Forme ordinaire et ars celebrandi

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steph
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par steph » sam. 02 juin 2012, 0:06

Bonjour à tous!

Vous avez raison, archi! En même temps je garde mon enthousiasme pour le grégorien en soi qu'a en partie défendu Jean-Baptiste.

Je ne crois pas que l'assemblée passera les deux marches du sanctuaire, mais qu'elle se placera dans le transept (habituellement, l'assemblée qui fréquente la basilique est peu nombreuse et permet ce déplacement): donc j'ai envie d'aller voir (et de me rassurer, lol)!

Par contre ce "déplacement" me semble impliquer un ambon situé dans l'espace des stalles et non dans le sanctuaire (commençant aux marches)...
C'est le problème d'un certain nombre de liturgistes (ou prétendus tels, encore une fois) de vouloir marquer clairement "deux tables" distinctes: parole et eucharistie (ils ne voient pas qu'ils perdent alors l'unité du sacrement dont on a redécouvert que la liturgie de la Parole faisait partie intégrante et n'était pas une préparation facultative)...
Et cela, nous sommes d'accord, est en rupture avec la conception d'ars celebrandi que certains ont sur ce forum et qui correspond à une herméneutique de continuité...
Je fais confiance dans le fait que cela évoluera positivement. une chose est sûre: pas d'autel-boîte en carton (dans le cas précis où l'on dispose de mieux symboliquement parlant: cf. l'histoire de la boîte d'allumettes en camp de concentration), pas de clown, pas de ballons, etc. Rappel, cette basilique est en Belgique et en Hainaut... concevoir une célébration chantée en grégorien est très difficile pour la plupart des fidèles et des pasteurs que je connais, ou alors de manière anecdotique comme on a fait des "messes aux couleurs de l'Afrique", une fois par an il y a quelques années...

Comme le suggère Jean-Baptiste, le grégorien tient une grande place dans la liturgie romaine, je ne crois pas qu'il ne contribuera pas à influencer l'ars celebrandi en général (imaginez que la schola aille une fois ou l'autre se former à Solesmes, ils verront un autre usage monastique).
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par archi » sam. 02 juin 2012, 8:31

steph a écrit :Vous avez raison, archi! En même temps je garde mon enthousiasme pour le grégorien en soi qu'a en partie défendu Jean-Baptiste.

Je ne crois pas que l'assemblée passera les deux marches du sanctuaire, mais qu'elle se placera dans le transept (habituellement, l'assemblée qui fréquente la basilique est peu nombreuse et permet ce déplacement): donc j'ai envie d'aller voir (et de me rassurer, lol)!
Je dois dire que je perds patience avec les fantaisies des "liturgistes" modernes... l'annonce de ce genre d'expériences aurait donc tendance à me faire fuire.
Par contre ce "déplacement" me semble impliquer un ambon situé dans l'espace des stalles et non dans le sanctuaire (commençant aux marches)...
C'est le problème d'un certain nombre de liturgistes (ou prétendus tels, encore une fois) de vouloir marquer clairement "deux tables" distinctes: parole et eucharistie (ils ne voient pas qu'ils perdent alors l'unité du sacrement dont on a redécouvert que la liturgie de la Parole faisait partie intégrante et n'était pas une préparation facultative)...


Oui, c'est peut-être bien l'idée qu'il y a derrière le déplacement dont il est question ici...

Concernant le grégorien, loin de moi l'idée de minimiser son importance. Je suis d'accord avec Jean-Baptiste, c'est plus que de la musique, il fait partie intégrante du rite romain. Mon propos était simplement de dire que quand on célèbre un rite, c'est en vue du culte divin, et dans le cas de la messe de l'assemblée dans le Corps du Christ réellement présent... Il faut donc avant toute autre considération que la prière soit correctement orientée et la présence réelle manifestée, sinon on tombe très facilement dans ce que le Cardinal Ratzinger qualifiait d'autocélébration de l'assemblée.

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Nous qui dans ce mystère, représentons les chérubins,
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par PaxetBonum » sam. 02 juin 2012, 11:13

AdoramusTe a écrit :[dans le forme extraordinaire, nous verrions, aligné sur le célébrant, un sous-diacre couvert d'un voile huméral, portant la patène.
Quelqu'un connaît-il l'origine et la symbolique de cette attitude ?
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par archi » sam. 02 juin 2012, 15:58

PaxetBonum a écrit :
AdoramusTe a écrit :[dans le forme extraordinaire, nous verrions, aligné sur le célébrant, un sous-diacre couvert d'un voile huméral, portant la patène.
Quelqu'un connaît-il l'origine et la symbolique de cette attitude ?
Si je ne me trompe pas, le sous-diacre avec le voie huméral devant ses yeux symbolise les chérubins qui, à l'aide de leurs ailes, se voilent la face devant le Seigneur que même eux ne peuvent regarder directement.

Magnifique symbole d'ailleurs.

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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par Sapin » lun. 04 juin 2012, 17:11

Bonjour,

Non pas du tout, qu'est-ce que les chérubins viennent faire ici avec les sous-diacres????

Nous parlons ici plutôt de l'ostension de la patène, et c'est bien la patène qui est à l'honneur ici, c'est elle que le sous-diacre dissimule sous le voile humérale pour l'élever, on parle bien ici d'ostension. N'oublions pas que la patène qui vient du verbe patere: être ouvert, en signe de coeur large et ample: '' Le diacre reçoit la patène contenant l'hostie de la main du sous-diacre et la prend entre le pouce et l'index des deux mains, mais non sans avoir interposé le manipule entre ses pouces et la patène. En effet, les mains du sous-diacre figurent les oeuvres de la Loi, la patène la générosité de coeur, le manipule les oeuvres de l'Évangile, le pouce la force de la vertu, l'index le discernement (...).''

