Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2008-2009)

« Mon âme aspire vers toi pendant la nuit, mon esprit te cherche dès le matin. » (Is 26.9)
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Libremax
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Re: Fête des Archanges

Message non lupar Libremax » mar. 29 sept. 2009, 10:03

Mais quelqu'un pourrait-il m'expliquer cette parole de Jésus: "Vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme." ?
A mon avis, c'est une allusion au songe de Jacob (l'échelle...).
Une image très parlante, d'un lien direct avec Dieu.

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Re: Fête des Archanges

Message non lupar Diahloquèt » mer. 30 sept. 2009, 0:31

Mais quelqu'un pourrait-il m'expliquer cette parole de Jésus: "Vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme." ?
A mon avis, c'est une allusion au songe de Jacob (l'échelle...).
Une image très parlante, d'un lien direct avec Dieu.
Oui, bien sûr ! > Exode 28.10-20

A noter > "les anges montaient et descendaient...",
ce qui laisse dire que leur "camp de base" habituel est ... sur la terre !
et v.19 & 17 > "Jacob appela ce lieu Béthel -c'est-à-dire Maison de D.ieu-"
car "c'est bien ici la maison de D.ieu, c'est ici la porte du ciel".
... ici et maintenant...!

etienne lorant
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Divers appels

Message non lupar etienne lorant » mer. 30 sept. 2009, 11:17

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 9,57-62.

En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête. » Il dit à un autre : « Suis-moi. » L'homme répondit : « Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu. » Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d'abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu. »

La question est de savoir si nous désirons suivre Jésus en espérant combler un besoin dans nos vies ou bien si nous le suivrons à cause de Lui seul, pour Le servir et Lui seul. L'homme qui promet de le suivre partout où Il ira se cherche un lieu où demeurer à l'écart du monde, chose à laquelle j'avais songé systématique chaque été, mais en réalisant que je recherchais un refuge. Il n'y a pas de refuge. Vivre au monastère ne prémunit de rien. L'homme qui est appelé et répond : "Permets-moi d'abord d'enterrer mon père", présente un empêchement des plus honorables au sens commun, mais que Jésus renverse presque brutalement: "L'annonce du Royaume, c'est l'annonce de la Vie éternelle, tourne donc le dos à la mort !" Un autre voudrait faire ses adieux aux siens. Craint-il donc de les perdre ?

J'aime beaucoup la conclusion : "Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu"
C'est comme un départ pour la grande aventure, on s'est décidé, enthousiasmé, on est prêt, alors allons-y ! N'avons-nous pas tous vécu un moment pareil ? Pour ma part, je me souviendrai toujours de ce jour de juillet 1980, au cours duquel, après avoir vainement trouvé un travail qui me convenait, j'avais proposé à ma correspondante de Caroline du Sud de lui rendre visite. Chez moi, çà avait fait l'effet d'une bombe : "Tu es fou ! C'est au contraire le moment de commencer une carrière !" Trop tard, j'avais déjà envoyé un télégramme et réservé en classe touriste sur un 747 ! Lisa, la fille en question, je ne l'avais jamais rencontrée et je partais seul, avec une petite valise. Il faut se mettre à ma place lorsque je me suis retrouvé dans le couloir d'embarquement ! Dans les années 80, c'était encore la guerre froide: rares les touristes qui se rendaient aux USA hors d'un groupe encadré ! Mais au bilan, ce voyage m'a complètement "décoincé" - et deux mois plus tard, lorsque j'ai commencé à travailler, les petites chefs ne m'impressionaient pas du tout. J'étais au "top" !

