Patrimoine religieux et Églises en péril

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Jean-Mic
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Re: Deux églises à vendre à Bordeaux

Message non lu par Jean-Mic » sam. 07 déc. 2013, 20:33

Peccator a écrit :Le problème, c'est que si ces églises ont été constuites, c'est qu'il y avait une population locale qui avait besoin d'une église. Hors aujourd'hui, elles sont vides. Où sont passés les chrétiens ?
Les diocèses ont construit des églises, et plus souvent encore des chapelles, entre 1945 et 1970 (dès 1920 en région parisienne) pour desservir les quartiers nouveaux qui sortaient de terre. Quartiers pavillonnaires d'abord, puis quartiers HLM ensuite.

Les néo-urbains des années 60, en majorité ouvriers, sont depuis longtemps devenus propriétaires de pavillons bien loin de ces quartiers. Aujourd'hui de tels quartiers remplissent encore leur rôle d'accueil des nouveaux arrivants et les populations immigrées ou issues de l'immigration y sont nombreuses. La part des chrétiens fluctue avec les vagues d'immigration, sans compter que la population totale du quartier diminue (les familles sont moins nombreuses qu'avant).

Ainsi dans ma paroisse, constituée en paroisse en 1966, l'assemblée des chrétiens n'a cessé de diminuer depuis les années 70, au fur et mesure que les habitants "historiques" prenaient de l'âge et que les enfants (pour lesquels on avait construit tant de salles de catéchisme) partaient avant de devenir propriétaire à leur tour, de plus en plus loin en périphérie. A partir des années 90 ou 2000, nous avons vu un nouveau regain de la communauté avec l'arrivée successive d'immigrants africains de l'ouest puis de sri-lankais ... suivie d'une nouvelle baisse au fur et à mesure qu'ils s'installaient dans d'autres quartiers plus centraux de la ville.

Pardonnez les propos de l'urbaniste que je suis. Je voulais juste faire remarquer que la déchristianisation (réelle) de la société n'est pas la seule explication de l'obsolescence de certaines églises, chapelles et locaux d'église ... Les réalités urbaines et urbanistiques sont bien là.

Fraternellement
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Re: Deux églises à vendre à Bordeaux

Message non lu par Peccator » sam. 07 déc. 2013, 20:58

Merci Jean-Mic, je n'avais jamais pensé à ça. C'est lumineux !
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36

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Re: Deux églises à vendre à Bordeaux

Message non lu par Jean-Mic » sam. 07 déc. 2013, 22:53

En fouillant un peu sur le net, je remarque que le Christ Rédempteur à Talence n'est pas une église, mais une chapelle. J'en déduis que le diocèse l'a donc toujours considérée comme une annexe de la paroisse mais ne l'a jamais érigé en siège d'une paroisse. Par ailleurs l'argent de la vente devrait permettre d'une part de faire des travaux dans l'église (justement) paroissiale, d'autre part de construire un nouveau lieu de culte (Notre-Dame-du-Lac) dans un nouveau quartier de l'agglomération (le quartier Ginko à Bordeaux). Cela confirme assez bien le côté "réponse à un besoin ponctuel et temporaire" que posait l'urbanisation galopante des années 70 et que pose aujourd'hui le renouvellement urbain.

Ayant pris le temps de lire l'article du Figaro, je remarque également qu'il tend à tout confondre. Il cite l'exemple d'une église de la Nièvre transformée en salle des fêtes. Il oublie juste de préciser qu'il s'agit d'une propriété privée depuis ... 1793. Il aurait pu préciser que Saint-Genest de Nevers va être transformée par un faïencier en salle d'exposition et de vente tandis que le nouveau musée est installé dans l'abbaye Notre-Dame. Selon que l'on précise ou que l'on omette de préciser qu'il s'agit de biens nationaux désaffectés depuis la Révolution Française, l'information n'a pas tout à fait le même sens, non ?

