L'engagement des catholiques dans la vie politique

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Christophe
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L'engagement des catholiques dans la vie politique

Message non lu par Christophe » sam. 22 mai 2004, 18:56

- Congrégation pour la Doctrine de la Foi -
Note doctrinale du Cardinal Joseph Ratzinger et de Mgr Tarcisio Berton, le 14 Janvier 2003
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, après avoir pris, entre autres, l'avis du Conseil Pontifical pour les Laïcs, a jugé opportun de publier la Note doctrinale, que voici, A propos de questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique. Cette Note s'adresse aux évêques de l'Église catholique, mais surtout à tous les fidèles laïcs appelés à participer à la vie publique et politique des sociétés démocratiques. Elle s'adresse en particulier aux hommes politiques catholiques.
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wanderer
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Message non lu par wanderer » mer. 09 mars 2005, 23:50

Dans ce contexte, il faut ajouter que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui. Parce que la foi est un tout indivisible, il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique.
Il me semble que ce passage est très lourd de conséquences dans notre vie quotidienne. Il est prescrit de manière très claire pour un catholique de ne pas voter pour quelqu'un dont un seul élément du programme serait en reste avec la foi. Concrètement, en France, cela signifie ne plus voter ou presque.

Moralité: nous avons BESOIN d'un parti chrétien.

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Message non lu par PJFB » dim. 01 mai 2005, 22:12

Il est dit dans votre texte : "contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé". Les mots ont leur poids et "fondamental" permet tout de même à chacun de voter en conscience.

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Message non lu par sola » mer. 08 juin 2005, 10:04

c'est un sujet que je médite pendant mes rares temps perdus en ce moment, mais j'arrive aux conclusions inverses.

les catholiques, les musulmans ont connu, ou connaissent, des accointances avec les politiques et les gouvernants, et ils y ont perdu, ou ils y perdent encore. actuellement, avec ce que j'observe du passé et d'aujourd'hui, je pense qu'il est très important pour les chrétiens de ne pas refaire les erreurs du passé, ne pas se re-compromettre en politique. ça n'a marché nulle part, et en plus, ils paient cher, encore maintenant, ces périodes de leur histoire.

aujourd'hui les gens en quête de spirituel vont vers le bouddhisme, ils appellent ça "religion sans dieu" mais je crois que ce qui les attire aussi bcp, c'est que cette spiritualité est totalement détachée de la vie politique, de la vie publique même. en tout cas chez nous, j'entends bien!... ;-)

je pense que la religion individuelle (et vécue en communauté bien sûr) peut changer le monde. mais c'est quelque chose d'assez neuf, comme démarche, les grandes religions se sont toutes frottées de près aux gouvernements, pour y participer, les influencer, les combattre etc. etc. , elles ne sont pas restées en dehors. donc, le passage à la religion totalement privée, je n'en discerne pas les bons et les mauvais fruits, faute d'éléments... :)
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qu'ont dit les papes ?

Message non lu par bajulans » jeu. 21 juil. 2005, 9:47

Je me suis attaché à faire une petite compilation (non exhaustive probablement) de ce qu'on dit les papes au sujet des partis politiques.

A partir du site :

http://jesusmarie.com/

Immortale Dei 01 novembre 1885

Mais s'il s'agit de questions purement politiques, du meilleur genre de gouvernement, tel ou tel système d'administration civile, des divergences honnêtes sont permises. La justice ne souffre donc pas que l'on fasse un crime à des hommes dont la piété est d'ailleurs connue, et l'esprit tout disposé à accepter docilement les décisions du Saint-Siège, de ce qu'ils sont d'un avis différent sur les points en question. Ce serait encore une injustice bien plus grande de suspecter leur foi ou de les accuser de la trahir, ainsi que Nous l'avons regretté plus d'une fois. - Que ce soit là une loi imprescriptible pour les écrivains et surtout pour les journalistes. Dans une lutte où les plus grands intérêts sont en jeu, il ne faut laisser aucune place aux dissensions intestines ou à l'esprit de parti ;


