Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2016-2017)

« Mon âme aspire vers toi pendant la nuit, mon esprit te cherche dès le matin. » (Is 26.9)
Règles du forum
Forum de partage de méditations chrétiennes
etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Des modèles de foi.

Message non lupar etienne lorant » sam. 01 juil. 2017, 15:15

Le samedi de la 12e semaine du temps ordinaire

Livre de la Genèse 18,1-15.
En ces jours-là, aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. » Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il dit : « Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes. » Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient. Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. »  Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. » Or, Sara écoutait par-derrière, à l’entrée de la tente. – Abraham et Sara étaient très avancés en âge, et Sara avait cessé d’avoir ce qui arrive aux femmes. Elle se mit à rire en elle-même ; elle se disait : « J’ai pourtant passé l’âge du plaisir, et mon seigneur est un vieillard ! »
Le Seigneur Dieu dit à Abraham : « Pourquoi Sara a-t-elle ri, en disant : “Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, vieille comme je suis ?” Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? Au moment où je reviendrai chez toi, au temps fixé pour la naissance, Sara aura un fils. » Sara mentit en disant : « Je n’ai pas ri », car elle avait peur. Mais le Seigneur répliqua : « Si, tu as ri. »


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,46b-47.48-49.50.53.54-55.
« Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.
Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais
. »


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 8,5-17.
En ce temps-là, comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui et le supplia :
« Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement. »
Jésus lui dit : « Je vais aller moi-même le guérir.» Le centurion reprit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Moi-même qui suis soumis à une autorité, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient, et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait. » À ces mots, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi.
Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des Cieux. » mais les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Et Jésus dit au centurion : « Rentre chez toi, que tout se passe pour toi selon ta foi. » Et, à l’heure même, le serviteur fut guéri.
Comme Jésus entrait chez Pierre, dans sa maison, il vit sa belle-mère couchée avec de la fièvre.
Il lui toucha la main, et la fièvre la quitta. Elle se leva, et elle le servait. Le soir venu, on présenta à Jésus beaucoup de possédés. Dune parole, il expulsa les esprits et, tous ceux qui étaient atteints d’un mal, il les guérit, pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : ‘Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies.


---------------------------------------------

Aujourd'hui, je cède ma place à Aldous: sans doute pourra-t-il me remplacer dans le commentaire des écritures et je souhaite qu'il me dépasse dans cet exercice quotidien, qui apporte beaucoup mais nécessite une grande attention. Bien à vous, Aldous, je me réjouis d'avance de vous lire !

Etienne
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

Aldous
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1422
Inscription : lun. 23 févr. 2009, 18:43

Re: Des modèles de foi.

Message non lupar Aldous » sam. 01 juil. 2017, 16:27

Aujourd'hui, je cède ma place à Aldous: sans doute pourra-t-il me remplacer dans le commentaire des écritures et je souhaite qu'il me dépasse dans cet exercice quotidien, qui apporte beaucoup mais nécessite une grande attention. Bien à vous, Aldous, je me réjouis d'avance de vous lire !

Etienne
Si la Lectio Divina est une pratique qui peut apporter beaucoup à chacun dans son intimité, commenter les écritures en public et qui plus est quotidiennement est un exercice pour lequel il faut la plus grande prudence, du discernement et une formation adéquate.
Y aller de son petit commentaire sur un passage des écritures tout à fait occasionnellement, pourquoi pas mais à répétition pour tout un chacun c'est aller au devant de l'embrouille, du contre sens, de l'égarement. Ce qui est très préjudiciable sur ce que veulent réellement dire les écritures (déjà que les théologiens entre eux n'en sont pas toujours d'accord, alors combien le premier venu prend-il des risques peu opportuns...)
A commencer à mon sens que commenter les écritures ce n'est pas témoigner de sa vie à soi (regardez ce qu'il m'arrive, regardez comme je prie bien, etc, etc...)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quatre_se ... %89criture

Pour moi les Ecritures ce sont des manuels de vie intérieure qui nous proposent une voie de transformation personnelle, ce sont des chemins pour découvrir en soi le Royaumes des Cieux et accéder à une vie heureuse.
Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies
C'est cela le changement intérieur, Jésus par son exemple et ses paroles, prend nos souffrances, porte nos maladies et nous restitue à la Vie, une vie heureuse. Avec lui nous pouvons passer du vieil Adam au nouvel Adam, l'homme guéri, réconcilié avec lui-même -sa profondeur, son intériorité- et avec les autres.

Enfin pour qui veut des commentaires fiables selon notre belle religion catholique, il y a moult sites qui proposent de nous en envoyer chaque jour dans notre boite mail... :cool:
"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." Blaise Pascal

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Re: Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2016-2017)

Message non lupar etienne lorant » sam. 01 juil. 2017, 17:48

Que celles et ceux qui me lisent ne s'inquiètent pas trop. La lecture et le commentaire des textes m'ont été enseignées au cours de mes quatre années de ma formation théologique . Pour ce qui est de la philosophie, j'avais la dispense du fait de mon diplôme obtenu avec la grande distinction. ... Enfin, je ne commente pas les textes d'après ce que j'ai appris, mais toujours en me laissant inspirer des paroles de l'abbé H.D. ... lequel m'a encouragé à "partager" ce pain avec d'autres.

Etienne
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Des modèles de foi

Message non lupar etienne lorant » sam. 01 juil. 2017, 17:49

Le samedi de la 12e semaine du temps ordinaire

Livre de la Genèse 18,1-15.
En ces jours-là, aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. » Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il dit : « Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes. » Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient. Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. »  Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. » Or, Sara écoutait par-derrière, à l’entrée de la tente. – Abraham et Sara étaient très avancés en âge, et Sara avait cessé d’avoir ce qui arrive aux femmes. Elle se mit à rire en elle-même ; elle se disait : « J’ai pourtant passé l’âge du plaisir, et mon seigneur est un vieillard ! »
Le Seigneur Dieu dit à Abraham : « Pourquoi Sara a-t-elle ri, en disant : “Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, vieille comme je suis ?” Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? Au moment où je reviendrai chez toi, au temps fixé pour la naissance, Sara aura un fils. » Sara mentit en disant : « Je n’ai pas ri », car elle avait peur. Mais le Seigneur répliqua : « Si, tu as ri. »


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,46b-47.48-49.50.53.54-55.
« Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.
Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais
. »


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 8,5-17.
En ce temps-là, comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui et le supplia :
« Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement. »
Jésus lui dit : « Je vais aller moi-même le guérir.» Le centurion reprit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Moi-même qui suis soumis à une autorité, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient, et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait. » À ces mots, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi.
Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des Cieux. » mais les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Et Jésus dit au centurion : « Rentre chez toi, que tout se passe pour toi selon ta foi. » Et, à l’heure même, le serviteur fut guéri.
Comme Jésus entrait chez Pierre, dans sa maison, il vit sa belle-mère couchée avec de la fièvre.
Il lui toucha la main, et la fièvre la quitta. Elle se leva, et elle le servait. Le soir venu, on présenta à Jésus beaucoup de possédés. Dune parole, il expulsa les esprits et, tous ceux qui étaient atteints d’un mal, il les guérit, pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : ‘Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies.


