Bruckner et la gauche morale en France

« Par moi les rois règnent, et les souverains décrètent la justice ! » (Pr 8.15)
Cinci
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Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Cinci » lun. 19 nov. 2018, 21:20

Bonjour,

Juste pour partager l'analyse qui est celle de Pascal Bruckner au sujet de l'évolution de cette "bien-pensance" en France depuis les années 1980 au moins et jusqu'à aujourd'hui. Il en donne une lecture qui, à première vue, paraîtrait offrir beaucoup de vraisemblance.


La piscine de l'innocence retrouvée

Tout chemin de croix connaît un jour sa rédemption. Il reste aux Européens accablés une issue pour éviter la déchéance : déporter la faute sur les deux nations indignes de notre civilisation, Israël et les États-Unis, les répudier afin de se redimer. les abjurer sans trêve, souhaiter haut et fort sinon leur disparition, à tout le moins leur neutralisation, prouver que l'Occident n'existe pas, qu'il est un concept sans pertinence puisqu'il embrasse des réalités si dissemblables. A ceux qui ont perdu de leurs espérances subversives et qui ne se satisfont pas des coquetteries vestimentaires su sous-commandant Marcos, il demeure, pour étancher leur soif d'absolu, un dernier bon sauvage : le Palestinien. C'est lui la grande icône christique, l'opprimé des opprimés dont le procès en béatification se poursuit depuis trente ans. Et le fait que sa stuation ne se soit guère améliorée permet de maintenir vivante la révolte qu'il incarne.

Dès 1974, Jean Genêt, qui a chanté dans ses oeuvres la beauté des SS, des voyous, des assassins, des Black Panthers, des fedayin, précisait dans une entrevue avec Tahar Ben Jelloun : "Pourquoi les Palestiniens ? Il était tout naturel que j'aille non seulement vers les plus défavorisés mais vers ceux qui cristallisent au plus haut point la haine de l'Occident". C'est que les Palestiniens ou plutôt l'idée mythique qu'on s'en fait conjoignent deux éléments favorables à cette cristallisation : ils sont pauvres face à une poignée de colonisateurs issus pour partie de l'Europe, ils sont en majorité musulmans, c'est à dire membres d'une religion dont une partie de la gauche pense qu,elle est le fer de lance des déshérités. C'est ainsi que cet interminable conflit est devenu, au cours des années 1980 -2000, et alors que se rétrécissait l'horizon révolutionnaire, la cause incontestable d'un certain progressisme orphelin. L'étonnant c'est que la préférence d'une minorité soit devenue une option majoritaire, ait reçu l'assentiment des plus hautes sphères du pouvoir (du moins en France et en Europe de l'Ouest) au point de façonner la mentalité d'une époque.

Rien de plus surprenant pour un observateur que l'extraordinaire médiatisation dont bénéficie cette région du monde depuios tant d'années. Comme si le sort de la planète se jouait tout entier dans un mouchoir de poche entre Tel-Aviv, Ramallah et Gaza. La réprobation d'Israël est d'abord l'obsession d'Israël. C'est une médiatisation paradoxale car elle ne nous apprend rien au sens strict du terme, elle se contente de renforcer le stéréotype, celui de l'affrontement entre un État colonial et raciste tard venu dans le monde arabe (1948) et un peuple écrasé et spolié.

Dans le soutien aux Palestiniens, ce ne sont pas des êtres de chair et de sang qu'on souhaite aider mais des idées pures : sur cette rive est de la Méditerrannée, les intellectuels, écrivains, politiciens vont moins enquêter sur un antagonisme précis - un litige immobilier entre deux propriétaires légitimes, comme le dit Amos Oz - que régler leurs comptes avec la culture occidentale.

Déjà en 1969, Georges Montaron écrivait dans Témoignage chrétien, organe catholique de gauche : "Jésus-Christ est avec les Palestiniens, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens dès l'instant qu'ils sont pauvres [...] ce sont eux les réfugiés, les vrais lieux saints de Palestine, les véritables témoins du Dieu toujours vivant". Quelque jours plus tard, le même Montaron écrivait : "Au coeur de tous les pauvres du monde arabe, les fedayin sont des héros, l'image vivante du libérateur. Comme Che Guevara en Amérique latine, la résistance palestinienne est une flamme qui éclaire les opprimés et s'étend de proche en proche. Ici, plus que chez nous, la résistance est synonyme de Révolution et elle a une puissance messianique incalculable." (Georges Montaron, 18 décembre 1969, Témoignage chrétien; Cette vision a été reprise telle quelle par certains membres de l'entourage de Yasser Arafat, en 2002, au moment de siège de l'autorité palestinienne à Ramallah par Tsahal. Jibril Radjoub, conseiller à la sécurité du président Arafat déclarait : "Les Palestiniens sont quotidiennement soumis aux mêmes souffrances que celles endurées par Jésus sur la croix."; "Comme celui du Christ, le sang d'Arafat va poursuivre les Juifs pour toujours".

