Dire non aux idéologues de la diversité

« Par moi les rois règnent, et les souverains décrètent la justice ! » (Pr 8.15)
Cinci
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Re: Dire non aux idéologues de la diversité

Message non lupar Cinci » ven. 22 sept. 2017, 22:19

(autre commentaire de Mathieu Bock-Côté)


La souveraineté nationale est-elle réactionnaire?

La souveraineté nationale est-elle appelée à se dissoudre progressivement dans une société mondialisée délivrée des vieilles frontières nationales et de celles qui existent entre les civilisations? Ou demeure-t-elle un cadre indispensable pour l'existence des nations, leur déploiement, leur développement?

Ce sont les paroles de Manuel Barroso qui ont précipité cette querelle* : le président de la Commission européenne a qualifié les défenseurs de l'exception culturelle de "réactionnaires".




L'homme idéal de la mondialisation, c'est le nomade, le citoyen du monde qui se construit une culture hybride et n'entretient plus un lien privilégié avec sa société. Ce qu'on apprécie de lui, c'est justement son caractère déterritorialisé et sa prétention à pouvoir se déplacer partout sur la planète selon les exigences du marché, pour peu qu'on lui garantisse ses droits. Il est évidemment un être dépolitisé qui évolue exclusivement dans le domaine privé, ou ne s'engage publiquement que pour des motifs humanitaires circonstanciels.

Pour les européistes, l'idéal est le suivant : l'humanité est appelé à transformer sa diversité fondatrice en mettant en place une architecture politique mondialisée. L'Europe serait le point de départ de cette unification dont l'extension ne saurait connaître quelque limite définitive. D'ailleurs, l'Europe telle qu'elle se laisse définit politiquement n'a plus aucun substrat historique : on la réduit à des valeurs universelles comme les droits de l'homme, la démocratie, le libre-marché ou l'état de droit. Ce sont des valeurs éminemment nobles, évidemment, mais qui ne sauraient pour autant fonder seules une communauté politique.





Ce qui est fascinant chez les partisans du globalisme libéral, c'est leur certitude absolue d'aller dans le sens de l'histoire dont ils ont décodé le secret et l'orientation. L'insulte choisie par Barroso pour qualifier ses adversaires est révélatrice : le "réactionnaire" c'est celui qui va à contre-courant de la marche évidente de l'histoire et du progrès. Il s'oppose à l'émancipation humaine, qui prendrait nécessairement le visage du démantèlement des nations et des cadres politique qui ont permis leur développement.

L'aversion contre la nation demeure un des traits politiques les plus profonds d'une certaine mentalité progressiste qui s'Imaginent toujours que les frontières étouffent l'homme davantage qu'elles ne le protègent. Elle recycle le vieux vocabulaire de l'extrême-gauche pour disqualifier les adversaires des grandes utopies censées accoucher d'une société parfaite. A certains égards, le globalisme libéral a succédé au marxisme comme philosophie de l'histoire. C'est en se déculturant que l'homme s'épanouirait. La mondialisation se pose comme un nouveau dieu dont on doit passer tous les caprices. Il faut en toutes circonstances "s'adapter à la mondialisation" et se soumettre à l'empire universel de la marchandise. Elle a ses règles : il faut les suivre.

La liberté est réduite à peu de chose : il faut désormais consentir à ce qui se présente comme un mouvement inéluctable. C'est la loi d'airain de la modernité, qui ne tolère pas que l'on doute du chemin qu'elle nous fait prendre. On oublie trop souvent qu'il existe à plusieurs égards un fanatisme de la modernité. Jamais on ne renverse l'hypothèse.

Jamais on ne suppose qu'il pourrait être nécessaire d'adapter la mondialisation au nations, pour éviter qu'elle ne dissolve leur identité, qu'elle ne défasse leur souveraineté et qu'elle me démantèle les institutions gardiennes de leur culture. Jamais on ne suppose que l'homme ne désire peut-être pas s'affranchir du cadre national et qu'il s'y attache légitimement, quoi qu'en pensent les élites mondialisées.