Quant à l'Observatoire du Patrimoine Religieux, cité dans l'article, malgré un très beau travail de fond, il a depuis son origine le vilain défaut de ne pas hiérarchiser l'affichage de son information. Son dernier titre sur l'église de Bois-du-Verne à Montceau-les-Mines omet en effet trois informations de taille : 1/ il s'agissait d'une des églises conçues par les ingénieurs des mines avec des matériaux de second ordre (machefer et parpaings de "stériles"), 2/ pour desservir une cité minière de seulement quelques centaines de maisons jumelées ... 3/ ... dont beaucoup ont été rasées depuis parce que situées sur un secteur d'effondrement minier.

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Re: Deux églises à vendre à Bordeaux

Message non lu par coeurderoy » dim. 08 déc. 2013, 17:03

Merci jean-Mic pour ces précisions. Il existe un distinguo entre une église de banlieue désaffectée et une vénérable église rurale abandonnée. Certes il est toujours triste de voir disparaitre un lieu de culte faute de chrétiens pour y venir prier mais si tant d'édifices communaux désertés par les fidèles sont encore debouts et entretenus, reconnaissons que c'est leur classement "MH" et les subventions de l'Etat qui permettent cette survie parfois presqu'uniquement "patrimoniale" - ce qui est toujours assez triste pour un catholique pratiquant tant-il est vrai que la muséification d'un lieu de culte signifie qu'il est presque mort spirituellement.

Vous devez personnellement bien connaître, par vos fonctions, les critères historiques ou artistiques permettant de sauvegarder un édifice menacé - je songe à l'église paroissiale de ma grand-mère paternelle, St-Nicaise de Reims (vers 1925) dont les vitraux Art-Déco sont de Lalique. Ste-Agnès de Maisons-Alfort, près du pont de Charenton est une "Sainte-Chapelle" du XXème s et beaucoup de "banlieusards" s'y arrêtent pour prier (j'en fus...). Ces édifices-là, utilisés, protégés et entretenus ne risquent pas de disparaître.
Reconnaissons par ailleurs que nombre de chapelles de congrégations, séminaires ou instituts religieux édifiées entre 1860 et 1910 posent de réels problèmes d'entretien à nos diocèses : matériaux vieillissant mal, répétition de stéréotypes sans charmes ni art véritable, abondance de plâtrerie sulpicienne dont regorgent les réserves des dépôts d'art sacré...Raser un édifice unique, du XIIe ou XIIIe s. comme on le faisait allègrement vers 1900 (ne parlons pas des Cordelières de Lourcines, XIIIème s. à Paris, abattues vers 1970 !) ou détruire une vague église-halle-entrepôt des années 50 n'est tout-de-même pas la même chose. Mais c'est tout-de-même une partie de la visibilité de la pratique religieuse qui s'efface et c'est bien cela que nous regrettons tous...

Cordialement !
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

Saint Bernard de Clairvaux

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Re: Deux églises à vendre à Bordeaux

Message non lu par Jean-Mic » dim. 08 déc. 2013, 19:46

Classement au titre des MH et muséification ne sont heureusement pas synonymes.

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Re: Deux églises à vendre à Bordeaux

Message non lu par coeurderoy » dim. 08 déc. 2013, 20:41

Non, heureusement...mais je me souviens de la triste impression ressentie en l'église de Collonges-la-Rouge, poussiéreuse et envahie de curieux sans-gêne et bruyants, sentiment d'un édifice totalement désacralisé...rançon du succès pour l'un des "Plus beaux villages de France" l'église m'est apparue comme un élément de plus de l'ambiance "carte postale" constituée par ce beau village aux manoirs à tourelles rouges mais je n'ai pu m'y recueillir et en suis ressorti très mal à l'aise...

P.S : sur un autre fil vous nous aviez dressé un panorama très intéressant des tendances contemporaines dans l'Art Sacré, pourrez-vous nous réorienter dessus, c'était très riche dans mon souvenir...merci d'avance !
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

Saint Bernard de Clairvaux

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L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par jean_droit » mar. 08 juil. 2014, 20:43

Lu dans le Forum Catholique :

Remarque : Tout cela vous sert le coeur. Penser que des générations de moines ont priés dans ces édifices et que nous les vendons me désespère. Quelle est grande notre responsabilité collective d'avoir laissé filer l'Eglise de France ! Pitié Seigneur ! Nous avons péché contre Toi ! Pardonne nous !
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=754459

Voir les photographies jointes dans Forum Catholique.
via Observatoire du Patrimoine Religieux de Béatrice de Andia.