On sait que en dehors des messes pontificales, sans diacre ni sous-diacre, le prêtre fait le même geste avec la patène, mais en la dissimulant sous le corporal, laissant une partie à découvert et sur laquelle il dépose le purificatoire. Donc aux messes pontificales, le sous-diacre maintient la patène enveloppée, à distance de l'autel (se tenant debout sur son degré).

L'évêque de Mende précise le sens de ce geste:

''Sont désignés par là la fuite des disciples, le fait qu'ils se sont cachés, ou encore l'aveuglement de leur infidélité puisque, tandis qu'il était en train de s'offrir le vrai sacrifice, ils s'enfuirent se cacher comme le Christ lui-même le leur avait prédit (...). Mais une petite partie de la patène reste visible pour marquer que ni la Sainte Vierge, ni saint Jean ne s'enfuirent se cacher (...). Et si le prêtre reprend la patène au moment où il s'apprêter à dire: ''Pax Domini'', comme s'il allait annoncer par là le témoignage de la Résurrection du Seigneur, c'est par que ''le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que les disciples tenaient les portes closes par crainte des juifs, Jésus survint et, debout au milieu d,eux, il leur dit ''La paix soit avec vous'', rassemblant les brebis qui, par peur, avaient pris la fuite''. En outre, la patène qui , du fait de sa forme ronde, signifie la divinité qui n'a ni début ni fin, est maintenue cachée jusqu'à la prière du Seigneur: c'est pour marquer que la divinité nous demeure cachée et voilée en de monde; mais au moment où dans le Pater on dit ''panem nostrum'', on la dévoile pour montrer que, lorsque nous atteindrons notre pain qui est dans les cieux, alors, la divinité qui dans ce monde nous est cachée et voilée se manifestera à nous, et nous verrons Dieu tel qu'Il est. (...) Mais en certains endroits, la patène reste découverte pour signifier que le prêtre prie en vertu des vérités éternelles qui nous sont révélées par la prédication du Christ; et en effet par la forme ronde de la patène, c,est bien l'éternité, sans commencement ni fin, qui est désignée''.

L'évêque de Mende poursuit: '' Il est normal que le sous-diacre tienne la patène élevée par la partie postérieure; c'est comme s'il disait: ', Imitez-moi qui, ayant oublié tout ce qui est derrière, me projette vers l'avant'', impliquant par là que nous devons rapporter toutes nos oeuvres au Christ et à la couronne éternelle. la patène ôtée du calice est retournée, c'est-à-dire la partie supérieure en dessous, signifie la pierre du tombeau poussée et roulée en arrière. Et remarquez que le diacre tend la patène à tenir au sous-diacre, ce qui suggère que le Christ transmit à ses disciples le pouvoir de prêcher le Royaume de Dieu. À ce sujet, il faut encore se reporter au chapitre de la reprise de la patène. ''

Guillaume Durand, liturgiste du XIIe siècle poursuit un peu plus loin concernant la reprise de la patène: '' Parce que l'on est passé de la tristesse de la Passion à la joie de la Résurrection, le sous-diacre, pendant que le choeur répond ''Sed libera nos a malo'', s'approche du diacre et lui remet la patène voilée; le diacre la prend et la dévoile, et la présente et la remet ainsi dévoilée au prêtre, tout en lui avisant la main ou l'épaule droite. Le prêtre se signe le visage avec la patène, et immédiatement après, la vénère d'un baiser (...).

Cette manière qu'avait le sous-diacre de recevoir et de tenir la patène élevée jusque' la fin du Pater, dérivait de l'office de l'acolyte dans la liturgie pontificale du VIIe siècle. Celui-ci arrivait au début de la préface, apportant du secretarium la patène qu'il tenait contre la poitrine au moyen d'un voile jeté sur les épaules. Il la transmettait media canonne et,vers la fin du ''Libera Nos'', elle était reçue pour servir à la fraction. C'est un acolyte qui conserve cet office dans la plupart des ordinaires du Moyen Âge et, dans bien des cathédrales, ce rôle était confié à un puer qui portait pour cela une capa particulière. ce n'est qu'à partir des XIe et XIIe siècles qu'apparaît de plus en plus souvent, à sa place, un sous-diacre.

Source: Guillaume Durand, Liturgiste du XIIIe siècle
(futur évêque de Mende) In Art et Liturgie, 2004
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par archi » lun. 04 juin 2012, 21:00

Guy a écrit :Non pas du tout, qu'est-ce que les chérubins viennent faire ici avec les sous-diacres????
Eh bien je l'ai lu plus d'une fois, ça fait un certain temps donc j'ai oublié où...

Ceci dit je ne l'ai quand même pas inventé! :ouf2:
En cherchant sur le web, je trouve ceci (avec photo):
http://www.icrsp.org/Evenements-2007/ju ... 275312.htm

et plusieurs mentions sur le web anglo-saxon, comme ici:
http://www.chantcafe.com/2010/08/explan ... -mass.html
In the Extraordinary Form of the Mass, the subdeacon takes the paten away from the altar and stands with it wrapped in a humeral veil placed around his shoulders. During the entire Eucharistic Prayer, he stands with the paten over his face, to symbolise the cherubim who covered their faces from the Divine Presence in the Book of Ezekiel, again calling to mind the mystery of the God hidden underneath the sacramental veils of bread and wine.
et diverses mentions de ce symbolisme sur des forums anglophones (Catholic Answers, byzcath).

Mais je suppose qu'il y a au moins un liturgiste ancien style Durand de Mende qui le mentionne... il reste juste à trouver qui. :>

L'idée d'associer le sous-diacre au service de l'autel, avec les anges devant le Trône de l'Agneau, pendant la Prière Eucharistique où l'Eglise a toujours considéré que les anges étaient présents (cf la Préface, le Sanctus, la Grande Entrée byzantine avec son Hymne des Chérubins...), me semble tout à fait logique.

