En considération de la messe du 1er janvier

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Cinci
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En considération de la messe du 1er janvier

Message non lu par Cinci » mer. 01 janv. 2020, 15:30

Bonjour

Tout d'abord je voudrais juste attirer l'attention sur un texte "surprenant" d'un auteur athée (eh oui !) et qui, finalement, pourrait s'avérer être pratiquement un aveu à l'effet que Jésus n'aura pas pu être autre chose que ce qu'il nous aura dit qu'il était, qu'il ne pourrait pas être un autre Dieu de toute manière (impossible !), et que l'intelligence (l'amour !) de la vérité obligerait bien tout homme à s'agenouiller devant lui, à l'aimer, à l'adorer.

Cet auteur, comme vous ne l'auriez jamais deviné ici je suppose : c'est notre ami Comte-Sponville !

:)

On verra pour le reste ensuite.



En attendant, voici ce qu'écrivait Comte-Sponville :
"... l'amour ne se commande pas, puisque c'est l'amour qui commande.

Cela vaut aussi bien sûr dans notre vie morale ou éthique. Nous n'avons besoin de morale que faute d'amour, répétons-le, et c'est pourquoi, de morale, nous avons tellement besoin ! C'est l'amour qui commande, mais l'amour fait défaut. C'est ce que le devoir exprime ou révèle, qui ne nous contraint à faire que ce que l'amour, s'il était là, suffirait, sans contrainte, à susciter. Comment l'amour pourrait-il commander autre chose que lui-même, qui ne se commande pas, ou autre chose du moins que ce qui lui ressemble ? Ce n'est pas l'amour que la morale prescrit; c'est d'accomplir, par devoir, cette même action que l'amour, s'il était là, aurait déjà librement accomplie. Maxime du devoir : agis comme si tu aimais.

Aimer le prochain signifie pratiquer volontiers tous ses devoirs envers lui. Mais l'ordre qui nous en fait une règle ne peut pas non plus nous commander d'avoir cette intention conformes au devoir, mais simplement d'y tendre. Car le commandement que l'on doit faire quelque chose volontiers est en soi contradictoire. L'amour n'est pas un commandement : c'est un idéal ("l'idéal de la sainteté". dit Kant). Mais cet idéal nous guide, et nous éclaire.

On ne naît pas vertueux; on le devient. Comment ? Par l'éducation : par la politesse, par la morale, par l'amour.

La politesse, on l'a vu, est un semblant de morale : agir poliment, c'est agir comme si l'on était vertueux. Par quoi la morale commence, au plus bas, en imitant cette vertu qui lui manque et dont pourtant, par l'éducation, elle s'approche et nous approche. La politesse, dans une vie bien conduite, a pour cela de moins en moins d'importance, quand la morale en a de plus en plus. Mais ce n'est que le début d'un processus, qui ne saurait s'arrêter là. La morale, pareillement, est un semblant d'amour : agir moralement, c'est agir comme si l'on aimait. Par quoi la morale advient et continue, en imitant cet amour qui lui manque, qui nous manque, et dont pourtant , par l'habitude, par l'intériorisation, par la sublimation, elle s'approche et nous approche, elle aussi, au point parfois de s'abolir dans cet amour qui l'attire, qui la justifie et la dissout. Bien agir, c'est faire d'abord ce qui se fait (politesse), puis ce qui doit se faire (morale), enfin parfois c'est faire ce que l'on veut, pour peu qu'on aime (éthique).

Comme la morale libère de la politesse en l'accomplissant (seul l'homme vertueux n'a plus à agir comme s'il l'était), l'amour, qui accomplit à sont tour la morale, nous en libère : seul celui qui aime n'a plus à agir comme s'il aimait. C'est l'esprit des Évangiles, par quoi le Christ nous libère de la Loi, explique Spinoza, non en l'abolissant, comme l'a voulu stupidement Nietzsche, mais en l'accomplissant ("Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ..."), c'est à dire, commente Spinoza, en la confirmant et en l'inscrivant à jamais au fond des coeurs. La morale est ce semblant d'amour, par quoi l'amour devient possible, qui en libère. Elle naît de la politesse et tend à l'amour : elle nous fait passer de l'une à l'autre. C'est pourquoi, même austère, même rebutante, nous l'aimons.

Encore faut-il aimer l'amour ? Sans doute, mais nous l'aimons en effet (puisque nous aimons au moins être aimés), ou la morale ne peut rien pour qui ne l'aimerait pas.

Sans cet amour de l'amour nous sommes perdus, et c'est peut-être la définition vraie de l'enfer, je veux dire de la damnation, de la perdition, ici et maintenant. Il faut aimer l'amour ou n'aimer rien, aimer l'amour ou se perdre. Quelle contrainte autrement ? Quelle morale ? Quelle éthique ? Sans l'amour, que resterait-il de nos vertus ?

