Le cinéma en berne ...

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Cinci
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Le cinéma en berne ...

Message non lupar Cinci » mar. 18 juil. 2017, 19:08

Disparition de Georges Romero dimanche dernier soit le 16 juillet 2017 et ... et de Martin Landau la veille.


https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Landau

Je reste attaché à Martin Landau surtout pour son personnage de sombre sbire, complice de James Mason dans le film de Hitchcock La mort aux trousses; du reste c'était un bon acteur.

Romero était évidement une icône du cinéma parallèle, les films de série B. N'étant pas du tout snob, je ne crache pas là-dessus non plus.



Notre Dame de la délivrance, aie pitié de tous ceux qui sont morts et spécialement ceux qui ont le plus besoin de la miséricorde de Dieu. intercède pour ceux qui nous ont quittés, afin que s'achève en eux l'oeuvre de l'amour qui purifie. Que notre prière unie à celle de toute l'Église leur obtienne la joie qui surpasse tout désir. Que l'âme des fidèles défunts reposent en paix. Qu'ils soient jugés dignes de prendre part aux noces éternelles de l'agneau.

Amen!
Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime.
Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas,
qui n'espèrent pas et ne vous aiment pas.

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Re: Le cinéma en berne ...

Message non lupar Cinci » mer. 19 juil. 2017, 16:59

Parlant de Georges Romero, la mort, la thématique du mort-vivant ...



... décidément les choses ont bien changé! N'avez-vous pas remarqué, tout comme nous, les efforts déployés ici et là, peut-être surtout dans les hôpitaux, pour cacher la mort au mourant, à la famille, aux autres malades? S'il n'y a pas lieu de voir dans cette cachette un mensonge relativement à la vérité de la condition humaine, nous nous demandons bien ce que c'est! Ce qu'écrivait Pascal semble, plus que jamais, d'actualité : Les hommes n'ayant pu guérir la mort ... ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de ne pas y penser. Nous ajouterions : de ne pas en parler, de ne pas la montrer.

Finalement, au-delà du malade et de la famille immédiate, c'est toute la société qui est atteinte par cette mode pernicieuse :"Éviter, non plus au mourant, mais à la société, à l'entourage lui-même le trouble et l'émotion trop forte, insoutenable, causés par la laideur de l'agonie et la simple présence de la mort en pleine vie heureuse, car il est admis que la vie est toujours heureuse ou doit en avoir l'air [...]"

Tout est organisé, un peu partout, pour que la mort de quelqu'un ne se transforme pas en un spectacle pour les autres. Or, est-ce véritablement un progrès par rapport aux siècles antérieurs, quand on considère que l'habitude généralisée de cacher la mort peut conduire, le moment venu, à la cacher au principal intéressé? Nous ne le croyons pas, car, s'il existe un droit fondamental pour quelqu'un , c'est bien le droit à sa propre mort. La voir venir devrait permettre à chacun de s'approprier ce moment décisif de son existence.

Comment d'ailleurs pouvoir faire de sa mort un dernier acte de liberté, s'y préparer comme il convient, si on ne se doute même pas qu'elle pourrait être imminente?

Quelqu'un n'aura été le maître de sa vie, semble-t-il,que dans la mesure où sa mort aura été vraiment la sienne. Jankélévitch reconnaît en tout cas, quant à lui, que c'est au moment de la mort que la personne reçoit sa marque définitive. Il ne s'agit assurément pas d'un moment à manquer.
Qui sait si la dernière minute ne viendra pas d'un coup dévaluer une vie apparemment honorable ou réhabiliter au contraire une vie exécrable? Si entre l'avant-dernier soupir et un ultime événement, une démarche ultime, une trouvaille, un mot de la fin ne viendront pas brusquement tout remettre en question? Qui sait si tout ne demandera pas à être reconsidéré? Si la vie ou l'oeuvre ne recevront pas à la dernière minute un sens imprévu, un éclairage nouveau que les impatients, partis avant la fin n'auront pas eu le temps de connaître? Ainsi, l'instant suprême peut tout changer! Tant pis pour les hommes pressés qui n'écoutent pas jusqu'à cette dernière minute! Car le mot du mystère est peut-être le dernier mot. Surtout ne partez pas avant la fin. (V. Jankélévitch, La mort, Paris, Flammarion, 1977, p.123)
Moment-clé dans la vie de toute personne humaine, voilà ce qu'est la mort et rien de moins. On comprend dès lors que chacun y ait droit plus qu'à tout autre chose et qu'un Marcel Jouhandeau ait pu nous livrer cette confidence :