S'il faut vivre dans son époque, il serait fou de s'y jeter en oubliant les permanences humaines; en les refoulant, on risque moins de les faire disparaître que de les rendre pathologiques. C'est ce qui arrive aux cultures et aux identités collectives : c'est lorsqu'on veut les faire disparaître qu'elles se crispent et s'absolutisent. C'est le paradoxe de la modernité que de créer des maux qu'elle prétend combattre. Elle a besoin de s'Inventer des démons pour renouveler chaque fois sa prétention à incarner le parti du bien.


* 18 juin 2013 : intervention de Barroso au moment de la négociation d'un accord commercial entre les États-Unis et l'Europe

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Re: Dire non aux idéologues de la diversité

Message non lupar Cinci » ven. 20 oct. 2017, 6:06

Petit billet de Louise Beaudouin, le 16 octobre 2017 :

Enchâssé dans la Constitution canadienne depuis 1982 par l’article 27 de la Charte canadienne des droits, le multiculturalisme comme modèle de gestion de la diversité au Canada démontre presque en continu ses excès et ses failles. Ce multiculturalisme et ses dérives ont été dénoncés, dès 1995, par le grand écrivain québécois Neil Bissoondath dans son essai Selling Illusions, et depuis par Boucar Diouf et tant d’autres.

Dans sa version extrême, celle que défend et incarne Justin Trudeau lui-même, le multiculturalisme conduit à la négation d’un socle commun. Or, il se trouve que ce socle, la plupart des Québécois, souverainistes ou non, cherchent depuis toujours à le pérenniser. Ce « patrimoine » englobe aujourd’hui la langue française, quatre siècles d’histoire, une culture spécifique, des institutions politiques, sociales et économiques distinctes telles que le Mouvement Desjardins, le Chantier de l’économie sociale et la Caisse de dépôt : un ensemble qui constitue le « modèle québécois ».

Dans ce Canada devenu un état postnational — comme se plaît à le dire son premier ministre — où vivent côte à côte les communautés et où « il n’y a pas d’identité fondamentale, pas de courant dominant », il n’y a donc pas de place pour la nation québécoise. Justin Trudeau lui-même, en 2007, un an après l’adoption par la Chambre des communes d’une motion, pourtant sans portée concrète, qui affirmait que les « Québécois forment une nation dans le Canada uni », la reniait tout simplement.

[...]

En son coeur même, le multiculturalisme est une arme politique déjà utilisée par Trudeau père pour mieux rejeter l’existence de la nation québécoise dans un ensemble plus vaste, où elle ne peut qu’être niée, banalisée, marginalisée. Le multiculturalisme« hardcore » s’attaque insidieusement à l’image qu’ont les Québécois d’eux-mêmes pour constamment les ramener au statut de minorité comme les autres au sein du Canada.



http://www.ledevoir.com/societe/actuali ... li-sur-soi

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Re: Dire non aux idéologues de la diversité

Message non lupar Cinci » ven. 20 oct. 2017, 7:53

Contre l'aliénation linguistique

Dans Genèse de la société québécoise, lumineuse somme d'histoire nationale intelligemment interprétée, Fernand Dumont, en parlant d'une cassure propre à l'identité québécoise incarnée par ses parents, écrit ceci qui me semble s'appliquer de façon encore plus prégnante à l'actualité :
Dans la localité, parler l'anglais était considéré comme le comble du savoir, presque l'accès à la métaphysique. Nos parents ne manquaient pas de nous le rappeler.

