"Silence" de Scorsese

Patrimoine - Cinéma - Médias - Photographie - Musique - Peinture - Architecture
Avatar de l’utilisateur
Héraclius
Consul
Consul
Messages : 2807
Inscription : lun. 30 sept. 2013, 19:48
Conviction : Catholique

"Silence" de Scorsese

Message non lupar Héraclius » jeu. 24 nov. 2016, 2:18

Deus illum exaltavit et donavit illi nomen super omne nomen ut in nomine Iesu omne genu flectat caelestium et terrestrium et infernorum.

"Seul l'Amour est digne de Foi" - Hans-Urs von Balthasar

Cinci
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 6159
Inscription : lun. 06 juil. 2009, 21:35

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar Cinci » jeu. 24 nov. 2016, 22:13

Merci. C'est vrai que les opus de Scorsese sont rarement inintéressants.

Pathos
Quæstor
Quæstor
Messages : 367
Inscription : dim. 17 avr. 2016, 19:32
Conviction : Catholique

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar Pathos » jeu. 24 nov. 2016, 23:24

Dans le genre, ce sera difficile d'égaler The Mission.

A voir en tout cas.

Avatar de l’utilisateur
Suliko
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1958
Inscription : ven. 07 janv. 2011, 22:02

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar Suliko » sam. 26 nov. 2016, 23:48

Merci pour cette info. J'avais lu il y a quelques années le livre de Shûsaku Endô dont est tiré le film.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

p.cristian
Rector provinciæ
Rector provinciæ
Messages : 428
Inscription : mar. 28 mai 2013, 2:17

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar p.cristian » sam. 24 déc. 2016, 2:00

excellent. Impossible que je manque cette adaptation du livre d'Endō Shūsaku. J'espère juste que cela ne sera pas trop hollywoodien.
N.B. le P. de mon pseudo ne veut pas dire "père".

Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux, car c'est ce qu'enseignent la loi et les prophètes.

Avatar de l’utilisateur
Teano
Prætor
Prætor
Messages : 2191
Inscription : sam. 30 avr. 2011, 18:07
Conviction : Catholique romaine

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar Teano » sam. 11 févr. 2017, 12:30

Je l'ai vu hier soir.

Déstabilisant et passionnant.

J'en garde l'impression que le père Rodriguès est Scorceses lui-même : quand le padre parle à Dieu, on a vraiment l'impression d'écouter Scorcese lui-même qui questionne son Seigneur.

Le film est très riche et je ne mettrais pas dans le même niveau d'intensité les interprétations de Jérémy irons et Robert de Niro dans "Mission" et celles d'Andy Garfield et Adam Driver mais ils sont vraiment investis dans leur rôle et pas du tout dans une caricature de curé.

Le film nous laisse sur des questions en fait.

A chacun de se faire une opinion !

Teano
"« Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne repousse pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers, délivre-nous, Vierge glorieuse et bénie »"


Messages dans cette couleur (ou à peu près...) : modération du forum

Avatar de l’utilisateur
VexillumRegis
Senator
Senator
Messages : 932
Inscription : ven. 21 mai 2004, 22:32
Localisation : Provence

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar VexillumRegis » mer. 22 mars 2017, 12:41

J'ai vu ce film récemment et je l'ai trouvé très beau (la photographie, comme souvent avec Scorcese, est magnifique) et très réussi. J'avais lu quelques semaines auparavant le roman japonais dont il est tiré, et l'adaptation du réalisateur est d'une grande fidélité. Tous les grands thèmes du roman sont présents et traités avec la profondeur requise : la charité, la trahison, l'inculturation, etc. Les scènes de torture, physiques et surtout psychologiques, sont éprouvantes sans pour autant tomber dans la surenchère (Scorcese n'est pas Gibson !). On est d'autant plus touché que tous les faits rapportés sont étroitement inspirés de faits historiques (cf. ici, ici et ici) et qu'il nous interpellent nous-mêmes dans notre foi plus ou moins solide.

Mais la question principale, la question crucifiante qui est au cœur du film et à laquelle sont confrontés les deux jeunes missionnaires jésuites, les héros du film, est la suivante : si vous êtes prêts à mourir pour votre foi, êtes-vous prêts à ce que d'autres meurent à cause de votre choix ? Le héros principal, joué par un Andrew Garfield excellent, cède sous la pression, il accepte d'apostasier publiquement pour sauver la vie des cinq chrétiens torturés sous ses yeux. Le jugement, en la circonstance, est facile, et il n'a pas manqué dans la sphère des médias chrétiens. Certains, considérant que le salut des âmes doit primer sur tout, ont déconseillé la vision du film. C'est une réaction un peu courte. Qui, en réalité, peut dire quelle serait sa réaction en une telle situation ? Personne.