Autre renvoi: la vocation des deux disciples qui demandèrent: "«Maître, où demeures-tu?" et Jésus leur répond: "Venez et voyez» (cf. Jn 1,38-39) Et ils le suivirent.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: Divers appels

Message non lupar papillon » jeu. 01 oct. 2009, 6:50

L'appel.
Comme j'aime ce mot. Il y a quelque chose d'exaltant, de doux et d'émouvant dans ce mot, comme une promesse.
L'appel de Dieu, l'appel de la vie , l'appel de la liberté, celui de l'amour et du silence, l'appel des autres, celui de l'aventure et du bonheur.
Quelle que soit la nature de l'appel, on y trouve toujours Dieu, parce qu'un appel vient nous chercher dans nos aspirations, dans notre avenir, dans nos possibilités, dans notre force et nos faiblesses, dans tout ce que nous sommes et serons , dans tout ce qui est et sera notre vie, c'est l'expression de notre cheminement et de la flamme qui nous conduit, c'est l'expression de l'amour et de la miséricorde de Dieu.
Oui, il faut rester humble et confiant, voyager 'léger' et ne jamais regarder en arrière!

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Ces maisons où sont enfouies les vocations

Message non lupar etienne lorant » jeu. 01 oct. 2009, 15:54

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc (Lc 10, 1-12)

01 Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.

Jésus a d'abord envoyé les douze, et à présent, soixante-douze. Mais toujours deux par deux, avec des recommandations strictes. Dans ce premier verset est inscrit également le rôle et la place du disciple: il vient comme un messager pour annoncer la paix et la venue de Celui qui peut la donner. Et le Seigneur vient ensuite.

Je me suis posé la question: à moi, qui est venu m'annoncer que le Christ viendrait me visiter ? Cela remonte loin. Il y eut ce moine, au cours d'une retraite (je devais avoir quatorze ans ?) qui m'a dit: "Toi, tu ne mourras jamais"... sur un ton qui me fit le croire réellement, comme une chose impossible qui se réaliserait je ne sais comment. En réalité, il m'avait annoncé la Résurrection, bien sûr, mais il avait procédé comme Jésus le fit souvent: Il donnait à ses disciples des paroles qu'ils ne pouvaient pas comprendre sur le moment, mais qu'ils comprendraient plus tard. En remontant plus loin encore, je trouve mes parents bien sûr. Ils ont joué leur rôle. Ils étaient intransigeants sur la question de la messe du dimanche, ils surveillaient nos distractions, mais surtout, ils donnaient l'exemple. Je ne les ai jamais entendu se disputer. (C'est extraordinaire, çà - mais ils se disputaient sans doute quand nous étions à l'école ?) Ma mère a été opérée plusieurs fois quand mes soeurs et moi étions encore enfants: sur le moment, nous n'avons jamais su qu'il s'agissait d'un cancer.

Si je remonte plus loin encore, je trouve un grand nombre de "petites gens" qui priaient beaucoup. Ma grand-mère paternelle avait l'habitude de recevoir chez elle le curé de la paroisse. Il y avait table ouverte tous les jours de l'année. Son époux, qui travaillait dans une mine de pierre, allait prier à l'église chaque matin avant le travail. C'est étonnant de songer qu'aujourd'hui, je vais communier dans une chapelle qui fut bâtie à la place de deux petites maisons ouvrières habitées par mes tantes. Elles étaient couseuses et "petites mains" à tout faire chez les riches du village. Le premier de l'an, nous allions donc visiter "tante Clémence", toute vieille, habillée d'une robe noire, et qui piquait quand on l'embrassait. Je me souviens que j'étais surpris qu'il fit si sombre. On lui avait bien amené l'électricité, mais elle était demeurée avec une lampe à pétrole et surtout le très grand poêle au charbon, sur lequel on faisait cuire le repas, mais qui dégageait une chaleur... dont on rêverait aujourd'hui. Toutes ces personnes, qui constituèrent ma famille, ont prié pour nous des années entières.

En 2004, alors que je cherchais à démontrer que vraiment j'avais trouvé ma voie dans la théologie de la Miséricorde divine, il aura suffi d'ouvrir un livre qui datait des années 50 pour qu'en tombent aussitôt deux feuillets de prières: c'étaient deux petites images pieuses, au dos desquelles figuraient des prières pour obtenir la canonisation de soeur Faustine - c'étaient mes tantes qui les y avaient laissées...
Et finalement, on pourrait remonter très loin ainsi.