Qui d'entre nous a cru sans avoir vu ?  Qui d'entre a eu foi dans l'impossible ?  Et qui parmi nous, s'est mis à espérer en dépit d'une situation à première vue inextricable ?   Le premier fut Abraham, bien sûr !  Déjà dans cet épisode que rapporte la première lecture, mais plus encore lorsque le Seigneur lui demandera de lui sacrifier Isaac. La foi d'Abraham lui permettra de passer au travers de l'impossible et d'en sortir vainqueur.  La foi dans l'impossible fut encore plus simple pour Marie lors de l'Annonciation, car sa foi dépassait de loin nos conceptions qui suggèrent toujours un grand effort de l'âme : il suffit de se rappeler combien Joseph - un juste devant Dieu - dut souffrir jusqu'à ce que l'ange du Seigneur vint le rassurer.

La foi du centurion romain est tout aussi étonnante dans sa forme qu'elle revêt. Il avait saisi dans son âme que "rien n'est impossible à Dieu" - c'est avec cette certitude absolue dans son cœur, qu'il a pu découvert ce qu'il allait dire - et en tout premier lieu, lorsqu'il s'exclame : "Je ne suis pas digne que tu entres sous mon  toit, mais dis une seul mot et mon serviteur se remettra" - C'est bien l'Esprit Saint qui lui a soufflé ces mots  ainsi que la comparaison avec les ordres qu'il donne à ses subordonnés : il n'a pas besoin d'aller vérifier que ses ordres ont été exécutés.

Je peux dire aussi - aujourd'hui - que rarement le commentaire fut plus simple à écrire, d'autant plus que notre prêtre était absent ce matin.  Je me suis donc confié dans la prière avant de me mettre à commenter les textes de la Liturgie de ce jour.

.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

Aldous
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1422
Inscription : lun. 23 févr. 2009, 18:43

Re: Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2016-2017)

Message non lupar Aldous » sam. 01 juil. 2017, 17:56

He bien donc, vous ne me laissez plus la place?
J'ai pourtant fait un beau petit commentaire personnel, non? :)
Pour moi les Ecritures ce sont des manuels de vie intérieure qui nous proposent une voie de transformation personnelle, ce sont des chemins pour découvrir en soi le Royaume des Cieux et accéder à une vie heureuse.
Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies
C'est cela le changement intérieur, Jésus par son exemple et ses paroles, prend nos souffrances, porte nos maladies et nous restitue à la Vie, une vie heureuse. Avec lui nous pouvons passer du vieil Adam au nouvel Adam, l'homme guéri, réconcilié avec lui-même -sa profondeur, son intériorité- et avec les autres.
"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." Blaise Pascal

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Fête de saint Thomas, apôtre

Message non lupar etienne lorant » lun. 03 juil. 2017, 15:23

Afin que d'autres se mettent à méditer les lectures de ce jour, je ne posterai mon partage qu'en fin de journée.

A vous !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Fête de saint Thomas, apôtre

Message non lupar etienne lorant » lun. 03 juil. 2017, 18:22

Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 2,19-22.
Frères, vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu,car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur.
En lui, vous êtes, vous aussi, les éléments d’une même construction pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint.



Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,24-29.
L'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau), n'était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !»  Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »




Cette fête de saint Thomas m'aura appris quelque chose de neuf et je ne m'y attendais pas du tout. Jusqu'à ce matin, en effet, saint Thomas fut pour moi le "prototype" de l'incrédule-parmi-les-croyants", ou bien du fidèle frappé de doutes et d'hésitations. Ce fut très longtemps le cas pour moi, jusqu'au jour où je me suis à prier longuement de nouveau, car la philosophie et les sciences semblaient m'apporter plus que la religion. Je me rendais à la messe chaque dimanche, mais je prêtais plus d'attention aux autres fidèles qu'à la liturgie du jour ... et j'ai fini par ne plus m'y rendre du tout. Il m'était apparu impossible pour Dieu  d'aimer tous les hommes, les bons comme les mauvais - comment aimer ceux qui font le mal - en leur tendant l'autre joue ?!?

Bref, je pouvais bien me reconnaître ainsi  en saint Thomas, puisqu'il me fallait et d'ailleurs ainsi que je me suis remis à croire c'est dans une courte vision d'un crucifix devenu "voir pour croire" - ce qui me fut accordé sans que je l'aie demandé.  Cependant, ce que j'ai appris de plus sur saint Thomas, c'est qu'il fut le modèle des croyants qui sont plus attachés à la communauté des croyants qu'à la rencontre du Seigneur dans la vie de la communauté plus que dans la "présence réelle" du Seigneur à chaque Eucharistie.

La chapelle où je continue de communier chaque jour est beaucoup moins fréquentée qu'il y a deux ou trois ans, lorsque notre Évêque a décidé que le Saint-Sacrement ne sortirait plus lors de la traditionnelle procession,  en ville, des reliques de la cathédrale de Tournai.  Notre prêtre ayant ouvertement, "en chaire de vérité", approuvé la décision de l’Évêque...  s'est retrouvé à ne pouvoir célébrer la messe du matin qu'avec les "mécréants" dont je suis.  

Bref, saint Thomas fut, pour un temps, comme je fus moi-même : non pas seulement exigeant de "voir pour croire", mais également un "fidèle" qui appréciait le grand nombre dans l'église plutôt que la qualité de la foi qui m'y avait conduit de nouveau ...  Du reste, il est plus difficile de témoigner de sa foi hors de l'église, devant des incrédules et des athées, mais c'est pourtant ce qui nous est demandé...

