Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

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jeanbaptiste
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Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par jeanbaptiste » mar. 20 janv. 2009, 17:44

Ce message fait suite à celui-ci :

http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 441#p66441

Le jansénisme n'a rien à voir avec le catharisme, et l'image d'une secte hérétique hostile à la chair est largement surfaite.

Je crains que l'on se fait dans le monde catholique une image du jansénisme à peu prêt aussi grossière que l'image que la plupart de nos contemporains se font du catholicisme.

Premièrement il faut rappeler que le jansénisme n'est pas une branche du christianisme, le jansénisme est le nom donné au disciple de Jansen et c'est un mouvement clairement catholique.

Il faut bien comprendre que les querelles qui se firent autour du jansénisme étaient majoritairement politique. Les cinq propositions condamnés par la bulle Cum occasionne, qui est un moment clé de la "bataille", ne se trouvent même pas dans l'ouvrage de Jansen !

Je maîtrise très mal le sujet, je ne suis pas un spécialiste du jansénisme. Mais aimant Pascal depuis bien longtemps, bien avant que je ne devienne catholique, je n'ai pas pu éviter la question. En gros, la querelle théologique porte sur la question de la relation entre la grâce et la liberté.

Alors qu'aujourd'hui 99% des catholiques sont persuadés que la prédestination est une "idée" protestante, bien qu'elle soit aussi un dogme catholique (l'opposition entre catholiques et protestants sur cette question porte sur des points complexes et extrêmement fins que je suis bien incapable de reproduire), il me semble qu'un mouvement qui a fait naitre des hommes de lettre et de science aussi grands que Pascal, Racine ou Arnaud ; un mouvement qui a donné naissance à l'une des plus belles traduction de la Bible en langue française ; un mouvement qui fut de bout en bout catholique ; un tel mouvement mérite de notre part un peu plus d'estime.

L'erreur inverse serait de faire du jansénisme une sorte de mouvement de résistance contre une Église en déclin, un mouvement salutaire passé à la sauce du romantisme.

Les jansénistes ne furent ni des hérétiques, comme le furent les cathares, ni le dernier vrai mouvement catholique. Les jansénistes firent des erreurs, se trompèrent. Mais ils furent malheureusement assez durement persécuté pour des raisons quasiment exclusivement politiques.

Ensuite tout un imaginaire s'est greffé autour du jansénisme, un imaginaire qui continue de nous hanter. Laissons-le de côté et essayons de porter un regard plus serein sur ce mouvement qui nous a laissé beaucoup de belles choses.

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Raistlin
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par Raistlin » mar. 20 janv. 2009, 17:51

Bonjour Jean-Baptiste, :)

Je pense que beaucoup de réticence vis-à-vis du jansénisme (moi le premier) vient du fait que la perception que nous en avons est celle d'un mouvement proclamant la prédestination de certains à l'Enfer, ce qui n'est pas catholique.

Certes la prédestination des Saints est catholique mais Dieu ne prédestine personne à l'Enfer, Il n'est en aucun cas responsable de la damnation de certains.

Comme je m'y connais encore moins que vous au sujet du jansénisme, savez-vous qu'elle était exactement leur position à ce sujet ? Dans mon esprit c'est là que se situait leur erreur. :incertain:

Fraternellement,
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par Etrigan » mar. 20 janv. 2009, 18:05

Dans Les principaux malentendus de la théologie, Claude Tresmontant condamne le Jansémine comme étant proche du protestantisme en cela qu'il condamne la chair et présente l'Homme comme étant naturellement mauvais et condamné sauf grâce de Dieu. Cela lui semble contraire à l'esprit du Catholicisme. Mais je n'y connais vraiment rien et on ne peut clairement nier que l'opposition de Louis XIV fut politique et liée au gallicanisme français, à savoir le fait que Louis XIV choisissait ses évêques et que le Pape n'avait aucune autorité, ou presque, sur l'Eglise de France.

Néanmoins, j'ai lu Les Provinciales de Pascal dans lequel il défend ses amis jansénistes contre les jésuites et le résultat est terrifiant : les jésuites ressemblent à des tartuffes de la pire espèce justifiant le vol, les duels ou la prostitution par le jeu de la casuistique !

