Le travail : une malédiction ?

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cousty
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Le travail : une malédiction ?

Message non lu par cousty » mar. 15 janv. 2008, 23:02

je soumets à votre analyse ( bienveillante ? ) ces notes d'un week-end sur la doctrine sociale de l'Eglise, animé en décembre 2007.
je suis preneur de tous les commentaires

LE TRAVAIL : UNE MALEDICTION ?


I LE TRAVAIL DANS LA BIBLE

Introduction :
Epopée de Gilgamesh
Les dieux créent les hommes comme des esclaves pour accomplir leur travail, mélangeant de la poussière avec le sang d’un dieu déchu et vaincu : c’est une malédiction, marquée de pessimisme. L’homme est fait pour travailler, comme un esclave, il est maudit des dieux.


1°) Genèse 2
Quand les hébreux, exilés en Mésopotamie, vont répéter ce conte, à leurs enfants, ils vont y introduire les éléments propres de leur foi naissante

Le travail appartient à la condition originelle de l'homme et précède sa chute; il n'est donc ni une punition ni une malédiction.(…) En dépit du péché des premiers parents, le dessein du Créateur, le sens de ses créatures et, parmi elles, de l'homme, appelé à cultiver et à garder la création, demeurent inaltérés. (CDSE N° 256)

Gn 2,4-15
Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder. ( Gn 2,15 )

Le travail est à la fois une activité d’achèvement ( cultiver ) et une activité de respect ( garder ).

Sorti comme il l'est des mains de Dieu, le cosmos porte la marque de sa bonté. C'est un monde beau, digne qu'on l'admire et qu'on en jouisse, mais aussi destiné à être cultivé et développé. L'« achèvement » de l'œuvre de Dieu ouvre le monde au travail de l'homme. « Dieu conclut au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait » (Gn 2,2). A travers cette évocation anthropomorphique du « travail » divin, la Bible ne nous donne pas seulement une ouverture sur le rapport mystérieux entre le Créateur et le monde créé, mais elle jette aussi une lumière sur la mission de l'homme à l'égard du cosmos. Le « travail » de Dieu est en quelque manière exemplaire pour l'homme. Celui-ci, en effet, n'est pas seulement appelé à habiter, mais aussi à « construire » le monde, en se faisant ainsi « collaborateur » de Dieu. Comme je l'écrivais dans l'encyclique Laborem exercens, les premiers chapitres de la Genèse constituent en un sens le premier « évangile du travail ».(10) C'est une vérité que souligne également le Concile Vatican II: « L'homme, créé à l'image de Dieu, a reçu l'ordre de soumettre la terre et tout ce qui y est contenu, de gouverner le monde en justice et sainteté et, en reconnaissant Dieu comme Créateur de toutes choses, de lui rapporter sa personne et l'ensemble des réalités, de façon que, tout étant soumis à l'homme, le nom même de Dieu soit objet d'admiration sur toute la terre »( DIES DOMINI )


2°) Genèse 1
Gn 1,26-28

Dieu les bénit et leur dit : « soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et toute bête qui remue sur la terre » ( Gn 1,28 )

L'homme doit soumettre la terre, il doit la dominer, parce que comme «image de Dieu» il est une personne, c'est-à-dire un sujet, un sujet capable d'agir d'une manière programmée et rationnelle, capable de décider de lui-même et tendant à se réaliser lui-même. C'est en tant que personne que l'homme est sujet du travail. C'est en tant que personne qu'il travaille, qu'il accomplit diverses actions appartenant au processus du travail; et ces actions, indépendamment de leur contenu objectif, doivent toutes servir à la réalisation de son humanité, à l'accomplissement de la vocation qui lui est propre en raison de son humanité même: celle d'être une personne. ( LE N° 6 )

Soumettre la terre, c’est la soumettre à l’homme image de Dieu, marquer le monde d’une empreinte, le transformer pour qu’il soit à la ressemblance du projet divin, qui est de construire un temple où il puisse rencontrer l’homme. Ce temple, ce jardin, il faut le cultiver et le garder.

3°)la tour de Babel
Gn .11,1-9
Le travail humain est ici représenté comme le moyen par lequel l’homme monte au ciel est prend la place de Dieu. Ce récit est une réaction, un rejet des hébreux vis-à-vis de la religion mésopotamienne. Les babyloniens construisaient des temples à étages, des ziggourats, qui étaient des représentations du cosmos, avec la mer, la terre posée sur la mer, et la voûte céleste.

4°) l’esclavage en Egypte
Ex1, 9-13
Ex 1,9 : Les Egyptiens asservirent les fils d’Israël avec brutalité et leur rendirent la vie amère par une dure servitude : mortier, briques, tous travaux des champs, bref toutes les servitudes qu’ils leur imposèrent avec brutalité.

