Conversions célèbres au XXe siècle

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etienne lorant
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Conversions célèbres au XXe siècle

Message non lupar etienne lorant » sam. 26 déc. 2015, 20:04

Histoires de conversions au vingtième siècle.

Un homo pas gay : Henri Ghéon (1875-1944)

Henri Ghéon a 22 ans lorsqu'il rencontre André Gide (qui en a 28). Ils partagent une passion dévorante : l'amour des jeunes hommes. Pendant plus de 10 ans, les deux complices parcourent ensemble les boulevards et les ports, échangeant complaisamment leurs conquêtes comme leurs impressions. Henri est plus sensuel, plus entreprenant, André, plus raffiné. Il se complètent.

Henri Vangeon (qui a pris comme nom de plume : Henri Ghéon) emploie son talent littéraire à militer pour l'homosexualité, écrivant notamment La Vie secrète de Guillaume Arnoult (qui inspirera le Corydon de Gide). Passionné de théâtre, il participe en 1913 à la création du Vieux Colombier. Il est également des fondateurs de la prestigieuse Nouvelle Revue Française (NRF), où il publie poésies, drames et essais.

Tout bascule pendant la guerre de 1914-1918.

Réformé, Ghéon s'engage comme volontaire en tant que médecin. Gide l'encourage à rencontrer un de ses amis, qui a aussi goûté aux amours masculines, le lieutenant de vaisseau Pierre-Dominique Dupouey (1877-1915) : « Puisque tu vas sur le front de Belgique, tâche donc de trouver Dupouey. Il a quitté Cattaro pour Dixmude. »

Ghéon rencontre donc Dupouey en 1915.
Pierre-Dominique Dupouey (1877-1915)
Ce Lieutenant de vaisseau énergique, intelligent, séduisant, exerce sur lui une très forte impression, mais pas précisément celle qu'attendait Gide. Converti au catholicisme, Dupouey a en effet renoncé à toute pratique homosexuelle et il oriente Ghéon vers la religion.

Ghéon écrira plus tard :

« Si je n’ai vu que trois fois dans ma vie, et bien peu de temps chaque fois, le lieutenant de vaisseau Dupouey, capitaine de fusiliers marins sur l’Yser, il a plus fait pour moi en ces quelques heures, sans s’en douter, je pense, – puis dans la mort, consciemment – qu’aucun de mes amis les plus chers et les plus intimes. […] Son attrait, son bienfait […] son beau visage si mâle et si tendre à la fois […] il m’avait déjà converti que j’ignorais encore à peu près tout de son histoire. » (1)

Dupouey meurt le 3 avril 1915 (Samedi saint), offrant sa mort pour la conversion de Ghéon. Celui-ci hésite pendant quelques mois, puis finit par se confesser et communier la veille de Noël. Il éprouve une joie immense, un sentiment de libération, et décide de mener une vie de chasteté absolue. Il note dans ses carnets intimes, ce 24 décembre 1915 :

« Mon Dieu, j'ai été luxurieux au-delà de toute limite ; je n'ai pas fondé un foyer et n'ai pas su diriger mes désirs dans la voie permise du mariage ; une fatalité de nature derrière laquelle pourtant je ne prétends pas effacer ma responsabilité personnelle m'a toujours éloigné des femmes et m'a porté, me porte encore, irrévocablement, vers les jeunes gens. Ô mon Dieu, de tous mes péchés, c'est celui-là le pire, le plus fréquent et le plus spontané. Non que toujours l'acte impur suive la pensée, mais la pensée en est constante et j'ai vécu dans un quotidien désir. »

Cette même veille de Noël, il prend la résolution de changer de vie :

« Je mènerai désormais [la vie] d'un frère laïc, qui sourit au monde sans s'y souiller. »

C'est une véritable lutte, dont les carnets intimes permettent de suivre la progression. Deux jours après (26 décembre), Ghéon inscrit :

« Je commence à savoir détourner mes regards. […] A peine un regard par trop appuyé sur quelqu'un dont un instant l'image me bouleverse, puis je le chasse […]. Quand aurai-je les yeux purifiés et séparés de ma chair sensuelle ? »

Les notations se succèdent au fil des jours : tantôt victorieuses lorsque Ghéon a su vaincre ses regards, presque désespérées quand ses yeux ont failli. Apparemment, Ghéon sort vainqueur du combat, et profondément pacifié. Mais il supprimera tous les passages qui font mention de cette lutte lorsqu'il publiera le récit de sa conversion. Crainte, sans doute, de scandaliser ses pieux lecteurs.

