Le génocide vendéen

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Cgs
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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Cgs » jeu. 29 déc. 2011, 16:49

Bonjour Virgile,

Quels ouvrages conseillez-vous pour éclairer cette question du génocide vendéen ? Je veux parler uniquement d'ouvrages qui analysetn les faits historiques, le reste n'étant que débats stériles.

Merci !

Bien à vous,
Cgs
Mes propos qui apparaissent en vert comme ceci indiquent que j'agis au nom de la modération du forum.

salésienne05
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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar salésienne05 » jeu. 29 déc. 2011, 16:52

Il faudrait arrêter de fantasmer dans un sens comme dans l'autre... Il est terminé le temps où l'étude de la Révolution Française en France est foncièrement orientée. Il y a une quinzaine d'années, déjà, en Licence d'Histoire, cours sur la Révolution Française sur une année universitaire, les professeurs mettaient entre nos mains de nombreuses sources historiques. On nous apprenait déjà à ne pas avoir une vision partisane mais une démarche scientifique d'historien.

Sur ce forum, nombreux sont ceux qui voient le mal partout : la méchante Révolution, la magnifique Monarchie ou inversement. Comme si les siècles pré-révolutionnaires étaient exempts d'exactions, de meurtres, de violences programmées. Peut-on parler de "France" au sens moderne du terme ? La Révolution française, un épisode sanglant ? Certainement. Mais on pourrait en dire autant du règne de Louis XIV. Sans parler de la politique du Cardinal de Richelieu (dont je salue la vive intelligence) vis à vis des Protestants : légitime pour lui et pour la France d'alors (mais pas pour tous les Français -si on peut réellement parler de "français" alors) mais irrecevable au XXIeme siècle. Le souci se situe dans l'anachronisme. Appliquer nos jugements "modernes" sur une période antérieure est un exercice dangereux et violemment démagogique.

Allons messieurs, une personne un tant soit peu intelligente ne saurait tomber dans le piège de l'anachronisme facile.
Laissons aux historiens le soin de faire de l'histoire. La politisation des faits historiques est dangereuse : elle conduit à la communautarisation de la mémoire. C'est très dommageable à mon humble avis. Bientôt, chacun aura sa propre petite histoire personnelle victimaire... La victimisation est réellement une caractéristique de notre époque... De plus, de la victimisation à la sanctification officielle, il n'y a qu'un pas (forcément, les victimes sont toujours auréolées d'une perfection imaginaire).

Donc, en tant que piètre historienne, il me semble impensable de qualifier de "génocide" l'épisode vendéen de la Révolution Française, sans nier pour autant son extrême violence.

Fraternellement.

Cécile

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Anonymus
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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Anonymus » jeu. 29 déc. 2011, 19:02

Si on tient à qualifier en des termes modernes ces événements, on peut dire que c'est une guerre civile où des crimes de guerre et contre l'humanité ont été commis.

En revanche, le terme "génocide" est extrêmement particulier. Il s'agit de la préparation et de la planification de l'extermination d'un peuple ou d'une ethnie puis de son application. Les génocides des Juifs et des Tutsis sont 2 exemples particulièrement marquants.

-On peut remarquer que la Vendée est une région créée pendant la Révolution, qui n'a pas vraiment de réalité historique, qui est sensée délimiter la provenance des principales poches contre-révolutionnaires, et dont les limites sont très floues. On ne peut d'ailleurs pas parler de peuple Vendéen, ni d'ethnie vendéenne.

-A ce que je sache, les personnes d'origine "vendéenne" mais vivant en dehors de la Vendée n'ont pas été particulièrement pourchassées, contrairement aux Juifs ou aux Tutsis par exemple.

-Des événements d'une cruauté similaire (mais d'une plus faible amplitude) ont aussi (entre autres) eu lieu à Lyon ou Toulon. Ces atrocités visent à la suppression des courants contre-révolutionnaires et ne visent pas spécifiquement les Vendéens.

- On peut aussi remarquer la désorganisation et les nombreux courants des combattants révolutionnaires, dont il n'est pas forcément évident de dire qu'ils agissaient dans un but commun bien défini, et en particulier en ce qui concerne l'élimination des Vendéens.

- Les textes visent le plus souvent les hommes, et pas les femmes et les enfants. Ce qui est contraire à un but génocidaire. On peut aussi noter les désaccords sur ce sujet des révolutionnaires (en fait comme sur la plupart des sujets).

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Cinci » ven. 30 déc. 2011, 3:50

Virgile,

À quoi servirait de consulter des historiens si la question est réglée, comprise et entendue de façon unanime depuis pratiquement le temps de Napoléon ?

Vous écrivez :
Il n'est pas ici question de "croire" ou de "penser que...", et il n'y a strictement rien à "démontrer" - depuis déjà longtemps.
Mais ça ne vous épouvante pas un peu de dire ça ?

Il se trouve déjà au moins quatre personnes dans ce fil qui verrait l'inverse de ce que vous semblez voir. Puis vous m'évoquez une évidence qui serait supposément si évidente depuis des lunes pour à peu près tout le monde. Curieux. Enfin, vous me corrigerez si c'est moi qui vous aurai mal saisi. J'ai l'impression que vous me dite : le génocide révolutionnaire en Vendée serait une affaire classée, comme entendue de tous les historiens ou presque, et ce, depuis des lustres. (!)




Une petite remarque d'historien professionnel :

« ...le théâtre essentiel de la guerre civile [1795] n'est plus la Vendée, c'est désormais la Bretagne et en particulier Quiberon. L'inépuisable Joseph-Geneviève comte de Puisaye s'est beaucoup agité dans Londres. Ses réseaux n'ont pas cessé de fonctionner et il a pu faire valoir auprès du cabinet britannique la nécessité d'opérer un débarquement en Bretagne. Le 25 juin 1795, une puissante flotte met à terre deux divisions , l'une française, l'autre britannique. Les émigrés forment alors l'essentiel des troupes, leurs régiments s'appellent Loyal Emigrant, Loyal Louis, Royal Artillerie, en tout plusieurs milliers d'hommes. Quinze milles chouans accourus de toute la Bretagne couvrent ce débarquement.