L'amour est donc premier, non absolument sans doute (car alors il serait Dieu), mais par rapport à la morale, au devoir, à la loi. C'est l'alpha et l'omega de toute vertu. D'abord la mère et son enfant. D'abord la chaleur des corps et des coeurs. D'abord la faim et le lait. D'abord la caresse qui apaise ou console, d'abord le geste qui protège ou nourrit, d'abord la voix qui rassure, d'abord cette évidence : une mère qui allaite; et puis cette surprise : un homme sans violence, qui veille sur un enfant qui dort.

Source : A. Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus p. 296
André Comte-Sponville pérorant quelque peu, et comme philosophiquement disons, sur la vertu ou la morale, et un peu à l'instar des anciens, en vient à dire : "D'abord la mère et son enfant. Et puis cette surprise : un homme sans violence, qui veille sur un enfant qui dort". André Comte-Sponville, comme monsieur Jourdain qui eût fait de la prose sans le savoir, aurait-il donc été là en train de nous brosser la "meilleur homélie de Noël de sa vie" qu'un chapelain de la cathédrale Notre-Dame de Paris aurait pu nous tirer de sa manche ?

Cinci
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Re: En considération de la messe du 1er janvier

Message non lu par Cinci » mer. 01 janv. 2020, 15:39

Le texte de l'Évangile :


ÉVANGILE

« Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né. Quand fut arrivé le huitième jour, l’enfant reçut le nom de Jésus » (Lc 2, 16-21)

Alléluia. Alléluia.
À bien des reprises, Dieu, dans le passé,
a parlé à nos pères par les prophètes ;
à la fin, en ces jours où nous sommes,
il nous a parlé par son Fils.
Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem,
et ils découvrirent Marie et Joseph,
avec le nouveau-né
couché dans la mangeoire.
Après avoir vu,
ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé
au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient
de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements
et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ;
ils glorifiaient et louaient Dieu
pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu,
selon ce qui leur avait été annoncé.

Quand fut arrivé le huitième jour,
celui de la circoncision,
l’enfant reçut le nom de Jésus,
le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.

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Re: En considération de la messe du 1er janvier

Message non lu par Carolus » mer. 01 janv. 2020, 15:58

Cinci a écrit :
mer. 01 janv. 2020, 15:39
Cinci :
Le texte de l'Évangile :


ÉVANGILE

« Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né. Quand fut arrivé le huitième jour, l’enfant reçut le nom de Jésus » (Lc 2, 16-21)

[…]
Quand fut arrivé le huitième jour,
celui de la circoncision,
l’enfant reçut le nom de Jésus,
le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception
.
Merci de citer ce texte de l'Évangile du 1 JANVIER 2020, cher Cinci. :)
CEC 452 Le nom de Jésus signifie " Dieu qui sauve ". L’enfant né de la Vierge Marie est appelé " Jésus " " car c’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés " (Mt 1, 21) : " Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés " (Ac 4, 12).
Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ est le DIEU QUI SAUVE. :clap:

Adorons donc notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ !

BONNE ANNÉE !

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Re: En considération de la messe du 1er janvier

Message non lu par Cinci » mer. 01 janv. 2020, 16:21

Le commentaire de Madame Marie-Noëlle Thabut ...

Ici :
"Ce récit apparemment anecdotique est en réalité profondément théologique. Ce qui veut dire que tous les détails comptent. Je vous propose de les relire un à un dans l'ordre du texte.

Les bergers, tout d'abord : c'étaient des gens peu recommandables, des marginaux, car leur métier les empêchaient de fréquenter les synagogues et de respecter le sabbat. Or ce sont eux qui sont les premiers prévenus de l'événement qui vient de bouleverser l'histoire de l'humanité ! Et ils deviennent de ce fait les premiers apôtres, les premiers témoins : ils racontent, on les écoute, ils étonnent ! Ils racontent cette annonce étrange dont ils ont bénéficié en pleine nuit; voici le récit de Luc pour cette fameuse nuit :

"Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L'ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande crainte, mais l'ange leur dit : "Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime" (sous-entendu parce que Dieu les aime). Ils racontent tout cela avec leurs mots à eux; et on ne peut s'empêcher de penser à une fameuse phrase de Jésus, une trentaine d'années plus tard : "Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits" (Lc 10,21). Cela a commencé dès le début de sa vie.

"Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. A l'Inverse des bergers que l'événement rend bavards, Marie contemple et médite dans son coeur; Luc veut-il faire ici un rapprochement avec la vision du fils de l'homme chez le prophète Daniel ? Après cette vision, Daniel avoue : "Mes réflexions me tourmentent ... et je gardai la chose dans mon coeur" (Dn 7,28) Ce serait pour Luc une manière de profiler déjà devant nous le destin grandiose de ce nourrisson. On sait, premièrement, que le livre de Daniel était bien connu au temps de Jésus et, deuxièmement, qu'il annonçait un Messie-Roi triomphant de tous les ennemis d'Israël.