Evidemment, ça n'épuise pas le symbolisme du geste, et ne s'oppose donc pas au texte que vous citez.

In Xto,
archi.
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par PaxetBonum » lun. 04 juin 2012, 21:32

Merci pour vos réponses à tout deux, ce geste magnifique, s'éclaire davantage encore pour moi !
Pax et Bonum !
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par Sapin » lun. 04 juin 2012, 21:34

archi a écrit : Eh bien je l'ai lu plus d'une fois, ça fait un certain temps donc j'ai oublié où...

Ceci dit je ne l'ai quand même pas inventé! :ouf2:
En cherchant sur le web, je trouve ceci (avec photo):
http://www.icrsp.org/Evenements-2007/ju ... 275312.htm

et plusieurs mentions sur le web anglo-saxon, comme ici:
http://www.chantcafe.com/2010/08/explan ... -mass.html
In the Extraordinary Form of the Mass, the subdeacon takes the paten away from the altar and stands with it wrapped in a humeral veil placed around his shoulders. During the entire Eucharistic Prayer, he stands with the paten over his face, to symbolise the cherubim who covered their faces from the Divine Presence in the Book of Ezekiel, again calling to mind the mystery of the God hidden underneath the sacramental veils of bread and wine.
Oui, je vois, mais habituellement tous les gestes qui sont posés, les déplacements des ministres entre autres, font références à un passage de la Passion de Notre-Seigneur, c'est l'actualisation du Sacrifice de la croix. Ici pourtant le sous-diacre ne se voile pas le visage, il élève la patène voilée et Guillaume Durand donne bien la signification de cette élévation et de son voilage. Je suis surpris que l'ICRSP ne donne pas plus de références liturgiques concernant ce geste.
archi a écrit : et diverses mentions de ce symbolisme sur des forums anglophones (Catholic Answers, byzcath).

Mais je suppose qu'il y a au moins un liturgiste ancien style Durand de Mende qui le mentionne... il reste juste à trouver qui. :>

L'idée d'associer le sous-diacre au service de l'autel, avec les anges devant le Trône de l'Agneau, pendant la Prière Eucharistique où l'Eglise a toujours considéré que les anges étaient présents (cf la Préface, le Sanctus, la Grande Entrée byzantine avec son Hymne des Chérubins...), me semble tout à fait logique.

Evidemment, ça n'épuise pas le symbolisme du geste, et ne s'oppose donc pas au texte que vous citez.

In Xto,
archi.
Mais habituellement, le milieu anglo-saxon est rarement fiable en matière liturgique! Enfin c'est mon point de vue. Mais la référence que vous faites avec la liturgie byzantine est beaucoup plus fiable, mais ces références relèvent effectivement de la liturgie d'Orient qui elle, contrairement à la liturgie d'Occident, reproduit et fait constamment référence à la liturgie céleste.

Alors oui, nous pouvons faire cette référence, mais encore là j'insiste, le sous-diacre ne se voile pas le visage, ce n'est pas le sens, c'est bel et bien une ostension de la patène voilée.

Bien à vous,

G
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par Sapin » lun. 04 juin 2012, 23:07

AdoramusTe a écrit :Une vidéo assez remarquable de célébration de la forme ordinaire comme elle devrait être, selon l'usage reçu :

http://vimeo.com/30921439

(Merci à Pro Liturgia pour le lien)
Maintenant, la vidéo d'AdoramusTe. J'ai trouvé cette messe étrange, à la fois des gestes du missel de Paul VI et d'autres du rite Tridentin. Ce que je trouvais le plus étrange c'était au début: un président avec la barrette, un diacre avec une barrette et un sous-diacre (il porte bien la tunique pourtant) ou diacre sans barrette, étrange! Pourquoi ce troisième ministre ne porte-t-il pas la barrette alors que le port de la barrette était porté dès la tonsure. Puis, pourquoi ce ministre sous-diaco-diaco quelque chose ne vénère pas l'autel comme le fait le prêtre et le vrai diacre au début de la messe, étrange aussi.

Le missel n'est pas sur l'autel au début de la messe, donc un autre indice indiquant que nous sommes en présence du rite de Paul VI, mais cette célébration me laissait très sceptique au point de vue de sa catholicité. Je me suis demandé si nous ne sommes pas plutôt devant un service anglican de la Hight Church. Finalement je crois plutôt, d'après ce que nous pouvons lire au début de la vidéo que nous sommes bel et bien devant une messe catholique célébré par des anglicans passés récemment chez les catholiques et érigé en ordinariat par le pape Benoît XVI il y a quelques années, enfin je crois bien que c'est cela. Si AdoramusTe pouvait creuser un peu plus pour avoir des informations supplémentaires sur cette messe.