Contre eux, Hoche qui commande en chef dans l'Ouest et qui dispose de treize milles hommes. Excellent tacticien, il n'a pas de mal à encercler ses adversaires puis à les forcer. En quelques heures le 19 juillet, Hoche détruit le corps expéditionnaire. Si les Chouans et les simples soldats sont épargnés, les commissions militaires s'acharnent sur les nobles, 750 sont passés par les armes. La fine fleur de l'émigration».

- Jean Tulard, La Contre-Révolution, Origine, Histoire, Postérité, Perrin, Paris, 1990, p. 225

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Cinci » ven. 30 déc. 2011, 4:09

LE GRAND DRAME : LA VENDÉE

«La Vendée éclate le 10 mars 1793, au moment précis de l'invasion. Tandis que, par toute la Nation, le tambour municipal, au nom de la loi, appelle les populations au secours de la Patrie, le paysan vendéen répond au tambour par le tocsin.

Cela se passe sur huit cent lieux carrés, huit cents lieux de forêts coupées de landes incultes et humides [...]

Le Comité fait venir les généraux Berthier et Duthruy; cette consultation consignée dans un mémoire suggestif, ne laisse aucune illusion sur la valeur des volontaires parisiens : « ... dans un pays où la plus grande partie des habitants sont dévoués à la République, une grande partie des troupes s'est livrée aux vexations et au pillage le plus affreux : rien n'a été ménagé, patriotes comme les autres, tout a été pillé; enfin la discipline a perdu en un instant le peu qu'on était parvenu à établir. Les bataillons de Paris faisaient des réclamations journalières d'argent et d'autres effets contraire au réglement. Beaucoup ont vendu leurs armes [...] Les escortes, au lieu de protéger les convois courent piller les maisons qu'elles aperçoivent sur la route, et se sauvent à l'approche des rebelles, qui ne sont pas, quelque fois, le quart de leur nombre» ; «J'avais encore hier dix milles hommes, écrit le représentant Letourneur; à présent je n'en ai pas même deux». Les bataillons d'Alençon, d'Argentan et tous les désorganisateurs, officiers et soldats, s'en vont comme des lâches» [...]

Mais à défaut d'hommes, le Comité du Salut Public a un système. Il sait - et cela va le rendre encore plus féroce - que les Vendéens sont d'impitoyables exterminateurs. A Machecoul, au couvent du Calvaire, ils fusillent les républicains par chaîne, «par chapelet» comme ils disent. On dispose la chaîne le long d'une fosse et on fusille. Les malheureux tombent parfois vivants dans le trou. On les enterre tout de même. Après la prise de Pornic, les prisonniers [républicains] sont massacrés et les habitants [pro-républicains] brûlés dans les maisons. «La guerre qu'il faut faire contre les brigands n'est pas une guerre ordinnaire» écrit Momoro au Comité. Elle ne peut être qu'atroce, en effet. La terreur va répondre à la terreur.

Dès lors, les armées républicaines massacrent sans pitié. «Nous fusillons tout ce qui nous tombe sous la main, prisonniers, blessés, malades aux hôpitaux», écrit l'adjudant-général Rouyer. Inspirer la terreur pour démoraliser l'ennemi, l'amener à fuir, à abandonner la partie, telle est la tactique. À l'armée de Brest, les soldats de la Convention tuent trois milles femmes; les survivantes jettent leurs enfants dans la rivière au Pont-aux-Baux, et tout le pays dans les environs est jonché de leurs morts. «Cependant - écrit Garnier de Saintes, le 25 novembre 1793 - on les trouve encore partout comme des nuées de sauterelles, et on serait presque tenté de croire qu'ils ressuscitent après trois jours si les cadavres empestiférés ne justifiaient le contraire»

Garnier insiste auprès du Comité :«Si l'on était un mois encore dans l'inaction, écrit-il, vous auriez une armée à combattre». Le Comité répond en envoyant Turreau .

Turreau est un homme implacable; il dit au Comité : «Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincu de les avoir prises pour combattre leur patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. [...] mais aucune exécution ne pourra se faire sans que le général l'ait préalablement ordonnée.» [...]

Il l'expose avec une impitoyable précision au Comité le 19 nivôse (30 janvier 1794) et demande un mot d'approbation. «Je le répète, citoyens représentants, je regarde comme indispensable la mesure de brûler les villes, villages et métairies, forêts, si l'on veut entièrement finir l'exécrable guerre de Vendée, sans quoi je ne pourrais répondre d'anéantir cette horde de brigands qui semble chaque jour trouver de nouvelles ressources». Le Comité recule-t-il devant la responsabilité de cette décision accablante ? On peut le croire, puisqu'il ne répond pas. Mais il laisse faire, et Turreau prend ce silence pour un consentement. [...]

Que pense-t-on au pavillon de l'Égalité ?

Le représentant Lequino affirme que ce mode de répression est conforme au plan du Comité du Salut Public. En fait, le Comité approuve ses agents. Il déclare que les intentions de Turreau sont pures et que le devoir du général est d'exterminer les brigands jusqu'au dernier. A Carrier, il recommande de surveiller sans cesse les malveillants «surtout cette engeance sanguinaire des prêtres fanatiques». Il l'engage à frapper du glaive de la loi tous les coupables, à «purger le corps politique de toutes les mauvaises humeurs qui y circulent de manière à accélérer l'heureuse époque de la liberté, assise sur les ruines du despotisme» et «pour faire goûter au peuple le vrai bonheur». Cependant, il convient d'agir avec discernement. Le Comité ne saurait approuver que l'on traitât les patriotes comme les rebelles, et Barère s'empresse de rassurer la Convention à cet égard, le 24 pluviôse (12 février 1794). «Que l'on détruise et que l'on incendie les repaires des brigands soit» mais «non pas les fermes et les demeures des bons citoyens» 

- Jacques Castelnau, Le Comité du Salut Public, 1793-1794, Hachette, Paris, 1941, pp.110-129






Discours testament de Robespierre à l'occasion de la fête de l'Être Suprême :

« ... en voyant la multitude des vices que le torrent de la Révolution a roulé pêle-mêle avec les vertus civiques , j'ai craint quelquefois, je l'avoue, d'être souillé aux yeux de la postérité par le voisinage des hommes pervers. Qu'ils me préparent la cigüe, je l'attendrai sur ces sièges sacrés. J'ai promis de laisser un testament redoutable aux oppresseurs du peuple. Je leur lègue la vérité terrible de la mort !

