Rémi Brague, philosophe

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Cinci
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Rémi Brague, philosophe

Message non lupar Cinci » ven. 28 sept. 2012, 23:51

Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger. La présentation dans cet article :

http://www.la-croix.com/Religion/Urbi-O ... -28-858733

http://charismata.free.fr/?p=2828

Rémi Brague, interview

Sol Invictus
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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Sol Invictus » sam. 29 sept. 2012, 11:13

L'un des plus grands hommes d'esprit universel de ces 40 dernières années sans aucun doute. Lui dit qu'il n'a pas la gueule pour passer à la télé, mais bien plus, c'est sa connaissance, sur des sujets polémiques (instrumentalisés par l'air et les besoins du temps) accaparés par les idéologues et autres sociologues d'opérette, qui l'écarte des médias, dans ces temps où règne la stupidité.

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Isabelle47 » sam. 29 sept. 2012, 11:41

Rémi Brague est un auteur de référence.
J'y reviens régulièrement.
Je suis en train de relire, dans "La loi de Dieu", le chapitre "Les fins de la loi: l'islam".
"Aussi, croyez-moi, vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines, qu'en tenant le regard fixé sur votre propre limon"
(Thérèse d'Avila)

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Sol Invictus » sam. 29 sept. 2012, 11:53

Je vous laisse apprécier la différence entre un vrai universitaire, et un intellectuel mondain. :rire: :rire:

http://www.dailymotion.com/video/x1topt ... 24-11_news


Puis "réponse" (4-5 ans plus tard) de Luc Ferry. A noter que Luc Ferry ment dans cette vidéo en avançant qu'il dispose des mêmes diplômes (sous entendu "spécialisations) que R. Brague, alors qu'ils n'ont au final qu'une chose en commun, c'est l’agrégation en philo... J'ajoute que dans cet extrait L. Ferry cite en références : Malek Chebel qui s'est pris une vilaine fessée par Brague dans un débat organisé l'an dernier sur l' Histoire du dialogue islamo-chrétien et A. de Libera qui est le co-auteur du livre Enquête sur l'islamophobie savante dans lequel il s'en prend, entre autres aux travaux de Brague.


[youtube]dS1Y6LLavnY[/youtube]

__________________________

Tout ce qui se trouve ou presque sur Brague (interviews, résumés d'ouvrages, conférences, émissions de TV, Radio, presse) est visiblement réuni à cette adresse : http://www.libertyvox.com/phpBB/viewtop ... 9mi+brague

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Isabelle47 » sam. 29 sept. 2012, 22:48

Merci :)
"Aussi, croyez-moi, vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines, qu'en tenant le regard fixé sur votre propre limon"
(Thérèse d'Avila)

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Cinci » dim. 30 sept. 2012, 16:12

Gyrovague,

Trouver le domicile de Rémi Brague comme point de chute lors des JMJ de 1997 ? Vous auriez pu être plus mal loti que cela (sourire). Vous le connaissiez déjà ou vous aurez fait sa connaissance pour la toute première fois à cette occasion peut-être ?

Enfin, c'est intéressant. Je comprends que vous tirerez davantage d'intérêts encore à lire les ouvrages quand vous aurez fait aussi la connaissance de l'auteur dans la vraie vie. La touche de contact humain préalable ajoute un petit plus. C'est vrai. Oui, l'anecdote est amusante.

Bon dimanche.

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Cinci » lun. 01 oct. 2012, 22:12

Merci pour la référence, Sol Invictus. Je n'ai pas encore eu le temps d'explorer ça.

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Sol Invictus » mar. 02 oct. 2012, 6:04

En parcourant le fil en question, vous trouverez qui plus est la réponse à l'une des questions motivant votre inscription sur le forum LVox. :saint:

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Cinci » mar. 02 oct. 2012, 19:39

Oui, alors c'est vraiment comme le hasard qui vous aura mis en contact à ce moment-là. C'est plutôt amusant.