Bien à vous,

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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par AdoramusTe » lun. 04 juin 2012, 23:13

C'est du Paul VI pur jus ! D'ailleurs, on reconnait facilement la couverture du missel 2002 dans sa version latine. C'est aussi pourquoi le missel n'est pas sur l'autel au début de la messe.
Celui qui fait office de sous-diacre est probablement un religieux, donc il met sa capuche en guise de barrette.
C'est tout ce que je peux dire.
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par Sapin » lun. 04 juin 2012, 23:51

steph a écrit :Bonjour François-Xavier,

Vous avez parfaitement compris!
L'assemblée se déplacera dans le sanctuaire (peut-être déjà le transept, parce que dans le sanctuaire... ce serait... triste!)
Voici une photographie de l'espace liturgique: choeur, transept et sanctuaire. Vous verrez qu'il y a du potentiel! (et moyen de créer un poste temps-plein de technicien(ne) de surface!= vive l'emploi)

Pour Steph maintenant. J'ai regardé votre photographie et vous ne trouvez pas que dans ce sanctuaire ça fait un peu ''éparpillé''. C'est ce dont je reproche le plus à la liturgie de Paul VI: un manque d'unité: d'un côté la Parole, de l'autre l'eucharistie, de l'autre la ''présidence''. Dans la liturgie tridentine pourtant l'autel est le signe et le symbole de l'unité de la Parole et de l'eucharistie. Ces deux élément qui demeurent le ciment de la foi Catholique formaient un bloc monolithique indissociable dont l'autel en était le symbole, le centre, le point de vue et de convergence peu importe l'endroit où nous nous trouvions dans l'église. Le point visuel est pourtant très important dans une chambre, une salle, les liturgistes d'après Concile ont oublié que nous restons des êtres humain et un être humain a besoin de repères, a besoin de centrer son regard sur un seul point fixe (qui pour le chrétien est l'autel, représenté par l'autel dans l'église). Cet éparpillement de la Parole, de l'eucharistie et de la ''présidence'' est très symbolique et même symptomatique des difficultés actuelles de l'Église et son manque d'unité où l'on fait pratiquement du n'importe quoi aujourd'hui. Nous étions à l'époque devant d'important bouleversement sociaux en Occident et cela, d'après moi, a influencé énormément la façon de concevoir la liturgie et surtout la messe. Alors, quels sont les fruits que nous avons récoltés de cette réforme des années '70. Elle divise et éparpille plutôt que d'unifier et rassembler, selon moi.

Qu'en est-il donc de cette réforme de la réforme tant attendu depuis le motu proprio de 2007? Je crois que le scandale des prêtres pédophiles dans l'Église catholique a préoccupé tellement le Saint Père que tout ceci (dont on aurait pu se passer!!!) a épuisé toute l'énergie et les projets du pape Benoît, malheureusement.

Bien à vous,

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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par steph » mar. 05 juin 2012, 0:57

Bonjour Père Guy!

Il me semble que l'état du sanctuaire illustré par la photographie est bien moins éparpillé que ne le sera la liturgie célébrée les mois qui viennent.

A propos de la focalisation autour de l'autel,
P. Jounel, en 1963, a écrit :Bien que le prêtre monte à l'autel dès le début de la messe, celui-ci n'est pas traditionnellement le haut lieu d'où le célébrant préside l'assemblée et où il célèbre la liturgie de la Parole. Le lieu de la présidence est le siège du célébrant, comme l'ambon est celui de l'annonce de la parole de Dieu. En attendant de voir restaurer la distinction des rôles entre le siège, l'ambon et l'autel, on se rappellera que, lorque l'évêque célèbre une messe solennelle, il préside l'assemblée de sa chaire, d'où il écoute le sous-diacre et le diacre proclamer l'épître et l'évangile; il n'accède à l'autel qu'au moment d'offrir le pain et le vin (P. Jounel et A.M. Roguet, Consécration d'un autel, Desclée, Tournai, 1963, p.4).
La messe pontificale n'avait donc pas un et un seul point focal.
Personnellement, je ne suis pas contre cette "restauration" (qui est une application de la messe pontificale à toute messe: on a parlé dans l'un ou l'autre fil de ce que cette restauration instaurait peut-être plus qu'elle ne restaurait), pourvu que les trois lieux soient situés dans un espace relativement restreint et identifiable comme sanctuaire... L'exemple de Solesmes, encore une fois, me convainc... MAIS il ne faut pas oublier de vénérer l'autel avant de commencer à présider (vocalement); et il faut faire venir l'Evangile de l'autel... Ainsi tout part de l'autel et tout revient vers l'autel où tout est offert à la gloire du Père par le Fils et dans l'Esprit Saint.

Merci beaucoup pour votre explication de l'ostentation de la patène! Un prêtre que je connais et vénérable chanoine n'a jamais donné aucune autre explication à ce geste que le fait que le sous-diacre se voile la face comme les chérubim(s)... Cela a toujours suffi à le fasciner et à le conforter dans le sentiment que l'Eglise tout entière est animée d'une "stupor sacra" devant le Mystère de foi célébré à l'autel: "tremblante et toute joyeuse"...
Sur salve-regina (par archive url):
[+] Texte masqué
De l’ordre du Sous-Diaconat



Par J.-J. Olier, de l’oratoire.



Quoique les ordres dont nous avons parlé dans le chapitre précédent mettent les clercs dans un état beaucoup élevé au-dessus de tous les fidèles, il faut néanmoins qu’ils passent encore par le sous-diaconat et par le diaconat avant de pouvoir être admis à la sublime dignité de la prêtrise.

Les premiers ordres ne sont que des initiations au sacerdoce, et de simples dispositions pour recevoir le caractère parfait de la prêtrise : et même les derniers, quoique sacrés, ne sont encore pourtant que des degrés pour y monter, et des préparatifs pour y arriver avec toute la perfection que demande l’excellence de cet état[1].

C’est ce qui nous fait connaître combien la dignité du prêtre est relevée. Car ne faut-il pas que ce soit une qualité bien auguste, puisque tant de choses sont requises pour y disposer ceux qu’on y appelle ? Quelle merveilleuse étendue que celle de la vocation et du caractère sacerdotal, puisque tous les caractères qui sont donnés dans les ordres inférieurs ne sont que pour préparer à celui du sacerdoce, et qu’ils ne forment ensemble qu’un tout parfait et accompli[2].