Extrait: "La vente d’églises abandonnées par les diocèses est en passe de devenir un phénomène courant dans le monde des transactions immobilières, qui n’épargne même pas les édifices classés aux Monuments Historiques. Destinées à être transformées en logements ou en centres culturels, certaines églises et chapelles ne trouvent pas preneurs, le temps les transformant peu à peu en ruines, spectacle navrant pour bon nombre d’habitants ou pour les simples curieux côtoyant ce patrimoine oublié et menacé de disparaître.

C’est ce que l’on peut lire de plus en plus souvent sur des sites d’annonces immobilières spécialisées ou non ! Chaque année, entre 10 à 20 églises et chapelles seraient ainsi mises en vente."

L’Observatoire du Patrimoine Religieux a fait ses comptes : en France, il existe près de 100 000 monuments religieux (en moyenne 2,5 par commune), à 95% catholiques et dont environ 45 000 sont des églises paroissiales. Or, 5 à 10% de cet ensemble monumental pourrait être vendus, détruits ou abandonnés d'ici à 2030."

In fine, une liste des églises et chapelles actuellement en vente, avec pour chacune un lien vers le site de mise en vente, principalement le site "Patrice Besse Châteaux et Demeures de France", parmi lesquelles des monuments aussi divers que l'immense Charteuse de Valbonne dans le Gard, une église "Art Déco" en Picardie, ou le Couvent des Minimes de Beauregard en Auvergne...

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Re: L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par Peccator » mar. 08 juil. 2014, 21:57

Chaque année, combien d'églises ou chapelles construites ?

Je me doute qu'il y en a moins, bien sûr. Mais cela donnerai un autre regard malgré tout.
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36

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Re: L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par L'athée » mer. 09 juil. 2014, 2:39

Peccator a écrit :Chaque année, combien d'églises ou chapelles construites ?

Je me doute qu'il y en a moins, bien sûr. Mais cela donnerai un autre regard malgré tout.

Certainement, si on regarde d'un point de vue spirituel. Mais historiquement ces édifices ont plus de valeurs que les nouvelles églises construites aujourd'hui. Dire que certains de ces monument ont près de 800 ans et qu'on les détruits parce que personne ne peut/veut s'en occuper, même si d'autres sont construits aujourd'hui, je me dit qu'il y a pas trop respect de l'histoire, de la tradition. Ce sont des lieux chargé d'histoire et moi ça me fait un peu mal. Surtout que les églises et monastère sont DE MON POINT DE VUE (:)), les plus belles choses que la chrétienté est apporté (loin derrière les cathédrales, mais quand même).

Donc je signe, demain j'achète une Église, et comme ça personne la détruit.

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Re: L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par jean_droit » mer. 09 juil. 2014, 7:03

Chaque année, combien d'églises ou chapelles construites ?

Fort peu, malheureusement ....

Pour tout un ensemble de raisons :

1- Parce que nous avons maintenant beaucoup trop d'églises par rapport aux besoins ... Vu les très faibles pourcentages de pratique religieuse.

Je vis à la campagne et je vois la grande majorité de nos églises vides ou très peu utilisées.

Celle de mon village vient d'être restaurée par la mairie mais il n'y a, toujours, que 2 ou 3 messes par an. 2 à 3 par an ... pour ne pas l'abandonner.

Celle du village voisin a été, aussi, restaurée par la mairie mais est inutilisée ....

2- Parce qu'il n'y a pas toujours les prêtres pour assurer les services religieux.

Tout près de Périgueux il y a une chappelle construite il y a une dizaine d'année qui n'est pas ou peu utilisée.

3- Et, surtout, parce que l'Eglise en France n'a pas d'argent pour construire de nouveaux lieux de culte. Construire et entretenir.

Alors on fait des églises à l'économie. On s'extasie, des fois, sur l'architecture moderne de ces églises mais elles ne sont, souvent, que des cache-misère.

Et, pourtant, il y a des besoins là où les populations se sont déplacées.