En attendant est sorti un livre que je n'ai pas lu sur le sujet :
Le Jansénisme : De Jansénius à la mort de Louis XIV

Quatrième de couverture
Le sujet fondamental de la querelle janséniste, comme le souligne Mgr Guillaume dans sa préface : "c'est le grave et difficile problème des relations entre la grâce de Dieu et la liberté de l'homme. Comment Dieu peut-il respecter cette liberté, s'il donne à l'homme une grâce efficace pour agir selon le bien ? Comment comprendre crue la grâce, loin de détruire ou de diminuer la liberté de l'homme, en est, au contraire, la source permanente ? Nous nous représentons trop souvent les relations de l'homme avec Dieu en terme de concurrence : si Dieu fait tout, qu'ai-je encore à faire ? Si j'ai tout à faire, à quoi sert Dieu ? Sil est difficile de définir avec précision le mode de collaboration entre Dieu et l'homme, les opposer l'un à l'autre comme des adversaires n est certainement pas la bonne solution.

Ces querelles d'écoles théologiques, opposant, en particulier, jésuites et jansénistes avec, parfois, des expressions ou des méthodes confinant à la « haine », s'entremêlent avec des différends entre personnes, entre courants spirituels et, aussi, avec des conflits de pouvoir... "

On imagine mal, aujourd'hui, l'importance de la crise janséniste, l'ardeur des opposants, ses multiple répercussions et implications, bien au-delà de l'arrangement de 1720, jusqu'à la Révolution et au-delà.

... "Le jansénisme devient un ferment de transformation sociale : en exaltant l'univers de la conscience aux dépens des structures extérieures et du magistère, quelle chu en soit la forme, il a favorisé le processus d'individualisation dans une société établie sur des liens de dépendance des hommes et des biens ; il a ainsi accéléré l'évolution bourgeoise et contribué au déclin de l'édifice d'Ancien Régime... jadis traité en « hérésie », c'est-à-dire en déviation doctrinale, il est perçu aujourd'hui comme une composante essentielle de la civilisation occidentale".

Aimé Richardt décrit pas à pas la naissance, le développement, le paroxysme et jusqu'au dénouement apparent de ce grand débat, en même temps qu'il met en situation de manière très vivante les principaux protagonistes - ce qui est la meilleure manière pour comprendre.

# Broché: 277 pages
# Editeur : François-Xavier de Guibert (31 mai 2002)
# Collection : Histoire
# Langue : Français
# ISBN-10: 2868397816
# ISBN-13: 978-2868397812
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par jeanbaptiste » mar. 20 janv. 2009, 19:09

Rappelons pour les lecteurs une définition très claire par le pape Adrien Ier de la prédestination au sens "catholique", bref de la prédestination :
« Dieu a préparé de toute éternité dans son immutabilité les œuvres de justice et de miséricorde. Il a donc préparé les mérites de ceux qui doivent être justifiés. Mais pour les méchants, il n'a pas préparé les œuvres mauvaises ni les volontés mauvaises, mais il leur a préparé de justes châtiments. Voilà en quoi consiste la prédestination éternelle des œuvres futures de Dieu. »
Le concile de Valence est sur le point qui nous intéresse plus précis :
« Nous croyons fermement en la prédestination des élus à la vie, et à la prédestination des impies à la mort. Dans l'élection de ceux qui doivent être sauvés, la miséricorde de Dieu précède le mérite des bonnes œuvres. Dans la condamnation de ceux qui périront, la culpabilité des mauvaises actions précède le juste jugement de Dieu. Par la prédestination, Dieu a déterminé uniquement ce qu'il ferait par sa miséricorde gratuite ou selon son juste jugement. Dans les méchants, Dieu n'a fait que prévoir leur malice en tant que procédant d'eux seuls. Il n'a pas prédestiné leur malice, parce qu'elle ne vient pas de lui. Mais la peine qui suit la faute, en tant que Dieu qui connaît tout à l'avance, il l'a prévue et prédestinée. Mais que quelques-uns aient été prédestinés au mal par la volonté divine de façon telle qu'il n'était pas en leur pouvoir de ne pas être mauvais, non seulement nous ne le croyons pas, mais s'il s'en trouve qui croient une telle énormité nous les rejetons et les anathématisons. »
Ainsi il y a bien une prédestination à l'Enfer dans le catholicisme, puisque Dieu est omniscient, Il sait tout ! En revanche, Dieu n'est pas responsable de la malice des actions qui ont menés tel homme en Enfer.

Je vais donc tenter un résumé, sans doute simpliste, de la question entre catholicisme, jansénisme et protestantisme. Si je me trompe, intervenez !

