Hervé Kempf

Écoles et doctrines - Économie politique - Politique monétaire - Comptabilité nationale
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Fée Violine
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Message non lupar Fée Violine » jeu. 01 mars 2012, 1:03

J'évoquais sur le fil "quel livre lisez-vous en ce moment?" un livre d'Hervé Kempf, "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme". Voici une interview de l'auteur sur ce livre et sur le précédent, "Comment les riches détruisent la planète":

http://www.article11.info/?Herve-Kempf- ... s-vivons-n

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Comment les riches détruisent la planète

Message non lupar Fée Violine » lun. 05 mars 2012, 23:21

Bon, je finirai peut-être par mettre sur ce forum mes notes de lecture.
En attendant mes notes sur "Pour sauver la planète etc.", voici ce que j'avais noté de la lecture de "Comment les riches détruisent la planète" (du même auteur):

Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Seuil 2007

Plan :
Chapitre 1. La catastrophe. Et alors ?
Ch 2. Crise écologique, crise sociale
Ch 3. Les puissants de ce monde
Ch 4. Comment l’oligarchie exacerbe la crise écologique
Ch 5. La démocratie en danger
Ch 6. L’urgence et l’optimisme


Notes de lecture :

Chapitre 4.
Hervé Kempf cite un économiste américain d’origine norvégienne, Thorstein Veblen (« La théorie de la classe de loisir », 1899), pour qui l’économie est dominée par un principe : la tendance à rivaliser, à se comparer à autrui pour le rabaisser. « Si l’on met à part l’instinct de conservation, c’est sans doute dans la tendance à l’émulation qu’il faut voir le plus puissant, le plus constamment actif, le plus infatigable des moteurs de la vie économique proprement dite ».
La possession de la richesse ne répond pas à un besoin matériel, car les besoins concrets de l’existence sont satisfaits avec peu, mais au besoin de se distinguer d’autrui. L’économiste classique (capitaliste, marxiste) raisonne dans un univers de ressources rares et de besoins illimités. Veblen dit le contraire. Il n’y a donc pas besoin d’augmenter la production.
Le principe de consommation ostentatoire régit la société. Chaque classe étant mue par l’envie et la rivalité avec celle qui est juste au-dessus, c’est donc la classe supérieure qui définit le mode de vie.
Le ressort central de la vie sociale est la rivalité ostentatoire qui vise à exhiber une propriété supérieure à celle de ses pairs.
D’où de nos jours un amoncellement d’objets. Il n’y a pas de limite.
Veblen commence à être redécouvert par les économistes.
La course au rattrapage est d’autant plus frénétique que l’écart est grand.
L’ostentation et l’imitation déterminent le jeu économique.
Le niveau de consommation matérielle de notre civilisation est énorme et exerce une pression excessive sur la biosphère. Pourquoi, dès lors, les caractéristiques actuelles de la classe dirigeante mondiale sont-elles le facteur essentiel de la crise écologique ? Parce qu’elle s’oppose aux changements radicaux qu’il faudrait mener pour empêcher l’aggravation de la situation
- indirectement, par le statut de sa consommation : son modèle tire vers le haut la consommation générale, en poussant les autres à l’imiter ;
- directement, par le contrôle du pouvoir économique et politique, qui lui permet de maintenir cette inégalité.
Pour échapper à sa remise en cause, l’oligarchie rabâche l’idéologie dominante selon laquelle la solution à la crise sociale est la croissance de la production.
En fait la croissance à la fois augmente l’inégalité et aggrave la situation écologique. Et pourtant, parmi les économistes, les politiques, les médias, personne ne critique la croissance, qui est le grand tabou de la pensée contemporaine.
« Pourquoi ? Parce que la poursuite de la croissance matérielle est pour l’oligarchie le seul moyen de faire accepter aux sociétés des inégalités extrêmes sans remettre en cause celles-ci. La croissance crée en effet un surplus de richesses apparentes qui permet de lubrifier le système sans en modifier la structure ».

Chapitre 5.
« L’oligarchie mondiale veut se débarrasser de la démocratie et des libertés publiques qui en constituent la substance ».
Plutôt que des dictatures violentes (Hitler Mussolini Staline), la classe dirigeante préfère l’abâtardissement progressif de la démocratie.
« L’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée (…). Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir » (Tocqueville).

Les USA avaient 500 000 prisonniers en 1980, 2 200 000 en 2005.
Titres des sous-chapitres :
« Une politique pour les pauvres : la prison»
« Criminaliser la contestation politique»
« Vers la surveillance intégrale »
« la trahison des médias»


« Le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie.
La démocratie devient antinomique avec les buts recherchés par l’oligarchie : elle favorise la contestation des privilèges indus, elle alimente la remise en cause des pouvoirs illégitimes, elle pousse à l’examen rationnel des décisions. Elle est de plus en plus dangereuse, dans une période où les dérives nuisibles du capitalisme deviennent plus manifestes ».


« Le désir de catastrophe
« Plus vite l’Europe s’effondrera, mieux cela sera pour les USA, dont les chances de battre le terrorisme global seront améliorées économiquement et militairement par l’arrivée des Européens les plus brillants et les plus courageux, sous l’effet de la panique » (Gunnar Heinsohn, sociologue, Wall Street journal, 2000). »


Vers 1990, triomphe du capitalisme
1996, les USA ont un système d’écoutes des communications de leurs alliés
2000, aux USA le candidat avec le moins de voix est élu
Surtout post-11/9/2001 essor extraordinaire des offensives contre les libertés. L’administration américaine surveille le téléphone, les transactions bancaires, les transports aériens. Camp d’internement. Rétablissent la torture (déportent des détenus vers des pays étrangers).
« Il importe que les occidentaux aient peur. Les autres, on le sait, n’ont guère le privilège de goûter à la démocratie ».
« Cette démocratie [les USA] si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme ; loin de la menacer, il est le gage ultime de son maintien perpétuel ; puisqu’elle n’aura plus à être jugée sur ses résultats, mais sur ses ennemis » (Mehdi Belhaj Kacem).
« Appelons ‘technique poussée d’interrogatoire’ la torture, ‘démocratie’ le régime promu par M. Bush et ses amis européens, et tout va bien, la liberté prospère.
À côté de l’épouvantail du terrorisme, il est utile d’agiter un autre épouvantail, celui de la délinquance et de la sécurité ».



***********

Du même auteur :
* Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Seuil 2009 http://www.reporterre.net/spip.php?article125
* Gaza, la vie en cage, Seuil 2005
* La guerre secrète des OGM, Seuil 2003
* La révolution biolithique. Humains artificiels et machines animées, Albin Michel 1998
* La baleine qui cache la forêt. Enquête sur les pièges de l’écologie, la Découverte 1994
* L’économie à l’épreuve de l’écologie, Hatier 1991

Pour écrire à l’auteur : planete@reporterre.net
Son site : http://www.reporterre.net

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Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Message non lupar Fée Violine » mar. 06 mars 2012, 1:13

Le temps de copier les passages que j'ai soulignés dans le livre, et voici:

Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Seuil, 2009

C’est un petit livre (150 pages) mais plein d’intérêt, de faits et de chiffres.

« Dans les trois dernières décennies, le capitalisme a réussi à imposer totalement son modèle individualiste de représentation et de comportement, marginalisant les logiques collectives qui freinaient jusqu’alors son avancée ».
« L’avenir n’est pas dans une relance fondée sur la technologie, mais dans un nouvel agencement des relations sociales ».

1. Le capitalisme, inventaire avant disparition

« Un aspect essentiel de la financiarisation de l’économie est la systématisation de la corruption. Ce n’est pas un caractère secondaire, mais un des principaux moteurs. Max Weber plaçait l’éthique protestante au cœur de l’esprit du capitalisme et le capitalisme naissant s’est traduit par une régression de la corruption. (…) Le capitalisme prospère désormais sur le lucre, l’exhibitionnisme et le mépris des règles collectives ».
Exacerbation de l’idéologie individualiste, évasion fiscale, abus de biens sociaux au profit des dirigeants, un cynisme ahurissant (« 1970-2004, pour chaque dollar prêté à l’Afrique subsaharienne, 60 cents en repartaient la même année sous forme de fuite de capitaux »), aussi dans les pays occidentaux (caisses noires, pots-de-vin, allers-retours entre haute fonction publique et direction d’entreprises), perte du sens de l’honneur (parachutes dorés), expansion d’une économie criminelle (USA : le ministre de la justice s’inquiète publiquement de « la pénétration par le crime organisé du secteur de l’énergie et d’autres secteurs économiques stratégiques ». Russie : les oligarques ont vampirisé l’économie), paradis fiscaux.
« Dure aux faibles, douce aux forts, la loi du capitalisme triomphant distille le poison du délitement du respect des règles collectives ».

« Les décideurs continuent de promouvoir une croissance maximale de l’économie. Et vilipendent les bien modestes appels à la décroissance qui parviennent à percer la muraille des médias capitalistes. Mais en réalité… nous sommes en décroissance ! L’expansion économique est si polluante que la dégradation du capital naturel se poursuit à un rythme accéléré ».

