Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2010-2011)

« Mon âme aspire vers toi pendant la nuit, mon esprit te cherche dès le matin. » (Is 26.9)
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etienne lorant
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Liturgie du jour avec Boisvert (2008)

Message non lupar etienne lorant » dim. 06 nov. 2011, 18:47

Evangile : La venue du Fils de l'homme. « Voici l'époux, sortez à sa rencontre » (Mt 25, 1-13)


Acclamation : Alléluia. Alléluia. Soyez vigilants et demeurez prêts : vous ne connaissez pas l'heure où le Fils de l'homme viendra. Alléluia. (Mt 24, 42.44)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole :
« Le Royaume des cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe et s'en allèrent à la rencontre de l'époux.
Cinq d'entre elles étaient insensées, et cinq étaient prévoyantes : les insensées avaient pris leur lampe sans emporter d'huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leur lampe, de l'huile en réserve.
Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.
Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : 'Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre.'
Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leur lampe.
Les insensées demandèrent aux prévoyantes : 'Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent.'
Les prévoyantes leur répondirent : 'Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous ; allez plutôt vous en procurer chez les marchands.'
Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et l'on ferma la porte.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent : 'Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !'
Il leur répondit : 'Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.'
Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. »


Cette seconde venue du Seigneur, comme sont nombreux ceux et celles qui en voient des signes ! Et d'ailleurs, depuis quelques années, je crois en discerner quelques-uns... mais tout en m'abstenant d'en parler. C'est exprès que je fais ainsi. En gardant pour moi ces spéculations, je m'efforce de suivre le conseil donné dans le dernier verset de cet Évangile.
Car lorsqu'Il dit : "Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure", à l'appui de cette parabole, Jésus nous renvoie à notre destinée personnelle. Il a fait de même lorsqu'il a parlé de l'écroulement de la tour de Siloë et des assassinats commis sur l'ordre de Pilate: "Étaient-ils plus coupables que les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis, mais convertissez-vous, de crainte de périr de la même manière".

L'attente vécue par les vierges folles et les vierges sages en vue de participer à un banquet de noces a dû paraître une histoire très simple, très banale, au fond, pour les auditeurs de Jésus. Dans son homélie, le prêtre nous a d'ailleurs confirmé que les mariages se fêtaient ainsi à l'époque: le marié arrivait le soir à la maison de sa future épouse, accompagné des siens. Tout le monde entrait, on fermait les portes, la cérémonie avait lieu aussitôt et le banquet commençait ensuite. Le problème qui se pose est que le marié ayant pris du retard, toutes les jeunes filles invitées se sont finalement assoupies à quelque distance du lieu du banquet. La fatigue de l'attente et la nuit étant tombée, la joyeuse excitation ressentie à la pensée de participer à cette fête, a laissé place à la lassitude et toutes se sont endormies. Mais le moment venu, les unes peuvent aussitôt rallumer leurs lampes pour achever leur route, tandis que les autres, à la fin, resteront dehors.

Les premières avaient été prévoyantes : elles avaient anticipé un quelconque incident sur la route et elles ont bien fait: elles seront accueillies. Tandis que les autres s'entendront répondre: "Je ne vous connais pas", et seront laissées "dans les ténèbres extérieures".
Bref, Jésus nous dit que ce n'est pas la longueur du temps de l'attente qui compte, mais c'est d'être prêts en tous temps, c'est-à-dire: chaque jour et chaque heure de chaque jour.

A ce moment, je me suis souvenu de mon ami Jean-Paul, qui avait le même âge que moi, à quelques jours près. Il est décédé brutalement, dans un accident de voiture, un jour de printemps durant les années 90. Rien que d'y penser, çà donne froid dans le dos: il s'est levé, il a embrassé sa femme et ses enfants, il est monté dans sa voiture... et à midi, la gendarmerie est venue prévenir que sa voiture s'était écrasée contre un arbre. Et non seulement il était mort, mais la proche famille ne put même pas voir son corps, tant le choc avait été violent. C'est une histoire épouvantable et pourtant tout à fait ordinaire. La question que je me suis posée est évidemment : était-il prêt ? Je réponds 'Oui'. C'était un fervent catholique et il était vraiment débonnaire. En mettant en ordre ses papiers, les parents ont découvert beaucoup de factures impayées au cours des cinq dernières années de sa vie: ceux qui ne savaient pas payer ne payaient pas (il était ostéopathe).

A son exemple, bien que ne désirant certes pas le même type de 'départ', je désire être prêt moi aussi. Et je dois me battre pour cela, car en regardant les actualités, je m'efforce souvent d'anticiper mon avenir "économique"- cette préoccupation peut paraître tout à fait légitime, mais il ne faudrait pas qu'elle occupe mon esprit toutes les heures de chaque jour. Ce n'est pas pour ma retraite que je dois me montrer prévoyant en premier lieu, mais plutôt : en vue du Royaume des Cieux !

Et finalement, que j'aille jusqu'au bout de ma carrière, dans une dizaine d'années, et que je vive encore longtemps, ou bien que je tombe malade (comme tant et plus de mes clients décédés des suites de maladie), ou encore : que j'assiste au retour de mon Seigneur "venant sur les nuées du ciel", ce qui compte en fait, c'est d'être prêt chaque jour. Ce qui compte, c'est de vivre mieux ma foi aujourd'hui qu'hier et demain mieux qu'aujourd'hui.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Changement de la force de gravité

Message non lupar etienne lorant » lun. 07 nov. 2011, 11:45

Evangile : Paroles diverses pour la vie des disciples (Lc 17, 1-6)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Gardez la parole de vie : vous serez pour le monde des foyers de lumière. Alléluia. (cf. Ph 2, 15-16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus disait à ses disciples :
« Il est inévitable qu'il arrive des scandales qui entraînent au péché, mais malheureux celui par qui ils arrivent.
Si on lui attachait au cou une meule de moulin et qu'on le précipite à la mer, ce serait mieux pour lui que d'entraîner au péché un seul de ces petits.

Tenez-vous sur vos gardes ! Si ton frère a commis une faute contre toi, fais-lui de vifs reproches, et, s'il se repent, pardonne-lui.
Même si sept fois par jour il commet une faute contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : 'Je me repens', tu lui pardonneras. »

Les Apôtres dirent au Seigneur :
« Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit :
« La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait. » Cy Aelf, Paris.


Ce matin, je respecte l'ordre adopté par la Bible de la Liturgie, sur son site, afin de méditer ces diverses 'directives' concernant la vie des disciples, ainsi que la demande finale des disciples.