Le sous-diaconat, qui suit immédiatement les ordres moindres, et le premier de ceux que l’on appelle majeurs et sacrés, est donc encore une préparation au sacerdoce[3]. C’est un ordre qui représente aussi une partie des fonctions et de l’esprit du prêtre. Car le prêtre entre dans l’esprit de Jésus-Christ, médiateur de son Église et serviteur de tous, et surtout serviteur de son Père. C’est la qualité qu’il prenait lui-même en parlant à ses apôtres[4] : Ego in medio vestrum sum, sicut qui ministrat : Je suis au milieu de vous, qui êtes serviteurs de mon Père, comme celui qui vous sert ; et ainsi je suis serviteur des serviteurs de Dieu mon Père[5].

Or, pour exprimer cette dignité dont le prêtre est revêtu, il y a un ordre qu’on appelle le sous-diaconat, qui donne au sous-diacre l’esprit de servitude envers le diacre ; car il l’oblige de lui présenter le pain et le vin, de passer toujours après lui, de lui porter le livre des Évangiles[6], de ne s’asseoir jamais quand il marche, d’avoir la tête nue pendant ses fonctions, de ne se couvrir point pendant que le diacre est découvert, enfin de lui rendre tous les devoirs d’un véritable serviteur.

Le sous-diacre, en cette qualité de serviteur des serviteurs de Dieu, doit avoir une grande humilité et une profonde religion envers Dieu. C’est pourquoi, lorsqu’il tient la patène en servant à l’autel, il la met toute couverte devant ses yeux[7], pour témoigner qu’il n’est pas digne de regarder les saints mystères.

L’Église, qui est une très sage mère, sachant comment il faut préparer les serviteurs de Dieu, afin de les rendre propres son culte et au service des autels, veut qu’on exerce les sous-diacres, au moins un an tout entier, dans ces fonctions qui paraissent basses et ravalées[8], avant que de les élever au diaconat, pour les préparer à ce saint ordre par l’humilité et par le respect, et pour les disposer par là à remplir les plus saints ministères de l’Église, Dieu n’admettant que des humbles dans sa maison et au service de sa personne.

Le sous-diacre n’a pouvoir de lire que les Prophéties et les Épîtres. Les Prophéties font voir comme il est encore éloigné des mystères, qu’il ne les regarde que de loin et qu’il ne les voit que sous des figures. Les Epîtres, qui figurent aussi l’ancienne loi, ou la prédication de saint Jean[9], font connaître qu’il n’est point encore appelé pour prêcher l’Évangile, ni pour découvrir aux peuples tout le fond des mystères, se contentant de les y préparer, en les exhortant aux pratiques chrétiennes, et en leur montrant qu’il y a des choses saintes et sacrées qu’ils ne sont pas dignes de contempler.

C’est ce que le sous-diacre figure encore par cette patène, qu’il tient couverte devant ses yeux pendant la célébration des mystères sacrés, car cela marque son état et représente l’Ancien Testament, qui, étant sous les ombres et sous la nuée[10], c’est-à-dire sous les figures qui enveloppent et qui cachent les mystères, ne les fait point encore paraître à découvert[11].

Cette action du sous-diacre exprime aussi l’état du Fils de Dieu sur la croix, lorsque, délaissé de son Père qui lui ôtait tout sentiment de consolation et de joie, il s’écrie hautement Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous délaissé[12] ? c’est-à-dire laissé aux ténèbres et aux sécheresses, abandonné aux peines et aux tourments. C’était en cet état qu’il était vraiment serviteur de Dieu et de toute l’Église, qu’il servait de sa vie et de son sang.

C’est encore au sous-diacre à porter la croix, pour montrer quelle doit être sa vie, toujours humiliée, toujours souffrante, toujours crucifiée, pour se préparer par là à l’honneur de la prêtrise[13].

Il doit d’autant plus aimer cette vie crucifiée, que ce n’est que par elle qu’il peut garder la chasteté et conserver inviolable cette vertu qui doit faire le plus beau fleuron de sa couronne[14]. C’est pourquoi l’Église lui en fait faire une profession toute particulière en lui conférant cet ordre : et son engagement y est si grand, que les moindres fautes qu’il commet contre cette vertu ne sont plus en lui des péchés ordinaires et communs, mais ce sont des crimes honteux et d’infâmes sacrilèges[15].

Il n’en est pas des prêtres de Jésus-Christ et des ministres de la nouvelle loi, comme il en était des prêtres selon l’ordre d’Aaron et des ministres de l’Ancien Testament : car, comme ceux-ci traitaient tous les jours avec la chair et le sang, qu’ils n’avaient entre les mains que des hosties grossières, qu’ils communiaient à elles selon leur état de chair, il leur était permis en quelque manière d’être charnels, et on leur laissait l’usage du mariage, si ce n’est au jour qu’ils s’approchaient des autels, à cause de Dieu qui est esprit, avec lequel ils avaient à traiter. Mais pour les prêtres de Jésus-Christ, ministres du Nouveau Testament, qui n’ont pas seulement à traiter avec Dieu, mais qui doivent recevoir en eux un Dieu ressuscité, qui doivent unir leurs âmes avec une hostie qui n’est plus dans l’infirmité de la chair, mais qui est dans un état spirituel, il faut qu’ils vivent dans un état semblable à cette hostie ; il faut qu’ils soient aussi purs que s’ils étaient déjà ressuscités ; il faut qu’ils aient une chasteté angélique et une pureté toute divine.

En effet, quoique la chasteté à laquelle les sous-diacres, aussi bien que les prêtres, sont si spécialement obligés, et dont ils font une si étroite profession, ne regarde que les voluptés brutales dont ils doivent se tenir universellement séparés, leur vertu pourtant doit se porter plus loin, et elle doit être beaucoup plus étendue. Car leur chasteté doit être une chaste sainteté[16], selon que l’exige l’éminente perfection que Dieu demande dans ses sacrés ministres. Or, la chaste sainteté ne renonce pas seulement à ces sortes de voluptés et aux plaisirs grossiers de la chair[17], mais elle se tient séparée de toute approche de l’être terrestre et de tout mélange des créatures ; le Saint-Esprit qui le revêt ne permettant pas que rien que Dieu y ait accès.