2. La névrose des marchés

Ce chapitre commence par une comparaison entre deux objets symbolisant le changement de mentalité : un landau de 1970, une poussette de 1997 (pour ceux qui n'ont pas d'enfants, je précise que dans un landau, l'enfant est entouré, protégé, et face à sa mère. Dans la poussette, il est face au monde extérieur, ne voit pas sa mère, et il est au ras de la rue et de tous les dangers). « Dans le landau, une personne entourée et en relation ; dans la poussette, un individu lancé dans un monde inconnu. La plus grande victoire du capitalisme dans les trois dernières décennies n’est pas d’avoir ouvert le marché mondial, fait exploser les inégalités, relancé par la numérisation généralisée la course technologique ; elle est d’avoir transformé la conscience publique, en la convainquant de donner à l’individu une position démesurée par rapport aux relations humaines ».
« Présenter l’individu comme totalement responsable de sa condition permet de gommer la responsabilité de l’organisation sociale, et donc de ne pas la mettre en cause ».
Réduction du social au couple moi/autrui, la psychologie plutôt que la politique, diviser pour dominer, un monde de compétition et de peur, privatisation de l’espace public, perte du lien social (« la société, ça n’existe pas », a dit Margaret Thatcher).
Oubli du collectif aussi dans la bien-pensance écologique : « Dans le paradis capitaliste, il suffit que nous fassions 'les bons gestes pour la planète', et 'les politiques et les industriels suivront' » !!!
L’idéologie individualiste détruit aussi la famille, qui est pourtant « un cercle d’amour » et « une cellule de protection économique », => « une grande partie des travailleurs pauvres sont des femmes seules avec enfants ».
Maintien de l’ordre, « jouant sur le besoin de sécurité de populations à qui les ressorts économiques de l’injustice sont soigneusement cachés ». Les groupes pétroliers russes sont autorisés à lever des armées privées de protection des oléoducs. Prisons privées. Etc.
« Dormez en paix, braves individus, la démocratie capitaliste est bien gardée. Contre vous, quand vous vous réveillerez ».

La télé opère « un conditionnement psychique qu’aucune civilisation humaine, quel qu’ait été son degré de despotisme, n’a jamais connu ».
L’humain lui-même devient marchandise (femmes, enfants, organes).
« L’alliance du sexe et de la télévision, puis d’internet, est un des outils les plus puissants utilisés par le capitalisme pour aliéner ses sujets ».
« Le capitalisme arrivé à son apogée, donc au stade de sa dégénérescence imminente, n’a plus à s’embarrasser des idéaux dont il prétendait naguère encore recouvrir sa réalité profonde ».
Définition du capitalisme par Al Capone : « le racket légitime organisé par la classe dominante ».
Définition par l’auteur : « un état social dans lequel les individus sont censés n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation ».
Définition par l’économiste Karl Polanyi : « la logique poussant à croire que le mécanisme du marché pouvait régir l’ensemble des activités sociales ».
« Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus » (Hannah Arendt). Le capitalisme veut éliminer le langage, donc l’humain, qu’il remplace par la technique.

3. Le mirage de la croissance verte

Les déchets nucléaires sont un problème moral insoluble.
« L’énergie du futur, un concept empoisonné ». Le nucléaire serait-il la solution au réchauffement climatique ? L’AIE (Agence internationale de l’énergie, pourtant très favorable au nucléaire) a calculé que mettre en service 610 nouveaux réacteurs d’ici 2030 conduirait à une réduction des émissions de dioxyde de carbone de 6% en 2050 ! Donc ça ne vaut pas la peine !
Les éoliennes non plus ne changent pas la donne énergétique, car « le capitalisme ne les met pas en œuvre pour répondre au changement climatique, mais pour réaliser un profit », « elles ne font que participer à la frénésie de construction de capacités électriques de toutes sortes », selon le « dogme intangible selon lequel il est inéluctable d’augmenter la consommation électrique ». Le développement des énergies renouvelables n’est qu’un alibi.
On pense que « la technologie résoudra le problème, sans que l’on ait à changer en profondeur le mode de vie occidental ni la répartition des richesses, paramètre essentiel mais toujours tu ». « Tous les milieux économiques d’Europe et d’Asie sont maintenant convaincus que l’écologie peut être une fabuleuse source de profits » (Éric Le Boucher, journaliste).
L’économie d’énergie ne plaît pas aux grandes entreprises. En revanche elle est très avantageuse pour la société (trois fois plus rentable que l’énergie nucléaire). Économiser l’énergie n’est pas refuser la technique, c’est chercher des solutions innovantes.

4. La coopération ou le despotisme

« Aujourd’hui l’individualisme enferme, la solidarité libère ».
La solidarité rend heureux. « Le bonheur est déterminé par la profondeur et l’amplitude des liens sociaux », a dit un psy américain.
Les alternatives sont déjà là (coopératives, covoiturage, jardins partagés etc.), mais « ces expériences ne prennent un sens que si elles s’inscrivent dans la démarche politique de sortie du capitalisme ».
Sortir du capitalisme, pas de l’économie de marché. Mais une économie de marché « dont le domaine s’arrêtera à la lisière des biens communs essentiels, qui ne seront pas gérés comme marchandises ».
Manger moins de viande (1 kg de viande demande autant d’effort productif que 7 kg de céréales).
Réduire les inégalités ; intégrer dans les prix l’impact écologique ; rationner (l'eau, la vitesse...).
« Lutte contre l’inégalité et progrès écologique vont de pair. »
Mieux répartir le travail.
Ne pas banaliser le dimanche.
Goûter la lenteur.
Inventer une nouvelle modernité technologique.
Changer le concept même de développement.
L’avenir est dans l’agriculture.

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L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie

Message non lupar Fée Violine » mer. 07 mars 2012, 23:47

Il y a une dizaine de jours, Hervé Kempf faisait une conférence sur son dernier livre dans ma petite ville. Il est souvent en Lozère car il est marié avec une fille d'ici. Mais il vit à Paris, il est journaliste au Monde, spécialiste d'écologie.
Je n'ai pas encore lu le livre (L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie, paru il y a un an), mais voici déjà les notes que j'ai prises à la conférence (en me voyant noter tout ce que disait l'orateur, la personne assise à côté de moi, intriguée, m'a demandé si j'étais journaliste. Je lui ai dit que non, que c'était pour un forum, et que de toute façon j'aime bien prendre des notes. En somme, je suis un peu journaliste quand même!) :

La crise écologique est le phénomène majeur de notre époque. Changer est difficile. L'inventeur de Gaia pense qu'en démocratie on ne peut changer car les gens ne sont pas d'accord entre eux.
Mais justement : sommes-nous en démocratie?
La démocratie est malade. Les banques sont plus puissantes que les gouvernements.
Le livre, paru il y a un an, est maintenant très actuel.

Confusion des genres: les mêmes personnes sont hommes politiques et dirigeants économiques. La corruption monte en Occident.
La privatisation attaque maintenant les fonctions régaliennes de l'État (armée, prisons, police) et l'éducation. Depuis longtemps aux USA, et de plus en plus en France. Pour l'éducation : casser l'image de l'éducation nationale, développer les écoles privées...
Plus l'espace public diminue, plus l'espace de réflexion des citoyens diminue aussi.
La démocratie n'est pas seulement le vote, c'est aussi la délibération collective. Avant il y avait des lieux de délibération (agora, forum, salles de meeting), maintenant il y a les médias, dont les plus grands sont privés (Bouygues etc.)
Les Français regardent la télé 3h 27' par jour, ils sont donc forcément influencés.
Pujadas, animateur de télé, fait partie du "Siècle", un club d'oligarques qui se réunit une soirée par mois à Paris et qui comprend des ministres, des banquiers etc. Mais Pujadas ne passe pas une soirée par mois dans un club d'infirmières ou d'artisans.
Les quatre principaux quotidiens français appartiennent à des milliardaires.
La publicité télé transmet un message idéologique permanent (pernicieux car on ne l'entend pas comme un message politique), mais on n'entend pas le message contraire. Les feuilletons, les jeux, donnent une représentation de la société.

Le vote ne sert à rien, voir 2055 le référendum sur l'Europe! ça n'allait pas dans le sens de l'oligarchie!
Poids des lobbys (nucléaire, auto etc.), ça aussi ça vient des USA et ça augmente.
15 000 lobbyistes travaillent à Bruxelles auprès de la commission européenne.
L'EFSA (organisme qui étudie l'innocuité des OGM) est dirigé par... un membre du lobby des OGM! On le sait, mais la personne est toujours en poste!

Les USA ne sont plus en démocratie car il n'y a pas de limite au financement des candidats par les entreprises, c'est donc le plus riche qui est élu. En Europe on est loin de ce système, heureusement. Mais on a l'affaire Woerth.

Nous ne sommes ni en démocratie ni en dictature. Nous sommes en oligarchie. Les experts politiques n'en parlent pas.
Les concepts politiques sont nés en Grèce, qui connaissaient trois formes de gouvernement : le despotisme (ou tyrannie), la démocratie, l'oligarchie (= gouvernement de quelques-uns).

La crise écologique nécessite une baisse de consommation, une meilleure utilisation de l'énergie, s'orienter vers des activités moins polluantes et plus utiles au bien commun, plus créatives.
Pour cela, un enjeu essentiel est de réduire les inégalités (salaire maximum), pour la justice et pour récupérer des moyens d'action.
C'est là que se joue la bagarre politique car ils ne veulent pas lâcher.

Questions/réponses :
*la dette publique.
C'est la responsabilité des prêteurs autant que des emprunteurs. Ne pas oublier la dette écologique qui n'est pas dans le débat.

*pourquoi l'État privatise-t-il?
Le problème est que dans l'oligarchie, les gouvernants ne pensent pas à l'intérêt général mais aux intérêts privés. Ce n'est pas l'administration qui agit ainsi, mais les gens qui sont tout en haut. Il y a un courant idéologique qui pense que le marché doit gérer les choses publiques.