La première touche aux scandales qui entraînent au péché. Notre prêtre à rapproché ces scandales des tentations dont Satan lui-même a usé envers Jésus: tentation de satisfaire les besoins de la chair sans prier Dieu, tentation de prendre du pouvoir, tentation d'employer des moyens illicites à l'homme pour se faire reconnaître d'eux. C'est que, de ces trois tentations principales découlent toutes les autres. Ils sont certes malheureux ceux qui, pour arriver à leurs fins et satisfaire leurs désirs mauvais, emploient toutes sortes de stratagèmes - depuis le fait de créer un besoin factice, de faire miroiter de fabuleuses réussites et jusqu'à persuader, si c'est possible, que le mal possède une forme de noblesse respectable !

Sur le moment, je me suis rappelé cette double info, diffusée le même jour... La première disait que la chasse à la fraude serait la première priorité du prochain gouvernement; mais la seconde disait tout autre chose: "les responsables des divers corps de police" déclarent que la chasse à la fraude ne sera pas leur priorité, car il faut d'abord lutter contre la traite des êtres humains, le trafic de drogue et le grand banditisme... Quel gros mensonge ! Car ces trois activités illégales ciblées par la police, génèrent énormément d'argent - et en réalité, quand on y réfléchit un peu, si l'on ne s'attaque pas aux revenus du crime, mais simplement, aux acteurs de terrain, on ne résout pas les problèmes.

La seconde, concernant le pardon réitéré jusqu'à sept fois, pour peu que le coupable le demande, manifeste combien la justice divine est patiente à s'exercer, tandis que la nôtre prétend venir à bout du mal en blâmant le pécheur avec promptitude. Mais les disciples doivent savoir prendre patience comme Dieu prend patience envers eux-mêmes. J'ai songé au mot de Bernanos : "Si Dieu nous donnait une idée assez claire de la solidarité qui nous lie les uns aux autres dans le bien comme dans le mal, je crois que nous ne saurions plus vivre..."

La demande finale des disciples, qui conclut l’Évangile, résulte naturellement des deux premières déclaration. Pour agir comme Dieu veut, quelle foi faudra-t-il donc ! De nouveau, Jésus répond que la quantité de foi de la taille d'une graine de moutarde suffirait au-delà du possible ! Mais comment Jésus peut-il répondre une telle chose ? Car c'est essentiellement de l'amour de Dieu qu'il s'agit. Les disciples ont été retirés du monde par le choix de leur Maître, et voilà qui simplifie tout. Par contre, souvenons-nous du jeune homme riche et de sa détresse finale, de sa déroute: il renonce car il sait qu'il a de grands biens et il y est attaché... Ce lundi matin, je suis joyeux car j'ai encore goûté un vrai beau sermon qui m'a enrichi le cœur.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Liturgie du jour avec Etienne Lorant

Message non lupar etienne lorant » mer. 09 nov. 2011, 11:50

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
vous êtes la maison que Dieu construit.
Comme un bon architecte, avec la grâce que Dieu m'a donnée, j'ai posé les fondations. D'autres poursuivent la construction ; mais que chacun prenne garde à la façon dont il construit.
Les fondations, personne ne peut en poser d'autres que celles qui existent déjà : ces fondations, c'est Jésus Christ.
N'oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous.
Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous.

[center]***[/center]

Les Juifs l'interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »
Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais le Temple dont il parlait, c'était son corps.
Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite
.


En devenant croyants, nous sommes devenus, à la suite de Jésus, le temple de Dieu dans lequel l'Esprit de Dieu habite. Puisque nous sommes habités par l'Esprit de Dieu, je prie que nous agissions en tout temps, dans nos relations privées comme dans nos rapports avec le monde, comme l'Esprit nous incitera à le faire.

A cette fin, il nous faut lutter en tout temps pour 'renverser les temples des changeurs'. Ce matin, cette petite phrase m'a particulièrement touché, car il s'agit en fait de procéder à un "grand nettoyage" de tout ce qui, du fait de notre passage en ce monde, nous paraissait acquis, ou bien "aller de soi". Et ce n'est pas simple, car nous vivons continuellement harcelés par de nouvelles idées, mais aussi des émotions et des sentiments contraires. Il est donc très utile de "donner un coup de balai" régulièrement, dans ce temple de Dieu qu'est devenu notre corps, par le saint sacrifice du Seigneur.

Ce coup de balai, c'est ce que permet le sacrement de confession ou réconciliation. Cependant, il est vraiment devenu difficile de l'obtenir. J'ai songé à cela en constatant que pour la seule ville où je réside, qui approche les cinquante mille habitants, nous n'avons plus qu'une Eucharistie le matin, à laquelle participe moins de dix fidèles... j'ai effectué le calcul de pourcentage, mais à quoi bon. Je n'ai plus le sacrement qui manque, et le sacrement principal, pendant combien de temps en bénéficierai-je encore ?

Cependant, j'ai confiance, malgré tout, que le Seigneur viendra d'une façon ou d'une autre à notre secours. Le Seigneur connaît nos difficultés et - j'en ai encore fait l'expérience hier, Il ne reste pas sans intervenir dans la vie de chacun. En attendant mieux, le coup de balai, pour moi, s'appelle régularité et discipline. J'y ai ajouté, depuis une semaine, l'abstinence complète de boissons alcoolisées : une connaissance étant obligée de mettre un terme à ses habitudes, je lui ai dit que je le suivrai, moi qui n'y suis pas contraint; Dans la pratique, je l'ai déjà dépassé de quelques jours, mais je comprends ce qu'il vit dans sa solitude et la tentation de trop faciles rencontres dans les cafés. Autre évidence de ce proche accompagnement du Seigneur, j'ai accès à des surplus (disons carrément des gaspillages) d'invendus de conserves de nourriture que j'ai commencé de redistribuer ... dans la plus grande discrétion.

Puissions-nous demeurer inébranlables et pratiquer notre foi là où l'Esprit nous en offre la possibilité et avec une ardeur renouvelée !

Note:
Du point de vue spirituel, expliquait le pape récemment, « la fête de la Dédicace célèbre un mystère toujours plus actuel : Dieu veut nous édifier dans le monde en temple spirituel, en communauté qui l'adore en esprit et vérité (cf. Jn 4, 23-24)... Mais cette fête nous rappelle aussi", a-t-il-dit, "l'importance des édifices matériels, dans lesquels les communautés se rassemblent pour célébrer les louanges de Dieu ».

http://www.rome-passion.com/saint-jean-latran.html
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Le Royaume est au milieu de nous

Message non lupar etienne lorant » jeu. 10 nov. 2011, 11:15

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 17, 20-25)
Comme les pharisiens demandaient à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, il leur répondit : « Le règne de Dieu ne vient pas d'une manière visible. On ne dira pas : 'Le voilà, il est ici !' ou bien : 'Il est là!' En effet, voilà que le règne de Dieu est au milieu de vous.