Catholicisme :
Dieu, omniscient, sait qui va aller en Enfer, qui va aller au Pardais : prédestination à l'Enfer, prédestination au Paradis.

Dieu prépare les mérites de ceux qui doivent être justifiés, mais ne prépare pas les mauvaises actions de ceux qui ne le seront pas. Ce qui se traduit par :

Élection de ceux qui doivent être sauvés : la miséricorde de Dieu précède le mérite des bonnes œuvres

Condamnation de ceux qui périront : la culpabilité des mauvaises actions précède le juste jugement de Dieu

Et enfin, l'amour de Dieu est proposé à tous les hommes, libres à eux d'aller vers le Bien ou de s'en éloigner et de faire le mal.

Protestantisme :

Situation historique : la doctrine de la prédestination d'un Calvin nait contre la pratique du commerce des indulgences. Une indulgence est une rémission de la peine encourue à la suite d'un acte péccamineux. Cette rémission peut être reçue à la suite de la réalisation d'un acte de piété, en proportion avec la faute commise. Or, à l'époque de Calvin existait des membres du clergé qui vendaient les indulgences contre monnaie. La réaction de Calvin fut radicale, plutôt que condamner ces messieurs, il décida de revoir la théorie de la prédestination afin que cette vente ne soit plus possible.
En gros, c'est comme si un jour quelqu'un profitait du dogme de la Résurrection pour mal agir, et que cela conduisait un homme plein de bonne volonté, outré par ce monsieur, à rejeter le dogme de la Résurrection pour qu'un tel profit ne soit plus possible.

Doctrine : La différence de fond avec le dogme catholique c'est que la question des œuvres ne se pose plus du tout. Le salut vient : « par sa seule bonté et miséricorde en JCNS, sans considération de leurs oeuvres». Dieu décide qui sera élu, qui ne le sera pas. Point final.

Un mauvais ne sera jamais élu car Dieu sait tout. Mais quelqu'un qui agit bien sans avoir reçu la grâce du salut ne sera pas sauvé.

Le catholicisme propose un salut par la foi et par les œuvres. Si la miséricorde divine précède le mérite des bonnes œuvres, elle le précède, elle ne l'annule pas. Calvin, pour contrer ceux qui, au sein même du catholicisme, inversent à leur compte la doctrine en faisant passer les œuvres avant la miséricorde, décident de supprimer le rôle des œuvres dans le salut. Seule la foi sauve.

Dans ce contexte, il est clair que cette grâce dite "efficace" n'est pas donnée à tous. La liberté de l'homme ne joue donc plus aucun rôle dans le cadre de son salut. Ici la grâce de Dieu est intimement liée au salut.

Ainsi Calvin dénature la doctrine de la prédestination pour contrer un dérive de cette doctrine. La doctrine de la prédestination selon Calvin étant également sujette à ce type de dérive (puisque nous sommes prédestinés, amusons-nous et ne nous occupons pas de notre salut), nous voyons bien que ce type de réaction, si nous pouvons humainement le comprendre, n'est pas rationnellement soutenable.

Jansénisme :

Le jansénisme est une radicalisation de la doctrine augustinienne de la prédestination.

Chez Augustin nous avons l'idée d'une grâce efficace donnée par Dieu qui conduit irrésistiblement celui qui la reçoit à vouloir et faire, autant que faire se peut, le bien. Mais la liberté est sauve car grâce et salut ne sont pas intimement liée.

Si selon Augustin l'homme n'est pas capable de faire par lui-même, en dehors de toute grâce provenant de Dieu, le bien, cette grâce, cependant, contrairement à Calvin, le salut n'est pas cette grâce.

Chez Augustin les œuvres comptes, mais les œuvres proviennent en réalité de Dieu. Elles sont la marque de la grâce, et non pas ce qui doit acheter le salut. Or, puisque pour Calvin salut et grâce efficace vont de pair, il ne peut plus dire que les bonnes actions sont œuvres de Dieu, car ce serait justifier les dérives des indulgences.

Dans les faits, la doctrine augustinienne de la grâce est intégralement "catholique". Mais sa formulation est source de nombreuses radicalisations.

Ainsi la doctrine janséniste de la grâce, en radicalisant Augustin, finit par se rapprocher de Calvin. En effet, la distinction entre grâce efficace et salut disparait également.

-------------------------

Au sujet de la question du salut, il est clair que le jansénisme se rapprochait de Calvin et était en cela dans l'erreur.