Considérons maintenant ce qu'écrivait Edgar Morin le 19 février 2004 : "Il est vrai que les Palestiniens sont les humiliés et les offensés d'aujourd'hui et nulle raison idéologique ne saurait nous détourner de la compassion à leur égard." L'argument n'est pas faux mais pourquoi oublier les Tchétchènes, les Tibétains, les Soudanais du Darfour, les Congolais, tous passés à la trappe comme si seuls nous intéressaient les victimes d'un pays occidental et auréolées à ce titre d'une gloire particulière ?

Le soupçon nous vient alors que notre appréhension du Proche-Orient est moins politique que psychologique : il ne s'agit pas d'éteindre une source de tensions, de réconcilier des frères ennemis, mais de plonger sur un théâtre étranger nos propres mythologies.

(à suivre)

Cinci
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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Cinci » lun. 19 nov. 2018, 23:00

(suite)

Sionisme, ADN criminel de l'humanité

Deux intérêts convergent dans cette monomanie pour le Proche-Orient : elle permet au monde arabe de transformer l'État juif en dérivatif commode de ses misères, de ses frustrations (le rejet d'Israël est l'aphrodisiaque le plus puissant des musulmans, disait avec humour Hassan II), et à une partie de l'Europe de se blanchir de ses forfaits passés à l'égard du judaïsme. La condamnation d'Israël, véritable leitmotiv notamment du Quai d'Orsay, vaudrait exonération des crimes d'hier contre les Juifs. Comme si les descendants lointains des déportés valaient désormais les bourreaux qui ont gazé leurs pères. Sioniste : il y a longtemps, cet adjectif était déjà synonyme d'infamie dans le vocabulaire de la propagande communiste. Staline lui-même l'avait utilisé, conjointement à celle de cosmopolite, pour justifier une vaste persécution à la fin des années 1940, à laquelle seule sa mort mit fin. Mais le vocable, devenu insulte, voire obscénité dans la gauche européenne, a fait fortune dans le monde arabe qui a importé, sans discrimination, toute la propagande antisémite européenne.

Il n'est pas question de minimiser la tragédie palestinienne, de nier l'illégitimité de l'occupation, de sous-estimer la répression brutale, souvent disproportionnée, de l'Intifada ou les destructions inutilement cruelles infligées aux populations civiles, palestinienne ou libanaise. L'État d'Israël est loin d'être irréprochable, il s'est bâti dès l'origine sur une expropriation favorisée par les guerres que ses voisins lui ont menées, il possède son lot de fanatiques et d'extrémistes, il a entretenu des liens pervers avec le régime d'apartheid de Pretoria et de Rhodésie, son armée commet parfois de terribles bavures, mais on en fausse le sens quand on en fait l'Empire du Mal.

Quelle passion suscite en effet cet affrontement de basse intensité si on le compare aux guerres africaines où les victimes se chiffrent par millions sans mobiliser les consciences outre-mesure ! A croire que dans la sphère médiatique la vie d'un Palestinien vaut mille, cent mille fois plus que celle d'un Africain. Peut-être faut-il voir dans cette hantise l'évolution de notre attitude à l'égard du problème juif en Europe.On est passé de l'idéalisation consécutive à la révélation du génocide au dénigrement ultérieur. A l'image du bon juif, humble et persécuté, s'est substituée celle du colon arrogant et agressif.

On en veut aux Juifs d'être sortis de leur faiblesse immémoriale, d'embrasser la force sans crainte. Ils ont trahi la mission que leur avait assignée l'Histoire, être un peuple d'apatrides qui ne s'enferme pas dans l'étroitesse obtuse des nations. Au moment où l'Europe elle-même abjure ses patries, leur ancrage sur une terre en partie volée à d'autres équivaut à un désastre.

"Israël, disait le leader paysan gaucho-maurassien José Bové, est une sentinelle avancée de la colonisation libérale". Les termes sont judicieusement choisis qui conjuguent deux abominations : colonialisme et libéralisme.

Comme l'écrivait Vladimir Jankélévitch : "L'antisionisme est à cet égard une introuvable aubaine, car il nous donne la permission et même le droit et même le devoir d'être antisémite au nom de la démocratie ! L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d'être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre : ils auraient mérité leur sort.

L'ancienne victime est devenue tortionnaire à son tour, un tortionnaire qui reproduit exactement les traits de son ancien tourmenteur dans l'Allemagne des années 1930. Bref, quand le Juif opprime ou colonise, il se transforme aussitôt en nazi, pas de demi-mesure. L'affiliation d'Israël à l'empire invisible du Nord et surtout à la Babyhlone Yankee en fait la réincarnation la plus fidèle du troisième Reich. Les nazis ont persécuté les Juifs; puis les Juifs sont devenus nazis. Comment expliquer autrement la floraison spontanée de la métaphore nationale-socialiste sous la plume des intelligences les plus brillantes ?