Par je ne sais plus quel chemin, dans son homélie, le prêtre nous a amenés à reconnaître que l'on ne peut vraiment rencontrer Dieu qu'à partir du moment où nous commençons à le servir. La première lecture l'indique lorsqu'elle dit: "De génération en génération, elle se transmet à des âmes saintes, pour en faire des prophètes et des amis de Dieu.
Car Dieu n'aime que celui qui vit avec la Sagesse."

C'est pourquoi la meilleure manière de trouver ce bonheur, c'est d'en devenir le serviteur. Combien d'hommes et de femmes, qui disaient pourtant chercher Dieu, n'ont pas daigné faire un pas, le seul petit pas nécessaire pour être sauvé !

Dans la journée d'hier, j'ai lu un long récit de la conversion de Jacques et Raïssa Maritain, tous deux grands intellectuels qui ont longtemps cherché Dieu dans les sciences, puis la philosophie, puis en essayant de comprendre l'esprit humain, mais ils restaient comme des coureurs en position de départ, tous les muscles tendus... mais attendant toujours le signal pour s'élancer. Ainsi, l'homme est fait pour aimer Dieu, mais s'il ne commence pas, il ne le rencontre pas. Finalement, le jeune couple était à ce point exaspéré que les deux avaient résolu de mettre fin à leurs jours s'ils ne trouvaient pas la vérité.

C'est en découvrant Bergson et son discours sur l'intuition ("C'est dans l'expérience, sensible, temporelle, immédiate, qu'il doit y avoir intuition ou pas du tout. Mais si l'intuition est donnée, elle livre alors les caractères d'une réalité, sans aucune relativité due à nos sens ou à notre connaissance".) qu'ils vont reprendre espoir. Mais c'est surtout la rencontre - tout à fait improbable du fait de la différence de milieu, du romancier Léon Bloy, qui va leur permettre de rencontrer le Seigneur.

Léon Bloy fut lui aussi un chercheur de Dieu, mais qui s'impliquait corps et âme dans sa démarche - c'est à cela que je voulais en venir : c'est en rencontrant un homme qui s'était jeté à l'eau, un peu comme on se plonge dans l'eau du baptême, que le couple a lui aussi rencontré Dieu. Et les Maritain se sont convertis et sont devenus d'infatigables travailleurs à la vigne du Royaume (*)


http://info.catho.be/2011/02/10/vers-un ... -maritain/
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Le Jour du Seigneur - Chasser les doutes

Message non lupar etienne lorant » ven. 11 nov. 2011, 10:56

Lecture du livre de la Sagesse
Ils sont foncièrement insensés, tous ces hommes qui en sont venus à ignorer Dieu : à partir de ce qu'ils voient de bon, ils n'ont pas été capables de connaître Celui qui est ; en examinant ses œuvres, ils n'ont pas reconnu l'Artisan...
S'ils ont poussé la science à un degré tel qu'ils sont capables d'avoir une idée sur le cours éternel des choses, comment n'ont-ils pas découvert plus vite Celui qui en est le Maître ?

Evangile : Le jour du Fils de l'homme (Lc 17, 26-35.37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Redressez-vous, levez la tête, car votre rédemption approche. Alléluia. (Lc 21, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera.


Dans son homélie, ce matin, le prêtre s'est penché longuement sur le passage du Livre de la Sagesse et sur cette contradiction des hommes qui, d'un côté, se montrent capables de reconnaître la beauté et la permanence de l'univers - dont la connaissance n'est jamais achevée, mais qui déclarent pourtant ne pas pouvoir en reconnaître le Maître. Comment est-ce possible ? En grande partie, a-t-il conclu, du fait de la brièveté de l'existence humaine : plutôt que de reconnaître en toute humilité sa place, l'homme s'attache aux biens qui passent - quand bien même il sait qu'ils passent. Il cherche donc à conserver sa vie - ce qui est totalement illusoire et déraisonnable, étant donné qu'il en reconnaît lui-même la brièveté. Plutôt que de reconnaître Dieu et de Lui consacrer sa vie en offrandes et en louanges, il se replie sur lui-même. L'homme est donc perpétuellement divisé.

L'Evangile évoquait la femme de Lot, qui s'est retournée et a été changée en statue de sel. Jésus nous commande de nous en souvenir. Prenons donc garde à nous-mêmes, croyants et convertis, de ne pas nous retourner - d'autant plus en ces temps de crise que nous vivons, vers les choses de ce monde auxquelles nous nous sommes attachés. Mais pratiquons le saint abandon : les biens de ce monde nous n'en sommes que gérants. Comportons nous donc comme tels: gérants mais pas propriétaires, et qui auront à rendre compte de notre gestion.
Puissions nous donc avancer vers le Seigneur avec une confiance de plus en plus ouverte, offerte, abandonnée, tel est mon souhait en ce jour.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Message non lupar etienne lorant » sam. 12 nov. 2011, 11:55

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 18, 1-8)
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »


Si, sur la terre un juge inique, répond finalement à la requête d'une veuve qui ne cesse de le harceler, combien à plus forte raison Dieu fera justice à ses élus ! La parabole est simple mais la finale est terrible : le Christ trouvera-t-il la foi quand il reviendra sur la terre ?

Et bien, oui, c'est terrible. Je me suis posé la question aussi - mais ce n'est pas la première fois. Dans ma ville, il existe plus d'une vingtaine d'églises "déclarées ouvertes", sans compter celles des villages aux alentours et toutes les chapelles. Cependant, les jours de fête, comme ce 11 novembre (mais c'était le cas également le jour de la Toussaint), seulement une dizaine de fidèles se rendent encore aux messes indiquées sur la feuille affichées à l'entrée. Souvent, lorsque l'on se fie à sa mémoire, on lit ce document, puis on remonte en voiture vers une toute autre direction.

L'église ne sait plus payer pour l'entretien des bâtiments, voilà tout. Parce que même les collectes 'pour le chauffage' ne rapportent rien. Les prêtres sont ou bien très âgés (et l'homélie reste convenable) ou bien découragés et la messe est dite - très vite. Sans aucunement vouloir me montrer sexiste, seules les paroissiennes 'engagées' qui font les lectures, la collecte ou les chants me paraissent y trouver leur compte. Et je me demande POURQUOI (et depuis longtemps) les prêtres n'osent pas eng... reprendre publiquement leurs paroissiens ? Don Bosco le faisait, lui : il avait toujours besoin de fonds pour recueillir les orphelins ! Ainsi, lorsqu'il remarquait que la quête n'avait rien donné, il la faisait recommencer, et recommencer encore. Et il ne craignait pas d'élever la voix pour dénoncer la piètre charité avec laquelle l'assemblée espérait acheter leur paradis !