C'est étonnant comme la prière des vocations est liée à l'histoire de la famille. Je crois même que les deux sont liés. Prier pour les familles, c'est donc aussi prier pour les vocations et les Papes ont tout à fait raison de prendre la défense de la famille traditionnelle.
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Re: Ces maisons où sont enfouies les vocations

Message non lupar coeurderoy » jeu. 01 oct. 2009, 17:27

J'aime bien cette méditation Etienne, j'y vois les soins et la prévenance du Seigneur à notre égard. Il m'est arrivé de songer moi-aussi à l'influence des prières de telle grand-mère ou grand-tante religieuse. Pourtant il y a des familles où ce terreau chrétien déjà ancien semble avoir finalement donné peu de fruits malgré prières et sacrifices... Mon père avait huit frères et soeurs (octogénaires aujourd'hui) ayant reçu la même éducation que lui ; je sais que beaucoup sont plus ou moins "fâchés avec l'Eglise", indifférents (en apparence) en tout cas obsédés depuis les années soixante par la prééminence de l'avoir sur l'être. Mes nombreux cousins et cousines se fichent pour la plupart du Christ et de l'Eglise comme de l'an 40 et je fais la même constatation du côté de mon épouse où les grands-parents respectifs étaient particulièrement pieux et généreux... Abus des grâces peut-être ?
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Alleluia !

Message non lupar etienne lorant » sam. 03 oct. 2009, 10:50

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,17-24.

Jésus, exultant de joie sous l'action de l'Esprit Saint, dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !
Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. »

Cette exultation de joie, voici ce que m'attendait ce matin. A la fin, après un long temps de sécheresse, à mon réveil, la dépression m'avait quitté: purement et simplement quitté. Et je comprends très bien ce qui s'est passé: le Seigneur m'a mis à l'épreuve jusqu'au moment où j'ai dit, c'était hier: "le temps n'est plus d'essayer de palier aux failles de la nature humaine, mais d'utiliser l'outil dans l'état où il est (ce que je suis, avec les imperfections et cette angoissante vulnérabilité), car fondamentalement, même si Dieu est miséricordieux, il faut obéir, il faut accomplir la volonté de Dieu. Il ne s'agit pas d'avoir son propre projet avec Dieu, mais de dire, quelle que soit la circonstance: "Père, qu'il m'en soit fait, non comme je veux, mais comme Toi tu veux !" Et je crois que c'est possible, qu'à la fin, comme à longueur d'exercices, l'ego deviendra ce qu'il devrait être : un support, un véhicule - qu'il faut entretenir, mais sans plus".

Ce discours aurait pu rester un discours, mais la grâce a permis que je l'intègre véritablement. Je me suis donc réveillé ce matin, non pas avec des impressions pénibles, mais des projets ! Des projets de diverses natures. Notamment, je me suis dit: puisqu'il faut se spécialiser pour survivre, pourquoi ne pas changer le choix des livres et ouvrir une bouquinerie de livres religieux ? Les seuls livres que je vends actuellement sont de Guillaume Musso, Amélie Nothomb, Marc Levy, Eric E. Schmitt, et les polars à la sauce très... sanglante. Je vais donc me remettre en chasse. Je suis a peu près certain que je trouverai sur les puces des livres de la collection "Le livre de poche chrétien" (par exemple)à des prix défiant toute concurrence. Ensuite, puisque je manque de place en boutique, je vais lancer un catalogue et stocker les livres chez moi. Et enfin, je vais m'efforcer d'acheter les parts de mes soeurs sur l'ancienne maison familiale. J'ai exposé toutes ces idées au Seigneur à la messe matinale : la Providence les "remaniera" en fonction de la volonté de Dieu.

Mon second projet est plus personnel, j'en reparlerai.

J'étais donc déjà heureux au moment où le prête a lu l'exultation de Jésus et je me suis réjoui comme cela n'était plus arrivé depuis bien longtemps. Alleluia !
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Re: Alleluia !