*les médias ne sont pas libres, on est en dictature. Même les élections... Comment se réapproprier la démocratie sans 'couper des têtes'?
Non, on n'est pas en dictature. Il faut bien analyser, porter le bon diagnostic. Nous sommes en oligarchie, mais le dernier livre sur ce sujet date de 1911.
Ils veulent nous placer sur le terrain de leurs mots. Les mots sont importants.
Comment reprendre le pouvoir? On ne sait pas, c'est en réfléchissant ensemble qu'on trouvera.
Il y a quand même des médias indépendants.
L'expression 'couper des têtes' : pas au sens propre bien sûr (écolo = non violent. Si on coupe des têtes, ça donne l'URSS, la dictature du prolétariat, le goulag...). Au sens figuré: non seulement les oligarques mais nous tous nous devrons diminuer notre consommation.
Ils ne changeront pas d'eux-mêmes, il faut donc prendre des mesures légales importantes (par exemple le revenu maximum) et c'est selon l'action des citoyens que ça va changer.
Après Fukushima il y a eu un débat, qui a montré un gros décalage entre l'oligarchie et le peuple, puis le sujet a été enterré.
Tout ça dépend de l'engagement des citoyens. Il faut se mobiliser. L'engagement citoyen est consubstantiel à la démocratie.

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Message non lupar Fée Violine » jeu. 08 mars 2012, 0:33

*la violence, nous la subissons (expulsions de locataires, de sans-papiers etc.)
Privatisation de la protection sociale pour mettre en place des oligarchies (ex. le fils Sarkozy dirige une mutuelle). Problème de démocratie sociale (par exemple dans les entreprises il n'y a plus d'élections sécurité sociale)
.
Il y a aussi la démocratie économique (coopératives, propriété collective dans les entreprises...).
Il y a des moyens d'action, p. ex. on peut remunicipaliser l'eau, les cantines, car l'oligarchie est à tous les niveaux. Et petit à petit...
Sur la violence: il faut utiliser de préférence l'action non violente (faucheurs volontaires), et être nombreux. Ils emploient de plus en plus la violence (violence d'État).
Ils excitent le nationalisme, la xénophobie. Face à ce danger il faut trouver d'autres voies. La violence nous est imposée par ce système, c'est un piège, d'autant plus qu'au plan technique ils sont très forts, c'est effrayant (cf. Salon Milipol du matériel de répression, on est champions du monde :boxe: ). Ils sont compétents dans la répression et dans l'usage des provocateurs.
Ils n'aiment pas quand nous sommes nombreux. Le 11 mars sera intéressant (chaîne humaine antinucléaire Lyon-Avignon).
L'oligarchie est très faible au plan des idées, de la capacité de conviction.

*imaginons un oligarque écolo qui voudrait nous rendre tous pauvres comme en Grèce. Que répondre?
Lire Hans Jonas, "Le principe de responsabilité", Flammarion.
Les oligarques ne sont pas vertueux. Si l'oligarchie était une solution à la crise écolo, pourquoi pas? Mais c'est l'inverse, avec son obsession de la croissance.

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Re: Hervé Kempf, objecteur de croissance

Message non lupar Fée Violine » mar. 13 mars 2012, 13:59

J'ai enfin lu le livre sur l'oligarchie, captivant comme les autres du même auteur, et tout aussi solidement documenté (chaque affirmation est étayée par une référence de livre, d'article, d'étude sociologique, d'interview).
Quelques extraits et quelques idées résumées:

"L'oligarchie: le pouvoir de quelques-uns, qui délibèrent entre eux des solutions qu'ils vont imposer à tous.
Il est de l'intérêt des puissants de faire croire au peuple qu'il est en démocratie".

1. La tentation autoritaire.

Certains écologiques constatent, après l'échec des sommets mondiaux sur l'écologie, que la démocratie ne permet pas de prendre des mesures efficaces, et se demandent s'il ne faudrait pas la mettre de côté et confier les rênes à une "élite vertueuse". Mais...

Les partisans du capitalisme pensent aussi qu'il faut mettre la démocratie de côté, non par souci écologique, certes, mais parce que la démocratie gêne la croissance de l'économie. L'auteur cite toute une série d'exemples, tirés de journaux ou de livres, ainsi Alexandre Adler pense que la Grèce a besoin d'"une dictature bienfaisante", le rédacteur en chef de l'Express écrivait qu'"un putsch légitime" était nécessaire pour imposer aux peuples un nouveau traité européen, George Steiner prône un "despotisme libéral", etc.
Au départ, le capitalisme était associé à la démocratie, mais c'est de moins en moins le cas.
L'économiste Joseph Schumpeter a publié en 1942 "Capitalisme, socialisme et démocratie" où il démontre "l'inanité du concept de bien commun. De même le peuple n'avait pas de substance", il le considère comme une masse stupide et conditionnée.
"Le bon fonctionnement d'un système politique démocratique requiert habituellement une certaine mesure d'apathie et de non-engagement d'une partie des individus et des groupes" (Samuel Huntington, 1975).

2. Le glissement vers l'oligarchie.

Hérodote a évoqué les divers régimes politiques, l'oligarchie et la monarchie étant admises à condition d'être aux mains d'hommes vertueux.
Mais s'il n'y a pas la vertu...
"Le débat électoral est un spectacle soigneusement contrôlé et géré par des équipes rivales de professionnels experts dans les techniques de persuasion. Le débat porte sur le petit nombre de dossiers sélectionnés par ces équipes. La masse des citoyens joue un rôle passif, voire apathique, en ne réagissant qu'aux signaux qui lui sont envoyés. Derrière le spectacle du jeu électoral, la politique réelle est définie en privé dans la négociation entre les gouvernements élus et les élites qui représentent de manière écrasante les intérêts des milieux d'affaires".
"Ils font démocratie, mais entre eux, sans le peuple".
"La société se croit une collection indistincte d'individus segmentée en communautés ethniques, religieuses, régionales ou sexuelles. L'oligarchie, elle, a une conscience de classe aiguisée".
"Il y a une lutte des classes, tout à fait. Mais c'est ma classe, la classe des riches, qui mène la guerre, et nous la gagnons" (Warren Buffet, 3ème fortune mondiale, 2006).
Quand Jacques Séguéla dit que "tout le monde a une rolex! si on n'en a pas à 50 ans, on a raté sa vie", "tout le monde" désigne les gens de son monde, pas les manants!
"De la bonne conscience au mépris, on passe logiquement à la prédation des biens publics" (suivent de nombreux exemples de rapine et de cynisme).

3. La politique du capital.

Les hommes politiques gagnent beaucoup d'argent à côté de leur mandat, en donnant des conférences (Reagan a demandé 2 millions de dollars pour deux conférences au Japon, en 1989; Sarah Palin a gagné 12 millions de dollars en 2009 pour ses émissions de télé et ses conférences; etc. etc.).

En démocratie, le domaine privé (qui concerne les intérêts privés) et le domaine public (qui concerne l'intérêt général) sont séparés. En oligarchie, le clivage sépare le sommet de la pyramide et le corps social.
Comme leur valeur essentielle est la richesse, ils trouvent moral de s'enrichir.
Mise en coupe réglée de l'État (réglée, car il ne faut pas "tuer la bête").
Corruption.
"l'idéologie de la privatisation, qui facilite l'acceptation du transfert des bénéfices publics dans les coffres de l'oligarchie".
"Goldman Sachs a su placer ses hommes à l'international - il y a beaucoup à gagner sur la dette des États".
"Dans la conception oligarchique, l'État est là pour soutenir les entreprises, dans une cogestion de la politique économique qui ne doit remettre en cause ni les profits, ni les rémunérations des dirigeants".
"assèchement en douceur mais réguliers des budgets publics et d'autre part encouragement par diverses mesures discrètes du secteur privé".
"La justice [...] inflexible pour réprimer les petits délits, au point de remplir toujours davantage les prisons, [...] s'adoucit en ce qui concerne les délits financiers".
"À Bruxelles, les nombreux groupes d'experts impliqués dans l'élaboration des lois incluent très majoritairement les représentants des groupes d'intérêts concernés, conséquence du nombre insuffisant de fonctionnaires".
"On ira vers des approches de l'intelligence économique de plus en plus sophistiquées, comportant probablement le recours à des pratiques de manipulation, de déstabilisation, ou de désinformation" (Daniel Guéguen, lobbyiste européen interviewé en 2005). "On ne saurait être plus clair", conclut l'auteur!
"Les batailles électorales se gagnent à coups de millions".

(à suivre)

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Re: Hervé Kempf, objecteur de croissance

Message non lupar Fée Violine » mar. 13 mars 2012, 14:36

4. L'art de la propagande.

Chaque Américain regarde la télé en moyenne 4 heures et demie par jour.
"La télévision est un medium à sens unique. Elle est pilotée par les annonceurs, qui l'utilisent pour vendre des produits [...]. Le dialogue politique est conduit pour l'essentiel au moyen d'annonces télévisées de 30 secondes" !!!
Edward Bernays, neveu de Freud, a utilisé les idées de son oncle pour inventer la science moderne de la persuasion de masse (comment manipuler l'opinion). "La manipulation consciente et intelligente des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays", écrivait-il dans "Propaganda" (1928).
La télé est l'outil idéal pour réussir cet objectif.
"Les gens qui regardent la télévision ne participent pas à la démocratie, s'ils la regardent 4 à 5 heures par jour" (Al Gore).
L'intoxication télévisuelle crée un monde morcelé, destructuré, vain, elle inhibe a pensée et l'action.
"Dans une société vide de sens, soigneusement encadrée, et où il s'agit de maintenir l'ordre inégalitaire, le sexe devient le meilleur opium du peuple" (télé-réalité).
Les feuilletons encouragent l'individualisme, "l'inflation de séries policières constitue un appel d'air pour les idées sécuritaires" (revue Politis), certaines séries américaines accoutument le public à l'usage de la torture.
"Le message est simple, puissant et totalement politique: consommer, c'est bien".
Les médias appartiennent à des milliardaires, et il y a des sujets dont il est impossible de parler, notamment il n'y a pas "d'émissions d'environnement qui enquête sur des sujets mettant en cause de réels intérêts économiques".
"Les voix autorisées sont celles qui expriment les différentes variations de la doxa fondamentale." Par contre, ces voix autorisées peuvent dire n'importe quoi sans que ça tire à conséquence! (exemple: Attali prédisant en 2006 que la firme AIG serait une des plus solides au XXIème siècle, et en 2008 AIG a subi des pertes catastrophiques).
L'oligarchie fait aussi taire les journalistes indépendants en les harcelant (exemple: Allègre attaque Politis pour un article où des scientifiques rappelaient ses manquements à l'éthique scientifique).

