Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

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Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » mer. 06 nov. 2019, 16:56

Marthe Robin (1902 - 1981)


Notes sur la tiédeur


Il faut dire que le Père spirituel de Marthe avait, un des premiers soirs, fait une conférence choc sur notre grand péché : la tiédeur, conférence dont nous étions sortis ... sans trop oser nous regarder.

Je ne crois pas inutile d'évoquer les sept caractères développés, lors de cette soirée, pour repérer la tiédeur.

1. La prière devient ennuyeuse ... parfois d'une difficulté insurmontable.
2. élimination de toute mortification !
3. triomphe de l'amour-propre dans tout ce que l'on fait.
4. Incapacité de supporter un concurrent ... morsure d'une jalousie ou l'on se complaît.
5.on recherche la compagnie des moins fervents; on s'efforce de faire et de dire comme eux
6. prédominance de l'esprit critique : on sélectionne pour faire grief ! On ne raisonne plus du point de vue de Dieu.
7. on accepte une vie de pure formalisme religieux. Vidé de charité, on persécute. en se moquant de ceux qui vivent leur foi.


[...]


Conversation inoubliable

Cette conversation de 1947, nous ne devions jamais l'oublier, ni l'un ni l'autre, tentant de lui résumer toute ma retraite, je lui avais dit : "Je ne m'étais jamais douté que l'amour était un mystère. "

Plus tard, je reparlais de sa lettre au Père Finet. Et il me confia : Vous savez, quand vous m'avez dit cela, à la fin de votre retraite, vous m'avez fait comprendre que, moi aussi, je n'avais pas assez médité sur le fait que l'amour est un mystère.

Je profitai de l'occasion :

- Mais qu'est-ce qu'un mystère ?

- Ce n'est pas quelque chose d'obscur. C'est le contraire ! C'est une super-lumière. Elle est trop intense pour que notre intelligence la reçoive en direct. Mais ce que nous ne pouvons pas regarder, l'Esprit Saint peut nous l'infuser. Si on le désire.


(Témoignage de Marcel Clément dans Pour entrer chez Marthe, 1993)

[...]




Veni Creator Spiritus
https://www.deezer.com/en/album/58253352

Robert Lebel - Je me tiendrai près de toi
https://www.deezer.com/en/album/58253352

Si tu affrontes la mer
et les fleuves déchaînés, tu passera au travers
sans en être submergée
je me tiendrai près de toi, car tu es à moi

Toi que j'ai crée dans l'amour
toi que j'ai formé
Toi que j'ai choisi par amour
Toi que j'ai sauvé, Va, ne crains pas

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » mer. 06 nov. 2019, 17:41

Des choses à savoir à propos de Marthe Robin ... et que j'ignorais moi-même !

:)


Qu'elle aura pu bénéficier de plusieurs apparitions de la Sainte Vierge entre autres.

C'est alors que se produisit l'événement, Le 20 mai 1921, Alice qui dormait profondément auprès de Marthe, est soudain réveillée par un bruit mystérieux. Elle se dresse, saisie d'une grande frayeur, et aperçoit une intense lumière.
- Marthe ! Marthe ! Quelle est cette lumière ?
La malade semble sortir d'un rêve. Elle murmure, extasiée :
- Oui, la lumière est belle.
Puis, avec force :
- Mais j'ai vu aussi la Sainte Vierge.

Marthe demeura toujours très discrète sur cette première apparition. Elle s'en ouvrira en 1942 aux Dr Deschaume et Ricard, qui écrivent dans leur rapport :

Le 21 mai 1921 se produisit sans raison particulière la première apparition de la Sainte Vierge, dont Mlle Robin fut par la suite maintes fois favorisée. Mme Robin et une de ses filles étaient présentes et ne doutèrent pas de la réalité de la chose.

source : Jean-Jacques Antier, Marthe Robin. Le voyage immobile, p. 43

Que le grand tournant dans sa vie se produit en 1926 alors qu'elle était à l'article de la mort, qu'on lui aura même administré les derniers sacrements.

En 1926, l'état général de Marthe se dégrada. Des troubles digestifs apparurent [...] le 3 octobre, une brutale hémorragie digestive la terrassa, "d'allure dramatique" note le rapport médical [...] On court téléphoner au docteur Aristide Sallier, de Saint Uze, qui arrive aussitôt. Dépassé, il appelle son confrère de Saint-Vallier. Tout deux s'avouent impuissants. Une nouvelle hemorragie se déclare le lendemain. Il faudrait opérer, mais la malade est trop affaiblie pour être transportée. "Il n'y a plus rien à faire, disent les médecins; sinon appeler le prêtre. " L'abbé Faure arrive peu après et lui administre le sacrement des malades, appelé alors "extrême-onction".

Puis elle entre en agonie. Pendant trois semaines elle demeura dans une sorte de coma, sans rien pouvoir absorber, ce qui confirma les médecins dans leur pronostic d'issue fatale. Lorsqu'elle émergea de cet état qui n'était pas le néant, elle déclara à sa famille stupéfaite :
- Je crois que je ne vais pas mourir.

Puis, elle ajouta, et sa voix tremblait :
- J'ai vu sainte Thérèse. Je l'ai vue. Trois fois elle m'a visitée.

Sainte Thérèse se fêtait alors le 3 octobre, et c'est le 3 octobre que la crise s'était déclarée.

A Jean Guitton, elle dira plus tard :

- J'aime Thérèse de l'Enfant-Jésus. Je l'ai connue par des visions. Elle m'a fait comprendre qu'après sa mort elle serait plus active que jamais.