Message non lupar abbaruah » sam. 03 oct. 2009, 15:44

bonjoour Etienne Lorant, puisque vous confiez votre désir de " remanier " la boutique, et bien que cela ne me regarde pas, je me permet cette suggestion : pourquoi ne pas garder d'un côté le même style de livres et de l'autre ouvrir effectivement toute la littérature religieuse et spirituelle; la clientèle sera hétéroclite....
suis contente que vous soyez sorti de votre cycle de tristesse.
Pourquoi chercher Dieu sur une multitude de chemins, alors qu'il suffit de rester là, et de Lui faire toute la place.

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Les grands biens et le seul grand bien

Message non lupar etienne lorant » sam. 10 oct. 2009, 18:37

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 10,17-30.

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d'adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »
L'homme répondit : « Maître, j'ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse. »
Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l'aimer. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : « Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu.
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et répond : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. »
Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des soeurs, une mère, un père, des enfants ou une terre,
sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, soeurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

Cette rencontre avec l'homme riche a troublé les disciples eux-mêmes. Cet homme, pourtant, était sincère - et comme beaucoup qui sont venus à Jésus et ont été exaucés, il accourt vers lui et l'implore en se mettant à genoux. Sa réponse, au sujet des commandements qu'il faut observer pour avoir la vie éternelle, montre comme qu'il prend les choses au sérieux et que son désir de connaissance est tout à fait sincère. Cependant, avec cet homme, en dépit du regard plein d'amour de Jésus, l'invitation de tout laisser et de faire comme les disciples, rencontre un obstacle qui s'avère insurmontable. Cette difficulté infranchissable consiste dans les "grands biens". Il ne s'agit pas seulement des possessions en argent et en terrains mais aussi de tout un mode de vie. Mon idée sur ce riche, c'est qu'il est riche de tout: bonne naissance, bonne santé, considération de l'entourage, hautes études, bel esprit, etc. Ce n'est pas seulement l'argent, mais c'est tout une manière d'être. "Beati bene nati !" (*)

Il me semble tout aussi certain qu'ayant rencontré un tel homme, le Seigneur lui a proposé réellement (comme il le fera à saint François d'Assise) de troquer son bel habit contre une seule tunique, de passer d'un coup de l'autre côté de la barrière sociale, d'adopter la marche à sa suite sans pouvoir connaître par avance où il sera le lendemain... Allons,plus haut le saut, plus grande la récompense ! Mais malgré le trésor promis dans le Ciel, l'homme se fige d'un seul coup puis rebrousse chemin. Ce n'est pas ce qu'il espérait - mais qu'espérait-il ? Une approbation de sa bonne conduite ? Une révélation ? Une assurance pour la vie éternelle ? Il n'aura rien de tout cela. Même son nom ne nous est pas parvenu.

Ce qui nous indique que pour suivre Jésus, une rupture radicale s'impose - rupture d'avec tout ce que nous avons été, de tout ce que nous avons rêvé ou désiré. C'est comme une cassure, une brisure dans l'être même, une faille ouverte, mais ouverte sur Dieu. Je me fais cette réflexion pour moi-même: ce qui a été décisif dans ma conversion, c'est la découverte que tout ce que j'avais appris jusque là ne m'avait servi à rien. Je m'étais au contraire rendu plus malheureux, car la connaissance des choses de ce monde aboutit toujours à considérer tout ce qu'il nous faudra abandonner, tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre. Mais le trésor que l'on reçoit en abandonnant nos biens, c'est la connaissance de Dieu. Imparfaite, soit, mais de plus en plus désirable. C'est aussi de se savoir aimé et guidé quoi qu'il advienne. C'est participer à une Oeuvre qui nous dépasse. C'est chaque jour, et à chaque instant, si nous le voulons, recevoir notre vie de Dieu. C'est une Joie comme une fontaine jaillissant là où il n'y avait qu'une terre aride sous un soleil de plomb : sans vraiment y croire, j'avais demandé à Dieu un verre d'eau et Lui ,il y avait fait jaillir une source d'eau fraîche !