5. Pourquoi ne se rebelle-t-on pas?

Le conditionnement médiatique mène les gens au fatalisme en leur faisant croire qu'"il n'y a pas d'alternative" au capitalisme (TINA, There is no alternative, Margaret Thatcher).
C'est aussi que les gens ne veulent pas se rebeller, car le système fonctionne quand même à peu près, pour satisfaire les besoins qu'il a créés.
Les gens ont peur (précarité).
Les Occidentaux, même grugés par l'oligarchie, se savent quand même privilégiés, d'où une solidarité paradoxale avec la classe dominante. Nous avons objectivement intérêt à ce que le système se maintienne.
Et puis, les gens croient qu'ils sont en démocratie.

(à suivre)

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Fée Violine
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Re: Hervé Kempf, objecteur de croissance

Message non lupar Fée Violine » mar. 13 mars 2012, 17:34

"Nous participons à un jeu dans lequel un des joueurs gagne toujours. Quelle chance, quel hasard! Mais tant que la tricherie n'est pas ouvertement mise au jour, les partenaires ne peuvent que continuer à perdre en espérant que le sort tournera, ou quitter la table".
C'est-à-dire s'abstenir de voter.
Quand le traité européen a été refusé par les peuples et imposé quand même, en 2005, "tout le monde comprit dès lors quelle était la nouvelle règle: le peuple est souverain, sauf dans les cas où la classe dirigeante en décide autrement".

Les classes populaires, dépourvues de porte-voix politique et sans conscience collective, semblent marginalisées, et vouées à exprimer leur frustration dans des révoltes qui justifieront un accroissement de la répression policière. Quant aux classes moyennes, elles se rendent compte qu'elles ont été bernées".
"On découvre peu à peu que la démocratie n'est plus que le manteau jeté sur la volonté inflexible de l'oligarchie. [...] On ronchonne, mais dans le souci de conserver une situation jugée confortable. On murmure, mais sans pouvoir se défaire de la fragmentation individualiste qu'entretiennent en permanence la télévision et les médias. On a intériorisé l'idée qu'il n'y a pas d'alternative au système dominant et l'on qualifie d'utopie tout ce qui est différent".

6. Le défi de la démocratie planétaire.

Il serait normal que tous les habitants de la planète connaissent la même prospérité, mais il faudrait que l'économie mondiale soit multipliée par 15. Ou par 6, en admettant que notre pouvoir d'achat n'augmente pas. Mais c'est écologiquement impossible. Alors que faire?
"La réponse du discours dominant - si par aventure on parvient à le conduire dans cette discussion - est de s'en remettre au progrès technologique.
Cette assertion est-elle réaliste?"
L'auteur explique, chiffres à l'appui, que la seule solution est que les riches diminuent leur revenu. Faute de quoi il y a deux solutions: soit renoncer à réduire l'inégalité mondiale (et convaincre les Chinois, Indiens, Brésiliens et autres...), soit ignorer la question écologique, "c'est l'objet du climato-scepticisme, animé par les divers lobbies pétroliers. [...] Les techniques de manipulation et de confusion utilisées [...] ont connu un succès incontestable, relayées par des médias trop heureux de pouvoir croire qu'au fond, toute cette affaire d'écologie n'est qu'une calembredaine.
Cette détestable péripétie ne change rien, hélas, au fond du problème".
Le principe de la souveraineté nationale ne peut plus fonctionner de nos jours car la crise écologique est mondiale, "le climat d'un pays va dépendre de ce que vont faire tous les autres pays" (Pierre Radanne, expert en politique énergétique).
Ce qui est en jeu, c'est la fin de l'exception occidentale. Les Occidentaux doivent réduire leur consommation matérielle et leur consommation d'énergie, pour laisser une marge d'augmentation à leurs compagnons de planète.
Il faut reconquérir la démocratie. Il faut inventer une démocratie sans croissance.
"Les changements sont d'une telle ampleur qu'ils ne peuvent pas être réalisés sans une nouvelle culture".
construire une gouvernance mondiale.

7. La vertu de la démocratie.

En Inde, "comme dans l'Allemagne nazie, le fascisme est associé à la régénération économique. Les grandes compagnies soutiennent les leaders du BJP parce qu'ils privatisent le secteur public et leur donnent les terres prises aux paysans" (Arundhati Roy, écrivain indienne, 2009).
"Quelle ligne de fracture caractérise le monde actuel? Celle qui oppose le Nord et le Sud, ou bien le fossé qui sépare l'oligarchie mondiale des peuples sujets?"
"L'enjeu démocratique est planétaire: les droits de l'homme, la liberté du débat public, la participation de tous aux décisions ne sont pas des valeurs occidentales, mais les moyens par lesquels les peuples s'émancipent de leurs oppresseurs".
En France, les soldats armés du plan Vigipirate n'ont aucun effet contre le terrorisme, mais habituent les citadins à la banalité d'une présence militaire.
"Ce qu'il reste de démocratie est suffisamment vivace pour nous permettre de refuser la servitude".
"Rien ne fait plus peur aux puissants que la liberté des peuples".
"La solution, c'est vous, c'est nous".
"La racine du pouvoir des oligarques est leur prétention à être plus compétents que le peuple".
"La politique de la démocratie donne aux citoyens une chance d'apprendre les uns des autres" (Amartya Sen).
Résister.

"Il s'agit aujourd'hui de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la résistance", déclare en 2007 Denis Kessler, un dirigeant du patronat.
Or ce programme de 1945 proposait :
la liberté de pensée, de conscience et d'expression, la liberté de la presse;
la démocratie économique et sociale, l'éviction des grandes féodalités économiques et financières;
la nationalisation des grands moyens de production, des sources d'énergie, des banques et compagnies d'assurance;
la sécurité sociale.

"Retrouver le sens de la communauté, une communauté qui prend pleinement en compte la personne, mais ne se réduit pas à une collection d'individus".

"Quoi de neuf? La vertu".
Pour le marxisme, la morale est une illusion. Pour le capitalisme, l'égoïsme de chacun est censé se transmuter en harmonie collective. La culture télévisuelle "ignore le concept même de vertu, et fait de la morale une niaiserie bon enfant".
"Vertu, un autre nom de l'humanité".

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Re: Hervé Kempf, objecteur de croissance

Message non lupar Cgs » mer. 14 mars 2012, 9:09

Bonjour Fée,

Merci encore pour ce compte-rendu très intéressant. Je vais donner quelques éclaircissements et corrections de la pensée de Kempf, à la lumière de ma formation en science économique, avec également des appréciations plus personnelles.
Hervé Kempf cite un économiste américain d’origine norvégienne, Thorstein Veblen (« La théorie de la classe de loisir », 1899), pour qui l’économie est dominée par un principe : la tendance à rivaliser, à se comparer à autrui pour le rabaisser. « Si l’on met à part l’instinct de conservation, c’est sans doute dans la tendance à l’émulation qu’il faut voir le plus puissant, le plus constamment actif, le plus infatigable des moteurs de la vie économique proprement dite ».
La possession de la richesse ne répond pas à un besoin matériel, car les besoins concrets de l’existence sont satisfaits avec peu, mais au besoin de se distinguer d’autrui. L’économiste classique (capitaliste, marxiste) raisonne dans un univers de ressources rares et de besoins illimités. Veblen dit le contraire. Il n’y a donc pas besoin d’augmenter la production.
Le principe de consommation ostentatoire régit la société. Chaque classe étant mue par l’envie et la rivalité avec celle qui est juste au-dessus, c’est donc la classe supérieure qui définit le mode de vie.
Le ressort central de la vie sociale est la rivalité ostentatoire qui vise à exhiber une propriété supérieure à celle de ses pairs.
D’où de nos jours un amoncellement d’objets. Il n’y a pas de limite.
Veblen commence à être redécouvert par les économistes.
La course au rattrapage est d’autant plus frénétique que l’écart est grand.
L’ostentation et l’imitation déterminent le jeu économique.
La vision des choses de Kempf est ici, comme sur d'autres points, très empreinte de marxisme. S'il diagnostique bien les problèmes (possession de la richesse, sa répartition, etc), il pointe de faux coupables, et présente les choses selon une grille de lecture qui ressemble à la lutte des classes "modernisée". Reprenons.

1) Le postulat de Veblen est faux. L'économie, tant comme phénomène réel que comme discipline scientifique, ne postule pas un principe général de rivalité et d'exploitation. Adam Smith, en 1776, fonde l'activité économique sur la poursuite du bien personnel qui engendre un bien collectif. Schumpeter, en 1947, fonde l'économie sur la poursuite d'innovations par l'entrepreneur (la "destruction créatrice"). Veblen est certainement influencé par le courant positiviste du XIXème siècle, ainsi que par l'émergence du marxisme, pour se concentrer uniquement sur les rapports sociaux comme fondement de l'activité économique.