Gide, qui a quelque temps envisagé une conversion au catholicisme, évolue de son côté dans une direction diamétralement opposée. Il prend assez mal la « trahison » de son ami, et rompt assez vite toute relation. Il ne pardonnera jamais aux « cathos » de lui avoir ainsi volé son camarade de plaisirs.

Henri Ghéon sur scène
(1939)

Après la Guerre, décoré de la croix d'honneur et de la Légion d'honneur, Ghéon se consacre au théâtre et compose une centaine de pièces. Son théâtre est très explicitement catholique, et snobé par les milieux "culturels" de la Capitale (à quelques exceptions près, tels Jacques Copeau et Louis Jouvet). Mais il connaît un réel succès populaire : en 1931, le président de la République vient assister à une de ses pièces ; en 1938, au Québec, son Jeu de Saint-Laurent des fleuves attire quelque 200 000 spectateurs, tandis que son Noël sur la place devient un classique des pièces de patronage.


Apprécié pour sa rondeur, sa jovialité, Ghéon sait refléter cette joie de vivre dans ses pièces, qui mêlent souvent le burlesque au mystique. Au milieu des péripéties de la Libération, sa mort (13 juin 1944) passe un peu inaperçue. Il est enterré au cimetière Montparnasse, dans le caveau des dominicains, car il était devenu « tertiaire dominicain » (= rattaché à l'Ordre dominicain tout en restant dans le monde) en 1920.


Henri Ghéon meurt le 13 juin 1944. Dans une lettre testamentaire, il écrit :

« Je songe à mes malheureux frères, que réprouve la société et que la réprobation hypocrite des hommes replonge davantage dans leur péché. Il faut qu'ils sachent qu'il y a un recours, qu'il existe une société de laquelle aucun pécheur, aucun paria de la chair n'est exclu : la société de l'Église. »


Image


http://homopasgay.blogspot.be/2013/04/u ... -1944.html
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Re: Conversions célèbres au XXième siècle

Message non lupar Cinci » dim. 27 déc. 2015, 20:15

Très intéressant. Merci.

etienne lorant
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Conversion "impossible" d'André Frossard

Message non lupar etienne lorant » dim. 17 déc. 2017, 22:35

En 1935, le futur académicien et grand ami de saint Jean Paul II entre dans la chapelle des Filles de l'Adoration à Paris : c'est là qu'il rencontre Dieu et que son existence est bouleversée.
Une grand-mère juive, une mère protestante, un père communiste… Rien ne prédisposait ce journaliste, élevé dans l’athéisme le plus complet, à se convertir à l’âge de 20 ans. Pourtant en quelques minutes à peine, le temps de franchir le seuil de la chapelle des Filles de l’Adoration à Paris pour y chercher un ami, la vie d’André Frossard a basculé. Il avait raconté son itinéraire dans un livre-témoignage qui restera dans les mémoires : Dieu existe, je l’ai rencontré (1969).


« Mon père aurait voulu me voir rue d’Ulm. J’y suis allé à 20 ans, mais je me suis trompé de trottoir, et au lieu d’entrer à l’École Normale Supérieure, je suis entré chez les religieuses de l’Adoration pour y chercher un camarade avec qui je devais dîner (…) Poussant le portail de fer du couvent, j’étais athée (…) L’assistance à contre-jour ne me proposait que des ombres, parmi lesquelles je ne pouvais distinguer mon ami, et une espèce de soleil rayonnant au fond de l’édifice : je ne savais pas qu’il s’agissait du Saint-Sacrement. Cette lumière, que je n’ai pas vue avec les yeux du corps, n’était pas celle qui nous éclaire, ou qui nous bronze ; c’était une lumière spirituelle, c’est à dire comme une lumière enseignante et comme l’incandescence de la vérité. Elle a définitivement inversé l’ordre naturel des choses. Depuis que je l’ai entrevue, je pourrais presque dire que pour moi Dieu seul existe, et que le reste n’est qu’hypothèse. »