Demain, l'Eglise va canoniser le père Damien. En voici un, comme saint François, comme Mère Térésa, comme saint Vincent de Paul et combien d'autres, qui a vraiment pu tout quitter : ce qui est extraordinaire, c'est qu'en embarquant pour l'île de Molokaï, il savait qu'il n'y aurait pas de retour. Mais il est parti, je le crois, en ayant déjà reçu une part de son trésor dans les cieux...

(*) Beati Bene Nati, disait mon vieil ami le Père Verhaeghe, c'est la béatitude d'ici-bàs. Bienheureux les gens bien nés !
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Re: Les grands biens et le seul grand bien

Message non lupar coeurderoy » dim. 11 oct. 2009, 0:34

Et je suis personnellement confondu (et très admiratif) devant ceux qui, nés dans l'aisance et les facilités matérielles, ont su malgré tout vivre un vrai détachement, savoir ne pas s'attacher aux biens du monde en restant parfois riches matériellement et pauvres spirituellement.

Il s'agit évidemment de Chrétiens qui, considérant leurs biens familiaux comme des fardeaux surent les gérer au mieux pour le bien du prochain et de la Cité.

Il y a ainsi, dans la région où je vis, nombre de bienfaiteurs et bienfaitrices méconnus qui, au lendemain de l'Armistice de 1918 donnèrent généreusement pour la reconstruction des villages de la "zone rouge" (je songe à la Somme, au Noyonnais, à la région du Chemin des Dames).
Les églises, infrastructures, les usines, ateliers, ponts, routes, etc, n'existaient plus : l'apocalypse avait bouleversé des paysages entiers, tout était à reconstruire...
Et ici où là une plaque, un nom de rue à la mémoire d'une comtesse ou d'un riche industriel ayant permis une reconstruction rapide de l'école, la création d'une "maison d'asile", d'un orphelinat, d'une usine, d'une crèche.
Retrouvant,voici deux mois, le hameau où j'ai passé mes dix premières années j'ai ainsi découvert au cimetière la tombe d'une aristocrate s'étant distinguée sur le front comme infirmière. Lors de la reprise de Noyon (printemps 18) par les Allemands, l'hôpital de campagne se replia plus au sud : son château d'Annel, près de Compiègne, devint à son tour le refuge pour les grands blessés venant du front (15 kms plus au Nord).

Il y a trente ans, travaillant dans un château du XVIIIème s. je découvris que la dernière propriétaire, marquise de Maillé, née Rohan-Chabot, après une jeunesse très éprouvée (époux et frère tués au combat à l'été 1918) avait utilisé la fortune familiale pour la sauvegarde des églises de l'Aube et de la Seine-et-Marne, restauré le château familial qu'elle légua (hélas !!!) à l'Etat, entrepris des études d'archéologie qui lui permirent de devenir l'historienne de référence pour les cryptes de Jouarre, en continuant de vivre pour ce qui la concernait dans la simplicité et la sobriété.

Décédée en 1973 elle avait vu dans sa jeunesse les derniers soubressauts du monde faisandé décrit par Proust et avait adopté un mode de vie exactement contraire : celui d'une veuve chrétienne active et généreuse...Dans les années 80 son confesseur et d'anciennes personnes autrefois à son service vivaient encore et les témoignages étaient unanimes.
Je fus assez étonné de découvrir qu'on pouvait vivre dans un décor Louis XV aux soieries retissées à Lyon (ce qui évita à l'Etat toute restauration !) en économisant, par exemple, le papier destiné aux brouillons d'écriture (récupération d'anciennes enveloppes) ou en s'habillant avec la modestie des gens du coin (ce qui choquait d'ailleurs les villageois : une "marquise" ça se remarque normalement)

Croyez-vous que les ténors (ou soprane) des grands partis politiques qui nous chatouillent les oreilles de trémolos humanitaires donneraient de leurs biens personnels en cas de catastrophe majeure ??? J'en doute !