Il n’y avait autrefois que le grand-prêtre, portant des parfums, qui pût entrer dans le sanctuaire, et on n’y voyait rien que de saint et de consacré à Dieu. Ainsi une âme pure, chaste et sainte, aime trop la sainteté de Dieu pour souffrir en son cœur rien que Jésus, qui entre en elle pour y louer son Père, et pour lui rendre tous les devoirs de sa religion[18].

L’attache à la créature empêche la pureté du saint amour, et l’approche agréable des choses de la terre s’oppose à la sainteté qui, d’elle-même, dit séparation et éloignement de toute créature. C’est pourquoi le sous-diacre, étant obligé d’être chaste et d’être saint, doit être mort et crucifié en tout soi-même, demeurant au milieu des créatures sans incliner son cœur vers elles et sans être sensible à leurs attraits.

La pente du cœur vers les biens de ce monde, l’inclination de l’âme vers les créatures, la joie sensible de la jouissance ou de l’approche de ce qui n’est point Dieu, détruit cette haute sainteté et cette éminente chasteté qui devrait être dans les sous-diacres[19].

Le sous-diacre perd sa chasteté par la bouche, par les yeux, par les mains, par les oreilles, par tous les sens, lorsqu’ils sont ouverts aux objets agréables, qui s’insinuent dans l’âme, lorsqu’elle s’en laisse envelopper. Un sous-diacre qui se nourrit des divertissements du monde, qui prend plaisir à goûter les bons morceaux, qui repaît sa vue des objets agréables, qui se laisse environner des vanités du siècle et des agréables idées des créatures, sent son âme se lier à toutes ces choses. Et c’est ce qui est contraire et tout à fait opposé à la sainte chasteté ; c’est ce qui ternit son lustre et son éclat ; c’est ce qui dessèche la fleur de la sainteté de l’âme ; c’est ce qui cache et obscurcit cette pureté angélique qui doit reluire en elle[20].

Saint Paul défend aux femmes de paraître dans l’église sans voile, à cause de la distraction qu’elles peuvent causer aux anges. On explique communément ce passage des saints ministres des autels, dont la sainteté ne doit pas être commune, mais angélique : car ils doivent être des anges dans la chair[21].

Les anges par eux-mêmes sont des substances parfaites ; c’est pourquoi ils n’ont point de puissances, ni de facultés animales, ni par conséquent de capacité pour animer un corps, pour s’unir à la chair et pour être rendus participants des inclinations animales et charnelles, et de ces sensibilités qui portent aux créatures avec plaisir et avec joie. Un ange dans la chair d’un homme ne ferait qu’adorer Dieu, que le louer et que l’aimer, sans entrer dans les inclinations de la chair et sans la rendre capable de chercher des plaisirs sensibles, ni des satisfactions animales et grossières dans le commerce du monde et dans l’usage des créatures.

Ainsi un sous-diacre doit être tellement pénétré, possédé et rempli par la présence de Jésus-Christ, qui le revêt de sainteté, qu’il soit séparé de la chair et du monde et appliqué sans cesse à Dieu dans un saint oubli du corps même qui l’environne.

Il faut que sa parfaite élévation à Dieu et sa divine sainteté lui donnent du mépris pour sa chair et lui fassent appréhender de la satisfaire. Il faut que, sans soin et sans attache, il la soutienne, qu’il ne satisfasse ses besoins que comme en passant, et que, s’oubliant soi-même, il ne cherche qu’avec regret à se soulager dans ses nécessités ; et cela sans réflexion, de peur que l’âme, en s’y amusant, ne se lie aux choses avec satisfaction et ne perde ainsi sa chasteté, qui doit la tenir séparée de toute approche aimable et agréable des créatures.

C’est pourquoi le sous-diacre, s’il veut conserver cette belle vertu, qui doit lui être si chère, examinera souvent s’il ne cherche point à se satisfaire par la vue des choses de ce monde ; s’il ne se plaît point à regarder de beaux visages ; s’il n’est point porté à jeter sa vue sur des femmes ; s’il ne prend point son plaisir au boire et au manger ; s’il ne s’attache point avec trop de joie sensible et de consolation au chant et à la musique ; s’il ne s’épanche point sur les bonnes odeurs ; s’il ne se plaît point à toucher des choses qui le délectent, enfin, si son cœur ne se laisse point entraîner par affection vers quelque créature[22].

L’âme d’un sous-diacre doit être au milieu de son corps comme au milieu d’un vaisseau vide, sans toucher jamais à ses bords pleins de lie et d’ordure. Il faut qu’il se détache et se sépare sans cesse de tout lui-même : ce qui demande un soin inexplicable, une attention continuelle, une vigilance qui ne doit point avoir de relâche.

Le meilleur moyen pour y parvenir est l’oraison et le recueillement intérieur[23] qui tiennent l’âme au dedans occupée de Dieu et de sa religion, et, au dehors, crucifiée à tous ses sens, afin qu’ils ne donnent aucune ouverture aux objets qui voudraient pénétrer l’âme, l’éveiller en son sommeil et la tirer de son repos, de son oubli et de sa mort pour le monde.

C’est pourquoi l’Église, comme nous l’avons dit, donne aux sous-diacres la croix à porter[24] ; elle leur met aussi entre les mains le saint office, comme étant les deux moyens les plus efficaces pour se conserver dans une pureté angélique et dans une sainteté inviolable, en menant une vie perpétuellement crucifiée dans la chair par la mortification et continuellement appliquée à Dieu en esprit, par les louanges continuelles qu’elle les oblige de rendre à sa divine majesté[25].