Dieu délivre son peuple
Ex 3, 7-10
Dieu dit à Moïse : « J ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux, va , maintenant, ; je t’envoie vers le Pharaon,fais sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israël »

5°) l’enseignement des prophètes

le travail n’est pas tout, et la Bible n’idolâtre pas le travail ; c’est en particulier un des sens du shabbat, que nous approfondirons demain matin dimanche. Le shabbat met une fin, une limite à la volonté de puissance, de domination de l’homme. Il a reçu le commandement divin de dominer, de soumettre la terre, mais il reçoit aussi le commandement de se reposer le septième jour.

a) commandement du repos

Ex 20,8-11 :
[ Le jour du shabbat ], tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, pas plus que ton serviteur, ta servante, tes bêtes ou l’émigré que tu as dans tes villes.

Jérémie 17,19-23 :
Vous ne transporterez pas non plus de fardeaux hors de vos maisons le jour du shabbat, vous n’accomplirez aucune besogne, mais vous tiendrez pour sacré le jour du shabbat comme je l’ai prescrit à vos pères.

Dictons de la famille
‘ tu ne seras pas plus vite au soir ‘
‘on n’a jamais vu du travail s’en aller’

b) dénonciation de la rapacité

Les prophètes dénoncent la rapacité dans le travail, l’appât du gain.

Amos 8,4-8 : quand donc le shabbat sera-t-il fini que nous puissions acheter un pauvre pour une paire de sandales ?...


Le travail doit être honoré car il est source de richesse ou, du moins, de dignes conditions de vie et, en général, c'est un instrument efficace contre la pauvreté (cf. Pr 10, 4), mais il ne faut pas céder à la tentation de l'idolâtrer, car on ne peut pas trouver en lui le sens ultime et définitif de la vie. Le travail est essentiel, mais c'est Dieu, et non le travail, qui est la source de la vie et la fin de l'homme ( CDSE n°257 )


6°) la sagesse grecque :

la sagesse rappelle que l’intense effort que les hommes font pour travailler, accroître leurs richesses, ne les sauve pas :
Qo 2,11 ; je me suis tourné vers les œuvres de mes mains, et vers le travail que j’avais eu tant de mal à faire. Tout cela est vanité

Qo 2, 20-24 Que reste-t-il à l’homme de tout son travail ?... c’est à un homme qui n’y a pas travaillé qu’il donnera sa part.

‘ comme disait le curé d’ars : les linceuls n’ont pas de poche.‘ !

l’ouvrage de l’homme n’est pas non plus sacralisé : le culte d’Israël interdit de se fabriquer une image de Dieu, parce que c’est dans l’homme que cette image réside.
Sg 13,10 : ceux qui appellent dieux l’ouvrage de mains humaines.
L’exemple du bûcheron


7°) Les Evangiles

on peut décomposer la vie de Jésus en trois périodes pendant lesquelles il travaille :
1 – il travaille à Nazareth, avec Joseph, à l’atelier de charpentier
2 – il travaille dans sa vie publique ; c’est un travail de prédiction, de guérison
3 - il travaille enfin dans sa passion, et sur la croix

Jésus, « devenu en tout semblable à nous, a consacré la plus grande partie de sa vie sur terre au travail manuel, à son établi de charpentier », dans l'atelier de Joseph (cf. Mt 13, 55; Mc 6, 3), à qui il était soumis (cf. Lc 2, 51). Jésus condamne le comportement du serviteur paresseux, qui enfouit sous terre le talent (cf. Mt 25, 14-30) et loue le serviteur fidèle et prudent que le maître trouve en train d'accomplir les tâches qu'il lui a confiées (cf. Mt 24, 46). Il décrit sa propre mission comme une œuvre: « Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent et j'œuvre moi aussi » (Jn 5, 17); et ses disciples comme des ouvriers dans la moisson du Seigneur, qui est l'humanité à évangéliser (cf. Mt 9, 37-38). Pour ces ouvriers vaut le principe général selon lequel « l'ouvrier mérite son salaire » (Lc 10, 7); ils sont autorisés à demeurer dans les maisons où ils sont accueillis, à manger et à boire ce qui leur est offert (cf. ibid.).

Dans sa prédication, Jésus enseigne aux hommes à ne pas se laisser asservir par le travail. Ils doivent se soucier avant tout de leur âme; gagner le monde entier n'est pas le but de leur vie (cf. Mc 8, 36). De fait, les trésors de la terre se consument, tandis que les trésors du ciel sont impérissables: c'est à ceux-ci qu'il faut lier son cœur (cf. Mt 6, 19-21). Le travail ne doit pas angoisser (cf. Mt 6, 25.31.34): préoccupé et agité par bien des choses, l'homme risque de négliger le Royaume de Dieu et sa justice (cf. Mt 6, 33), dont il a vraiment besoin; tout le reste, y compris le travail, ne trouve sa place, son sens et sa valeur que s'il est orienté vers l'unique chose nécessaire, qui ne sera jamais enlevée (cf. Lc 10, 40-42).