Voyez le philosophe Gilles Deleuze à propos des crimes du sionisme : "On dit que ce n'est pas un génocide. Et pourtant , c'est une histoire qui comporte beaucoup d'Oradour, depuis le début. Le terrorisme sioniste ne s'exerçait pas seulement contre des Anglais, il s'exerçait sur des villages arabes qui devaient disparaître. " Le même dira encore à propos de l'opération d'Israël au Sud-Liban en 1978 :"On se trouve dans une situation analogue à celle de la guerre d'Espagne lorsque l'Espagne servit de laboratoire et d'expérimentation pour un avenir plus sombre encore."

A ceux qui s'étonneraient du mimétisme entre Israël et le régime hitlérien, il suffit par exemple de rappeler les liens de parenté profonds du mouvement sioniste dès les années 1920 avec le national-socialisme allemand, la visite enthousiaste que fit en 1933 un des tout premiers SS autrichiens, Leopold Itz von Mildenstein, en Palestine, et les articles élogieux sur le sionisme qu'il rédigea pour Angriff, le journal de Joseph Goebbels.

Israël, comme le notait l'historien Elie Barnavi, a perdu la bataille de l'image. Mais c'est aussi qu'étant une démocratie, il laisse en général médias et télévisions libres de couvrir les événements, y compris les crimes, commis par sa propre armée. C'est à Tel-Aviv, rappelons-le, qu'eut lieu la plus grande manifestation de protestation contre Sabra et Chatila qui contraignit le général Sharon à la démission. Emmanuel Levinas le disait déjà en 1963 :"Israël n'est pas devenu pire que le monde ambiant quoi qu'en disent les antisémites mais il a cessé d'être le meilleur."

Peine perdue : tout l'effort d'une majorité d'intellectuels, à l'exception notable de Michel Foucault, a consisté à criminaliser cette nation puisqu'à son propos seul le nom d'Hitler nous vient à la bouche. En Europe, la question palestinienne n'a servi qu'à relégitimier en toute quiétude la haine des Juifs. Témoins encore ces extraits d'une tribune intitulée "Israël, le cancer" et signée par Edgar Morin, Sami Naïr et Danièle Sallenave : "Les Juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens. Les Juifs qui furent victime d'un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens. Le peuple élu agit comme la race supérieure. Se comporter en peuple élu de Dieu n'est pas seulement stupide et arrogant mais un crime contre l'humanité." ; "Nous appelons cela du racisme", écrit pour sa part le philosophe norvégien Jostein Gaarder, auteur du célèbre roman Le Monde de sophie (Seuil, 1995), qui soupçonne par ailleurs certains Israéliens de préméditer "avec l'aide de Dieu" une solution finale au problème palestinien. (5 août 2006, Aftenposten)

Réversibilité instantanée : si les Juifs oppriment, c'est forcément à la manière de la Brute Blonde, en reproducteur fidèle des abominations subies jadis en Allemagne et en Pologne.

L'intransigeance a posteriori contre le national-socialisme permet de mieux destituer le Juif qui ne se repent pas d'Israël. Au printemps 2002, José Saramago, prix Nobel de littérature portugais en visite à Ramallah, écrit : "A Ramallah, j'ai vu l'humanité opprimée et humiliée comme dans les camps de concentration nazis". A une journaliste, il confie : Ce qui arrive en Palestine est un crime que nous pouvons stopper. Nous pouvons le comparer à Auschwitz". A l'objection de la journaliste : "Où sont les chambres à gaz ?" Saramago répond : "Cela ne saurait tarder". (Le Monde, 24 mai 2002)

(a suivre)

Bassmeg
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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Bassmeg » lun. 19 nov. 2018, 23:11

Juste pour partager l'analyse qui est celle de Pascal Bruckner au sujet de l'évolution de cette "bien-pensance" en France depuis les années 1980 au moins et jusqu'à aujourd'hui. Il en donne une lecture qui, à première vue, paraîtrait offrir beaucoup de vraisemblance.
Spoiler!

La piscine de l'innocence retrouvée

Tout chemin de croix connaît un jour sa rédemption. Il reste aux Européens accablés une issue pour éviter la déchéance : déporter la faute sur les deux nations indignes de notre civilisation, Israël et les États-Unis, les répudier afin de se redimer. les abjurer sans trêve, souhaiter haut et fort sinon leur disparition, à tout le moins leur neutralisation, prouver que l'Occident n'existe pas, qu'il est un concept sans pertinence puisqu'il embrasse des réalités si dissemblables. A ceux qui ont perdu de leurs espérances subversives et qui ne se satisfont pas des coquetteries vestimentaires su sous-commandant Marcos, il demeure, pour étancher leur soif d'absolu, un dernier bon sauvage : le Palestinien. C'est lui la grande icône christique, l'opprimé des opprimés dont le procès en béatification se poursuit depuis trente ans. Et le fait que sa stuation ne se soit guère améliorée permet de maintenir vivante la révolte qu'il incarne.