2012, année de la foi. Eh bien, encore une fois, le Pape a mis le doigt là où çà fait mal. Les JMJ ont été une grande réussite, à présent il faut réveiller les consciences endormies des adultes. L'abbé Jean Lafrance, très connu pour ses livres sur la prière et ses retraites consacrées à la prière, avait consacré les dernières années de sa vie à prier de manière "incessante" afin que le Christ trouve la foi lorsqu'il reviendra sur la terre. Il évoque cet engagement particulier dans son dernier livre inspiré de l'Evangile de ce jour et qui s'intitule "Nuit et jour".

***
(Un extrait du livre cité):

"Après cette opération, la vie a continué. J’avais dû abandonner bien des activités, car j’étais singulièrement diminué, et je ne passais pas une journée sans souffrir d’un côté ou d’un autre, mais un peu à la fois on s’habitue à tout, même à souffrir. Heureusement, il y avait la prière. Je n’avais pratiquement plus que cela à faire, et elle constituait toute ma force et mon soutien. A plusieurs reprises, je me suis même demandé si le Seigneur n’allait pas me rappeler à lui. Mais j’ai prêché deux retraites, et chaque fois le Seigneur m’a donné les forces nécessaires, en me montrant clairement qu’il me voulait encore dans ce ministère. J’ai encore eu cette lumière, il y a un mois, à ma dernière retraite. Puis il y a eu la seconde opération, le 25 mai dernier. On avait déjà décelé un goitre thyroïdien avant l’opération du poumon, mais comme cela ne me gênait pas, on avait attendu. Un beau jour il a touché les cordes- vocales, et ma voix était atteinte, alors l’opération a été décidée. Tout s’est bien passé malgré mes craintes. C’est vrai. L’intervention était réussie, mais les analyses inévitables décelaient quel­ques cellules non identifiées, comme disent élégamment les laboratoires. Cela incitait mon chirurgien à me demander un petit traitement complémentaire de rayons. Ce qui ne m'enchantait pas du tout. Et c’est là qu’il y a eu un petit miracle, sans parler de tous les autres qui m’avaient gardé en vie jusque-là. Un ami m’a signalé que le Père Tardif venait pour une journée de récollection à Nouan-le-Fuzelier. Je suis donc allé auprès d’Orléans à cinq heures de voiture pour aller, la même chose pour le retour en une journée. J’ai participé sous la pluie à l’assemblée de prière et je ne pensais pas rencontrer le Père tellement il y avait de monde (cinq mille personnes) Et voilà qu’au début de l’après-midi, je vais vers le podium pour attendre le second enseignement sur l’intercession qui m’a beaucoup marqué, et je rencontre le Père. Il avait reçu une lettre à mon sujet, et il savait de quoi il s’agissait. Il m’a accueilli très fraternellement et a été très bon pour moi. Il me connaissait déjà un peu par mes livres traduits en espagnol à Saint-Domingue, il avait aimé La puissance de la prière. Il m’a pris à part dans l’église et a prié pour moi, dans une prière de louanges en langues. J’ai été à côté de lui pour l’enseignement, et j’ai concélébré l’Eucharistie où il y a eu une grande prière de guérison et beaucoup de témoigna­ges. Je n’étais pas fatigué, et toutes mes douleurs avaient comme disparu. C’est au retour qu’a eu lieu, je crois, le miracle! Plusieurs fois, il avait annoncé qu’à la prochaine visite chez le docteur, il y aurait un signe: le traitement prévu deviendrait inutile. La semaine suivante, je devais aller voir mon radiologue pour prévoir le traitement des rayons. Après m’avoir examiné, il m’a déclaré que les rayons n’étaient pas néces­saires, puisque j’avais déjà été irradié, mais il me demandait quelques examens complémentaires. J’étais dans la joie et l’action de grâce à ce moment, car je touchais du doigt la puissance du Ressuscité. La prière qui montait à mes lèvres était celle de Jésus, à propos de la résurrection de Lazare, mais je l’adressais à Jésus: Seigneur Jésus, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je sais bien que tu m’exauces toujours. En dehors de faits marquants comme celui-là, je dois avouer que j’ai souvent (pour ne pas dire toujours) expéri­menté la puissance de la prière dans le soulagement de la douleur et de la souffrance. Dans les moments où tout m’accablait, je me mettais à prier (là encore c’est une grâce) et j’en sortais toujours pacifié, la souffrance avait disparu, comme enlevée d’un revers de main. Au moment où j’écris ces lignes ont lieu les funérailles de mon ami Jean-Pierre Leclercq (cinquante-deux ans). On lui avait enlevé un poumon il y a quatre ou cinq mois, et en juin s’est déclarée une tumeur au cerveau. Je l’avais visité récemment, et avec beaucoup de pudeur et de discrétion, il ne m’avait pas caché son état. Ce prêtre était un homme véritable, plein d’humanité et d’amitié, et en même temps un homme de Dieu. Je l’ai prié hier soir et ce matin, et j’ai ressenti sa présence et son intercession, en ce qu’il m’a remis dans ma vocation profonde en me donnant la grâce de la prière." Extrait du livre : Jour et nuit , de Jean Lafrance p. 10-13 , Édition Médiaspaul er Éditions Paulines , 1992
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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La guérison de notre cécité.

Message non lupar etienne lorant » lun. 14 nov. 2011, 11:14

Evangile : Guérison d'un aveugle (Lc 18, 35-43)

Comme Jésus approchait de Jéricho, un aveugle qui mendiait était assis au bord de la route.
Entendant une foule arriver, il demanda ce qu'il y avait.
On lui apprit que c'était Jésus le Nazaréen qui passait.
Il s'écria : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »
Ceux qui marchaient en tête l'interpellaient pour le faire taire. Mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! »
Jésus s'arrêta et ordonna qu'on le lui amène. Quand il se fut approché, Jésus lui demanda :
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Seigneur, que je voie ! »
Et Jésus lui dit : « Vois. Ta foi t'a sauvé. »
À l'instant même, l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, adressa ses louanges à Dieu
.


Pour mieux situer la scène, lorsque l'on sort du désert du Sinaï, Jéricho est la première ville que l'on traverse pour se rendre à Jérusalem - située beaucoup plus en altitude. A la la fin de leur périple de quarante année dans le désert, c'est par Jéricho que les juifs sont entrés en terre promise. Cette précision n'est pas sans importance pour comprendre la richesse de sens de la guérison de cet aveugle.
Celui-ci est juif car nul, autre qu'un juif, n'eût appelé Jésus "fils de David". C'est le plus grand éloge qu'un juif peut adresser car l'expression 'fils de David' désigne directement le messie de Dieu.