Durant son ministère terrestre, Jésus travaille inlassablement, accomplissant des œuvres puissantes pour libérer l'homme de la maladie, de la souffrance et de la mort. Le sabbat, que l'Ancien Testament avait proposé comme jour de libération et qui, observé simplement pour la forme, était vidé de sa signification authentique, est réaffirmé par Jésus dans sa valeur originelle: « Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat! » (Mc 2, 27). Par les guérisons, accomplies en ce jour de repos (cf. Mt 12, 9-14; Mc 3, 1-6; Lc 6, 6-11; 13, 10-17; 14, 1-6), il veut démontrer que le sabbat est à lui, car il est vraiment le Fils de Dieu et que c'est le jour où l'on doit se consacrer à Dieu et aux autres. Libérer du mal, pratiquer la fraternité et le partage, c'est conférer au travail sa signification la plus noble, celle qui permet à l'humanité de s'acheminer vers le Sabbat éternel, dans lequel le repos devient la fête à laquelle l'homme aspire intérieurement. Précisément dans la mesure où il oriente l'humanité à faire l'expérience du sabbat de Dieu et de sa vie conviviale, le travail inaugure sur la terre la nouvelle création. ( CDSE 259-261 )

Dans les Evangiles, il est très intéressant de mesurer combien la prédication de Jésus s’appuie sur le travail des hommes, le gérant infidèle, le travail des champs, les talents à faire fructifier, la pâte à pétrir, le ménage de la maison, le travail de la vigne, le travail de l’élevage : le bon berger, la pèche, etc…

Il y a surtout un grand travail accompli par Jésus : si le travail est transformation des réalités terrestres. La grande réalité que Jésus a transformée, c’est celle de la souffrance. Sur la croix, Jésus a assumé tout ce que la condition humaine avait de violences, de douleurs, de malédictions, pour mettre de l’amour là où il n’y en avait pas. Il n’est pas possible à l’homme seul d’aimer quand il souffre. C’est pourquoi Jésus descend dans toute cette part de souffrance, de ténèbres que l’homme connaît : il vient assumer la condition humaine pour la sauver. ‘Tout ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé. ‘
Je crois que ce verbe ‘ assumer’ est une des clefs du mystère du Christ, et de la lumière que l’Evangile, et à sa suite la pensée sociale de l’Eglise apporte à nos quotidiens.

La Passion de Mel Gibson : ‘voici que je fais toutes choses nouvelles’

8°) les lettres apostoliques

dans les lettres adressées aux premières communautés, les apôtres encouragent, corrigent les fidèles dans leur participation à la vie civile, sociale. Certains pensaient que la fin des temps était arrivée, et qu’il n’était plus nécessaire de travailler.
Rm 12,1-21
Rm 12,6 : nous avons des dons qui différent selon la grâce qui nous a été accordée… Sois vainqueur du mal par le bien
Col 3,23 : quel que soit votre travail faites-le avec âme
Ep 4,28 : Celui qui volai, qu’il cesse de voler ; qu’il prenne plutôt la peine de travailler honnêtement de ses mains, afin d’avoir de quoi partager avec celui qui est dans le besoin
2Th 3,10-12 : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné

dialogue de Monsieur Vincent avec un pauvre :
« ah toi c’est autre chose !
–la fatalité !
-oui, mais il n’y a pas que la fatalité, il y a aussi la providence : le bon Dieu nourrit les petits oiseaux, c’est entendu, mais ils passent leur journée à chercher leur nourriture ; c’est solide, çà. Cà peut tenir une pelle !
-je ne trouve rien
- eh bien reviens demain, je t’aurais trouvé du travail, mais c’est le dernier pain que tu voles au Bon Dieu, ton pain de demain, il sera à toi ! »

II Hommes et femmes au travail : rivalité, parité, complémentarité ?

LE PROJET DE DIEU
Créés à l’image de Dieu, nous devons travailler comme Dieu :
Or quand Dieu travaille, il sépare puis il ornemente

Jour 1 : Dieu sépare la lumière et la ténèbre
Jour 2 : Dieu sépare les eaux d’en haut et les eaux d’en bas
Jour 3 : Dieu sépare la terre et la mer, puis ornemente avec de la verdure, de l’herbe, des arbres
Jour 4 : Dieu sépare le jour et la nuit ; et ornemente le ciel d’étoiles
Jour 5 : Dieu remplit la mer et l’air d’animaux
Jour 6 : Dieu créent les bêtes et bestiaux, puis l’homme et la femme

1°) séparer – distinguer. Dieu met de l’ordre dans ce qui n’en a pas.

« la vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu. » ( LG n°31, Christifideles Laici n°9 )

2°) que la vie foisonne !

Dieu veut la vie !, et non uniquement que tout soit bien à sa place ! Mon travail doit lui aussi conduire à davantage de vie.

3°) dans le travail de Dieu, il y a des éléments masculins et féminins
séparer c’est très masculin
orner, faire éclater la vie, c’est très féminin

L’homme et la femme sont complémentaires dans le travail qui leur est confié.

La culture ambiante a souvent critiqué le fait que l’homme soit créé le premier, mais elle oublie de voir que si l’homme est créé le premier, la femme est l’achèvement de la création : il y a toujours cette complémentarité :
Exemples :
La femme a l’intuition, et souvent l’homme a l’initiative d’une solution, de la mise en marche.
L’homme conquiert un territoire, la femme l’humanise.