.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

La foi mûrit dans les épreuves

Message non lupar etienne lorant » mar. 04 juil. 2017, 18:30

Le mardi de la 13e semaine du temps ordinaire

Livre de la Genèse 19,15-29.
En ces jours-là, les gens de Sodome avaient voulu s’en prendre aux deux voyageurs passant la nuit chez Loth. À l’aurore, les deux anges pressèrent Loth, en disant : « Debout ! Prends ta femme et tes deux filles qui se trouvent ici, et va-t’en, de peur que tu ne périsses à cause des crimes de cette ville.» Comme il s’attardait, ces hommes le saisirent par la main, ainsi que sa femme et ses deux filles, parce que le Seigneur voulait l’épargner. Ils le firent sortir et le conduisirent hors de la ville. Une fois sortis, ils dirent : « Sauve-toi si tu tiens à la vie ! Ne regarde pas en arrière, ne t’arrête nulle part dans cette région, sauve-toi dans la montagne, si tu ne veux pas périr ! » Loth leur dit : « Non, je vous en prie, mes seigneurs ! Votre serviteur a trouvé grâce à vos yeux, et vous m’avez fait une grande faveur en me laissant la vie. Mais je n’ai pas le temps de me sauver dans la montagne : le malheur va me rattraper et je mourrai. Voici une ville assez proche pour y fuir – elle est si petite ! – Permettez que je me sauve là-bas – elle est si petite ! – afin de rester en vie ! » Ils lui répondirent : « Pour te faire plaisir cette fois encore, je ne détruirai pas la ville dont tu parles. Vite, sauve-toi là-bas, car je ne puis rien faire avant que tu y sois arrivé. » C’est pour cela qu’on a donné à cette ville le nom de Soar (ce qui veut dire : Petite). Le soleil se levait sur le pays et Loth entrait à Soar, quand le Seigneur fit tomber du ciel sur Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu venant du Seigneur. Dieu détruisit ces villes et toute la région, avec tous leurs habitants et la végétation. Or, la femme de Loth avait regardé en arrière, et elle était devenue une colonne de sel. Abraham se leva de bon matin pour se rendre à l’endroit où il s’était tenu en présence du Seigneur, et il regarda du côté de Sodome, de Gomorrhe et de toute la région : il vit monter de la terre une fumée semblable à celle d’une fournaise ! Lorsque Dieu a détruit les villes de cette région, il s’est souvenu d’Abraham ; et il a fait échapper Loth au cataclysme qui a détruit les villes où il habitait.


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 8,23-27.
En ce temps-là, comme Jésus montait dans la barque, ses disciples le suivirent. Et voici que la mer devint tellement agitée que la barque était recouverte par les vagues. Mais lui dormait. Les disciples ’approchèrent et le réveillèrent en disant: « Seigneur, sauve-nous ! Nous sommes perdus. »  Mais il leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? » Alors, Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme. Les gens furent saisis d’étonnement et disaient : « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »


L'épisode de la destruction de Sodome et Gomorrhe pourrait être comparée à tout brusque changement dans nos façons de vivre, nos habitudes,  nos plaisirs, nos rencontres, mais encore : dans la façon dont nous pratiquons notre foi.  A chacun de nous de reconnaître dans sa vie "élagages" déjà réussis, mais encore le poids des habitudes et des idées convenues qui freinent nos élans dans la foi.

Pour ce qui me concerne, la destruction de Sodome et Gomorrhe m'a rappelé la rupture sans retour de la consommation de tabac.  Toutes celles et tous ceux qui ont un jour écrasé leur dernière cigarette, pourraient rapporter ce qu'ils ont éprouvé : car il arrive un moment (pour moi: le troisième jour) où aucun des substituts et des calmants ...semblent ne plus avoir aucun effet sur le manque de nicotine. Or, si l'on en arrive à se dire: une petite bouffée n'y changera rien - eh bien, comme la femme de Loth, on se retrouvera  dans un mouvement non accompli : et l'on fumera de nouveau. Il en va de même pour l'alcool. Mais: "Que votre Oui soit Oui, que votre Non soit Non !  Car l'Adversaire est tout aussi présent que notre bon ange !

L'épisode de la tempête apaisée nous montre Jésus qui dort dans la barque.  Dort-Il vraiment ?  Ou bien est-ce nous qui ne le prions pas comme il faudrait ? Que vaut notre foi ?  Pouvons-nous nous souvenir, dans l'instant, des occasions de notre vie où nous nous sommes tournés vers le Seigneur dans la prière - plutôt que de nous appuyer sur notre expérience, nos capacités, notre volonté ?

La véritable attitude de foi, a conclu notre prêtre,  est celle de l'acceptation. Quiconque veut renoncer à une mauvaise habitude, qu'il y renonce en acceptant par avance tous les inconvénients qu'il faudra supporter.  Que notre foi ne soit pas un défi à Dieu, que notre prière ne soit pas une "réclamation", mais apprenons à supporter, pour le plus grand bien, d'accepter, de supporter et finalement de vaincre les difficultés rencontrées...

.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

Aldous
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1422
Inscription : lun. 23 févr. 2009, 18:43

Re: Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2016-2017)

Message non lupar Aldous » mer. 05 juil. 2017, 10:33

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 8,23-27.
En ce temps-là, comme Jésus montait dans la barque, ses disciples le suivirent. Et voici que la mer devint tellement agitée que la barque était recouverte par les vagues. Mais lui dormait. Les disciples ’approchèrent et le réveillèrent en disant: « Seigneur, sauve-nous ! Nous sommes perdus. » Mais il leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? » Alors, Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme. Les gens furent saisis d’étonnement et disaient : « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »

Bonjour,
C'est écrit "En ce temps là" mais "En ce temps-là", c'est aussi maintenant.
"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." Blaise Pascal

Aldous
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1422
Inscription : lun. 23 févr. 2009, 18:43

Re: La foi mûrit dans les épreuves

Message non lupar Aldous » mer. 05 juil. 2017, 10:40

Quiconque veut renoncer à une mauvaise habitude, qu'il y renonce en acceptant par avance tous les inconvénients qu'il faudra supporter.  
Mon avis sur cette phrase.
Je pense que renoncer à une mauvaise habitude ce n'est pas aller au devant des inconvénients (et devoir les accepter), c'est en toute logique aller vers quelque chose de mieux (et non des inconvénients), un mieux être puisque justement nous avons lâché de mauvaises habitudes. Le contraire de mauvais ne peut être qu'un mieux.