Dès 1974, Jean Genêt, qui a chanté dans ses oeuvres la beauté des SS, des voyous, des assassins, des Black Panthers, des fedayin, précisait dans une entrevue avec Tahar Ben Jelloun : "Pourquoi les Palestiniens ? Il était tout naturel que j'aille non seulement vers les plus défavorisés mais vers ceux qui cristallisent au plus haut point la haine de l'Occident". C'est que les Palestiniens ou plutôt l'idée mythique qu'on s'en fait conjoignent deux éléments favorables à cette cristallisation : ils sont pauvres face à une poignée de colonisateurs issus pour partie de l'Europe, ils sont en majorité musulmans, c'est à dire membres d'une religion dont une partie de la gauche pense qu,elle est le fer de lance des déshérités. C'est ainsi que cet interminable conflit est devenu, au cours des années 1980 -2000, et alors que se rétrécissait l'horizon révolutionnaire, la cause incontestable d'un certain progressisme orphelin. L'étonnant c'est que la préférence d'une minorité soit devenue une option majoritaire, ait reçu l'assentiment des plus hautes sphères du pouvoir (du moins en France et en Europe de l'Ouest) au point de façonner la mentalité d'une époque.

Rien de plus surprenant pour un observateur que l'extraordinaire médiatisation dont bénéficie cette région du monde depuios tant d'années. Comme si le sort de la planète se jouait tout entier dans un mouchoir de poche entre Tel-Aviv, Ramallah et Gaza. La réprobation d'Israël est d'abord l'obsession d'Israël. C'est une médiatisation paradoxale car elle ne nous apprend rien au sens strict du terme, elle se contente de renforcer le stéréotype, celui de l'affrontement entre un État colonial et raciste tard venu dans le monde arabe (1948) et un peuple écrasé et spolié.

Dans le soutien aux Palestiniens, ce ne sont pas des êtres de chair et de sang qu'on souhaite aider mais des idées pures : sur cette rive est de la Méditerrannée, les intellectuels, écrivains, politiciens vont moins enquêter sur un antagonisme précis - un litige immobilier entre deux propriétaires légitimes, comme le dit Amos Oz - que régler leurs comptes avec la culture occidentale.

Déjà en 1969, Georges Montaron écrivait dans Témoignage chrétien, organe catholique de gauche : "Jésus-Christ est avec les Palestiniens, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens dès l'instant qu'ils sont pauvres [...] ce sont eux les réfugiés, les vrais lieux saints de Palestine, les véritables témoins du Dieu toujours vivant". Quelque jours plus tard, le même Montaron écrivait : "Au coeur de tous les pauvres du monde arabe, les fedayin sont des héros, l'image vivante du libérateur. Comme Che Guevara en Amérique latine, la résistance palestinienne est une flamme qui éclaire les opprimés et s'étend de proche en proche. Ici, plus que chez nous, la résistance est synonyme de Révolution et elle a une puissance messianique incalculable." (Georges Montaron, 18 décembre 1969, Témoignage chrétien; Cette vision a été reprise telle quelle par certains membres de l'entourage de Yasser Arafat, en 2002, au moment de siège de l'autorité palestinienne à Ramallah par Tsahal. Jibril Radjoub, conseiller à la sécurité du président Arafat déclarait : "Les Palestiniens sont quotidiennement soumis aux mêmes souffrances que celles endurées par Jésus sur la croix."; "Comme celui du Christ, le sang d'Arafat va poursuivre les Juifs pour toujours".
Considérons maintenant ce qu'écrivait Edgar Morin le 19 février 2004 : "Il est vrai que les Palestiniens sont les humiliés et les offensés d'aujourd'hui et nulle raison idéologique ne saurait nous détourner de la compassion à leur égard." L'argument n'est pas faux mais pourquoi oublier les Tchétchènes, les Tibétains, les Soudanais du Darfour, les Congolais, tous passés à la trappe comme si seuls nous intéressaient les victimes d'un pays occidental et auréolées à ce titre d'une gloire particulière ?

Le soupçon nous vient alors que notre appréhension du Proche-Orient est moins politique que psychologique : il ne s'agit pas d'éteindre une source de tensions, de réconcilier des frères ennemis, mais de plonger sur un théâtre étranger nos propres mythologies.

(à suivre)
Je suis d'accord avec ce que vous dites à propos de l'avis d' Edgar Morin. Ma compassion n'est pas sélective. Je suis horrifiée par le sort des juifs. Je suis horrifiée par le sort des palestiniens. Pareil pour tous les gens opprimés de par le monde. Mon empathie ne demande pas l'origine des malheureux pour les plaindre.

Un enfant qui meurt, qu' il soit de n'importe où, c'est un enfant qui meurt (disait à peu près Barbara). Etes vous d' accord?

Cinci
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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Cinci » mar. 20 nov. 2018, 0:44

(suite)

Un arbitrage délicat

La France moderne, on le sait, est écartée entre deux mémoires douloureuses : celle de Vichy et celle de l'Empire, mais ce sont deux mémoires de poids inégal.