Une évidence faite présence qu’il dépeint ainsi :

« Son irruption déferlante, plénière, s’accompagne d’une joie qui n’est autre que l’exultation du sauvé, la joie du naufragé recueilli à temps, avec cette différence toutefois que c’est au moment où je suis hissé vers le salut que je prends conscience de la boue dans laquelle j’étais sans le savoir englouti, et je me demande, me voyant par elle encore saisi à mi-corps, comment j’ai pu y vivre, et y respirer (…). »

Plus de libre-arbitre ?
Et son libre-arbitre auquel il était si attaché ? À ceux qui lui posent la question : « Votre père était socialiste, vous êtes socialiste. Vous entrez dans une chapelle, vous voilà chrétien. Si vous étiez rentré dans une pagode, vous seriez bouddhiste ; dans une mosquée, vous seriez musulman… », il répond avec ironie : « Il m’arrive de sortir d’une gare sans être un train ». À tous ceux qui attendaient de lui un récit plus spirituel, une expérience mystique, il affirmait : « J’ai rencontré Dieu comme on rencontre un platane. C’est un fait, point final ! ». À tous ceux qu’il rencontrait, l’académicien répétait inlassablement :

« Je n’ai pas foi en Dieu : je l’ai rencontré. Toute la vérité se trouve dans l’Église catholique. La vérité c’est quelqu’un, c’est Jésus-Christ. Que puis-je y faire si le catholicisme est vrai, si cette vérité est le Christ qui veut être rencontré ? C’est nous qui avons perdu la passion de convaincre, de témoigner, de convertir ».

Pour le jeune André, une nouvelle vie – « la vraie vie » dit-il – a commencé. Il se sent « un nouveau-né prêt au baptême » auquel il se prépare aussitôt, en commentant : « Ce que le prêtre m’a dit sur le catholicisme, je l’attendais et je l’accueillis avec joie : l’enseignement de l’Église catholique est vrai jusqu’à la dernière virgule et j’en prenais acte à chaque ligne ». Sa mère et sa sœur ne tardent pas à le suivre sur le chemin de la conversion.

Revenir au Dieu-Amour

Ce qui est arrivé à André Frossard « peut arriver à tout le monde, au meilleur, au moins bon, à celui qui ne sait pas et même à celui qui croit savoir ». Chez tout converti, résume-t-il dans un de ses nombreux témoignages, « s’opère une rencontre, c’est-à-dire un moment où quel que soit le cheminement intérieur, l’idée fait place à une personne, l’idée devient une personne. Dans la rencontre à Emmaüs, les disciples reconnaissent le Christ. Rencontre lumineuse, comme cela a été dans mon cas. Tout d’un coup, l’être humain découvre la personne divine ». Et il ne se sent plus seul. Car « grâce à la foi et à la charité, à travers la souffrance et la mort, il revient au Dieu-Amour » qui l’a engendré, souligne l’académicien dans Dieu existe…. Il découvre que ce monde n’est que « le pâle reflet de l’immense réalité momentanément invisible, spirituelle, brillante, qui le traverse, l’enveloppe et l’attend ».



Source : Aleteia

Isabelle Cousturié
https://fr.aleteia.org/2017/08/02/conve ... sacrement/
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Conversion de la haine à l'amour

Message non lupar etienne lorant » dim. 17 déc. 2017, 22:42

Il haïssait l'Église et le Pape jusqu’au jour où la Vierge Marie lui apparut dans la grotte des Trois Fontaines à Rome, en avril 1947.
Comme tant d’autres, rien ne prédisposait Bruno Cornacchiola (1913-2001) à se convertir. Sous l’influence d’un ami protestant allemand, cet Italien issu d’une famille modeste avait développé une haine farouche à l’encontre de l’Église et du Pape qu’il considérait comme la cause de tous les maux du monde. Détruire l’Église était une idée fixe chez lui. Et dans sa haine, il détruisait tout ce qui la représentait. Les images pieuses posées par sa femme dans leur maison familiale ou le crucifix de leur chambre — jeté aux ordures. Ses enfants avaient bien évidemment interdiction de suivre le catéchisme.