Est-ce nous qui avons plongé dans les cachots les patriotes et porté la terreur dans toutes les conditions ? Est-ce nous qui oubliant les crimes de l'aristocratie et protégeant les traîtres, avons déclaré la guerre aux citoyens paisibles ? érigé en crimes ou des préjugés incurables ou des choses indifférentes, pour trouver partout des coupables et rendre la Révolution redoutable au peuple même ? Quand les victimes de leurs perversités se plaignent, ils s'excusent en disant : C'est Robespierre qui le veut, nous ne pouvons nous en dispenser. On disait aux nobles : C'est lui seul qui vous a proscrit. On disait en même temps au patriotes : il veut sauver les nobles. On disait aux prêtres : C'est lui seul qui vous poursuit, sans lui vous seriez paisibles et triomphants. On disait aux fanatiques : C'est lui seul qui détruit la religion. [...] On s'est attaché particulièrement à prouver que le tribunal révolutionnaire était un tribunal de sang, crée par moi seul, et que je maîtrisais absolument afin de faire égorger tous les gens de bien et même les fripons, car on voulait me susciter des ennemis de tous genres. [...] Il n'y a peut-être pas un individu arrêté , pas un citoyen vexé à qui l'on ait dit : voilà l'auteur de tes maux. Tu serais heureux et libre sans lui. [...] J'avais tout fait, tout exigé, tout commandé, car il ne faut pas oublier mon titre de dictateur.

Ils m'appellent tyran. Si je l'étais, ils ramperaient à mes pieds. Je les gorgerais d'or, je leur assurerais le droit de commettre les crimes, et ils seraient reconnaissants.

Laissez flotter un moment les rênes de la Révolution, vous verrez le despotisme militaire s'en emparer. [...]

Je ne sais pas respecter les fripons. J'adopte encore moins cette maxime qu'il est utile de les employer. Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner.

[...]

Les départements où les crimes ont été commis les ignorent-ils parce que nous les oublions ? Et les plaintes que nous repoussons ne retentissent-elles pas avec plus de force dans les coeurs des citoyens malheureux ? les coupables impunis ne voleront-ils pas de crimes en crimes ? et s'ils échappaient à la justice des hommes, échapperaient-ils à la justice éternelle qu'ils ont outragée par le plus horrible de tous les forfaits ?

Non, Chaumette, non, Fouché, la mort n'est pas un sommeil éternel. Citoyens, effacez des tombeaux cette maxime gravée par des mains sacrilèges, qui jette un crêpe funèbre sur la nature, qui décourage l'innocence opprimée et qui insulte la mort. Gravez-y plutôt celle-ci : la mort est le commencement de l'immortalité.»

- Jean Claude Frère, La victoire ou la mort, histoire de Robespierre et la Révolution, Flammarion, 1983, p.367

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Cinci » ven. 30 déc. 2011, 4:28

L'ABOMINABLE CARRIER


«... les succès inattendus des Vendéens fugitifs, leur déroute qui suivit, la tragédie de Carrier, tout cela va fournir les plus terribles éléments de la tragédie centrale. Carrier, devenu légende, conté par toute la France comme une histoire de revenants [...]

Carrier, vers la fin de septembre, y fut envoyé par le Comité de Salut Public. La descente anglaise paraissait probable. Nantes était devenue un centre d'inertie malveillante, que Phillipeaux n'avait pu vaincre. Carrier le remplaça. On le choisit comme honnête homme, d'une probité auvergnate (il venait de signaler le voleur Perrin), et dans la réalité il sortit pauvre de Nantes. Il avait juste à sa mort ce qu'il eut en 89, un petit bien de dix milles francs.

[...]

Carrier était un homme très nerveux et bilieux, d'une imagination violente et mélancolique. Dans une lettre à Billaud, il exprime toute sa pensée, Il se sent voué à la mort. Il dit dans un dinner à Nantes, qu'il voyait bien que l'on se servait de lui pour le sacrifier ensuite. [...] sec, de teint olivâtre, dégingandé, à grands bras gesticulants et d'un geste faux, ridicule, s'il n'eut fait peur. Son signalement est celui que donne Molière de son fameux Limousin : barbe rare, cheveux noir, plat, l'oeil inquiet, l'air ahuri, égaré. De tels hommes sont rarement braves, et très souvent furieux. Tant qu'il ne fut pas à Nantes, toutefois, il ne perdit pas l'esprit. Il écrivit de la Vendée que Merlin était l'homme indispensable à cette guerre. Il reçut avec humanité les Vendéens qui se rendaient, leur fit donner des vivres, leur parla avec douceur. C'est le témoignage que lui rend un de ses ennemis.

Il arriva à Nantes au moment de la grande terreur qu'y jetta le passage de la Loire [...] Madame de la Rochejaquelein nous apprend qu'en octobre 93, les Vendéens criaient «Plus de grâce !» C'était, dit-elle, l'exaspération causée par la mort de la Reine. Mais avant, dès le 20 septembre, les Vendéens n'avaient-ils pas comblé le puits Montaigu des corps vivants de nos soldats, écrasés à coups de pierres ? Charrette, en prenant Noirmoutier (15 octore) n'avait-il pas fait fusiller tous ceux qui s'étaient rendus ? [...]

Carrier, arrivant à Nantes, fut terrifié de la fureur du peuple. Il craignait d'être mis en pièce dans un moment de famine. Il reprocha aux corps administratifs de vouloir le faire périr en rejetant sur lui l'embarras des subsistances. Cet homme, tellement attentif à ne pas se compromettre, chercha sa sûreté en trois choses : ne point donner d'ordre écrit, s'attacher les pauvres en forçant les marchands de vendre au prix strict du maximum, enfin se débarrasser par tous les moyens des bouches inutiles. Vendre au rabais, même à perte ! Les Nantais aimaient mieux mourir. Ils trouvèrent cent moyens ingénieux pour éluder la loi. Carrier se consummait d'efforts; rien n'y faisait. Il employait les plus terribles menaces, jusqu'à dire : «La loi d'une main, la hache de l'autre, nous forcerons les magasins» Par trois fois, il entreprit l'opération impossible d'arrêter tous les marchands, même les revendeurs au détail. Ils fermaient ou se cachaient. Carrier donnait des scènes de fureur épouvantable, attestant le ciel et la terre qu'on voulait le faire périr, le rendre victime de la rage du peuple affamé.

[...]

