Constantin Ier et la critique athée

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Héraclius
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Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Héraclius » mar. 05 août 2014, 22:13

Bonjour,


Etant en train de lire conjointement le Constantin le Grand de Pierre Maraval et le Traité d'athéologie d'Onfray, j'ai pu constater à quel point ce dernier était intellectuellement malhonnête dans son argumentation. J'avais juste envie de comparer ce que disent les historiens et les allégations du ténor de l'athéisme, histoire de...


Voici quelques point que j'aimerais aborder :


La sincérité de la conversion de Constantin

Un classique. Constantin, tyran usurpateur en quête de légitimité, fin politique conscient de la nécessité de renforcer l'unité de l'empire, décide d'imposer une religion structurée et évoluée pour légitimer son pouvoir et moderniser le monde romain. Onfray le suggère sans l'affirmer, mais l'accusation est suffisamment vieille et récurrente pour qu'on se penche sur son cas.

Paul Veyne, dans son court mais intéressant Quand notre monde est devenu chrétien (éd. Livre de poche), relève que cette critique n'a aucun sens. Pourquoi “chercher l'appui d'une minorité chrétienne dépourvue d'influence, sans importance politique et majoritairement détestée” (p. 79) ? Lorsque l'on voit la résistance et les critiques des païens à son encontre, on doute de l'utilité véritable de cette conversion prétendument politique.

Au contraire, ses écrits laissent transparaître qu'il était véritablement imprégné de son christianisme et qu'il se considérait comme chargé d'une mission divine : ouvrir l'empire (et donc le monde) au chemin du salut. Il a même affirmé, quelque peu orgueilleusement, qu'il était la créature ayant joué le plus grand rôle dans l'histoire humaine depuis Adam et Eve (cf. QNMEDC p. 84-85). Un nouvelle preuve, du reste qu'il n'était pas arien, si Nicée n'y suffisait pas.

Constantin, un infanticide doublé d'un uxoricide ?

Onfray affirme sans nuance le récit classique d'un Constantin qui, trompé par sa femme Fausta qui accuse le bâtard Crispus d'avoir tenté de la séduire, massacre ce dernier avant d'ébouillanter sa femme pour mensonge. Un cruel impulsif, donc, qui, rongé par les remords, se jette donc dans les bras de l'Eglise pour quérir son absolution.

Maraval, dans son Constantin le Grand (éd. Tallandier), montre que le drame est un peu trop proche du récit de Phèdre pour qu'on puisse croire les historiens antiques sur parole. Sa version (qu'il n'affirme pas de manière absolue, tout historien qu'il est) est qu'une liaison entre Crispus et Fausta (qui avaient le même âge, Constantin étant bien plus vieux que sa femme) ait débouché sur un enfant. La peine usuelle pour adultère était l'exil, et c'est en exil que Crispus aurait mis fin à ses jours. En effet, le condamner à mort aurait éveillé les soupçon, et il est probable que l'empereur ne souhaitait pas divulguer l'histoire. Quant à Fausta, elle aurait tenté d'avorter selon la méthode de l'époque, qui comprenait l'usage d'un bain brûlant, lequel était souvent mortel pour la mère ; ce qu'il fut cette fois là. Pour plus d’information, se référer aux pages 172 à 178 de l'ouvrage.


Les Lieux Saints : une invention au sens moderne du mot ?


Onfray l'affirme : “ces lieux ont été créés pour l'occasion sans que jamais l'histoire légitime ou justifie ces allégations topographiques”.

Qu'en dit l'Histoire, en vérité ?