Et l'on continue dans le sens à plusieurs niveaux. Jésus sait bien que cet homme est aveugle, mais il va tout de même lui poser la question.
C'est que l'on peut être aveugle et désirer guérir, mais on peut également désirer quelque chose que plus que de recouvrir la vue. Or, c'est bien ce qui va se passer ici. Et la réponse de cet homme, son cri : "Seigneur, que je voie !" sort du plus profond de l'homme et porte beaucoup plus loin: il atteint même chacun d'entre nous car nous avons beau dire comme certains pharisiens que "Nous voyons !", c'est à cause de cette prétention que notre péché demeure !

Dès lors, comme il serait intéressant pour chacun d'entre nous, de nous mettre à la place de l'aveugle, de nous asseoir au bord de la route: nous comprendrions tout aussitôt notre isolement hors du mouvement général, notre distinction malheureuse, ce sentiment de différence, inacceptable par le monde... au fond, il suffit de fermer les yeux pour se trouver à la place de l'aveugle, bien sûr ! Ce cri de "Seigneur, que je voie !", comme il va plus loin que la guérison des yeux de chair ! Voir, c'est aussi comprendre, c'est aussi découvrir et le regard n'est jamais rassasié.

Voir, c'est aussi: suivre, car la guérison de l'aveugle est double. Il est né de nouveau par son acte de foi. Ouvrir les yeux, voir le Christ, et dans le même mouvement: le suivre, évidemment... quoi d'autre ?
Il me semble souvent que les hommes parlent de la fin du monde sans comprendre que le monde est achevé à partir du moment où nos yeux s'ouvrent. Qu'est-ce que la conversion, sinon la guérison de notre aveuglement ?

Soudain, lorsque nos yeux s'ouvrent, tous nos murs tombent: nous avions cru qu'ils nous protégeaient mais nous nous étions enfermés à l'intérieur, nous avions fermé nos portes à double-tour et notre citadelle n'était qu'une prison. Il faudrait relire ici la prise de Jéricho par Josué, mais je préfère la formule poétique que j'emprunte à Victor Hugo:

"Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée.

Quand Josué rêveur, la tête aux cieux dressée,
Suivi des siens, marchait, et, prophète irrité,
Sonnait de la trompette autour de la cité,
Au premier tour qu'il fit, le roi se mit à rire ;
Au second tour, riant toujours, il lui fit dire :
" Crois-tu donc renverser ma ville avec du vent ? "
À la troisième fois l'arche allait en avant,
Puis les trompettes, puis toute l'armée en marche,
Et les petits enfants venaient cracher sur l'arche,
Et, soufflant dans leur trompe, imitaient le clairon ;
Au quatrième tour, bravant les fils d'Aaron,
Entre les vieux créneaux tout brunis par la rouille,
Les femmes s'asseyaient en filant leur quenouille,
Et se moquaient, jetant des pierres aux Hébreux ;
À la cinquième fois, sur ces murs ténébreux,
Aveugles et boiteux vinrent, et leurs huées
Raillaient le noir clairon sonnant sous les nuées ;
À la sixième fois, sur sa tour de granit
Si haute qu'au sommet l'aigle faisait son nid,
Si dure que l'éclair l'eût en vain foudroyée,
Le roi revint, riant à gorge déployée,
Et cria : " Ces Hébreux sont bons musiciens ! "
Autour du roi Joyeux riaient tous les anciens
Qui le soir sont assis au temple, et délibèrent.

À la septième fois, les murailles tombèrent.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Le roi et les dix pièces d'or

Message non lupar etienne lorant » mer. 16 nov. 2011, 10:54

Evangile : Parabole du prétendant à la royauté et des dix pièces d'or (Lc 19, 11-28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Comme on écoutait Jésus, il ajouta une parabole, parce qu'il était près de Jérusalem et que ses auditeurs pensaient voir le royaume de Dieu se manifester à l'instant même.
Voici donc ce qu'il dit : « Un homme de la grande noblesse partit dans un pays lointain pour se faire nommer roi et rentrer ensuite chez lui.
Il appela dix de ses serviteurs, leur distribua dix pièces d'or et leur dit : 'Faites-les fructifier pendant mon voyage.'
Mais ses concitoyens le détestaient, et ils envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire : 'Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous.'
Mais quand il revint après avoir été nommé roi, il convoqua les serviteurs auxquels il avait distribué l'argent, afin de savoir comment chacun l'avait fait fructifier.
Le premier se présenta et dit : 'Seigneur, ta pièce d'or en a rapporté dix.'
Le roi lui dit : 'Très bien, bon serviteur ! Puisque tu as été fidèle en si peu de chose, reçois l'autorité sur dix villes.'
Le second vint dire : 'Ta pièce d'or, Seigneur, en a rapporté cinq.'
À celui-là, le roi dit encore : 'Toi, tu seras gouverneur de cinq villes.'
Un autre encore vint dire : 'Seigneur, voici ta pièce d'or, je l'avais mise de côté dans un linge.
En effet, j'avais peur de toi : tu es un homme exigeant, tu retires ce que tu n'as pas déposé, tu moissonnes ce que tu n'as pas semé.'
Le roi lui dit : 'Je vais te juger d'après tes propres paroles, serviteur mauvais : tu savais que je suis un homme exigeant, que je retire ce que je n'ai pas déposé, que je moissonne ce que je n'ai pas semé ; alors pourquoi n'as-tu pas mis mon argent à la banque ? À mon arrivée, je l'aurais repris avec les intérêts.'
Et le roi dit à ceux qui étaient là : 'Retirez-lui la pièce d'or et donnez-la à celui qui en a dix.'
On lui dit : 'Seigneur, il en déjà dix !
— Je vous le déclare : celui qui a recevra encore ; celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a.
Quant à mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et mettez-les à mort devant moi.'»
Après avoir dit ces paroles, Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem. Cy Aelf, Paris


Lorsque le mauvais serviteur (qui fut tout simplement paresseux et refermé sur lui-même) expose ses moyens de défense - c'est-à-dire des jugements humains, le roi répond, en quelque sorte: puisque c'est ainsi que tu me considères, reçois donc le jugement que tu as toi-même formulé. ("De la mesure dont vous aurez mesuré, vous serez mesurés à votre tour", dit encore Jésus en Luc 6)

Le grand problème des hommes n'est-il pas souvent de considérer Dieu à la façon de l'homme ? De nouveau, comme il se prépare à entrer dans Jérusalem, il est question de sommes confiées à des serviteurs pour lesquels des comptes seront demandés. Pourquoi ce langage type de langage ? Je me l'explique en songeant qu à ce moment particulier, Jésus éprouve durement combien, tout en affirmant leur foi en Dieu, les hommes demeurent attachés aux choses de ce monde.