... les royalistes avaient des parents dans la garde nationale, généralement girondine. Chaque famille [en Vendée] était ainsi divisée. L'esprit individualiste était tel dans ce malheureux pays, que six frères prennent six noms, et volontiers prendraient six partis différents. Donc, nulle sûreté en personne. Et c'est ce qui donnait à la guerre un caractère embrouillé, inextricable, inguérissable. Misérable maladie, tenace, vraie gale maudite, où la peau ne se guérit qu'en tirant la chair après elle, emportant le malade même.

... l'âme de Charette était dans les prisons de Nantes autant qu'au camp de Charette. L'outrecuidance moqueuse des nobles prisonniers dépassait tout ce qu'on peut imaginer. Ils savaient toutes les nouvelles, les mauvaises surtout, et en triomphait avant même que la ville le sût. À chaque revers des nôtres, ils sautaient de joie, jetaient leurs vivres à la tête des gardiens «Nous n'en avons plus besoin disaient-ils : l'armée du roi arrive ce soir» Ils étaient fort mal nourris, mais toute la ville l'était de même. Plusieurs fois, ils essayèrent de prendre les armes; l'ingénieur Rapatel, même avant Carrier, avait dit que les prisonniers cherchaient des instruments tranchants et voulaient s'unir à Charette.

Un fait certain, les proclamations de celui-ci [Charette] paraissaient d'abord à Nantes; et, pour une raison très simple, elle s'imprimaient justement chez l'imprimeur de Carrier. Cet imprimeur républicain d'opinion, travaillait pour qui le payait. Le jour, portant le bonnet rouge (et sa femme de même, ses enfants et ses ouvriers tous en bonnet rouge), il imprimait les choses rouges. La nuit, seul, en bonnet blanc, il imprimait à petit bruit les blanches proclamations, empochant impartialement les assignats et les guinées.

[...]

Les patriotes se comptèrent; je crois qu'ils n'étaient pas cinq cents. Et pour chef ils avaient un fou ! Ils jugèrent leur situation exactement du point de vue du radeau de la Méduse; ou comme dans un vaisseau négrier qui s'enfonce sous sa cargaison.

[...]

Le tribunal révolutionnaire, présidé par un avocat, Philippes Tronjolly, d'opinion très douteuse et prodigieusement craintif des futurs réactions, ne voulait agir que sur pièces; il exigeait des témoins. Nul témoin n'eût osé venir, étant parfaitement sûr d'être assassiné au retour. [...]

Dès le mois de mai, l'encombrement des prisons avait été épouvantable; une épidémie commençait (Registre du département) Tout le remède que les Girondins avaient imaginé, c'était de temps à autre, d'élargir au hasard les prisonniers, qui se moquaient d'eux, passaient l'eau [la Loire] et joignaient Charette. Cette méthode de donner des soldats à l'ennemi ne pouvait guère être suivie au moment où la grosse armée vendéenne était près de tomber sur Nantes. On prit le moyen opposé : tuer tout. Les commissions militaires et les fusillades auraient suffi. On y ajouta un affreux supplément, furtif dans le commencement, hypocrite, sans tromper personne. Ce fut de se passer de tout jugement et nuitamment de vider les prisons dans la Loire. Cette invention d'un supplice que la loi n'autorisait pas était un crime contre elle. Elle en encouragea un autre, les mitraillades de Lyon, qui eurent lieu trois semaines après.

Carrier n'ignorait nullement la responsabilité qu'il encourait. Il refusa tout ordre écrit. Point d'ordre et point d'exécuteur. Rien d'organisé encore. Ce fut presque seuls, eux-mêmes, et en grande partie de leurs mains, que ces furieux patriotes firent l'horrible exécution.


- Michelet, Histoire de la Révolution Française, Tome II, Livre 16e «Carrier à Nantes», pp. 686-693

Virgile
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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Virgile » ven. 30 déc. 2011, 11:54

Quels ouvrages conseillez-vous pour éclairer cette question du génocide vendéen ? Je veux parler uniquement d'ouvrages qui analysetn les faits historiques, le reste n'étant que débats stériles.
Bonjour Cgs,

j'ai lu les messages de ce fil... stérile est un qualificatif faible.

Il est absolument nécessaire de lire directement les textes de l'époque: discours des conventionnels; lettres des représentants en mission du Comité de Salut public; écrits des militaires qui participèrent directement aux opérations. Il faut lire ce qu'ont écrit Carnot, Robespierre, Danton, Brissot, etc. Jusqu'à l'oeuvre de l'abbé Grégoire. Il faut, bien entendu, lire aussi le texte de Gracchus Babeuf - la Guerre de Vendée et le système de dépopulation. Et surtout, à la fin de chaque séance de lecture, à la lumière de ce que l'on a saisit, méditer sur le sens exact de l'adjectif "impur" dans le "qu'un sang impur abreuve nos sillons" de la Marseillaise...

Pour comprendre quelque peu l'esprit de la Révolution française, la lecture de l'ouvrage de Patrice Gueniffey, la Politique de la Terreur (Tel Gallimard) est assez bien fait.
Il y a également un ouvrage récent de Brownislaw Backzo - Politiques de la Révolution française (Folio Histoire) - dont je recommande la lecture, parce que l'on y trouve des renseignements très intéressants sur l'"oubli" de certaines choses...
René Sédillot avait publié, il y a quelques années chez Perrin, un ouvrage intéressant, bien documenté quoique parfois discutable et intitulé le Coût de la Révolution française.
Sur la question du génocide, la référence incontournable est bien entendu Reynald Secher - toutes ces publications, mais surtout l'ouvrage déjà ancien publié chez PUF sous le titre Le génocide franco-français - la Vendée-Vengée.

Il y a bien entendu une multitude d'autres ouvrages à lire sur la question. Je n'allonge cependant pas la liste davantage.
Encore une fois, aucun débat n'est possible tant que l'on a pas lu et médité directement les textes des révolutionnaires eux-mêmes.

Amicalement.
Virgile.

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Virgile » ven. 30 déc. 2011, 11:57

Michelet, Histoire de la Révolution Française, Tome II, Livre 16e «Carrier à Nantes», pp. 686-693[/color]
Michelet????????
Mais à la fin, Cinci, est-il possible de sérieusement citer Michelet?