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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par jeanbaptiste » mar. 20 janv. 2009, 19:24

Claude Tresmontant condamne le Jansémine comme étant proche du protestantisme en cela qu'il condamne la chair et présente l'Homme comme étant naturellement mauvais et condamné sauf grâce de Dieu.
C'est de l'augustinisme radical. D'ailleurs, en lisant la Cité de Dieu je me suis rendu compte qu'Augustin était beaucoup moins sévère sur la chair que ce que "l'on" raconte. Il est très dur avec la chair, mais il sait faire des distinctions, nuancer.

Si nous pouvons reprocher aux jansénistes d'avoir radicalisé un Augustin qui n'avait pas besoin de l'être. Il faut que nous aussi nous essayons de ne pas avoir une image trop radicale, trop sombre, du jansénisme ;)

Et cela peut commencer en rappelant que le jansénisme ne fut jamais une doctrine. C'était un mouvement né d'amis de Jansen comprenant des personnes très diverses, très soucieuse de la pensée d'Augustin, parfois même très proche de la pensée Thomas d'Aquin (Arnaud) et donc parfois un brin éloigné d'une radicalisation mortifère d'Augustin (rappelons au passage que Thomas d'Aquin était aussi très marqué par Augustin, naturellement ;) )

Bref, tout cela n'est pas simple !!! :p

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Raistlin
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par Raistlin » mar. 20 janv. 2009, 20:33

jeanbaptiste a écrit :
[+] Texte masqué
Rappelons pour les lecteurs une définition très claire par le pape Adrien Ier de la prédestination au sens "catholique", bref de la prédestination :
« Dieu a préparé de toute éternité dans son immutabilité les œuvres de justice et de miséricorde. Il a donc préparé les mérites de ceux qui doivent être justifiés. Mais pour les méchants, il n'a pas préparé les œuvres mauvaises ni les volontés mauvaises, mais il leur a préparé de justes châtiments. Voilà en quoi consiste la prédestination éternelle des œuvres futures de Dieu. »
Le concile de Valence est sur le point qui nous intéresse plus précis :
« Nous croyons fermement en la prédestination des élus à la vie, et à la prédestination des impies à la mort. Dans l'élection de ceux qui doivent être sauvés, la miséricorde de Dieu précède le mérite des bonnes œuvres. Dans la condamnation de ceux qui périront, la culpabilité des mauvaises actions précède le juste jugement de Dieu. Par la prédestination, Dieu a déterminé uniquement ce qu'il ferait par sa miséricorde gratuite ou selon son juste jugement. Dans les méchants, Dieu n'a fait que prévoir leur malice en tant que procédant d'eux seuls. Il n'a pas prédestiné leur malice, parce qu'elle ne vient pas de lui. Mais la peine qui suit la faute, en tant que Dieu qui connaît tout à l'avance, il l'a prévue et prédestinée. Mais que quelques-uns aient été prédestinés au mal par la volonté divine de façon telle qu'il n'était pas en leur pouvoir de ne pas être mauvais, non seulement nous ne le croyons pas, mais s'il s'en trouve qui croient une telle énormité nous les rejetons et les anathématisons. »
Ainsi il y a bien une prédestination à l'Enfer dans le catholicisme, puisque Dieu est omniscient, Il sait tout ! En revanche, Dieu n'est pas responsable de la malice des actions qui ont menés tel homme en Enfer.

Je vais donc tenter un résumé, sans doute simpliste, de la question entre catholicisme, jansénisme et protestantisme. Si je me trompe, intervenez !

Catholicisme :
Dieu, omniscient, sait qui va aller en Enfer, qui va aller au Pardais : prédestination à l'Enfer, prédestination au Paradis.

Dieu prépare les mérites de ceux qui doivent être justifiés, mais ne prépare pas les mauvaises actions de ceux qui ne le seront pas. Ce qui se traduit par :

Élection de ceux qui doivent être sauvés : la miséricorde de Dieu précède le mérite des bonnes œuvres

Condamnation de ceux qui périront : la culpabilité des mauvaises actions précède le juste jugement de Dieu

Et enfin, l'amour de Dieu est proposé à tous les hommes, libres à eux d'aller vers le Bien ou de s'en éloigner et de faire le mal.