Lors du concile de Nicée, l'empereur rencontrera Macaire, l'évêque de Jérusalem, avec lequel il entretiendra une correspondance dans laquelle il manifestera un certain intérêt pour les lieux saints (il serait le premier à utiliser le terme, selon Maraval). Il lui est répondu que les chrétiens palestiniens “se réunissaient pour prier sur le Mont des Oliviers, lieu de l'ascension du Christ, et à Gethsémani, lieu de son arrestation […] mais que son tombeau leur était inaccessible. Celui ci avait probablement été vénéré par la communauté chrétienne de Jérusalem durant un siècle, malgré les malheurs de la ville […]. Mais dans les années 135-140, lors de la reconstruction qui avait suivi la première révolte juive, le tombeau avait été recouvert par les remblais du bâtiment le plus important de la nouvelle cité, son Capitole, qui se trouvait non loin du lieu nommé Golgotha. L'emplacement du Golgotha était connu, sans que rien y commémore la passion du Christ. Il est légitime de penser que la communauté locale n'avait pas davantage perdu le souvenir de l'emplacement du tombeau, proche du Golgotha” (p. 286).

Macaire entreprendra donc des fouilles qui amèneront la découverte d'un tombeau et d'une croix (Constantin parle d'un “gage de foi de la Passion”). L’attribution à Hélène, elle, est postérieure aux faits. Sa visite des chantiers des fouilles en 326, aura probablement fait raconter aux guides de pèlerinages, soucieux d'attribuer l'invention à un personnage célèbre, le mythe hagiographique peu crédible de sa découverte par une impératrice mère du premier grand souverain chrétien. (cf la même page).


Bon, ces quelques cas ne sont que des exemples. Mais ils montrent bien qu'Onfray s’embarrasse peu de la réalité historique et de la multiplicité des récits lorsqu'il tente de démontrer l'inconsistance du dogme chrétien.

Loin de moi cela dit l'idée de nier en bloc tout ce qu'il dit ; l'interdiction de la liberté de conscience par Justinien est une terrible réalité anti-évangélique, de même que le sac du Sérapéum d'Alexandrie. Mais il est incontestable que cet homme a une façon bien tranchée de présenter l'histoire, retenant certains témoignages et écartant d'autres, attribuant toujours la vérité en cas de doute à la possibilité la plus anti-chrétienne.

Puisse Notre Seigneur lui montrer le chemin la vérité et nous conforter dans notre foi,


Héraclius -
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Zarus » mer. 06 août 2014, 15:02

Onfray est-il vraiment une référence ?
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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Héraclius » mer. 06 août 2014, 16:58

Onfray est-il vraiment une référence ?
Pour les médias généralistes, oui.

Pour les "sphères intellectuelles"... C'est autre chose.



Du reste, que le titre du sujet n'engendre pas de méprise ; ce n'est pas la critique athée en général que je cherche à juger, c'est celle d'Onfray, qui me semble, à bien des égards, malhonnête.
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)

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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Vincent » jeu. 07 août 2014, 21:49

Onfray est-il vraiment une référence ?
Pour les médias généralistes, oui.

Pour les "sphères intellectuelles"... C'est autre chose.



Du reste, que le titre du sujet n'engendre pas de méprise ; ce n'est pas la critique athée en général que je cherche à juger, c'est celle d'Onfray, qui me semble, à bien des égards, malhonnête.
Michel Onfray n'honore pas l'athéisme. Il est en effet malhonnête. D'autant plus malhonnête qu'il se prétend penseur. Il considère les croyants comme des névrosés, des gens incapables de penser par eux-mêmes. Il ignore sciemment la richesse de pensée des différentes religions, leur apport au monde. Au mieux, il les tient pour quantité négligeable. Sa pensée ne se nourrit pas d'échange, de dialogue, mais tente de discriminer, de s'imposer aux dépens d'une autre. L'athéisme ne doit pas être une pensée de combat, mais de dialogue. La main tendue de Vatican II, par exemple, doit être acceptée fraternellement. Le christianisme et l'athéisme ont l'humanisme pour racine, puisque selon les chrétiens Dieu s'est fait homme. N'en déplaise à Michel Onfray.
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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Eric de Carcassonne » dim. 28 sept. 2014, 8:14