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Cgs » ven. 30 déc. 2011, 12:03

Quels ouvrages conseillez-vous pour éclairer cette question du génocide vendéen ? Je veux parler uniquement d'ouvrages qui analysetn les faits historiques, le reste n'étant que débats stériles.
Bonjour Cgs,

j'ai lu les messages de ce fil... stérile est un qualificatif faible.

Il est absolument nécessaire de lire directement les textes de l'époque: discours des conventionnels; lettres des représentants en mission du Comité de Salut public; écrits des militaires qui participèrent directement aux opérations. Il faut lire ce qu'ont écrit Carnot, Robespierre, Danton, Brissot, etc. Jusqu'à l'oeuvre de l'abbé Grégoire. Il faut, bien entendu, lire aussi le texte de Gracchus Babeuf - la Guerre de Vendée et le système de dépopulation. Et surtout, à la fin de chaque séance de lecture, à la lumière de ce que l'on a saisit, méditer sur le sens exact de l'adjectif "impur" dans le "qu'un sang impur abreuve nos sillons" de la Marseillaise...

Pour comprendre quelque peu l'esprit de la Révolution française, la lecture de l'ouvrage de Patrice Gueniffey, la Politique de la Terreur (Tel Gallimard) est assez bien fait.
Il y a également un ouvrage récent de Brownislaw Backzo - Politiques de la Révolution française (Folio Histoire) - dont je recommande la lecture, parce que l'on y trouve des renseignements très intéressants sur l'"oubli" de certaines choses...
René Sédillot avait publié, il y a quelques années chez Perrin, un ouvrage intéressant, bien documenté quoique parfois discutable et intitulé le Coût de la Révolution française.
Sur la question du génocide, la référence incontournable est bien entendu Reynald Secher - toutes ces publications, mais surtout l'ouvrage déjà ancien publié chez PUF sous le titre Le génocide franco-français - la Vendée-Vengée.

Il y a bien entendu une multitude d'autres ouvrages à lire sur la question. Je n'allonge cependant pas la liste davantage.
Encore une fois, aucun débat n'est possible tant que l'on a pas lu et médité directement les textes des révolutionnaires eux-mêmes.

Amicalement.
Virgile.
Bonjour Virgile,

Merci beaucoup pour toutes ces références ! Je crois en effet que tant que l'on n'a pas lu intégralement les sources historiques, on ne peut pas pérorer sur la question.

Bien à vous,
Cgs
Mes propos qui apparaissent en vert comme ceci indiquent que j'agis au nom de la modération du forum.

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Virgile » ven. 30 déc. 2011, 13:43

Si on tient à qualifier en... etc.
Puis, je lis:
-On peut remarquer... et On ne peut d'ailleurs pas parler de peuple Vendéen, ni d'ethnie vendéenne.
Cher Anonymus,

une dernière intervention de ma part, si vous le voulez bien, parcequ'il y a des choses que l'on ne peut pas laisser passer et qu'un sophisme est un sophisme.
Aussi je vous invite à considérer l'exemple d'un homme de nationalité allemande, de religion catholique ou protestante, peu importe, vivant en Allemagne vers 1933, et ignorant totalement que ces quatre grands-parents éaient des juifs non-pratiquants... je ne vous aide pas à faire le raisonnement et à tirer la conclusion qui s'impose, et je suis bien certain que vous vous en tirerez seul.
Il suffit de réfléchir.

Amicalement.
Virgile.

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Anonymus » sam. 31 déc. 2011, 1:43

Si on tient à qualifier en... etc.
Puis, je lis:
-On peut remarquer... et On ne peut d'ailleurs pas parler de peuple Vendéen, ni d'ethnie vendéenne.
Cher Anonymus,

une dernière intervention de ma part, si vous le voulez bien, parcequ'il y a des choses que l'on ne peut pas laisser passer et qu'un sophisme est un sophisme.
Aussi je vous invite à considérer l'exemple d'un homme de nationalité allemande, de religion catholique ou protestante, peu importe, vivant en Allemagne vers 1933, et ignorant totalement que ces quatre grands-parents éaient des juifs non-pratiquants... je ne vous aide pas à faire le raisonnement et à tirer la conclusion qui s'impose, et je suis bien certain que vous vous en tirerez seul.
Il suffit de réfléchir.

Amicalement.
Virgile.

Je ne sais pas si je mérite autant de condescendance mais passons.

Surtout que votre exemple n'entre absolument pas en contradiction avec mon message. La volonté du régime nazi était de détruire le peuple juif, les juifs étaient tués pour ce qu'ils étaient (c'est-à-dire d'origine juive) et non pour leur manière de vivre. Ceci explique que certains qui ne se considéraient pas comme juif, ou qui ne se savaient même pas juifs (au sens des critères raciaux nazis), ont été touché par les persécutions.

A l'inverse, les personnes d'origine vendéenne vivant en dehors de Vendée n'ont pas été touché par les persécutions. La répression s'est avant tout abattue sur une région aux contours flous, sans réalité historique, qui a été définie en fonction des lieux où l'activité contre-révolutionnaire fut plus importante que la moyenne. Et c'est d'ailleurs pour cela que je précisais dans mon précédent message que des répressions du même type avaient eu lieu dans des régions bien éloignées de la Vendée.
Nous sommes plus ici en présence de représailles, qui seraient aujourd'hui qualifiées de crimes de guerre. Cela se voit malheureusement assez souvent pendant les guerres, où à la fin de celles-ci. On fait payer une population pour ce qu'ils ont fait (ou supposé avoir fait), c'est-à-dire avoir été dans l'autre camp.

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Virgile » sam. 31 déc. 2011, 6:08

Ainsi:

Dans l'Allemagne d'avant-guerre, il n'y avait pas d'"ethnie juive" - il n'est d'ailleurs nulle part fait mention de l'existence de "Juifs ethniques".
L'absence totale de revendications à l'autodétermination ou à l'indépendance d'un prétendu "peuple Juif" sur le territoire allemand, ajoutée à l'absence indubitable de toute cohésion religieuse, intellectuelle, culturelle, politique, identitaire ou même simplement professionnelle ou géographique au sein du judaïsme allemand avant que Hitler n'y mette un terme, démontre qu'il n'y avait pas de "peuple" juif en Allemagne avant 1945.

En conséquence, il n'y a pas eu de "génocide" des Juifs.
Tout au plus quelques opérations de police et des victimes malheureuses. C'est la vie. Et puis s'est ancien, ça remonte à plus de soixante-dix ans, alors on ne va pas non plus "fantasmer" sur des bricoles...