Le père Finet, qui recevra plus tard ses confidences, a aussi témoigné : Elle dira que sainte Thérèse lui est apparue trois fois, l'assurant que non seulement elle n'allait pas mourir, mais qu'elle vivrait en prolongeant la mission de sainte Thérèse elle-même dans le monde entier. (Antier, p. 60)


Commentaire personnelle :

Je ne savais pas qu'il existait un lien aussi direct et aussi clair entre la mission particulière de Marthe Robin et celle de Thérèse de Lisieux. C'est quand même bon à savoir.

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » mer. 06 nov. 2019, 20:58

Autre chose que j'ignorais ... que j'ignorais, mais alors là complètement ...

Selon le témoignage de Marcel Clément : dans le tout premier des Foyers de charité à Châteauneuf de Galaure, le père Finet célébrait déjà, là-bas, la messe sous la forme qui deviendra celle de la "messe normative de toute l'Église" sous Paul VI à la fin des années 1960.

Voyez plutôt :
"Je me réfère précisément à la retraite que j,ai faite au Foyer de Charité de Châteauneuf en 1950. Trois ans de suite je suis resté au Québec sans revenir en Europe. Ce n'est qu'en 1950 que je vins passer en France une partie des mois d'été. [...]

L'autel [dans la chapelle du Foyer de Charité] était, non collé au mur, mais placé de telle façon que l'eucharistie soit célébrée par le prêtre face au peuple. En 1950 - et sauf pour quelques messes en plein air - je n'avais jamais vu ça. [...] Même liberté pour les lectures. Elles étaient faites en Français, doublant le latin. Le baiser de paix n'était pas qu'une simple accolade entre prêtres : un des célébrants donnait l'accolade à un homme de l'assistance, qui la transmettait à tous les hommes, cependant qu'un homme marié embrassant sa femme faisait d'elle le point de départ des accolades féminines. En fait, c'était très émouvant [...]

Ultérieurement, ce qui était "révolutionnaire"mais à quoi consentit Mgr Urtasun, nouvel évêque de Valence, le Père fit placer le tabernacle encastré dans le mur, au-dessus d'un autel auxiliaire, à droite du célébrant au maître-autel, et fit poser sur un lutrin de fer forgé à gauche de l'autel la Sainte Bible toujours ouverte.

Ainsi, les actions que l'on nomme aujourd'hui couramment la liturgie de la Parole et la liturgie du Sacrement étaient-elles en quelque façon présentes de part et d'autre du maître-autel. Sans avoir fait nombre d'observations à l'époque, je puis dire que c'était la première fois que je voyais réalisé ce qui est, aujourd'hui, d'une manière ou d'une autre, la messe face au peuple, née des réformes consécutives au Concile (précisément, de la messe normative de Paul VI).

Source : Marcel Clément, Pour entrer chez Marthe, p. 110
Commentaire :

Qui l'eut crut ? Que notre "messe du Nouvel Ordo' serait rien d'autre que la messe catholique telle que l'on pouvait globalement la célébrer à Châteauneuf de Galaure, chez Marthe Robin, en compagnie du père Finet au Foyer de Charité ! en 1950 ! Que voilà une idée qui me plaît beaucoup !


------------
Marcel Clément a fait connaissance avec le père Finet et Marthe Robin en 1946 et il aura toujours conservé des liens avec eux jusqu'à leur mort (1981 : Marthe Robin; 1991 : le père Finet). Il sera venu enseigner la philosophie à Québec et à Montréal. Il aura pu résider au Québec près d'une quinzaine d'années à partir de 1947. De retour en France, a pratiqué ensuite le journalisme à partir de 1962. Ensuite professeur à la Faculté Libre de philosophie comparée de Paris, etc. "... pendant trente-cinq ans, Marcel Clément a été l'un des amis intimes de Marthe. Pendant des centaines d'heures, il l'a interrogée, écoutée.

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » jeu. 07 nov. 2019, 2:38

Anecdote savoureuse ...


Sur le cours de catéchisme proprement dit, je préfère laisser le commentaire à M. l'abbé Peyret, le premier biographe de Marthe :

"Le catéchisme approuvé par Mgr Cotton, évêque de Valence, contenait un abrégé de l'histoire sainte, dense et sans saveur. Le catéchisme était, selon la pédagogie du temps, tissé de questions et de réponses à apprendre par coeur : "Qu'est-ce qu'un mystère ? C'est une vérité révélée par Dieu, que nous devons croire, quoique nous ne puissions pas le comprendre".

Aussi, Marthe, comme des générations d'enfants, n'accrochait pas spécialement aux mystères de l' Incarnation, de la Rédemption et de la Trinité. La gouvernante de l'abbé Cluze, curé de Châteauneuf de 1909 à 1912, a raconté qu'elle ne retenait rien, et, quand M. le curé l'interrogeait, elle allongeait le cou à droite, puis à gauche, elle séchait. Mais elle n'en était pas moins bouillonnante de questions et se permettait d'en poser, ce qui n'était pas toujours apprécié du bon curé, embarrassé. Un mystère est un mystère et la foi ne se discute pas !

Elle cherchait, elle avait soif de Dieu. Elle avait bien retenu, par contre, cette prière de son catéchisme :

Afin d'être docile et sage,
Seigneur donnez-moi votre esprit,
Pour apprendre selon mon âge
Les vérités de Jésus-Christ.

Esprit-Saint, faites-moi comprendre
Ce que vous allez m'expliquer;
Mais en me le faisant apprendre,
Faites-le moi bien pratiquer.

De ce texte, Marthe allait retenir l'essentiel : l'Esprit Saint est le maître intérieur.

Plus tard, Marthe, évoquant l'origine de sa foi, dira au père Gilibert : "Quand vous étiez enfant, on vous a sans doute, comme à moi, parlé de Dieu. Et puis, j'ai ouvert l'Évangile et j'ai vu que c'était le Père."'

