L'Inquisition

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VexillumRegis
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L'Inquisition

Message non lupar VexillumRegis » ven. 18 juin 2004, 8:10

[align=justify]Il est clair que l'inquisition, vue aujourd'hui, est une institution totalitaire et obscurantiste. Mais est-il besoin de préciser que cette institution est d'un autre temps, et que qui dit autre temps dit autres mentalités, autres conceptions?

Quelques points à rappeler:

1°- Il n'y a pas une inquisition, mais plusieurs inquisitions : l'institution médiévale du XIIIè siècle (relativement modérée) n'a pas grand chose à voir avec l'inquisition espagnole d'époque Renaissance (plus dure).

2°- Les gens de cette époque, même les savants, avaient une conception magique du monde, et non pas scientifique comme de nos jours. Le très érudit et très savant Jean Bodin, auteur du célèbre traîté politique "Les Six livres de la République", a aussi écrit un ouvrage sur la sorcellerie. Tout le monde y croyait.

3°- La religion, à cette époque là, était un lien social extrêmement important. L'hérétique n'était pas seulement un déviant sur le plan religieux, il l'était aussi sur le plan social : il mettait en danger la stabilité de la communauté, et devait donc être châtié.

4°- Les tribunaux inquisitiriaux ont brûlés infiniment moins de sorcières que les tribunaux laïcs.

- VR -[/align]
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Message non lupar MB » jeu. 02 sept. 2004, 0:14

Bonsoir

Comme vous le dites, l'Inquisition n'est pas un bloc, et celle de l'époque des Cathares ne ressemble pas à celle du 16ème siècle. Tous les pays n'admettaient pas l'Inquisition (ainsi la république de Venise).
Il y a par ailleurs des demi-vérités un peu partout : le but de cette institution n'était pas de brûler des hérétiques, mais de veiller, me semble-t-il, à préserver la foi. Donc l'Inquisition pouvait employer d'autres moyens, tels que l'amende par exemple ; de fait, m'a dit un médiéviste, à l'époque de Torquemada, la peine de mort (bûcher ou autre chose) n'est le fait que de 2 % des cas traités. Ceci dit, c'est évidemment trop.

- Beaucoup des condamnations ont en effet été prononcées par le pouvoir laïc, mais il faut être honnête : pour ces choses-là, l'Eglise s'en remettait au bras du pouvoir séculier, donc une sanction prononcée par l'Eglise devait être exécutée par le temporel.

Enfin, il ne faut pas confondre Inquisition et chasse aux sorcières, ce n'est pas la même chose. La chasse aux sorcières est un phénomène qui s'est développé en Europe au 15ème siècle en particulier, et qui a culminé à la fin du 16ème. Il faut d'ailleurs rappelé que ce phénomène a été également le fait des pays protestants (et peut-être plus en fait, car ce qu'on désignait sous le terme de sorcellerie, c'était des vieilles pratiques païennes, plus courantes dans ces pays christianisés depuis moins longtemps).

De toute manière, tout cela est à replacer dans le contexte d'une époque où l'on voit la mort tous les jours - mortalité infantile, des femmes en couches, maladies, épidémies, etc. La façon de penser la mort du supplicié n'est pas la même dans un tel monde. Bon, là encore, évidemment, nous aurions tous aimé qu'on tue moins de monde.

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histoire ou propagande

Message non lupar bajulans » sam. 10 sept. 2005, 16:41

Voilà du Voltaire :
Ce sanglant tribunal,
Ce monument affreux du pouvoir monacal,
Que l'Espagne a reçu, mais qu'elle-même abhorre:
Qui venge les autels, mais qui les déshonore;
Qui, tout couvert de sang, de flammes entouré
Égorge les mortels avec un fer sacré (1).
Montesquieu dans l'Esprit des Lois prétend Livre XXV ch. XIII prétend de même qu'une jeune fille juive de dix-huit ans a été brûlée pour n'avoir pas renoncé à la religion de ses parents. Abominable calomnie, mais reçue comme vérité sous la plume de ce faux grand homme de Montesquieu.