"Je tiens à ma mort autant qu'à nulle autre chose au monde et je ne voudrais à aucun prix qu'elle me fut dérobée, escamotée. Un drame sans dénouement n'est pas parfait. L'épreuve est pathétique et c'est là que je m'attends."


Un paradoxe troublant

L'article de Roger Mehl intitulé "Présence de la mort dans la société contemporaine" soulève une question dont, il faut l'avouer, peu de gens se préoccupent généralement et qui cadre très bien avec la réflexion sur la mort que nous sommes en train de mener ensemble. La voici : Comment se fait-il qu'une génération qui a si peur d'évoquer la mort supporte ainsi et sans doute réclame le spectacle de la mort qui lui est offert par les mass médias?

C'est sans doute une question sérieuse et il n'est pas nécessaire d'être un voyant pour se rendre compte que la mort violente, qui est souvent collective, tient dans la vie de notre société un rôle considérable : accidents de la route, mort à l'occasion d'un hold-up ou d'une prise d'otage, cataclysmes naturels, guerre et guérilla, tous ces phénomènes assurent bien, de façon visible, la présence de la mort parmi nous. Une présence terriblement réaliste : toutes ces morts sont nous seulement décrites par la presse, mais montrées à la télévision. Il n'est guère d'émissions qui ne fassent pénétrer la mort dans nos foyers.

Alors, pourquoi, d'une part, tant occulter la mort, sous prétexte qu'elle perturbe les gens, et d'autre part, l'étaler avec si peu de réserve sur nos écrans de toutes sortes? Autrement dit, comment peut-on refuser délibérément d'affronter le mystère de la mort et nous en accommoder si bien, au point d'en faire par moments jusqu'à un divertissement?

La réponse nuancée de Mehl [...]

Tout d'abord la mort perçue à travers les mass médias est une mort lointaine, abstraite, un spectacle au sens théâtral de ce mot. Ce sont les autres qui meurent, des autres que nous ne connaissons pas et qui ne sont rien pour nous. Les mass médias rapprochent la mort de nous, mais l'éloignent en même temps. En second lieu, il s'agit toujours bien d'une mort qui est scandaleuse, mais non point scandaleuse dans le sens où le sont ma mort prochaine et la mort de mes proches. Elle est scandaleuse parce qu'elle aurait pu être évitée : si les chauffeurs étaient plus prudents et plus sobres, si ... toute notre émotion - et c'est ce qui la rend supportable - est ainsi sublimée en colère contre quelqu'un. Ne pas voir la mort comme quelque chose d'essentiel, mais la voir comme un accident dont quelqu'un est responsable, voilà la mutation que les moyens de communication de masse nous permettent d'opérer.

Chose certaine, beaucoup de personnes, qui redoutent la mort plus que tout, admettent, dans un moment de lucidité, qu'elles ne répugnent pas à la regarder sur les écrans. Aux explications déjà fournies, Mehl ajoute un peu plus loin ceci :

Le silence crée autour de la mort pèse. Aussi bien, chassée de notre horizon social la mort fait-elle sa réappropriation angoissée et pathologique dans le cabinet du psychiatre ou, sous forme moins pathologique, dans cette attirance qui nous pousse à ouvrir le journal illustré ou le petit écran, lesquels nous proposent notre ration quotidienne de mort violente. Si on y pense le moindrement, serait-ce qu'il n'est jamais totalement possible d'esquiver la mort, que cette dernière n'est jamais très loin de s'imposer à tous et à toutes? Quelqu'un ne saurait se moquer de la mort toute sa vie durant. Si c'était le cas, non seulement le moment de sa mort mais également l'ensemble de son existence terrestre s'en ressentirait. (R. Mehl, "Présence de la mort dans la société contemporaine", dans La mort au coeur de la vie, Colmar-Strasbourg, Éditions Alsatia, 1976, p.42)

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Re: Le cinéma en berne ...