Très tôt, Marthe s'adressa donc à Dieu comme à son père. Le miracle est qu'il lui répondait. D'ou sa précoce attirance pour la prière. Et la petite priait plus que de raison ! "Mes soeurs ne voulaient pas que je prie tout le temps; mais je priais dans mon lit surtout." On ne voulait pas qu'elle prie tout le temps, On reconnaît là le souci de ces robustes filles de la campagne; éviter de perdre son temps. Le dimanche était bien suffisant pour se consacrer à Dieu !

Voilà donc une petite fille élevée dans un milieu chrétien mais peu pratiquant, instruite avec un catéchisme dogmatique peu attrayant par des maîtres faisant passer la crainte de Dieu avant l'amour; et pourtant, comprenant en son coeur que Dieu est amour puisqu'il est père; réussissant le contact ineffable, sans effort, en restant seulement un petit enfant ouvert à l'amour.

Beaucoup de gens se sont posé la question : "Quand est-elle devenue mystique ?" Je répondrai qu'elle n'a jamais cessé de l'être. Elle en a seulement pris conscience le 15 août 1912 en recevant la première communion des mains de l'abbé Cluze. Lisez bien ce qui suit, chaque mot compte :

"Je crois, dit-elle, que ma communion privée a été une prise de possession de Notre Seigneur, Il s'est emparé de moi à ce moment-là. Ce fut quelque chose de très doux dans ma vie."

Voilà exactement la définition du mystique, et c'est la même que nous donne le théologien Ivan Gobry : "Un mystique, c'est un être qui a été élevé par Dieu à un état spirituel éminent, tel qu'aucun effort humain ne pourrait y conduire, dans lequel l'esprit humain est uni à l'esprit divin par un lien d'amour ineffable."



et



Dieu-père, Marie-mère, voilà la filiation spirituelle de Marthe Robin.

"Je priais la Sainte Vierge. Je lui parlais surtout. Quand j'allais au village faire des commissions, j'avais toujours mon chapelet dans ma poche et en route je le disais". Dans la spiritualité de Marthe adulte, la Vierge qui mène à Dieu va tenir une place essentielle. "Petite fille, j'ai toujours aimé le bon Dieu", disait-elle encore. Son entourage avait une religion purement formaliste. Pour Marthe, c'était la vie de l'âme. Elle sentait en elle une présence, même si elle était encore incapable de la définir [...]

Elle avait un caractère à s'oublier au profit des autres. Avant tout, elle était aimante. Quand sa mère était malade, elle refusait d'aller à l'école. Plus tard, elle dira : "J'aurais franchi monts et vaux si on m'avait laissé faire pour aller voir un malade. Non pour le soigner, mais pour l'aimer." Tout Marthe Robin est dans ce mot.

Qu'elle fut prédisposée à la charité n'était pas un hasard. A la ferme, on avait l'habitude de bien recevoir les mendiants de passage, on disait les "chemineaux", très nombreux en ces temps ou l'aide sociale de l'État n'existait pas en faveur des marginaux, souvent travailleurs agricoles déracinés, devenus saisonniers itinérants. Chez les Robin, les vagabonds n'étaient pas seulement accueillis sur le seuil. Ils entraient dans cette modeste cuisine qui, plus tard, recevra des milliers de pauvres, des pauvres qui auront plus faim de vérité que de pain. La bonne Amélie Robin leur donnait toujours un gros "casse-croûte" : du pain avec un peu de beurre salé, une tranche de saucisson ou un morceau de fromage. Un verre de vin. Elle savait accueillir, et Marthe n'oubliera jamais cet exemple.

Les enfants regardaient la face barbue s'épanouir. Ils y étaient d'autant plus sensibles qu'ils participaient à l'offrande. Chacun, à tour de rôle, était invité à donner un peu des petites gâteries dont ils bénéficiaient au goûter, galette, fruit ou chocolat.

Le père et la mère Robin n'allaient peut-être pas souvent à la messe, mais leur exemple a fait plus dans l'esprit de Marthe que toutes les démonstrations de piété affichée des familles bien-pensantes.

- Jean-Jacques Antier, p. 34

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Sam D. » jeu. 07 nov. 2019, 9:40

Merci, Cinci, pour ces éléments sur Marthe Robin.
"Ne crains pas, crois seulement"
"Je veux la miséricorde, non le sacrifice"

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » jeu. 07 nov. 2019, 20:04

Salut Sam D.

Le plaisir est pour moi. Bonne journée !

Cinci
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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » jeu. 07 nov. 2019, 21:13

Il y aurait bien aussi la relation entre le professeur Couchoud (célèbre athée militant du début du XXe siècle ) et Marthe Robin. Le récit est intéressant.


Ici :

Le Docteur Paul-Louis Couchoud fut un célèbre psychanalyste au début du siècle. Bardé de diplômes universitaires, agrégé de philosophie, docteur en médecine, ancien élève de l'École normale, médecin et conseiller d'Anatole France, il traînait derrière lui un relent d'intolérance religieuse héritée des batailles idéologiques de son époque, tempérée par les influences du bouddhisme et une préoccupation continuelle de la souffrance humaine, qui posait pour lui une énigme et demeurait un scandale. Comme nous l'avons vu, cet incroyant radical était l'ami de Jean Guitton, qui l'avait connu à l'université.

Retiré à Vienne (Isère), il avait entendu parler de Marthe Robin par la presse régionale. En 1956, âgé de plus de quatre-vingt ans, il voulut la voir, espérant qu'elle l'aiderait à résoudre un problème dont il avait fait le thème de son livre à venir : l'origine du christianisme. Il penssait qu'une religion part d'un personnage doté de dons paranormaux qui frappe l'imagination de l'entourage. Moïse, Jésus, Mahomet. Cependant, il se refusait à croire à l'historicité de Jésus.