Au moment d'abjurer, le christ de l'icône en bronze qu'il doit piétiner parle au jésuite et lui dit de s'abandonner à lui et de le fouler du pied. Est-ce Dieu qui parle ou est-ce la voix de sa conscience qui cherche à se dédouaner ? C'est toute la question. De manière suggestive, la scène de l'apostasie se conclue sur le triple chant d'un coq, ce qui nous renvoie évidemment au triple reniement de Pierre...

Si la scène de l'abjuration est terrible, elle ne marque pas la fin du film. Deux scènes postérieures laissent entendre que le prêtre déchu - et étroitement surveillé - reste chrétien dans son cœur : 1) il accepte de confesser une nouvelle fois Kichijiro, lequel représente la figure de la trahison... et de la repentance ; 2) la croix qu'il tient au creux de ses mains au moment de son incinération, image qui clôt le film.

Bref, j'ai trouvé ce film vraiment remarquable, et je ne saurais trop en recommander la vision !

- VR -
Dernière édition par VexillumRegis le sam. 01 avr. 2017, 14:52, édité 2 fois.

Avatar de l’utilisateur
Suliko
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1958
Inscription : ven. 07 janv. 2011, 22:02

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar Suliko » mer. 22 mars 2017, 20:27

si vous êtes prêts à mourir pour votre foi, êtes-vous prêts à ce que d'autres meurent à cause de votre choix ? Le héros principal, joué par un Andrew Garfield excellent, cède sous la pression, il accepte d'apostasier publiquement pour sauver la vie des cinq chrétiens torturés sous ses yeux.
Oui, mais sauf erreur, il aurait suffi à ces cinq chrétiens d'abjurer pour que leurs tortures cessent, non ? Donc, le héros n'aurait pas dû apostasier, étant donné que les chrétiens torturés acceptaient leur sort de martyrs de la foi.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

Avatar de l’utilisateur
apatride
Ædilis
Ædilis
Messages : 38
Inscription : lun. 06 juin 2016, 1:24

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar apatride » mer. 22 mars 2017, 23:52

Oui, mais sauf erreur, il aurait suffi à ces cinq chrétiens d'abjurer pour que leurs tortures cessent, non ? Donc, le héros n'aurait pas dû apostasier, étant donné que les chrétiens torturés acceptaient leur sort de martyrs de la foi.
La stratégie des autorités japonaises, ayant constaté que la torture et la mise à mort des chrétiens japonais n'a pas l'effet escompté, est justement de faire apostasier les prêtres publiquement.

Les cinq chrétiens en question, qui par ailleurs sont loin d'être les seuls à être torturés dans le film, ont déjà abjuré plusieurs fois quand il est demandé au prêtre d'apostasier. Il y a d'ailleurs une scène où le prêtre supplie les torturés d'apostasier, mais on l'informe alors qu'ils ont déjà abjuré, et plusieurs fois. C'est de lui et seulement de lui que dépend la fin des souffrances de ces hommes et femmes.

S'ensuit alors un dialogue intérieur où Dieu (vraiment ? le doute est permis) lui dit :

« Piétine ! Piétine ! Mieux que quiconque je connais la souffrance. Piétine ! C’est pour être piétiné par les hommes que je suis venu au monde ! C’est pour partager la douleur des hommes que j’ai porté ma croix ! »

C'est aussi ce que j'ai beaucoup apprécié dans ce film. Tout n'est pas répondu, explicité et surligné au marqueur. La narration épouse inconditionnellement le point de vue du personnage principal, le prêtre Rodrigues, et il appartient au spectateur de se faire sa propre idée sans qu'une explication plus valable qu'une autre ne lui soit donnée prête à l'emploi.

Avatar de l’utilisateur
Suliko
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1958
Inscription : ven. 07 janv. 2011, 22:02

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar Suliko » jeu. 23 mars 2017, 0:48

Il y a d'ailleurs une scène où le prêtre supplie les torturés d'apostasier
Je trouve cette attitude horrible ! Qu'est-ce qui est pire, perdre son corps ou son âme ? Le prêtre ne savait pas encore que ces pauvres gens avaient apostasié, et pourtant, il les supplie de renier le Christ !
C'est de lui et seulement de lui que dépend la fin des souffrances de ces hommes et femmes.
Non, je trouve qu'il est totalement injuste de dire que c'est de lui seul que dépend la fin des souffrances de ces hommes et femmes, car les responsables sont bien les autorités païennes impies qui les ont mis à mort, et pas le prêtre, qui n'a aucune marge de manœuvre, puisqu'il ne peut pas pousser des fidèles au blasphème ni blasphémer lui-même ! De plus, en voyant leur prêtre aussi ferme dans la foi et refusant clairement de blasphémer, ces hommes et ces femmes torturés seraient peut-être revenus au Christ à l'instant de leur mort et seraient devenus des martyrs, tandis qu'avec l'apostasie publique du prêtre, nombre de fidèles - et pas uniquement les gens torturés - risquaient bien de se décourager et de perdre la foi.
J'ai lu le livre qui a inspiré le film il y a déjà quelques années et malgré la beauté de certains extraits, j'avais ressenti un certain malaise devant ce que je qualifierais de compromission face au blasphème et à ses conséquences. Pour ma part, je me sens plus édifiée en lisant la Légende dorée, même si humainement, je peux tout à fait comprendre les réflexions de Shûsaku Endô.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

Avatar de l’utilisateur
apatride
Ædilis
Ædilis
Messages : 38
Inscription : lun. 06 juin 2016, 1:24

Re: "Silence" de Scorsese

Message non lupar apatride » jeu. 23 mars 2017, 1:04

J'entends votre point de vue. Je ne sais pas si vous avez vu le film, j'estime pour ma part qu'il est délicat de juger de l'attitude du père Rodrigues sans avoir été à sa place. Rappelons que tout au long du récit, il est témoin de nombreuses tortures et mises à mort avant d'être poussé dans ses derniers retranchements.

Je pense aussi à ce texte lu récemment :
Certains esprits verront dans ce film un plaidoyer pour l’apostasie. En exposant l’idée d’un reniement par charité, Scorsese n’aurait que mépris pour les milliers de chrétiens japonais qui sont morts dans d’atroces souffrances par fidélité radicale à l’évangile. Pourtant, il ne fait que rétablir la vérité du martyre chrétien : on ne meurt pas pour Dieu, c’est lui qui est mort pour nous. Pour nous racheter. C’est pourquoi, au-delà des figures magnifiques des martyrs mourant en chantant des hymnes, l’un des personnages les plus intéressants du film est sans doute Kichijiro. Homme faible, Kichijiro piétine le Christ à plusieurs reprises tandis que brûlent des frères. Parjure et traître, ce Judas japonais vend Rodrigues pour 300 pièces d’argent. Mais sans cesse il poursuit le prêtre pour lui demander l’absolution. La conscience du péché et de sa propre faiblesse le hante, et c’est lui qui fera comprendre à Rodrigues le silence de Dieu : c’est par le péché que Dieu parle.

[...]

Ce chef-d’œuvre n’est pas une leçon de catéchisme, mais une plongée dans les tréfonds de l’âme. Dans ce film, c’est la tension fondamentale du catholicisme qui s’exprime : le martyr et le pécheur se répondent, et la figure de celui qui chute et se relève vaut celle de la victime immolée dans la gloire. Mieux : une mystérieuse communion des saints est à l’œuvre. Et ce n’est que parce que le saint tient bon dans le martyre, que la rédemption du lâche est possible. Hanté par le souvenir du bûcher consumant sa famille, Kichijiro sait qu’il sera pardonné soixante-dix fois sept fois, et c’est dans sa soif de rémission que Rodrigues entendra la voix de Dieu.

Qu’est-ce que le christianisme ? Ce ne sont ni les images, ni le paradis, ni les arguties des Jésuites : c’est une possibilité de rachat jusqu’à la dernière minute. Dans un Japon purgé du christianisme, les braises de la grâce ne sont jamais tout à fait éteintes. Au fond du plus sali des renégats peut briller encore la flamme de la foi. Le grain de sénevé ne meurt qu’avec l’homme.
source : Revue Limite

J'ai trouvé aussi intéressante l'idée, à peine exprimée dans le film, que le père Rodrigues pèche pas excès d'orgueil en identifiant son calvaire à celui du Christ. Je crois (à tort ?) que Jésus, s'il nous demande certes de porter notre croix, a aussi de la charité et de la compréhension pour l'être humain qui met un genou à terre.


Revenir vers « Arts & Culture »



Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 2 invités