unis par Dieu, ils forment encore une seule chair, ils sont encore invités à quitter père et mère pour s’attacher l’un à l’autre. La nudité sans honte des premiers époux reste accessible aux époux d’aujourd’hui.

La référence pour les époux reste ce qui a été créé et vécu avant le péché originel.

La circonstance que le péché a eu pour effet de susciter une réaction de pudeur d’Adam et Eve, qui les a incités à se fabriquer une parure cachant leur sexe, n’a pas anéanti toute la valeur du corps et de sa nudité originelle, ni l’intimité sexuelle de nos premiers parents et des couples ultérieurs de leur descendance. La pudeur causée par le péché ne devient pas une vertu absolue, mais elle montre une blessure qui demeure.

mimi leica
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Barbarus

Re: Nudité, pureté et péché

Message non lupar mimi leica » jeu. 22 juin 2017, 14:20

Il a été dit : « Des adolescents - certes peu nombreux - apparemment épanouis en milieu naturiste (…) qu'on dit habituellement mals dans leur corps (hyper-saturé de sexy par la société dans laquelle ils vivent). » sont biens en cercle naturiste.

Le Magistère de l’Eglise n'a rien déclaré sur le naturisme. Car « dans l'esprit des gens, le naturisme n'est pas la forme ordinaire » de vie personnelle, en famille, en société. Le Christ lui-même, Marie, les apôtres et tous les saints ne pratiquèrent pas le naturisme (j’allais écrire « naturalisme – lapsus peut être intéressant ! ).

Une révélation est sûre, « avant la chute originelle, hommes et femmes vivaient nus ». Mais la chute consommée, "a fait que le regard de l'Homme sur l'Autre et sur lui-même a changé". De de ce fait, il est devenu périlleux de rester nu au milieu des autres - sauf en société naturiste.

C’est vrai, « le cadre naturiste est un endroit où une jeune fille ou une femme peuvent aller dormir nues, seules, dans la position qu'elles veulent, à l'ombre d'un rocher ou d'un arbre, dans un lieu isolé, et où il ne leur arrivera rien, c'est dans un lieu naturiste. Alors que la même personne n'aurait vraiment pas intérêt à aller dormir, même très habillée ».

Et c’est vrai, « le naturisme (pas le nudisme sauvage) ne génère apparemment pas de commerce et d'activités liées au sexe ».

La base du naturisme se fonde, semble-t-il, « sur le respect du corps : le sien et celui des autres. On se voit, mais on ne se "mate" pas. On s'accepte tel qu'on est : jeune, vieux, beau, laid, gros, mince, handicapé, etc ... »
Pour autant, s’accepte-t-ont totalement dans la vie, corps et âme unis, ordinairement hors de l’espace naturiste ?

Remarque et question.
Qu’est-ce que le romantisme au sens philosophique ? C’est la nostalgie de l’innocence, de la pureté, de la candeur, de la naïveté, de la fraîcheur, de la liberté animiste (au sens qu’on assimile sa nature totale à celle l’animal - c'est vrai que les animaux ne pèchent pas ) ; en un mot c’est le regret d’être soumis à la loi du péché et de devoir s'en libérer librement selon les motions de Dieu.
Alors donc, le naturisme est-il une déclinaison du naturalisme ?


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