Mais sa demande de rendez-vous fut refusée ! Avec humour, Jean Guitton raconte : "Le père Finet se défiait de Couchoud comme de Guitton, et sans doute pour des raisons analogues."

Le Docteur Couchoud, athée notoire, voire militant, n'avait guère de relations dans les milieux catholiques. Il demanda donc sans fausse honte à Jean Guitton d'intervenir en sa faveur. Le philosophe s'adressa au cardinal Gerlier, archevêque de Lyon. L'affaire ne traîna pas. Le cardinal pria le père Finet de présenter le professeur à Marthe, bref de lui ouvrir les portes ce de que Dr Couchoud appelait "le château inaccessible", la pauvre ferme du hameau des Moïlles en Galaure !

Et alors se passa la chose la plus étonnante. Ce qui suit est le témoignage du docteur Couchoud, rapporté par Jean Guitton. Nous sommes en octobre 1956.

"Sa maison est une ferme située sur un plateau, dans un paysage en forme de coupe ou calice. Une salle paysanne, propre et pauvre. Un poêle, un chat, du silence. Je traverse un corridor noir. Obscurité totale. Le père Finet allume une lampe électrique. Il me désigne une chaise. Peu à peu, je discerne une forme blême qui troue les ténèbres : le visage de Marthe. Tout se passe comme si seul ce visage existait. Il en émane quelques paroles. La voix est fine, douce, nette, parfois chaude.

Le professeur est plutôt intimidé. Il se rappelle qu'il est venu lui parler de son livre, mais devant cette mystique qui ne vit que pour et par le Christ, comment oserait-il lui parler de l'historicité de Jésus, ou le réduire à un vulgaire thaumaturge doué de dons paranormaux ? Il parle alors de guerre et de paix, des origines de la civilisation; puis de la difficulté pour un écrivain honnête de s'y retrouver, dans le fatras des notes et des fiches.

Comme pour échapper à cette pesanteur, Marthe a alors un mot étonnant de poète :

- Prenez des notes, alignez vos fiches les unes à côté des autres, jusqu'a ce qu'elles soient traversées d'une immense espérance.

Il la regarde avec surprise. "Ces mots, prononcés d'une voix forte, contenaient pour ainsi dire l'espérance déjà réalisée." Séduit malgré lui, il la compare à un prophète : "Le don des prophètes est de nous donner l'impression que l'avenir existe et qu'il est plein de bonheur." Mais la conversation traîne. Lorsque cela arrive, Marthe plonge avec son visiteur dans la prière. Impensable avec cet athée convaincu ! Elle, le silence ne la gêne pas. Comme un psychanalyste qui attend que se dénouent les complexes, elle attend patiemment qu'il se décide.

Peut-être le père Finet lui a-t-il dit de ne pas abuser du temps de Marthe; beaucoup de personnes attendent dans la cuisine. Il se décide enfin à aller droit à l'essentiel. Il arrache son masque d'homme du monde et de philosophe : 'J'entrai dans une affaire plus intime." Et d"articuler d'une voix mal assurée :

- Marthe, je n'ai pas la foi.

Ce premier pas vers l'indicible est courageux de sa part. La réponse de Marthe s'élève alors, forte et claire :

- Eh bien, je vous prends dans ma prière et je vous porterai !

Il sursaute. Lui, le grand professeur, habituer à fouiller dans les méandres de l'esprit, se faire porter par cette petite paysanne de la Galaure, ignorante et pauvre, paralysée et aveugle ? Mais il ne dit rien, Il goûte le silence, qui cette fois ne les sépare plus, mais les unit. Quelle est cette étrange connivence ? Il sent son coeur dur s'entrouvrir, comme une plante desséchée en quête d'une pluie tardive.

A nouveau la voix de Marthe :
- Mais Dieu ne veut pas qu'on frappe à côté quand il y a une porte grande ouverte.

Que veut-elle dire ? Que tout ce qu'il a fait jusqu'ici n'est pas l'essentiel ? Qu'il s'obstine à chercher ce qui n'est pas, alors que ce qui est lui est déjà offert ? Qu'il suffit d'oser franchir cette grande porte ouverte ?

- D'ailleurs, ajoute Marthe, vous ne le chercheriez pas s'Il ne vous avait déjà trouvé.
Ou a-t-il entendu cela ? Pascal, dans les Pensées, se référant au Christ. Cependant, Pascal n'a pas écrit exactement cela, mais "tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé'.

Ça, c'est extraordinaire ! Qui cherche qui ? Marthe Robin est en train de refaire la théologie ! Et ce n'est pas si mal. C'est même vrai. Ce n'est pas lui, Paul-Louis Couchoud, qui cherche Dieu. C'est Dieu qui le cherche, et il semble bien qu'il l'ait trouvé !
La tête lui tourne. Après ce terrifiant plongeon, Marthe a pitié de lui.

- A propos, quel est le sujet de votre livre ?
- C'est un livre qui concerne la paix.
- Ah ! comme vous avez bien fait ! Faites ce livre, et faites-le vite ! C'est si grave.

Mais il ne l'entend pas. Il est encore sous le choc : "Eh bien, je vous porterai !" Il reste assis dans l'ombre, il est comme l'enfant qui a trouvé la paix à côté de sa mère. Alors, "Marthe me parla longuement des fleurs sauvages qui sont dans son pays et qu'elle connaît par leur nom."

Dehors, il se reprend. Dire qu'il se "secoue" est un mot faible. Enfin, peu à peu, il retrouve sa vraie (?) personnalité, plutôt son masque habituel. Cependant, la relation qu'il fait à Jean Guitton est révélatrice de ce qu'il a découvert en Marthe et par Marthe : un cerveau branché sur l'au-delà . "Cette petite paysanne est une femme supérieure. La maladie l'a concentrée. Elle ne dort pas. Elle pense donc, sans arrêt. Elle est un cerveau, peut-être un des cerveaux les plus exercés de notre planète."