Comment la Genèse nous parle –t-elle de cette complémentarité homme femme ?

L'HOMME
Tiré de la terre La terre est extérieure à l’homme L’homme est expert en extériorité
Il nomme les choses et les animaux ; il distingue, et sépare. L’homme est expert en séparation, en distinction

LA FEMME
Tirée de l’homme, de son côté, de son cœur. La côte, le côté, le cœur est intérieur La femme est experte en intériorité. Elle est sentinelle de l’invisible
Elle enfante ; elle relie les êtres La femme est experte en relation. Elle possède une capacité d’autrui

La femme est experte en communion, l’homme est expert en distinction.

Homme et Femme sont créés à l’image de Dieu, qui est communion dans la distinction des personnes.
C’est ensemble qu’ils sont image et ressemblance Comme personne humaine, je suis construit par ce qui me distingue, autant que par ce qui me relie.

La personne humaine est centre de relation.
Être « centre » suppose une distinction
Être « de relation » suppose la communion



Par le travail, je développe l’expertise que Dieu m’a confiée, j’apprends à me connaître moi-même, à connaître l’autre, et à connaître le monde dans lequel nous vivons.
J’ai aussi besoin de l ‘autre pour me connaître, parce qu’il est mon complément.


Parmi les valeurs fondamentales qui sont rattachées à la vie concrète de la femme, il y a ce qui est appelé sa «capacité de l'autre». La femme garde l'intuition profonde que le meilleur de sa vie est fait d'activités ordonnées à l'éveil de l'autre, à sa croissance, à sa protection, malgré le fait qu'un certain discours féministe revendique les exigences «pour elle-même». .

Cette intuition est liée à sa capacité physique de donner la vie. Vécue ou en puissance, une telle capacité est une réalité qui structure la personnalité féminine en profondeur. Elle permet à la femme d'acquérir très tôt la maturité, le sens de la valeur de la vie et des responsabilités qu'elle comporte. Cela développe en elle le sens et le respect des choses concrètes, qui s'opposent aux abstractions souvent mortifères pour l'existence des individus et de la société. C'est elle enfin qui, même dans les situations les plus désespérées — et l'histoire passée et présente en témoigne—, confère une capacité unique de faire face à l'adversité, de rendre la vie encore possible même dans des situations extrêmes, de conserver avec obstination un sens de l'avenir et enfin de rappeler, à travers les larmes, le prix de toute vie humaine. ( Lettre aux évêques de l’Eglise Catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Eglise et dans le monde, Congrégation pour la Doctrine de la Foi Cardinal Ratzinger ; 31 mai 2004 )


LES CONSEQUENCES DE LA CHUTE ET LE SALUT

Aveuglés par le péché, l’homme et la femme mettent leur espérance dans leur activité au lieu de la mettre en Dieu : pour l’homme, son travail devient sa providence, pour la femme son affectivité. Le travail marqué par le péché, devient lieu de conflit, de servitude, il devient un labeur. La relation marquée par le péché, n’est plus communion, mais inquiétude, domination, séduction.

Dieu fait de chaque activité le lieu du salut. L’homme mangera son pain à la sueur de son front ( Gn 3,19), la femme sera sauvée par sa maternité ( Gn3,16 et Tm 2,15 ). ( en Hébreu, le futur est le temps de l’inaccompli, et non l’impératif de condamnation )

L'HOMME

Le péché originel blesse en Adam son expertise en extériorité ; son rapport à la terre devient labeur : tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. . Son rapport aux choses est troublé : il se met à prendre les personnes pour des choses. Il devient dominateur. Est blessée aussi son expertise en distinction ; il va opposer au lieu de distinguer.
C’est dans son travail que l’homme va cristalliser les difficultés dues au péché.
SAINT JOSEPH

Il est l’homme du travail. Par son travail il prépare la vie publique de Jésus. Absent de cette vie publique, il l’est nécessairement de manière sainte : il a fait l’offrande de son absence : il a renoncé à voir le fruit de son travail.

LA FEMME

Le péché originel blesse en Eve son expertise en intériorité, qui devient une affectivité troublée. Elle passe de l’invisible profond à l’affectif de sensibilité. Sa capacité de relation devient une relation marquée par la possession, ou la séduction. Son rapport aux personnes est troublé : elle met dans des choses des données affectives.
C’est dans sa relation aux autres, dans son affectivité que la femme va cristalliser les conséquences du péché.

LA VIERGE MARIE
Elle est mère et épouse. Par sa relation, elle prépare la mission de Jésus. Pourtant, Jésus l’appelle « femme »et non mère : elle a fait l’offrande de sa maternité, et de sa relation : heureuse la femme qui t’a porté – heureuse plutôt celle qui écoute la parole de Dieu et la garde.