Protestantisme :

Situation historique : la doctrine de la prédestination d'un Calvin nait contre la pratique du commerce des indulgences. Une indulgence est une rémission de la peine encourue à la suite d'un acte péccamineux. Cette rémission peut être reçue à la suite de la réalisation d'un acte de piété, en proportion avec la faute commise. Or, à l'époque de Calvin existait des membres du clergé qui vendaient les indulgences contre monnaie. La réaction de Calvin fut radicale, plutôt que condamner ces messieurs, il décida de revoir la théorie de la prédestination afin que cette vente ne soit plus possible.
En gros, c'est comme si un jour quelqu'un profitait du dogme de la Résurrection pour mal agir, et que cela conduisait un homme plein de bonne volonté, outré par ce monsieur, à rejeter le dogme de la Résurrection pour qu'un tel profit ne soit plus possible.

Doctrine : La différence de fond avec le dogme catholique c'est que la question des œuvres ne se pose plus du tout. Le salut vient : « par sa seule bonté et miséricorde en JCNS, sans considération de leurs oeuvres». Dieu décide qui sera élu, qui ne le sera pas. Point final.

Un mauvais ne sera jamais élu car Dieu sait tout. Mais quelqu'un qui agit bien sans avoir reçu la grâce du salut ne sera pas sauvé.

Le catholicisme propose un salut par la foi et par les œuvres. Si la miséricorde divine précède le mérite des bonnes œuvres, elle le précède, elle ne l'annule pas. Calvin, pour contrer ceux qui, au sein même du catholicisme, inversent à leur compte la doctrine en faisant passer les œuvres avant la miséricorde, décident de supprimer le rôle des œuvres dans le salut. Seule la foi sauve.

Dans ce contexte, il est clair que cette grâce dite "efficace" n'est pas donnée à tous. La liberté de l'homme ne joue donc plus aucun rôle dans le cadre de son salut. Ici la grâce de Dieu est intimement liée au salut.

Ainsi Calvin dénature la doctrine de la prédestination pour contrer un dérive de cette doctrine. La doctrine de la prédestination selon Calvin étant également sujette à ce type de dérive (puisque nous sommes prédestinés, amusons-nous et ne nous occupons pas de notre salut), nous voyons bien que ce type de réaction, si nous pouvons humainement le comprendre, n'est pas rationnellement soutenable.

Jansénisme :

Le jansénisme est une radicalisation de la doctrine augustinienne de la prédestination.

Chez Augustin nous avons l'idée d'une grâce efficace donnée par Dieu qui conduit irrésistiblement celui qui la reçoit à vouloir et faire, autant que faire se peut, le bien. Mais la liberté est sauve car grâce et salut ne sont pas intimement liée.

Si selon Augustin l'homme n'est pas capable de faire par lui-même, en dehors de toute grâce provenant de Dieu, le bien, cette grâce, cependant, contrairement à Calvin, le salut n'est pas cette grâce.

Chez Augustin les œuvres comptes, mais les œuvres proviennent en réalité de Dieu. Elles sont la marque de la grâce, et non pas ce qui doit acheter le salut. Or, puisque pour Calvin salut et grâce efficace vont de pair, il ne peut plus dire que les bonnes actions sont œuvres de Dieu, car ce serait justifier les dérives des indulgences.

Dans les faits, la doctrine augustinienne de la grâce est intégralement "catholique". Mais sa formulation est source de nombreuses radicalisations.

Ainsi la doctrine janséniste de la grâce, en radicalisant Augustin, finit par se rapprocher de Calvin. En effet, la distinction entre grâce efficace et salut disparait également.

-------------------------

Au sujet de la question du salut, il est clair que le jansénisme se rapprochait de Calvin et était en cela dans l'erreur.
Merci pour ces précisions, c'était nécessaire. :p
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par Etrigan » mar. 20 janv. 2009, 20:52

Merci pour votre résumé/explication sur la grâce. Je n'ai pas bien compris, par contre, le passage suivant : "Chez Augustin les œuvres comptes, mais les œuvres proviennent en réalité de Dieu. Elles sont la marque de la grâce, et non pas ce qui doit acheter le salut. Or, puisque pour Calvin salut et grâce efficace vont de pair, il ne peut plus dire que les bonnes actions sont œuvres de Dieu, car ce serait justifier les dérives des indulgences." : il doit manquer de la ponctuation ou quelque chose...

J'avoue que ce que vous écrivez m'effraie.
L'idée que ce que je peux faire de bien provient de Dieu me parait incohérent : s'il vient de Dieu, alors je n'ai pas de mérites ; si je n'ai pas de mérites, en quoi est-ce que je sers Dieu ?
Par contre, être prédestiné à l'Enfer, ça je peux comprendre : que Dieu sache, à l'avance, que je finirais mal, ne me choque pas. Il connait la destination, mais pas le trajet ; or, la liberté humaine, c'est le trajet. Car la destination finale sera la mort pour tous (dans un premier temps).