:)

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Cinci » ven. 05 oct. 2012, 22:59

AMD écrit sur LV (lien fourni ici par Sol Invictus) :
  • «... Rémi Brague est un universitaire, le "top" des universitaires, avec un parcours sans faille. Aucun diplôme ne lui manque, il est polyglotte et son parcours est exemplaire. Mais il ne fera que peu de concessions à la vulgarisation. Il reste dans les hauteurs. Je sais qu'il approuve mais il descend rarement dans l'arène.

    D'autre part c'est un catholique. Pour lui quelqu'un qui ne croit pas est un imbécile. Je l'ai lu dans une revue. [...] c'est un homme droit et courageux. Il y a toutefois la peur des universitaires d'être classés à droite et à l'extrême-droite, n'en parlons pas
AMD fait référence bien sûr au danger «trop réel» qu'il y a en France actuellement, si on fait carrière dans le métier universitaire, à critiquer ''assez fortement'' l'islam en public. Elle évoque à un autre endroit un Rémi Girard qui préfère s'abtenir totalement de parler de l'islam en public, alors qu'il aurait sans doute des choses intéressantes à dire.

C'est vrai que cette situation est incroyable. C'est complètement ''anormale'' comme situation, si l'on se place sur le plan des principes. On devrait parler d'un milieu universitaire qui, normalement, devrait faire corps avec la liberté de recherche et de critique; milieu qui devrait s'insérer par surcroit dans une république qui fait profession (sur le papier, c'est certain) de vouloir préserver la liberté d'expression, la liberté de conscience, l'irreligiosité, etc.

On s'aperçoit plutôt que des bonshommes réels, tous bien en chair, bien vivants, et occupant des poste de responsabilités quelconques, ne font bien souvent qu'être plus-que-tentés de trahir les fameux idéaux institutionnels, et ce, au profit de leur propre position avantageuse (visibilité, pouvoir, nécéssité d'être bien vu par le réseau des contacts politiciens, etc). La tension entre l'idéal et la réalité...

Sinon

http://www.libertyvox.com/phpBB/viewtop ... b&start=15

Il y a serge goldman en 2008 qui pointait un article fort intéressant (entrevue de Rémi Brague) au sujet de Saint Augustin et portant sur l'angoisse de la décadence. C'est fort captivant.

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Re: Prix pour Rémi Brague via la fondation Ratzinger

Message non lupar Cinci » sam. 06 oct. 2012, 6:39

Vous avez raison. J'étais resté coincé au rayon des Rémi (sourire). René Girard, fallait-il comprendre. C'est vrai que le professeur Girard pourrait [aurait pu] dire des choses intéressantes concernant l'actualité de l'islam.

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Quand Rémi Brague pulvérise les dogmes relativistes (Le Figaro, 02/02/18)

Message non lupar Théodore » ven. 16 févr. 2018, 19:54

Par Michel De Jaeghere

FIGAROVOX/CHRONIQUE - Rémi Brague explore le sophisme qui tend à confondre toutes les religions dans une même réprobation en projetant sur elles la violence de l'islamisme.

Rémi Brague n'a pas de chance, et il doit lui arriver de ressentir comme une fatalité sa situation. Philosophe, servi par une érudition immense, une acuité dans l'analyse que colore un regard d'une humanité profonde, il s'efforce depuis quarante ans d'affiner de manière toujours plus juste et plus subtile nos connaissances sur l'interaction de la métaphysique et de la culture, la place des traditions religieuses dans l'essor des civilisations, l'actualité de la pensée antique et médiévale, les dangers que représentent les ruptures de la modernité. Venu trop tard dans un monde trop vieux, il doit confronter sa pensée avec les slogans, les idées toutes faites que répandent à foison des leaders d'opinion peu curieux de ces subtilités.