Je vous rejoins globalement, d'autant que Constantin n'a jamais imposé le christianisme qu'il s'est contenté d'adopter à titre personnel. C'est Théodose qui va l'imposer et lui donner un pouvoir juridique qui ouvrira la porte à la répression des courants chrétiens non catholiques.
Pour ce qui est de la conversion de Constantin à l'arianisme, les sources dont je dispose disent qu'il s'est fait baptiser dans ce courant chrétien sur son lit de mort. Il est donc normal que de son vivant il n'ait pas manifesté son appartenance à cette foi. De plus, les responsables attendaient souvent le dernier moment pour se faire baptiser car leurs pratiques, liées à leur pouvoir, ne permettaient pas de vivre en chrétien.
Comment un être créé à l'image de Dieu, donc ignorant du Mal, pourrait-il préférer le Mal qu'il ne connaît pas au Bien qui est son fond naturel ? Si Dieu est innocent du Mal, ses créatures le sont tout autant et il faut admettre une autre origine au Mal. (Jean de Lugio - Liber de duobus principiis - XIIIe siècle)

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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Anne » dim. 28 sept. 2014, 23:35

N'hésitez pas à citer vos sources !

Pour ce qui est de ce pauvre Constantin, on peut toujours prendre en considération qu'il était à la croisée de chemins diamétralement opposés ! Passer du système romain impérial à la chrétienté, et à une chrétienté qui sort à peine des persécutions, il y a tout de même toute une marge !

Pour ce qui est du sympathique Eusèbe de Nicomédie, il a été exilé par Constantin puis rappelé suite à diverses tractations. On peut qualifier l'homme d'opportuniste à souhait et il m'a l'air du monsieur qui savait comment se placer les pieds pour mieux danser...

Pour ce qui est du baptême de dernière minute que certains citent comme étant une preuve du peu de conviction religieuse de l'empereur, c'était alors coutume courante puisqu'on croyait que ce sacrement, qui purifie totalement, était un moyen infaillible pour être certain de se retrouver en paradis !
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Héraclius » dim. 28 sept. 2014, 23:45

D'autant que l'arianisme d'Eusèbe de Nicomédie serait peut-être, selon Maraval, une simple accusation de ses adversaires politiques.

Il me semble qu'il ait voté contre Arius à Nicée, malgré le fait qu'il l'ai un temps abrité.
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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar francismichel » lun. 29 sept. 2014, 9:09

Bonjour,

Vincent, vous dites, au sujet d'onfray : "Sa pensée ne se nourrit pas d'échange, de dialogue, mais tente de discriminer, de s'imposer aux dépens d'une autre. L'athéisme ne doit pas être une pensée de combat, mais de dialogue".

je crois que nous, chrétiens, catholique, orthodoxe, protestant, évangélique, nous avons tous quelque chose de commun avec Onfray !

Quoi ? Nous sommes tout juste "à la marge" dans le dialogue, dans le respect des opinions des autres chrétiens, nous sommes aussi dans la discrimination, par manque de conversion profonde et véritable dans le Christ, par un aveuglement "dogmatique".........

Nous avons peur d'être converti par l'autre ! Disons les choses clairement.

Nous avons tous, et moi le premier, un peu de foi et un peu d'amour.....mais pas assez pour laisser vraiment une place entière à l'autre. Nous lui autorisons juste une place de strapontin au fond de la salle.

[...]

Veuillez prendre note que le reste de ce message et la partie de ce fil concernant les commentaires sur la modération [hors-sujet] ont été transférés à l'endroit où ils doivent être habituellement publiés, c'est-à-dire dans la section "Vie du forum".

:arrow: http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... =9&t=31424


Vous pouvez en revenir à notre ami Constantin, premier du nom ! :cool:
Saint Séraphin de Sarov : « Acquiers la paix intérieure (sauve ton âme, acquiers l'Esprit Saint), et alors des âmes par milliers trouveront auprès de toi le Salut ».

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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Atrahasis » dim. 07 juin 2015, 15:10

Que dit exactement l'Église sur Constantin (je voudrais la version officielle) ?