Par contre, qu'il sache que je vais faire le bien et qu'il en soit le vecteur principal me parait problématique.

De passionnantes réflexions philosophiques en perspectives ! Je compte sur vous tous pour en débattre avec moi :saint:
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par jeanbaptiste » mar. 20 janv. 2009, 23:05

Merci pour votre résumé/explication sur la grâce. Je n'ai pas bien compris, par contre, le passage suivant : "Chez Augustin les œuvres comptes, mais les œuvres proviennent en réalité de Dieu. Elles sont la marque de la grâce, et non pas ce qui doit acheter le salut. Or, puisque pour Calvin salut et grâce efficace vont de pair, il ne peut plus dire que les bonnes actions sont œuvres de Dieu, car ce serait justifier les dérives des indulgences." : il doit manquer de la ponctuation ou quelque chose...
Oui, il manque une étape dans l'argumentation !

Le soucis, c'est que je suis tout à fait novice dans la connaissance de ce problème ! Il y a des choses que je ne saisis pas très bien, des distinctions peu claires etc. Il me faudrait trouver un ouvrage qui fait le point sur cette question. Mon dictionnaire critique de théologie n'est pas idéal pour une entrée en matière ;)

Bon, j'avais commencé une clarification de mon propos, mais j'ai l'impression de me planter quelque part. Et puis, je suis un peu fatigué :p

Je fais donc un appel à toutes les personnes ayant des compétences dans le domaine de bien vouloir venir désembrouiller l'atmosphère qui plane sur ce difficile sujet !

En attendant je vais prendre un peu de temps pour me documenter :D

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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par Raistlin » mer. 21 janv. 2009, 10:35

Etrigan a écrit :Par contre, être prédestiné à l'Enfer, ça je peux comprendre : que Dieu sache, à l'avance, que je finirais mal, ne me choque pas. Il connait la destination, mais pas le trajet ; or, la liberté humaine, c'est le trajet. Car la destination finale sera la mort pour tous (dans un premier temps).
Entièrement d'accord avec vos propos (l'image du "trajet" et de la "destination" est parfaite, je m'en resservirai :p ).

Cependant je trouve quand même le terme de "prédestination à l'Enfer" dangereux car on pourrait s'imaginer que Dieu est la cause des mauvaises oeuvres d'un damné, ce qui n'est jamais le cas. La religion catholique n'est pas fataliste mais avec des termes comme ça, on pourrait le croire.

Fraternellement,
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par coeurderoy » mer. 21 janv. 2009, 11:29

Bonjour,
j'ajouterai, concernant la "prédestination à l'Enfer", le cas de la terrible tentation de saint François de Sales à ce propos. Priant, à Paris, en l'église Saint-Benoît le Bétourné (quartier latin) devant une statue de la Vierge, il en fut délivré avec je crois une inspiration de ce genre "et même si je dois brûler en Enfer je veux au moins vous aimer ici-bas" - je me trompe peut-être, citant de mémoire...
Tous les conseillers spirituels déconseillent aux âmes inquiètes et troublées de méditer ce type de prédestination, insistant sur la valeur infinie du Sang qui nous a rachetés et sur l'Amour brûlant du Coeur Miséricordieux de Jésus : d'où le merveilleux à-propos des révélations du Sacré-Coeur en plein siècle janséniste.
In Christo.
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par Etrigan » mer. 21 janv. 2009, 11:56

Dans son Encyclique, Sauvés dans l'espérance, Benoît XVI, citant Saint Paul, affirme que, après notre mort, nous serons tous transformés et sauvés. Ca m'a assez surpris. Je constate aussi que le Catéchisme de l'Eglise catholique considère non pas l'Enfer comme un lieu mais comme un état de séparation d'avec Dieu : ceci est à prendre en compte dans la perspective de la prédestination à l'Enfer...
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par François-Xavier » mer. 21 janv. 2009, 16:56

Les jansénistes ne furent ni des hérétiques, comme le furent les cathares, ni le dernier vrai mouvement catholique. Les jansénistes firent des erreurs, se trompèrent. Mais ils furent malheureusement assez durement persécuté pour des raisons quasiment exclusivement politiques.