Pourtant, lui, Bruno Cornacchiola, persécuteur de l’Église, allait être appelé à devenir un défenseur de l’Évangile, par Marie, qu’il s’apprêtait à insulter. Nous sommes en avril 1947, aux abords de l’abbaye des Trappistes au lieu-dit des Trois Fontaines à Rome, non loin de la basilique Saint-Paul, à savoir l’endroit-même où Paul, devenu apôtre des nations après l’apparition du Christ, fut martyrisé sous Néron. Lors d’une simple promenade, Bruno s’assied pour préparer un dur article contre la Vierge Marie, tandis que ses trois enfants s’éloignent pour jouer au ballon. Inquiet de ne pas les voir revenir, il se met à leur recherche et les retrouve devant l’entrée d’une grotte, les mains jointes, le visage pâle et dans une attitude d’extase : « Belle Dame… Belle Dame », appellent-ils à tour de rôle, en fixant l’intérieur de la grotte. Bruno d’abord agacé puis troublé finit par entrer dans la grotte et se met à appeler à son tour : « Belle Dame, Belle Dame ». Devant lui se tient la silhouette d’une jeune femme, dans la splendeur d’une lumière dorée :

« Je vis inopinément deux mains toutes blanches en mouvement vers moi et les sentis m’effleurer le visage. J’eus la sensation qu’on m’arrachait quelque chose des yeux. J’éprouvai en cet instant une douleur certaine et je restais dans l’obscurité la plus profonde (…) Mais, peu à peu, le noir s’atténua et laissa filtrer une légère lumière qui grandit et s’intensifia au point d’illuminer toute la grotte (…) À ce moment-là, je ne voyais plus ni la cavité, ni ce qu’elle pouvait contenir, mais je fus saisi d’une joie extraordinaire ».

Fasciné, Bruno Cornacchiola tombe à genoux, en extase. La Vierge se met alors à lui parler directement, ou plutôt à le sommer tout doucement :

« Tu me persécutes, arrête maintenant ! Retourne au saint bercail […] Que l’on prie et que l’on récite quotidiennement le Rosaire pour la conversion des pécheurs, des incrédules et pour l’unité des chrétiens ».

Bruno, le souffle coupé, suit la main gauche de la belle Dame lui indiquant quelque chose à ses pieds, comme « un drap noir avec une croix brisée », qui est en fait le livre de l’Apocalypse, réalisera-t-il plus tard.

Prudence et révélation

La Vierge Marie l’exhorte à la prudence : « La science reniera Dieu ! », le prévient-elle, avant de lui dicter un message secret à remettre personnellement « au Saint-Père, pasteur suprême de la chrétienté ». La Vierge lui fait tant de prédictions sur l’Église, sur la foi, lui révèle que « les hommes ne croiront plus… que tant de choses s’avèrent aujourd’hui et d’autres devront encore s’avérer… », que « parmi ceux qui l’entendront raconter cette vision, il y en aura qui ne le croiront pas », mais lui ne devra jamais « se laisser décourager ».

À la fin de la rencontre, la Vierge se présente à Bruno :

« Je suis celle qui est dans la divine Trinité. Je suis la Vierge de la Révélation. Avant de m’en aller je te dis ceci : la Révélation est la parole de Dieu, cette Révélation parle de moi. Voilà pourquoi j’ai ce titre : Vierge de la Révélation ».

Le jour-même, Bruno Cornacchiola grave sur la roche :

« Dans cette grotte m’est apparue la Mère divine. Elle m’invite amoureusement à rentrer dans l’Église catholique, apostolique et romaine… ».