Son erreur (à l'opposé de Marx) est de croire que ces rapports sociaux conflictuels sont le fondement de l'activité économique. En réalité, ils peuvent en être une conséquence. A ce titre, le XIXème siècle done une triste illustration de ce que peut être un capitalisme sauvage non régulé... Il n'empêche qu'il ne faut pas se tromper de coupable. La rivalité, l'exploitation de certains individus par d'autres, peut être une conséquence de l'activité économique, mais pas nécessairement (en particulier si les mécanismes de redistribution et de protecttion du plus faible fonctionnent).
Le niveau de consommation matérielle de notre civilisation est énorme et exerce une pression excessive sur la biosphère. Pourquoi, dès lors, les caractéristiques actuelles de la classe dirigeante mondiale sont-elles le facteur essentiel de la crise écologique ? Parce qu’elle s’oppose aux changements radicaux qu’il faudrait mener pour empêcher l’aggravation de la situation
- indirectement, par le statut de sa consommation : son modèle tire vers le haut la consommation générale, en poussant les autres à l’imiter ;
- directement, par le contrôle du pouvoir économique et politique, qui lui permet de maintenir cette inégalité.
Pour échapper à sa remise en cause, l’oligarchie rabâche l’idéologie dominante selon laquelle la solution à la crise sociale est la croissance de la production.
En fait la croissance à la fois augmente l’inégalité et aggrave la situation écologique. Et pourtant, parmi les économistes, les politiques, les médias, personne ne critique la croissance, qui est le grand tabou de la pensée contemporaine.
« Pourquoi ? Parce que la poursuite de la croissance matérielle est pour l’oligarchie le seul moyen de faire accepter aux sociétés des inégalités extrêmes sans remettre en cause celles-ci. La croissance crée en effet un surplus de richesses apparentes qui permet de lubrifier le système sans en modifier la structure ».
Je suis tout à fait d'accord avec le début de ce paragraphe. Il est clair que le mode de consommation de nos sociétés est excessif, et que des intérêts politiques et financiers maintiennent ce système, qui arrange tout le monde sauf les générations futures.

En revanche, une fois de plus, je ne suis pas d'accord avec les solutions proposées, et en particulier l'idée selon laquelle la croissance serait forcément mauvaise. La croissance, stricto sensus, est l'accroissement de la production. Comprendre production au sens de production de biens, mais aussi de services. J'ai l'impression qu'il parle uniquelent de la production de biens matériels. Pourtant, si je développe des activités de services aux personnes âgées, le PIB augmente, et le bien-être augmente.

S'il est tout à fait vrai que la croissance peut entraîner une perte de bien-être, l'inverse est aussi vrai. Trancher en disant que la croissance est mauvaise est donc faux. Il faut distinguer comment elle se fait. Par exemple, a-t-on une croissance de 5% par an au moyen de la vente d'armes ? Ou bien a-t-on 5% par an du fait de l'augmentation des services de soins ?

De plus, Kempf mélange l'accroissement de la production (la croissance), et sa répartition. Quand il dit que la croissance augmente les inégalités, de quoi parle-t-il ? Parle-t-il d'un cas comme la Chine ? (et là il a raison!) Parle-t-il du cas de la Suède ? (dans ce cas il a tort, puisque la redistribution des richesses en Suède est très fort). Encore une fois, il faudrait nuancer. L'économie et la croissance ne sont pas à jeter aux orties d'un bloc.

Il finit ce chapitre 4 en parlant de structure. Pour lui, la structure du capitalisme (si je l'ai bien compris, mais en fait ses idées ne sont pas très neuves, désolé de le dire :) ) reste essentiellement mauvaise. En cela il a tort, et contredit sans assise théorique 3 siècles de développement de la science économique. Il serait plus juste de parler de contradictions du capitalisme non régulé (ce que Marx a fait avant lui, brillamment d'ailleurs, et la plupart des auteurs classiques, de Walras à Jevons, savaient pertinemment que le système économique laissé en auto-régulation peut s'emballer et donner n'importe quoi).
« L’oligarchie mondiale veut se débarrasser de la démocratie et des libertés publiques qui en constituent la substance ».
Plutôt que des dictatures violentes (Hitler Mussolini Staline), la classe dirigeante préfère l’abâtardissement progressif de la démocratie.
« L’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée (…). Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir » (Tocqueville).
Je souscris pleinement à cette analyse. Entre la démocratie à l'extrême et le communisme à l'extrême, on a les mêmes effets d'abêtissement des masses, et une certaine soumission de la pensée. On crée un vaste ensemble d'apatrides.
Les USA avaient 500 000 prisonniers en 1980, 2 200 000 en 2005.
Il faudrait comparer l'accroissement de la population dans le même temps, pour apprécier le taux d'incarcération. Sinon ces chiffres ont peu de sens pris isolément.
« Le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie.
La démocratie devient antinomique avec les buts recherchés par l’oligarchie : elle favorise la contestation des privilèges indus, elle alimente la remise en cause des pouvoirs illégitimes, elle pousse à l’examen rationnel des décisions. Elle est de plus en plus dangereuse, dans une période où les dérives nuisibles du capitalisme deviennent plus manifestes ».
Cette citation rapproche deux idées (la démocratie et le capitalisme) de manière artificielle, l'un ayant une connotation négative, l'autre positive. Du coup, le propos se révèle assez idéologique, postulant que la démocratie c'est bien (il se contredit sur ce point avec la fin du chapitre 4), et que le capitalisme c'est mal. Pourtant, il pointe les dérives du capitalisme sans les distinguer clairement du système capitaliste lui-même.

Qu'en est-il ? En réalité, le capitalisme et la démocratie n'ont rien à voir. Selon l'historien Fernand Braudel, le capitalisme a émergé lorsque les transactions économiques ont commencé à accumuler du capital. Il situe ce phénomène autour du XVIème siècle, au moment où la plupart des pays sont sous un régime monarchique. Y avait-il des dérives du capitalisme ? Oh oui ! Pour preuve la profonde crise monétaire de l'Espagne après la conquête des Amériques, due à un afflux massif d'or du Nouveau Monde, par exemple. Pourtant, à l'époque, pas de démocratie au sens moderne.

Donc au lieu de dire "le capitalisme n'a plus besoin de la démocratie", en réalité, il n'en a jamais eu besoin ! Et on peut augmenter le bonheur d'une nation sans être en démocratie (pensons à Saint Louis, François Ier ou Charlemagne...).
« Le désir de catastrophe
« Plus vite l’Europe s’effondrera, mieux cela sera pour les USA, dont les chances de battre le terrorisme global seront améliorées économiquement et militairement par l’arrivée des Européens les plus brillants et les plus courageux, sous l’effet de la panique » (Gunnar Heinsohn, sociologue, Wall Street journal, 2000). »

Vers 1990, triomphe du capitalisme
1996, les USA ont un système d’écoutes des communications de leurs alliés
2000, aux USA le candidat avec le moins de voix est élu
Surtout post-11/9/2001 essor extraordinaire des offensives contre les libertés. L’administration américaine surveille le téléphone, les transactions bancaires, les transports aériens. Camp d’internement. Rétablissent la torture (déportent des détenus vers des pays étrangers).
« Il importe que les occidentaux aient peur. Les autres, on le sait, n’ont guère le privilège de goûter à la démocratie ».
« Cette démocratie [les USA] si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme ; loin de la menacer, il est le gage ultime de son maintien perpétuel ; puisqu’elle n’aura plus à être jugée sur ses résultats, mais sur ses ennemis » (Mehdi Belhaj Kacem).
« Appelons ‘technique poussée d’interrogatoire’ la torture, ‘démocratie’ le régime promu par M. Bush et ses amis européens, et tout va bien, la liberté prospère.
À côté de l’épouvantail du terrorisme, il est utile d’agiter un autre épouvantail, celui de la délinquance et de la sécurité ».
Je ne sais que dire de ce type d'analyse. Kempf mélange ici plein de choses : des problématiques économiques, sociétales, géo-politiques, culturelles, religieuses. C'est le type d'analyse qui alimente des débats stériles sur les conflits au Moeyn-Orient ou autres du même genre.

Ce type de question est incroyablement compliquée. On ne voit pas où veut en venir le propos de Kempf, à part qu'il semble dénoncer en bloc un système de fonctionnement du monde, idée un tantinet simpliste...

Je continuerai plus tard, message par message...
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Re: Hervé Kempf, objecteur de croissance

Message non lupar Fée Violine » mer. 14 mars 2012, 14:54

Merci de vos commentaires.
Vous dites que Kempf a une analyse marxiste. Mais jamais il ne se réfère au marxisme, et quand il le cite c'est toujours pour le critiquer. Quant à la lutte des classes, voyez ce qu'en dit ce milliardaire, à la fin du livre sur l'oligarchie!
Vous parlez de "science économique", mais autant que je sache, l'économie n'est pas une science, elle est constituée de beaucoup d'idéologie!
La théorie de Veblen s'oppose complètement au marxisme, et me semble excellente pour comprendre les mécanismes de la société de consommation.
Sur le PIB, je ne suis pas de votre avis non plus. Le PIB ne mesure pas le bien-être mais uniquement ce qui est chiffrable. Ainsi, si j'ai un accident de voiture, j'augmente le PIB puisque je dépense beaucoup d'argent en frais de garagiste et en frais médicaux. Mais si je conduis raisonnablement et que j'évite les accidents, je suis une mauvaise citoyenne qui n'augmente pas le PIB! Pourtant je préfère la deuxième solution! Si je ramasse du bois dans la nature pour me chauffer, si je répare les chaussettes de mon mari, si je lis des livres, je n'augmente pas le PIB. Etc... Alors vraiment, je ne pense pas que le PIB soit un indice fiable pour le bonheur!
Pour le nombre de prisonniers aux USA, vous dites qu'il faudrait savoir l'augmentation de la population pour que les chiffres soient pertinents. Mais croyez-vous vraiment qu'en 25 ans la population américaine a été multipliée par plus de 4 ?