Cela est tiré des "Lettres sur l'Inquisition" de Joseph de Maistre qui défend cette institution judiciare qui en réalité et c'est un premier indice avait pour formule de condamnation :
« Nous avons déclaré et déclarons l'accusé N. N. convaincu d'être hérétique-apostat (1), fauteur et receleur d'hérétiques, faux et simulé confessant (2), et impénitent relaps; par lesquels crimes il a encouru les peines de l'excommunication majeure et de la confiscation de tous ses biens au profit de la chambre royale et du fisc de sa majesté (3). Déclarons de plus que l'accusé doit être abandonné, ainsi que nous l'abandonnons, à la justice et au bras séculier que nous prions et chargeons très affectueusement, de la meilleure et de la plus forte manière que nous le pouvons, d'en agir à l'égard du coupable avec bonté et commisération. »
Formule qui invite l'autorité laîque à la clémence.

Mais c'est la légende noire de Montesquieu, Voltaire et consorts qui triomphe aujourd'hui.

Pour se faire une idée de l'Inquisition, il est indispensable, à mon avis, de lire l'ouvrage de Joseph de Maistre, ouvrage d'un historien sincère.

On peut la trouver en français sur le net : http://cage.rug.ac.be/~dc/Literature/JMIE/

De fait une histoire sincère et moderne de l'Inquisition, est, à ma connaissance, encore à écrire. Mais on continuera à condamner l'Eglise et à occulter tout le bien qu'elle a fait en la couvrant de calomnies.
Loué soit Jésus-Christ

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Sur l'Inquisition espagnole

Message non lupar VexillumRegis » ven. 03 févr. 2006, 19:44

Quelques éléments...
Une règle de la méthode historique à respecter !

"Sous bien des rapports, l'inquisition fut la réaction de défense d'une société pour laquelle, à tort ou à raison, la préservation de la foi paraissait aussi importante que de nos jours celle de la santé. On touche ici du doigt ce qui fait la différence d'une époque à l'autre, c'est-à-dire des différence de critères, d'échelle de valeur. Et il est élémentaire en histoire de commencer par en tenir compte, voire de les respecter, faute de quoi l'historien se transforme en juge." (Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Age, Points Histoire, Éditions du Seuil, La Flèche 1979, p. 104)
__________
Quelques faits et chiffres

Citons Bartolomé Bennassar, dont on ne peut mettre en doute le sérieux ou l'objectivité. Selon lui, les juges inquisitoriaux sont "des hommes d'une qualité intellectuelle remarquable", et l'Inquisition fut une justice "plus exacte, plus scrupuleuse. (... ) Une justice qui pratique un examen attentif des témoignages, qui en effectue le recoupement minutieux, qui accepte sans lésiner les récusations par les accusés des témoins suspects, une justice qui torture fort peu et qui respecte les normes légales (...). Une justice soucieuse d'éduquer, d'expliquer à l'accusé pourquoi il a erré, qui réprimande et qui conseille, dont les condamnations définitives ne frappent que les récidivistes". (L'Inquisition espagnole, Hachette, 2001).

La torture ?

Personne ou presque n'en conteste le principe à cette époque. Son emploi est d'ailleurs strictement réglementé : il nécessite une sentence spéciale, signée de l'inquisiteur et de l'évêque, l'opération devant se dérouler en présence d'un médecin.

Charles-Henri Léa, historien américain libéral du XIXème, très défavorable à l'Inquisition (son ouvrage a été récemment réédité), note : "La croyance populaire selon laquelle la chambre de torture était le théâtre [...] d'un acharnement particulier à extorquer des aveux est une erreur imputable aux écrivains à sensation qui ont exploité la crédulité publique."

Et Henry Kamen, historien britannique auteur d'une Histoire de l'Inquisition espagnole (Paris, 1966) : "A une époque où la torture était universellement répandue dans les cours criminelle de toute l'Europe l'Inquisition espagnole suivait [à cette égard] une politique de modération et de circonspection qui permet de la juger favorablement" (p. 183).

Avant 1500, sur 300 procès devant le tribunal inquisitorial de Tolède, on relève 5 ou 6 cas de torture (catalogo de las causas seguidas ante la Inquisicion de Toledo, dressé par Vicente Vignau, Madrid, 1903) ; de 1480 à 1530, sur 2000 procédures à Valence, 12 cas de recours à la question sont attestés (Sévillia, p. 92).

Le bûcher ?

L'historien danois Gustav Henningsen, dans les années 70, a dépouillé environ 50 000 procédures inquisitoriales datées de 1560 à 1700. Il conclut : "Environ 1% seulement des accusés ont dû être exécutés".