Lettre encyclique de N.T.S.P. LÉON XIII du 10 Janvier 1890
Sapientiae Christianae
DES PRINCIPAUX DEVOIRS DES CHRÉTIENS


38 - Entre les gouvernements politiques, quelle que soit leur forme et le gouvernement de la société chrétienne, il y a une différence notable. Si la république chrétienne a quelque ressemblance extérieure avec les autres sociétés politiques, elle se distingue absolument d'elles par son origine, par son principe, par son essence. - L'Église a donc le droit de vivre et de se conserver par des institutions et par des lois conformes à sa nature. Étant d'ailleurs, non seulement une société parfaite en elle-même, mais une société supérieure à toute société humaine, elle refuse résolument de droit et par devoir à s'asservir aux partis et à se plier aux exigences muables de la politique. Par une conséquence du même principe, gardienne de son droit et pleine de respect pour le droit d'autrui, elle estime un devoir de rester indifférente quant aux diverses formes de gouvernement et aux institutions civiles des États chrétiens, et, entre les divers systèmes de gouvernement, elle approuve tous ceux qui respectent la religion et la discipline chrétienne des moeurs.
39 - Telle est la règle à laquelle chaque catholique doit conformer ses sentiments et ses actes. Il n'est pas douteux que, dans la sphère de la politique, il ne puisse y avoir matière à de légitimes dissentiments et que, toute réserve faite des droits de la justice et de la vérité, on ne puisse chercher à introduire dans les faits les idées que l'on estime devoir contribuer plus efficacement que les autres au bien général. Mais vouloir engager l'Église dans ces querelles des partis, et prétendre se servir de son appui pour triompher plus aisément de ses adversaires, c'est abuser indiscrètement de la religion. Au contraire, tous les partis doivent s'entendre pour entourer la religion du même respect et la garantir contre toute atteinte. De plus, dans la politique, inséparable des lois de la morale et des devoirs religieux, l'on doit toujours et en premier chef se préoccuper de servir le plus efficacement possible les intérêts du catholicisme. Dès qu'on les voit menacés, tout dissentiment doit cesser entre catholiques, afin que, unis dans les mêmes pensées et les mêmes conseils, ils se portent au secours de la religion, bien général et suprême auquel tout le reste doit être rapporté. Nous croyons nécessaire d'insister encore davantage sur ce point.
40 - L'Église, sans nul doute, et la société politique ont chacune leur souveraineté propre ; par conséquent, dans la gestion des intérêts qui sont de leur compétence, aucune n'est tenue d'obéir à l'autre dans les limites où chacune d'elles est renfermée par sa constitution. De là, il ne s'ensuit pas, cependant, que naturellement elles soient désunies et encore moins ennemies l'une de l'autre. La nature, en effet, n'a pas seulement donné à l'homme l'être physique : elle l'a fait un moral. C'est pourquoi de la tranquillité de l'ordre public, but immédiat de la société civile, l'homme attend le moyen de se perfectionner physiquement, et surtout celui de travailler à sa perfection morale, qui réside exclusivement dans la connaissance et la pratique de la vertu. Il veut, en même temps, comme c'est son devoir, trouver dans l'Église les secours nécessaires à son perfectionnement religieux, lequel consiste dans la connaissance et la pratique de la religion véritable ; de cette religion appelée la reine des vertus, parce que, les rattachant à Dieu, elle les achève toutes et les perfectionne.



Encyclique Affari vos du pape Léon XIII sur les écoles du Manitoba [8 décembre 1897]

Lettre aux catholiques canadiens sur l’éducation.


Du reste, les inconvénients de la loi en question avertissaient par eux-mêmes que, pour trouver au mal un adoucissement opportun, il était besoin d'une entente parfaite. Telle était la cause des catholiques, que tous les citoyens droits et honnêtes sans distinction de partis, eussent dû se concerter et s'associer étroitement pour s'en faire des défenseurs. Au grand détriment de cette même cause, c'est le contraire qui est arrivé. Ce qui est plus déplorable encore, c'est que les catholiques canadiens eux-mêmes n'aient pu se concerter pour défendre des intérêts qui importent à un si haut point au bien commun, et dont la grandeur et la gravité devaient imposer silence aux intérêts des partis politiques, qui sont d'ordre bien inférieur.