La colonisation semble moins lourde à porter que la collaboration, pour une raison simple : la défaite de 1940 et l'occupation ont mouillé l'ensemble du pays, l'ont sali autant que rabaissé, en dépit d'une résistance minoritaire courageuse. De ce traumatisme, notre pays , un demi-siècle après, se relève difficilement. L'aventure coloniale, en revanche, pour brutale et sanglante qu'elle fut souvent et en dépit d'un fort lobby à l'Assemblée durant la IIIe République, n'a concerné au final qu'une fraction de nos compatriotes. Comme en témoigne la rancoeur des rapatriés d'Algérie, ils se sont vite sentis lâchés par une métropole indifférente.

L'impérialisme français promu par Jules Ferry n'a pas été porté par une surabondance de forces, un surcroît de vitalité, mais par la hantise d'une déchéance, la volonté de réparer l'humiliation de 1870, l'angoisse de ne plus être à la hauteur des grandes puissances européennes. Ce fut un phénomène de compensation (Raoul Girardet) visant à éviter la chute dans un destin médiocre, la lubie d'une élite obsédée de grandeur, non le désir de la communauté nationale tout entière.

Les Français, hormis dans le cas de l'Algérie, colonie de peuplement, marchèrent si mollement dans les aventures outre-mer que les gouvernants durent mettre en place un véritable bureau de propagande, l'Agence économique des Colonies, qui avait pour mission de développer dans tout le pays, par des expositions, des films, la "fibre impériale" de la population.

La honte de la déroute militaire, de la participation du gouvernement Pétain à la déportation des Juifs (alors qu'au Danemark, par exemple, qui sauva tous ses Juifs, le roi lui-même avait choisi de porter l'étoile jaune en signe de solidarité) l'emporte sur celle des conquêtes africaines ou asiatiques, considérées aujourd'hui, par une majorité, comme des aberrations d'un autre âge. Entre aventure coloniale et accommodement avec l'hitlérisme, c'est de ce dernier péché dont il vaut mieux s'exonérer. Si l'on peut prouver que les Juifs, une fois constitués en État, reproduisent sur plus faibles qu'eux ce qu'ils ont enduré jadis de la part de plus forts, alors la passivité voire la complicité des nations européennes vis-à-vis du Troisième Reich diminue d'autant.

Israël est donc deux fois condamnable : appendice occidental enkysté en Orient, il masque son appétit territorial sous le paravent d'un tort insurmontable, le génocide, comme si les Arabes devaient payer pour un crime commis jadis en Europe. A l'ancien reproche de cosmopolitisme adressé hier par l'extrême-droite répond celui d'illégitimité porté par la gauche.

Voilà donc que la haine de l'Occident passe désormais par la haine des Juifs qui en deviennent la communauté emblématique [...] De là que l'affrontement israélo-palestinien est vu comme le symbole de la négation du droit arabe et musulman par le monde occidental. De là, encore, l'incroyable tolérance de nos élites intellectuelles, politiques, médiatiques envers le terrorisme palestinien : attentats, bombes humaines sont condamnés mais du bout des lèvres, voire justifiés comme un acte de désespoir, le remboursement légitime des sauvageries commises par les forces armées juives. Aucune horreur des candidats au suicide, avec leur mythologie grotesque des 70 vierges qui les attendent au paradis, ne compensera jamais à leurs yeux, l'ignominie des Israéliens.

De là, enfin que l'intelligentsia française et une partie de la gauche, malgré un antifascisme sourcilleux élevé au rang d'une mystique républicaine, aient gardé la bouche close devant le déferlement de judéophobie d'origine immigrée qui a frappé la France à partir de la seconde Intifada.

Il est symptomatique que la France chaque fois qu'elle est en délicatesse avec son identité, s'en prenne à ses Juifs même si c'est aujourd'hui à travers le prisme proche-oriental. Rapport passionnel : la France s'est presque soulevée pour défendre la réputation d'Alfred Dreyfus, accusé de trahison.

"Une nation capable de se diviser pour l'honneur d'un petit capitaine juif est une nation où il faut se rendre sans attendre", disait son père lithuanien au futur philosophe Emmanuel Levinas avant la Seconde Guerre mondiale.

Mais dans les années 2000, les gardiens du dogme résistantialiste, qui traquaient partout les moindres traces de complaisance envers la doctrine nazie, se sont mués soudain en complices des vexations, des insultes, des coups à l'égard de leurs concitoyens israélites. Rien de comparable bien sûr avec les années 30, juste assez de tracas, de soupçons pour empoisonner la vie quotidienne.

Témoin de cette mentalité, le livre du philosophe Alain Badiou, l'auteur compare l'État d'Israël en tant qu'État archaïque à la France de Pétain [...] un État qui planifierait par ailleurs le génocide des Palestiniens. Pour Badiou, reprenant l'antijudaïsme traditionnel de l'Église, le vrai juif est celui qui doit s'annuler en tant que juif et se fondre parmi les hommes. Pour lui, se dire juif c'est déclencher immédiatement la passion antisémite. Une double conclusion s'impose : il faut éliminer Israël et inviter les Juifs à s'effacer comme tels, à devenir des goys comme les autres. Le vrai juif est celui qui aspire à sa propre disparition. Sur le livre de Badiou, on lira notamment Eric Marty, Alain Badiou, "L'Avenir d'une négation", Les Temps Modernes, hiver 2005-2006.