Il faut aussi relever l'importance et la signification de la différence des sexes en tant que réalité profondément inscrite dans l'homme et dans la femme. «La sexualité caractérise l'homme et la femme non seulement sur le plan physique mais aussi sur le plan psychologique et spirituel, marquant chacune de leurs expressions» Elle ne peut être réduite à un simple donné biologique insignifiant; elle est plutôt «une composante fondamentale de la personnalité, une de ses façons d'exister, de se manifester, de communiquer avec les autres, de ressentir, d'exprimer et de vivre l'amour humain». Cette capacité d'aimer, reflet et image du Dieu Amour, trouve une de ses expressions dans le caractère sponsal du corps, dans lequel s'inscrit le caractère masculin ou féminin de la personne. (…)

Ainsi, le masculin et le féminin se révèlent comme faisant ontologiquement partie de la création, et donc destinés à subsister par-delà le temps présent, sous une forme évidemment transfigurée. De cette manière, ils caractérisent l'amour qui «ne passera jamais» (1Co 13,8), même si devient caduque l'expression temporelle et terrestre de la sexualité, ordonnée à une forme de vie marquée par la génération et par la mort. Le célibat consacré pour le Royaume veut être la prophétie de cette forme d'existence future du masculin et du féminin. Pour ceux qui le vivent, il anticipe la réalité d'une vie qui, tout en restant celle d'un homme et d'une femme, ne sera plus assujettie aux limites présentes de la relation conjugale (cf. Mt 22,30). D'autre part, pour ceux qui vivent la vie conjugale, un tel état de vie devient un rappel et une prophétie de l'accomplissement que trouvera leur relation dans le face-à- face avec Dieu.

Différents depuis le début de la création et demeurant tels jusque dans l'éternité, l'homme et la femme, insérés dans le mystère pascal du Christ, ne saisissent donc plus leur différence comme un motif de discorde qu'il faut dépasser par la négation ou par le nivelage, mais comme une possibilité de collaboration qu'il faut cultiver par le respect réciproque de leur différence.
( Lettre aux évêques de l’Eglise Catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Eglise et dans le monde, Congrégation pour la Doctrine de la Foi Cardinal Ratzinger ; 31 mai 2004 )
comme partage, ensemble, ou en couples, je vous propose de rechercher ces complémentarités.

III TRAVAIL, REPOS & EUCHARISTIE

1°) LE SHABBAT
dès les premiers chapitres de la genèse, est présentée à l’homme comme exemple le travail de Dieu,et le repos de Dieu,
Gn 2,2 : Dieu acheva le septième jour l’œuvre qu’il avait faite, il arrêta au septième jour l’œuvre qu’il faisait. Dieu bénit le septième jour et le consacra car il avait alors arrêté toute l’œuvre que lui-même avait créée par son action.

Ce repos ( shabbat veut dire ‘cessation’ ) du septième jour prendra des significations différentes dans l’histoire d’Israël :
1- c’est la garantie du repos de l’homme
Ex23,12 : six jours tu feras ce que tu as à faire, mais le septième jour, tu chômeras, afin que ton bœuf et ton âne se reposent et que le fils de ta servante et l’émigré reprennent leur souffle.

2- Dieu a achevé son œuvre
Ex 20.8-11 : le Seigneur s’est reposé le septième jour

3- Dieu a fait sortir son peuple d’Egypte : c’est une libération de la servitude :
Dt 5,12-15 : tu te souviendras qu’au pays d’Egypte tu étais esclave,et que le Seigneur ton Dieu t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu ; c’est pourquoi le Seigneur ton Dieu t’a ordonné de pratiquer le jour du shabbat.

4- la théologie sacerdotale a aussi instituée des shabbats d’années : tous les sept ans, et tous les sept fois sept ans, un jubilé qui est fêtée la cinquantième année
la septième année sera un shabbat, une année de repos pour la terre, un shabbat pour le Seigneur
c’est un rappel que la terre appartient au Seigneur, et ne peut être aliéné définitivement
(Lv 25, 1-54 ) ( cf les principes de la DSE : la destination universelle des biens )

le sens du sabbat, c’est d’entrer dans le repos de Dieu : (cf Ps 95, et Hb 3,7 -4,11 )
Jamais ils n’entreront dans mon repos. (Ps 94-95,11)

Donc
➢ je travaille pour contempler, ( et non je me repose pour mieux travailler )
➢ La finalité du travail, c’est de servir dans l’amour, et non d’être parfait ( l’exactitude par amour,et non l’amour de l’exactitude ) : le travail ne suffit pas à l’amour, puisqu’il n’est pas bon que l’homme soit seul. Ce qui est bon, c’est l’amour dans le travail, et non le travail lui-même. La Genèse ne dit pas «’et Dieu vit que cela était parfait’ », mais « Dieu vit que cela était bon »
➢ L’essentiel n’est pas le résultat, mais la croissance.

Passer du travail au repos, c’est aussi passer des choses qu’il faut dominer aux personnes que je renonce à dominer ; je connais une chose quand je la domine, je connais une personne quand je renonce à la dominer pour qu’elle existe.
Entrer dans le repos, c’est mettre une limite à sa volonté de puissance.