La vie d’un prêtre rempli de l’esprit et de la grâce de son état est une vie du paradis, une vie de résurrection, une vie du ciel, une vie angélique, une vie divine[26]. Or, c’est à cette vie que participent les sous-diacres ; et l’Église veut la reconnaître en eux avant que de les élever au sacerdoce. C’est pourquoi elle les oblige d’abord à dire le saint office qu’elle partage même exprès dans les différentes heures de la journée, afin qu’ils soient appliqués continuellement aux louanges de Dieu, et qu’ils commencent à mener sur la terre cette vie d’adoration et de religion perpétuelle envers Dieu, qu’ils continueront éternellement dans le ciel. Aussi le grand désir du prêtre, dans lequel doit entrer le sous-diacre, c’est de pouvoir louer Dieu sans relâche et d’être sans cesse devant lui en oraison.

Il doit pour cela être bien aise de se voir engagé à réciter le saint office ; et loin de le considérer comme un fardeau pesant et une charge incommode dont on ne cherche qu’à se débarrasser, il doit le regarder comme un très grand bonheur, qui lui fait commencer dès ici-bas la vie du paradis. Pour cette raison, il doit encore être ravi, pendant les longs offices, d’avoir plus de sujets de s’entretenir avec Dieu et de lui rendre plus longtemps ses devoirs. Et, lorsqu’il récite le saint office, s’il veut s’en acquitter avec toute la sainteté que demande une fonction si divine, il doit se tenir très uni à Jésus-Christ, afin qu’étant revêtu de son esprit et animé de sa vertu, il s’élève sans cesse à Dieu, et entre dans la pureté de son culte et de sa religion.

La principale partie de la religion est d’être appliqué à toute heure aux louanges de Dieu, et c’est aussi la principale vocation des prêtres, qui doivent l’adorer, le louer et le glorifier pour tous les hommes[27]. C’est pour cela que la majesté de Dieu les oblige de lui offrir cet adorable sacrifice, cette hostie sainte, cette victime digne de lui, qui est Jésus-Christ même, par lequel ils lui rendent tous les devoirs, tous les honneurs et toutes les louanges qu’il mérite[28], et que le monde devrait lui rendre. Le prêtre doit donc se regarder comme un homme universel, parce qu’il doit adorer Dieu pour tous, le prier pour tous, lui demander les besoins de tous, et par cette divine hostie, satisfaire pour tout le monde[29].

Or, avant que de lui confier entièrement cette adorable victime, et avant que de lui mettre entre les mains Jésus-Christ, qui est toute la louange de son Père, et la prière universelle de l’Église, qui comprend en lui seul tout ce qu’elle peut jamais demander, on l’oblige à dire le saint office, pour voir par la fidélité qu’il aura apportée à le réciter et à offrir à Dieu cette hostie de ses lèvres[30] et ce sacrifice de louanges[31], ce que l’on peut attendre de lui, lorsqu’il aura entre les mains une hostie plus digne, qui fait toute la richesse de l’Église, et qui est le centre et tout le trésor de la religion.

Il faut donc exercer beaucoup les sous-diacres à l’oraison et à l’application à Dieu, aussi bien qu’à l’humiliation, à la mortification, à la pauvreté et aux autres exercices de la croix, et ne pas souffrir qu’ils montent plus haut, ni qu’ils soient admis aux ordres plus élevés, à moins qu’on n’ait remarqué en eux sine grande fidélité à s’appliquer aux louanges de Dieu, et un grand amour pour la croix imprimé dans leurs cœurs.

Je dis un grand amour, car un amour médiocre ne leur suffirait pas. Tous les chrétiens sont obligés d’aimer la croix, comme on le leur apprend dans les cérémonies du baptême ; car on fait avec l’huile sainte une croix sur la poitrine de celui que l’on baptise, pour signifier l’onction du Saint-Esprit, qui porte dans le cœur ce saint amour, et après on imprime sur ses épaules une autre croix, qui marque la force que le Saint-Esprit donne pour la porter[32]. C’est alors que le commencement de l’amour de la croix est donné au chrétien[33], qui est fortifié ensuite dans la confirmation, mais qui doit être perfectionné dans le sous-diaconat par le caractère qu’on y reçoit : ce qui fait que le sous-diacre mérite d’être élevé à une plus haute dignité et de monter au saint ordre de diacre.



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[1] Catech. Conc. Trid, part. de Sacr. Ord., n. 36.

[2] Conc. Trid., sess. 23, c. 2.

[3] Saint Thomas, Suppl., Q. 37, a. 3, ad 2.

[4] Luc, XXII, 27.

[5] Petr. Bless., De Institut. Epist. ; P. L., 207, c. 1106.

[6] Caerem. Episc.

[7] Rubr. Missal.

[8] Conc. Trid., sess. 23, de Reform., cap. 13.

[9] Hugues de Saint-Victor, De Offic. Eccl., lib. 2 ; P. L., 177, c. 421.



[10] I Cor., X, 1.

[11] Ibid., 2.

[12] Ps. XXI, 1 ; Matth., XXVII, 46.

[13] Petr. Bless., Ep. 123 ; P. L., 207, c. 359.

[14] Hugues de Saint-Victor, Specul. Eccl., cap. 5 ; P. L., 177, c. 350.

[15] Conc. Toletan., 8, anno 653, cap. 4.

[16] Saint Augustin, Serm. 137 ; P. L., 38, c. 760.

[17] Saint Augustin, De Beata Vita, disp. 2 ; P. L., 32, c. 968.

[18] Saint Augustin, In Ps. 72 ; P. L., 36, c. 928.