La Revue des études juives, se penchant sur l'activité du tribunal de Badajoz de 1493 à 1599, a recensé une vingtaine de condamnés à morts, en 106 ans (Dumont, p. 519)
__________
Une estimation chiffrée globale...

"Les 10 à 12 000 exécutions capitales en trois siècles doivent être rapprochées des 50 000 sorcières brûlées en trois ou quatre décennies dans le reste de l'Europe au début du XVIIème siècle. Cette comparaison prouve que la répression inquisitoriale a été relativement économe en vies humaines" - Pierre Chaunu, Eglise, Culture et Société, SEDES, 1981 (cité par Jean Sévillia, pp. 94-95)

En Christ,

- VR -
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Question sur Torquemada

Message non lupar mnementh64 » lun. 13 mars 2006, 1:10

Bonjour,

Il y a quelques années, j'ai lu (dans un livre ? un magazine ?) une histoire concernant un assistant de Torquemada qui aurait été très impliqué dans les missions du Saint-Office et qui aurait connu une fin étrange (vu son métier) puisque condamné comme hérétique et brûlé sur un bucher.

Si quelqu'un pouvait confirmer ou infirmer (et préciser) cette information, je lui en serait reconnaissant !

Merci à tous

Sylvain Caillet

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Message non lupar MB » mer. 15 mars 2006, 21:51

Bonsoir

Je n'arrive pas à trouver le texte de la bulle Ad extirpanda des années 1250... je crois qu'elle nous dirait des choses intéressantes. Quelqu'un sait où la trouver ?

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Message non lupar elanor » sam. 13 mai 2006, 20:47

bien sûr,témoigner de sa foi pour convertir,c'est bien,et c'est un droit.pour ce qui est des intentions de l'inquisition,l'évêque Cochon,lorsqu'il a brûlé Jeanne,je doute qu'il ait eu des intentions très pieuses.et c'est certainement le cas d'un grand nombre d'autres inquisiteurs,qui ne devaient certainement pas se soucier du salut de leurs "ouailles"."on reconnaît l'arbre à ses fruits".si l'Inquisition était si horrible,ses intentions aussi étaient horribles.
je crois en l'Eglise et en tous les dogmes,en reconnaissant que beaucoup de "Judas" ont commis des horreurs qu'il ne faut pas légitimer,et l'Eglise condamne de tels hommes.

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Christophe
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Info ou Intox ?

Message non lupar Christophe » dim. 14 mai 2006, 9:34

Bonjour Laiglejo
J'ai habité quelques années dans les hautes-alpes où l'inquisition a fait des ravages. Les historiens de la région ont beaucoup de documents et font souvent des conférences sur les victimes, villageoises de nos montagnes qui portaient des noms de familles que nous connaissons. On brulait comme sorcières des gens dénoncés le plus souvent par jalousie ou par vengeances familiales. Beaucoup d'histoires nous ont été relatées concernant des femmes pieuses, bonnes chrétiennes voir quasi-saintes qui étaient ainsi supliciées
L'auteur du Da Vinci Code (chap. 47) affirme qu'en 300 ans, 5.000.000 de femmes ont été brûlées sur le bûcher par l'Eglise.

Voici ce qu'en dit le supplément gratuit du magazine Il est vivant! répond à cela :
[align=justify]Intox ! Ce qui équivaudrait à une moyenne de 1700 femmes brûlées par an ! Une aberration. En effet, sur les 120.000 procès de l'Inquisition espagnole [1] (réputée la plus sévère en Europe), 59 ont aboutis à une condamnation à mort, certaines exécutées par contumace en brûlant des mannequins. On sait que les accusés préféraient être jugés par le tribunal de l'Inquisition plutôt que par un tribunal civil. Il était jugé plus clément : il est vrai que sur les 100.000 procès en sorcelleriedes tribunaux civils d'Europe, 50.000 ont aboutis à une condamnation à mort.

[1] Actes du Symposium international organisé au Vatican du 20 au 31 octobre 1998 sur L'Inquisition.[/align]
[align=justify]Autant dire que l'amalgame "bûcher = Inquisition" est un raccourci pour le moins rapide, sinon précipité. La sorcellerie était un délit pénal. Vos villageoises de vos Hautes-Alpes n'ont certainement pas été les victimes de l'Inquisition mais de la justice civile. Il serait bien fâcheux que vous colportiez involontairement et par ignorance la propagande anti-religieuse des révisionnistes historiques...