Mais l'or dont il est question ici, ce sont les dons de Dieu, c'est la grâce, la plénitude de la miséricorde. Et la grâce ne peut croître et se multiplier que par le don gratuit et la charité pratiquée envers tous. Comme ils sont peu nombreux ceux et celles qui comprennent et pratiquent ces choses !

Pour un homme qui donne à son prochain, la mesure dont il se sert est toujours un peu courte, car il a difficile d'arracher son aumône à la dureté de son cœur. Néanmoins, à la fin, il recevra plus que ce qu'il a donné lui-même. Pourquoi? Parce ce n'est pas le prochain - celui qui a reçu l'aumône, qui rendra le bienfait, mais c'est le Père ! Celui qui voit dans le secret a vu la peine que s'est donnée le bienfaiteur, Il a vu son débat intérieur contre l'ego, Il a vu l'obole de la pauvre veuve: elle est ridicule comparée à toutes les autres, mais c'est elle qui a déposé le plus, car elle a mis "tout son nécessaire".

Jésus est donc venu révéler l'amour miséricordieux du Père. Mais nous, voulons nous que la Miséricorde règne sur nous ?

Trouvé dans une épître :

Jc 2, 13 Car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde ; mais la miséricorde se rit du jugement.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Jésus pleure sur Jérusalem

Message non lupar etienne lorant » jeu. 17 nov. 2011, 11:58

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 19, 41-44)
Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle ; il disait : « Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. Oui, il arrivera pour toi des jours où tes ennemis viendront mettre le siège devant toi, t'encercleront et te presseront de tous côtés ; ils te jetteront à terre, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait. » Cy Aelf, Paris


On n'y prête guère attention à la première lecture, et cependant: le Seigneur dit clairement que la destruction de Jérusalem se produira parce qu'elle n'a pas reconnu le moment où Dieu la visitait.

Doit-on conclure que Dieu a voulu ce châtiment ? Je ne le pense pas. Mais je crois que Jérusalem est comme quiconque parmi nous. Si, après avoir reçu des signes réels de la présence du Seigneur dans nos vies - et de ses bienfaits pour nous, nous n'avons pas daigné changer quoi que ce soit à nos propres règles et à nos habitudes, alors Dieu permettra, toujours par sa Miséricorde, que nous soyons laissés à nos propres forces devant des événements contraires qui surviennent toujours.

De la même façon, Jésus ne pouvait pas se faire reconnaître comme Messie par les Juifs de la manière que les Juifs le lui réclamaient. Satan lui-même l'avait tenté d'accomplir ce signe prodigieux de descendre au milieu du temple soutenu par des anges. Oh, certes, à ce signe-là, les autorités religieuses l'auraient certes reconnu comme Seigneur et maître : il existait même une prophétie de Malachie qui suggérait un tel événement: "Voici que je vais envoyer mon messager, pour qu'il fraye un chemin devant moi.(Jean le Baptiste) Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez; et l'Ange de l'alliance que vous désirez, le voici qui vient! dit Yahvé Sabaot- mais tel n'était pas le dessein de Dieu. Le problème est toujours le même: les hommes se cherchent un Dieu qui 'fonctionne' à la manière des hommes et qui les confirment dans leur façon de vivre.

Aujourd'hui, cet Évangile me dit assez clairement qu'il est de nouveau temps pour moi de reconsidérer ma pratique religieuse, et de réveiller la foi de ma conversion. Car les pratiques religieuses, dans les églises (où je continuerai de me rendre) ne suffisent pas. Il faut de nouveau "aller au charbon". Ce n'est certes pas le moment de croire que tout est advenu, bien au contraire, car ce temps est devenu mauvais.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Nous sommes le temple que Dieu recherche

Message non lupar etienne lorant » ven. 18 nov. 2011, 11:57

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 19, 45-48)
Jésus entra dans le Temple, et se mit à expulser les marchands. Il leur déclarait : « L’Écriture dit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. »
Il était chaque jour dans le Temple pour enseigner. Les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir, mais ils ne trouvaient pas le moyen d'y arriver ; en effet, le peuple tout entier était suspendu à ses lèvres.


Le Seigneur est indiscutablement chez lui dans le temple de Jérusalem et sa première intervention consiste à en chasser les marchands. Il se fonde sur l’Écriture dont les chefs des prêtres et les scribes font plus grand cas que de la mise en œuvre quotidienne et individuelle des commandements de Dieu, dont les deux principaux que Jésus leur a rappelés - et qui font d'eux des hypocrites: ils savent et ne font pas.

A cause de la désobéissance de l'élite religieuse d'Israël, le temple est devenu, à la longue, le lieu où Dieu est comme 'confiné', comme placé en 'résidence surveillée' ainsi que l'on dirait aujourd'hui. Certes, le culte lui est rendu dans toutes les règles et les formes, mais sans que la miséricorde soit pratiquée, sans que l'étranger soit recueilli, sans que les dettes soient remises, bref, sans que l'on s'efforce d'aimer son prochain comme soi-même.

A la mort de Jésus, le voile du temple se déchira en deux, de haut en bas, signe d'abandon. N'ayant plus de raison d'être, le temple sera finalement détruit par les Romains. Ce qui me rappelle la Parole adressée à la Samaritaine : "Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. (En Jn 4)

De nouveau ce matin, notre prêtre a insisté sur le fait que nos églises, elles aussi, peuvent, comme le temple, être abandonnées - et elles le sont de plus en plus, pour finalement être rasées à défaut d'être entretenues: cependant, l'Eglise demeurera, car "le temple de Dieu, c'est vous et moi" pour autant que nous adorions le Père comme le Père le veut: en esprit et en vérité. "En esprit", par l'adoration, la louange, la pratique des sacrements et, "en vérité", par la charité effectivement pratiquée.