Désormais la conversion de Bruno Cornacchiola est irréfrénable. Entre mille vicissitudes, il va à Rome demander pardon à Pie XII d’avoir voulu le tuer : « Très Saint-Père, voici la Bible protestante avec laquelle j’ai tué beaucoup d’âmes (…) Voilà le poignard, avec l’inscription “mort au Pape”, par lequel je projetais de vous tuer ! Je viens vous demander pardon « . Ce à quoi le Pape lui répondit : « En me tuant, tu n’aurais fait que donner un nouveau martyr à l’église, et au Christ une victoire de l’amour ; mon fils, le meilleur pardon est le repentir… ». Une trentaine d’années plus tard (en 1978), il rencontrera également Jean Paul II qui lui dira : « Tu as vu la Mère de Dieu, tu dois donc devenir un saint ! ».

Le 23 février 1982, la Vierge apparaîtra encore une fois à Bruno, pour lui demander la construction d’une « maison-sanctuaire » en son honneur, afin que « les assoiffés, les égarés » y trouvent « l’amour, la compréhension, la consolation : le vrai sens de la vie ». Ici, en cet endroit de la grotte où je suis apparue plusieurs fois, a-t-elle ajouté, « ce sera le sanctuaire de l’expiation, comme si c’était le purgatoire sur la Terre. Il y aura une porte au nom significatif de porte de la Paix. Tous devront entrer par cette porte ».

Une conversion annoncée ?
Les apparitions de la Vierge aux « Trois Fontaines » ont été étudiées minutieusement par le Vatican, tout particulièrement par Pie XII qui a reçu Bruno Cornacchiola plusieurs fois en audiences privées, après sa demande de pardon, et a voulu personnellement bénir la statue qui devait être placée dans la grotte. D’autant que ces apparitions – 28 en tout selon différentes sources – eurent lieu dix ans après l’apparition de la sainte Vierge dans la même grotte à une jeune fille auxquels étaient reconnus des dons charismatiques exceptionnels. Marie lui aurait annoncé : « Dans dix ans j’apparaîtrai à nouveau dans cette grotte à un incroyant, un ennemi de l’Église et du Pape ».

Bruno Cornacchiola est devenu un fervent apôtre de Marie, a fondé une association religieuse. Il a raconté partout ce qui lui est arrivé.

« La Très Sainte Vierge Marie a été pour moi une éducatrice insurpassable qui ne s’est pas contentée de m’installer dans une solide culture catéchistique, mais m’a aidé également à devenir son témoin. Qui trouve Marie, trouve Jésus: la Voie, la Vérité, la Vie. Il trouve la vie et la grâce dans l’Église du Salut, le Corps Mystique du Christ, et y trouve aussi la Mère de l’Église ».


Source : Aleteia

Isabelle Cousturié
https://fr.aleteia.org/2017/08/08/conve ... r-le-pape/
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Conversion de Max Jacob

Message non lupar etienne lorant » dim. 17 déc. 2017, 22:50

Le 22 septembre 1909, une vision du Christ sur le mur de sa chambre bouleverse la vie du poète et romancier juif qui n’aura désormais d'autre espérance que d'arriver à "ne plus pécher".

Poète et romancier, peintre, originaire d’une famille juive non pratiquante de Bretagne, rien ne prédestinait Max Jacob à recevoir cette « grâce soudaine », lui, au caractère « imprévisible et incontrôlable » disait-on, l’artiste ami de Picasso, d’Apollinaire, de Modigliani et Jean Cocteau, qui adorait la vie nocturne et agitée de Montparnasse, le passionné de cartomancie, d’horoscope et d’art divinatoire, l’homosexuel accro à l’opium et à l’éther.