Votre raisonnement est faux depuis le départ. Tout le reste est à l'avenant.
Le génocide des Juifs est une réalité.
Comme celui des Vendéens.

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Virgile » sam. 31 déc. 2011, 8:15

... et à la lecture de telles raisonnements, d'un certain nombre d'autres que je ne relève pas faute de temps, et probablement de la suite des chipotages et pitrognages sentimentalo-idéologico-sémantiques qui ne manqueront pas de suivre ces derniers messages ad vitam aeternam mais sans moi, on craint quelque peu d'avoir à aller jusqu'à expliquer (non, tout de même!) que les Juifs allemands qui contribuèrent tant et si nombreux à la grandeur de la culture allemande étaient bien d'authentiques Allemands; que les Juifs allemands qui tombèrent pour leur patrie au cours du premier conflit mondial furent bien d'authentiques nationaux allemands, ou encore que ceux qui furent décorés à l'occasion de ce conflit ne le furent pas à un autre titre que celui de leur appartenance, parfois multiséculaire, au peuple et à la nation allemands!

Ou d'avoir à rappeler - ou faire connaître - d'autres évidences de même ordre au sujet de ce qui s'est passé pendant la Révolution... et ici encore il faut étudier le vocabulaire des révolutionnaires, comprendre les intentions des révolutionnaires, saisir la raison et la nature des exactions des révolutionnaires - toutes choses qui exigent que l'on prenne la peine de lire autre chose que le manuel scolaire et ses annexes littéraires, de souscrire au "mythe fondateur" de l'Etat républicain et à sa propagande unilatérale, et de croire aux "vérités" historiques établies par ceux qui se considèrent comme propriétaires, non seulement de l'histoire, mais aussi du sens de l'histoire et de sa "vérité".

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Virgile » sam. 31 déc. 2011, 10:17

Et d'abord, de quoi parlons-nous? De quoi est-il question?
A-t-on seulement lu, même une seule fois et en travers, ce qui suit?

ASSEMBLEE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958. DOUZIEME LEGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le

PROPOSITION DE LOI relative à la reconnaissance du génocide vendéen
de 1793-1794, PRESENTEE Par M. Lionnel LUCA, Député