Contraints de départager entre deux minorités, beaucoup d'intellectuels , sympatisants actifs de la cause palestinienne, ont préféré au nom d'un antiracisme strict, abandonner les Juifs au profit des Arabes, jugeant les premiers injustement favorisés, les seconds injustement déshérités, passant par pertes et profits le sentiment de solitude et le délaissement des premiers. Les actes de violence, le fait qu'en France, beaucoup d'hommes et de femmes ne puissent plus arpenter les rues d'une cité couverts d'une kippa ou arborant une étoile de David, que les enfants juifs ne puissent plus être éduqués dans n'importe quelle école, ont été excusés par le malaise des jeunes de banlieue.

Cinci
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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Cinci » mar. 20 nov. 2018, 1:30

Et enfin ...


Le double maudit

Pour ses détracteurs, l'Empire du Mal est bicéphale, il fonctionne en tandem par culture réciproque des mêmes défauts, à Washington comme à Jérusalem. Les loups soutiennent les loups. Si l'on se défausse sur Israël du crime de la Shoah, c'est bien de la faute coloniale dont on se déleste sur les États-Unis. Car la méchante Amérique condense en un seul lieu, un seul peuple, un seul système toute l'abjection dont l'Europe fut jadis capable. Parasite, meurtrière, arrogante, elle semble revêtue de tous les signes auxquels on reconnaît la culpabilité de l'Occident : aussi riche qu'inégalitaire, dominatrice, polluante, fondée sur un double crime, le génocide des Indiens et la traite des Noirs, ne prospérant que par la menace et les canons, libérale en paroles, protectionniste en fait, indifférente aux institutions internationales qu,elle soutient du bout des lèvres, tout entière vouée au culte du billet vert, la seule religion de ce pays matérialiste.

Pour que le Vieux Monde, entaché de ses fautes séculaires, puisse retrouver sur le dos du grand-frère d'outre-Atlantique une virginité perdue, il faut que le Satan américain occupe plusieurs rôles contradictoires : assez proche pour réunir les traits que nous détestons chez nous mais assez loin pour ne pas dissimuler une distance infranchissable. Il doit être le maudit de la famille, la progéniture déshonorante, le chancre lové au coeur de l'Occident. Comme l'antisémitisme, "allergie à l'altérité minimale", la haine s'adresse à l'intime dont on désavoue l'intolérable proximité.

L'Amérique est un double de l'Europe, peut-être, mais au sens où les parents les plus sains peuvent enfanter des anormaux et nourrir à leur égard des rêves infanticides. Dès lors, notre malaise cesse de tourner à l'autoflagellation et se déporte sur ce tiers providentiel, symbole du crime absolu.

C'est pourquoi l'anti-américanisme est chez nous un véritable passeport pour la notoriété : il a valu au dramaturge Harold PInter, féroce détracteur de Bill Clinton et de Georges Bush mais par ailleurs membre du comité de soutien à MIlosevic, le prix Nobel de littérature en 2005 et à Michael Moore la Palme d'or à Cannes pour son documentaire "Fahrenheit 911" en 2003.

La phobie de l'Amérique, notre dernière religion civique en Europe de l'Ouest, nous permet d'échapper à la mauvaise conscience en nous affiliant aux continents anciennement colonisés. La France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, devenus des nains politiques, semblent proclamer aux yeux de l'opinion publique : "nous divorçons de l'Occident pour nous rapprocher du Sud, nos intérêts sont identiques".

Étrange fortune du mot "Occident" vomi par l'extrême droite et l'extrême gauche, vitupéré par les nazis même si certains groupuscules ont pu s'en revendiquer. Il a toujours signifié, dans les propagandes nationalistes de l'Europe, ce mal venu de l'Ouest : de Dostoïevski, slavophile militant opposant la Sainte Russie à la "maudite lie libérale", jusqu'à Thomas Mann défendant dans son Journal de 1914 l-1918 l'âme allemande contre la civilisation mécanique propagée par la France et l'Amérique, sans oublier Heidegger distinguant le monde déshumanisé de la technique, incarné par les États-Unis et l'URSS, de l'authenticité germanique. Si bien que chaque pays européen peut être l'Occident de l'autre et toute l'Europe rejeter ce concept sur la seule Amérique.

[...]

Observons que pour Jürgen Habermas, l'ouverture de la République fédérale allemande à la culture occidentale est "la plus grande réalisation intellectuelle de notre après-guerre", la seule qui autorise la patriotisme constitutionnel en évitant à l'Allemagne de retomber dans l'idéologie centrale-européenne cf Devant l'histoire, les documents de la controverse sur la singularité de l'extermination des Juifs par le régime nazi, Cerf, 1988, préface de Luc Ferry.

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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Pathos » mar. 20 nov. 2018, 18:14

C'est d'une malhonnêteté intellectuelle incroyable...ou alors ce texte doit dater un peu car la critique d'Israël est aujourd'hui quasiment interdite.
M Bruckner devrait passer quelques semaines sur le terrain peut être changerait-il sa prose.