Lettre encyclique de s.s. Léon XIII du 18 janvier 1901

Graves de communi

Ils sont donc et ils demeurent pleinement étrangers aux passions des partis et aux divers événements, de sorte que, quelle que soit la constitution d'un État, les citoyens peuvent et doivent observer ces mêmes préceptes qui leur commandent d'aimer Dieu par-dessus toutes choses et leur prochain comme eux-mêmes. Telle fut la perpétuelle discipline de l'Église ; c'est celle qu'appliquèrent toujours les Pontifes romains vis-à-vis des États, quelle que fût pour ceux-ci la forme de gouvernement.
Ceci étant posé, les intentions et l'action des catholiques qui travaillent au bien des prolétaires ne peuvent, à coup sûr, jamais tendre à préférer un régime civil à un autre ni à lui servir comme de moyen de s'introduire.
De la même façon, il faut mettre la démocratie chrétienne à couvert d'un autre grief : à savoir qu'elle consacre ses soins aux intérêts des classes inférieures, mais en paraissant laisser de côté les classes supérieures, dont l'utilité n'est pourtant pas moindre pour la conservation et l'amélioration de l'État. Cet écueil est évité grâce à la loi chrétienne de charité dont Nous avons parlé plus haut. Celle-ci ouvre ses bras pour accueillir tous les hommes, quelle que soit leur condition, comme étant les enfants d'une seule et même famille, créés par le même Père très bon, rachetés par le même Sauveur et appelés au même héritage éternel.

LETTRE ENCYCLIQUE DE N.S.P. LE PAPE PIE X SUR " LE SILLON "

PIE X, PAPE

« la religion doit dominer tous les partis »


Pacem in terris de Jean XXIII

[parlant d'une institution internationale] mais il faut aussi qu'elle soit impartiale envers tous, absolument étrangère à l'esprit de parti et attentive aux exigences objectives du bien commun universel


Paul VI lettre apostolique du 14 mai 1971

http://www.jesusmarie.com/lettre_aposto ... maine.html


25 L'action politique – est-il besoin de marquer qu'il s'agit d'abord d'une action et non pas d'une idéologie? – doit être sous-tendue par un projet de société, cohérent dans ses moyens concrets et dans son inspiration qui s'alimente à une conception plénière de la vocation de l'homme et de ses différentes expressions sociales. Il n'appartient ni à l'État, ni même à des partis politiques qui seraient clos sur eux-même, de chercher à imposer une idéologie, par des moyens qui aboutiraient à la dictature des esprits, la pire de toutes. C'est aux groupements culturels et religieux – dans la liberté d'adhésion qu'ils supposent – qu'il appartient, de manière désintéressée et par leurs voies propres, de développer dans le corps social ces convictions ultimes sur la nature, l'origine et la fin de l'homme et de la société.
En ce domaine, il convient de rappeler le principe proclamé au Concile Vatican II: « La vérité ne s'impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l'esprit avec autant de douceur que de puissance. » (Décl. Dignitatis Humanae, 1: A. A. S. 58 (1966), p. 930).

Idéologies et liberté humaine

26 Aussi le chrétien qui veut vivre sa foi dans une action politique conçue comme un service, ne peut-il, sans se contredire, adhérer à des systèmes idéologiques qui s'opposent radicalement, ou sur des points substantiels, à sa foi et à sa conception de l'homme: ni à l'idéologie marxiste, à son matérialisme athée, à sa dialectique de violence et à la manière dont elle résorbe la liberté individuelle dans la collectivité, en niant en même temps toute transcendance à l'homme et à son histoire, personnelle et collective; ni à l'idéologie libérale, qui croit exalter la liberté individuelle en la soustrayant à toute limitation, en la stimulant par la recherche exclusive de l'intérêt et de la puissance, et en considérant les solidarités sociales comme des conséquences plus ou moins automatiques des initiatives individuelles et non pas comme un but et un critère majeur de la valeur de l'organisation sociale.