Où voyez-vous qu'il critique la démocratie dans le chapitre 4? C'est peut-être à la citation de Tocqueville que vous pensez, où il est question de ce qui menace les peuples démocratiques? Mais ça ne veut pas dire que la démocratie soit une chose dangereuse! Au contraire, il veut dire que les sociétés démocratiques sont menacées par un despotisme sournois, qui ne vient pas de la démocratie mais au contraire de l'absence de démocratie.
Ce qu'il entend par démocratie, c'est un régime où le peuple a la possibilité de donner son avis et de participer aux décisions. Et par capitalisme, il entend les dérives et non l'économie de marché en général.
Vous dites que ses idées ne sont pas neuves. mais il ne prétend pas inventer de nouvelles idées. Il est journaliste, pas philosophe ni homme politique ou que sais-je.
S'il a un aspect original, c'est de lier systématiquement les problèmes sociaux aux problèmes écologiques, ce qui n'est pas évident pour tout le monde (par exemple, le PCF est pour le nucléaire parce que ça donne des emplois).

Je vais suggérer à l'auteur de venir ici discuter avec nous, ce serait intéressant!

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Re: Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Message non lupar Cgs » mer. 14 mars 2012, 17:00

Je continue :

« Dans les trois dernières décennies, le capitalisme a réussi à imposer totalement son modèle individualiste de représentation et de comportement, marginalisant les logiques collectives qui freinaient jusqu’alors son avancée ».
« L’avenir n’est pas dans une relance fondée sur la technologie, mais dans un nouvel agencement des relations sociales ».
J'ai l'impression que Kempf, soit ne connaît pas l'histoire du capitalisme, soit ne sait pas le définir, soit prend (volontairement) une définition très restrictive et approximative, assimilant le capitalisme à ses dérives. Il dit que le capitalisme a imposé son modèle depuis 30 ans. Or, le capitalisme s'est imposé depuis le XVIème siècle, depuis son émergence. A l'époque, on ne pouvait pas trop le voir, puisque sa forme sortait de l'archaïsme, mais l'examen des systèmes économiques du XVIIIème, XIXème et XXème siècle permet de dire que les systèmes qui ont tenté de gommer le capitalisme ont tous disparu sans trouver une véritable alternative. Le capitalisme s'impose de lui-même, et je crois profondément qu'il est le reflet de l'homme : créer, produire, aller de l'avant, progresser se traduit aussi en termes économiques par l'apparition de nouveaux besoins, leur satisfaction par un processus de production selon une logique d'économie de marché. Quand on y réfléchit, cette logique existe depuis que la civilisation existe.
1. Le capitalisme, inventaire avant disparition

« Un aspect essentiel de la financiarisation de l’économie est la systématisation de la corruption. Ce n’est pas un caractère secondaire, mais un des principaux moteurs. Max Weber plaçait l’éthique protestante au cœur de l’esprit du capitalisme et le capitalisme naissant s’est traduit par une régression de la corruption. (…) Le capitalisme prospère désormais sur le lucre, l’exhibitionnisme et le mépris des règles collectives ».
Exacerbation de l’idéologie individualiste, évasion fiscale, abus de biens sociaux au profit des dirigeants, un cynisme ahurissant (« 1970-2004, pour chaque dollar prêté à l’Afrique subsaharienne, 60 cents en repartaient la même année sous forme de fuite de capitaux »), aussi dans les pays occidentaux (caisses noires, pots-de-vin, allers-retours entre haute fonction publique et direction d’entreprises), perte du sens de l’honneur (parachutes dorés), expansion d’une économie criminelle (USA : le ministre de la justice s’inquiète publiquement de « la pénétration par le crime organisé du secteur de l’énergie et d’autres secteurs économiques stratégiques ». Russie : les oligarques ont vampirisé l’économie), paradis fiscaux.
« Dure aux faibles, douce aux forts, la loi du capitalisme triomphant distille le poison du délitement du respect des règles collectives ».

« Les décideurs continuent de promouvoir une croissance maximale de l’économie. Et vilipendent les bien modestes appels à la décroissance qui parviennent à percer la muraille des médias capitalistes. Mais en réalité… nous sommes en décroissance ! L’expansion économique est si polluante que la dégradation du capital naturel se poursuit à un rythme accéléré ».
Je suis assez d'accord avec le contenu, mais je ne comprends pas le titre. En quoi lister les dérives du capitalisme mène à sa disparition ? Marx explique pourquoi le capitalisme mourra, en expliquant que l'exploitation des travailleurs finit par "manger" le profit des bourgeois. Kempf est-il dans cette logique ? Apparemment. Or, cet effondrement irréversible du capitalisme ne s'est jamais observé en réalité. J'ai encore l'impression qu'il confond le système et ses dérives.
(...)
« Le capitalisme arrivé à son apogée, donc au stade de sa dégénérescence imminente, n’a plus à s’embarrasser des idéaux dont il prétendait naguère encore recouvrir sa réalité profonde ».
Définition du capitalisme par Al Capone : « le racket légitime organisé par la classe dominante ».
Définition par l’auteur : « un état social dans lequel les individus sont censés n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation ».
Définition par l’économiste Karl Polanyi : « la logique poussant à croire que le mécanisme du marché pouvait régir l’ensemble des activités sociales ».
« Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus » (Hannah Arendt). Le capitalisme veut éliminer le langage, donc l’humain, qu’il remplace par la technique.
Là, cela devient plus clairement une analyse marxiste du capitalisme. Pour Kempf, le capitalisme est un état social, pas un système économique. En cela, je ne suis pas d'accord avec lui.
3. Le mirage de la croissance verte

Les déchets nucléaires sont un problème moral insoluble.
« L’énergie du futur, un concept empoisonné ». Le nucléaire serait-il la solution au réchauffement climatique ? L’AIE (Agence internationale de l’énergie, pourtant très favorable au nucléaire) a calculé que mettre en service 610 nouveaux réacteurs d’ici 2030 conduirait à une réduction des émissions de dioxyde de carbone de 6% en 2050 ! Donc ça ne vaut pas la peine !
Les éoliennes non plus ne changent pas la donne énergétique, car « le capitalisme ne les met pas en œuvre pour répondre au changement climatique, mais pour réaliser un profit », « elles ne font que participer à la frénésie de construction de capacités électriques de toutes sortes », selon le « dogme intangible selon lequel il est inéluctable d’augmenter la consommation électrique ». Le développement des énergies renouvelables n’est qu’un alibi.
On pense que « la technologie résoudra le problème, sans que l’on ait à changer en profondeur le mode de vie occidental ni la répartition des richesses, paramètre essentiel mais toujours tu ». « Tous les milieux économiques d’Europe et d’Asie sont maintenant convaincus que l’écologie peut être une fabuleuse source de profits » (Éric Le Boucher, journaliste).
L’économie d’énergie ne plaît pas aux grandes entreprises. En revanche elle est très avantageuse pour la société (trois fois plus rentable que l’énergie nucléaire). Économiser l’énergie n’est pas refuser la technique, c’est chercher des solutions innovantes.
Le thème de l'énergie verte est très intéressant. L'exemple des éoliennes, et on pourrait ajouter celui des agro-carburants et des panneaux solaires, montre que le système capitaliste sait certes allouer les ressources de manière efficace, selon un processus de marché, mais qu'il est incapable de prendre en compte des problématiques non incluses dans le fonctionnement du marché (par exemple l'environnement). Dès lors, une entité doit contraindre le système à en tenir compte, sinon, ceci engendre les excès que Kempf dénonce.
4. La coopération ou le despotisme

« Aujourd’hui l’individualisme enferme, la solidarité libère ».
La solidarité rend heureux. « Le bonheur est déterminé par la profondeur et l’amplitude des liens sociaux », a dit un psy américain.
Les alternatives sont déjà là (coopératives, covoiturage, jardins partagés etc.), mais « ces expériences ne prennent un sens que si elles s’inscrivent dans la démarche politique de sortie du capitalisme ».
Sortir du capitalisme, pas de l’économie de marché. Mais une économie de marché « dont le domaine s’arrêtera à la lisière des biens communs essentiels, qui ne seront pas gérés comme marchandises ».

Bien. Voici que l'auteur nuance entre capitalisme et économie de marché. Il voit l'économie de marché comme quelque chose de local, alors qu'il voit le capitalisme comme un système pervers du capitalisme. Distinguer les deux est une bonne chose, mais les définitions ne sont pas bonnes.

L'économie de marché est un système économique où les échanges se font dans le cadre d'un marché,avec une offre et une demande, qui va déterminer un certain prix. Ce marché peut fonctionner plus ou moins bien, mais ce système permet d'allouer les ressources entre les producteurs et les consommateurs, de façon assez efficace.