EXPOSE DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

La définition du Génocide selon le Petit Robert est la suivante: "destruction méthodique d'un groupe ethnique, et par extension : extermination d'un groupe important de personnes en peu de temps".
Cette définition correspond parfaitement aux actions menées par la convention à partir du premier août 1793. A ceux qui ne manqueront pas de rétorquer que la population de la Vendée militaire ne constituait pas à proprement parler un groupe ethnique, signalons que l'adjudant général Hector Legros considérait en l'an 3 que "le pays que nous appelons Vendée est formé de la presque totalité de la Vendée, de la moitié des Deux Sèvres et de Maine et Loire et d'une grande partie de la Loire Inférieure"[1].
Deux lois furent préparées par Lazare Carnot et votées par la Convention en préparation du « Génocide Vendéen »: celle du 1er Août 1793 : « Anéantissement de tous les biens…la Vendée doit être un cimetière national... » et celle du 1er Octobre 1793 : « Extermination totale des habitants… »
Le point de départ du génocide est le décret du 1er août 1793 voté sur proposition de Barrère de Vieuzac après un discours incendiaire: " ici, le Comité, d'après votre autorisation, a préparé des mesures qui tendent à exterminer cette race rebelle, à faire disparaître leurs repaires, à incendier leurs forêts, à couper leur récoltes et à les combattre autant par des ouvriers et des pionniers que par des soldats. C'est dans les plaies gangreneuses que la médecine porte le fer et le feu, c'est à Mortagne, à Cholet, à Chemillé que la médecine politique doit employer les mêmes moyens et les mêmes remèdes. L'humanité ne se plaindra pas; les vieillards, les femmes et les enfants seront traités avec les égards exigés par la nature. L'humanité ne se plaindra pas; c'est faire son bien que d'extirper le mal; c'est être bienfaisant pour la patrie que de punir les rebelles. Qui pourrait demander grâce pour des parricides. ...Nous vous proposons de décréter les mesures que le comité a prises contre les rebelles de la Vendée; et c'est ainsi que l'autorité nationale, sanctionnant de violentes mesures militaires portera l'effroi dans les repaires de brigands et dans les demeures des royalistes"[2] .
Le décret du premier août 1793 relatif aux mesures à prendre contre les rebelles de la Vendée stipulait dans son article 1er que "Le ministre de la guerre donnera sur le champ les ordres nécessaires pour que la garnison de Mayence soit transportée en poste dans la Vendée… Article VI: "il sera envoyé par le ministre de la guerre des matières combustibles de toute espèce pour incendier les bois, les taillis et les genêts".Article VII: "les forêts seront abattues; les repaires des repaires des rebelles seront détruits; les récoltes seront coupées par les compagnies d'ouvriers, pour être portées sur les derrières de l'armée et les bestiaux seront saisis." Article VIII: "les femmes, les enfants et les vieillards seront conduits dans l'intérieur. Il sera pourvu à leur subsistance et à leur sûreté, avec tous les égards dus à l'humanité." Article XIV: "les biens des rebelles de la Vendée sont déclarés appartenir à la république; il en sera distrait une portion pour indemniser les citoyens qui seront demeurés fidèles à la patrie, des pertes qu'ils auraient souffertes"[3].
Ce décret, malgré une déclaration de bonne conduite ("avec tous les égards dus à l'humanité"), était un véritable appel au meurtre, au vol institutionnalisé et à la déportation des non combattants, ce que l'on pourrait qualifier de nos jours "d'épuration ethnique".
Ce décret sera suivi par celui du 1er octobre 1793 - décliné sur le mode du discours de Caton auprès du sénat romain ("delenda est Carthago"):"Détruisez la Vendée, Valenciennes et Condé ne sont plus au pouvoir de l'Autrichien […] Enfin chaque coup que vous porterez à la Vendée retentira dans les villes rebelles, dans les départements fédéralistes. La Vendée et encore la Vendée, voilà le charbon politique qui dévore le cœur de la république française; c'est la qu'il faut frapper"[4].
Après la prise de Laval le 23 octobre, et la défaite républicaine d'Entrammes, le 26 octobre 1793, un nouveau décret daté du 11ème jour du 2ème mois, portera que "toute ville de la république qui recevra dans son sein les brigands ou qui leur donnera des secours sera punie comme ville rebelle. En conséquence, elle sera rasée et les biens des habitants seront confisqués au profit de la république"[5].
Les mesures préconisées furent appliquées à la lettre par les représentants en mission auprès des armées et dans les départements.
Le 9 frimaire an 2 (29 novembre 1793), le représentant Fayau écrit aux administrateurs du département de la Vendée :"Vous savez comme moi citoyens que les brigands appelés de la Vendée existent encore quoique on les aie tués plusieurs fois à la tribune de la Convention […] Je vous engage à prendre les mesures les plus promptes et les plus énergiques pour que les armées catholiques et royales dans le cas ou elles rentreraient dans la Vendée n'y trouvent plus qu'un désert[…]Il serait bon, citoyens, que des commissaires nommés par vous se transportassent de suite dans toutes les parties de votre département pour en faire retirer toutes les subsistances et pour faire arrêter tous les citoyens qui ont pris part directement ou indirectement aux troubles de la Vendée. Il faut purger la Patrie…"[6]
Le représentant Francastel n'est pas en reste. Le 25 décembre 1793, il écrit au Comité de Salut Public : "Je fais débarrasser les prisons de tous les infâmes fanatiques qui s'étaient échappés de l'armée catholique. Pas de mollesse, que le torrent révolutionnaire entraîne tout ce qui lui résiste scandaleusement. Purgeons, saignons jusqu'au blanc. Il ne faut pas qu'il reste aucun germe de rébellion…"[7]
En novembre 1793, le général Turreau est nommé commandant en chef de l'armée de l'ouest avec la charge de faire appliquer le décret du 1er août. L'ordre de départ est donné le 21 janvier 1794, cette première phase sera appelée "La Promenade Militaire" alors qu'à cette date la Grande Armée Catholique et Royale n'est plus qu'un nom. Turreau divise l'armée en six divisions de deux colonnes chacune, qui ont pour mission de ratisser le territoire et d'exterminer la population. Ce sont les "colonnes infernales" qui vont se livrer au génocide des Vendéens. L'ordre du jour du général Grignon, commandant la 2ème division est très clair :" Je vous donne l'ordre de livrer aux flammes tout ce qui est susceptible d'être brûlé et de passer au fil de l'épée tout ce que vous rencontrerez d'habitants". Les rapports des généraux républicains commandant les Colonnes sont aussi particulièrement explicites: "Nous en tuons près de 2000 par jour. […] J'ai fais tué (sic) ce matin 53 femmes, autant d'enfants. […] J'ai brûlé toutes les maisons et égorgé tous les habitants que j'ai trouvés. Je préfère égorger pour économiser mes munitions […]".
Le Général Westermann, dans sa lettre à la Convention du 23 décembre 1793, jour où 80.000 Vendéens sans armes - dont 50.000 femmes et enfants - furent exterminés à Savenay, précisait que : « Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains, elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les bois et les marais de Savenay. Suivant les ordres que vous m’avez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, et massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé ».
Lequinio, représentant du peuple dans la Charente et la Charente inférieure est encore plus explicite dans sa lettre du 8 ventôse an 2 (26 février 1794) : "Je crois que par séduction, argent, violence ou autrement, on avait pu s'emparer des chefs, il serait possible de n'exterminer que les étrangers, car quoique l'on puisse en croire, ce sont les hommes du pays même qui sont le moins dangereux; ils seraient réduits à l'instant s'ils s'étaient laissée à eux mêmes; mais ce sont les prêtres, les nobles, les étrangers et les déserteurs mêlés au milieu de nous qui rendent leur réduction impossible. Il faut donc nécessairement les égorger tous. C'est le parti que facilite l'arrêté que mes collègues Garrau, Hentz et Francastel viennent de prendre, en faisant retirer dans l'intérieur de la république tous les réfugiés de ce pays, réduits au désespoir, ainsi que le sont les habitants de se pays pervertis (sic) par les scélérats étrangers qui sont au milieu d'eux et qu'il n'eut pas été possible d'en séparer. Il est impossible maintenant qu'on use envers eux des moyens que l'on pouvait employer autrefois de concert avec la poursuite des étrangers. Il faut donc se décider à tout massacrer.[8]
Le décret du 2 ventôse an 2 (20 février 1794) ordonnait la déportation des innocents et des bons citoyens de manière à ne laisser plus dans les pays révoltés que "les rebelles que l'on pourra plus aisément détruire"[9].
---------------
La République Française reconnaît, à travers plusieurs lois, les différents événements qui ont marqué l’Histoire internationale: Shoah, esclavage, génocide arménien... Ces lois mémorielles permettent de mettre en exergue les souffrances subies par des peuples.
Les exemples cités supra montrent la volonté incontestable de la Convention d'anéantir une population; ce qu'explique en 1794 Gracchus Babeuf dans un pamphlet, Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier, dans lequel il dénonce les exactions commises par Jean-Baptiste Carrier lors de sa mission à Nantes, dont il affirme qu'elles renvoient à un système de dépopulation qu'il nomme « populicide ».
Comme le mot "génocide", forgé par Lemkin en 1944, il est employé pour désigner une forme de crime dont l'appréhension est inédite, le meurtre de masse visant un peuple dont le seul tort est son origine ethnique, sociale ou son choix politique. Pierre Chaunu, historien et membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques depuis 1982, n'a pas hésité à parler de génocide Franco-Français dans l'avant propos du livre de Reynald Secher[10] qu'il a signé: "Nous n'avons jamais eu l'ordre écrit de Hitler concernant le génocide juif, nous possédons ceux de Barrère et de Carnot relatifs à la Vendée".
Les moyens utilisés pour ce faire, rapportés notamment par Reynald Secher (cf. ouvrage cité supra), ou par Michel Ragon (1793 l'insurrection vendéenne et les malentendus de la liberté, Albin Michel, Paris, 1992), ont été nombreux : épuration ethnique par mutilation sexuelle, création du premier camp d'extermination de l'histoire moderne à Noirmoutier, premiers essais de gazage de masse (insuccès, dû au gaz employé et à l’absence de confinement), premières crémations avec les fours à pain et les églises (exemple de l'église des Lucs-sur-Boulogne où furent brûlés vifs 563 villageois), noyades collectives avec les "noyades des galiotes" ou en couples avec les "mariage républicain" dans la Loire, création à Clisson d’ateliers de tannage de peau humaine – peau dont se vêtissent les officiers républicains - et d’extraction de graisse par carbonisation des corps des villageois massacrés… A force de tueries, des municipalités, pourtant républicaines, et des Représentants du Comité de Salut Public finissent par s'émouvoir. Turreau est relevé de ses fonctions en mai 1794, puis décrété d'arrestation en septembre. Jugé en décembre 1795, il est acquitté à l'unanimité.
La République sera d'autant plus forte qu'elle saura reconnaître ses faiblesses, ses erreurs et ses fautes. Elle ne peut continuer de taire ce qui est une tâche dans son histoire. Elle doit pour cela reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794, et témoigner à cette région -qui dépasse l'actuel département de la Vendée- dont la population a été victime de cette extermination, sa compassion et sa reconnaissance pour avoir surmonté sa douleur et sa vengeance en lui donnant des hommes aussi prestigieux que Georges Clémenceau ou Jean de Lattre de Tassigny qui servirent la Patrie et défendirent la République.