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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Baruch » jeu. 04 août 2016, 19:41

Cher Héraclius,

La sincérité de la conversion de Constantin

Un classique. Constantin, tyran usurpateur en quête de légitimité, fin politique conscient de la nécessité de renforcer l'unité de l'empire, décide d'imposer une religion structurée et évoluée pour légitimer son pouvoir et moderniser le monde romain. Onfray le suggère sans l'affirmer, mais l'accusation est suffisamment vieille et récurrente pour qu'on se penche sur son cas.
Oui c’est une accusation fréquente, largement répandue dans les médias, et je trouve très regrettable qu'une personne aussi influente que Michel Onfray propage ces assertions certainement contraires à l’histoire vraie. Les partisans de cette théorie blâment de manière absolue les relations qui s'établirent entre l'empereur et les évêques de l’Église. Ils prétendent que sous Constantin, l’Église fut comme une branche de l'administration générale de l’Empire, comme un outil dans les mains de l’empereur, et qu’elle fut comme soumise à sa volonté impériale. Cette théorie s'appuie sur des considérations erronées, et elle ne résiste guère à une étude impartiale de l’histoire.

En prenant seulement les faits et les témoignages tels qu’ils sont, et en les étudiant sans idée préconçue, nous remarquons que dans tous les actes de Constantin relatifs à la religion, aucun ne pourrait l'accuser de vouloir soumettre l’Église à son autorité. L’empereur travailla à lui procurer l’union et la paix, mais son action fut toujours extérieure et il laissa à l’Église l’œuvre spirituelle qui n’était pas de sa compétence. L’empereur multipliait les efforts pour apaiser les luttes et les divisions intestines, mais il s’en rapportait exclusivement aux évêques et n’empiétait pas sur le domaine spirituel, car Constantin avait du respect pour l’autorité ecclésiastique et il lui laissait la plus entière liberté. Il arriva cependant que des schismatiques soumettaient leurs causes à son jugement, à ce propos il y aurait beaucoup à dire sur ces quelques évêques qui ne purent obtenir gain de cause auprès de l’empereur qu’en dissimulant leur sentiment hérétique, mais ce n’est pas le sujet. L’empereur était dévoué jusqu’à la fin aux décisions du concile de Nicée, et il se soumettait le premier à celles-ci.

Cette sagesse dans les rapports avec l’Église ne fut pas héritée par son fils Constantius qui lui succéda, ce dernier fut cependant modéré en comparaison de Valens qui voulut, à l’exemple des empereurs idolâtres, imposer sa religion à tous ses sujets. Mais ce ne fut pas ce que fit Constantin, ce grand empereur se montra tolérant envers ses sujets, se déclarant lui-même chrétien, il considérait l’Église comme un élément puissant de civilisation, jamais cependant il n’imposa la religion. Et si certains temples païens furent détruits, c’est qu’ils n’étaient que des écoles d’immoralité et ne devaient pas être respectés.

Contrairement à ce qu’affirme Michel Onfray, le christianisme ne s’attaqua à aucune des institutions impériales existantes, ni pour les moderniser ni pour les légitimiser, car son but n’est pas de transformer les États, mais d’insinuer dans les âmes les vertus qui s’attaquent au cœur même des mauvaises institutions et les font disparaître peu à peu. Oui, Constantin choisit des chrétiens pour gouverner dans les provinces impériales,¹ mais qui pourrait l’en blâmer ? Nous savons aussi que l’empereur était entouré d'évêques,² et que leur extérieur pauvre ne l’empêchait pas de les recevoir à sa table. Ce grand et pieux empereur donna beaucoup de preuves de sa sincérité, on ne peut raisonnablement en douter lorsqu’on étudie sa vie. Je pense par exemple à son séjour à Rome en 326, quand il préféra s’attirer la haine de la haute société païenne plutôt que de prendre part au culte des idoles, et malgré les clameurs violentes et les insultes, il ne songea pas à se venger. Ou bien encore lorsqu’il apprit les cruautés dont les chrétiens avaient à souffrir en Perse et qu’il en éprouva un profond chagrin.³


Constantin, un infanticide doublé d'un uxoricide ?