Ensuite tout un imaginaire s'est greffé autour du jansénisme, un imaginaire qui continue de nous hanter. Laissons-le de côté et essayons de porter un regard plus serein sur ce mouvement qui nous a laissé beaucoup de belles choses.
Je pense que sur cette question, comme sur d'autres, il faut un auteur de référence, qui sache de quoi il parle : devinez, devinez.... Dom Guéranger ! (qui d'autre ?)
Dom Guéranger a écrit : Tout le monde a lu avec un vif intérêt dans la Revue de l’Anjou et du Maine, livraison de Novembre, un article de M. l’abbé H. Bernier, portant pour titre : Étude sur le jansénisme. L’objet de cet article était des plus graves ; et l’on ne saurait qu’applaudir à l’heureuse idée qu’a eue l’auteur de venir au secours de tant de gens auxquels manque entièrement la vraie théorie du jansénisme, et qui, faute de définitions saines et exactes, sont exposés à accepter mille erreurs dans la lecture des livres en si grand nombre qui ne traitent qu’en passant de cette hérésie et des débats auxquelles elle donna lieu. Nos livres modernes regorgent de notions fausses sur cette grande controverse ; des méprises de tout genre s’y rencontrent à chaque page ; des confusions risibles s’y trouvent mêlées à des injustices violentes ; en fin de compte, on ignore ce que c’est que le jansénisme, et pourtant il est convenu d’en parler toujours avec bienveillance, quand ce n’est pas avec admiration.

Le livre de M. Sainte-Beuve sur Port-Royal, les célèbres monographies de M. Cousin, les publications de manuscrits inédits, les réimpressions avec luxe des livres des docteurs du parti, sans parler des éternelles Provinciales que tout le monde vante et que personne ne lit, tout cet ensemble d’efforts tendant au même but a eu pour résultat, non d’initier les hommes d’aujourd’hui aux dogmes jansénistes, mais de les persuader que le parti de l’évêque d’Ypres formait la plus respectable agrégation de caractères généreux, d’âmes intègres et d’esprits élevés. On sait surtout, ou du moins on croit que rien n’était plus austère que les mœurs jansénistes ; ce n’est pas que le siècle ait la tentation de les imiter au pied de la lettre ; mais il aime assez à s’incliner devant la grandeur morale, et demeure persuadé qu’elle brillait au suprême degré dans les solitaires de Port Royal et dans leurs partisans.

Mon but n’est pas de tracer ici un portrait de la secte, ni de montrer combien elle se montra peu difficile à l’endroit des vertus, lorsqu’elle fut à même de recruter des adeptes dans les hautes régions sociales, et comment elle entendait les lois de l’équité, quand elle avait des adversaires à écraser, et celles de la franchise, quand il s’agissait d’esquiver les décisions de l’église, avec laquelle elle tenait à ne pas rompre extérieurement. Ce qui importe dans l’étude d’une secte ou d’une école, c’est de reconnaître d’abord son principe fondamental, son lien d’association ; là est son essence, sa vie, la raison de ses actes. Or, M. l’abbé Bernier l’a parfaitement expliqué, le Jansénisme avait pour base le système de Calvin, mitigé dans les larmes, mais au fond toujours le même. Un Dieu qui donne à l’homme des préceptes, et lui refuse la grâce sans laquelle il ne peut les accomplir ; un Christ qui n’a versé son sang que pour les élus ; des justes qui, lorsqu’ils font le bien, sont dans l’impuissance de résister à la grâce ; des pécheurs qui, lorsqu’ils font le mal, sont irrésistiblement entraînés : voilà le Jansénisme.

On conçoit aisément les conséquences pratiques d’une telle doctrine. Elle obtint un succès considérable, par le crédit et l’habileté de ceux qui s’en firent les apôtres et les docteurs ; et son premier effet fut de répandre la terreur, et d’inspirer un rigorisme de conduite qui n’avait rien de commun avec l’équitable sévérité de la morale chrétienne. Les Sacrements que le Sauveur a institués pour être le remède de la faiblesse humaine, en même temps que le stimulant des forts, devinrent un épouvantail pour les âmes qui ne reconnaissaient point en elles-mêmes cette haute perfection qu’on leur disait nécessaire pour s’en approcher. Des maximes, non seulement outrées, mais fausses, circulèrent partout ; on les rencontra dans presque tous les livres qui traitaient de pratique religieuse ; car les catholiques eux-mêmes tremblaient devant le reproche de morale relâchée. Ce fut la principale raison du succès des philosophes incrédules du 18e siècle ; il leur finit aisé de rendre odieuse et ridicule une religion que l’on cherchait par tous les moyens à compromettre avec l’esprit et avec le cœur de l’homme.
Dom Guéranger était extrêmement dur vis à vis du jansénisme.... Et pour de bonnes raisons, dont il faudrait se souvenir, parce que nous sommes toujours marqués aujourd'hui par les conséquences de ce jansénisme.
La suite ici : http://www.domgueranger.net/index.php?o ... &Itemid=44