PROPOSITION DE LOI

Article unique
La République Française reconnaît le génocide vendéen de 1793-1794.

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[1] Mes rêves dans mon exil, BM de la Rochelle, cote 27628 C/13.
[2] Gazette Nationale ou le Moniteur universel du vendredi 9 août 1793.
[3] L 28-AD85
[4] Moniteur universel du 16 du premier mois de l'an 2, N°280
[5] L 31-AD85
[6] L 380-AD85
[7] fonds Uzureau, 2F14 37-AD49
[8] Archives Nationales AA 53
[9] lettre de Hentz et Francastel du 7 ventôse an 2, L 475-AD35
[10] Le génocide franco-français : la Vendée vengée, Presses universitaires de France, 1986

Bonne année à tous.

Virgile.

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Re: Le génocide vendéen

Message non lupar Virgile » sam. 31 déc. 2011, 15:44

Il faudrait arrêter de fantasmer dans un sens comme dans l'autre... Donc, en tant que piètre historienne, il me semble impensable de qualifier de "génocide" l'épisode vendéen de la Révolution Française, sans nier pour autant son extrême violence.
Cécile
L'"extrême violence" de l'"épisode" vendéen...???
Un épisode qui ne comprend "que" des "détails", sans doute?

"Impensable"? Si on veut...

- épuration ethnique de la population par mutilation sexuelle;
- création du premier camp d'extermination de l'histoire moderne à Noirmoutier;
- premiers essais de gazage de masse;
- premières crémations avec les fours à pain et les églises;
- noyades collectives « des galiotes » ou en « mariages républicains » dans la Loire;
- création à Clisson d’ateliers de tannage de peau humaine;
- ateliers d'extraction de graisse humaine par carbonisation des corps des villageois massacrés…

Pour le reste, en particulier pour la volonté systématique d'extermination d'une population entière, il faudrait donc se résigner à sortir de ses "fantasme" pour entrer dans l'indécision de votre "impensable"? Mais surtout, ne jamais, jamais, jamais, prendre connaissance des textes ou cette volonté s'exprime en énormes lettres révolutionnaires...

Et les actes criminels d'un Louis-Marie Turreau (accessoirement "de Garambouville"), sont donc commis de sa propre initiative, et surtout pas ordonnés par le Comité de Salut Public. Que sont-ils, sinon des "fantasmes"... ou alors les préférez-vous comme relevants de "impensable"?

Nommé commandant en chef de l'armée de l'ouest en novembre 1793, la mission de Turreau est bien de faire appliquer les "fantasmes" du décret de la Convention, celui en date du 1er août. Il part donc le 21 janvier 1794 en "Promenade Militaire »; aimable, non? Il faut dire qu'à cette date la Grande Armée Catholique et Royale n'existe plus du tout. Donc, aucun risque...
L'ordre du jour du de la colonne commandée par le général Grignon, commandant la 2ème division, sous les ordres de Turreau, relève-t-il du pur "dérapage incontrôlé" d'un subalterne "fantasque"?

« Je vous donne l'ordre de livrer aux flammes tout ce qui est susceptible d'être brûlé et de passer au fil de l'épée tout ce que vous rencontrerez d'habitants ».

Il n'y aucune volonté systématique d'extermination, parce que les rapports des généraux républicains ne contiennent en fait que des "rêveries lyriques" de style entièrement personnel sur un thème vaguement bucolique - on "travaille" à la campagne:

« Nous en tuons près de 2000 par jour. … J'ai fais tuer ce matin 53 femmes, autant d'enfants. … J'ai brûlé toutes les maisons et égorgé tous les habitants que j'ai trouvés. Je préfère égorger pour économiser mes munitions … »

Pour finir la lettre du Général Westermann à la Convention, en date du 23 décembre 1793, au moment où 80.000 Vendéens sans armes (dont 50.000 femmes et enfants) - étaient « exterminés » à Savenay, ne vise aucunement à rendre compte des ordres donnés mais à exprimer avec verve et bonhommie qu'il est temps de rentrer à Paris - apparemment sans "bagages" :

« Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains, elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les bois et les marais de Savenay. Suivant les ordres que vous m’avez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, et massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé . »

Sacré Westerman. Quelle imagination? N'y allait-il pas un peu fort, quand même?

Les membres de Comité de Salut Public n'ont jamais donné de pareils ordres! - d'ailleurs la meilleure preuve en est que ce serait trop affreux, ou trop "impensable". Même dans le seul cas du "fantasme" le plus débridé...

Je n'ai pas le temps aujourd'hui, mais je reviendrais avec plaisir "fantasmer" notre national Lazare Carnot - avec de la littérature de sa plume qui vous paraîtra certainement "impensable" - et ce très prochainement.

Pour compléter ma petite liste de livres à lire - que vous lirez tous jusqu'au bout par souci d'honnêteté intellectuelle et parce que vous désirez vraiment que la justice, l'honneur, la vérité ne soient pas seulement des "fantasmes", il y a bien entendu l'excellent bouquin de Ragon - dont je pleure la disparition de ma petite bibliothèque - et le remarquable « Vendée : Du génocide au mémoricide, mécanique d’un crime légal contre l’Humanité » de Reynald Secher (édition du Cerf, collection « Démocratie ou totalitarisme »).


V.


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