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Re: L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par Peccator » mer. 09 juil. 2014, 14:37

L'athée a écrit :Certainement, si on regarde d'un point de vue spirituel. Mais historiquement ces édifices ont plus de valeurs que les nouvelles églises construites aujourd'hui.
Je partage votre point de vue. Mais j'essaie aussi de ne pas tout mêler. Ce dont on parle, ce sont des bâtiments vendus par l'Eglise. Donc, des bâtiments dont l'Eglise est propriétaire, aujourd'hui.

Déjà, cela retire de la liste toutes les églises construites avant 1905 : elles sont propriétés publiques, et non bien privé de l'Eglise.

Il reste un certain nombre de petites chapelles qui sont propriété privée d'associations diocésaines, ou autres associations ayant des liens avec l'Eglise. Et il reste surtout de très nombreux bâtiments qui ne sont pas des lieux de culte, qui ne sont pas forcément des lieux d'histoire, et qui peuvent n'avoir absolument aucun intérêt architectural.

Par exemple, sur une paroisse voisine de la mienne, le centre paroissial a été rasé et est en train d'être reconstruit. Pour financer l'opération, une partie de la propriété est vendue. Je pense que c'est un bout de terrain actuellement non bâti, mais s'il s'agissait de bâtiments, ce ne serait vraiment pas un drame : ceux qui restent sont des masures bâties à l'économie dans les années 1920 ou 1930, typiques de la banlieue parisienne de l'époque, et dont la quasi-totalité a été rasée et rebâtie depuis longtemps. N'allez pas imaginer un joyau Arts Déco : ce sont plutôt des cabanes de parpaing, parfois même pas enduits avant d'être peints, avoir une toiture sommaire à peine plus élaborée qu'une tôle ondulée, et des huisseries que vous craignez d'arracher chaque fois que vous ouvrez la porte ou la fenêtre. Vous voyez ça, vous espérez que ça finira par être détruit.
Ce type de vente compte pourtant bien à l'inventaire des biens immobiliers vendus par l'Eglise et voués à la destruction.

Ensuite, il est question ici de ventes, pas de démolition. L'Eglise n'a tout simplement pas les moyens d'entretenir autant de bâtiments. Il faut vraiment s'ôter de la tête cette idée que l'Eglise serait riche, car ce n'est pas le cas. Elle a certes un grand patrimoine foncier, mais précisément ce patrimoine coûte cher, et elle a de faibles revenus.


Dire que certains de ces monument ont près de 800 ans et qu'on les détruits parce que personne ne peut/veut s'en occuper,
Très sincèrement, dans les destructions d'églises que je vois mentionné dans la presse, ce sont surtout des bâtiments du XIXe siècle, et même de la seconde moitié du XIXe. Et certains doivent être démolis, car ils ont été mal construit, ou on mal vieillis, et ne peuvent pas être sauvegardés.

Un bâtiment ecclésiastique remontant au XIIIe siècle, dont l'Eglise serait encore propriétaire aujourd'hui, et qui serait livré à la démolition ? Ça a eu lieu à la Révolution, ou au cours du XIXe, avant la mode gothique. Mais de nos jours ? Honnêtement, je doute : on s'empresserait plutôt de le transformer en hôtel de luxe ou centre de congrès.

même si d'autres sont construits aujourd'hui, je me dit qu'il y a pas trop respect de l'histoire, de la tradition. Ce sont des lieux chargé d'histoire et moi ça me fait un peu mal. Surtout que les églises et monastère sont DE MON POINT DE VUE (:)), les plus belles choses que la chrétienté est apporté (loin derrière les cathédrales, mais quand même).