Le sommet de l'enseignement biblique sur le travail est le commandement du repos sabbatique. Le repos ouvre à l'homme, lié à la nécessité du travail, la perspective d'une liberté plus pleine, celle du Sabbat éternel (cf. He 4, 9-10). Le repos permet aux hommes d'évoquer et de revivre les œuvres de Dieu, de la Création à la Rédemption, de se reconnaître eux- mêmes comme son œuvre (cf. Ep 2, 10) et de rendre grâce pour leur vie et leur subsistance, à lui qui en est l'Auteur.
La mémoire et l'expérience du sabbat constituent un rempart contre l'asservissement au travail, volontaire ou imposé, et contre toute forme d'exploitation, larvée ou évidente. De fait, le repos sabbatique a été institué non seulement pour permettre la participation au culte de Dieu mais aussi pour défendre le pauvre; il a aussi une fonction libératrice des dégénérescences anti-sociales du travail humain. Ce repos, qui peut aussi durer un an, comporte en effet une expropriation des fruits de la terre en faveur des pauvres et, pour les possesseurs de la terre, la suspension des droits de propriété: « Pendant six ans tu ensemenceras la terre et tu en engrangeras le produit. Mais la septième année, tu la laisseras en jachère et tu en abandonneras le produit; les pauvres de ton peuple le mangeront et les bêtes des champs mangeront ce qu'ils auront laissé. Tu feras de même pour ta vigne et pour ton olivier » (Ex 23, 10-11). Cette coutume répond à une intuition profonde: l'accumulation des biens par certains peut conduire à une soustraction des biens à d'autres. ( CDSE n° 258)

2°) LE DIMANCHE
Les chrétiens sont issus des juifs, mais ils ont progressivement abandonné la pratique du shabbat pour celle du dimanche.
St Ignace d’Antioche : « ceux qui vivaient selon l’ancien ordre des choses sont venus à la nouvelle espérance, n’observant plus le shabbat, mais le jour du Seigneur, en lequel notre vie est bénie par lui et par sa mort. »
Les chrétiens, percevant l'originalité du temps nouveau et définitif inauguré par le Christ, ont pris comme jour de fête le premier jour après le sabbat, parce que ce jour-là a eu lieu la résurrection du Seigneur. Le mystère pascal du Christ constitue, en effet, la pleine révélation du mystère des origines, le sommet de l'histoire du salut et l'anticipation de l'accomplissement eschatologique du monde. Ce que Dieu a opéré dans la création et ce qu'il a fait pour son peuple dans l'Exode a trouvé son accomplissement dans la mort et la résurrection du Christ, même si son expression définitive n'aura lieu que dans la parousie par la venue du Christ en gloire. En lui se réalise pleinement le sens « spirituel » du sabbat, ainsi que le souligne saint Grégoire le Grand: « Nous considérons que la personne de notre Rédempteur, notre Seigneur Jésus Christ, est le vrai sabbat ».(14) C'est pourquoi la joie avec laquelle Dieu contemple, au premier sabbat de l'humanité, la création tirée du néant est désormais exprimée par la joie avec laquelle le Christ est apparu aux siens le dimanche de Pâques, apportant le don de la paix et de l'Esprit (cf. Jn 20,19-23). En effet, dans le mystère pascal, la condition humaine, et avec elle la création tout entière, qui « jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement » (Rm 8,22), a connu son nouvel « exode » vers la liberté des fils de Dieu qui peuvent crier, avec le Christ, « Abba, Père » (Rm 8,15; Ga 4,6). A la lumière de ce mystère, le sens du précepte vétérotestamentaire sur le jour du Seigneur est repris, intégré et pleinement dévoilé dans la gloire qui brille sur le visage du Christ ressuscité (cf. 2 Co 4,6). Du « sabbat », on passe au « premier jour après le sabbat », du septième jour, au premier jour: le dies Domini devient le dies Christi! (DD)
Le dimanche est aussi jour de repos
Il est particulièrement urgent, à notre époque, de rappeler que le Jour du Seigneur est aussi le jour du repos par rapport au travail. Nous souhaitons vivement que cela soit aussi reconnu comme tel par la société civile, de sorte qu'il soit possible d'être libre des activités du travail sans être pour autant pénalisé. En effet, les chrétiens, en relation avec la signification du sabbat dans la tradition juive, ont toujours vu également dans le Jour du Seigneur le jour du repos du labeur quotidien. Cela a un sens précis, constituant une relativisation du travail, qui est ordonné à l'homme: le travail est pour l'homme et non l'homme pour le travail. Il est facile de saisir la protection qui en découle pour l'homme lui- même, qui est ainsi émancipé d'une possible forme d'esclavage. Comme j'ai eu l'occasion de l'affirmer, « le travail est de première importance pour la réalisation de l'homme et pour le développement de la société, et c'est pourquoi il convient qu'il soit toujours organisé et accompli dans le plein respect de la dignité humaine et au service du bien commun. En même temps, il est indispensable que l'homme ne se laisse pas asservir par le travail, qu'il n'en fasse pas une idole, prétendant trouver en lui le sens ultime et définitif de la vie ». C'est dans le jour consacré à Dieu que l'homme comprend le sens de son existence ainsi que de son travail. ( Sacramentum Caritatis n° 74 )
le sens du dimanche, c’est d’accueillir le travail de Dieu, qui vient achever le huitième jour ce qu’il a confié à l’homme le sixième jour. Je dois passer de ‘mon travail sur le monde’ au ‘travail de Dieu’, qui transforme le monde. Ce travail, c’est « tout récapituler dans le Christ » ( Ep 1, 10 )
1- c’est le huitième jour et en même temps le premier jour , donc une nouvelle création.
2- C’est le jour d’après, c’est donc un symbole de la vie éternelle
3- le jour du Seigneur est jour du Christ ressuscité, jour du soleil, le Christ lumière : ‘Sunday’
4- c’est le jour du don de l’esprit, cinquante jours après la Pâque, la Pentecôte