Message non lupar Cinci » lun. 28 août 2017, 18:48


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Re: Le cinéma en berne ...

Message non lupar apatride » lun. 28 août 2017, 23:01

RIP Tobe Hooper :(
1943-2017

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Re: Le cinéma en berne ...

Message non lupar Cinci » jeu. 31 août 2017, 19:41

Tobe Hooper ... pour placer un peu le contexte ...
Ce qui reste son film phare, Massacre à la tronçonneuse, a sifflé la fin de la lascive parenthèse hippie. Alors que l’Amérique a célébré cette année les 50 ans du Summer of Love, cette période d’affirmations sociales, sexuelles et musicales, voici que Tobe Hooper décède. Drôle de hasard. En 1974, son film de tueur à la tronçonneuse a rappelé à des jeunes Américains tranquillement pacifistes, opposés à l’escalade militaire au Vietnam, à quel point la violence du monde se trouvait au cœur même de leur pays.

[...]

Un conte contemporain, sur les atrocités cachées dans les régions les plus poussiéreuses du leader du monde libre, comme le pays se présentait alors. Certains cinéphiles américains soutiennent que Massacre… est le plus grand film de l’époque du Vietnam.


https://www.letemps.ch/culture/2017/08/ ... obe-hooper
Il est indéniable que son film a marqué les esprits.
:)


Si l'on me permet, j'aimerais en pousser une ...

A posteriori, il est vrai que les années 1974 ou 1975 marquent comme la fin d'une époque (une certaine insouciance, joie de vivre, vue optimiste de l'avenir, le futur va être meilleur) et le début de cette nouvelle ère dans laquelle nous nous trouvons encore (dégrisement, lendemain de veille, économisme, struggle for life, inquiétude, etc.) La date marque la fin des Trente glorieuses, première crise économique sérieuse depuis la WWII ou la crise du pétrole. C'est précisément l'époque où la volonté de déconstruire le keynésianisme est apparut pour la première fois depuis les années de guerre soit entre 1942-1945, depuis l'époque où les commissaires "à la Lord Beveridge en Angleterre" planchaient sur des comités de reconstruction et nous planifiaient lumineusement de quoi serait fait les années de paix suivant le Jour de la victoire. Mission : bâtir un monde démocratique, favorisant la classe moyenne inférieure, aider les travailleurs, pour éradiquer la pauvreté, réduire le fossé salarial, imposer les riches, etc. Que du bon!

Las!

Depuis l'année de Texas Chainsaw Massacre ... on dira désormais "bienvenu dans le cauchemar éveillé" ... dans l'univers de Pinochet, des Chicago Boys, de Milton Friedman, "Au coeur des ténèbres" comme matrice du colonel Kurtz du film Apocalypse Now. "Si j'avais su, je ne serais pas venu."

Fin de l'innocence d'une certaine Amérique, Papa n'a plus raison, Mort du western américain en simultané (exit John Wayne!)

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Re: Le cinéma en berne ...

Message non lupar apatride » jeu. 31 août 2017, 23:16

Belle analyse et dans un registre plus viscéral, moins cérébral, ce film reste un choc personnel. Rarement ai-je été aussi complètement saisi à la vision d'une oeuvre cinématographique, ce film suinte la folie et la violence par tous les pores. Ce n'est pas une partie de plaisir, certains en questionneront la légitimité (ce qui est à mon sens un gage de sa réussite), mais c'est nécessaire pour la portée de son discours, avec au cœur un rappel foudroyant de la capacité de l'homme à faire le Mal.

Tobe Hooper aura fait en un seul film plus de cinoche que bien des réalisateurs n'espèrent en être capable sur toute une carrière. Chapeau bas.


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