Pourtant, ce 22 septembre 1909, c’est à lui que « l’Hôte » apparaît sur le mur de sa chambre provoquant en lui un vrai bouleversement intérieur :

« Je tombai à genoux, mes yeux s’emplirent de larmes soudaines. Un ineffable bien-être descendit sur moi, je restai immobile, sans comprendre. J’eus instantanément la notion que je n’avais jamais été qu’un animal, que je devenais un homme. Un animal timide. Un homme libre. Instantanément aussi, dès que mes yeux eurent rencontré l’Être Ineffable, je me sentis déshabillé de ma chair humaine, et deux mots simplement m’emplissaient : MOURIR, NAÎTRE… »
Récit de ma conversion, publié en 1951

Pendant deux mois, Max Jacob ne cesse de dire qu’il a dialogué avec les anges, remerciant le sien de lui être apparu ce jour-là et de l’avoir converti. Propos qui lui valent des moqueries et accusations de « charlatanisme » de la part de certains prêtres qui prenaient cela pour une extrême provocation artistique. On le prend pour un mystificateur. Son baptême n’aura d’ailleurs lieu que le 18 février 1915. Dans la chapelle des Sœurs de Notre-Dame de Sion, avec Pablo Picasso pour parrain qui lui offre un exemplaire de L’Imitation de Jésus Christ pour qu’il n’oublie pas ce jour. Il fait le même jour sa communion.

Quelques jours auparavant, il confie dans une lettre à l’écrivain Jean-Richard Bloch, son ami et cousin, une deuxième vision et son cheminement avant de passer à cet « acte énorme » :

« Mon cher Jean, je me convertis au catholicisme. Tu sais que Dieu m’a fait l’honneur de se montrer à moi et à mon mobilier le 28 octobre 1909 (…) Il a renouvelé pour mes yeux ce miracle le 17 décembre dernier à 10 heures et demie du soir sur une toile de cinématographe Pathé rue de Douai. Une hésitation nouvelle serait de l’ingratitude. Je n’attends plus le Messie comme mes coreligionnaires : je l’ai vu ! Le devoir de ceux qui croiront mes yeux est de m’imiter ; les juifs n’ont pas été appelés par lui au début parce qu’il fallait que la nouvelle religion ne restât pas une secte juive ; aujourd’hui que la mission des juifs est accomplie, ils doivent se réjouir de ce qu’ils ont fait par leur sacrifice séculaire, ils doivent se réunir à lui. Ne m’oppose aucune objection temporelle : elles n’ont aucune importance pour moi ! Je ne renie rien : je n’avais pas de religion, j’en choisis une… »
Max Jacob de Béatrice Mousli

En pleine guerre mondiale, à laquelle il échappera à cause de sa santé, la vie « dévote » de Cyprien-Max Jacob commence. À ceux qui doutent de sa sincérité, il décide de mettre sous leurs yeux, sans commentaires, les poèmes et les proses correspondant à chaque étape de son étonnante évolution, dans son précieux ouvrage La Défense de Tartufe, qui paraît en 1919 sous forme de recueil d’ « extases, remords, visions, prières, poèmes et méditations » d’un juif converti. Tartufe, auquel Jacob s’identifie, est un « pauvre » chrétien qui tente de concilier sa vie et ses principes.

« Ne plus pécher »
Max Jacob trouve dans le catholicisme « ce qu’il ne trouvait pas dans le mysticisme : la paix ! ». Une paix qui l’amènera à se retirer, en 1921, à Saint-Benoît-sur-Loire, un petit village à 160 kilomètres de Paris, connu pour sa belle abbaye Notre-Dame-de-Fleury, pour y vivre une vie plus « conforme à sa foi », éloignée des tentations parisiennes. Dans ce lieu, où il restera sept ans, son existence est rythmée par la prière et les messes quotidiennes, et des « horaires stricts pour se forcer à travailler » : peindre, lire, dessiner, écrire. Réfugié dans la pénitence et la méditation, l’artiste ne s’autorisera qu’une brève échappée en Italie et en Espagne, et un passage éclair à Paris. Il n’a d’autre espérance que d’arriver à « ne plus pécher ». Un vers témoigne de cette quête inlassable — « Pécher, pécher, se repêcher » — dans un de ses poèmes illustrant sa lutte quotidienne, expliquant que : « Quoi qu’on dise, dans l’évangile, être chrétien n’est pas facile… ».