Regardez autour de vous, plusieurs lois linguistiques et discours d'affirmation nationale plus tard. Que voyez-vous? Des parents qui ne jurent que par les stages d'immersion en langue anglaise pour leurs enfants; des jeunes qui, lorsque questionnés à ce sujet entre deux hits écoutés par le canal de leur walkman, s'empressent de répondre , sans l'ombre d'une hésitation parce que convaincus de fournir la bonne réponse, que l'anglais est absolument indispensable pour espérer un jour, pouvoir gagner sa vie [...]
Mon propos, je tiens à le préciser tout de suite, n'a rien à voir avec les sempiternelles envolées plaintives qui se complaisent dans le registre alarmiste du français qui dégénère. Autrement dit, Jean-Louis Roux ne m'intéresse pas et je suis bien d'accord avec Pierre Vadeboncoeur quand il dénonce "les mépris d'un élégant" et "qui glisse simplement son mépris pour les siens dans le mépris avec lequel ils sont regardés par d'autres." cf P. Vadeboncoeur, "Les mépris d'un élégant", dans L'Action nationale, octobre 1994, p. 1174

Comment résumer le problème? Comment expliquer surtout que la langue fasse figure pour presque tous les Québécois, semble-t-il, de détail très secondaire, alors qu'il s'agit là d'un enjeu de toute première importance? Comment, même comprendre ce dédain affiché à l'endroit de la langue française par ceux, ici même, dont c'est la langue maternelle, mais qu'ils ne considèrent plus maintenant qu'utile à lire une recette de pâté chinois et, par conséquent, obstacle à leur épanouissement qui passe, lui, bien sûr, par l'anglais?

Le phénomène est complexe et la force d'attraction exercée par la culture anglo-américaine n'explique pas tout.

L'aliénation linguistique découle aussi d'une réduction instrumentale et marchande de la langue. Dès lors, on comprend que, vue sous cet angle, la langue n'est plus qu'un vulgaire outil dont on peut se débarrasser cavalièrement lorsqu'une alternative plus efficace se présente. Considéré ainsi, dans une logique marchande, le français est à l'anglais ce que la main est à la masse lorsqu'il s'agit d'enfoncer un mur, c'est à dire discrédité.

Je me permettrai donc, ici, de citer un assez long extrait d'une réflexion d'André Belleau qui me semble résumer avec justesse le phénomène de l'aliénation linguistique, quelle que soit la langue concernée :
"... Bien sûr, le langage s'exerce toujours à travers une langue donnée, dans notre cas le français. Il passe obligatoirement par une langue. Le drame, donc, c'est que si on s,attaque à la langue d'un peuple en la refoulant, la dédaignant, on s'attaque à la faculté même du langage, on risque de mutiler et de diminuer la qualité humaine des individus de la communauté. Les hommes qui voient leur langue méprisée ne parlent tout simplement plus. Ce sont des silencieux. Le silence de l'humiliation. Voilà pourquoi ce n'est pas tellement le français comme langue qui est en cause [...] c'est bien plutôt l'essentielle fonction langagière d'une communauté humaine. Sur le plan individuel, la solution est facile : on change de langue. On adopte la langue dominante. Mais une collectivité de plusieurs millions de personnes scolarisées occupant le même territoire ne saurait aujourd'hui changer de langue. C'est une opération irréalisable. "
Problème de langage, donc, mais comme celui-ci passe obligatoirement par une langue, une attaque portée à cette langue devient, dans les faits, une tentative de spoliation d'un droit inaliénable de l'être humain qui est celui de se constituer en sujet parlant. Et le langage a beau être universel, il n'en demeure pas moins, nous rappelle Belleau, qu'il est aussi constitutif de tout un environnement.

Considération qui change la perspective et accorde à la langue un statut autre que celui de simple instrument. C'est la raison pourquoi l'essayiste québécois ajoute, un peu plus loin, en réponse aux partisans de l'assimilation, "je dis qu'il y a du mépris et de l'intimidation, et que nous devons cesser de nous excuser d'avoir des bras, des jambes, une langue, une société ..." Manière de dire que le droit au langage, étant universel, devrait aller de soi et n'être pas soumis aux impératifs économiques sur la base desquels on tente de justifier la "ringardisation" du français.