Enfin, dernière remarque, on ne peut s'empêcher de remarquer (et cela est valable pour les quatre lectures de la fête) la discrétion du personnage de Marie, alors même que cette liturgie lui est dédiée sous le vocable de "Marie, Mère de Dieu". Peut-être ce silence même est-il un message pour nous : la gloire de Marie, c'est justement d'avoir tout simplement accepté d'être la mère de Dieu, d'avoir su se mettre tout entière, humblement, au service de l'accomplissement du projet de salut de Dieu; elle n'est pas le centre du projet; le centre du projet, c'est Jésus, celui dont le nom signifie "Dieu sauve".

Et sur la deuxième lecture :

"Dieu a envoyé son Fils : né d'une femme, sujet de la loi de Moïse"; en quelques mots Paul nous dit tout le mystère de la personne de Jésus : Fils de Dieu, homme comme tous les autres, Juif comme tous les Juifs. L'expression "né d'une femme", pour commencer, est courante dans la Bible; elle veut dire tout simplement "un homme comme les autres"; il arrive par exemple que ne pas répéter dans une même phrase le mot "homme" on le remplace par "ceux qui naissent des femmes" (Si 10, 18; Job 15,14; Job 25,4). Jésus lui-même l'a employée en parlant de Jean le Baptiste : "En vérité, je vous le déclare : parmi ceux qui sont nés d'une femme, il ne s'en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste" (Mt 11,11; Lc 7,28). Quant à l'expression "sujet de la loi de Moïse", elle signifie qu'il a accepté la condition des hommes de son peuple.

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Re: En considération de la messe du 1er janvier

Message non lu par Cinci » mer. 01 janv. 2020, 16:28

LETTRE DE SAINT ATHANASE À ÉPICTÈTE, ÉVÊQUE DE CORINTHE
En Marie, Dieu s'est vraiment fait homme

Le Verbe a pris en charge la descendance d'Abraham, c'est pourquoi il devait se faire en tous points semblable à ses frères et prendre un corps pareil au nôtre. Aussi Marie est-elle vraiment nécessaire pour qu'il prenne ce corps en elle et l'offre en notre faveur comme étant le sien. ~ L'Écriture rappelle son enfantement et dit : Elle emmaillota son fils ; le sein qui l'allaita a été déclaré bienheureux, et l'on a considéré qu'il est né d'elle comme pour l'offrande d'un sacrifice. ~ Gabriel le lui avait annoncé en termes soigneusement choisis. Il n'a pas dit, de façon banale : « Celui qui va naître en toi » pour ne pas faire croire que ce serait un corps extérieur introduit du dehors ; il a dit : Celui qui va naître de toi, pour inviter à croire que celui qui allait naître sortirait d'elle. ~

Tout cela s'est fait ainsi pour que le Verbe, en assumant notre nature et en l'offrant en sacrifice, la fasse totalement sienne. Il a voulu nous revêtir ensuite de sa propre nature, ce qui permet à saint Paul de dire : Il faut que cet être corruptible revête l'incorruptibilité, que cet être mortel revête l'immortalité. Cela ne s'est pas fait de façon fictive comme certains hérétiques l'ont encore imaginé : jamais de la vie ! Le Sauveur est devenu vraiment homme, et le salut de l'homme tout entier est venu de là. ~ Notre salut n'est pas une apparence, il n'est pas pour le corps seul, mais pour l'homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même.

Ce qui est venu de Marie était donc humain par nature, selon les Écritures, et le corps du Seigneur était un vrai corps ; oui, un vrai corps, puisqu'il était identique au nôtre, car Marie est notre sœur, puisque nous descendons tous d'Adam. ~

Bien entendu, le Verbe ne s'est pas transformé en chair ; il a seulement pris notre nature ; le mot de saint Jean : le Verbe s'est fait chair ne signifie pas autre chose, ainsi qu'on peut le voir à des expressions analogues, par exemple chez saint Paul : le Christ s'est fait malédiction pour nous. ~

L'union du Verbe à la nature n'ajoute rien à la Trinité, tandis que le corps humain a reçu un grand avantage de sa communion et de son unité avec le Verbe : de mortel il est devenu immortel, de purement humain il est devenu spirituel et lui qui vient de la terre, il franchit les portes du ciel.

Certes, même après que le Verbe a pris un corps en Marie, la Trinité demeure la Trinité, sans addition ni diminution. Elle est toujours parfaite : dans la Trinité on reconnaît l'unique divinité, et c'est ainsi que dans l'Église on proclame un seul Dieu, le Père du Verbe.

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