Vous dites "la foi mûrit dans les épreuves". Certes, cela est vrai mais à mon avis elle mûrit aussi dans les moments de joie et de bonheur, ou de l'étude, ou de la rencontre, de la découverte et de toutes sortes de circonstances.
"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." Blaise Pascal

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

La Miséricorde divine sans cesse à l'oeuvre

Message non lupar etienne lorant » mer. 05 juil. 2017, 17:54

Le mercredi de la 13e semaine du temps ordinaire

Livre de la Genèse 21,5.8-20.
Abraham avait cent ans quand naquit son fils Isaac. L’enfant grandit, et il fut sevré. Abraham donna un grand festin le jour où Isaac fut sevré. Or, Sara regardait s’amuser Ismaël, ce fils qu’Abraham avait eu d’Agar l’Égyptienne. Elle dit à Abraham : « Chasse cette servante et son fils ; car le fils de cette servante ne doit pas partager l’héritage de mon fils Isaac.» Cette parole attrista beaucoup Abraham, à cause de son fils Ismaël, mais Dieu lui dit : « Ne sois pas triste à cause du garçon et de ta servante ; écoute tout ce que Sara te dira, car c’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom ; mais je ferai aussi une nation du fils de la servante, car lui aussi est de ta descendance. » Abraham se leva de bon matin, il prit du pain et une outre d’eau, il les posa sur l’épaule d’Agar, il lui remit l’enfant, puis il la renvoya. Elle partit et alla errer dans le désert de Bershéba. Quand l’eau de l’outre fut épuisée, elle laissa l’enfant sous un buisson, et alla s’asseoir non loin de là, à la distance d’une portée de flèche. Elle se disait : « Je ne veux pas voir mourir l’enfant ! » Elle s’assit non loin de là. Elle éleva la voix et pleura. Dieu entendit la voix du petit garçon ; et du ciel, l’ange de Dieu appela Agar : « Qu’as-tu, Agar ? Sois sans crainte, car Dieu a entendu la voix du petit garçon, sous le buisson où il était. Debout ! Prends le garçon et tiens-le par la main, car je ferai de lui une grande nation. » Alors, Dieu ouvrit les yeux d’Agar, et elle aperçut un puits. Elle alla remplir l’outre et fit boire le garçon. Dieu fut avec lui, il grandit et habita au désert, et il devint un tireur à l’arc.



Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 8,28-34.
En ce temps-là, comme Jésus arrivait sur l’autre rive, dans le pays des Gadaréniens, deux possédés sortirent d’entre les tombes à sa rencontre ; ils étaient si agressifs que personne ne pouvait passer par ce chemin.Et voilà qu’ils se mirent à crier : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous tourmenter avant le moment fixé? » Or, il y avait au loin un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture. Les démons suppliaient Jésus : « Si tu nous expulses, envoie-nous dans le troupeau de porcs.» Il leur répondit : « Allez. » Ils sortirent et ils s’en allèrent dans les porcs; et voilà que, du haut de la falaise, tout le troupeau se précipita dans la mer, et les porcs moururent dans les flots. Les gardiens prirent la fuite et s’en allèrent dans la ville annoncer tout cela, et en particulier ce qui était arrivé aux possédés.Et voilà que toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; et lorsqu’ils le virent, les gens le supplièrent de partir de leur territoire. Or, il y avait au loin un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture. Les démons suppliaient Jésus : « Si tu nous expulses, envoie-nous dans le troupeau de porcs.» Il leur répondit : « Allez. » Ils sortirent et ils s’en allèrent dans les porcs; et voilà que, du haut de la falaise, tout le troupeau se précipita dans la mer, et les porcs moururent dans les flots. Les gardiens prirent la fuite et s’en allèrent dans la ville annoncer tout cela, et en particulier ce qui était arrivé aux possédés. Et voilà que toute la ville sortit à la rencontre de Jésus; et lorsqu’ils le virent, les gens le supplièrent de partir de leur territoire.


Les textes de ce jour nous montrent que le Seigneur est comme Dieu, qui ne fait pas de différences entre les hommes - mais désire le salut de tous.  C'est ainsi qu'il ne va pas faire périr Ismaël du fait qu'il pourrait, éventuellement, se rebeller contre Isaac et vouloir prendre sa place. Dans l'histoire des hommes, combien d'intrigues de familles pour qu'un fils cadet, estimé plus capable, prenne la place de son frère dans  de l'entreprise familiale ?

Jésus ne fait pas d'exclusive non plus, puisqu'il franchit la frontière d'Israël pour secourir les deux malheureux  possédés qui survivent plutôt mal que bien au milieu d'un cimetière !  Il va expulser les démons envoyant dans les porcs et les fait se précipiter dans la mer.  Autre signe de la gratuité de la grâce, Jésus se retire de lui-même à la demande des autochtones qui craignent une plus  grande perte financière encore, si le Seigneur se mettait à exorciser de la même manière tout leur bétail !!!

Ce récit transposé, à notre époque, que donnerait-il ? Notre monde n'est-il pas dominé par la pensée du gain maximal ?   Va-t-on réellement remplacer nos centrales nucléaires par des fours solaires, ou bien continuera-t-on à nous exposer à des catastrophes telles que Tchernobyl ou de Fukushima ?  De notre temps comme de l'époque de Jésus chez les Gadaréniens,  les hommes - tout au contraire de Jésus - se soucient plus de leurs bénéfices que de la préservation de leur population... Tout le contraire du dessein de Dieu !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Re: La foi mûrit dans les épreuves

Message non lupar etienne lorant » mer. 05 juil. 2017, 18:21

Vous dites "la foi mûrit dans les épreuves". Certes, cela est vrai mais à mon avis elle mûrit aussi dans les moments de joie et de bonheur, ou de l'étude, ou de la rencontre, de la découverte et de toutes sortes de circonstances.
Je songeais particulièrement au troisième jours de mon renoncement définitif au tabac. Ce "troisième jour" m'est resté en mémoire, tant je me suis senti malade, exaspéré, bien qu'ayant accepté, par avance, tout ce que je devrais supporter. Le troisième jour fut le plus long, mais en fin de journée une joie extraordinaire a commencé de jouer en ma faveur - j'ai vraiment ressenti que, çà y est, je ne fumerai plus jamais !

Cette lutte faisait partie d'un "exercice spirituel" auquel tous les "candidats" avaient accepté de se soumettre : noter chaque jour dans un carnet les "défaites" et les "victoires". En tenant un tel carnet,, pour peu que l'on soit sincère, oblige évidemment à une sincérité absolue.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Abraham, notre père dans la foi

Message non lupar etienne lorant » jeu. 06 juil. 2017, 10:59

Le jeudi de la 13e semaine du temps ordinaire

Livre de la Genèse 22,1-19.


En ces jours-là, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit: « Abraham ! » Celui-ci répondit : « Me voici ! » Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai.»  Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois pour l’holocauste, et se mit en route vers l’endroit que Dieu lui avait indiqué. Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l’endroit de loin. Abraham dit à ses serviteurs : « Restez ici avec l’âne. Moi et le garçon nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. »   Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et s’en allèrent ensemble. Isaac dit à son père : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? »  Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Et ils s’en allaient tous les deux ensemble. Ils arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois ; puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »  Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de « Le-Seigneur-voit ». On l’appelle aujourd’hui : « Sur-le-mont-le-Seigneur-est-vu.» Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham. Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Puisque tu as écouté ma voix, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance. » Alors Abraham retourna auprès de ses serviteurs et ensemble ils se mirent en route pour Bershéba ; et Abraham y habita.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 9,1-8.
En ce temps-là, Jésus monta en barque, refit la traversée, et alla dans sa ville de Capharnaüm. Et voici qu’on lui présenta un paralysé, couché sur une civière. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Confiance, mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » Et voici que certains parmi les scribes se disaient : « Celui-là blasphème. » Mais Jésus, connaissant leurs pensées, demanda : « Pourquoi avez-vous des pensées mauvaises ? En effet, qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien dire : “Lève-toi et marche” ?  Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir, sur la terre, de pardonner les péchés… – Jésus s’adressa alors au paralysé – lève-toi, prends ta civière, et rentre dans ta maison.» Il se leva et rentra dans sa maison. Voyant cela, les foules furent saisies de crainte, et rendirent gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes.