Onfray affirme sans nuance le récit classique d'un Constantin qui, trompé par sa femme Fausta qui accuse le bâtard Crispus d'avoir tenté de la séduire, massacre ce dernier avant d'ébouillanter sa femme pour mensonge. Un cruel impulsif, donc, qui, rongé par les remords, se jette donc dans les bras de l'Eglise pour quérir son absolution.
En affirmant cela, Michel Onfray fait sienne la version de l'historien païen Zosime, qui était un ennemi déclaré de Constantin. Cet historien voulut expliquer la conversion de l'empereur en disant qu’il cherchait un moyen de purification pour ses crimes, surtout pour le meurtre de Crispus, et que ne trouvant pas ce moyen dans le culte païen il s’adressa aux chrétiens qui possédaient le baptême. Toutefois, Constantin s’était déclaré chrétien dès 312 et le meurtre de Crispus n’eut lieu qu’en 327. Ceci invalide totalement l’explication fournie par Zosime, et à sa suite par Michel Onfray.

En réalité, ces intrigues dont la famille de l’empereur fut le théâtre sont enveloppées de grands mystères. Constantin eut deux femmes, de la première, Minervina, il eut un fils nommé Crispus. De la seconde, Fausta fille de l'empereur Maximien, il eut trois fils. On annonça à Constantin une conjuration dont le centre était Rome, et dont les chefs seraient son fils Crispus et son neveu, le jeune fils de Lucinius. On peut croire que ce dernier voulait venger la défaite que les armées de son père essuyèrent contre Constantin. Dans cette famille dont les membres avaient des intérêts si opposés on peut supposer que les intrigues ne manquaient pas.

Fausta avait pris Crispus en haine, et dans son désir de le perdre elle imagina une vaste conspiration dont ce dernier aurait été la victime, et dont le but aurait été de détruire l’œuvre de Constantin. L’empereur trompé aurait tué son fils et son neveu, mais Hélène, la pieuse mère de l’empereur, aurait ouvert les yeux de Constantin sur les mensonges de Fausta.

Plutôt que Constantin, c'est Fausta qui devrait être considérée comme coupable de leur mort. Mais en présence de toutes les contradictions dont ces récits sont accompagnés, le mieux est de suspendre son jugement sur des actes qui, bien qu’ils présentent un caractère criminel, auraient tout aussi pu être commandés par la justice de l'époque.


Les Lieux Saints : une invention au sens moderne du mot ?


Onfray l'affirme : “ces lieux ont été créés pour l'occasion sans que jamais l'histoire légitime ou justifie ces allégations topographiques”.
L’occasion dont parle Michel Onfray est le concile oecuménique de Nicée, c’est en mémoire de ce grand événement que Constantin décida qu’une Église serait bâtie à Jérusalem sur le Calvaire. Il chargea de ce soin Macarius,⁴ évêque de Jérusalem, auquel l’empereur écrivit une lettre. La mère de Constantin, Hélène, qui était une fervente chrétienne, seconda ce beau projet et se rendit à Jérusalem où elle fit exécuter des fouilles afin de trouver la croix sur laquelle Notre-Seigneur avait été crucifié.

Depuis de très longues années les païens faisaient la guerre aux chrétiens, dans leur méchanceté et leur bassesse, ils n’avaient rien négligé pour effacer tout souvenir, et sur le lieu même du Calvaire ils avaient élevé un temple dédié à Vénus, duquel il ne restait cependant que des décombres qui modifiaient entièrement la physionomie des lieux. Évidemment, toutes ces précautions ne suffirent pas à extraire du cœur des chrétiens le souvenir du lieu sacré. Dès que Constantin eut donné l’ordre de construire une église en ce lieu, on enleva les décombres accumulés par les païens et c’est alors qu’on découvrit la grotte où le corps du Christ avait été enseveli. À côté on découvrit trois croix et un écriteau sur lequel on pouvait lire, écrites dans trois langues, ces paroles : « Jésus le nazaréen roi des Juifs ».