Cinci
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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Cinci » mer. 21 nov. 2018, 14:38

Une malhonnêteté intellectuelle ?

:-D

Le trait m'amuse assez. Pathos : vous avez réussi à me faites rire pour l'occasion. Je me battrais un peu les cuisses parce que, justement, j'étais sûr que vous réagiriez négativement aux propos de Bruckner. J'avais ce pressentiment diffus à l'effet que si quelqu'un devait jamais réagir ici ce serait Pathos qui le ferait le premier.

Quoi dire ?

On se trouve bien sûr dans le domaine de l'interprétation avec ce que raconte notre commentateur. Et puis c'est vrai que le texte date un peu. Mais la date importe à rien selon moi vu que ce qu'il croit comprendre nous renverrait à une sorte de dynamique de fond qui n'a pas commencé hier. Il évoque des sortes de lignes de force ou grands courants de société traversant notre monde occidental.

Je ne serais pas nécessairement d'accord avec chacune de ses inflexions de pensée, mais je trouve quand même qu'il a de bonnes intuitions. Je me dis tant mieux s'il voit des choses que je ne vois pas ou s'il peut mettre en lumière une autre facette de nos sociétés qui sont complexes et probablement pas unidimensionnelles. Je veux bien croire qu'en l'espace de dix ans une redistribution des cartes puisse intervenir dans le jeu politique, en France comme ailleurs. Qu'avec des Trump ou des Macron au pouvoir nos pays puissent davantage resserrer leurs liens avec l'État israélien et - certes ! - non pas pour réprouver la clique politicienne au pouvoir là-bas.

Mais il faut se rappeler que Bruckner parle d'une certaine gauche morale et d'un certain lot d'intellectuels. Je trouve qu'il est particulièrement "aidant" pour nous faire mieux saisir peut-être dans ses profondeurs - allez savoir ? - le phénomène du politiquement correct et de ses nombreuses aberrations apparentes. Je pense à cette incroyable tolérance envers le fascisme vert et antisémite ou cet amour proprement inimaginable (un amour de principe) envers l'immigré musulman de la part de tant de "suppôts" des Lumières, de même que pour expliquer éventuellement le scandale absolu pour moi que représentera toujours l'alliance objective de nos syndicats féministes avec les barbus et prédicateurs d'un islam le plus réactionnaire qui soit. Scandale total, archi-complet et achevé ! Ou pourquoi personne ne se sera vraiment levé (aucun Jean-Paul Sartre descendu dans la rue et crachotant dans un mégaphone) pour défendre quelque Salman Rushdie contre des ayatollahs de tout poil.

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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Cinci » mer. 21 nov. 2018, 15:12

Bassmeg a écrit :
Un enfant qui meurt, qu' il soit de n'importe où, c'est un enfant qui meurt (disait à peu près Barbara). Etes vous d' accord?
Je serai d'accord sur la chose.

Sauf qu'en tant qu'observateur il nous faudrait bien reconnaître qu'il y a des morts qui nous touchent plus, qui auront cette propriété de nous émouvoir davantage, de capter notre attention ou de nous mobiliser. Ex : la mort des dessinateurs de Charlie Hebdo mobilise extraordinairement plus l'opinion publique en France que la mort de centaines d'enfants au Congo par suite de quelque épisode d'une interminable guerre civile. C'est dans ce sens que Bruckner nous dit que les victimes palestiniennes de l'armée israélienne feront réagir cent fois plus les commentateurs en Europe que les victimes de quelque dictateur africain plus ou moins obscur, et ce, même si les victimes du douzième bataillon des forces spéciales israéliennes vont se compter sur les doigts d'une seule main en comparaison des dix mille résultant de la répression de l'autre.

Bruckner nous dit que si nos intellectuels ou nos journalistes réagissent si fortement dans le cas d'Israël mais alors la raison s'en trouve dans le fait que nous verrons dans le méfait des forces israéliennes quelque chose comme le symptôme évident d'un mal qui serait bien typique de l'Occident. A travers la lorgnette du crime des Israéliens, les commentateurs voient le crime d'un Occident dont les mains seraient pleine de sang ! C'est d'où le titre de l'ouvrage : la tyrannie de la pénitence ou essai sur le masochisme occidental. Ce sont des occidentaux qui tirent à boulet rouge sur l'Occident même si l'on semble tirer sur Israël à première vue. Je trouve que son idée se défendrait assez bien.

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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Cinci » mer. 21 nov. 2018, 15:24

Bruckner plaçait en exergue de son ouvrage :


"Nous sommes dans un temps où les hommes,
poussés par de médiocres et de féroces idéo -
logies, s'habituent à avoir honte de tout. Honte
d'eux-mêmes, honte d'être heureux, d'aimer
et de créer [...] Il faut donc se sentir coupable.
Nous voilà traînés au confessionnal laïque, le
pire de tous."

- Albert Camus, Écrits politiques, 1948

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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Pathos » mer. 21 nov. 2018, 19:13

vous avez réussi à me faites rire pour l'occasion.
C'est déjà ça ;)
Quoique le sujet est plutôt grave..