La nocivité générale du «fait religieux», sa propension à susciter intolérance, guerre et persécutions, à maintenir dans l'obscurantisme des peuples qui ne demanderaient, sans lui, qu'à s'épanouir au soleil de la raison pure et au paradis de la consommation de masse, fait partie de ces évidences indéfiniment ressassées. C'est à elle qu'il s'attaque dans Sur la religion , son dernier essai, en montrant qu'elle relève de la paresse intellectuelle ou de l'ignorance, quand elle ne sert pas de paravent à notre lâcheté: «Pour fuir la peur que [l'islam] suscite, remarque-t-il, une tactique commode, mais magique, consiste à ne pas le nommer, et à parler, au pluriel, des religions. C'est de la même façon que, il y a quelques dizaines d'années, on préférait, y compris dans le milieu clérical, évoquer les dangers que représentaient “les idéologies” pour ne pas avoir à nommer le marxisme-léninisme.»

Que d'autres religions que l'islam aient été parfois associées à la violence, Rémi Brague se garde certes de le nier. Que le meurtre et la guerre soient les inévitables conséquences de la croyance en un Dieu créateur auquel on rende un culte et qu'on s'efforce de prier dans l'espérance d'un salut qui dépasse notre condition mortelle, voilà qui demande des distinctions plus exigeantes. Explorant les relations de ceux que l'on désigne, non sans ambiguïtés, comme les trois grands monothéismes - le judaïsme, le christianisme et l'islam - avec la raison, la violence et la liberté, scrutant les textes saints et les fondements du droit, évaluant les pratiques (le crime d'un adepte n'engage pas nécessairement sa croyance, s'il l'a commis pour d'autres motifs, ou des motifs mêlés, ou en violation manifeste de la morale qu'induit la religion injustement incriminée), il montre au prix de quels amalgames on est parvenu à jeter le discrédit sur une aspiration qui est au fond de l'âme humaine et dont on a le témoignage depuis quelque trois cent mille ans.

Dans la multiplicité des pistes de réflexion ouvertes par ce livre provocateur - au meilleur sens du terme -, l'une des plus fécondes se trouve sans doute dans la comparaison qu'il risque, après Benoît XVI, des relations entre foi et raison dans le christianisme et l'islam. Le premier, souligne-t-il, admet avec Pascal que si la raison permet de pressentir l'existence d'un Dieu créateur, elle est, seule, incapable d'accéder à des vérités qui la dépassent. Il lui faut le secours de la grâce: ce qu'on appelle la foi. Mais le chrétien peut et doit ensuite faire usage de sa raison pour ce qui relève de son ordre: la connaissance des choses et le choix des actions conformes à la justice, à l'accomplissement de sa nature, sous le regard de sa conscience. Pour le musulman, nous dit-il, c'est l'inverse. L'existence de Dieu a le caractère d'une évidence, que la raison devrait suffire à attester: cela rend inexcusable l'incrédulité. La raison est en revanche impuissante à découvrir par elle-même les comportements que ce Dieu transcendant, muet, inatteignable attend de sa créature. Elle devra dès lors s'en remettre aveuglément à la loi qu'Il a lui-même dictée à son prophète dans le Livre où a été recueillie une parole incréée, irréformable, indiscutable. La première conception fonde le droit naturel, clé de voûte de notre liberté face à l'arbitraire, dans la mesure où il déduit, de notre condition de fils de Dieu, les droits et les devoirs qui s'attachent à la créature. La seconde justifie l'application - toujours et partout - de règles de comportement conçues pour des Bédouins illettrés dans l'Arabie du VIIe siècle: la charia.

La facilité qui conduit trop souvent, sous couvert de neutralité, intellectuels et responsables à traiter des différentes religions comme d'un phénomène interchangeable et, après en avoir utilisé les dérives pour disqualifier le christianisme, à se les représenter avec ses catégories pour plaquer sur l'islam des caractères qui lui sont profondément étrangers ne se révèle plus seulement, à la lecture de ce livre, comme une manifestation de pusillanimité: bien plutôt comme une utopie mortifère.
Unam peti a Domino, hanc requiram,
Ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitae meae.
Ut videam voluptatem Domini, et visitem templum eius.


Psaume XXVI, verset 7-8.

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Re: Rémi Brague, philosophe

Message non lupar Cinci » sam. 17 mars 2018, 1:22

Un autre entretien avec Rémi Brague et qui paraît dans le journal L'homme nouveau, dans l'édition du 3 mars 2018.