"J'ose à peine le dire. Quand je suis avec elle, je pense à Pascal. Elle est un esprit du même type, avec plus de simplicité. Ce qu'elle dit est net de contours, sobre, juste; frappé. Avec cela une mémoire d'éléphant sur les petits détails. Et toujours ce qu'en France nous appelons l'esprit, et qui n'est pas amer, mais épicé d'humour et d'enjouement. Sa pensée est raisonnable, ingénieuse, efficace; elle cherche le vrai bien des hommes".

Le professeur Couchoud et Marthe n'en restèrent pas là.

"Entre Marthe et Paul-Louis, dit Jean Guitton, se tissa lentement une amitié très tendre, qui allait lier le plus grand athée de l'exégèse à la mystique la plus singulière.

(à suivre)

Cinci
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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » ven. 08 nov. 2019, 1:41

(suite)

Le mois suivant, le Dr Couchoud revint voir Marthe. On est en novembre 1956, les arbres sont dépouillés, une petite pluie fine tombe sur la Plaine et masque le beau paysage des collines verdoyantes de Galaure.

Il restera une heure avec elle, privilège dont il est conscient. Ils sont déjà de vieux amis. Il lui parle de clématites sauvages, sur lesquelles sa fille fait des recherches pour trouver de nouveaux antibiotiques. Elle le questionne alors sur ces médicaments. Mais peu à peu il s'enhardit à lui parler de ce que désormais il soupçonne être l'essentiel, sans encore y adhérer.

- Savez-vous, Marthe, que vous m'avez aidé à rectifier une pensée de Pascal. Vous avez dit : "Vous ne le chercheriez pas s'il ne vous avait déjà trouvé." Mais vous avez cité Pascal à tort ! Il a écrit : "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé." Vous avez corrigé Pascal !

Elle ne répond pas. Ses yeux aveugles continuent à fixer un point immobile dans le noir. Le Dr Couchoud est ébranlé par ce silence qui est réponse. Il balbutie :

- Il est possible que Pascal ait fait là un lapsus. J'ai remarqué, en éditant ses Pensées, qu'il mettait souvent un mot pour un autre, quand il allait vite.

- Pascal n'a pas pu écrire : "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé; il ne peut dire qu'une chose qui est évidente : Dieu nous cherche le premier. Lisez les Actes des apôtres; voyez comment saint Paul s'est converti. Dieu opère le premier.

Un silence. L'assistante, qui trouve que le professeur abuse du temps, passe le nez par la porte entrouverte et annonce la visite d'une voisine paysanne. La voix de Marthe se fait enjouée.
- Oh, cette fois, cela va être facile !

Il la quitte émerveillée de sa lucidité et de la simplicité avec laquelle elle résoud les problèmes. Avant de partir, il lui lance en matière de conclusion :
- Marthe, vous n'êtes qu'un cerveau !

Silence consterné. Puis elle s'écrie :
- Croyez-vous que je ne suis pas aussi un coeur ?

Il fait un "oui" très fort de la tête. Elle ne peut pas le voir, mais elle l'entend avec les yeux du coeur. Elle dit :
- On s'embrasse !
"Je l'embrassai. En la baisant sur le front, je vis une goutte de sang."

[...]

Il quitta Marthe, bouleversé. Quelque temps plus tard, en un raccourci saisissant, il résuma à Jean Guitton ce qu'il pensait d'elle : "Je la tiens pour une intelligence lumineuse au centre d'une expérience privilégiée et d'un ineffable sacrifice."

Mais lui; lui, Paul-Louis Couchoud ? Qu'il ait été touché, et même séduit par Marthe et que la fin de sa vie en fut transformée, les pages qui précèdent le montrent amplement. A-t-il été converti, non pas au sens banal d'adhésion à une religion, à un dogme, mais au sens profond du terme : du latin conversio : changement, mutation, métamorphose, retournement ?

On ne le saura sans doute jamais avec certitude. On possède toutefois un précieux témoignage de Jean Guitton. La scène se passe peu de temps avant la mort du médecin, en 1959, Le philosophe l'avait accompagné à la gare de Vienne. Ils parlèrent de Marthe. "Alors que le train partait, penché à la portière du wagon il me récita ces quatre vers, derniers mots que j'ai recueillis de sa bouche :

Ce que tu ignores, je l'ignore.
Ce que tu sais, je voudrais le savoir.
Ce que tu pries, il m'en vient un effluve.
Ne m'oublie pas, ô vivant !



Source J.-Jacques Antier, Marthe Robin. Le voyage immobile, p. 202

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Sam D. » ven. 08 nov. 2019, 10:33

"Vous ne le chercheriez pas s'il ne vous avait déjà trouvé." (...)- Dieu nous cherche le premier. Lisez les Actes des apôtres; voyez comment saint Paul s'est converti. Dieu opère le premier.
Magnifique formulation s'il en est ! et quel parallèle, hardi, entre saint Paul, et un homme dont les certitudes ne s'entrouvrent que si prudemment...
"Ne crains pas, crois seulement"
"Je veux la miséricorde, non le sacrifice"

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » sam. 09 nov. 2019, 2:51

Il n'y a pas de Marthe Robin non plus sans la présence du Diable. Comme dans les meilleurs histoires du XIIe ou du XIIIe siècle. Et nous sommes pourtant dans la France du XXe siècle. Là, aussi, j'ignorais à quel point ces attaques violentes furent si nombreuses, si acharnées, de 1928 à 1981 et sans discontinuer.

Voir :

"Le démon a beaucoup compté pour Marthe, comme pour la plupart des mystiques chrétiens. Marthe n'éprouvait aucun doute à son égard. Il la troublait pour entraver en elle l'action divine et son union au Christ.