voici les critères que l’Eglise donne pour la journée du dimanche :
- le culte dû à Dieu
- la joie propre au jour du Seigneur
- la pratique des œuvres de miséricorde
- la détente convenable de l’esprit et du corps
( CEC n° 2185 )

3°) L’EUCHARISTIE

Jn 6,27-29 : "Il faut vous mettre à l'œuvre pour obtenir, non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l'Homme vous donnera, car c'est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau." Ils lui dirent alors : " Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?" Jésus leur répondit : " l'œuvre de Dieu, c'est de croire en celui qu'il a envoyé."
a) l’offertoire.

A la messe, quel sens donnons-nous à l’offertoire ?
Le pain est appelé fruit de la terre et du travail des hommes,il deviendra le pain de la vie
le vin est appelé fruit de la vigne, du soleil et du travail des hommes. Il deviendra le vin du Royaume.
La messe,c’est le travail de Dieu sur le monde, cela suppose de passer de mon travail, au travail de Dieu. Je dois alors me laisser travailler. On comprend bien comment les chrétiens ont vu dans la messe l’accomplissement du sens du shabbat

Les Pères synodaux ont aussi attiré l'attention sur la présentation des dons. Il ne s'agit pas simplement d'une sorte de « pause » entre la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique. Cela supprimerait, entre autres, le sens de l'unique rite composé de deux parties liées entre elles. Dans ce geste humble et simple, se manifeste, en réalité, une signification très grande: dans le pain et dans le vin que nous apportons à l'autel, toute la création est assumée par le Christ Rédempteur pour être transformée et présentée au Père. (144) Dans cette perspective, nous portons aussi à l'autel toute la souffrance et toute la douleur du monde, dans la certitude que tout est précieux aux yeux de Dieu. Ce geste, pour être vécu dans sa signification authentique, n'a pas besoin d'être amplifié par des complications inopportunes. Il permet de mettre en valeur la participation que Dieu demande à l'homme, dès les origines, pour porter à son accomplissement l'œuvre divine en lui et pour donner ainsi un sens plénier au travail humain, qui, par la célébration eucharistique, est uni au sacrifice rédempteur du Christ. ( SC n° 47 )

b) la communion

L’Eucharistie, est à la fois une célébration de communion avec le Christ, et un mémorial de son sacrifice.

La sueur et la peine que le travail comporte nécessairement dans la condition présente de l'humanité offrent au chrétien et à tout homme qui est appelé, lui aussi, à suivre le Christ, la possibilité de participer dans l'amour à l'oeuvre que le Christ est venu accomplir. Cette oeuvre de salut s'est réalisée par la souffrance et la mort sur la croix. En supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l'homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la rédemption de l'humanité. Il se montre le véritable disciple de Jésus en portant à son tour la croix chaque jour dans l'activité qui est la sienne.

Le Christ, «en acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, nous apprend, par son exemple, que nous devons aussi porter cette croix que la chair et le monde font peser sur les épaules de ceux qui poursuivent la justice et la paix»; en même temps, cependant, «constitué Seigneur par sa résurrection, le Christ, à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre, agit désormais dans le coeur des hommes par la puissance de son Esprit, il purifie et fortifie ces aspirations généreuses par lesquelles la famille humaine cherche à rendre sa vie plus humaine et à soumettre à cette fin la terre entière» .
Dans le travail de l'homme, le chrétien retrouve une petite part de la croix du Christ et l'accepte dans l'esprit de rédemption avec lequel le Christ a accepté sa croix pour nous. Dans le travail, grâce à la lumière dont nous pénètre la résurrection du Christ, nous trouvons toujours une lueur de la vie nouvelle, du bien nouveau, nous trouvons comme une annonce des «cieux nouveaux et de la terre nouvelle» auxquels participent l'homme et le monde précisément par la peine au travail. Par la peine, et jamais sans elle. D'une part, cela confirme que la croix est indispensable dans la spiritualité du travail; mais, d'autre part, un bien nouveau se révèle dans cette croix qu'est la peine, un bien nouveau qui débute par le travail lui-même, par le travail entendu dans toute sa profondeur et tous ses aspects, et jamais sans lui.