En voici quelques extraits :
Rémi Brague dit :
"... nous percevons essentiellement la religion comme des actes de culte : prière, jeûne, pèlerinage et les sacrements pour le christianisme. Nous transposons cette vision dans l'islam en constatant la présence du Ramadan, des cinq prières et du pèlerinage à La Mecque. Nous en tirons la conséquence que les musulmans peuvent pratiquer leur religion à condition de ne pas se référer à la charia. Mais il s'agir là d'un marché de dupes ! Si j'étais musulman je serais choqué puisque ce discours revient à dire : vous pouvez pratiquer votre religion sauf en ce qui constitue l'essentiel.

Pourquoi le musulman doit-il dire cinq prières et pas six ou quatre ? Pourquoi doit-il jeûner le mois du Ramadan ? Pourquoi faut-il qu'il se rende à La Mecque ? Mais parce que la charia le lui commande. La charia gouverne tout, non seulement ce que vous appelez les actes de religion mais également les aspects qui, selon vous, n'ont rien à y voir, comme la façon de se coiffer ou de manger.

[...]

De ce fait, à supposer qu'il puisse exister une démocratie islamique et que le parlement soit composé de députés élus de façon légitime, chacun d'entre eux, dans son fors intérieur, serait tenu de proposer de voter des lois uniquement si elles sont en accord avec la charia. Le pouvoir sera bien à l'intérieur de chacun, mais il sera quand même un pouvoir islamique. Dans l'islam, on n'a pas besoin de conscience puisque la loi vous dit ce que vous avez à faire.
et
Philippe Maxence réplique peu après :

"... Est-ce que ce n'était pas le cas pour la chrétienté médiévale ? Le christianisme s'Imposait à chacun sur tous les plans.

Rémi Brague d'ajouter :

- Mais qu'est-ce que le christianisme demande de faire ? Il demande d'obéir à la morale naturelle, au sens de morale rationnelle. Saint Thomas d'Aquin explique très bien que le Décalogue est un aide-mémoire, qui rappelle des règles qui sont celles de la morale rationnelle. Nous ne devrions pas les avoir oubliées, mais à cause du péché originel, la conscience s'est obscurcie. Il n'y a pas de commandements nouveaux et de morale nouvelle, mais un approfondissement intérieure. Le christianisme ne se situe pas au plan des interdits. Il intervient à deux niveaux : d'abord, celui de la grâce qui vous aide à poser des actes que nous savons devoir poser et, ensuite, celui de la miséricorde, qui prend en compte notre faiblesse. Le christianisme n'intervient que là où il est vraiment utile.

Il fonctionne en quelque sorte selon le principe de subsidiarité qui règle non seulement les questions sociales, mais aussi les rapports de Dieu avec l'humanité. Dieu nous laisse faire ce que nous sommes capables de faire. Par exemple, nous sommes capables de savoir si nous devons nous laisser pousser la barbe ou non. Il laisse le coiffeur être le coiffeur. En revanche il y a des choses que nous ne savons pas faire ou que nous n'effectuons pas correctement. Dans ces cas, la grâce et la miséricorde s'avèrent indispensables. La grâce nous aide à poser les actes nécessaires et si nous n'y arrivons pas, nous pouvons demander pardon.
(voir la suite)

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Re: Rémi Brague, philosophe

Message non lupar Cinci » sam. 17 mars 2018, 2:17

(suite de l'article)
Thibaud Collin demande :

Quand dans votre livre vous évoquez le discours de Benoit XVI à Ratisbonne, vous affirmez que la part de rationnalité qui se trouve dans le christianisme ne vient pas seulement de l'héritage de la Grèce antique ...

Rémi Brague répond :

Dans le premier Testament, Dieu parle. Il accepte de discuter et l'homme peut lui présenter des arguments. Inversement, Il ne reproche jamais à son peuple d'avoir mal réalisé un sacrifice. Il lui reproche seulement d'embêter son voisin. Le Dieu de la Bible proteste contre l'injustice entre les hommes. Ce qui blesse l'homme le blesse lu-même. Dieu ne roule pas pour lui-même.