Afin de méditer correctement les textes de ce jour, je crois bien qu'il faudrait y passer tant de temps qu'un livre qu'un livre n'y suffirait pas.  Abraham, l'homme de la foi sans défaut, qui abandonne toute réserve dans l'abandon de son âme, est allé jusqu'au bout de l'épreuve qui lui fut proposée - cette foi d'abandon total ne tient ni du fanatisme ni de fatalisme, mais d'une confiance absolue dans l'amour de Dieu. Nous ne sommes que des hommes et nous passerons. Cependant, ce qui demeurera de nous, c'est ce que l'amour de Dieu aura versé dans nos cœurs.

Mais la mise à l'épreuve, l'ultime épreuve, ne survint qu'à la fin d'une très longue relation avec Dieu et d'autres questionnements profonds et douloureux qui auraient pu qui auraient pu conduire Abraham à la révolte: la stérilité de Sara fut une de ces épreuves apparemment sans issue. Lorsque Sarah proposa à son époux de concevoir un fils avec sa servante, ce fut, pour elle aussi, un sacrifice sans précédent, un renoncement de soi qui vaut bien celui des saints.

Abraham fut donc lui aussi mis à l'épreuve. Il me semble qu'ayant reçu de Dieu l'épouvantable requête, ce sur quoi il put s'appuyer est beaucoup plus que ce que nous appelons une foi "mure". Car l'état qui suit la maturité, n'est-ce pas la dégénérescence ?  Mais pas pour Abraham, car Abraham aimait Dieu et avait foi en Lui bien plus que nous pouvons l'imaginer pour nous-mêmes.

L’évangile de ce jour répond lui aussi comme une "victoire sur l'impossible"que seule une foi pure et sans défaut peut venir contredire. Ce paralytique, qu'il a fallu faire descendre depuis  le toit de la maison de Pierre, ressemble plus à un mort qu'on descend dans sa tombe qu'à un malade que l'on pourrait encore tenter de soigner eut encore tenter de soigner !  Est-il vraiment étonnant que le Seigneur ait commencé par lui remettre ses péchés ?  Pour nous, c'est ce qu'il convient, effectivement, de pratiquer envers un homme sur le point de mourir...

Dans les deux cas, nous sommes entraînés, dans la foi, à regarder plus loin et plus haut que les circonstances malheureuses qui nous déconcertent au point, parfois, que nous nous demandons ce que c'est que de croire, encore et toujours, et en dépit de tout...

Si Abraham est bien notre père humain dans la foi, Jésus l'est dans l'accomplissement complet de cette foi. Rien ne ne peut résister à une telle foi - et il est vrai que rien ne lui résiste !

.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

La miséricorde, non pas le sacrifice

Message non lupar etienne lorant » ven. 07 juil. 2017, 11:19

Le vendredi de la 13e semaine du temps ordinaire

Livre de la Genèse 23,1-4.19.24,1-8.62-67.
Sara vécut cent vingt-sept ans. (...)Elle mourut à Kiriath-Arba, c’est-à-dire à Hébron, dans le pays de Canaan. Abraham s’y rendit pour le deuil et les lamentations. Abraham dit au plus ancien serviteur de sa maison, l’intendant de tous ses biens: « Je te fais prêter serment par le Seigneur, Dieu du ciel et Dieu de la terre: tu iras dans mon pays, dans ma parenté, chercher une épouse pour mon fils Isaac. » Un jour, Isaac s’en revenait du puits de Lahaï-Roï. Il habitait alors le Néguev. Il était sorti à la tombée du jour, pour se promener dans la campagne, lorsque, levant les yeux, il vit arriver des chameaux. Rébecca, levant les yeux elle aussi, vit Isaac. Elle sauta à bas de son chameau et dit au serviteur : « Quel est cet homme qui vient dans la campagne à notre rencontre ? » Le serviteur répondit : « C’est mon maître. » Alors elle prit son voile et s’en couvrit.Le serviteur raconta à Isaac tout ce qu’il avait fait. Isaac introduisit Rébecca dans la tente de sa mère Sara ; il l’épousa, elle devint sa femme, et il l’aima. Et Isaac se consola de la mort de sa mère.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 9,9-13.
En ce temps-là, Jésus sortit de Capharnaüm et vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain (collecteur d'impôts). Il lui dit : « Suis-moi. » L'homme se leva et le suivit. Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ?»  Jésus, qui avait entendu, déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades.
Allez apprendre ce que signifie : ‘Je veux la miséricorde, non le sacrifice’. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »


Le temps des sacrifices est passé. Après l'épreuve auquel Abraham s'est soumis, humblement et sans réserve, vint le temps des épousailles de d'Isaac et de Sarah et le début du processus de "l'engendrement" et de la lignée qui aboutira au Christ. Au deuil succède la consolation et la réjouissance qui accompagne tous les dons de Dieu.

Le lien avec l’Évangile brille dans sa simplicité.  Comme aux noces d'Isaac et de Sara, comme à celles des noces de Cana ou Jésus fit son premier miracle en changeant l'eau des ablutions rituelles en un vin de grande qualité, c'est également dans la réjouissance en un banquet improvisé que Jésus appellera Matthieu à le suivre. Et Jésus de déclarer ouvertement : "Je veux la miséricorde, non le sacrifice".

Ce que le Seigneur fit pour Matthieu, il le fera encore en manifestant la miséricorde divine à Pierre au cours d'une pèche miraculeuse. Finalement, le seul sacrifice qui demeurera - et qui se perpétue jusqu'à ce jour - c'est celui de Jésus sur la croix. En chaque Eucharistie, c'est dans le corps et le sang de Jésus que nous puisons la force et aussi la joie pour vivre chaque jour dans la paix et la joie...