Je note qu'un second prêtre, plus jeune, était présent à cette célébration, car le plus âgé avait tenu à ce qu'ils soient deux, afin de donner une certaine solennité à cette Eucharistie en l'occasion de la fête de la Dédicace des basiliques de S. Pierre et de S. Paul, apôtres.
En cette occasion, en dépit de mes difficultés personnelles, j'ai reçu grâce et force et j'en rends grâce à Dieu.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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La résurrection : "Tous vivent pour Lui"

Message non lupar etienne lorant » sam. 19 nov. 2011, 11:51

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 20, 27-40)
Des sadducéens — ceux qui prétendent qu'il n'y a pas de résurrection — vinrent trouver Jésus, et ils l'interrogèrent :
« Maître, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu'il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d'enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l'épouse, puisque les sept l'ont eue pour femme ? »
Jésus répond : « Les enfants de ce monde se marient.
Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection.
Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob.
Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. »
Alors certains scribes prirent la parole pour dire : « Maître, tu as bien parlé. »
Et ils n'osaient plus l'interroger sur quoi que ce soit
.


La finale de cet Evangile me rappelle toujours comment Georges Bernanos l'avait reprise dans son roman : "Journal d'un curé de campagne".

Lors d'un dialogue serré avec la comtesse du lieu, qui durant des dizaines d'années avait assisté à la messe et communié tout en haïssant Dieu (car elle lui reprochait le décès d'un nourrisson), le jeune prêtre lui assène cet argument :

"Il n'y a pas le royaume des vivants et le royaume des morts, il n'y a que le royaume de Dieu et nous sommes dedans".

Or, si 'Madame la Comtesse' persistait dans cette haine, elle ne retrouverait jamais son enfant perdu. Par contre, à condition de dire avec sincérité, dans le Pater, la formule: "Que votre règne vienne", elle pourrait retrouver la paix: "car ce règne de Dieu, dont vous demandez la venue, c'est aussi le vôtre et le sien".



Dieu n'est donc pas le Dieu des morts mais des vivants. La mort est invention humaine. Mais ceux qui croient possèdent la vie éternelle dès ce monde: la mort a été 'gommée' sur la Croix.

Certains des scribes qui ont assisté à la scène déclarent : "Maître, tu as bien parlé". Mais se doutent-ils, à ce moment précis, du prix du sang que Jésus versera pour tous ?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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stephlorant
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Fête du Christ roi

Message non lupar stephlorant » dim. 20 nov. 2011, 17:24

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25,31-46.

Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : 'Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges.
Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ;
j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas habillé ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. '
Alors ils répondront, eux aussi : 'Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ? '
Il leur répondra : 'Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. '
Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Il est très réconfortant, du moins de mon point de vue, de revenir chaque année, à l' occasion de la fête du Christ roi, sur cette description du jugement dernier. Car il n'est question lors de ce jugement final ni de l'appartenance à une confession, ni des règles de pratique strictement religieuse. Nous ne serons pas jugés selon que nous aurons été de "bons" catholiques (ou de bons juifs, de bons musulmans, de bons serviteurs de la cité), mais selon que nous aurons pratiqué la miséricorde envers notre prochain. Or, je suis le premier à me plaindre des messes raccourcies, des offices auxquels je voudrais bien participer de nouveau (Laudes et Vêpres, notamment), du manque de prêtres pour le sacrement de réconciliation, le sacrement des malades, l'extrême-onction, etc. J'ai entendu une dame se plaindre que désormais, "on est enterrés comme des païens".

Eh bien, finalement, peu importe pourvu que je demeure dans l'effort jusqu'au bout. Je dis ceci car, pour la première fois depuis des années, j'ai assisté à une messe anticipative du dimanche (donc hier, samedi soir, en sortant de mon travail). Je n'étais pas prêt comme je le sens le matin, j'avais l'esprit tout encombré des détails du travail, j'avais plus envie de marcher que de me tenir dans un coin d'une église dont je n'ai pas l'habitude. Mais ce n'est pas sur ma pratique religieuse, ma présence ou mon absence, ma volonté plus ou moins bonne, mon coeur plus ou moins net que je serai jugé, mais bien sur la miséricorde pratiquée concrètement.

Je note bien qu'il s'agit bien d'actes que le Seigneur décrit avec précision - et qui se déroulent en des circonstances qui sont de tous les temps: donner à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif; accueillir l'étranger, habiller ceux qui ont froid, visiter et servir les malades et les prisonniers. Et cela semble si simple, mais c'est si difficile dans le quotidien ! J'ai devant les yeux sans cesse cet étranger (d'origine pakistanaise, je dirais) qui vient régulièrement me trouver le soir à la fermeture de la boutique, pour avoir une piécette... et à qui je donne parfois de mauvais gré (lorsque mon 'chiffre' n'a pas été satisfaisant). A présent, il se confirme qu'il s'agit d'un "sans-papiers" et, par conséquent, il ne sert de rien de contacter tel ou tel organisme que je connais et dont je suis connu, pour lui obtenir de l'aide. Sans papiers en règle, il risque tout simplement l'expulsion pur et simple: j'estime que mal rendre service serait pire que de ne pas rendre service... Dans une petite ville de province comme la mienne, je crois qu'il risque encore plus ce 'retour forcé' que s'il rejoignait des compatriotes dans la capitale. Mais j'ai besoin d'en savoir plus long... et lui me craint tout en acceptant en souriant ce que je peux lui donner.

Ce cas précis est plus contrariant que d'aller rendre visite à la maison de repos, où je sais qu'on me demandera de plus en plus, car les familles rendent moins de visites qu'autrefois - forcément par souci d'économies. En réalité, au rythme où se déroulent les événements, la miséricorde pourrait et deviendra peut-être une activité à temps plein !

Pour en revenir à l'Evangile de ce dimanche, il n'est guère étonnant que le jugement final porte sur la miséricorde, car lorsque le Christ s'adresse aux disciples, il lie la perfection à la pratique de la miséricorde. "moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait." (Saint Matthieu 5, 43-48)

Au moment de me coucher hier soir, j'ai eu une confirmation de ces pensées dans une lecture de Charles de Foucauld. Dans un de ses carnets, j'ai trouvé: "Nous disons que nous donnons aux pauvres 'pour l'amour de Dieu', mais nous oublions souvent que c'est 'par l'amour du Christ' que nous y parvenons". Ce qui me renvoie encore à cette autre injonction de Jésus trouvée en saint Jean et qui confirme :

"Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche ; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. Si vous portez beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera glorifié, et que vous serez mes disciples. »
In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum
http://www.youtube.com/watch?v=WDV94Iti5ic&feature=related (Philippe Herreweghe)

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L'obole de la pauvre veuve

Message non lupar etienne lorant » lun. 21 nov. 2011, 11:34

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 21,1-4.
Comme Jésus enseignait dans le Temple, levant les yeux, il vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc du trésor.
Il vit aussi une veuve misérable y déposer deux piécettes.
Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde.
Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a donné tout ce qu'elle avait pour vivre. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Donner, c'est bien. Donner beaucoup, c'est mieux. Donner tout ce que l'on possède, c'est d'un instant à l'autre, vivre dans le Christ, et pour et par le Christ. La vie complètement donnée est rare, bien sûr, car l'homme a plus la peur de manquer qu'il a la foi. La richesse est donc un obstacle au don total.