De telles vies, passées au creuset de l'épreuve, revenues des mensonges du monde et soutenues par l'Eucharistie quotidienne, peuvent permettre de comprendre la Parole du Christ "rien n'est impossible à Dieu" et de discerner que, oui, certains riches matériellement "gâtés" par la fortune auront aussi leur place dans le Royaume des Cieux !
Dernière édition par coeurderoy le dim. 11 oct. 2009, 15:08, édité 2 fois.
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Re: Les grands biens et le seul grand bien

Message non lupar MB » dim. 11 oct. 2009, 2:54

Avé

J'aime beaucoup ces méditations, non moins que le commentaire de Coeurderoy. Outre leur beauté intrinsèque, dans le domaine de l'étude des "grands biens" elles vont à l'essentiel : dans le fond, ce n'est pas d'argent qu'il s'agit, mais d'autre chose, de l'ensemble de ce qui nous rend orgueilleux et boursouflé.

S'agissant des affaires d'argent, on peut être riche et avoir l'âme généreuse ; à l'inverse, on peut être pauvre et mesquin. Ce n'est pas une question de montant, comme le disait un philosophe cynique, Bion, dont le bon mot a été rapporté par Sénèque : "Ceux qui ont une belle chevelure, ne souffrent pas plus volontiers que les chauves qu'on leur arrache les cheveux". C'est avant tout une question de coeur.

Et voilà bien le problème du monde d'aujourd'hui : c'est que même le don de soi, la générosité, sont conçues d'un point de vue purement matérialiste. On pense certes à donner de l'argent (ou plutôt, souvent, à amener les autres à le faire), mais on pense toujours à l'argent. C'est pourtant tellement plus que cela !

Amicalement
MB

papillon
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Re: Les grands biens et le seul grand bien

Message non lupar papillon » dim. 11 oct. 2009, 14:42

Et voilà bien le problème du monde d'aujourd'hui : c'est que même le don de soi, la générosité, sont conçues d'un point de vue purement matérialiste. On pense certes à donner de l'argent (ou plutôt, souvent, à amener les autres à le faire), mais on pense toujours à l'argent. C'est pourtant tellement plus que cela !
Bonjour MB
peut-être êtiez-vous d'humeur automnale en écrivant cela? :(

Allez, je sais bien que ce que vous dites est vrai "aussi" mais il y a quand même plein de gens qui pratiquent dans leur vie le don de soi de façon régulière, sans que ce soit par l'argent, et sans non plus y penser en se glorifiant, mais simplement "par coeur". Cela peut se manifester dans de toutes petites choses comme dans de plus grandes. L'important c'est l'esprit qui les anime. Moi je vois ça tout le temps.
Je pense par exemple à une amie à moi, qui travaille encore à temps plein pour gagner sa vie et qui donne malgré tout régulièrement une journée complète de son temps pour assister des mourants à la "Maison des soins". Savez-vous que ce n'est pas reposant de nettoyer, laver, soulever, nourrir, réconforter, écouter des malades en phase terminale qui n'acceptent pas toujours leur sort sereinement? Elle le fait bien sûr bénévolement et me dit que c'est un cadeau qu'elle s'offre à elle-même.
Je pense à mon assistante au travail, et son magnifique sourire, qui décide parfois, à 17h, de rester 15 ou 20 minutes de plus, alors qu'elle devrait rentrer chez elle, simplement parce qu'il y a un achalandage imprévu et qu'elle ne veut pas me laisser seule dans le "rush".
Je pense à tous ces gens, dont des voisins, qui participent bénévolement à toutes sortes d'activités pour améliorer la qualité de vie dans leur milieu, pour aider les jeunes , pour dynamiser la solidarité et l'esprit communautaire dans leur ville. Ils ne font pas ça comme des bigots pour en retirer quelque reconnaissance, mais avec enthousiasme et joie, par simple amour des gens et de la vie.

Il suffit d'ouvrir les yeux. Des gens comme ça, il y en a beaucoup.