27 Est-il besoin de souligner l'ambiguïté possible de toute l'idéologie sociale? Tantôt elle ramène l'action, politique ou sociale, à être simplement l'application d'une idée abstraite, purement théorique; tantôt c'est la pensée qui devient un pur instrument au service de l'action comme un simple moyen d'une stratégie. Dans les deux cas, n'est-ce pas l'homme qui risque de se trouver aliéné? La foi chrétienne se situe au-dessus et parfois à l'opposé des idéologies dans la mesure où elle reconnaît Dieu, transcendant et créateur, qui interpelle, à travers tous les niveaux du créé, l'homme comme liberté responsable.

28 Le danger serait aussi d'adhérer fondamentalement à une idéologie qui ne repose pas sur une doctrine vraie et organique, de s'y réfugier comme dans une explication dernière et suffisante de tout et de se construire ainsi une nouvelle idole dont on accepte, parfois sans en prendre conscience, le caractère totalitaire et contraignant. Et l'on pense trouver là une justification à son action, même violente, une adéquation à un désir généreux de service; celui-ci demeure, mais il se laisse absorber par une idéologie qui – même si elle propose certaines voies de libération pour l'homme – aboutit finalement à l'asservir.
Paul VI semble distinguer entre :

- Grands principes qui échoient aux groupements religieux
- Idéologies et "projet de société" qui échoient aux partis, avec obligation pour l'idéologie de se modérer et de n'avoir pas la prétention de tout expliquer.

Cette notion de l'idéologie, est éloignée de la définition de Arendt pour lequel, si mes souvenirs sont exacts, l'idéologie comporte nécessairement une explication globale de tous les phénomènes. Paul Vi condamne dans le même texte le marxisme et le libéralisme se prononce en faveur d'une société humaniste, modérée, dans lequel le rôle des partis est subordonné ; ils doivent tous se soumettre aux grands principes.

Tous les papes modernes semblent d'accord avec ce principe d'action politique : il n'y a pas lieu à un parti politique "chrétien" ou "catholique", ne serait-ce que parce que l' Eglise répugne à être engagée par des initiatives privées, seraient-elles pleines de bonnes intentions. Et cela parce que tous les partis devraient respecter l'Eglise et sa doctrine, laissant aux questions inférieures leurs divergences.

Dans l'affaire du "lundi de Pentecôte" TOUS les partis, par exemple, devraient se proposer de combattre cette mesure. Mais aucun ne pourrait revendiquer l'exclusivité de ce combat en se disant seul chrétien, ou seul catholique, car il doit toujours y avoir la place pour d'autres formes d'actions politiques partisanes et légitimes.
Loué soit Jésus-Christ

christianpaul
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Message non lu par christianpaul » dim. 24 juil. 2005, 0:23

Il est évident que Jésus a eu des positions politiques et que par conséquent le chrétien peut en avoir aussi.

Serge BS
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Message non lu par Serge BS » ven. 14 oct. 2005, 12:55

Pourquoi avoir oublié la très importante Christifideles laici de Jean-Paul II ? on pourrait en effet méditer les mots suivants de Jean-Paul II :

"42. La charité qui aime et qui sert la personne ne doit pas se séparer de la justice: l'une et l'autre, chacune à sa manière, exigent la reconnaissance totale et effective des droits de la personne, à laquelle est ordonnée la société avec toutes ses structures et ses institutions(149). Pour une animation chrétienne de l'ordre temporel, dans le sens que nous avons dit, qui est celui de servir la personne et la société, les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la «politique», à savoir à l'action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun. Les Pères du Synode l'ont affirmé à plusieurs reprises: tous et chacun ont le droit et le devoir de participer à la politique; cette participation peut prendre une grande diversité et complémentarité de formes, de niveaux, de tâches et de responsabilités. Les accusations d'arrivisme, d'idolâtrie du pouvoir, d'égoïsme et de corruption, qui bien souvent sont lancées contre les hommes du gouvernement, du parlement, de la classe dominante, des partis politiques, comme aussi l'opinion assez répandue que la politique est nécessairement un lieu de danger moral, tout cela ne justifie pas le moins du monde ni le scepticisme ni l'absentéisme des chrétiens pour la chose publique.