Dans son homélie, le prêtre a rapporté que, s'il y a des rassemblements de "commentateurs critiques" à la sortie des messes, il y a aussi des prêtres qui expriment un sentiment très négatif en voyant le peu qui est donné durant les quêtes. Nombre de fidèles, a-t-il précisé, viennent à la messe une fois par semaine avec une foi depuis longtemps diminuée, mais en consommateurs avertis : "ils veulent la perfection au plus bas prix - comme promettent les publicités."

En réalité, il y a incompréhension des deux côtés, preuve que l'esprit du monde s'infiltre partout pour diviser. Il nous a assurés que les prêtres ont effectivement tout donné dès le séminaire et continuent de donner, certains jusqu'à la veille de leur mort. Et la prière que l'on formule chaque semaine pour obtenir de Dieu "beaucoup de saints prêtres" doit être associée à un engagement concret de chacun.

Nouvelle remarque d'un prêtre âgé qui ose parler clairement et que je commence à apprécier à sa juste valeur. (Je crains qu'il ne soit lui-même malade...)
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Les signes des temps

Message non lupar etienne lorant » mar. 22 nov. 2011, 11:17

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 21, 5-11)

Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit :
« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n'en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? »

Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : 'C'est moi', ou encore : 'Le moment est tout proche.' Ne marchez pas derrière eux !
Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d'abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. »

Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines ; des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel. » (cy Aelf, Paris)


A l'admiration qu'éprouvent certains de ses disciples devant le temple, Jésus répond que de ce grand édifice, il ne restera rien. Dans son homélie, le prêtre a surtout insisté sur le fait qu'à partir de la première venue de Jésus, la demeure de Dieu sera le cœur des hommes. Chacun d'entre nous, baptisés, confirmés, est le temple de Dieu. Et chacun d'entre nous est une pierre vivante de son Église.

Le reste ne doit pas nous inquiéter. Ni les guerres, ni les bouleversements de la nature, ni les soubresauts de l'économie. La mesure du temps, c'est le jour d'aujourd'hui. Si l'on me demande ce que je pense de notre époque, je répondrais que, sans doute, nous nous rapprochons de la seconde venue du Seigneur. Mais nous sommes plus proches de grands bouleversements dans la société humaine que de la fin des temps et de la Parousie.

Les nations d'Europe cherchent à s'unir mais, pour l'instant, comme ce fut encore le cas durant les deux premières guerres mondiales, elles n'emploient pas les moyens qui leur permettraient de réussir. Finalement, ce que nous avons en commun, c'est la monnaie. Or cette monnaie est attaquée et résiste plutôt mal que bien. Tout pourrait éclater... à moins que les peuples se convertissent et se tournent de nouveau vers le Seigneur. Et je prie pour que cela advienne.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

etienne lorant
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Le signe de la persécution

Message non lupar etienne lorant » mer. 23 nov. 2011, 11:16

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 21, 12-19)
Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom.
Ce sera pour vous l'occasion de rendre témoignage.
Mettez-vous dans la tête que vous n'avez pas à vous soucier de votre défense.
Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction.
Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d'entre vous.
Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom.
Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »


Très intéressante homélie ce matin. C'est vraiment une grâce d'avoir changé de chapelle pour hériter d'un prêtre si versé dans les Écritures. Il nous a en effet expliqué que la première lecture d'hier remontait à environ 400 avant JC, tandis que celle d'aujourd'hui date seulement de 140 avant Jésus-Christ. Si l'on ne remarque pas de rupture de continuité entre les deux passages, c'est que l'auteur a utilisé une figure toujours employée de nos jours, et qui privilégie la leçon finale aux personnages et aux événements. Il est exact que dans un roman de Bernanos, d'un chapitre à l'autre, cinquante ans ont passé, mais le lecteur n'en sait rien et doit lui-même rétablir la continuité du récit.

Quoi qu'il en soit, le lien entre le texte de l'Ancien Testament et l’Évangile de ce jour, se situe au niveau de la juste attitude à adopter dans nos vies face aux événements du monde sur lesquels nous n'avons pas de prise. Ainsi, ce roi Balthazar donne un grand festin, auquel un millier de personnes sont venues participer. Si l'on n'hésite pas à braver les interdits des juifs concernant le trésor du temple, ce peut-être pour se rassurer que le pouvoir est toujours dans les mêmes mains et qu'il n'y a pas trop de soucis à se faire. Or, c'est justement en cette occasion que le roi reçoit l'annonce de sa chute prochaine et du démantèlement de son empire.

L’Évangile nous parle aussi des persécutions des chrétiens qui surviendront avant la venue du Royaume de Dieu. C'était d'actualité du temps de Daniel, qui fut lui aussi persécuté, c'était d'actualité du temps de nos parents et grands parents, qui demeurent de vivantes mémoires des atrocités des deux guerres mondiales, et c'est tout à fait d'actualité pour nous ! La crise de la monnaie est aussi une crise de juste gouvernance. Je ne suis guère surpris qu'en cette occasion, l’Église est attaquée de toutes parts, car les petits rois du monde de notre temps sont comme ce Balthazar: plus le temps est difficile, plus le réflexe leur vient de s'en prendre à ceux qui croient en Dieu.

Nous voilà prévenus. Que faire ? Je ne peux parler que pour moi: je vis désormais de manière très solitaire, mon activité peut être menacée à plus ou moins longue échéance et je ne peux pas dire pouvoir compter sur mes relations. Mais ce que j'ai, c'est une règle et une discipline reçue de Dieu. Elle s'est renforcée encore cette année: je pratique "la minute héroïque" du lever dès le réveil; tout a été préparé la veille au soir afin que je sois prêt à sortir moins de trente minutes plus tard. Prière et Eucharistie. Ni tabac, ni alcool. Pas d'interruption durant le travail, si ce n'est pour prier et m'en remettre à Dieu. Services divers à la maison de repos et repas. Courte sieste. Retour au travail. Souper léger et coucher à 22 heures au plus tard. Et plus il y a de discipline, plus on se rend prêt à recevoir d'autres grâces. C'est une vie extrêmement réglée sur le plan humain, mais abandonnée dans la foi en Dieu.

Mené, Mené, Téqel, Ou-Pharsine ? Soyons prêts et voilà tout !
Dernière édition par etienne lorant le mer. 23 nov. 2011, 11:47, édité 1 fois.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )


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