Mais les trois croix étaient semblables et on ne pouvait pas reconnaître celle de Notre-Seigneur, l’écriteau qui avait été arraché ne permit pas de la distinguer des deux autres croix. C’est alors que l’évêque Macarius se résolut à s'adresser à Notre-Seigneur lui-même pour savoir quelle était la croix qu’il faudrait vénérer. Il y avait à Jérusalem une femme atteinte d’une maladie mortelle, et Macarius fit transporter au domicile de la malade les trois croix. On fit toucher à la malade les croix, et en touchant l’une d’elle la femme ouvrit les yeux et se releva en pleine santé. Ce miracle eut un immense retentissement dans l’Église, et l'on établit en souvenir une fête⁵ qui a toujours été célébrée depuis. Voici comment l’histoire légitimise et justifie ce lieu.

Pendant que l’on construisait la grande église que Constantin avait ordonné d’élever, Hélène en faisait bâtir deux autres : l’une à Bethléem où le Christ était né, et l’autre sur la montagne des Oliviers d’où il était monté au Ciel. L'empereur se montra très libéral envers les églises, elles furent richement ornées, comme s’était son habitude dans le reste de l’Empire. Nous savons⁶ qu’il fit aussi élever à Rome plusieurs églises : les basiliques de Saint-Jean-de-Latran, de Saint-Pierre, de Saint-Paul, de Sainte-Croix, de Sainte-Agnès, de Saint-Laurent, des martyrs Saint-Marcellin et Saint-Pierre, furent élevées et enrichies par Constantin. Il a aussi fait construire des églises à Ostie, à Albano, à Capoue, à Naples.

Bien fraternellement.

1. Euseb., de Vit. Const., lib. II, c. 44
2. Euseb., de Vit. Const., lib. I, c. 42
3. Sozom, Hist. Eccl., lib. II, c. 15
4. Euseb., de Vit. Const., lib. III, c. 32
5. Exaltation de la Sainte-Croix
6. Liber pontificalis
Dominus illuminatio mea et salus mea ; quem timebo ?
Dominus protector vitæ meæ ; a quo trepidabo ?

prisca
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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar prisca » lun. 14 mai 2018, 11:38

Parler de Constantin c'est parler du Chrisme.

Je voulais vous le représenter en copiant collant ce qu'il représente, mais est ce qu'un modérateur peut voir comment je pourrais insérer une image svp.

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L'Empereur Constantin

Message non lupar Trinité » mar. 18 sept. 2018, 14:14

C'est l'Empereur Constantin, d'après ce qu'il me semble, qui institua la religion catholique comme religion d'état, dans l'Empire Romain.
D'après les historiens, on peut se poser la question s'il était vraiment convaincu du catholicisme, ou si ce n'était pas une mesure de précaution pour asseoir sa notoriété?
D'autre part, je pensais qu'il est heureux qu'il ait pris cette mesure, car dans le cas contraire la propagation des évangiles aurait été beaucoup plus longue!
En l'occurrence, beaucoup de personnes non croyantes ne manquent pas de signaler cet état de fait, en prétextant que la religion catholique n'a été diffusée uniquement que grâce à l'influence de Constantin et de l'Empire Romain!