Le 2 novembre 1928, dans la nuit qui suivit son adhésion au tiers ordre de saint Françcois, sa mère fut réveillée à ses côtés par un cri déchirant. Marthe dira : "Le diable m'a donné un coup de poing." Elle avait deux dents cassées ! Elle y vit une action directe sur elle, mais aussi pour entraver la fondation du Foyer. Marthe disait à Jean Guitton : "Il machine des incidents pour démolir le Foyer."

Le père Finet a témoigné : "A la fin de la seconde retraite, c'était à Noël en 1936, j'ai voulu terminer nos cinq jours par une nuit d'adoration. A l'aube, les retraitantes sont parties. Je me suis reposé à neuf heures du matin. A dix heures j'ai été éjecté de mon lit par un tremblement de terre qui avait pour épicentre l'endroit même ou se trouvait le Foyer de Charité . Marthe considéra que c'était le démon qui, dans sa rage, voulait détruire le Foyer. Le démom était pour elle un adversaire acharné qu'elle affrontait personnellement, y compris dans les moments les plus intenses de la sa vie mystique.

Cette infestation a été confirmée par de nombreux témoins.

Une fois, rapporte mère Lautru, je suis entrée chez Marthe. On sentait le brûlé. Le père Finet m'a dit : "Je vais vous faire voir." Il m'a montré le bras de Marthe. Il y avait une brûlure longue d'un doigt."

Le chanoine Bérardier, curé de Saint-Louis à Saint-Étienne, qui, en compagnie du père Finet et du Dr Ricard, a assisté en aout 1942 à la passion de Marthe, raconte cette "possession" . un jeudi soir.

"Marthe gémit doucement, mais d'un gémissement douloureux. Nous commençons le chapelet et, brusquement, nous voyons son corps violemment projeté à droite, à gauche. Elle va durement frapper de la tête le meuble qui se trouve entre le mur et son lit." Or Marthe est paralysée. Comment imaginer qu'elle retrouve une mobilité dans son état d'inconscience ? Bérardier poursuit :

- L'intervention diabolique paraît manifeste. Le Dr Ricard nous révèle qu'il a relevé des traces de strangulation très nettes [...] et nous l'entendrons plusieurs fois pousser des cris rauques comme quelqu'un qu'on saisit à la gorge et qui étouffe. Elle a d'ailleurs confié plusieurs fois à son directeur spirituel que "ce sont les démons, ils sont légions, dit-elle, qui rôdent autour d'elle et tentent de l'étrangler. "

Vendredi, à seize heures trente-cinq, nous rejoignons M. Finet qui est près de Marthe depuis plus de deux heures. Il a trouvé le corps presque hors du lit, la tête à quelques centimètres du plancher. Une plainte continue s'échappe des lèvres de Marthe et l'angoisse nous étreint l'âme. La tête va de droite à gauche sur l'oreiller. "Oh, va-t-en ! Tais-toi !" Parfois, Marthe ajoute : "Veux-tu te tenir tranquille ? Tu n'arriveras à rien !" A ce moment-là, sans doute, Satan lui suggère comme une tentation de désespoir et tend à la persuader que ses souffrances sont vaines.

Selon les définitions de l'Église, le démon n'a aucun pouvoir sur le baptisé, sinon de le troubler. Chez Marthe de la faire douter de sa mission, parfois de tout saccager autour d'elle. Il fait ainsi claquer les volets de la ferme, déchire son cahier. Il lui apparaît sous forme d'animaux monstrueux ou d'apparences humaines. "Il met des peaux de banane partout" dit Marthe résignée. Lorsqu'il s'attaquait à son corps virginal, note Jean Guitton, il le déportait, le frappait contre le mur, le jetait à terre.

On note comme une escalade dans les tentatives démoniaques pour déstabiliser le psychisme de Marthe. Le 1er novembre 1980, écrit Jean Barbier, le grappin lui tordit la colonne vertébrale. La souffrance fut intolérable, Le père Finet va plus loin qui écrit : "Le démon lui brisa la colonne vertébrale, si bien qu'elle souffrait terriblement et ne pouvait plus bouger". Ce qui n'empêchait pas le démon de la secouer dans tous les sens. En plus, il lui faisait taper la tête, couronné d'épines, contre le meuble, derrière son divan.

Puis, revenant des années en arrière :

"Quand le démon faisait cela, moi-même et Mgr Pic avons plusieurs fois essayé de la retenir sous les deux bras. Parfois elle m'échappait des mains et tapait quand même. J'arrivais difficilement à la retenir. Quand à Mgr Pic, elle lui a été tout de suite arrachée des mains pour être projetée sur la commode. Parfois le démon cherchait à l'étrangler. Le Dr Ricard, étant présent une fois, a observé les muscles du cou qui étaient contractés par une main qu'il ne voyait pas.

Le prince du mensonge disait à Marthe : "Tu crois que ton père spirituel t'aime bien ? Lorsqu'il est loin il se moque de toi !" Marthe en restait tellement troublée que j'était obligé de la tranquiliser. Et pendant que le démon agissait ainsi, la Sainte Vierge apparaissait à Marthe. Naturellement, c'est elle qui empêchait et arrêtait l'étranglement.

On n'en finirait plus de citer le père Finet :

"Il s'acharnait de plus en plus contre elle tantôt s'en prenant aux objets qui l'entouraient, tantôt à son propre corps, mais surtout il essayait d'atteindre les fibres les plus intimes de son être. C'est ainsi qu'il cherchait à la troubler, essayant de la convaincre de l'inutilité de ses souffrances pour le salut des âmes, l'engageant même à quitter sa ferme pour cesser d'être une gêne au travail de Dieu."