Que Dieu vous bénisse.
Christophe[/align]
« Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. » (Matthieu 25, 40)

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Message non lupar MB » lun. 15 mai 2006, 13:44

Bonjour !

Attention à ne pas tout mélanger.
On confond bûchers de l'Inquisition (peu nombreux) et bûchers pour sorcellerie (parmi d'autres peines) qui eux, ont été beaucoup plus nombreux, mais surtout aux XVè et XVIè siècles ; je vais vérifier, mais il me semble qu'ils ont été plus le fait des autorités civiles que spirituelles. D'ailleurs ils ont eu lieu aussi, et parfois plus souvent, en pays protestant.
Il semble que le bûcher ait été l'une des peines prévues par les pouvoirs civils pour tel ou tel crime ou délit. Rien à voir avec la religion. Mais cette peine étant si terriblement évocatrice, il est difficile de rester calme en y pensant...

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Message non lupar laiglejo » lun. 15 mai 2006, 15:52

Christophe,

Les Vaudois pourchassés par l'inquisition se sont réfugiés dans les montagnes des Hautes-Alpes très connues par les historiens pour leurs nombre de buchers

J'ai moi-même assisté à une de ces conférences organisée par le curé de Saint véran. L'historien était venu avec beaucoup de documents et de chiffres. Si j'avais su que cela intéresserait un jour quelqun, j'aurais essayé de m'en rappeler ! En tous cas les chiffres sont impressionnants

On peut peut-être trouver des éléments au musée de Grenoble qui réserve une partie de ses expositions aux hautes-alpes. Ces faits historiques font partie du patrimoine culturel de la région

Depuis, les Vaudois se sont convertis au protestantisme. Dans le Queyras, il y a autant de catholiques que de protestants

laiglejo
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Message non lupar laiglejo » lun. 15 mai 2006, 17:11

Histoire du département
des Hautes-Alpes (Partie 2/2)
(Région Provence-Alpes-Côte d'Azur)

Née dans ses montagnes, la secte des Vaudois
y avait fait de grands progrès. Ils menaient la vie des pasteurs, cultivant les champs et élevant des troupeaux. Leurs docteurs s'appelaient barbes, nom qui, dans la langue du pays, signifie oncles. Simples, sobres et chastes comme les prêtres de l'ancienne Église, ces barbes visitaient les chaumières, prêchant la paix et la charité. « Dio t'absolve et te pardonne, disaient-ils à leurs pénitents, comme il pardonna à Maria-Madalina ! » Chaque jour, malgré les menaces de l'archevêque, le nombre des hérétiques croissait et leur doctrine se propageait.

Alors l'inquisition avisa : elle chargea Borelli de leur faire leur procès. Celui-ci, secondé par le vice-bailli du Briançonnais, ne remplit que trop bien son office. Nombre de Vaudois furent pris.
Ceux qui se convertirent devaient porter deux croix de drap jaune, l'une sur la poitrine et l'autre entre les épaules. Pour les hérétiques obstinés, c'était l'affaire du bourreau. Dans la seule année 1397, il en périt deux cent trente sur les bûchers. Sous prétexte d'hérésie, la persécution frappa même des catholiques. Souvent on condamnait au feu sans formalité de justice. Des moines mendiants, se disant inquisiteurs de la foi, vexaient, torturaient et pillaient les habitants qui leur paraissaient suspects. C'était un véritable brigandage, et l'on s'en plaignit au roi Louis XI, qui, tout dévot qu'il était, y mit bon ordre par lettres patentes du 18 mai 1478.
« De la part des manants et habitants de la Valloyse, Fraissinières, Argentière et autres lieux, tous tels qu'ils se tiennent et comportent, nous a été exposé qu'aucuns religieux mendiants, sous ombre d'office d'inquisiteurs de la foy, les aucuns ont mis en gehenne et question sans information précédente, ont pris et exigé fortes sommes et deniers, et par divers moyens les ont injustement vexés et surveillés à leur grand préjudice et dommage... Pourquoy avons, après bonne délibération, de notre certaine science, gré spécial, pleine puissance, et de notre autorité delphinale et royale, mis et mettons à néant, par ces présentes, toutes poursuites et entreprises quelconques. »

