Québec : Ambivalence et déchirements d'anciens cathos

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Québec : Ambivalence et déchirements d'anciens cathos

Message non lupar ancolie » lun. 06 août 2018, 23:18


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Fée Violine
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Re: Québec : Ambivalence et déchirements des anciens cathos

Message non lupar Fée Violine » mar. 07 août 2018, 1:01

Ancolie, vos vidéos ne sont visibles en Europe. De quoi s'agit-il ?

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Re: Québec : Ambivalence et déchirements des anciens cathos

Message non lupar ancolie » mar. 07 août 2018, 4:02

Bonjour Fée :) ,

le témoignage de l'ex-religieuse est assez long mais je peux le résumer.

Andréa Richard est née en 1934 au Nouveau-Brunswick à une époque, comme il est écrit dans l'article, ''où le clergé catholique exerçait une grande autorité morale sur les Acadiens''. (comme sur les Québécois)

Dès son jeune âge elle a été entraînée par sa mère à la piété et à aider les pauvres sur une base régulière. Son conditionnement religieux l'a conduite à désirer devenir une sainte.

Elle a été vite repérée par un prêtre et une religieuse qui l'ont recrutée pour entrer dans les ordres religieux, malgré la réticence de son père.
Elle est entrée chez les religieuses à 16ans, où elle a commencé sa formation.

Sa vie chez les religieuses était faite d'une foule d'interdictions de toutes sortes, d'obéissance et de soumission totale. Elle était étroitement surveillée et contrôlée, comme les autres religieuses d'ailleurs. Le courrier qu'elle recevait était ouvert et censuré.
La mentalité religieuse de l'époque était faite de culpabilité et de pénitence.

Sa formation complétée, son ordre religieux (Les Petites Soeurs des Pauvres) l'a envoyée dans un couvent de Paris (France) où elle a continué de s'occuper des pauvres.
Cinq ans plus tard, elle a vécu une expérience tragique. Elle était très proche d'une autre religieuse, soeur Adrienne. Or Adrienne était amoureuse du prêtre qui venait les confesser.
La mère supérieure a compris ce qui se passait et a menacé Adrienne de l'envoyer dans un autre pays. Bouleversée et en détresse, Adrienne s'est suicidée devant Andréa.
La mère supérieure a interdit à Andréa d'en parler. Toute cette ''opacité religieuse'' a beaucoup affecté Andréa et a semé le doute dans son esprit.
N'arrivant pas à se remettre de ce drame, elle a demandé à être transférée chez les Carmélites, croyant qu'une vie contemplative lui serait bénéfique. Elle a alors été transférée au couvent Notre-Dame-du-Carmel, à Rouen.

Je cite: '' Coupée du monde extérieur, elle consacrait ses journées à la prière et à l’étude de textes religieux. Du reste, elle dormait sur une paillasse, se lavait à l’eau froide, pratiquait le jeûne et se fouettait deux fois par semaine.''
Cette vie austère l'a rendue malade (tuberculose) et sa famille l'a fait rapatrier au Canada.

Pendant sa convalescence elle a pris conscience qu'elle n'était pas heureuse et qu'elle vivait dans l'illusion.
Elle a toutefois continué sa vie religieuse jusqu'à ce que l'évidence qu'elle devait en sortir lui apparaisse clairement.

Je cite : ''Remise sur pied, elle est retournée en communauté, cette fois-ci à Dolbeau. Chaque nouveau jour renforçait un peu plus sa révolte face aux règles «absurdes» de l’Église. «Un jour, j’ai confié à l’aumônier mon intention de quitter la vie religieuse. Il m’a répondu que je n’avais pas à être traitée comme une petite fille obéissante. Il a intercédé auprès de l’évêque pour que je puisse sortir des ordres.» En 1974, sœur Xavier redevenait Andréa. Elle avait alors 40 ans.''