Dénonçant les méfaits du néolibéralisme dans la communauté anglo-québécoise, le sociologue Gary Caldwell résume en ces termes le postulat central de cette doctrine :
Le néolibéralisme est la doctrine selon laquelle des droits universels sont absolus et ne peuvent être subordonnés aux exigences sociales et politiques d'un contexte historique particulier; c'est la doctrine qui a donné naissance aux chartes ou déclaration des droits des personnes.
Or l'universel, pour les Québécois d'aujourd'hui, ne semble plus se situer au niveau du droit au langage, mais plutôt au niveau de la nécessité de parler anglais. De toute évidence, la leçon de Belleau n'a pas été comprise.

André Brochu, avec une férocité humoristique vivifiante, exprimait bien la perception actuelle que plusieurs Québécois ont du français :
"Du reste, je ne parlerai plus de l'anglophone, mais de l'Homme; ni de l'anglais, mais de la Langue. La Langue est au français ce que la puissance est au désespoir."
Et plus loin, afin de bien enfoncer le clou de notre auto-aliénation linguistique, il tirait la conclusion qui s'impose à celui qui rampe devant ceux qui ont eu la chance de naître marqué du sceau de l'universel, c'est à dire de l'anglais :
"Jamais il ne sera donné aux Québécois de vivre comme ces derniers, mais leurs enfants pourront du moins s'y efforcer, et les siècles bifferont le souvenir de ces bizarres déchets d'humanité qui, sur les bords du Saint-Laurent, ont pendant un moment prétendu ériger leur particularité linguistique et culturelle en système de survie, au mépris des droits de l'Homme qui stipulent l'alignement sur l'universel. "
Tiré de :

Louis Cornellier, Plaidoyer pour l'idéologie tabarnaco, p.46

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Re: Dire non aux idéologues de la diversité

Message non lupar Cinci » ven. 20 oct. 2017, 8:42

Dans le billet du 26 août 2017 :

Il en va de même dans la population. La relative unanimité par rapport aux acquis de la loi 101 que l’on pouvait constater il y a quelques années n’existe plus. Il y a, en effet, au-delà de la minorité anglophone, un courant chez les allophones et chez les francophones mêmes visant à « affranchir » ou à « libérer » les Québécois de ce « collectivisme linguistique », soutenu par ceux qui voient — à tort — dans la Charte un obstacle au bilinguisme individuel et, dans leur esprit, au succès économique, en même temps qu’une atteinte à la célébration continue du multiculturalisme, ou encore une entrave sur la voie permettant d’accéder à l’« Universel », qui ne peut se faire, selon eux, qu’en anglais.
et

Le très mauvais exemple venu de France

Évidemment, la loi 101 n’a pas d’emprise sur la volonté des locuteurs de s’exprimer en français ici au Québec et encore moins ailleurs.

En France, les élites, le président Macron en tête, n’hésitent pas, dès qu’elles le peuvent, à utiliser l’anglais, à défaut de parler la novlangue. C’est ainsi qu’au Québec, pendant la campagne présidentielle, l’équipe Macron distribuait sans gêne des autocollants unilingues anglais « Yes, we march ». La France a depuis longtemps délaissé ses obligations de promotion et d’utilisation du français dans les institutions internationales, à commencer par l’Union européenne, où l’anglais est roi, même en cette heure de Brexit. C’est sans parler de la candidature parisienne pour les Jeux olympiques, défendue par le slogan « Made for sharing ». Pour ces élites, le français n’est qu’une langue régionale et non plus une des dix grandes langues internationales parlées sur les cinq continents.

On comprend donc que c’est en Afrique que se jouera le salut de la langue française. Son avenir dépendra des décisions que prendront un certain nombre de pays du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Pour l’instant, le Maroc et la Tunisie ont réitéré leur appui au français comme langue seconde, alors que le Rwanda est passé à l’anglais. Ailleurs, dans de vastes pays comme la République démocratique du Con
go, la situation est incertaine et fragile.
http://www.ledevoir.com/politique/quebe ... -incertain

Il existerait un courant d'opinion parmi les francophones du Québec et qui se réjouirait d'une suppression de la charte de la langue française. Parce que cette dernière constituerait un obstacle à la célébration du multiculturalisme au Canada.


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