Donc je signe, demain j'achète une Église, et comme ça personne la détruit.
Vous ferez là une très bonne oeuvre de préservation de notre patrimoine culturel collectif. Mais la mission de l'Eglise, c'est de porter la Bonne Nouvelle aux hommes d'aujourd'hui, pas de préserver un patrimoine architectural (même si évidemment, ça peut y participer : de fait, l'Eglise a toujours utilisé le bâti comme instrument d'évangélisation).
Avant de faire cet achat, assurez-vous cependant d'avoir les moyens de l'assumer ensuite. Sinon, vous condamner le bâtiment acheté à tomber en ruine faute d'entretien. Même la pierre s'use avec les intempéries, et il faut remplacer des moellons de temps en temps... Ce sont là des travaux très, très coûteux.
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36

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Re: L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par Peccator » mer. 09 juil. 2014, 15:15

jean_droit a écrit :Chaque année, combien d'églises ou chapelles construites ?
Fort peu, malheureusement ....
Fort peu, certes. Mais pourquoi ne pas publier aussi ce genre de statistiques ? Pourquoi pleurer sur les ventes, et ne pas fêter les constructions ? Car que fait-on quand on en construit une neuve ? On râle qu'elle est moche, mal construite, tout ça. Mais on oublie totalement de commencer par se réjouir de l'ouverture d'une nouvelle église !

Mais c'est quoi, le plus important ? Honnêtement ? Personnellement, je préfère voir ouvrir une église faite de cabanes de chantiers qu'un quartier rester sans église.
Tant mieux si on a les moyens de faire mieux, plus solide, plus conforme à mes préférences esthétiques. Mais l'important, c'est déjà d'avoir un lieu de culte, d'avoir une fontaine où jaillisse l'eau vive. Plus tard, quand la vie sera solidement rétablie, on pourra faire mieux.

Comme dit le Pape, nous sommes un hôpital de campagne : il faut parer au plus pressé. Le triage, c'est jamais agréable à faire pour les équipes médicales. Mais aujourd'hui nous en sommes là.


1- Parce que nous avons maintenant beaucoup trop d'églises par rapport aux besoins ...
N'est-il pas logique alors d'ajuster nos moyens à nos besoins ?

Et je n'ignore pas que nos besoins ne se limitent pas à la célébration de la messe : le simple fait d'avoir un clocher dans un village, même si l'on n'y célèbre plus la messe qu'une fois par an, c'est déjà un instrument d'évangélisation. Remplacez le clocher par un minaret, ça ne porte plus le même message... (et vice-versa : il suffit de penser à la Giralda, à Séville).

Je vis à la campagne et je vois la grande majorité de nos églises vides ou très peu utilisées.
Moi j'en connais une qui ne va pas tarder à n'être plus utilisée, non pas parce qu'il n'y a plus personne (loin de là), non pas par manque de prêtre (puisqu'aujourd'hui la messe y est célébrée toutes les semaines), mais parce qu'il n'y a plus de laïcs pour s'en occuper.
[+] Texte masqué
Eh oui, une église, ça n'a pas besoin que de prêtres. Il faut des laïcs pour nettoyer, laver et repasser le linge, vider les troncs de temps en temps (le tronc de l'église en question est plein, on ne peut plus y glisser la moindre petite pièce quand on veut mettre un cierge, et personne ne le vide !), préparer la célébration, ranger un peu après la messe... Je ne parle même pas là d'avoir une permanence d'accueil, mais du strict minimum nécessaire pour pouvoir, concrètement, dire la messe.
Aujourd'hui, ça tourne parce que la personne qui s'en charge vient d'ailleurs pour qu'on ne ferme pas l'église. Mais dans la communauté locale, parmi ceux qui veulent qu'on ne leur ferme pas leur église, plus personne pour assurer.
Alors le curé a décidé que quand la personne qui s'en occupe ne pourra plus le faire, il fermera. Tant pis pour l'argent (parce qu'en plus, la quête y est généreuse...). J'ai bondi quand j'ai appris ça, puis j'ai réfléchi, et je pense qu'il a raison.

3- Et, surtout, parce que l'Eglise en France n'a pas d'argent pour construire de nouveaux lieux de culte. Construire et entretenir.

Alors on fait des églises à l'économie. On s'extasie, des fois, sur l'architecture moderne de ces églises mais elles ne sont, souvent, que des cache-misère.