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Re: L'Empereur Constantin

Message non lupar Archidiacre » ven. 21 sept. 2018, 10:11

Merci pour ce fil, c'est très intéressant.
C'est l'Empereur Constantin, d'après ce qu'il me semble, qui institua la religion catholique comme religion d'état, dans l'Empire Romain.
En fait, elle ne l'est devenue que plus tard avec Théodose et son édit de Théssalonique. Pour ce qui est des conversions, peut être que cette estimation de la population Chrétienne dans l'empire pourrait vous donner un ordre d'idée (Il a régné entre environ 306 et 337):
https://image.ibb.co/j50o9z/Capture.jpg
(je n'arrive pas à intégrer l'image, je reçois un message disant "Il n’a pas été possible de déterminer les dimensions de l’image. Veuillez vérifier que le lien que vous avez saisi est correct.", c'est vraiment gênant)
Source: https://www.humanscience.org/docs/Stark ... %201-2.pdf
Chaîne Youtube: https://www.youtube.com/c/Archidiacre

Cinci
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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Cinci » ven. 21 sept. 2018, 17:28

Trinité,

Constantin a reconnu le christianisme comme un culte licite dans l'empire romain. Il a mis fin à la persécution des chrétiens. Mais il n'a pas fait du catholicisme "la" religion officielle de l'empire romain, contrairement à tout ce que raconte sans raison des foules glapissantes de commentateurs antipapistes sur les forums de l'Internet et dont un bon nombre de laïcards patentés.

Constantin demeurait le grand pontife de la religion officielle et la plus traditionnelle de l'ancienne Rome, la religion civique des Jules César, Sénèque, Virgile, Horace et cie.

Le fait que Constantin ait pu se convertir, à titre bien personnel, à la foi de l'Église catholique romaine de son temps ne faisait pas disparaître le culte traditionnel de Rome, ni toute la religiosité païenne en place (ainsi que la tolérance pour une pluralité de cultes qui prospéraient dans l'empire).

C'est l'empereur Théodose à la fin du IVe siècle qui a fait de la foi catholique la religion officielle de l'empire et condamnant l'ancien culte impérial romain ainsi que toutes les autres religions (culte de Mithra, Isis, Cybèle, etc.) C'est Théodose qui a fait mettre en pièces les anciens temples, les statues de dieux, les idoles.


D'autre part, je pensais qu'il est heureux qu'il ait pris cette mesure, car dans le cas contraire la propagation des évangiles aurait été beaucoup plus longue!
Disons qu'en faisant de la foi chrétienne sa religion personnelle : c'est sûr que Constantin a donné un fameux "coup de pouce" aux chrétiens, fournissant un vernis d'honorabilité à la religion chrétienne. Une qualité qui lui faisait encore défaut, dans l'opinion de plusieurs, jusque là. C'est sûr que le parti pris de Constantin en faveur de l'Église aura favorisé le processus d'évangélisation.

En l'occurrence, beaucoup de personnes non croyantes ne manquent pas de signaler cet état de fait, en prétextant que la religion catholique n'a été diffusée uniquement que grâce à l'influence de Constantin et de l'Empire Romain!
Je suis d'accord sur le fait que l'engagement du pouvoir public en faveur de ceci ou cela produit un impact réel sur "ce que la masse des gens va finir par penser". Là-dessus, je suis absolument matérialiste, cynique, pavlovien, freudien, Lippmanien et tout ce qu'on veut. Je sacrifie aux mânes d'Edward Bernays ! Donc, c'est sûr que le christianisme ne s'est pas propagé parmi les masses uniquement par quelques interventions directes des anges du ciel. Les foules finissent toujours par vouloir se normaliser en fonction de ce que pensent, disent et valorisent les puissants, les riches, les têtes d'affiche qui figurent parmi les tableaux d'honneur.

Mais ça n'enlève rien au fait que le christianisme aura pu se répandre et gagner en popularité, même si pendant longtemps il fut combattu par le pouvoir et fut assez méprisé par les beaux esprits de l'époque. Il reste vrai que l'influence du christianisme n'a pas cessé de se répandre, de plus en plus, jusqu'au temps de Constantin, et ce, sans pouvoir bénéficier de la force publique, le concours de la police ou de l'armée.

:)

Trinité
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Re: Constantin Ier et la critique athée

Message non lupar Trinité » sam. 22 sept. 2018, 21:21

O.K.!

Explication fort intéressante!
Merci Cinci! :)


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