.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
Pater civitatis
Pater civitatis
Messages : 12561
Inscription : mar. 08 avr. 2008, 16:53

Le texte complet de l'éloge d'Abraham par Kiergegaard

Message non lupar etienne lorant » ven. 07 juil. 2017, 17:49

Je désire partager avec tous, à propos d'Abraham, notre père dans la foi, un éloge extraordinaire de la foi d'Abraham, tel que nous l'a laissé  S.Kierkegaard dans un ouvrage très connu, intitulé "Craintes et tremblements", dans une traduction de PH Tisseau, aux Editions Aubier.  Voici ce texte.  Ne vous laissez pas rebuter, avancez jusqu'au bout, car ce langage est extraordinaire :

« Si l'homme n'avait pas de conscience éternelle, si au fond de toutes choses, il n'y avait qu'une puissance sauvage et bouillonnante, produisant toutes choses, le grand et le futile, dans le tourbillon d'obscures passions; si le vide sans fond, que rien ne peut combler, se cachait sous les choses, que serait la vie, sinon le désespoir ?

S'il en était ainsi, si l'humanité n'avait pas de lien sacré, si les générations se renouvelaient comme le feuillage des forêts, s'éteignaient l'une après l'autre comme le chant des oiseaux dans les bois, traversaient le monde comme le navire l'océan, ou le vent le désert, acte aveugle et stérile; si l'éternel oubli, toujours affamé ne trouvait pas de puissance assez forte pour lui arracher la proie qu'il épie, quelle vanité et quelle désolation serait la vie !

Mais tel n'est pas le cas; comme il a créé l'homme et la femme, Dieu a aussi formé le héros et le poète ou l'orateur. Celui-ci ne peut rien accomplir de ce que fait celui-là; il ne peut que l'admirer, l'aimer et se réjouir en lui. Non moins que lui, pourtant, il est favorisé; car le héros est pour ainsi dire le meilleur de son être, ce dont il est épris, heureux de ne pas l'être lui-même, afin que son amour soit fait d'admiration.
Le poète est le génie du ressouvenir. Il ne peut rien, sinon rappeler, sinon admirer ce qui fut accompli ; il ne tire rien de son propre fonds, mais il est jaloux du dépôt dont il a la garde. Il suit le choix de son cœur : à peine a-t-il trouvé l'objet de sa recherche, il va de porte en porte dire ses chants et ses discours, pour que tous partagent son admiration pour le héros et en soient fiers comme lui.

Telle est son action, son humble tâche, son loyal service dans la maison du héros. S'il est ainsi fidèle à son amour, il entre dans la compagnie du héros qui l'aime d'un amour également fidèle, car le poète est pour ainsi dire le meilleur être du héros, débile assurément comme un ressouvenir, mais aussi transfiguré comme lui.

C'est pourquoi nul ne sera oublié de ceux qui furent grands ; et s'il faut du temps, si même le nuage de l'incompréhension dissipe la figure du héros, son amant vient pourtant ; et plus tarde sa venue, plus aussi il s'attache fidèlement à lui.

Non ! Nul ne passera de ceux qui furent grands, chacun selon sa manière et selon la grandeur qu'il aima. Car qui s'aima lui-même fut grand par sa personne, et qui aima autrui fut grand en se donnant ; pourtant, qui aima Dieu fut le plus grand de tous.

Les grands hommes seront célébrés dans l'histoire ; mais chacun deux fut grand selon qu'il espéra. L'un fut grand dans l'espoir qui attend le possible, un autre dans l'espoir des choses éternelle ; mais celui qui voulut attendre l'impossible fut le plus grand de tous.

Les grands hommes seront gardés dans la mémoire, mais chacun d'entre eux fut grand suivant l'importance de ce qu'il combattit. Car qui lutta contre le monde fut grand en triomphant du monde, et qui lutta contre lui-même fut grand par sa victoire sur lui-même ; mais celui qui lutta contre Dieu fut le plus grand de tous.

Tels furent les combats livrés sur cette terre: homme contre homme, un contre mille ; mais celui qui lutta contre Dieu fut le plus grand de tous. Tels furent les combats engagés ici-bas : l'un vint à bout de l'autre en usant de sa force, l'autre désarma Dieu par sa propre faiblesse . L'on en vit s'appuyer sur eux-mêmes et triompher de tout, et d'autres, forts de leur force, tout sacrifier. Mais celui qui crut en Dieu fut le plus grand de tous.

Et il y eut des hommes grands par leur énergie, leur sagesse, leur espérance ou leur amour ; mais Abraham fut le plus grand de tous, grand par l'énergie dont la force est faiblesse, grand par la sagesse dont le secret est folie, grand par l'espoir dont la force est démence, grand par l'amour qui est la haine de soi-même.

C'est par la foi qu'Abraham quitta le pays de ses pères et fut étranger en terre promise (Hébreux 11,9). Il laissa une chose, sa raison terrestre et en prit une autre, la foi ; sinon, songeant à l'absurdité du voyage, il ne serait pas parti. C'est par la foi qu'il fut un étranger en terre promise, où rien ne lui rappelait ce qu'il aimait, tandis que la nouveauté de toutes choses mettait en son âme la tentation d'un douloureux regret.

Cependant, il était l'élu de Dieu, en qui l’Éternel avait sa complaisance ! Certes, s'il avait été un déshérité, banni de la grâce divine, il eût mieux compris cette situation qui semblait une raillerie sur lui et sur sa foi. Il y eut aussi dans le monde celui qui vécut exilé de sa patrie bien-aimée. Il n'est pas oublié, ni ses complaintes où, dans la mélancolie, il chercha et trouva ce qu'il avait perdu.Abraham n'a pas laissé de lamentations. Il est humain de se plaindre, humain de pleurer avec celui qui pleure, mais il est plus grand de croire, et plus bienfaisant de contempler le croyant.

C'est par la foi (Gal. III, Cool qu'Abraham reçut la promesse que toutes les nations de la terre seraient bénies en sa postérité. Le temps passait, la possibilité restait, Abraham croyait. Le temps passa, le soir fut à son déclin, et cet homme n'eût point la lâcheté de renoncer à son espoir ; aussi ne sera-t-il jamais oublié non plus. Puis il connut la tristesse, et le chagrin, loin de le décevoir comme la vie, fit pour lui tout ce qu'il put et, dans ses douceurs, lui donna la possession de son espérance trompée. Il est humain de connaître la tristesse, humain de partager la peine de l'affligé, mais il est plus grand de croire et plus réconfortant de contempler le croyant.

Abraham ne nous a pas laissé de lamentations. Il n'a pas tristement compté les jours à mesure que le temps passait ; il n'a pas regardé Sara d'un œil inquiet pour voir si les années creusaient des rides sur son visage ; il n'a pas arrêté la course du soleil (Josué X, 12) pour empêcher Sara de vieillir, et son attente avec elle ; pour apaiser sa peine, il n'a pas chanté à Sara un triste cantique. Il devint vieux et Sara fut raillée dans le pays ; cependant, il était l'élu de Dieu et l'héritier de la promesse, que toutes les nations de la terre seraient bénies en sa postérité.