J'en développe quelques aspects ici ( http://www.scholasaintmaur.net/Actualit ... iecle.html ) à l'occasion d'une visite singulière à ... Port Royal.
Je vous laisse lire. Vous l'aurez compris. Je ne suis pas janséniste, et je suis contre, foncièrement contre....

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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par Etrigan » mer. 21 janv. 2009, 17:04

sans parler des éternelles Provinciales que tout le monde vante et que personne ne lit
Cet homme sait comment flatter mon orgueil ^^
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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par jeanbaptiste » mer. 21 janv. 2009, 18:02

Merci FX pour votre article sur http://www.scholasaintmaur.net/. Votre exposé est très clair. Je ne savais pas que le jansénisme de Port-Royal avait eu une telle influence sur le catholicisme en France.

Bon, je vais être obligé de parler un peu de moi pour essayer de faire comprendre la raison de ce fil de discussion, et la raison pour laquelle il est fort probable que je me sois jusqu'ici trompé.

Je suis nouvellement converti (depuis un an et demi environ). Et avant mes études supérieures en philosophie, je ne savais pas grand chose d'à peu près tout ce qui se passait dans le monde !

C'est en terminale que je me suis acheté ma première Bible. Par curiosité, et sans aucun a priori puisque je ne savais pas ce qui se disait sur le christianisme dans le monde. J'ai acheté la Bible dite de Port-Royal, complètement par hasard. La préface de Sellier était interressante et présentait Port-Royal comme un haut lieu de l'intelligence de l'époque. La beauté de la langue dans cette traduction achevait de me convaincre.

En première année de philosophie je me lance très rapidement dans Pascal suite à un premier cours passionnant de Bruno Pinchard. Je tombe amoureux de l'auteur des Pensées. Je retrouve dans sa langue les accents de la traduction de l'Ecclésiaste dans la Bible de Sacy. Je continue ma lecture de Pascal, rédige une petite étude de la 4e partie de la Logique de Port-Royal etc.

Et je découvre durant cette période que Racine était janséniste. Or, j'avais toujours préféré Racine à Corneille...

Bref, je me suis senti une certaine proximité d'esprit avec Port-Royal.

Je savais alors que Port-Royal était assez proche du protestantisme en ce qui concerne son rapport au salut. Mais cela ne parlait évidemment pas, puisque je n'étais pas croyant. Je trouvais même cela intéressant sur le plan moral.

Ma conversion me détourna radicalement du protestantisme. La question n'avait même pas besoin d'être posée. La vérité est dans le "catholicisme".

Cependant j'ai continué de conserver de la sympathie pour le jansénisme, je continue d'aimer Pascal, Racine et la traduction de Port-Royal de la Bible.

Et ce n'est que bien plus tard, c'est à dire maintenant, que je découvre un autre "visage" de l'histoire de Port-Royal. Je ne connaissais rien des rapports de Port-Royal avec la Révolution (cela aurait de toute manière été impensable pour Pascal qui, en politique, prônait le respect de la coutume), son "gallicanisme" etc.

C'est donc à moi de nuancer mon opinion sur Port-Royal. Cependant, je reste, et resterai, persuadé d'une chose : Port-Royal donna naissance à de grandes œuvres qui méritent d'être lues, et que sa sombre histoire ne devrait pas voiler.

La Logique de Port-Royal est un excellent manuel de logique ; la traduction française de la Bible est magnifique etc.

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Re: Essayons de ne pas caricaturer le jansénisme

Message non lu par gerardh » mer. 21 janv. 2009, 19:10

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Bonjour à tous,

Dans les précédentes interventions, mon sentiment est que les points de vues ne sont pas homogènes. C'est pourquoi je n'arrive pas à dégager une vue claire et objective de la question du jansénisme.

Questions simples : le jansénisme est-il une hérésie ? les jansénistes étaient-ils des chrétiens ? est-ce à bon droit qu'on les a mis sur l'étouffoir, voire qu'on les as persécutés ?


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