Le capitalisme, c'est la même chose à une dimension près : l'accumulation de capital. Le profit réalisé par le producteur peut servir à des investissements nouveaux, dans le cadre d'une dynamique innovante de progrès (ce que Schumpeter appelle "destruction créatrice", ce que Chamberlain illustrerait par le phénomène de "concurrence monopolistique"). Cette dimension du capitalisme (et Kempf semble l'avoir oublié), a permis une accumulation du capital sans précédent depuis le XIXème siècle, et a permis la révolution industrielle et la satisfaction à grande échelle des besoins humains. Il est fort probable que jamais l'électricité, le rail, l'avion ou l'automobile n'auraient pu voir le jour sans la dynamique du capitalisme, au vu des investissements colossaux qu'il fallait pour que le monde connaisse ses innovations.
Manger moins de viande (1 kg de viande demande autant d’effort productif que 7 kg de céréales).
Réduire les inégalités ; intégrer dans les prix l’impact écologique ; rationner (l'eau, la vitesse...).
« Lutte contre l’inégalité et progrès écologique vont de pair. »
Mieux répartir le travail.
Ne pas banaliser le dimanche.
Goûter la lenteur.
Inventer une nouvelle modernité technologique.
Changer le concept même de développement.
L’avenir est dans l’agriculture.
On peut faire tout cela, en conservant le capitalisme comme système. Le capitalisme n'est pas méchant, il faut juste le contraindre fortement, pour éviter qu'il ne dérive. Les économistes classiques et Keynes l'avaient bien compris.
La crise écologique est le phénomène majeur de notre époque. Changer est difficile. L'inventeur de Gaia pense qu'en démocratie on ne peut changer car les gens ne sont pas d'accord entre eux.
Mais justement : sommes-nous en démocratie?
La démocratie est malade. Les banques sont plus puissantes que les gouvernements.
Le livre, paru il y a un an, est maintenant très actuel.
(...)
Tout à fait d'accord. Et il n'y a pas que les banques qui sont plus fortes que les gouvernements. Il y a aussi les entreprises multinationales, les gros conglomérats, et le énormes fonds d'investissement qui mènent la danse. Les gouvernements n'ont pas su se distinguer de ces mastodontes, alors qu'ils avaient avec eux la force de la loi. Au contraire, ils se sont fait récupérer par les industriels, les financiers et les spéculateurs pour leur tailler un cadre à eux. Les dérives du capitalisme sont là. L'Etat n'a pas su, ou voulu, contraindre les puissants de ce monde pour qu'ils agissent dans le système de manière raisonnable. La suite ? Non pas un effondrement du système capitaliste, comme le pense Kempf, mais une belle grosse crise, payée par les petits, les grands ayant de la marge. Il faudra du temps avant de réparer les dégâts. Combien de temps cela durera ? Nul ne le sait, mais on peut avoir une idée en explorant l'Histoire des faits économiques.

En 1929, la plus grande crise économique du XXème siècle se profile aux Etats-Unis, et gagne l'Europe 3 à 4 années plus tard. La cause ? Les années 20, appelées à juste titre "années folles", où certes les données géopolitiques ont joué un rôle important (pensons par exemple à la politique autarcique de l'Italie fasciste, qui a tendu les prix sur le marché du blé), mais où les gouvernements ne jugulent pas des déséquilibres économiques croissants. Il faut savoir que les effets de cette crise n'étaient toujours pas résorbés en 1938, et, c'est malheureux à dire, c'est la seconde guerre mondiale qui a relancé la machine économique. S'il n'y avait pas eu cette guerre, il est probable que le système économique mondial aurait mis davantage de temps à effacer les effets de cette terrible crise (a priori un cycle long, appelé cycle de Kondratieff, de durée 50 ans environ).

Sinon, j'aime bien l'expression d'oligarchie employée par Kempf. Elle est tout à fait juste. On a beau jeu de critiquer l'oligarchie russe, mais on est nous-même en plein dedans.

(la suite plus tard...)
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Re: Hervé Kempf, objecteur de croissance

Message non lupar Fée Violine » mer. 14 mars 2012, 18:21

Cher Cgs,

n'oubliez pas que ce que vous lisez, ce ne sont pas les livres de Kempf mais seulement mes notes, avec des citations parfois sorties d'un raisonnement d'ensemble, et donc pas forcément compréhensibles. J'ai piqué çà et là des phrases qui me semblaient importantes, mais vous ne pouvez pas forcément voir le lien logique.
soit prend (volontairement) une définition très restrictive et approximative, assimilant le capitalisme à ses dérives.
Oui, c'est cela. Ce qu'il appelle capitalisme, ce sont les dérives depuis 30 ans, avec l'accélération de l'individualisme et la télé comme instrument d'aliénation.
Vous pouvez contester l'emploi du terme, mais ne lui faites pas dire ce qu'il ne dit pas!
clairement une analyse marxiste du capitalisme. Pour Kempf, le capitalisme est un état social, pas un système économique
Encore une fois, il n'est pas marxiste. Ce qu'il décrit, c'est la marchandisation de tous les aspects de la vie, y compris, donc, la vie sociale.
Hervé Kempf est catholique. Tout ce qu'il dit va dans le sens de l'enseignement de l'Église, qui se préoccupe de mettre l'économie au service de l'homme et non l'inverse.
Le capitalisme n'est pas méchant, il faut juste le contraindre fortement, pour éviter qu'il ne dérive.
Et pour cela, il faut que les politiques jouent leur rôle, au lieu de se mettre au service de ceux qui ont le pouvoir.

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Re: Hervé Kempf, objecteur de croissance

Message non lupar Cgs » mer. 14 mars 2012, 18:23

Hop, la suite sur l'oligarchie (en espérant ne barber personne...) :
1. La tentation autoritaire.
(...)
2. Le glissement vers l'oligarchie.
(...)
3. La politique du capital.
(...)
4. L'art de la propagande.
(...)
Mis à part que je ne suis pas d'accord avec son lien capitalisme-démocratie (lien emprunté à Schumpeter, certes), ces quatre chapitres semblent bien diagnostiquer les maux de notre temps, et je suis tout à fait l'auteur sur son analyse.
5. Pourquoi ne se rebelle-t-on pas?

Le conditionnement médiatique mène les gens au fatalisme en leur faisant croire qu'"il n'y a pas d'alternative" au capitalisme (TINA, There is no alternative, Margaret Thatcher).
C'est aussi que les gens ne veulent pas se rebeller, car le système fonctionne quand même à peu près, pour satisfaire les besoins qu'il a créés.
Les gens ont peur (précarité).
Les Occidentaux, même grugés par l'oligarchie, se savent quand même privilégiés, d'où une solidarité paradoxale avec la classe dominante. Nous avons objectivement intérêt à ce que le système se maintienne.
Et puis, les gens croient qu'ils sont en démocratie.
Ce chapitre, en revanche, relève encore de ce que j'appellerai la tendance marxisante des thèses soutenues par l'auteur. Il est dommage malgré une analyse des maux assez juste, qu'il cède à la tentation de la révolution en mettant tous le système à la poubelle. Ce n'est pas le premier (et ce ne sera sans doute pas le dernier) à le faire. Je l'ai déjà dit, "faire croire qu'il n'y a pas d'alternative au capitalisme" n'est pas une idéologie, c'est un fait - en prenant capitalisme au sens que j'ai énoncé ci-avant, évidemment, pour ne pas confondre le système et ses dérives.
6. Le défi de la démocratie planétaire.

Il serait normal que tous les habitants de la planète connaissent la même prospérité, mais il faudrait que l'économie mondiale soit multipliée par 15. Ou par 6, en admettant que notre pouvoir d'achat n'augmente pas. Mais c'est écologiquement impossible. Alors que faire?
"La réponse du discours dominant - si par aventure on parvient à le conduire dans cette discussion - est de s'en remettre au progrès technologique.
Cette assertion est-elle réaliste?"
L'auteur explique, chiffres à l'appui, que la seule solution est que les riches diminuent leur revenu. Faute de quoi il y a deux solutions: soit renoncer à réduire l'inégalité mondiale (et convaincre les Chinois, Indiens, Brésiliens et autres...), soit ignorer la question écologique, "c'est l'objet du climato-scepticisme, animé par les divers lobbies pétroliers. [...] Les techniques de manipulation et de confusion utilisées [...] ont connu un succès incontestable, relayées par des médias trop heureux de pouvoir croire qu'au fond, toute cette affaire d'écologie n'est qu'une calembredaine.
Cette détestable péripétie ne change rien, hélas, au fond du problème".
Le principe de la souveraineté nationale ne peut plus fonctionner de nos jours car la crise écologique est mondiale, "le climat d'un pays va dépendre de ce que vont faire tous les autres pays" (Pierre Radanne, expert en politique énergétique).
Ce qui est en jeu, c'est la fin de l'exception occidentale. Les Occidentaux doivent réduire leur consommation matérielle et leur consommation d'énergie, pour laisser une marge d'augmentation à leurs compagnons de planète.
Il faut reconquérir la démocratie. Il faut inventer une démocratie sans croissance.
"Les changements sont d'une telle ampleur qu'ils ne peuvent pas être réalisés sans une nouvelle culture".
construire une gouvernance mondiale.
Encore une fois (je vais finir par me répéter), je suis en accord avec les constats, pas les solutions. Il est tout à fait vrai de dire qu'il est impossible de vivre sur notre planète à 20 milliards d'individus en consommant individuellement comme un américain ou un européen. Une meilleure répartition des richesses, et une chasse au gaspillage, est évidemment une bonne chose. On sera effectivement conduit à la fin d'une exception occidentale, et une normalisation nécessaire pour assurer la survie de nombreux êtres humains sur terre.

En revanche, la solution me semble naïve. Une démocratie mondiale ? Comment est-ce possible parmi la myriade de nations et cultures ? C'est déjà quasiment impossible en Europe... De plus, que signifie la démocratie sans croissance ? Est-ce une nouvelle forme de communisme ? J'ai déjà expliqué que la croissance n'était pas mauvaise en soi, c'est sa structure et son orientation qui peut l'être. Dès lors, imaginer, au niveau mondial, une économie qui ne bougerait qu'à volume constant, où il y en aurait pour tous, est une vaste utopie à la Thomas More. Malheureusement, le fonctionnement du capitalisme, n'en déplaise à l'auteur ne pourra pas évoluer vers cette forme, même avec tous les peuples mondiaux fédérés. Pourquoi ? Car la dynamique inhérente du capitalisme reviendra, sous une forme ou une autre, et les exploités d'hier pourraient se transformer en exploiteurs de demain (c'est d'ailleurs ce qui s'est passé avec le communisme en URSS).