Le retour à la vie laïque a été difficile car elle n'avait pas de formation professionnelle . Mais à cette époque elle avait encore la foi.
Je cite: '' Malgré tout, sa foi n’en était pas moins intacte. Elle a fondé une association laïque prônant une vision «positive» de la spiritualité. Les conférences qu’elle donnait lui ont permis de subvenir à ses besoins pendant plusieurs années.''

Elle a ensuite vécu un amour partagé, interdit et impossible avec un évêque qui était venu à une de ses conférences pour s'assurer qu'elle respectait la doctrine de l'Eglise. Ils sont d'abord devenus amis, puis amoureux. Il est décédé peu après d'un cancer.
Je cite: ''Ce drame a porté un dur coup à ses convictions religieuses. Dans les mois et les années qui ont suivi, sa foi s’est estompée peu à peu. «Je ne croyais plus en un dieu et je ne voyais plus aucune raison d’être membre d’une église qui cherchait à conditionner ma façon de vivre ou de penser. J’ai demandé à ce qu’on retire mon nom de la liste des catholiques. J’étais enfin libre!», raconte celle qui se décrit comme agnostique.''

Elle milite maintenant pour la laïcité, la séparation de la religion et de l'État.

En 1995, Andréa a publié le livre ''Femme après le cloître''.

Voilà.

Le récit de la vie d'Andréa m'a rappelé douloureusement le cas d'un participant de ce forum qui a été lui aussi plongé jusqu'au cou dès son plus jeune âge dans une pratique religieuse qui frise l'obsession (et le déséquilibre mental).
Il a lui aussi perdu la foi à l'âge adulte, mais son histoire se termine beaucoup plus mal que celle d'Andréa. Personne ne sait où il se trouve présentement et ce qu'il est devenu, s'il est encore vivant ou s'il s'est suicidé.
Je pense souvent à lui et malgré l'horreur de ce qu'on le soupçonne d'avoir fait, j'éprouve de la compassion pour la solitude de cette âme errante qui a perdu son chemin.



Pour ce qui est de l'article du journaliste Mathieu Bock-Côté, il est plus court que le précédent et j'aimerais le partager en ''copier-coller'' mais je veux m'assurer de pouvoir le faire sans me mettre les pieds dans les plats concernant les droits d'auteur.
Quelqu'un peut-il me renseigner à ce sujet ?

Ce article met en lumière une ambivalence concernant la religion, ambivalence un peu étonnante chez des gens de cette génération.
Ils ne veulent pas et savent qu'ils ne peuvent pas, de toute façon, retourner en arrière, à l'époque où le catholicisme de leurs parents gérait tous les aspects de notre existence, mais en même temps il y a là une certaine tristesse, un besoin de retrouver un sens sacré des choses et de la vie .

Il donne en exemple les funérailles : ''Il suffit d’assister aujourd’hui à un enterrement pour s’en convaincre. Il y avait quelque chose de beau à savoir que, depuis 2000 ans, les hommes accompagnaient leurs morts en récitant les mêmes prières, en murmurant un Notre Père.

Trop souvent, désormais, les funérailles donnent une impression de dévastation symbolique. On improvise des prières qui n’en sont pas, on cherche un peu de décorum, à défaut de trouver du sacré. On enterre nos morts dans un décor de carton-pâte et en écoutant une chanson qui, demain, sera démodée.''

Bonne journée, Fée.

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Re: Québec : Ambivalence et déchirements des anciens cathos

Message non lupar Kerniou » mar. 07 août 2018, 10:59

Quand on parle du pouvoir de l'Eglise, en France, il s'agit d'un pouvoir d'influence, parfois prégnant, certes, mais pas d'un pouvoir institué.
Richelieu et Mazarin étaient " au service " du Roi, même s'ils ont, parfois, satisfait leurs intérêts propres et particulièrement leur soif personnelle de pouvoir
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.