A l'inverse, la parole du Concile Vatican II est des plus significatives: «L'Eglise tient en grande considération et estime l'activité de ceux qui se consacrent au bien de la chose publique et en assument les charges pour le service de tous»(150).

Une politique pour la personne et pour la société trouve son critère fondamental dans la poursuite du bien commun, en tant que bien de tous les hommes et bien de tout homme, bien offert et garanti à l'accueil libre et responsable des personnes, individuellement ou en association: «La communauté politique existe pour le bien commun; elle trouve en lui sa pleine justification et sa signification, et c'est de lui qu'elle tire l'origine de son droit propre. Quant au bien commun, il comprend l'ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s'accomplir plus complètement et plus facilement»(151).

Au surplus, une politique pour la personne et pour la société prend comme orientation constante la défense et la promotion de la justice, comprise comme une «vertu» à laquelle il faut former tout le monde, et comme une «force» morale qui soutient ceux qui s'efforcent de favoriser les droits et les devoirs de tous et de chacun sur la base de la dignité personnelle de l'être humain.

L'exercice du pouvoir politique doit se baser sur l'esprit de service qui, joint à la compétence et à l'efficacité nécessaires, est indispensable pour rendre «transparente» et «propre» l'activité des hommes politiques, comme du reste le peuple l'exige fort justement. Cela requiert la lutte ouverte et la victoire contre certaines tentations, comme le recours à des manoeuvres déloyales, aumensonge, le détournement des fonds publics au profit de quelques-uns ou à des fins de «clientélisme», l'usage de procédés équivoques et illicites pour conquérir, maintenir et élargir le pouvoir à tout prix.

Les fidèles laïcs engagés dans la politique doivent sans le moindre doute respecter l'autonomie des réalités terrestres, à comprendre dans le sens où la définit la Constitution Gaudium et spes: «... Il est d'une haute importance que l'on ait une vue juste des rapports entre la communauté politique et l'Eglise; et que l'on distingue nettement entre les actions que les fidèles, isolément ou en groupe, posent en leur nom propre comme citoyens, guidés par leur conscience chrétienne, et les actions qu'ils mènent au nom de l'Eglise, en union avec leurs pasteurs. L'Eglise, qui, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d'aucune manière avec la communauté politique et n'est liée à aucun système politique, est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine»(152). En même temps _ et ceci est ressenti comme une urgence et une responsabilité _ les fidèles laïcs doivent porter témoignage des valeurs humaines et évangéliques qui sont intimement liées avec l'activité politique elle-même, comme la liberté et la justice, la solidarité, le dévouement fidèle et désintéressé au bien de tous, le style de vie simple, l'amour préférentiel pour les pauvres et les plus petits. Cela exige que les fidèles laïcs trouvent toujours plus d'élan spirituel grâce à une participation réelle à la vie de l'Eglise et qu'ils soient éclairés par sa doctrine sociale. En cette tâche, ils pourront être accompagnés et aidés par les communautés chrétiennes et leurs pasteurs(153).

Le style et le moyen pour réaliser une politique qui veuille viser un véritable développement humain, c'est la solidarité: cette solidarité requiert la participation active et responsable de tous à la vie politique, de la part de chaque citoyen et des groupements les plus variés, depuis les syndicats jusqu'aux partis; ensemble, tous et chacun, nous sommes à la fois destinataires et participants actifs de la politique. En de telles coordonnées, comme je l'ai écrit dans l'Encyclique Sollicitudo rei socialis, la solidarité «n'est pas un sentiment de vague compassion ou d'attendrissement superficiel devant les maux de tant de personnes, proches ou lointaines. Tout au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante d'un engagement pour le bien commun, en d'autres termes pour le bien de tous et de chacun, afin que tous nous soyons vraiment responsables de tous»(154).