Voilà j'arrête là mes commentaires, je me suis assez répété sur certains points. Pour conclure, l'auteur est indéniablement intéressant, mais certains concepts et idées méritent approfondissements et clarifications.
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Message non lupar Fée Violine » mer. 14 mars 2012, 18:47

(en espérant ne barber personne...)
Ceux que ça barbe ne sont pas obligés de lire. Moi ça me passionne!
"faire croire qu'il n'y a pas d'alternative au capitalisme" n'est pas une idéologie, c'est un fait - en prenant capitalisme au sens que j'ai énoncé ci-avant, évidemment, pour ne pas confondre le système et ses dérives.
Oui mais justement il n'emploie pas "capitalisme" dans le même sens que vous. Il suffit de se mettre d'accord sur le sens des mots, sinon il est impossible de se comprendre!
Une meilleure répartition des richesses, et une chasse au gaspillage, est évidemment une bonne chose. On sera effectivement conduit à la fin d'une exception occidentale, et une normalisation nécessaire pour assurer la survie de nombreux êtres humains sur terre.
Je ne vous le fais pas dire!
Et vous l'opérez comment, cette normalisation?
Vous croyez que les privilégiés vont renoncer à leurs privilèges?
Une démocratie mondiale ? Comment est-ce possible parmi la myriade de nations et cultures ?
Pas un gouvernement mondial, certes. Mais puisque la crise écologique est mondiale, les solutions ne peuvent pas être locales. Il n'y a que dans les discours officiels que les nuages radio-actifs ont la bonté de s'arrêter à la frontière de la France!
Et le Vatican, par exemple, vient de recommander de trouver des solutions au niveau mondial sur l'accès à l'eau potable.
D'ailleurs Hervé Kempf ne propose aucune solution pratique. Il n'est ni homme politique, ni idéologue, juste un journaliste qui informe sur l'état du monde et aide à prendre conscience des problèmes. Mais après, les solutions restent à inventer.
que signifie la démocratie sans croissance ? Est-ce une nouvelle forme de communisme ?
Non, toujours pas.
La croissance qu'il décrit est une idéologie qui veut toujours plus, ce qui est impossible car la planète a des limites et on y arrive.
La démocratie sans croissance implique moins de consommation et plus de vie réelle :amoureux: , plus de lien social, moins de télé :bomb: .

Cela dit, je me demande si vous avez lu mes réponses?

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Re: Hervé Kempf, objecteur de croissance

Message non lupar Cgs » jeu. 15 mars 2012, 18:42

Bonjour Fée,

Je réponds à présent à vos commentaires (désolé, j'ai du mal à soutenir le rythme...) :
Merci de vos commentaires.
Vous dites que Kempf a une analyse marxiste. Mais jamais il ne se réfère au marxisme, et quand il le cite c'est toujours pour le critiquer. Quant à la lutte des classes, voyez ce qu'en dit ce milliardaire, à la fin du livre sur l'oligarchie!
C'est étonnant, car à le lire, il :

:arrow: critique le capitalisme exactement comme Marx le fait, avec des arguments peu nouveaux, si ce n'est qu'il les éclaire avec la crise récente (et en cela, il est intéressant à lire ; mais le fond de l'argumentation n'apporte pas grand chose de nouveau par rapport aux grands penseurs de l'économie depuis le XIXème siècle).
:arrow: fonde son argumentation sur les rapports sociaux, comme Marx le fait (mais il n'en tire pas vraiment les mêmes conclusions, il se rapprocherait plutôt de la thèse de Schumpeter, qu'il cite).

C'est sur cette base que j'écris que son analyse ressemble à une analyse marxiste. Attention, quand je dis "analyse marxiste", il faut comprendre "critique marxiste du capitalisme", et non "apologie du communisme". Je n'ai peut-être pas été très clair sur ce point précédemment, et je m'en excuse.
Vous parlez de "science économique", mais autant que je sache, l'économie n'est pas une science, elle est constituée de beaucoup d'idéologie!
L'économie faite par M. tout le monde est très souvent empreinte d'idéologie, c'est vrai. Cela a d'ailleurs le don de m'énerver, car n'importe qui s'érige en connaisseur en économie, alors qu'il ne connaît pas la base des mécanismes économiques. Il est toujours surprenant de voir que M. "tout le monde" n'irait pas expliquer aux scientifiques la cosmologie ou la minéralogie, mais qu'en économie, il ne se gêne pas pour relayer des idées approximatives.

Bref, l'économie est une science depuis le XVIIIème siècle, dans la mesure où :
:arrow: elle s'intéresse au réel, aux faits, élabore des théories et les confronte aux faits
:arrow: elle satisfait au critère de falsification de Karl Popper ; pour ceux qui ne savent pas ce que c'est :
Selon « La logique de la découverte scientifique » de Popper, une loi scientifique n'est pas une loi vérifiée - ni même vérifiable par l'expérience - mais une loi réfutable (ou falsifiable) dont la réfutation reste toujours logiquement possible. Il affirme que toutes les lois scientifiques universelles ont obligatoirement la forme logique d’énoncés universels au sens strict (et non d’énoncés universels au sens numérique), lesquels ne sont pas forcément vérifiables mais par contre réfutables, et non d’énoncés singuliers portant sur la réalité, lesquels peuvent être vérifiés.
Quels sont les résultats de la science économique ? En vrac et de façon non exhaustive :
:arrow: la connaissance macro-économique des systèmes, et donc de certaines crises
:arrow: le fonctionnement des marchés
La théorie de Veblen s'oppose complètement au marxisme, et me semble excellente pour comprendre les mécanismes de la société de consommation.
Je n'ai pas dû bien la comprendre, alors. Je relirai vos notes.
Sur le PIB, je ne suis pas de votre avis non plus. Le PIB ne mesure pas le bien-être mais uniquement ce qui est chiffrable. Ainsi, si j'ai un accident de voiture, j'augmente le PIB puisque je dépense beaucoup d'argent en frais de garagiste et en frais médicaux. Mais si je conduis raisonnablement et que j'évite les accidents, je suis une mauvaise citoyenne qui n'augmente pas le PIB! Pourtant je préfère la deuxième solution! Si je ramasse du bois dans la nature pour me chauffer, si je répare les chaussettes de mon mari, si je lis des livres, je n'augmente pas le PIB. Etc... Alors vraiment, je ne pense pas que le PIB soit un indice fiable pour le bonheur!
Vous avez raison. Mon propos voulait insister sur le fait que Kempf semble raisonner avec une production physique qui pollue la planète. Il a raison, mais une grande partie du PIB est aussi constitué des services marchands, qui eux ne polluent pas (ou indirectement). Donc faire un lien (augmentation du PIB) => (augmentation de la pollution et du gaspillage) sans nuance, et pour en déduire que la croissance est mauvaise, est criticable.
Pour le nombre de prisonniers aux USA, vous dites qu'il faudrait savoir l'augmentation de la population pour que les chiffres soient pertinents. Mais croyez-vous vraiment qu'en 25 ans la population américaine a été multipliée par plus de 4 ?
A moins que l'exemple n'ait été tronqué, il est quand même plus rigoureux d'évoquer le contexte des chiffres cités, le lecteur ne connaissant pas forcément la tendance. La population américaine a augmenté de 50% en 25 ans, ce n'est certes pas un x4, mais cette croissance atténue la comparaison des chiffres. D'ailleurs, il faudrait aussi voir les effets indirects induits : est-ce à législation comparable ? (id est : enferme-t-on plus de gens aujourd'hui qu'il y a 25 ans, pour un même nombre d'infraction constaté et de coupables arrêtés ?) ; y a-t-il une volonté du gouvernement fédéral de construire davantage de prisons ? (ce qui induit leur remplissage, et donc l'augmentation du chiffre ? etc.

Bref, je critique le côté un peu simpliste du chiffre. C'est tout.
Où voyez-vous qu'il critique la démocratie dans le chapitre 4? C'est peut-être à la citation de Tocqueville que vous pensez, où il est question de ce qui menace les peuples démocratiques? Mais ça ne veut pas dire que la démocratie soit une chose dangereuse! Au contraire, il veut dire que les sociétés démocratiques sont menacées par un despotisme sournois, qui ne vient pas de la démocratie mais au contraire de l'absence de démocratie.
Ce qu'il entend par démocratie, c'est un régime où le peuple a la possibilité de donner son avis et de participer aux décisions. Et par capitalisme, il entend les dérives et non l'économie de marché en général.
S'il critique les dérives du capitalisme, en les distinguant du système capitaliste lui-même, il a cent fois raison. Mais je trouve son propos peu clair, puisque si j'ai bien compris, il veut remplacer le capitalisme par autre chose. Il confond donc bien dérives et système, et emploie le terme "capitalisme" de façon vague. En lisant la suite de vos propos (auxquels je ne réponds pas de manière aussi suivie que ci-dessus, pour éviter d'alourdir mon message), je me rends compte que la principale critique que je lui adresse est dans la définition même du terme "capitalisme". Du coup, son idée est bonne, mais l'approximation de sa définition du capitalisme rend son propos ambigu, c'est dommage.
Je vais suggérer à l'auteur de venir ici discuter avec nous, ce serait intéressant!
Excellente idée !
Cgs
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