- Et pourtant dans le premier Testament, on parle d'un Dieu jaloux.

Dieu n'admet pas en effet que nous nous comportions comme des idiots en adorant des choses qui n'en valent pas la peine, comme la fécondité, l'argent, le plaisir. Les idoles n'ont d'ailleurs pas cessé ! Et celles de bois et de pierre sont les moins dangereuses de toutes.

Pour en revenir à votre question, j'essaie de montrer qu'il y a une sorte de renversement de symétrie entre le christianisme et l'islam en ce qui concerne justement la rationalité. Je crois que Benoit XVI, que je respecte et admire profondément, a eu tort d'affirmer que l'islam est irrationnel.

L'islam fait intervenir la raison à un autre endroit que le christianisme et réciproquement. Pour l'islam, l'existence de Dieu est une évidence. Un coucher de soleil est une preuve de l'existence de Dieu. Le christianisme se montre un peu plus délicat. Selon lui, la nature peut contenir des signes mais il faut savoir les lire. Il laisse donc la bride sur le cou à la raison dans son domaine de compétence. Par exemple, comment se coiffer, se nourrir, s'habiller, etc. Mais Dieu étant mystérieux, il faut alors l'apport du discours théologique. En revanche, dans l'islam, le domaine de l'action, des normes, de la manière de se comporter, échappent à la raison.

Plus loin
Philippe Maxence fait remarquer :

Mais les croisades, mais l'Inquisition, mais les guerres dites de religion où les chrétiens s'étripaient entre eux ...

Rémi Brague :

Un chrétien mauvais est-il un mauvais chrétien ? Réponse : oui ! Un musulman mauvais est-il un mauvais musulman ? S'il est mauvais contre les adeptes d'une religion fausse, polythéiste, idolâtre et en plus dépassée, il débarrasse l'humanité d'Insectes nuisibles, de gens qui sont pires que des animaux, comme le précise le Coran.

Les croisades sont des événements localisés, datés, et décrétés par une autorité, la papauté en l'occurence, dans des circonstances particulières. Le commandement du djihâd est une obligation collective, c'est à dire une obligation de suffisance : il suffit qu'il y ait un certain nombre de musulmans qui s'y livrent pour que les autres puissent vaquer à leurs occupations.

En d'autres termes le djihâd est une obligation permanente. La croisade est un événement délimité dans le temps. Et elle était une réponse à l'obstruction apportée au pèlerinage en Terre sainte par les Turcs.

Et une perle à un endroit dans l'article :
Rémi Brague :

Historiquement parlant, nous sommes confrontés aussi à des phénomènes que l'on qualifie de religieux alors qu'ils ne se perçoivent pas du tout ainsi. On assimile par exemple le nazisme à une religion. Or je cite un discours de Hitler dans lequel il affirme que le national-socialisme est une théorie froide de la réalité, fondée sur la science. Il s'opposait à toutes les tentatives, notamment du côté de Himmler, de le transformer en une religion germanique.

[...]

Toute adhésion forte à quoi que ce soit est grosse de violence. Il y a en effet une potentialité de violence, mais cela ne sort pas forcément de la religion elle-même. Je ramène au fait qu'on pouvait très bien arriver à des horreurs infiniment pires que celles de l'Inquisition, si vous êtes darwiniste, comme l'était Hitler ou si vous pensez que "la violence est l'accoucheuse de l'Histoire" comme chez Lénine.

Source : "Dossier : les religions, combien de divisions ? Petit dialogue avec Rémi Brague ..." dans L'Homme nouveau, samedi 3 mars, LXXIIe année, bimensuel, France.
www.hommenouveau.fr

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Re: Rémi Brague, philosophe

Message non lupar Anne » sam. 17 mars 2018, 5:36

Très intéressant, Cinci!

Merci pour ce partage!

:top:
"À tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés;
nous sommes désorientés, mais non pas désemparés;
nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés;
terrassés, mais non pas anéantis…
".
2 Co 4, 8-10


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