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Re: Les grands biens et le seul grand bien

Message non lupar coeurderoy » dim. 11 oct. 2009, 18:53

Papillon, nous sommes d'accord : des gens généreux, disponibles, donnant gratuitement de leur temps ou leur personne, il y en a plus qu'on ne le pense mais MB pointe justement l'attachement égoïste que l'on a pour tel ou tel "bien". Actuellement il me semble (cf émissions TV heures de grande écoute) que les biens matériels, le luxe, la superfluité sont proposés comme le nec plus ultra du bonheur, de la réussite, du succès. Mammon est vénéré car il faut bien une idole à ceux qui n'ont plus de Dieu ! C'est pourquoi le bon usage de l'argent qu'ont su faire tant de Chrétiens, pas par philanthropie mais par amour du Christ souffrant dans ses membres, est un témoignage éclatant qui remet l'argent à sa juste place : utile serviteur et non maître tyrannique.

Cordialement !
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

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Re: Les grands biens et le seul grand bien

Message non lupar papillon » dim. 11 oct. 2009, 19:57

Oui, merci, je ne l'avais pas vu sous cet angle...

MB
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Re: Les grands biens et le seul grand bien

Message non lupar MB » dim. 11 oct. 2009, 21:21

Et voilà bien le problème du monde d'aujourd'hui : c'est que même le don de soi, la générosité, sont conçues d'un point de vue purement matérialiste. On pense certes à donner de l'argent (ou plutôt, souvent, à amener les autres à le faire), mais on pense toujours à l'argent. C'est pourtant tellement plus que cela !
Bonjour MB
peut-être êtiez-vous d'humeur automnale en écrivant cela? :(

Allez, je sais bien que ce que vous dites est vrai "aussi" mais il y a quand même plein de gens qui pratiquent dans leur vie le don de soi de façon régulière, sans que ce soit par l'argent, et sans non plus y penser en se glorifiant, mais simplement "par coeur". Cela peut se manifester dans de toutes petites choses comme dans de plus grandes. L'important c'est l'esprit qui les anime. Moi je vois ça tout le temps.
Je pense par exemple à une amie à moi, qui travaille encore à temps plein pour gagner sa vie et qui donne malgré tout régulièrement une journée complète de son temps pour assister des mourants à la "Maison des soins". Savez-vous que ce n'est pas reposant de nettoyer, laver, soulever, nourrir, réconforter, écouter des malades en phase terminale qui n'acceptent pas toujours leur sort sereinement? Elle le fait bien sûr bénévolement et me dit que c'est un cadeau qu'elle s'offre à elle-même.
Je pense à mon assistante au travail, et son magnifique sourire, qui décide parfois, à 17h, de rester 15 ou 20 minutes de plus, alors qu'elle devrait rentrer chez elle, simplement parce qu'il y a un achalandage imprévu et qu'elle ne veut pas me laisser seule dans le "rush".
Je pense à tous ces gens, dont des voisins, qui participent bénévolement à toutes sortes d'activités pour améliorer la qualité de vie dans leur milieu, pour aider les jeunes , pour dynamiser la solidarité et l'esprit communautaire dans leur ville. Ils ne font pas ça comme des bigots pour en retirer quelque reconnaissance, mais avec enthousiasme et joie, par simple amour des gens et de la vie.

Il suffit d'ouvrir les yeux. Des gens comme ça, il y en a beaucoup.
Bonsoir

J'étais un peu automnal en effet... mais les exemples que vous citez sont réconfortants. D'ailleurs, je vois aussi des gens comme cela autour de moi - alors que moi, au contraire, suis somme toute assez égoïste.
Ce que je voulais surtout dire, c'est que nous - le monde d'aujourd'hui, je veux dire - nous avons tellement perdu le sens du spirituel que faire le bien est devenu quelque chose de quantifiable autant que tout le reste de la vie. Le Christ nous enseigne à aller au-delà des biens matériels ; le bien contemporain nous enseigne à ne voir que des choses matérielles, éventuellement bien employées, mais avec cet unique horizon. Je ne sais pas si je suis clair... Par exemple, la philanthropie d'aujourd'hui consistera à donner de l'argent aux nécessiteux ; mais on n'ira pas plus loin, l'argent suffira... on se passera du reste.

Amicalement
MB


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