En mars 1928, il retourne à Paris mais en repart dégoûté par la vie parisienne, lui préférant la vie d’austérité campagnarde et de prière intense connue pendant ces sept années à Saint-Benoît-sur-Loire. Cyprien-Max Jacob ne quittera plus l’abbaye jusqu’à son arrestation par la Gestapo, en février 1944, puis son internement au camp de Drancy, victime de ses origines juives. Le 5 mars il succombe à une congestion pulmonaire. Il est inhumé à Saint-Benoît depuis 1949. Au moment de son arrestation, il écrivit au chanoine Fleureau, son curé : « J’ai confiance en Dieu. Je le remercie du martyre qui commence ».


Source Aleteia

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https://fr.aleteia.org/2017/08/04/conve ... e-labbaye/
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Conversions de Simone Weil et Etty Hillesum

Message non lupar etienne lorant » dim. 25 mars 2018, 9:56

C'est au cours de ces trois années, 1941,1942,1943 que cette jeune juive, va se découvrir capable de s'agenouiller pour prier Dieu. Par de nombreux côtés, sa démarche de conversion ressemble à celle de la philosophe française Simone Weil (également décédée en 1943). On y retrouve des thèmes communs - dont cet agenouillement, mais aussi la découverte du malheur opposé à la beauté du monde:

Simone Weil : On serait souvent tenté de pleurer des larmes de sang en pensant combien le malheur écrase de malheureux incapables d'en faire usage. Mais à considérer les choses froidement, ce n'est pas là un gaspillage plus pitoyable que celui de la beauté du monde. Combien de fois la clarté des étoi­les, le bruit des vagues de la mer, le silence de l’heure qui précède l’aube vien­nent-ils vainement se proposer à l’attention des hommes? Ne pas accorder d’attention à la beauté du monde est peut-être un crime d'ingratitude si grand qu'il mérite le châtiment du malheur. Certes, il ne le reçoit pas toujours; mais en ce cas il est puni par le châtiment d'une vie médiocre, et en quoi une vie médiocre est-elle préférable au malheur? D'ailleurs, même en cas de grande infortune, la vie de tels êtres est probablement toujours médiocre.'

Etty Hillesum : Au-delà des horribles réalités dont elle sera témoin pendant plusieurs mois dans le camp de Westerbrok – prélude à celui d’Auchswitz –, « il y a aussi la réalité de ce petit cyclamen rose. Et de cet immense horizon que l’on peut toujours découvrir derrière les rumeurs et la confusion de ce temps. – Donne-moi une seule ligne de poésie par jour, et si parfois je ne peux l’écrire, parce que je n’aurai plus de papier ni de lumière, je la réciterai tout doucement le soir, les yeux levés vers ton grand ciel." Et encore: "« En fait, le monde est beau. Quand nous sommes seuls en pleine nature et disposés à l'attention, quelque chose nous porte à aimer ce qui nous entoure...Et la beauté nous touche d'autant plus vivement que la nécessité apparaît d'une manière plus manifeste, par exemple...dans les plis que la pesanteur imprime aux montagnes ou aux flots de la mer, dans le cours des astres. »

Mais ce qui m'a touché au plus profond, c'est un dialogue bref (que ne n'ai pas encore retrouvé - j'ai égaré le livre juste à temps peut-être pour qu'il ne me déchire de haut en bas, qui sait ?). Ce passage raconte à peu près ceci :

C'est vers la fin du journal. Etty se retrouve chargée de préparer des convois de trente à trente-cinq wagons, bourrés d'être humains. Et voici qu'un matin, elle se retrouve à emmailloter des bébés et à couvrir de vêtements chauds de très jeunes enfants. Un militant communiste qui est là (et qui survivra en s'évadant) lui dit assez durement : "Ce que tu fais là ne sert à rien du tout. Tu sais bien qu'ils seront tous morts de faim et de froid bien avant d'arriver en Pologne !" (Le trajet prenait en effet une dizaine de jours dans des conditions affreuses qu'on imagine). Mais Etty réagit et répond 'en substance' : Dieu est amour et je dois aimer, et j'aime. Dans ce moment précis, je ne peux aimer qu'en essayant de protéger des enfants du froid. Alors, je le fais. Le reste, Dieu le sait, moi je ne sais pas. Mais je fais pour Dieu ce que je dois faire.