Cependant l'inquisition passa outre, et les Vaudois ne cessèrent pas d'être persécutés.
Ceux de la Vallouise se retirèrent, en 1485, à l'Aile-Froide, caverne située sur les flancs du Pelvoux. Ils étaient pourvus d'armes et de vivres pour deux ans. On prêcha la croisade ; les catholiques s'armèrent, et, bénis par le nonce, ils marchèrent, après la messe, à l'attaque des Vaudois. Le comte de Véras les commandait. Ils avaient, en outre, comme auxiliaires, une compagnie de cinquante à soixante soldats. Aux sommations qui leur furent faites, les Vaudois répondirent en faisant rouler sur les assaillants des quartiers de roc qui en blessèrent plusieurs. Après huit jours de siège, des Vallouisiens étant parvenus, à l'aide d'un long câble, à escalader la montagne qui domine la caverne, y pénétrèrent sur le derrière de la Baume et y mirent le feu, afin d'étouffer les proscrits par la fumée.

Ceux qui voulurent s'échapper furent massacrés ou se précipitèrent du haut des rochers, pour ne pas tomber vivants entre les mains de leurs ennemis. Vieillards, femmes, enfants, rien ne fut épargné. Il en périt, dit-on, plus de trois mille ! D'où le, nom de Baume des Vaudois resté à ces lieux funestes. Ainsi frappée et dépeuplée, la Vallouise ne fut plus qu'un désert. Proscrits, dépouillés de leurs biens, les malheureux Vaudois étaient condamnés à errer, comme si Dieu leur eût mis sur le front le signe maudit !


Cependant, en 1498, ils se rendirent à Paris, au sacre de Louis XII, pour solliciter de ce prince la rentrée en possession de leurs biens. Le roi entendit leurs plaintes et compatit à leurs maux : « ils sont meilleurs chrétiens que nous » disait-il ; et il chargea Burelli, son confesseur, de prononcer sur l'interdit, qui fut levé solennellement, en 1500. Bien que tardif, cet acte de justice rendit la vie à ce canton, « auquel, dit un historien des Hautes-Alpes, la reconnaissance publique confirma le nom de Vallouise, qu'il avait reçu de Louis XI, et qu'il porte encore. »
http://www.france-pittoresque.com/histo ... s/5-2b.htm

......Ce ne sont que quelques exemples des hautes-alpes.....

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Pas d'accord sur les Hautres Alpes

Message non lupar bajulans » mar. 16 mai 2006, 9:18

Chère Laiglejo,

Méfiez-vous des historiens, surtout de ceux qui font des récits partisans, comme c'est le cas.

Les vaudois n'étaient pas des saints et les guerres qui ont pu avoir lieu n'étaient pas l'Inquisition qui était une institution judiciaire.

Quant aux vaudois, qui n'existent plus aujourd'hui, permettez-moi de dire que c'étaient des gens qui, sous prétexte d'Evangile s'en prennaient au mariage et n'ont pas laissé que de bons souvenirs dans ces vallées.

L'historien en question nous décrit un massacre qui laisse la vallée vide, puis nous dit que finalement les vaudois vont repeupler la vallée. Tout cela est flou, vague et sans document et pas très clair, car dans ces vallées glaciales et âpres, d'accès très difficile surtout avant l'invention des explosifs pour faire sauter la roche (ouverture des routes au XVIIIème siècle seulement) on ne peut survivre (avec des enfants !) en errant dans la campagne, c'est absurde. Il y a quelque chose qui "ne colle pas" dans ce récit.

Si le Queyras comprend de nombreux protestants, comme le Valcluson des vallées italiennes, la Vallouise est catholique et l'apostolat de St Vincent Ferrier, complètement passé sous silence par votre auteur, a été très important. (D'où le village de "Puy St Vincent" de la Vallouise, avec sa chapelle St Vincent, dont les fresques sont classées)

Moi j'ai lu d'autres récits qui décrivent les protestants comme des gens agressifs qui s'en prennaient aux églises, détruisaient les images, les brûlaient massacraient les populations catholiques pacifiques. Lesdiguière n'était pas un saint !

D'ailleurs Valcluson est un démembrement de l'ancien écarton d'Oulx, les habitants ayant constaté leurs désaccords religieux s'étaient mis d'accord pour créer un écarton protestant : d'où le Valcluson. Preuve que des négociations avaient lieu et que les catholiques n'étaient pas les sombres fanatiques que l'on décrit systématiquement. Les habitants de Valcluson voulaient vivre leur nouvelle religion, les autres, restés catholiques, n'ont pas fait tant d'histoires !