N'eût-il pas mieux valu qu'il ne fût pas l'élu de Dieu ? Qu'est-ce donc qu'être l'élu de Dieu ? C'est se voir refuser au printemps de la vie le désir de la jeunesse, pour en obtenir l'exaucement dans la vieillesse après de grandes difficultés. Mais Abraham crut et garda fermement la promesse à laquelle il aurait renoncé s'il avait chancelé. Il aurait alors dit à Dieu : « ce n'est pas peut-être pas ta volonté que mon désir se réalise ; je renonce donc à mon vœu, mon unique, où je mettais ma félicité. Mon âme est droite et ne recèle pas de secrète rancune devant ton refus ».
Il n'aurait pas été oublié ; il en aurait sauvé beaucoup par son exemple, mais il ne serait pas devenu le père de la foi ; car il est grand de renoncer à son vœu le plus cher, mais plus grand de le garder après l'avoir abandonné ; il est grand de saisir l'éternel, mais plus grand de garder le temporel après y avoir renoncé.

Puis les temps furent accomplis. Si Abraham n'avait pas cru, Sara serait sans doute morte de chagrin, et lui, rongé de tristesse, n'aurait pas compris l'exaucement, mais en aurait souri comme d'un rêve de jeunesse. Mais Abraham crut ; aussi resta-t-il jeune : car celui qui espère toujours le meilleur vieillit dans les déceptions, et celui qui s'attend toujours au pire est de bonne heure usé, mais celui croit conserve une jeunesse éternelle.

Bénie soit donc cette histoire ! Car Sara, bien qu'avancée en âge, fut assez jeune pour désirer les joies de la maternité, et Abraham, malgré ses cheveux gris, fut assez jeune pour désirer d'être père. A première vue, le miracle, c'est l'événement qui arriva selon leur espérance ; mais au sens profond, le prodige de la foi, c'est qu'Abraham et Sara furent assez jeunes pour désirer, et que la foi garda leur désir, et par là leur jeunesse. Il vit l'exaucement de la promesse et l'obtint par la foi, et cela arriva selon la promesse et selon la foi ; car Moïse frappa le rocher de son bâton, mais il ne crut pas (Nb, XX, 11).

Alors, il y eut de la joie dans la maison d'Abraham, et Sara fut l'épouse des noces d'or.

Pourtant, ce bonheur ne devait pas durer ; une fois encore, Abraham devait connaître l'épreuve. Il avait lutté contre la sournoise puissance à laquelle rien n'échappe, contre l'ennemi dont la vigilance n'est jamais en défaut le long des années, contre le vieillard qui survit à tout, il avait lutté contre le temps et gardé la foi.

Alors, toute la terreur du combat se concentra en un instant : « Et Dieu mit Abraham à l'épreuve et lui dit : prend ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t'en au pays de Morija, et là, offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. »

Ainsi, tout était perdu, ô malheur plus terrible que si le désir n'eût jamais été exaucé ! Ainsi, le Seigneur ne faisait que se jouer d'Abraham ! Voici qu'après avoir réalisé l'absurde par un miracle, il voulait maintenant voir son œuvre à néant. Quelle folie ! Mais Abraham n'en rit pas comme Sarah (Gen XVIII, 12) quand la promesse leur fut annoncée. Soixante-dix ans de l'attente la plus fidèle, et la courte joie de la voir exaucée. Qui donc est-il, celui qui arrache le bâton de la main du vieillard, qui est-il pour exiger que le vieux père le brise lui-même ? Qui est-il, pour rendre inconsolable un homme aux cheveux gris en exigeant qu'il soit l'instrument de son propre malheur ? N'y a-t-il point de compassion pour le vénérable vieillard et l'enfant innocent !

Et pourtant, Abraham était l'élu de Dieu, et c'était le Seigneur qui infligeait l'épreuve. Tout allait donc être perdu ! Le magnifique renom de la race à venir, la promesse de la postérité d'Abraham, ce n'était là que l'éclair d'une fugitive pensée du Seigneur qu'il incombait maintenant à Abraham d'effacer. Ce fruit magnifique (Gen XII, 2) aussi vieux que la foi dans le cœur d'Abraham, et de longues années plus âgé qu'Isaac, ce fruit de la vie d'Abraham, sanctifié par la prière, mûri dans la lutte, cette bénédiction sur les lèvres du père, voici que ce fruit allait lui être ravi et perdre tout sens ; quel sens en effet revêtait le fruit de la promesse quand il fallait sacrifier Isaac !

Cette heure de tristesse et pourtant bienheureuse, où Abraham devrait dire adieu à tout ce qu'il aimait quand, soulevant une dernière fois sa tête vénérable, la face resplendissante comme celle du Seigneur, il recueillerait son âme pour donner la bénédiction, dont la vertu s'étendrait sur tout les jours d'Isaac, cette heure-là ne viendrait pas ! Car Abraham devait dire adieu à son fils, en demeurant lui-même ici-bas ; la mort devait les séparer mais en faisant d'Isaac sa proie. Le vieillard ne devait pas à son lit de mort étendre avec joie sa mains sur son enfant pour le bénir, mais, las de la vie, lever le bras sur lui en un geste meurtrier. Et Dieu l'éprouvait. Malheur ! Malheur au messager venu porter cette nouvelle. Qui donc avait osé se faire l'émissaire d'une telle désolation ? Mais c'était Dieu qui éprouvait Abraham.

Pourtant, Abraham crut et crut pour cette vie. Certes, si sa foi avait simplement concerné une vie à venir, il aurait sans doute aisément tout dépouillé, pour sortir d'un monde auquel il n'appartenait plus. Mais la foi d'Abraham n'était pas de cette sorte, s'il y en a de telle ; car, à vrai dire, ce n'est pas la foi, mais sa plus lointaine possibilité, qui devine son objet à l'horizon le plus reculé, quoique séparée de lui par un abîme où se démène le désespoir.

Mais Abraham avait la foi pour cette vie ; il croyait qu'il vieillirait dans le pays, honoré du peuple, béni dans sa postérité, inoubliable en Isaac, son amour le plus cher en cette vie, et qu'il embrassait avec une affection bien mal exprimée quand on dit qu'il accomplissait fidèlement son devoir paternel, d'ailleurs, suivant le texte : « ton fils, celui que tu aimes » (Gen XXII, 2). Jacob eut douze fils et en aima un ; Abraham n'en eut qu'un, celui qu'il aimait.