[19] Saint Augustin, Serm. 137 ; P. L., 38, c. 759.

[20] Saint Augustin, De Contin. ; P. L., 40, c. 369. Saint Grégoire de Nazianze, Orat. 38 in Christi nativ. ; P. G., 20, c. 884.

[21] Saint Thomas, In I ad Cor., 2, lect. 3. Saint Bonaventure, De Eccl. hierarch. Omnia opera, VII, p. 467.

[22] Saint Augustin, Serm. 93 ; P. L., 38, c. 574. Saint Jérôme, In Vita S. Hilarion ; P. L., 23, c. 29 sq.

[23] Sap., VIII, 21.

[24] Saint Chrysostome, Hom. in S. Crucem. ; P. G., 26, c. 819.

[25] Cassien, Instit., lib. 6 ; P. L., 46, c. 268.

[26] Saint Pierre Chrysol., Serm. 71 ; P. L., 52, c. 401.

[27] Saint Chrysostome, De Sacerd., lib. 6 ; P. G., 26, c. 680.

[28] Can. Missae.

[29] Saint Chrysostome, ibid., c. 689.

[30] Saint Grégoire de Nazianze, Orat. 1 ; P. G., 20, c. 368.

[31] Ps. CXV, 17 ; Hebr., XIII, 15.

[32] Saint Chrysostome, Hom. 13 in Ep. ad Philip. ; P. G., 33, c. 277.

[33] Saint Chrysostome, Hom. 54 in Matth. ; P. G., 31. c. 537.
Dans l'article précédent, Jean-Jacques Olier "trahit" le missel en parlant de "la mettre toute couverte devant ses yeux" (comme s'il s'agissait de se couvrir le regard!), la rubrique va dans le sens que le P. Guy expose: Subdiacono deinde stanti in cornu Epistolae ponit in dextera manu Patenam, quam cooperit extremitate Veli ab ejus humero pendentis qui vadit post celebrantem ante medium altaris, et, facta genuflexione, ibi stat, sustinens eam elevatam usque ad finem orationis dominicæ, ut dicetur.
Il est bien question de couvrir, mais pas soi-même: la Patène.
Stat Crux dum volvitur orbis!
Dic animae meae: “ Salus tua ego sum ” Ps XXXIV 3

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archi
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par archi » mar. 05 juin 2012, 7:00

Guy a écrit :Finalement je crois plutôt, d'après ce que nous pouvons lire au début de la vidéo que nous sommes bel et bien devant une messe catholique célébré par des anglicans passés récemment chez les catholiques et érigé en ordinariat par le pape Benoît XVI il y a quelques années, enfin je crois bien que c'est cela.
C'est bien cela, cf la mention "Personal Ordinariate of our Lady of Walsingham".

Pour les infos, j'ai trouvé ceci:
http://www.theanglocatholic.com/2011/10 ... nute-mass/

D'après le 2e commentaire c'est bien le missel de Paul VI qui a été utilisé - mais vous avez mieux noté que nous les particularités sans doute liées aux habitudes anglicanes.

In Xto,
archi.
Nous qui dans ce mystère, représentons les chérubins,
Et chantons l'hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité.
Déposons maintenant tous les soucis de ce monde.

Pour recevoir le Roi de toutes choses, Invisiblement escorté des choeurs angéliques.
Alléluia, alléluia, alléluia.

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AdoramusTe
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par AdoramusTe » mar. 05 juin 2012, 8:55

Guy a écrit :C'est ce dont je reproche le plus à la liturgie de Paul VI: un manque d'unité: d'un côté la Parole, de l'autre l'eucharistie, de l'autre la ''présidence''.
Cet éparpillement dont vous parlez était caractéristique de la liturgie au premier millénaire. Il suffit de voir la place de l'ambon dans les vieilles basiliques.

Si tout a été «regroupé» à l'autel, c'est parce qu'au fil du deuxième millénaire, la messe basse s'est répandue et est devenue normative dans le missel de Saint pie V : le prêtre y est sensé tout faire, c'est pourquoi tout se déroule à l'autel.
La conséquence est qu'une messe solennelle n'est qu'une messe basse à laquelle on a ajouté des parties. A tel point que le prêtre doit aller s'assoir à la banquette en attendant la fin du chant du gloria qu'il l'a lui-même lu dans le missel à l'autel.

En revanche, la présidence est traditionnellement caractéristique de la liturgie pontificale. Je ne sais pas ce qu'il en était pour les messes non pontificales.

Je suis plutôt d'accord avec archi sur les bienfaits de cet éclatement. Je regrette seulement que tout doive être dirigé vers le peuple : l'ambon est traditionnellement dirigé vers le nord, par exemple.
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Sapin
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Re: Forme ordinaire et ars celebrandi

Message non lu par Sapin » mar. 05 juin 2012, 13:57

AdoramusTe a écrit :Cet éparpillement dont vous parlez était caractéristique de la liturgie au premier millénaire. Il suffit de voir la place de l'ambon dans les vieilles basiliques.
Voilà ce que la plupart des liturgistes du Concile ont fait, il ont déduit à partir de ce qu'ils ont vu, mais où sont les sources qui décrivent cet éparpillement. Les fouilles paléochrétiennes ont plutôt démontrées que les lieux de cultes à Rome, où se trouve plupart des premières églises et basiliques chrétiennes, que ce fameux siège de la ''présidence'' était plutôt la cathèdre de l'évêque de Rome qui se déplaçait de basiliques en basiliques pour célébrer différentes messes appelées les ''Stations'' dont parlaient les anciens missels. À cet époque, ce que l'on sait, c'est que la liturgie se développait surtout autour de l'évêque.
Père Guy

"J'attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir".
credo

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