"Quand J'entrais dans sa chambre au matin (chambre qui était fermée à clé), je trouvais tout projeté à terre, les livres, les objets. Marthe disait qu'il s,attaquait à elle directement. Il enlevait l'oreiller, châle et linge, et cognait la tête de Marthe contre le meuble."

Françoise Degaud, qui a été l'une des assistantes les dix dernières années de sa vie, me disait combien elle était choquée de la solitude de Marthe dans ces moments terribles. Un jour elle avait osé demander au père Ravanel : "Pourquoi la laisse-t-on seule quand elle avait le démon ?" Il répondit que personne n'aurait pu le supporter.

Donc, si gênant cela soit-il pour les esprits rationnels, impossible de faire l'impasse dans la vie de Marthe sur le démon, ou la force négative que l'on désigne par ce mot. Elle en parlait trop souvent, de même que les témoins de sa vie.

Un jésuite de Toulouse la visite. Soudain, il entend couler le robinet du lavabo de la chambre.

- C'est curieux, ce robinet qui s'ouvre tout seul !
- J'ai de petits ennuis avec lui. Il s'est amusé à ouvrir le robinet parce qu'il savait que j'avais les lèvres sèches. Pourriez-vous fermer ce robinet, mon père ?

Naturellement, Jean Guitton a tenté d'en savoir davantage. Marthe ne s'est pas dérobée.

- Je le connais. Il est si intelligent ! Et si vous saviez comme il est beau ! Dieu lui a laissé sa beauté, sa grandeur. C'est un malin. Il prend de drôle de biais. Quand vous le cherchez d'un côté, ne voila-t-il pas qu'il revient d'un autre ! Mais il est sûr d'être battu. Vraiment, son métier n'a pas beaucoup d'intérêt.
- Alors, Marthe, vous avez des rapports avec lui ?
- Oh, pas proprement des rapports ! Je me borne à subir ses atteintes. Parfois il m'est arrivé de voir son visage. Je vous ai dit qu'il était beau; c'est vrai. Mais on ne peut pas dire que son visage soit clair. Il faudrait plutôt dire qu'il éblouit. Toujours il a de la rage. Mais lorsque la Vierge paraît, il ne peut rien sur elle. La Vierge est si belle, pas seulement dans son visage mais dans tout son corps. Quant à lui, il est capable de tout imiter. Il imite même la Passion. Mais il ne peut pas imiter la Vierge. Il n,a pas de pouvoir sur elle. Quand la Vierge paraît, si vous voyiez cette dégringolade.

Même les agnostiques qui ont approché Marthe sont troublés. On constate auprès de Marthe, et d'elle seule, une présence indésirable, celle d'une entité venue troubler.

[...]

Yveline Le Cerf m'a dit : "On sentait physiquement le démon à Châteauneuf; c'était une présence. On avait peur. La nuit, on avait des cauchemars. C'était d'ailleurs pareil à La Flatière. On ne parlait jamais du démon, mais de l'Adversaire. Parce que je l'ai éprouvé, je le respecte. Et j'en ai peur. "

Voici un autre témoignage, que me donne le Docteur Alain Assailly, spécialiste des états mystiques, dont la haute probité morale et la compétence de neuropsychiatre font un témoin privilégié. Pour lui, le démon est bien une réalité vivante.

"Un jour ou le père Finet et moi conversions avec Marthe, la tête de notre amie a été projetée subitement et très violemment contre le petit meuble qui se trouvait à gauche de son lit. Le phénomène se répétant à une cadence impressionnante, je me suis levé d'un bond et j'ai tenté d'amortir les chocs en prenant Marthe par les épaules. Je sentais avec effroi que ce petit corps innocent subissait ces violences, comme au pauvre pantin disloqué absolument passif. Je l'affirme, ces mouvements ne ressemblaient en rien aux contorsions des hystériques qu'il m'avait été donné de voir dans la longue pratique médicale.

Le père Finet s'est levé à son tour. "Lâchez-là", me dit-il, Puis, s'adressant à Satan avec autorité : "Au nom du Christ Jésus, de sa sainte mère la Vierge Marie, et de la sainte Église, je t'ordonne de laisser Marthe sur-le-champ ! Le calme revint aussitôt, elle reposa paisiblement sur son lit.

- Antier, p. 306

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Pathos » sam. 09 nov. 2019, 10:34

Merci Cinci.

Elle vivait la Passion chaque vendredi. Il y a une personne qui à l'époque était présent à ses côtés qui a tout consigné dans un carnet. C'est assez effrayant et lui même ne parvenait pas toujours à rester jusqu'au bout.

J'ai un souvenir émouvant de mon passage dans la maison de Marthe en 2017
J'étais avec mes 4 enfants qui ne vont plus guère à l'Eglise et je ne leur avait rien dit de notre arrêt à Châteauneuf sur la route des vacances. Nous étions arrivés les premiers ce matin là. La petite ferme des Robin domine la belle vallée environnante.
Le film qu'on nous a d'abord projeté les a bien mit dans le "bain" et lorsque nous avons passé un petit quart d'heure, seuls, dans la chambre de Marthe, a moitié dans la pénombre, quasi intacte c'était un grand moment de paix.
L'un de mes garçons m'a même dit qu'il serait resté plus longtemps...
Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher.

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » sam. 09 nov. 2019, 16:27

Pathos,

Dans le témoignage de Marcel Clément, ce dernier ajoutait :

"Je n'ai pas encore eu l'occasion de dire que, si Marthe fut toute sa vie protégée par la Sainte Vierge, elle fut, simultanément, rudement attaquée par le démon. Il la menaçait en particulier pour qu'elle ne prenne pas dans ses prières telles âmes en péril. Il tentait de la jeter hors de son lit [...] Fréquemment, il bloquait une chaise derrière la porte de la chambre de Marthe et il m'est arrivé, devant cette porte avec le père Finet, de constater que celui-ci passait son bras derrière la porte, décoinçait la chaise, et nous permettait finalement d'entrer. Il va sans dire que ces moments demeurent redoutables dans le souvenir que l'on en conserve. (p. 314)

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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » sam. 09 nov. 2019, 17:06

Quelques bonnes remarques ...