La solidarité politique doit aujourd'hui se réaliser à la hauteur d'une ligne d'horizon qui, dépassant chaque nation ou chaque bloc de nations, se présente avec des dimensions proprement continentales ou mondiales.

Le fruit de l'activité politique solidaire, si désiré de tous, mais jusqu'ici toujours loin de son point de maturité, c'est la paix. Les fidèles laïcs ne peuvent rester indifférents, étrangers ou paresseux devant tout ce qui est négation et compromission de la paix: violence et guerre, torture et terrorisme, camps de concentration, militarisation de la politique, course aux armements, menace nucléaire. Au contraire, en tant que disciples de Jésus-Christ, «Prince de la paix» (Is 9, 5) et «notre Paix» (Ep 2, 14), les fidèles laïcs doivent assumer la tâche d'être des «artisans de paix» (Mt 5, 9), autant par la conversion du coeur que par l'action en faveur de la vérité, de la liberté, de la justice et de la charité, qui sont les fondements inaliénables de la paix(155).

En collaborant avec tous ceux qui cherchent vraiment la paix et en utilisant les organismes spécifiques et les institutions nationales et internationales, les fidèles laïcs doivent promouvoir une oeuvre éducative capillaire, destinée à vaincre la culture dominatrice de l'égoïsme, de la haine, de la vengeance et de l'inimitié, et à développer la culture de la solidarité à tous les niveaux. Cette solidarité, en effet, «est le chemin de la paix et du développement» (156)...."


Ce n'est pas en étant absents que les Catholiques pourront changer quelque chose à la société !!!

Nota : les soulignements sont de mon fait...

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Message non lu par jean_droit » ven. 14 avr. 2006, 12:19

Je voudrais citer les propos de monseigneur Vingt Trois lors de la messe chrismale du 12 avril :

.......................

2. Les signes de notre temps.

Cette manifestation de la puissance de Dieu dans le tissu de nos existences appelle de chacun de nous un acte de foi quotidien. Notre environnement social et culturel allie inséparablement tous les fruits de la puissance technologique et de la prospérité financière au développement de nouvelles précarités et à la montée des incertitudes sur l’avenir. Ce mélange des espoirs de prospérité et des inquiétudes pour demain génère une anxiété dont la jeunesse est la première victime, parce que la plus concernée par l’avenir.

Cette anxiété conduit à des secousses collectives qui remettent profondément en cause la confiance nécessaire dans les institutions démocratiques de notre pays. Cette anxiété se cristallise sur des sujets emblématiques dont le contenu, vite occulté, laisse la place à l’expression des angoisses exacerbée par une médiatisation spectaculaire. Le débat démocratique et l’engagement dans les scrutins électoraux semblent remplacés par les pressions de la rue, voire la violence morale ou physique.

Citoyens et chrétiens, comment pourrions-nous prendre notre parti de cet appauvrissement de la vie collective et du débat authentique dans notre pays ? La foi, l’espérance et la charité chrétiennes peuvent-elles rester muettes devant ce qui arrive ? Permettez-moi de rappeler comment, ici même, le 3 décembre dernier, j’ai invité les catholiques parisiens à prendre leur place dans les tâches de la cité en les pressant d’être présents et actifs dans tous les domaines de la vie sociale.

Les chrétiens ne peuvent pas se contenter d’être une simple force d’appoint pour les causes généreuses. Ils doivent aussi défendre une authentique conception de l’homme qui respecte la liberté de décision et d’expression de tous. Ils doivent participer aux efforts communs pour plus d’équité et de justice dans notre société. Leur sens de la catholicité les invite à ne pas borner leur horizon aux seuls enjeux hexagonaux. Il les incite aussi à rappeler notre responsabilité universelle dans le partage des biens. Ils rappellent que la véritable sécurité de l’homme n’est pas dans son niveau de vie, moins encore dans ses profits financiers, mais dans le respect de la dignité de chaque être humain. Qu’ils soient jeunes ou vieux, français ou étrangers, tous ont le droit de vivre honnêtement, et ce droit ne peut être respecté que par une civilisation du partage, pas par celle des privilèges.