Ce bien nouveau, fruit du travail humain, est-il déjà une petite part de cette «terre nouvelle» où habite la justice? Dans quel rapport est-il avec la résurrection du Christ, s'il est vrai que les multiples peines du travail de l'homme sont une petite part de la croix du Christ? Le Concile cherche à répondre aussi à cette question en puisant la lumière aux sources mêmes de la parole révélée: «Certes, nous savons bien qu'il ne sert à rien à l'homme de gagner l'univers s'il vient à se perdre lui-même (cf. Lc 9, 25). Cependant, l'attente de la terre nouvelle, loin d'affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller: le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C'est pourquoi, s'il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d'importance pour le Royaume de Dieu».
Laborem exercens, Jean Paul II, sept 1981

c) l’envoi

l’Eucharistie nous envoie à notre tâche, avec une nouvelle force, celle du Christ, qui par nos mains, va continuer, va rendre présent son œuvre de salut.

Le mystère de l'Eucharistie nous rend aptes et nous pousse à un engagement courageux dans les structures de notre monde, pour y apporter la nouveauté de relations qui a sa source inépuisable dans le don de Dieu. La prière que nous reprenons à chaque Messe: « Donne-nous notre pain de ce jour », nous oblige à faire tout notre possible, en collaboration avec les institutions internationales, publiques et privées, pour que cesse ou au moins pour que diminue dans le monde le scandale de la faim et de la sous-alimentation dont souffrent des millions de personnes, surtout dans les pays en voie de développement. Le chrétien laïc en particulier, formé à l'école de l'Eucharistie, est appelé à assumer directement sa responsabilité politique et sociale. Pour qu'il puisse accomplir ses tâches d'une manière appropriée, il convient de le préparer par une éducation concrète à la charité et à la justice. C'est pourquoi, comme le Synode l'a demandé, il est nécessaire que, dans les diocèses et dans les communautés chrétiennes, on fasse connaître et on promeuve la doctrine sociale de l'Église. (248) Dans ce patrimoine précieux, provenant de la plus antique tradition ecclésiale, nous trouvons les éléments qui orientent, de manière très sage, le comportement des chrétiens face aux questions sociales brûlantes. Cette doctrine, mûrie tout au long de l'histoire bimillénaire de l'Église, se caractérise par son réalisme et son équilibre, aidant ainsi à éviter les compromis erronés ou les vagues utopies. ( SC 91 )

Conclusion :

Travailler, c’est participer à l’œuvre créatrice et rédemptrice de Dieu qui nous conduit à vivre de lui, à entrer dans son repos. Travailler, c’est célébrer, c’est entrer en Eucharistie.

L'activité humaine d'enrichissement et de transformation de l'univers peut et doit faire apparaître les perfections qui y sont cachées et qui, dans le Verbe incréé, trouvent leur principe et leur modèle. De fait, les écrits de Paul et de Jean mettent en lumière la dimension trinitaire de la création et, en particulier, le lien qui existe entre le Fils-Verbe, le « Logos », et la création (cf. Jn 1, 3; 1 Co 8, 6; Col 1, 15-17). Créé en lui et par lui, racheté par lui, l'univers n'est pas un amas occasionnel, mais un « cosmos »,574 dont l'homme doit découvrir l'ordre, le favoriser et le porter à son achèvement: « En Jésus-Christ, le monde visible, créé par Dieu pour l'homme — ce monde qui, lorsque le péché y est entré, a été soumis à la caducité (Rm 8, 20; cf. ibid., 8, 19-22) —, retrouve de nouveau son lien originaire avec la source divine de la sagesse et de l'amour ».575 De la sorte, c'est-à- dire en mettant en lumière, en une progression croissante « les insondables richesses du Christ » (Ep 3, 8), dans la création, le travail humain se transforme en un service rendu à la grandeur de Dieu.

Le travail représente une dimension fondamentale de l'existence humaine comme participation à l'œuvre non seulement de la création, mais aussi de la rédemption. Celui qui supporte la fatigue pénible du travail en union avec Jésus, coopère en un certain sens avec le Fils de Dieu à son œuvre rédemptrice et témoigne qu'il est disciple du Christ en portant la Croix, chaque jour, dans l'activité qu'il est appelé à accomplir. Dans cette perspective, le travail peut être considéré comme un moyen de sanctification et une animation des réalités terrestres dans l'Esprit du Christ.576 Ainsi conçu, le travail est une expression de la pleine humanité de l'homme, dans sa condition historique et dans son orientation eschatologique: son action libre et responsable en dévoile la relation intime avec le Créateur et le potentiel créatif, tandis que chaque jour il combat contre la défiguration du péché, notamment en gagnant son pain à la sueur de son front. (CDSE 262-263 )

Abréviations :

CDSE : compendium de la doctrine sociale de l’Eglise 2004
CEC : Catéchisme de l’Eglise Catholique 1992
LE Laborem Exercens JP II 1981
LG Lumen Gentium
GS Gaudium et Spes
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