Et, pourtant, il y a des besoins là où les populations se sont déplacées.
Les catholiques veulent des prêtres, mais pas parmi leurs enfants. Ils veulent des lieux de culte, mais pas les payer. Dans certaines communautés chrétiennes, les gens versent jusqu'à 10% de leurs revenus. Dans les paroisses que je connais, les gens hurlent quand on leur suggère que verser 1% ou 2%, ce serait pas mal... A Dieu, les louanges. A moi, le pognon et les futilités.
Et bien sûr, ce ne sont pas les plus pauvres qui hurlent, ceux-là ils donnent déjà tout ce qu'ils peuvent, et regrettent de ne pas pouvoir donner plus.


Oui, il y a des besoins là où les populations se sont déplacées. C'était déjà le cas dans les années 1930, et même encore dans les années 1960 : mais à l'époque, justement, on en construisait, des églises.
Aujourd'hui, quand on arrive à le faire, on s'empresse de critiquer l'architecture, de râler que ça ressemble pas à une église, que c'est du cache-misère.


Ce que nous vivons, avec ces églises qui ferment, ces bâtiments qui sont vendus, ces prêtres qui manque, ça a un nom : c'est le fruit du péché. C'est bien parce que les chrétiens se sont détournés de Dieu, qu'ils ont considéré que des tas de choses dans le monde étaient plus importantes, qu'on a provoqué la chute des vocations et tous les problèmes que nous connaissons dans la transmission de la foi. Le fruit est amer, mais nous récoltons ce que nous avons semé.

Si nous voulons des fruits meilleurs, il est grand temps de se mettre à l'ouvrage et d'aller travailler à la vigne du Seigneur. Là où nous avons laissé la mort se répandre, Dieu peut ramener la vie. Y croyons-nous ? Travaillons-nous réellement en ce sens ? Vous, sûrement (et vu tout ce que je lis sur ce forum comme témoignages de vie évangélique, je ne suis pas ironique). Moi, je n'en suis pas si sûr... Alors j'essaie de faire mieux.
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36

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Re: L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par jean_droit » jeu. 10 juil. 2014, 6:31

J'ai lu, hier, ce message de l'abbé Meissonnier de la FSSP de Lyon.

Oh ! Rien de vraiment grave puisque monseigneur Barbarin a trouvé une autre église pour la FSSP à Lyon.

Je recopie simplement le début de ce message pour souligner les sentiments que l'on peut avoir devant la destruction ou l'abandon d'une église.

Quand je vais avec ma femme prier dans la petite église, quasi abandonnée, de mon village, que je regarde ces murs qui ont vus tant de messes et de prières, quand je lis la liste des curés depuis des siècles mon coeur se serre.

Seigneur, pourquoi t'avons nous abandonné ?

http://tradinews.blogspot.fr/2014/07/ab ... -fssp.html
Mes bien chers frères,

Le 31 août prochain, nous ferons nos adieux à la chère église du Coeur Immaculé de Marie qui, depuis six ans, servait d’écrin à notre liturgie paroissiale. Nous nous étions tous attachés peu à peu à ce lieu et à son histoire (sainte Madeleine-Sophie Barrat, Mater admirabilis, Mgr de Bruillard, l’abbé Camille Rambaud,...). Après plus de 172 ans d’existence, l’ancienne chapelle des Dames du Sacré-Coeur devenue l’église paroissiale du Coeur Immaculé de Marie -que nous appelions tous affectueusement le « CIM »- sera détruite.

Ce n’est jamais sans une réelle peine que l’on voit un bâtiment consacré retourner à son état profane ou être détruit.

Il suffisait d’ailleurs de sentir l’émotion des paroissiens territoriaux, lors de leur dernière Messe le 21 juin, pour le comprendre. De fait, beaucoup y avaient été baptisés, y avaient reçu leur première communion, s’y étaient mariés ou y avaient enterré leurs parents. Nous-mêmes, pendant six ans, nous y avons célébré la sainte Messe tous les dimanches et jours de fêtes, nous y avons baptisé de nombreux enfants, confessé, marié, enterré,...

Beaucoup de gens du quartier ou de la paroisse locale nous ont d’ailleurs remerciés d’avoir entretenu leur église qui avait malgré tout subi les affres du temps. Personnellement, ce fut une satisfaction et un bel hommage, que de lui rendre pour les dernières années de son existence la liturgie pour laquelle elle avait été bâtie.

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Re: L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par jean_droit » jeu. 10 juil. 2014, 7:11

Il n'y a jamais de fatalité. A-t-on tout essayé pour maintenir le culte dans les églises abandonnées ? A-t-on cherché des communautés pour les desservir ? A-t-on essayé de "réveiller" la communauté des fidèles par l'evangélisation ? Sur belgicatho on lit un article sur les efforts de monseigneur Léonard pour garder au culte une église à Bruxelles.

http://belgicatho.hautetfort.com/archiv ... 06148.html
07/07/2014
BXL : l'église Sainte-Catherine sera rouverte au culte en septembre
Communiqué concernant l’église Sainte-Catherine à Bruxelles

1. Comme toute église de l’archidiocèse, l’église Sainte-Catherine ne peut être désacralisée totalement ou partiellement que par décision de l’archevêque de Malines-Bruxelles, et ce dans le respect des règles prévues en la matière par le droit canonique.

2. L’archevêque n’est en aucune manière opposé par principe à une désacralisation partielle de cette église en vue d’un projet partagé, à la fois cultuel et culturel ou social, à la condition qu’un espace raisonnable y soit réservé pour le culte catholique.

3. Avant la fermeture provisoire de l’église, il y a deux ans et demi, Sainte-Catherine était fréquentée par la communauté catholique, en même temps que par une communauté orthodoxe relativement importante. Mais elle ne disposait pas d’une équipe de plusieurs prêtres, voués à temps plein à l’animation de la paroisse.

4. À l’initiative de la Ville de Bruxelles et avec l’accord du Vicariat de Bruxelles, un appel à idées a été lancé en vue d’un usage partagé de l’église. Un jury compétent a été constitué pour apprécier, parmi ces idées, celles qui pourraient devenir des projets détaillés, un de ceux-ci pouvant ensuite être retenu par la Ville avec l’accord de l’archevêché. Ce jury travaille de manière exemplaire.

5. Avant de procéder à la deuxième phase, celle qui consisterait à passer des idées à des projets détaillés, l’archevêque, en vertu de sa responsabilité propre, mais après s’être concerté avec son évêque auxiliaire pour Bruxelles, désire vérifier et déterminer par l’expérience la part de l’église qui devrait, de toute façon, être maintenue pour le culte catholique.

6. Étant donné qu’il est impossible actuellement de déterminer a priori, sans aucune base expérimentale, l’ampleur que mériterait l’espace réservé au culte, l’archevêque a décidé de rouvrir provisoirement l’église Sainte-Catherine au culte et d’y mettre au travail, à partir de septembre prochain, une équipe de prêtres soutenue, comme par le passé, par un groupe de paroissiens, et ce dans le plein respect d’une église classée, propriété de la Ville de Bruxelles.

7. Cette période d’expérimentation durera une année pastorale, à savoir de septembre 2014 à juin 2015. En fonction de cette expérience, l’archevêché déterminera l’ampleur de l’espace qui devrait, dans l’éventualité d’un projet d’occupation partagée, être réservé au culte catholique. Cette expérience fournira l’information préalable à l’élaboration éventuelle de projets détaillés, susceptibles d’être approuvés par l’archidiocèse.

8. Cette décision de l’archevêque modifie, certes, mais seulement partiellement, le travail du jury. En effet, durant la période d’expérimentation, les idées déjà retenues pourront, sous réserve, continuer à être élaborées ou être remodelées, sans modification notable du calendrier que s’était fixé la Ville.

Mgr A.-J LÉONARD,
Archevêque de Malines-Bruxelles

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Re: L'Eglise de France vend de ses édifices

Message non lu par Peccator » jeu. 10 juil. 2014, 15:36

jean_droit a écrit :Il n'y a jamais de fatalité. A-t-on tout essayé pour maintenir le culte dans les églises abandonnées ? A-t-on cherché des communautés pour les desservir ? A-t-on essayé de "réveiller" la communauté des fidèles par l'evangélisation ?
Probablement pas. Mais regardons aussi les choses en face : qui est le "on" dans ces questions ?
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36

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