Il ne m’appartient pas de définir les moyens politiques de parvenir à ce but, mais j’ai la responsabilité de rappeler à tous que l’enjeu de notre vie collective est d’abord le sens de l’homme et le respect de sa dignité. Pour nous, ce sens de l’homme est indissociable de notre foi en Dieu, le Créateur de tout être humain.

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Message non lu par Exupère » ven. 14 avr. 2006, 13:19

Bonjour,

Désaccord total avec ce qu'a écrit sola sur ce fil. Il faut au conraire replacer Dieu à travers le Christ au centre de la vie de la Cité, au centre de la vie publique. Les "erreurs du passé que nous payons" n'en étaient pas! elles vous semblent comme telles aujourd'hui en raison de la propagande athée que vous subissez jour après jour. L'erreur, la seule, fut de sortir Dieu de la vie publique et communautaire. Ce faisant on l'a sorti du coeur des hommes et c'est là le pire péché qu'il se puisse.

La tendance historique actuelle est de remettre Dieu dans l'homme. Les Chrétiens ne doivent pas se tromper de combat et s'ils veulent être fidèles à Dieu ils devraient se méfier comme de la peste de la "religion individuelle" et autres bouddhisteries.

On peut et l'on doit séparer l'Eglise de l'Etat; on peut et l'on doit rendre similaires la Loi de Dieu et celles des hommes.

En Christ
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- Quiconque donc écoute les paroles que je viens de prononcer et les met en pratique ressemblera à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc -
Mt 7, 24

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L'engagement et le comportement des catholiques ...

Message non lu par forum estudiantin » mer. 19 avr. 2006, 16:54

Bien chers toutes et tous,
Il y a quelques jours (samedi 15/04/2006) un jeune homme de vingt trois ans est venu nous parler de l'engagement de tous et un chacun dans l'action ... politique ... dans une France en déclin ...
S'appuyant sur l'enracinement des français et même des européens aux Valeurs fondamentales et chrétiennes, sans lequel il ne peut y avoir d'ouverture à l'Universel ... il nous a demandé de réfléchir sur notre comportement à seulement un an de l'échéance présidentielle ... nous rappelant que, même chez Lamartine, on pouvait trouver matière à agir : "Famille de Familles, voilà la Commune" donc, dans la conviction d'une société fondée sur le respect des corps intermédiaires pourvu qu'ils soient soumis au bien commun.
Nous l'avons aidé à terminer son entretien en rappelant les Notes doctrinales de Benoît XVI alors qu'il était Cardinal Ratzinger et avons fait état des Textes depuis SS Léon XIII.
Nous aimerions que vous nous donniez votre sentiment afin de relancer et poursuivre le débat ouvert ici dans notre "café philo" : le forum estudiantin catholique.
Avec notre plus amical sourire (à fleur de rire) in Xsto Rege.
Notre unique spécificité est d'apporter une réponse catholique aux étudiants qui nous consultent (plus particulièrement sur la Politique)

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Message non lu par Domy » sam. 19 août 2006, 8:45

wanderer a écrit :
Dans ce contexte, il faut ajouter que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui. Parce que la foi est un tout indivisible, il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique.
Il me semble que ce passage est très lourd de conséquences dans notre vie quotidienne. Il est prescrit de manière très claire pour un catholique de ne pas voter pour quelqu'un dont un seul élément du programme serait en reste avec la foi. Concrètement, en France, cela signifie ne plus voter ou presque.