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Re: Québec : Ambivalence et déchirements des anciens cathos

Message non lupar ancolie » jeu. 09 août 2018, 11:39

Bonjour Kerniou,

[OK : sujet re-déplacé dans la section Psychologie]
[hs]

Bon, ce qui m'intéresse ici, c'est ce que j'ai mis en titre (ambivalence et déchirements) c'est-à-dire les mécanismes psychologiques humains d'attachements, de dépendance, de souffrance, de colère et de révolte, de loyauté et de trahison, les regrets, les doutes, la lutte intérieure de sentiments contradictoires (amour/haine) dans le cadre des endoctrinements religieux.
L'inconfort et la tristesse de ceux qui ont été contraints dans une certaine mesure de jeter le bébé avec l'eau du bain. Ces expériences humaines sont bien illustrées à la fois par le témoignage de l'ex-religieuse et la réaction en contre-poids, révélatrice, du journaliste M.Bock Cöté.

Compte tenu du caractère intime de la religion dans la vie des gens, la relation conflictuelle qu'ont vécue de nombreux catholiques avec l'Eglise et son clergé (pas seulement au Québec ) s'apparente tout à fait à certaines relations humaines perturbantes et malsaines et a finalement peu à voir avec Dieu. Cela s’est produit tout autant dans d’autres religions, d’ailleurs.
J'y vois une analogie avec l’expérience d'un individu qui depuis son tout jeune âge vit sous l'influence d'une mère surprotectrice, possessive et contrôlante, qui prête le visage de l'amour au pouvoir qu'elle exerce sur son fils.. Il ressent instinctivement très tôt un malaise dans cette situation mais il étouffe son propre malaise car il a besoin de sa mère, et il a besoin de croire qu'elle l'aime d'un amour inconditionnel et désintéressé.

En vieillissant il peut s'enliser dans cette dépendance fusionnelle, s’y perdre, se soumettre et y passer sa vie . Il peut aussi, ça dépend de lui et de facteurs divers, prendre conscience de sa situation et désirer y mettre un terme . Dans ce cas, bien souvent, la seule solution est d’enfoncer les portes (ou les murs...) , fuir et couper les ponts.
Cela se fait aussi très souvent dans et par la colère et l'amertume.
Et c’est souvent un point de non-retour.
C’est ce que bien des catholiques ont vécu avec l’Eglise.

Avec le temps, la colère et l’amertume s’apaisent, celui qui s’est enfui pour sauver sa peau prend du recul, regarde son passé, se remémore les bons moments, car il y en a eu, repense à ce que sa mère a fait pour lui, et constate que tout n’était pas mauvais. Que sa mère, sans doute, d’une certaine façon, l’aimait malgré tout, et que lui, sans doute, l’aime encore.
Mais il est impossible de retourner vers elle car elle représente toujours un piège, un danger , un mensonge et le rappel de souffrances qu’il veut et doit laisser derrière lui pour avancer.
Il n’y a pas de retour possible. La confiance n’y est plus et il y a des choses qui ne se rattrapent pas . Il Il lui reste à faire son deuil et à vivre un certain chagrin.


Extraits de l’article de M.Bock Cöté :
‘’ Dans nos pages, hier, Andrea Richard, une ex-religieuse, racontait comment le catholicisme avait volé sa jeunesse. Le témoignage était poignant, et il serait bien mal venu de le contester : cette femme a manifestement vécu un calvaire.
On aurait tort, toutefois, d’y reconnaître le seul témoignage possible sur ce Québec d’antan, qui nous habite encore, mais dont nous ne savons plus quoi faire. Réduire notre passé catholique à une forme de traumatisme nous condamne à devenir étrangers à nous-mêmes.’’
…………….
‘’Je ne confesse aucune nostalgie, ici. Mais je plaide pour un peu de justice. Tout n’était pas à chanter dans le catholicisme d’hier, mais tout n’était pas à rejeter non plus, encore moins à diaboliser. De temps en temps, il nous manque.
Il n’y a rien de mal à rappeler qu’il portait une certaine beauté.’’


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