D'autres paroles et écrits de ce livre, que j'ai soulignés:

« Je vais t'aider mon Dieu à ne pas t'éteindre en moi c'est à mon tour de t'aider et de défendre jusqu'au bout la demeure qui t'abrite en nous. Tu vois comme je prends soin de toi. Je ne t'offre pas seulement mes larmes et mes tristes pressentiments, en ce dimanche venteux et grisâtre je t'apporte même un jasmin odorant. Et je t'offrirai toutes les fleurs rencontrées sur mon chemin et elles sont légion, crois-moi. Je veux te rendre ton séjour le plus agréable possible."

« La saloperie des autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d'autres solutions que de rentrer en soi-même et d'extirper de son âme toute cette pourriture. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n'ayons d'abord corrigé en nous. L'unique leçon de cette guerre est de nous avoir appris à chercher en nous-même et pas ailleurs. »

J'ai retrouvé ces citations ici:
Spoiler!
Ce livre m'a d'autant marqué que je crois qu'il m'a rejoint par la volonté du Père, afin que ma foi, confrontée aux multiples épreuves qui nous attendent, s'aiguise plutôt que ne faiblisse.  

Déjà, à propos de cette "saloperie" des autres qui est aussi en nous, j'ai pu en éprouver quelque chose lors d'un petit incident. Je venais de rentrer chez moi le soir et sur la route j'avais croisé des automobilistes à la conduite "agressive": qui vous 'brûlent' le passage aux ronds-points par exemple. Je pensais être insensible à cette agressivité - eh bien, comme je me prépare deux minutes plus tard à garer ma voiture devant mon garage, je trouve une autre voiture installée tout en travers et qui m'empêchait de rentrer mon véhicule au garage.  Pendant quelques instants, j'ai été saisi d'une forme d'agacement très proche de la colère - et j'ai dû lutter pour me défaire de ce sentiment que j'ai trouvé tout à fait "indigne".

Je termine avec cette prière d'Etty :

Prière d'Etty :

"Mon Dieu, prenez-moi par la main, je vous suivrai bravement, sans beaucoup de résistance. Je ne me déroberai à aucun des orages qui fondront sur moi dans cette vie, je soutiendrai le choc avec le meilleur de mes forces. Mais donnez-moi de temps à autre un court instant de paix. Et je n'irai pas croire, dans mon innocence, que la paix qui descendra sur moi est éternelle, j'accepterai l'inquiétude et le combat qui suivront. J'aime à m'attarder dans la chaleur et la sécurité, mais je ne me révolterai pas lorsqu'il faudra affronter le froid, pourvu que vous me guidiez par la main. Je vous suivrai partout et je tâcherai de ne pas avoir peur. Où que je sois j'essaierai d'irradier un peu d'amour, de ce véritable amour du prochain qui est en moi. Je ne veux rien être de spécial. Je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi, mais cherche encore son plein épanouissement. Il m'arrive de croire que j'aspire à la retraite du couvent. Mais c'est dans le monde et parmi les hommes que j'aurai à me trouver".

(E.H. 24/11/1941)


«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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Nanimo
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Re: Conversions de Simone Weil et Etty Hillesum

Message non lupar Nanimo » lun. 26 mars 2018, 13:30

(...) Simone Weil : On serait souvent tenté de pleurer des larmes de sang en pensant combien le malheur écrase de malheureux incapables d'en faire usage. Mais à considérer les choses froidement, ce n'est pas là un gaspillage plus pitoyable que celui de la beauté du monde. Combien de fois la clarté des étoi­les, le bruit des vagues de la mer, le silence de l’heure qui précède l’aube vien­nent-ils vainement se proposer à l’attention des hommes? Ne pas accorder d’attention à la beauté du monde est peut-être un crime d'ingratitude si grand qu'il mérite le châtiment du malheur. (...)
Dans son ouvrage, Promenades en bord de mer et étonnements heureux, Olivier de Kersauson, le très connu coureur des mers, dit exactement la même chose (en des termes moins fouillés). Il dit aussi :
C'est grossier de ne pas profiter du temps. De chaque petite minute.
Lest we boast
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