Moralité: nous avons BESOIN d'un parti chrétien.
C'est que vous avez mal cherché ! Il en existe un dont la doctrine s'appuie sur la Doctrine sociale de l'Eglise : Alliance Royale. Je vous engage à consulter son site sur http://www.allianceroyale.fr. Je suis adhérente à ce parti, et je puis vous dire que pour la première foi de ma vie, j'appartiens à un parti politique où je suis en cohérence avec ma foi (avant j'étais à l'UMP et au RPR). Si vous le souhaitez, nous avons notre université d'été le 1er et le 2 septembre à Paris, dans le 7e arrondissement. Venez-y ! Cela ne pourra que vous plaire !

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Message non lu par Deo Gratias » mer. 11 oct. 2006, 18:56

J'aimerais faire de la publicité pour un blog interessant.C'est celui d'un catholique,qui lit l'actualité sous le regard de la DSE.C'est un ancien de l'UDF,qui en fait une critique.
Voiçi son adresse:http://cyrilbrun.space-blogs.com/
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Re: L'engagement des catholiques dans la vie politique

Message non lu par christelle » jeu. 19 juin 2008, 22:22

Je suis plutot contre !
Pourquoi ?
parceque quand on en arrive à vouloir supprimer la loi de dépénalisation de l'avortement, ou refuser catégoriquement l'euthanasie sans disctuer... je deviens dingue, et en plus de cela ce sont les premières attaques et rien derrière. A part bruler les maisons des gynécologues qui pratiquent l'IVG dans les pouilles que fait l'Eglise contre la mafia ? wallouuu
Les pauvres qui puent en général on s'en occupe pas mais on s'occupe des utérus...
J'exagère mais c'est un peu ça...
J'ai vu des méchancetés, des propos immondes de certains catho bien pensants. Je refuse niet niet niet ! Je refuse que ce genre de mentalités aient du poids dans la construction de la société de demain et je me battrai contre ces gens politiquement.

Par contre oui des Angela Merkel des Bayrou, etc j'en veux !
mais si c'est juste pour conforter sa propre foi, sans prendre en considération la chose public nan dehors !

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Re: L'engagement des catholiques dans la vie politique

Message non lu par Arzur » sam. 21 juin 2008, 0:47

La défense de la vie humaine dès la conception jusqu'à la mort naturelle n'est pas facultatif pour un catholique.

On ne peut pas être pleinement catholique si ont ne rejettent pas avec force l'avortement ... On parle de la mort d'un enfant, un enfant voulu par Dieu, aimé par Dieu ...

L'action sociale de l'Église n'est pas à dissocier du combat contre l'avortement ... L'action sociale de l'Église et le combat contre l'avortement, contre l'euthanasie, etc. ne font qu'un, c'est le combat pour le respect de la dignité humaine, dès la conception jusqu'à la mort naturelle.


L'Église catholique est très active dans le domaine du social... Christelle, je ne peux pas comprendre vos propos. Avez-vous entendu parler du CCFD, de ATD quart monde, de la CARITAS (secours catholique en France), etc. ?? l'Église de Dieu est très active dans ce domaine... Par contre Elle a du retard dans le domaine de la défense de l'embryon ...


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Re: L'engagement des catholiques dans la vie politique

Message non lu par christelle » sam. 21 juin 2008, 1:09

Eh ben le problème c'est que lorsque ça sort de la charité, c'est remise en question de certaines choses que je ne trouve pas acceptable en France en tout cas.
Les partis chrétiens je n'en veux pas beaucoup sur la scène politique. Après il y a eu différentes évolutions.
En tout cas je n'ai pas tellement confiance aux chrétiens politiques, non pas les individus chrétiens, mais les chrétiens avant tout.
C'est d'abord leur propre conception de la vérité et de la morale, avant une vision d'un avenir pour tous.
Et en général sur quoi se reporte souvent le vote des catholiques ? pour pas mal sur la famille et la sexualité.
Je crois qu'ils sont dans leur propre bastion et qu'ils y restent. Pour ceux qui veulent faire de la politique, c'est dans la cité, pas la cité catholique !
Le projet d'avenir d'une nation c'est faire aussi avec les sensibilités différentes.

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