Et puis c'est vrai que le texte date un peu.
C'est bien ce que je pensais..
je trouve quand même qu'il a de bonnes intuitions.
Sauf qu'elles ne débouchent sur rien sinon l'idée d'auto flagellation occidentale qui n'a rien d'une pathologie mais bien d'une doctrine patiemment infusée ! Mais Monsieur Bruckner se demande t-il par qui et pour quoi ? non.. dommage.
La bien pensance n'est pas seulement une mode mais bien un mode de penser qui nous est inculqué aujourd'hui (dès le plus jeune âge d'ailleurs) ; il parait même que l'on vote mal !
Bruckner parle d'une certaine gauche morale
C'est bien là que son papier date un peu la bienpensance embrasse maintenant les bobos de tout bord.

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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Pathos » mer. 21 nov. 2018, 19:19

Bruckner nous dit que si nos intellectuels ou nos journalistes réagissent si fortement dans le cas d'Israël
C'était le cas dans les années 60 ; la cause Palestinienne était à la mode. Aujourd'hui citez-moi un seul qui critique Israël ?

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Re: Bruckner et la gauche morale en France

Message non lupar Cinci » jeu. 22 nov. 2018, 16:46

Pathos,

Je me souviens qu'à l'époque du fameux siège de Ramallah dont parle Pascal Bruckner les méthodes de l'armée israélienne avaient grandement bouleversé bien du monde, dans l'opinion publique occidentale. Tout comme il est vrai que la fameuse initiative consistant à enclaver des zones israéliennes derrière un "mur de Berlin" et de rendre très difficile les communications routières entre les îlots palestiniens avaient rapidement suscité le genre de réflexe dont il parle avec des comparaisons peu flatteuses des sionistes avec les pires racistes qui soient.

Je pense qu'il aurait raison de rappeler qu'autant la réaction du monde occidental à la guerre des six jours, en 1967 et suite à l'écrasante victoire d'Israël sur ses adversaires, fut une réaction positive des chancelleries de l'Ouest, et aura eu pour conséquence de les remplir d'admiration pour ce petit pays désormais perçu tel ce vaillant David capable d'administrer une sévère correction au Goliath arabe d'en face. Il y a bien eu un retournement de veste des capitales occidentales et comme "plus en faveur que jamais pour Israël" à la suite de cette démonstration de force. Or que depuis ce temps l'image de ce pays se sera sérieusement dégradé chez nous, en conséquence de la colonisation en Cis-Jordanie et qualifiée aussi d'occupation; avec la répression perpétuelle des contestataires arabes, etc.

Vous me demanderiez ...

Des observateurs occidentaux qui critiquent solidement Israël ?

Mais il y en a certainement en France comme chez nous et même aujourd'hui. Je me souviens du fameux reportage de Charles Enderlin où un petit Palestinien effrayé avait dû périr sous les tirs de la soldatesque israélienne. Il est évident que l'affaire aura soulevé l'ire de beaucoup dans l'opinion. La chose ne date pas de cinquante ans ! Des Alain Gresh peuvent écrire des livres, le mouvement "Boycott Israël" peut se développer depuis. Tout comme au Québec nous pourrons avoir un nouveau parti politique de gauchistes (qui vient juste d'obtenir ses quartiers de noblesse électoralistes) et dont la vulgate partisane interne et publique à la fois en ferait bien une sorte de lobby dédié à la démonisation du sionisme, en contrepartie d'y prendre fait et cause pour l'immigration musulmane et dénonçant comme "racistes" tous ceux qui rêveraient d'empêcher les promoteurs de la charia de se ballader partout dans leur super uniforme de militant.

O.K. je pourrais reconnaître un aspect des choses parmi celles que vous pensiez peut-être ...

Là où vous auriez raison, Pathos, c'est sur le fait qu'il y aura bien une sorte d'occultation du point de vue des intellectuels importants (et susceptibles aussi de critiquer salement Israël) dans les médias dirigés vers le grand publique.

Il serait parfaitement vrai de dire (selon moi) que "nos" politiciens se sentent liés plus que jamais à la classe politique dominante qui gouverne en Israël. Ça, oui. Là-dessus je dis : oui et re-oui. Et tout comme monsieur Macron (j'aime en parler ;) ) peut se solidariser cent fois plus avec un monsieur Netanyahou politicien qu'un Charles de Gaulle l'aurait jamais fait. C'est sûr !

Mais cette collusion "sympatique" des uns avec les autres, au sommet des États, n'empêche en rien nos fameux animateurs ou observateurs d'une sorte de gauche morale de se fendre d'une haïssance de ce que l'État hébreu serait, de ce qu'il représenterait ou de ce qu'il serait apparemment devenu. Et Bruckner dit que ce qui est détesté par ces intellectuels de gauche à travers le prisme de l'État hébreu ce n'est pas la "race juive" comme chez des hallucinés de l'an 1933 mais bien notre monde occidental matérialiste et son idolatrie de l'argent-roi.


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