Méfiez-vous de l'histoire moderne, la plupart du temps ce ne sont qu'ouvrages de propagande mensongers.

Bref, il faudrait que je recherche dans ma bibliothèque les récits d'histoire locale du briançonnais, si cela vous intéresse, je vous en donnerai des extraits, si je les retrouve.
Dernière édition par bajulans le mar. 16 mai 2006, 11:10, édité 1 fois.
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Message non lupar bajulans » mar. 16 mai 2006, 11:06

A ma connaissance l'Inquisition n'existe plus et a duré cinq ou six siècles (l'Eglise vingt siècles) d'une part.

D'autre part, l'Inquisition ne condamnait pas à mort, c'est l'autorité laïque qui en usait ainsi s'autorisant du jugement inquisitorial, qui ne condamnait pas directement à mort.

Tout cela n'a, d'ailleurs, qu'un intérêt historique.
Loué soit Jésus-Christ

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Message non lupar MB » dim. 22 oct. 2006, 18:46

Avé

Maintenant que j'y pense, voilà ce qu'il faut dire, semble-t-il, à ceux qui condamnent l'Eglise au nom du souvenir de l'inquisition. Je précise avant tout que, en soi, l'inquisition, je suis contre, que je suis pour la liberté de conscience, etc.

- Chez nous, chez la plupart des gens (et certainement les bouffeurs de curés), il y a des opinions qui sont indicibles, qui font trembler. Quand j'entends quelqu'un me dire qu'il faut exterminer les Juifs, j'ai l'impression d'avoir une sorte de vertige ; c'est un scandale absolu dans la société contemporaine. De même, si quelqu'un profère des opinions anti-démocratiques, ou "liberticides", ou racistes, plus personne ne veut lui adresser la parole : c'est comme s'il était pestiféré. Il a proféré une opinion qui ressortit au "nefandum", c'est-à-dire un domaine dont la seule évocation est quelque chose de criminel, d'abominable. Le dogme actuel (je dis "dogme" sans donner à ce mot la moindre connotation) est l'idée de la validité intrinsèque de la démocratie, de l'égalité entre les hommes, et de la liberté. Ce qui va radicalement contre cela tend à être du nefandum.

- Or chez bien des sociétés chrétiennes, au Moyen-Age, ce qui est l'équivalent pour nous de l'expression d'une opinion nazie, par exemple, est l'expression d'une opinion hérétique. Anthropologiquement, c'est pareil : cela fait trembler tout le monde, les gens autour de vous ont l'impression que le sol se dérobe sous leurs pieds, cela paraît radicalement abominable.

- Il se trouve que dans la société française actuelle, l'expression d'opinion nazies ou racistes est interdite par la loi. Des sanctions pénales sont par ailleurs prévues. Mais si nous admettons cette répression pénale comme étant valable chez nous, il n'y a pas de raison de ne pas l'admettre pour les gens d'il y a plusieurs siècles. Bien sûr, des gens vont dire que nous, nous ne condamnons pas au bûcher ; mais autrefois, l'inquisition condamnait rarement à mort. Bien sûr encore, des gens vont dire, "oui mais c'est pas pareil, nous on a raison, etc.". Ce faisant, ils font preuve d'ethnocentrisme. Si l'on admet la relativité des cultures chez les Papous, pourquoi ne pas le faire chez les Européens médiévaux ?
L'exclusivisme des sociétés actuelles, qui tendent à se considérer comme l'aboutissement de l'histoire humaine, devrait être tempéré dès qu'il s'agit de chercher à ne pas paraître ridicule.

Il est donc de très mauvaise foi - mais tout le monde en est ici convaincu... - de reprocher à l'Eglise actuelle les crimes commis au Moyen-Age par des gens qui ne pensaient radicalement pas comme nous. C'est comme si on reprochait aux Italiens d'aujourd'hui la conquête des Gaules par César...

(Je précise aussi que, par conséquent, de la même manière que je suis contre la répression politique de l'hérésie, je suis opposé aux lois restreignant la liberté d'expression actuellement, même si c'est pour contrer des opinions abominables)

A bientôt
MB

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Message non lupar Christian » dim. 22 oct. 2006, 20:34

Salve, MB!

Voilà en effet une excellente réponse à la sempiternelle rengaine sur l'Inquisition.
J'achète.

Vale!

Christian


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