1. Sur l'intelligence

"La curiosité est un mot qui peut avoir un sens positif. Mais La Rochefoucauld ne se trompe pas qui l'identifie comme étant parfois "le désir de savoir ce que les autres ignorent", ni Pascal qui estime, au même sens, que "curiosité n'est que vanité. Le plus souvent, on ne veut savoir que pour en parler". Cette curiosité est déjà un premier degré de l'orgueil, qui s'arroge le droit de savoir, ou une compétence pour comprendre, alors que ce droit ne nous est pas concédé, ni cette compétence assurée. L'intelligence curieuse, par son essence même, exclut le regard de foi. Sans doute, c'est légitimement que des hommes de science peuvent considérer les aspects ordinaires ou extraordinaires de la vie de Marthe. Leur intelligence ne deviendrait curieuse qu'à partir du moment ou ils voudraient expliquer par leur seule discipline ce que seule la foi peut rendre lumineux, parce que cela relève de son domaine.

Il y a plus grave que l'intelligence curieuse : c'est l'intelligence orgueilleuse, Là ou le curieux cherche à savoir pour sa propre gloire, l'orgueilleux cherche à savoir pour juger. Or, en un tel domaine, il est clair que le seul jugement appartient en propre à l'Église, à laquelle, d'avance, le croyant se soumet. Comte tenu de tout ce que l'on sait d'elle, il y aurait peut-être autant d'orgueil à décider, à la place de l'Église et sans attendre son jugement, que Marthe est une sainte qu'il y en aurait à juger qu'elle est une simulatrice ou le simple sujet d'étude d'une pathologie névrotique expliquant la totalité de sa vie et de son oeuvre par l'hystérie ou quelque délire hallucinatoire. " (Marcel Clément, p. 18)




2. Que vaut-il mieux faire entre prier ou communier ?

'Après la communion, Marthe prononce son action de grâce , et chaque mot compte :

"Seigneur mon Dieu, submergée par votre divinité, je n'aime, je ne désire, je ne cherche, je ne goûte que vous. Que je sois toute vôtre et toute occupée de vous seule, filialement unie au coeur immaculée de ma Maman chérie.

Puis elle entre en oraison.

"Si on me demandait : que vaut-il mieux faire, l'oraison ou la communion, je répondrais l'oraison. Priez, priez sans cesse ! Or il est difficile de bien prier et de prier sans cesse, si le coeur ne s'emplit pas de bonnes pensées, fruits de la méditation. Il en coûte plus pour faire oraison que pour communier. La communion est un acte extérieur, une joie pour l'âme; l'oraison un entretien secret entre Dieu et l'âme. La communion ne suppose pas toujours la vertu. On peut communier et se rendre coupable. L'oraison de chaque jour ne veut pas dire qu'on soit vertueux; elle est une preuve qu'on travaille à le devenir. On trouve des chrétiens qui communient tous les jours et qui sont en état de péché mortel. Mais on ne trouve jamais une âme qui fasse oraison tous les jours et qui demeure dans le péché. L'oraison est nécessaire, ajoute Marthe avec un terrible réalisme, pour ne pas demeurer ou devenir les pieuses nullités dont se rient les démons." (p. 326)


On a ici une remarque de poids qui vaut de l'or ... très éclairant ...

Cinci
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Re: Marthe Robin, figure importante de l'Église du XXe siècle

Message non lu par Cinci » sam. 09 nov. 2019, 17:41

Autre bonne remarque ...


Pendant plus de quarante-cinq ans la Vierge est ainsi apparut à Marthe, ce qu'elle n'a jamais fait ailleurs. Si bien que, de plus en plus, l'on vient prier dans cette chambre ou l'on reçoit des grâces extraordinaires. Marthe a beaucoup et bien parlé de la Vierge. A ceux qui lui reprochaient "d'enlever les perles du Christ pour tisser une couronne à Marie", elle a eu cette réponse saisissante : "Devant la mère médiatrice de toutes grâces on n'est jamais porté à se mettre à genoux en suppliant, mais à se jeter dans ses bras."

Ce qui ramène excellemment toute religion à une relation d'amour. Pour Marthe, Marie était la mère par excellence. Au père Talvas, fondateur du NID, l'oeuvre d'aide aux anciennes prostituées, qui sollicitait ses conseils et suggérait de "tout centrer sur Marie", elle répondit : "Oh oui ! Ces femmes ont tellement besoin de la tendresse d'une mère, elles qui n'ont pas été aimées. Marie les conduira à Jésus."

Pour Marthe, Marie n'était pas une statue, une icône, le produit d'une tradition ou d'un dogme, mais une réalité vivante donnée par vision, et qui explique ses extases.

Certains pensent que la dévotion adulte à Marie relève d'une régression infantile, sorte de culte-refuge de la mère. Le problème est seulement de savoir s'Il est efficace. La force de frappe de la psychanalyse n'est-elle pas justement la "régression". c'est à dire le retour à l'enfance ? Cependant, avec Marthe, il ne s'agit pas seulement de se dépouiller de ses névroses infantiles, mais de se dépouiller tout court !

En 1948, le père Larbat demanda à Marthe :

- Qu'ajoute cette consécration à Marie ?
- Mon père, il arrive parfois que nous nous recherchions subrepticement dans le bien que nous faisons. Or l'esprit de cette consécration, si nous voulons le vivre vraiment, c'est de nous dépouiller de nos mérites. L'effacement du moi, suprême dépouillement, est la clé du progrès spirituel. (J. Jacques Antier, p. 349)

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