Mais Abraham crut et ne douta point ; il crut l'absurde. S'il avait douté, il aurait agi autrement ; il aurait accompli un acte grand et magnifique ; car aurait-il pu faire autre choses ? Il serait allé à la montagne de Morija, il aurait fendu le bois, allumé le bûcher, tiré le couteau – il aurait crié à Dieu : « ne méprise pas ce sacrifice ; ce n'est pas ce que je possède de meilleur, je le sais bien ; qu'est-ce en effet qu'un vieillard auprès de l'enfant de la promesse ? Mais c'est le meilleur que je puisse te donner. Fais qu'Isaac n'en sache jamais rien, afin que sa jeunesse le console. » Il se serait enfoncé le couteau dans le sein. Le monde l'aurait admiré, et son nom n'aurait pas été oublié ; mais une chose est d'être admiré, et une autre d'être l'étoile qui guide et sauve l'angoissé.

Mais Abraham crut. Il ne pria pas pour lui, pour toucher le Seigneur ; il ne s'avança en suppliant que lorsqu'un juste châtiment descendit sur Sodome et Gomorrhe.

Nous lisons (Gen XXII, 1) dans l'Ecriture : « et Dieu mit Abraham à l'épreuve et lui dit : Abraham, Abraham, où es-tu ? Et Abraham répondit : me voici ! » Toi, à qui mon discours s'adresse, en as-tu fait autant ? Quand tu as vu venir de loin les coups du sort, n'as-tu pas dit aux montagnes : « cachez-moi » (Luc XXIII, 30) et aux coteaux : « tombez sur moi ! » Ou, si tu fus plus fort, ton pied ne s'est-il pas avancé bien lentement sur la bonne voie, n'as-tu pas soupiré après les vieux sentiers ? Et, quand l'appel a retenti, as-tu gardé le silence, as-tu répondu, tout bas, peut-être, en un murmure ? Abraham, lui, ne répondit pas ainsi ; avec joie et courage, plein de confiance et à pleine voix, il dit : « me voici ! »

Nous lisons encore (Gen XXII, 3) : « et Abraham se leva de bon matin. » Il se pressa comme pour une fête, et de bon matin il fut à l'endroit désigné, sur la montage de Morija. Il ne dit rien à Sara, rien à Eliézer : qui d'ailleurs pouvait le comprendre ? Et la tentation, de par sa nature, ne lui avait-elle pas imposé le vœu du silence ?

« Il fendit le bois, il lia Isaac, il alluma le bûcher, il tira le couteau. »

Mon cher auditeur ! Bien des pères ont cru perdre en leur enfant leur plus précieux trésor au monde, et être dépouillés de toute espérance à venir ; mais aucun fils n'a été l'enfant de la promesse au sens où Isaac le fut pour Abraham. Bien des pères ont perdu leur enfant, mais il leur fut pris par la main de Dieu, par l'insondable et immuable volonté du Tout-puissant. Tout autre est le cas d'Abraham. Une plus lourde épreuve lui était réservée, et le sort d'Isaac se trouva dans la main d'Abraham tenant le couteau. Telle était la situation du vieillard devant son unique espérance !
Mais il ne douta point, il ne regarda point d'un œil angoissé à droite ou à gauche, il ne fatigua point le ciel de ses prières. Donc le Tout-puissant l'éprouvait, il le savait, et il savait que ce sacrifice était le plus lourd qu'on pût lui demander ; mais il savait aussi que nul sacrifice n'est trop lourd quand Dieu le demande – et il tira le couteau.

Qui donna la force au bras d'Abraham, qui tint sa droite levée et l'empêcha de retomber, impuissante ? Le spectateur de cette scène en est paralysé. Qui donna la force à l'âme d'Abraham et empêcha ses yeux de s'enténébrer au point de ne voir ni Isaac ni le bélier ? Le spectateur de cette scène en devient aveugle. - Et pourtant, sans doute, rare est l'homme qui en devient aveugle et paralysé, et plus rare encore, l'homme qui raconte dignement ce qui s'est passé. Nous le savons tous: ce n'était qu'une épreuve.

Si Abraham avait douté sur la montagne de Morija, s'il avait regardé autour de lui dans l'irrésolution, si, en tirant le couteau, il avait par hasard aperçu le bélier, si Dieu avait permis de le sacrifier à la place d'Isaac - alors il serait revenu chez lui, tout resté comme avant; il aurait eu Sara près de lui, il aurait conservé Isaac, et pourtant, quel changement ! Car sa retraite aurait été une fuite, son salut un hasard, sa récompense une confusion et son avenir peut-être la perdition. Alors, il n'aurait témoigné ni de sa foi, ni de la grâce de Dieu, mais il aurait montré combien il est terrible de gravir la montagne de Morija. Alors, Abraham n'aurait pas été oublié, ni la montagne de Morija. Elle aurait été citée non comme l'Ararat où l'arche s'arrêta, mais comme un lieu d'effroi: "c'est là", eût-on dit, "qu'Abraham a douté".

Abraham, père vénérable ! Quand tu revins chez toi de Morija, tu n'eus aucunement besoin d'un panégyrique pour te consoler d'une perte; car, n'est-ce pas, tu avais tout gagné, et gardé Isaac ? Désormais, le Seigneur ne te le prit plus et l'on te vit joyeux à table avec ton fils dans ta demeure, comme là-haut pour l'éternité.

Abraham, père vénérable ! Des milliers d'années se sont écoulées depuis ces jours, mais tu n'as pas besoin d'un admirateur attardé pour arracher par son amour ta mémoire aux puissances de l'oubli; car toute langue te rappelle - et pourtant tu récompenses qui t'aime plus magnifiquement que personne; tu le rends là-haut bienheureux en ton sein, et tu captives ici bas son regard et son cœur par le prodige de ton action.

Abraham, père vénérable ! Second père du genre humain ! Toi qui le premier as éprouvé et manifesté cette prodigieuse passion qui dédaigne la lutte terrible contre la fureur des éléments et les forces de la création pour combattre avec Dieu, toi qui le premier as ressenti cette passion sublime, expression sacrée, humble et pure, de la divine frénésie, toi qui as fait l'admiration de païens, pardonne à celui qui a voulu parler à ta louange, s'il s'est mal acquitté de sa tâche. Il a parlé humblement, selon le désir de son coeur; il a parlé brièvement, comme il convenait; mais il n'oubliera jamais qu'il t'a fallu cent ans pour recevoir contre toute attente le fils de la vieillesse et que tu as dû tirer le couteau pour garder Isaac; il n'oubliera jamais qu'à cent trente ans, tu n'étais pas allé plus loin que la foi.

S. Kiergegaard
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )


Revenir vers « Méditations »



Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité