Solennité de la Nativité du Seigneur

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Solennité de la Nativité du Seigneur

Message non lupar VexillumRegis » lun. 24 déc. 2007, 10:30

O magnum mysterium et admirabile sacramentum...

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La Nativité - Hans Baldung Grien - 1520


O magnum mysterium, Tomas Luis de Victoria, (1548-1611)

O magnum mysterium et admirabile sacramentum,
ut animalia viderent dominum natum jacentem in praesepio.
O beata Virgo, cujus viscera meruerunt portare Dominum Jesum Christum,
alleluia
.

***

O grand mystère et admirable sacrement,
où les vivants voient le Seigneur nouveau-né couché dans une étable.
O bienheureuse Vierge dont les entrailles ont mérité de porter le Seigneur Jésus Christ,
alleluia
.
Dernière édition par VexillumRegis le lun. 18 déc. 2017, 15:46, édité 1 fois.

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Re: Solennités de la Nativité du Seigneur

Message non lupar VexillumRegis » lun. 24 déc. 2007, 20:18

Les trois naissances du Sauveur
ou le sens de Noël


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La Nativité - Maître Francke - Peintre allemand - 1424

Le divin sacrifice aujourd'hui par trois fois
Est offert sur l'autel, pour donner connaissance
Qu'en notre Rédempteur y a triple naissance,
Ainsi que nous le dit l'Eglise maintefois.
L'une, qui ne se peut comprendre toutefois,
est divine, éternelle et de grande excellence ;
La seconde est humaine et pleine de clémence ;
La tierce est gratuite et la moindre des trois :
J'entends moindre d'autant qu'elle est particulière,
Mais pour notre regard c'est la plus singulière :
Car à la vérité peu de bien nous revient,
De ce que Christ au ciel est né de Dieu le Père,
Et qu'en la terre il est né d'une vierge Mère,
Si naître et vivre en nous par sa grâce il ne vient (*)
.


Sonnet XLVIII d'Anne de MARQUETS (1533-1588) (**)
(*) Il serait de peu de prix pour moi que le Verbe se fit chair pour l'homme dans le Christ s'il ne s'était pas aussi fait chair en moi personnellement, afin que moi aussi je sois Fils de Dieu. - Eckhart, Commentaire de l'Evangile de Jean, n. 117.

(**) Née en Normandie d'une famille de noblesse provinciale, Anne de Marquets entra tôt au couvent des Dominicaines de Poissy, où elle fit toutes ses études. A l'occasion du fameux colloque qui se tint en ce lieu en 1561, afin de concilier catholiques et protestants, elle publia des Sonnets, prières et devises en forme de pasquins, que préfaça Ronsard. Devenue aveugle, Anne de Marquets dut dicter ses derniers poèmes, ces Sonnets spirituels, qui ne furent publiés qu'après sa mort.

Composé principalement de 480 sonnets, le recueil se présente comme une œuvre dévote consacrée à la méditation religieuse. Influencée par la spiritualité tridentine, Anne de Marquets propose au chrétien de suivre l'année liturgique à travers ses poèmes.

***
On fête aujourd’hui une triple naissance où chaque chrétien devrait trouver une jouissance et un bonheur si grands qu’il en soit mis hors de lui-même ; il y a de quoi le faire entrer en des transports d’amour, de gratitude et d’allégresse ; un homme qui ne sentirait rien de tout cela devrait trembler.

La première et la plus sublime naissance est celle du Fils, unique engendré par le Père céleste dans l’essence divine, dans la distinction des personnes. La seconde fêtée aujourd’hui est celle qui s’accomplit par une mère qui dans sa fécondité garda l’absolue pureté de sa virginale chasteté. La troisième est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une bonne âme. Telles sont les trois naissances qu’on célèbre aujourd’hui par trois messes.

On chante la première messe dans l’obscurité de la nuit. Elle commence ainsi : Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui. Cette messe figure la naissance cachée qui s’opéra dans le mystère et le secret inconnu de la divinité.

La seconde messe débute ainsi : La lumière brillera sur nous, aujourd’hui ; elle nous rappelle le rayonnement de la nature humaine divinisée, et c’est pourquoi cette messe est célébrée partie pendant la nuit, partie pendant le jour, symbole d’une naissance en partie connaissable, en partie inconnaissable.

On chante la troisième messe en plein jour ; voici son introït : Un enfant nous est né et un Fils nous a été donné. Elle nous fait penser à la tout aimable naissance quin tous les jours et à chaque instant, doit se réaliser et se réalise en chaque âme bonne et sainte, si elle veut bien y donner une amoureuse attention ; car pour sentir en nous cette naissance et en prendre conscience, il faut une concentration et un rappel de toutes nos facultés. Alors, dans cette naissance, Dieu devient tellement nôtre, il se donne à nous en telle propriété, que personne n’a jamais rien eu en si intime possession.


Jean TAULER, Sermon 1, cité dans Marie-Anne VANNIER, Noël chez Eckhart et les mystiques rhénans, Arfuyen, 2005, pp. 47-49

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Re: Solennités de la Nativité du Seigneur

Message non lupar VexillumRegis » mar. 25 déc. 2007, 11:39

Hymne pour la Nativité
(Hildebert de Lavardin, 1056-1133)

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Bartolo di Fredi, La Nativité, vers 1383.

Creatoris ad creaturam descensio, credentium est ad aeterna provectio.
La descente du Créateur vers la créature, c’est la montée des croyants vers les biens éternels.

Saint Léon le Grand, Cinquième sermon pour Noël, 4

_______________

Salve, festa dies, toto venerabilis aevo,
Qua Deus illuxit, lux et imago Dei.

Salut, jour de fête, vénérable en éternité,
Où Dieu a resplendi, lumière et image de Dieu.


Ecce, novae lucis oriuntur gaudia nobis,
Nox abit, orbis avet, mors peritura pavet.

Voici que le bonheur de la lumière nouvelle naît pour nous :
La nuit s’efface, le monde brûle de désir, la mort qui va périr tremble.


Iam repetit sursum solaris lampada cursum,
Pax redit et requies ; hoc docet aucta dies.

Déjà le flambeau solaire reprend sa course vers les hauteurs,
La paix et le repos reviennent, c’est ce que nous enseigne le jour qui croît.


Saecula iucundo redeunt Saturnia mundo,
Aurea regna vigent ; desine, ferra gens !

Le siècle de Saturne est rendu au monde heureux,
L’âge d’or refleurit : arrière, peuple de fer !


Omnia mirentur, stupeant, timeant, venerentur !
Qui regit omne, quod est, fit caro, sed Deus est.

Que tous admirent, s’étonnent, craignent, vénèrent !
Celui qui règne sur tout ce qui est, devient chair, mais est Dieu.


Quod patriarcharum typicaverat umbra piorum,
Quod lex et vates clauserant, ecce, patet.

Ce qu’avait figuré l’ombre des pieux patriarches,
Ce qu’avaient arrêté la loi et les prophètes, cela advient.


Spina rosam, Iudae Deum, nubecula solem
Et genuit iugem stella Maria diem.

L’étoile Marie a engendré un jour intarissable ;
L’épine, la rose ; la Judée, Dieu ; la nuée, le soleil.


Cui sine matre pater, cui patre manet sine mater,
Dixerat ut Gabriel, nascitur Emmanuel.

Celui dont le Père reste sans mère, et la mère, sans père,
Ainsi que l’avait dit Gabriel, Emmanuel, est né.


Salve, porta Dei, via, Virgo Maria, diei,
Per quam lux orbis fulsit ab arce patris.

Salut, porte de Dieu, Vierge Marie, route du jour,
Par qui la lumière du monde resplendit depuis le palais du Père.


***
Célébrons donc, mes bien-aimés, le jour de la nativité du Seigneur, jour choisi entre tous les jours qui s’écoulèrent jamais. Sans doute, le déroulement des faits matériels qu’avait prévus la sagesse divine appartient au passé ; d’autre part, l’humble condition du Rédempteur est maintenant tout entière élevée jusqu’à la gloire et à la majesté du Père, “en sorte qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue reconnaisse que le Seigneur Jésus est dans la gloire de Dieu le Père”. Pourtant, nous ne cessons pas d’adorer l’enfantement de la Vierge qui nous donne le salut ; et l’Etre qui unit en lui, indissolublement, et le Verbe et la chair, nous le contemplons aussi bien couché dans une crèche que siégeant sur le trône de majesté du Père. L’immuable divinité retenait en elle-même l’éclat et la puissance qu’elle ne faisait pas briller aux regards des hommes ; elle n’était pas moins incluse dans l’Enfant nouveau-né. Pour extraordinaire qu’elle fût, sa naissance vraiment humaine permettait de reconnaître en lui à la fois le Seigneur et le fils du roi David. - Saint Léon le Grand, Neuvième sermon pour Noël, 2.

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Re: Solennité de la Nativité du Seigneur

Message non lupar VexillumRegis » lun. 18 déc. 2017, 15:59

Hymne pour la Nativité du Seigneur
Saint Venance Fortunat (c.530-609)


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Nativité, Cathédrale de Chartres, vitrail du XIIe s.

***

Agnoscat omne sæculum
Venisse vitæ præmium,
Post hostis asperi iugum
Apparuit redemptio.

Esaias quæ præcinit,
Completa sunt in virgine,
Annuntiavit angelus,
Sanctus replevit spiritus.

Maria ventre concipit
Verbi fidelis semine,
Quem totus orbis non capit,
Portant puellæ viscera.

Radix Iesse floruit
Et virga fructum edidit,
Fecunda partum protulit
Et Virgo mater permanet.

Præsæpe poni pertulit,
Qui lucis auctor exstitit,
Cum Patre cælos condidit,
Sub matre pannos induit.

Legem dedit qui sæculo,
Cuius decem præcepta sunt,
Dignando factus est homo
Sub legis esse vinculo.

Adam vetus quod polluit,
Adam novus hoc abluit,
Tumens quod ille deicit,
Humillimus hic erigit.

Iam nata lux est et salus,
Fugata nox et victa mors ;
Venite, gentes, credite,
Deum Maria protulit


***

Que tout proclame sur la terre
Qu'est venu le don de la vie ;
Brisant le joug de l'Ennemi,
Le salut s'est montré en chair.

D'Isaïe l'admirable oracle
Advint dans le sein virginal ;
L'archange annonça le miracle,
L'esprit combla l'arche royale.

Marie, dans son ventre en travail
Tissa par foi un corps au Verbe ;
Elle porta en ses entrailles
Le Dieu qui soutient l'univers.

De Jessé la souche a fleuri
Et le surgeon donna son fruit ;
Elle enfanta son créateur,
Et mère aussi vierge demeure.

Dans une auge touchant la fange
Dormit qui créa la lumière ;
Auteur du monde avec le Père,
Sa mère l'a vêtu de langes.

Lui qui voulu que l'on reçoive,
La table des commandements,
Daigna se faire homme vraiment
Et de sa Loi subir l'entrave.

Ce que souilla l'Adam premier,
L'Adam nouveau l'a purifié ;
Ce que l'orgueil jetta à terre
Le releva l'humble fait chair.

L'aube naît d'un salut radieux,
La nuit fuit, défaite est la mort ;
Venez, peuples, croyez dès lors :
Sainte Marie nous offre Dieu.

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Re: Solennité de la Nativité du Seigneur

Message non lupar VexillumRegis » mer. 20 déc. 2017, 18:51





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